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Full text of "La passion d'Al Hosayn-ibn-Mansour al-Hallaj, martyr mystique de l'Islam, exécuté à Bagdad le 26 Mars 922; étude d'histoire religieuse"

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LA     PASSION     D'AL-HALLAJ 
II 


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LA     PASSION 
D'AL-HOSAYN-IBN-MANSOUR 


AL-HALLAJ 


MARTYR  MYSTIQUE  DE  L'ISLAM 

EXÉCUTÉ  A  BAGDAD  LE  26  MARS  922 


ÉTUDE   D'HISTOIRE  RELIGIEUSE 


PAR 


LOUIS    MASSIGNON 


avec  xxviii  planches  et  un  Index 
TOME  II 


LIBRAIRIE    ORIENTALISTE 

PAUL    GEUTHNER 

13,  RUE    JACOB,  PARIS -1928 


TABLE  DIÎS  MATIËIŒS 


SECONDE    SECTION 


PagfS 
Avertissement  préliminaire ,,,....    461 

CHAPITRi:  XI 
THÉOLOGIE   MYSTIQUE 

I.  —  Introduction  : 

Les  origines  chez  al  Hallâj 464 

II.  —  Psychologie  : 

o)  L'homme  selon  le  Qor'àn  :  le  cœur 477 

6)  Théories  contemporaines  sur  le  corps  et  l'âme  .     .     .     480 
c)  Doctrine  hallagienne 484 

III.  —  La  «  science  des  cœurs  »  : 

a)  Les  événements  intérieurs  de  l'âme  selon  le  Qor'ân    .  488 

b)  Les  théories  contemporaines 490 

c)  Doctrine  hallagienne  :  le  shâhid '     .  494 

IV.  —  Les  conclusions  :  les  degrés  de  la  présence  divine  dans 

l'âme  et  l'union  transformante  : 

à)  Les  données  coraniques  utilisées  :  le  problème  de  l'ac- 
cord entre  la  langue  et  le  cœur  , 498 

6)  Les  solutions  minimistes  du  problème  ■ «^04 

c)  Les  théories  de  l'union   transformante 506 

d)  Formation  de  la  doctrine  hallagienne 514 

CHAPITRE  XIl 

THÉOLOGIE   DOGMATIQUE   DAL   HALLAJ 

Note  préliminaire 535 

L  —  Examen  des  données  métaphysiques  employées  : 


TI  TABLE   DES    MATIÈRES 

Pages 

a)  Le  but  rla  connaissance  de  Dieu  ;  ses  voies  : 

1.  Les  deux  voies  naturelles,  et  la  troisième  voie    .     536 

2.  Tableau  des  questions  discutées 542 

3.  Textes  hallagiens 547 

b)  L§s  différentes  sortes  de  choses  nommables  : 

1.  Les  postulats  de  la  scolastique  islamique        .  .  549 

2.  Les  modes  d'existence  des  choses,  ad  extra  .  .  559 

3.  Les  degrés  de  réalité  des  choses,  ab  intrà,     .  .  365 

c)  Les  ressources  de  la  langue  arabe  : 

1.  Les  matériaux  de  la  grammaire .     571 

2.  La  mise  en  ordre  des  idées -,     577 

3.  Les  graphies  synthétiques  :   l'alphabet  philoso- 

phique {jafr) 588 

IL  —  Cosmogonie  {gadar,  'adl)  : 

a)  L'image  de  Dieu  (soûrah)  : 

1.  Les  doctrines,    l'amour  «  essence  de  l'essence 

divine  »,  selon  al  Hallâj 599 

2.  Le  jour  du  Covenant  (mî/Aôç) 607 

b)  La  création  des  actes  humains  : 

1.  Leur  attribution  à  Dieu 610 

2.  Leur  attribution  à  l'homme  :  le  fiât 612 

3.  L'attitude  de  Dieu  à  l'égard  des  hommes  :  doc- 

trine mystique  de  la  souffrance  ;  ses  origines  ; 
questions  soulevées 616 

c)  La  genèse  de  la  création  {bad'  al  khalq) ...'..     623 
IIL  —  Théodicée  {tawhîd,  sifât)  : 

a)  La  confession  négative  de  la  transcendance  divine  : 

1,  V'aqidah  d'al  Hallâj 635 

6)  Sa  doctrine  des  attributs  divins 645 

c)  La  science  et  la  puissance  ;  la  parole  ;  l'esprit.     .     .     652 
IV.  —  Eschatologie  {wa'd,  wa'îd)  : 

a)  La  promesse  et  la  menace  divines  : 

1.  La  notion  du  repentir  ;  <a?tJ6aft 664 

2.  Le  rôle  de  la  foi  ;  la  condition  de  la  menace 

divine 668 

b)  Les  fins  dernières  : 

1.  Ce  qui  survit  de  l'homme  après  la  mort    .     .     .     678 


TABLE    DES    MATIERES  VII 

Pages 

2.  Les  Assises  du  Jugement  :  le  Juge,  ses  asses- 

seurs    682 

3.  Les  deux  récompenses,  en  Paradis 689 

V.  —  Juridiction  {bayn  :  asmâ  wa  ahkdm)  : 

a)  Le  «  voile  du  nom  »  : 

1.  La  définition  du  mot  comme  nom 698 

2.  L'acception  du  nom  comme  statut  juridique  .     .     706 

3.  La  prédication  légitime  du  nom  comme  jugement 

pratique 710 

b)  Tableau  des  preuves  préconisées  au  iii*/ix*  siècle.  714 
YI.  —  Politique  {amr,  nahy)  : 

a)  La  loi  [sharVah)  : 

1,  Origine  divine  de  l'autorité  :  la  bay'ah.     .     .     .  719 

2.  L'imamat <     ....  725 

b)  Les  relations  politiques  d'al  Hallâj  avec  les  Qarmates.  730 

c)  La  mission  de  prophète  : 

1.  Le  rôle  d'envoyé 736 

2.  L'enchaînement  des  missions 740 

3.  salât  'alà'l  Nabi  ;  shafâ'ah ?     .  744 

d)  La  sainteté  : 

i.  Sa  définition  ;  la  ghibtah  ;  questions  posées  ,     .     747 

2.  La  doctrine    hallagienne    du  dévouement  à  la 

Communauté 755 

3.  Ses  conformités  avec  le  type  coranique  de  Jésus.     768 

CHAPITRE  XIIÏ 

LES  CONSÉQUENCES  JURIDIQUES  ;  ET  LES 
OBJECTIONS    ADRESSÉES    A    CETTE    DOCTRINE 

I.  —  Les  conséquences  en  droit  canon  {foroxC  al  fiqh)  : 

a)  Subordination  des  rites  prescrits  à  une  règle  de  vie  : 

ses  principes  directeurs 772 

b)  Particularités  rituelles  propres  aux  mystiques  .     .     .  778 

c)  Le  symbolisme  des  rites 781 

d)  Réalité  finale  des  rites     .  .......  783 

1.  La  critique  hallagienne  de  la  shahâdah  .     .     .     784 
IL  —  Les  critiques  portées  contre  cette  doctrine  : 

a)  Les  notes  d'hérésie  relevées  contre  al  Hallûj  : 


Pages 

1.  Par  les  théologiens  (ino'tazilites) 791 

-2.  Par  les  Iinâmites 792 

3.  Par  les  mystiques  sunnites  postérieurs.     .     .     .  793 

b)  Les  critiques  générales  touchant  sa  règle  de  vie  : 

1.  Le  pur  ahaadon  et  l'acte  unique 79-4 

2.  L'individualisme  anarchique 795 

3.  L'équilibre  mental 795 

4.  La  chasteté  du  regard    .........  793 

c)  Les  critiques  générales  de  son  mysticisme    ....  800 

CHAFITRh:  XIV 
LES  ŒUVRES  D  AL  HA.LLAJ 

I.  —  Critique  des  textes  : 

a)  Leur  transmission  orale  primitive 804 

1.  Valeur  des  WMdcf ,  804 

2.  [Asie  des  râtvis  {taboqdl  al  7'owât) 806 

b)  Les  deux  i-ecensions  :  WAsitî  et  Fàris 809 

c)  Les  catalogues  des  o|)uscules  ........  815 

IL  —  Histoire  des  textes  conservés  : 

a)  Les  si-nfences  détachées 822 

b)  Les  [{iwrhiût 823 

c)  Le  diwân  des  «  poèmes  et  oraisons  extatiques  ».     .  824 

d)  Les  lon»s  fragments  dogmatiques  et  le  recueil  factice 

des  Taiodshi 82G 

III.  —  'Praduclion  des  Ta/vdsîn  : 

n)  Cliapitre  I" 830 

1.  Note  sur  la  «  clarté  moliaiimiédienne  »...  830 

2.  «   L'Eloge   du    Prophète,    ou    la   métaphore   su- 

prême » ...  835 

h)  Chi pitres  II  et  111 84i) 

c)  Chapitres  IV  et  V 846 

1.  Note  sur  l'Ascension  Nocturne 846 

2.  (.  Par  l'Etoile,  à   son  déclin  » 853 

d)  Chapitres  VI  et  Vil 864 

1.  Note  sur  le  péché  de  Satan 864 

2.  'Jasiii  al  AzaI 867 


TABLE    DKS    MATlÈKliS  ^^ 

Pages 

e)  Chapitres  VIII,  IX  et  X 877 

f)  Chapitre  XI  :  Boslân  al  Ma'rifah 885 

IV.  —  Traduction  des  /{iwâyàt  : 

a)  Riwâyât  I  à  XXVIl 893 

Y,  _  Origiaahlé  littéraire  de  l'œuvre  hallagienne  : 

a)  Le  style ^^^ 

i .  Le  choix  des  mots  et  la  prosodie  :  deux  qasîdahs.  904 

2.  La  période.           ....  91'* 

3.  L'intention  maîtresse  de  la  pensée 914 

4.  Les  emprunts  et  les  imitations 916 

3.  Jugements  portés  par  des  littérateurs  ....  919 

è)  L'influence  sur  la  littérature  islamique   .....  925 

1.  Traces  d'influence  doctrinale 9*25 

2.  L'interprétation  alchimique 928 

3.  L'interprétation  magique 931 

4.  L'interprétation  satanique 9.i4 

5.  L'iconographie 939-941 

.r,  942 

Noie ,     .     .     .     . 

CHAPITRE  XV 
BIBLIOGRAPHIE  HALLAGIENNE 

I,  —  Introduction  : 

.    .  9* 

a)  Plan  suivi 

b)  Bilan  des  recherches  opérées  : 

1 .  Les  fonds  examines - 

2   Catégories  d'ouvrages  consultés      ....  3* 

3.  Desiderata '^ 

c)  Les  précédents  essais  hibliographiques  : 

A* 

1.  En  arabe 

A* 

2.  En  persan 

3.  En  langues  occidentales ^ 

H.  —  Auteurs  arabes  (n°^  101-1001).     .......     S* 

III.  —  Auteuj-s  persans  (n''M021-123o) ^^* 

IV. —  Apocryphes  persans  (n°M26i-l263) 3^* 


X  TABLE    DES    MATIERES 

Pages 

V.  —  Auteurs  turcs  (n"  1301-1374) 53* 

VI.  —  Auteurs  malais  (n°s  1391  et  1399) 58* 

VII.  —  Auteurs  hindis  (ii°M 408-1414)     . 58* 

VIII.  —  Auteurs  syriaques  (n""  1421  et  1426) 59* 

IX.  —  Auteurs  israélites  (n°'  1451  et  1453) 59* 

X.  —  Auteurs  européens  (n°=  1471-1736) «  59*-74* 


Errata. 

Index  des  noms  propres. 
—    des  termes  techniques. 


TABLE    DES    PLANCHES 

DU    SECOND    VOLUME 


Pages 

XX.  Tombe  d'Ibn  al  Fârid  au  Qarârah 530-531 

XXT.  Lapidation  d'al  Hallâj 622-623 

XXII.  Hallâj  au  gibet 7S8-759 

XXIII.  Hosayn-ibn-Mansoùr  Hallâj  sous  les  traits  de  Jésus 

crucifié 770-771 

XXIV.  Corrections  au  texte  des  «  Tawâsîn  » 830-831 

XXY.  Qâb  qawsayn 852-853 

XXVI.  Satan  refuse  d'adorer  Adam .  870-871 

XXVIl.  Hallâj  au  gibet 916-917 

XXVllI.  Hallâj  conduit  au  supplice 934-935 


SECONDE  SECTION 


LA  DOCTRINE  D  AL  HALLAJ 


AVERT1SSE31ENT  PRELIMINAIRE 


Les  dix  chapitres  de  la  première  section  ont  donné  de  la 
vie  d'al  Hallàj  une  silhouette,  —  accusant  le  trait  autant  que 
le  permet  l'état  fragmentaire  des  sources  consultées.  Du 
moins  avons-nous  tenté  de  l'esquisser,  avec  toute  la  floraison 
posl  mortem  de  son  influence  historique,  convaincus  que  la 
biographie  réelle  d'un  homme  ne  peut  être  terminée  à  sa 
mort,  —  et  que,  détachée  de  ses  actions  et  réactions  loin- 
taines, des  fruits  posthumes  de  son  exemple,  —  une  exis- 
tence humaine  s'avère  insaisissable,  inintelligible,  stérile. 

Si  donc,  comme  nous  le  pensons,  c'est  dans  le  rayonne- 
ment graduel  de  son  influence,  dans  le  flamboiement  crois- 
sant de  ses  exemples  a  parte  post,  que  l'on  peut  apercevoir, 
avec  son  originalité  incomparable,  ce  qui  est  la  vraie  person- 
nalité immortelle  d'un  homme,  —  nous  ne  nions  pas  pour 
cela  l'utilité  d'un  examen  de  ses  origines  traditionnelles  et 
de  ses  méthodes  intellectuelles  ;  et  nous  allons  essayer  d'ex- 
poser les  conditions  a  parte  ante  de  sa  formation  et  de  sa 


462  SECONDE    SECTION 

croissance  parmi  les  iiommes  de  son  pays  et  de  son  temps. 
Cette  analyse  suivie  des  éléments  qui  ont  été  communs  entre 
al  Halhij  et  tel  ou  tel  de  ses  contemporains  ou  devanciers  fait 
l'objet  des  chapitres  de  la  seconde  section.  Elle  constitue  une 
maquette  de  sa  méthode  de  construction  doctrinale  ;  . —  ce 
n'est  pas  la  mise  en  pièces  numérotées,  comme  sur  un  chan- 
tier, de  ses  parties  isolées,  considérées  dans  leurs  mises  en 
œuvre  individuelles  (1)  ;  c'est  la  présentation  de  leur  struc- 
ture organique,  un  montage  destiné  à  rendre  compte  des 
équilibres  fonctionnels  de  l'ensemble. 

Cet  ex  posé  se  développe  dans  l'ordre  suivant  :I(chap.  XI)  : 
théologie  mystique,  tamwwof  —  II  (chap.  XII)  :  théologie 
dogmatique,  Kalâm,  osoûl  al  flqh  —  III  (chap.  XIII)  :  droit 
canon  et  conséquences  pratiques,  foroû\ 

Il  donnera  des  références  explicites  aux  autres  systèmes 
théologiques  et  philosophiques  du  temps,  permettant  ainsi 
de  mieux  situer  al  Hallâj  dans  l'essor  de  la  réflexion  musul- 
mane. 

La  loyauté  de  pensée  la  plus  stricte  a  été  observée  dans 
cette  étude  ;  j'ai  renoncé  à  tout  concept  descriptif  ne  faisant 
pas  expressément  partie  de  l'expérimentation  mentale  que 
j'ai  voulu  m'assimiler,  reproduire  en  moi-même  (2)  et  trans- 
poser en  français.  Je  dois  préciser  que  je  n'aurais  certes  pas 
persévéré  dans  cette  entreprise,  si  je  n'avais  éprouvé,  chemin 
faisant,  la  vérité  de  quelques  postulats  qu'il  me  faut  bien 
énumérer  ici  : 

â!.  Il  y  a  quelque  chose  de  commun  entre  les  mots  qui 
résument  les  faits  pour  notre  mémoire  ;  l'authenticité  objec- 
tive de  la  plupart  des  sensations  qu'ils  y  fixent  :  base  expéri- 
mentale de  toute  documentation  (3). 

(!)  Voir  notre  Essai. 

(2)  Cfr.  là-dessus,  RMM,  XXXVÏ,  p.  50-51,  33. 

(3)  Comp.  le  scepticisme^  fidéisle  ou  nihiliste. 


AVERTISSEMENT    PRELIMINAIRE  463 

^.  Il  y  a  quelque  chose  de  commun  enire  les  procédés  de 
signalisation,  entre  les  symboles  qui  permettent  l'échange 
des  idées  entre  les  hommes  :  le  parallélisme  des  processus 
logiques  individuels,  l'invariance  (I)  historique  et  géographi- 
que de  la  raison  discursive  :  possibilité  scientitique  de  clas- 
sements cohérents,  auxquels  travailler  collectivement. 

c.  11  y  a  quelque  chose  de  commun  entre  les  intentions 
maîtresses  amenant  les  volontés  humaines  à  s'unir  ou  à 
s'opposer  :  leur  capacité  permanente  de  choisir,  leur  liberté  à 
l'égard  des  motifs  que  la  mémoire  recèle  et  que  l'intelligence 
compare  :  réalité  historique  de  chaque  personnalité  (2). 

Enfin  j'ajouterais  qu'à  mon  sens  l'élément  proprement 
sociologique  que  la  «  science  comparative  des  religions  » 
doit  dégager  de  chaque  cas  étudié  pour  permettre  la  compa- 
raison, c'est  :  non  pas  le  lexique  décoratif  des  événements, 
thèmes  de  folklore,  aventures  s'imposant  à  chacun,  comme 
la  naissance,  la  douleur,  la  mort  (3)  ;  —  ni  la  schématisation 
théorique  des  problèmes,  lieux-communs  philosophiques, 
qui  en  découlent  forcément  pour  tous,  comme  la  création, 
l'expiation,  le  jugement  (4)  ;  —  mais  (5)  l'ordre  particulier 
de  préséance  réelle  où  ces  questions  sont  abordées  et  réso- 
lues hic  et  nunc,  —  ordre  différent  suivant  tel  ou  tel.  Car 
c'est  ainsi  que  l'on  peut  goûter,  à  travers  les.  paraboles,  l'in- 
tention maîtresse  d'une  doctrine,  son  dessein,  son  but.  Or 
c'est  ceci  même  qui  seul  nous  importe,  en  définitive  :  ce  vers 
quoi  nous  allons. 

(1)  Comp.  Lang  et  Gobineau. 

(2)  Comp.  le  monisme  dit  sociologique. 

(3)  Gela,  c'est  l'afTaire  des  philologues  sensu  stricto. 

(4)  Cela,  c'est  l'affaire  des  logiciens  et  esthéticiens. 

(5)  Une  fois  ces  deux  enquêtes  préalables  closes. 


CHAPlTRb:  XI 
THÉOLOGIE  MYSTIQUE 


Sommaire  \ 

Pages 

I.  —  Introduction  : 

Les  origines  chez  al  Hallâj 464 

II.  —  Psychologie: 

a)  L'homme  selon  le  Qor'ân  :  le  cœur 477 

b)  Théories  contemporaines  sur  le  corps  et  l'âme.     .     .     480 

c)  Doctrine  hallagienne 484 

III.  —  La  «  science  des  cœurs  »  : 

a)  Les  événements  intérieurs  de  l'âme  selon  le  Qor'ân.     488 

b)  Les  théories  contemporaines 490 

c)  Doctrine  hallagienne  :  le  shâhid 494 

IV.  —  Les  conclusions  :  les  degrés  de  la  présence  divine  dans 

l'âme  et  l'union  transformante  : 

a)  Les  données  coraniques  utilisées  :   le  problème  de 

l'accord  entre  la  langue  et  le  cœur 498 

b)  Les  solutions  minimistes  du  problème 504 

c)  Les  théories  de  l'union  transformante 505 

d)  Formation  de  la  doctrine  hallagienne 514 


l 

Introduction. 

Les  origines  chez  al  Jlollàj. 

A  travers  tous  les  aspects  de  sa  \ie  et  de  sa  doctrine,  al 
Hallâj  n'a  cessé  d'être-,  par  tempérament,  par  éducation  et 
par  vocation,  un  homme  de  propos  ferme  et  déterminé.  Ne 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  465 

se  suffisant  pus  de  constater  la  présence  on  l'absence  des 
faits,  ni  d'encliaîner  ou  classer  ses  idées,  —  mais  un  homme 
de  désir,  avide  de  goûter  ce  qui  subsiste  des  choses  qui  pas- 
sent. Sa  méthode  de  pensée  est  expérimentale;  c'est  une 
introspection  mentale,  se  servant  du  vocabulaire  coranique 
pour  rendre  compte  des  états  d'âme  de  Mohammad,  pris 
comme  type  du  pur  croyant  (1),  et  des  intentions  requises 
pour  parfaire  le  culte. 

Jusqu'à  quel  point  cette  position  d'esprit  est-elle  admise 
en  islam,  c'est  ce  qui  peut  être  discuté.  Ce  qui  nous  importe, 
dès  l'abord,  c'est  qu'ai  Hallàj  a  bien  été,  spécifiquement,  un 
musulman.  Non  seulement  les  termes  originaux  de  son 
lexique,  et  le  cadre  de  son  système,  —  mais  tout  l'élan  de  sa 
pensée  sort  d'une  méditation  solitaire,  exclusive,  lente, 
profonde,  fervente  et  pratique  du  Qor'àn  (2)  ;  il  a  commencé 
par  écouter  les  paroles  de  Dieu  retentir  en  son  cœur,  comme 
Mohammad  lui-même  l'avait  dû  faire  ;  par  refaire  l'expé- 
rience mentale  du  Prophète. 

Faute  d'avoir  suffisamment  pratiqué  le  Qor'ân,  bien  des 
Européens  ont  étudié  les  penseurs  musulmans  «  du  dehors  », 
sans  entrer  dans  le  cœur  de  l'Islâm  lui-même  ;  n'ayant  pas 
su  devenir  franchement  les  hôtes  de  cette  Communauté, 
toujours  vivante,  depuis  treize  cents  ans  que  ses  membres 
ont  «  voulu  vivre  ensemble  »,  ils  n'ont  pu  saisir  ni  la  struc- 
ture rayonnante,  ni  l'interdépendance  centrale,  des  vies  que 
leur  patiente  érudition  disséquait. 

De  fait,  ce  code  religieux  est  le  lexique  unique  offert  au 

(1)  Hown  hoiva  ;  non  pas  du  saint. 

(2)  Cette  édition  arabe  de  la  Bible,  réservée  aux  descendants  charnels 
d'Abraham  par  Ismaël.  «  fil  Qor'àn  'itm  koll  shay'  »  proclame  al 
Hallâj  (in  Qor.  YII,  i  ;  XLVII,  21)  :  «  Dans  le  Qoran  est  la  science  de 
toutes  clioses  créées  »  :  car  toutes  y  sont  montrées  périssables  ;  et  le 
Qor'ân,  via  rcmotionis,  atteste  le  mystère  essentiel  de  Dieu  :  al  Ghayb. 

30 


m 


GHAPITHB    XI 


croyant  en  (erre  d'Islam,  le  c  text-book  »  essentiel  de  ses 
sciences,  la  clef  de  sa  «  weltanschauung  »  (1).  On  ne  saurait 
trop  insister,  dans  une  biographie  sociologique,  sur  i'imi)or- 
tance  maîtresse  qu'a  le  Qor'àn  pour  l'élaboralion  de  toute 
doctrine  musulmane,  même  la  plus  hétérodoxe  en  appa- 
rence. Appris  par  cœur  dès  l'enfance  (2),  le  Qor'ân  est  un 
«  système  du  monde  »  positif  et  révélé,  réglant  l'expérimen- 
tation, l'explication  et  l'appréciation  de  tout  événement. 
C'est  pour  tous  les  croyants,  un  mémorandum,  une  mémoire 
toute  faite  pour  la  vie  courante,  un  répertoire  verbal,  u  le 
dictionnaire  du  pauvre  ».  C'est  pour  beaucoup  aussi  un 
enchwidion^  un  manuel  de  définitions,  garanties,  constam- 
ment applicables  et  permettante  la  réflexion  de  s'exercer. 
Et  c'est,  chez  quelques-uns,  enfin,  un  vade  mecum  ^ouv  \di 
volonté,  un  recueil  de  maximes  d'action  pratique,  à  méditer 
à  part  soi,  concentrant  l'attention  sur  les  preuves  incessantes 
de  la  gloire  divine. 

Le  Qor'ân  simplifie  donc  le  problème  de  la  méthode  pour 
le  croyant  ;  ce  code  révélé  nourrit  la  mémoire  et  déclenche 
l'action  sans  que  la  réflexion,  entre  deux,  ait  à  hésiter  long- 
temps. Celte  conclusion  brusquée  du  problème  de  la  recher- 
che scientifique,  cette  table  rase  de  toute  expérimentation 
étrangère  au  bénéfice  delà  vérification  d'un  vocabulaire 
homogène  soumettant  tout  à  l'action  divine,  directe  et  sou- 
veraine, a  rendu  possible,  en  Islam,  un  essor  de  la  théologie 
aussi  original  que  fécond  ;  de  même  que,  en  Grèce,  l'essor 
de  la  philosophie  est  issu  de  la  physique  matérialiste  des 
Ioniens. 

Nous  voudrions  indiquer  ici,  de  façon  sommaire  (3),  à 

(1)  Une  fois  pour  toutes;  chaque  allusion  au  Qor'én  est  à  vérifier  au 
moyen  des  Concordanliœ  Corani  arabica  de  Fliigel. 

(2)  A|»rès  Ifcize  siècles,  ce  n'est  que  depuis  vingt  ans  que  le  maklab, 
école  coranique,  faiblit;  et  seulement  en  Egypte. 

(3)  Cfr.  Essai. 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  467 

quelle  place  situer  la  doctrine  d'al  Hallàj,  dans  l'ensemble 
des  systèmes  Ihéologiques  construits  aux  premiers  siècles 
de  riiégire.  «  La  science,  dit  un  hadîlh  célèbre,  est  un  devoir 
d'obligation,  farîdah,  pour  tout  musulman  »  (1).  Pour  al 
Hallàj,  l'objet  de  la  «  science  »  n'est  pas  seulement  de  trans- 
meltie  au  croyant,  par  l'audition  [sam]  de  traditions,  la 
lecture  correcte  du  Qor'âii,  la  lettre  des  règles  qu'il  énonce 
pour  la  vie  sociale,  actes  cultuels  (2),  partage  des  successions, 
contrats,  etc.  ;  ni  de  faire  comprendre  les  significations  de  la 
Loi,  l'enchaînement  causal  de  ses  prescriptions,  en  exerçant 
son  intelligence  [liibâr)  (3)  ;  son  but  est  finalement  de  trou- 
ver la  Réalité  elle-même,  et  d'y  participer  à  jamais,  en  l'iso- 
lant de  ce  qui  passe,  choses  sensibles  et  possibles,  conceva- 
bles, en  conformant  du  dedans  nos  intentions  au  Comman- 
dement divin  [amr) ,  hic  et  nunc.  Sa  méthode  n'est  donc  pas 
un  simple  enregistrement  empirique  et  littéral  [asmâ)  de 
coutumes  établies,  de  traditions  autorisées,  —  ni  une  pure 
comparaison  rationnelle  de  concepts  bien  définis  (ma'ânî)  ; 
c'est  aussi  et  surtout  une  introspection  morale  de  soi-même. 
Elle  n'exclut  d'ailleurs  ni  l'emploi  d'une  dialectique  ration- 
nelle pour  mener  la  discussion,  ni  le  recours  à  l'autorité 
traditionnelle  pour  en  poser  les  termes  ;  mais  elle  les  subor- 
donne toutes  deux  à  un  critère  d'expérimentation  intérieure, 
afin  d'en  vérifier  les  données  et  les  démonstrations  parles 
résultats. 

Al  Hallàj  est  bien,  par  ses  maîtres  Sahl  et  Jonayd,  l'héri- 

(1)  Makkî,  qoûi,  I,  129-130. 

(2)  Théorie  khârijite  mitigée,  celte  de  SofyânThawrî,  Ibn  a!  Mot)ârati, 
et  Mâlik  :  le  fiqh  :  la  coutumière  interprétation,  correctement  suivie. 

(3)  Recherche  des  «  motifs  rationnels  »  des  prescriptions,  'ilal,  si  no- 
table chez  Aboù  Hanîfah,  Tirmidht  (mystique),  Ibn  Bâboùyeh  (imâ- 
mite).  C'est  l'idée-nière  du  kalâm  :  l'adhésion  purement  intellectuelle  à 
la  vérité  théorique  (dogme)  est  toute  la  religion  :  c'est  l'idée  des  mo'tazi- 
lites  et  d'Ash'arî  ;  d'Aboù  Thawr,  Dàwoùd  et  Karâbîsî. 


468  CHAPITRE    XI 

lier  direct  de  la  pensée  maîtresse,  conçue  par  Hasan  Ba§rî 
lorsqu'il  jeta  les  bases  de  la  «  science  des  cœurs  et  des  mou- 
vements de  l'âme  »,  'Uni  al  qoloûb  wa  al  khawâtir  (1  ). 

Il  convenait  donc  éminemment  de  commencer  l'exposé 
de  sa  doctrine  par  sa  théologie  mystique  ;  elle  coordonne  et 
oriente  toutes  ses  thèses.  Si  al  Hallâj  s'attache  à  décrire  l'as- 
pect extérieur  des  choses,  à  repérer  le  contour  des  phéno- 
mènes, s'astreint  exactement  aux  rites  du  culte  (2),  c'est 
pour  constater  que  la  puissance  divine  {qodrah)  est  une  acti- 
vité simple,  radicalement  différente  des  traces  sensibles 
{rosoûm,  (iydt)  qu'elle  laisse  gravées  en  notre  mémoire  (3). 
—  S'il  énonce  et  entrechoque  des  concepts,  des  définitions 
logiques  et  des  arguments  dialectiques,  c'est  pour  conclure 
que  la  parole  divine  est  une  vérité  positivement  transcen- 
dante, masquée  par  l'abstraction  [tajiid]  même,  et  par  ce 
concept  discursif  de  Dieu  qu'elle  fait  concevoir  à  notre  intel- 
ligence (4).  S'il  oriente  par  des  effusions  d'amour  tousses 
désirs  vers  Dieu,  c'est  pour  attester  que  l'Esprit  divin  seul 
peut  «  réaliser  »  ces  désirs,  les  vivifier  par  ce  don  surnaturel 
de  soi,  ce  sacrifice  efficace,  sans  lequel  nos  protestations 
d'adoration  (daivà)  et  de  renoncement,  notre  abandon  plé- 

(1)  Niyah,  avant  'amal  ;  sonnah  supérieure  k  faridah.  Gfr.  Tirmidht, 
'ilal,  f.  196  seq. — fâsiq  =  monâfiq. — ArmawM'appelle  «  science 
de  Vikhlâs  ». 

(2)  Akhb.  H  ;  cfr.  suprà,  p.  70.  Dieu  veut  que  le  saint  continue  à 
pratiquer  la  loi,  «  afin  de  pouvoir  rayonner  par  ses  œuvres  y>  (Sol.  198). 

(3)  Tanzîh. 

(4)  «  Il  est  au  delà  des  âmes  [nafs  =  l'esprit  propre),  car  l'Esprit 
[roûh)  les  transcende,  de  toute  sa  primauté  !  L'âme  n'implique  pas 
l'Esprit.  0  vous,  que  votre  âme  aveugle,  si  vous  regardiez  !  0  vous,  que 
votre  vision  aveugle,  si  vous  saviez  !  0  vous,  que  votre  science  aveugle, 
si  vous  compreniez  î  0  vous,  que  votre  sagesse  (==ma'rifah)  aveugle, 
si  vous  arriviez  I  0  vous,  que  votre  arrivée  même  aveugle,  si  vous  L'y 
trouviez  !  Vous  vous  aveuglez  pour  toujours  sur  Celui  qui  subsiste  à 
jamais  »  (Shath.  f.  131). 


THl^OLOGIE    MYSTIQUE  ^69 

nier  au  choix  divin  sont  sans  valeur  (1)  pour  nous  unira 
Dieu. 

Al  Hallàj  use  délibérémenl  d'un  vocabulaire  très  riche, 
puisé  non  seulement  aux  sources  traditionnelles  de  la 
^(  science  des  cœurs  »  primitive,  mais  aux  écoles  tliéologiques 
contemporaines  les  plus  variées  ;  depuis  les  kollàbiyah  et 
karràmiyah  jusqu'aux  mo'lazilites,  depuis  les  Imâmites 
modérés  jusqu'aux  Qarmates  et  aux  adeptes  de  la  philosophie 
hellénistique.  Ce  n'est  pas,  chez  lui,  essai  de  syncrétisme, 

—  c  est  par  esprit  apologétique  (2)  :  il  accepte  et  éprouve  tous 
les  mots  mis  en  circulation,  il  les  combine  pour  en  remanier 
les  définitions,  mais  c'est  pour  aboutir  à  procéder  à  un  choix 
parmi  les  intentions  esquissées  et  les  applications  réalisées. 
Exemples  : 

a)  Citations  et  utilisations  de  termes  isolés  :  FIQH  :  tawbah, 
da'Nvâ,qiyâm  [Khârijites]  (3)  ;  KALAM  :  noûr  al'ayn,  khamr, 
hilàl  (Noseïris)  (4)  ;  sayhoûr  (=  bîkàr),  âfàq,  ghâyat  al  ghâ- 
yât,  qiyâmah  spirituel,  jamî'  al  milal  {Qarmates  (5). 

b)  Appî'opriation  de  méthodes,  définitions  et  distinctions  doc- 
trinales :  JSAHW  (6)  :  afâl,  a'mâl  —  shakk,  yaqîn  —  hâl, 
naH  —  tajânos,  tajâvvoz,  tajallî  —  ma'rifah,  nakirah  — 
majâz  (maqâl),  haqîqah —  mofassal,  mojmal  —  maqroûn, 
manoût  —  idmâr  —  mohmal  —  la'all  —  milhàl,  shàhid 

—  iqtirân  —  ism  manqoùs  (7)  —  ma'toûf  —  'awâmil  — 

(1)  Les  protestations  sincères  de  pur  monothéisme,  chez  Satan, 
da'ivà  sahîhah,  avaient  en  réalité  un  sens  inverse  {'aks  alma'âni),  pour 
Dieu  qui  a^  découvrit  de  l'orgueil  (Taw.  VI,  7). 

(2)  Cfr.  suprà,  p.  72,  77,  113. 

(3)  Eléments  anciens,  empruntés  par  les  élèvesde  Hasanau  khârijisme. 

(4)  Trois  images  du  zo/iowr  divin  :  cfr.  Taw.,  p.  130,  133, 135 —  avec 
le  rituel  des  Kelâziyah. 

(5)  Théorie  des  cycles,  permettant  de  comparer  les  religions.  Cfr.  théo- 
rie de  l'horoscope  des  religions,  de  Pierre  d'Ahano.  Cfr.  Tavv^.  X,  2. 

(6)  Gfr.  Howoil,  Grammar,  s.  v.  ;  Taw.  XI,  1,  14  ;Shath.  f.  127, 131. 

(7)  Taw.  IX,  4. 


470  CHAPITRE   XI 

BA  YAN  :  in  qolla,  man  qâla  —  horoiif  al  faqîh  (1  )  :  waw, 
ilâ,  in  ;  faqad  ;  kaannaho  ;  lïanna  ;  famâ'l  ;  ma  {iâ)...  illâ 
[siwà). 

KALAM  :  (brocards)  :  isin  bilâ  zamàn  (2)  —  khatt  (noqat 
mojtami'ah)  (3)  —  Jâ  shajarah  illà  min  bizrah  (4)  — 
la  yolaba^'ad  wa  là  yolajazzâ  Bâk.  47  =  Taw.  XI,  12).  — 
[mot a  traditionnels)  (5)  :  siràj  —  dorrat  baydâ  —  kibrît  ah- 
mar  —  shirk  khafî  —  [procédés  dialectiques)  (6)  :  mo'àradah, 
motâlabah,  lahqîq  ;  plutôt  que  tashkîk  (3^  degré  qarmate) 
ou  takâfou'al  adillah. 

(MoUnzilites)  (7)  :  qidam,  liadalh  —  'adl  wa  taw/dd  —  isti- 
wâ,  —  istîlâ  —  klialq  wa  i'tibâr  —  dhât.  —  Allah  Noûr  =  hâdî. 
haykal  —  nafy  al  istilhna  —  lawbah  fard  —  sihhat'îmân  al 
moqallid  —  noboûwat  abadîyah. 

[Kollâlnyah  (8)  :  sifât  azalîyah  —  sifât  dhât  (ex.  :  kalâm, 
irâdah)  —  sifât  fi'l  qadîmah —  dhât  mawsoùf  bisifàt  —  nafî 
al  maqâdîr  —  lajwîz  —  Kah\m  nafsî  li  Moûsâ  —  laklîf  ma  la 
yotâq  (=  makr)  —  rida,  irâdah  —  ism,  mosammâ  —  mowâ- 
fâh  —  Haqq,  haqîqah    -  tâ'ah  mowàfaqat  al  amr. 

[Karrâmiyah]  (9)  :  shahâdatal  dharr  (=  mîlhâq)  —  takhsîs 

(1)  Qarâfî,  tangih,  éd.  Qâsimî  (in  motoûn  osoûliyah,  p.  44).  Gfr.  Taw. 
VIII,  7-10,  X,  7-15,  XI,  3-13. 

(2)  Taw.  IX,  cfr.  la  définition  aristotélicienne  {fkhwân  al  safd,  II, 
407). 

(3)  Id.  ([,31,  43);  et  Akhb.  9. 

(4)  Ibn  al  Mar'ah,  sharh  al  irshâd,  lit,  s.  v.  «  moqaddam  ».  Cfr. 
Taw.  III,  6. 

(5)  Hadîlh  déjà  discutés  au  troisième  siècle  de  l'hégire. 

(6)  Gfr.  Goidziher,  introd.  àa Mostazhirî de  GhàziW,  p.  62  ;  et  Schrei- 
ner,  ZDMG,  XLII,  657-659. 

(7)  Cfr.  infrà,  chap,  XU-ii,  m,  v. 

(8)  Gfr.  infrà,  chap.  Xll-ii,  iv.  lïallâj  dit  t  azalîyah  »  comme  Ibn 
Kolldb.  On  lui  a  reproché  d'ailleurs  l'emploi  du  mot  «  azal  »  (Baqlî, 
shathiyâl,  f.  160'  ;  loS*^,  162'^).  Ibn  Sàlim,  Ash'arî  et  Mâtorîdî  diront 
«  qadîmah  ». 

(9)  Gfr.  infrà,  chap.  XII-ii,  et  XII-v. 


THEOLOGIE    MYSTIQUE  4?! 

al  qodrah  —  Jawhar  rahbrmî  -  lahlîgh  (iblâgh')  —  /aliât 
al  anbiyà  —  ikhtirâm. 

[Hanballtes)  (1)  :  vvojoùd  =  ilhbàt  —  hodoùr  =  'ilm  (en 
Dieu). 

(Imdmites)  (2)  :  ism  âkhir  —  Mîm  —  ashkhàs  —  lûhoût, 
nàsoût  —  borhàn  —  zohoûr  —  hijâb  —  les  XII  boroûj  — 
mahall  Mobammad  (=  makàn)  —  noboùwah  azaliyah  — 
noûr  sha'sha'ànî  —  la  yîd  al  Roûh  —  'ikhà  (offrande  du  pain 
consacré  :  pour  les  morts)  —  lamlib  —  ghàmid  al  'ilm  —  sanà 
al  làhoLit  —  dhallat  laho  al  'omoijr  —  en  tête  de  lettre 
(Akbb.  52  z=  lettre  ap.  Maqrîzî,  itti'âz,  120). 

(Khârijites)  (3)  :  isqàt  wasâ'il  al  liajj  —  fâsiq  monâfiq  — 
madhhab  al  as'ab  (tutiorisme). 

(Philosoplies  et  médecins  hellénisants)  (4)  :  a)  symboles  :  cer- 
cles (dawà'ir)  —  formules  en  sigles  sur  une  portée —  décom- 
position des  noms  en  lettres  isolées  (soryàuiyah)  —  b)  logique 
et  sciences:  catégories  et  universaux  (jawâhir,  kayf,  lima, 
ayn,  mata  —  jins,  naw')  —  takhyîl  —  annî  (=  annîyah)  — 
howî  (=  howîyah)  —  howa  bowa  —  dahr,  miqdàr  —  itmàm 

—  'adad  nàqis  (5)  —  bisbân  —  khaft  al  istiwâ  (6)  —  khalà, 
malà  —  hadmab  roûhàniyah  —  qiyàm  :  bi  nafsihi,  bi  haqqihi 

—  isti'dâd  lil  noboûwab  —  talâsbî  —  tasâiîf,  Mlal  — jawlân. 

—  c)  Convergence  cl  intentions  maîtresses  :  pensées  reprises 
et  accentuées  : 

—  Hasan  Basri  (7)  :  distinctions  :  amr,  irâdah  —  sonan, 
fard  —  'irziqnî,  cfr.  Akbb  1 .  (torziqanî)  —  taklîf,  tafwîd. 

(1)  Cfr.  'aqîdah  hanbalite  de  l'an  432/1040  (ici,  infrà,  chap.  XII). 

(2)  Mots  techniques  des  Noseïris  et  Druzes. 

(3)  Cfr.  suprà,  p.  281,  avec  farq,  86.  —  Akhb.  10,  11. 

(4)  Taw.  IV,  1  ;  X,  1,  16.  cfr.  Asin,  Abenmasarra,  63,  69.  Taw.  IX, 
1,  X,  21.  Taw.  I,  15, VI,  26  ;  probablement  à  l'école  des  Qarmates  (cfr. 
suprà,  p.  71). 

(3)  Numerus  imminutus.  Cfr.  Ikhivdn  al  sa/o,  I,  39. 

(6)  Akhb.  34,  35. 

(7)  Cfr.  momjah  d'Tbn  al  Mortadâ,  13. 


472  CHAPITRE    XI 

—  Ja'far  (1)  :  'aqîdah  fî'l  tanzîh  —  Dieu  =  al  Haqq 
—  commentaire  de  (Qor.  I,  5)  «  ihdinâ  »  (=  orsliodnâ  ilâ 
mahabbatika)  —  tilâwah  du  saint  comparée  à  la  voix  du 
Buisson  Ardent  —  gliamd  al'ayn  (Taw,  II,  7,  VI,  2). 

—  Sofyân  Thawrî  (2)  :  «  la  fonction  du  tahlil  dans  le 
croyant  est  celle  de  Feau  dans  le  monde  (i.  e.  :  vivifier)  — 
cfr.  «  la  fonction  de  la  basmalah  dans  le  saint  est  celle  du 
fiât  »  (i.  e.  :  créer)  (ap.  Sol.  in  Qor.  1,  1). 

—  Ibn  Ad'ham  (3)  :  Ilah  al  ilahât,  Rabb  al  arbâb  ;  cfr. 
QT.^  p.  59* —  ;  aFârif  fârigh  min  al  donyâ  wa'l  âkhirah  :  cfr. 
QT.^  p.  54*  ;  —  acte  de  contrition  :  cfr.  ici  p.  251. 

—  Ibn'Iyâd  [^)  :  man  atâ'a  Allah,  atâ'aho  koll  shay'  — 
cfr.  théorie  du  Motâ'. 

—  Dârâni  et  Mansoih'  ibn'Ammâr  (5)  :  kashf  al  Wajh  al 
Karîm  —  cfr.  Akhb.  1. 

—  'Ahmad  Ibn  'Asim  Antâ/d{Q)  :  Allah...  alladhî  yata- 
waddad  ilâ  man  yoùdhî'oho,  fakayfa  biman  yoiidha  fîhi  — 
cfr.  ici  p.  305,  et  n.  5. 

—  Bistânii  (7)  :  sirâj  min  al  ghayb  :  cfr.  Taw.  I,  \  — 
mokhâtabat  Allah. 

—  Aboû  Hamzah  (8)  :  qorb. 

(1)  Kâshif  al  ghitâ,  da'wah  islamlyah,  p.  70  seq.  (comp.  les  'aqîdah 
dites  d'Alî,  ap.  Tabarsî,  ihtijdj,  99  seq.)  ;  Tabarsî,  l.  c,  i89  ;  Makkî, 
qoùi,  I,  47  (comp.  farq,  ^88j  ;  Baqiî,  tafsîr,  XVII,  \.  Hallâj  s'est  servi, 
comme  Iba  'Atâ  da  tafsîr  fragmentaire  attribué  à  Ja'far,  et  que  Solamî 
cite  en  tête  du  sien  (œuvre  d'Ibn  Ilayyân,  Ibn  Ghânim,  ou  Yamân- 
b-'Adî). 

(2)  Tostarî,  tafsîr,  39. 

(3)  Ihyâ,  I,  223  ;  Mohâsibî,  mahabbah  (in  HUxjf^h,  s.  v.  Mohàsib!). 
Et  encore  Jhyâ,  I,  223. 

(4)  Makkî,  qoùt,  11,41.  La  théorie  du  MotcC  a  été  reprise  parGhazàli, 
mishkâl. 

(5)  Qosh.  18.  Sarrâj,  masâri\  113-114. 

(6)  miyah,  ms.  Leide,  311,  f.  175^. 

(7)  Baqiî,  tafs.  t.  I,  p.  14. 

(8)  Qosh.  50. 


THIÉOLOGIE    MYSTIQUE  /l73 

—  Kharrâz  (1)  :  Dieu  connu  "^ala  haddayn  ;  cfr.  'aqîdah, 
ici  infrà  —  'ayn  al  jam'  :  cfr.  ici  p.  260.  —  fana,  baqà. 

—  Sahl  Tostari  (2)  :  l'mln  dJtât  (et  /?7).  Cfr.  lisdn  hojjah 
(ou  ishârah)  (QT.,  70*j  —  asl,   far'  —  tajallî  —  dà'î  al  Haqq 

—  qiwàm  —  al  Masmoùd  ilayhi  —  nibbànî. 

—  Tïrmidhl['è)  :  étymologies  alphabétiques  (soryânîyah). 

—  tayràn   —  i^m  a'zam   —  mohiqq  —    fadl   al  qalb   — 
wilâyah. 

—  Jonayd  (4)  ;  shabah  (Cfr.  Hallàj,  in  Sol.  Qor.  LVI,  23). 
wahdâniyah,  tasârîf. 

—  IhrCAtâ  (5)  :  vocation  des  saints  à  la  douleur,  halâ,  qui 
est  une  probation. 

—  Al  Hallâj  me  paraît  être  personnellement  le  premier  à 
avoir  défini  les  six  thèses  suivantes  :  isqât  al  wasà'it  (6)  — 
toûl,  'ard  (7)  —  RoTd.î  nâtiqali  ghayr  makhloûqah  — 
qiyàmî  bi  haqq  al  Habb  —  sliàhid  ànî  —  mahabbah,  dhât 
al  dhàt.  —  L'allégorie  célèbre  du  u  papillon  et  de  la 
lampe  »  serait  aussi  de  lui.  —  Il  se  considérait  comme 
autorisé  à  pratiquer  en  (iqli,  non  seulement  le /«///^,  —  mais 

(1)  Baqlî,  tafs.  in  (Jor.  LVIil,  22. 

(2)  Ms.  Kopr.  727  (notainment  «  Bàb  al  tajallî  »).  Yâfi'î,  nashr,  42». 
Tostari  :  tafsîv,  49  ;  69,  80,  12.^  ;  40.  Najdî,  p.  2.^6. 

(3)  Cfr.  'liai  al  sharî'ah,  f.  197. 

(4)  Daiuâ  al  arwâh. 

(5)  Gfr.  ici,  p.  46.  Nâbolosî  (radd  malin)  a  bien  rendu  cette  pensée. 

(6)  Disparition  des  moyens  (rites)  quand  les  fins  sont  réalisées  {tahqiq 
alhaqâ'iq)  (cfr.  Baqlî,  tafs  Qor.  XLVIII,  10  et  Solamî,  id.  Uor.  Vil, 
158  ;  et  ici  p.  277  ;  et  Riw.  XI.  XIV). 

(7)  «  Longueur  et  largeur  »  de  l'entendement  ;  distinction  déduite 
de  l'analyse  de  l'acte  cultuel  (Taw.  XI,  16),  elle  joue  un  peu  le  rôle, 
chez  al  Hallàj,  de  la  distinction  aristotélicienne  entre  la  maiière  et  la 
forme.  Et,  de  même  qu'lhn  Sab'în  déduira  de  l'hylémorphisme  que 
Dieu  est  la  forme  et  le  monde  la  matière  (Aloùsi,  jalâ,  s.  v.),  de  même 
Iba  'Arabî  déduira  de  cette  dichotomie  d'al  Hallàj  que  :  le  monde  spi- 
rituel et  le  monde  matériel  sont  les  deux  dimensions  de  l'Apparition  où 
l'Unique  se  contemple  ;  ce  n'est  pas  l'idée  d'al  Hallà)  (Taw.  p.  142,  n.  5). 


/l74  CHAPITRE    XI 

rijlihâd  (1  ).  ~  Il  en  a  usé  pour  réfuter  diverses  doctrines  : 

—  d)  Polémiques  ;  thèses  réfutées  : 

En  FIQH  (2)  :  shobohât  al  ri/q,  t^horoiij  (KhârijUes)  — 
culle  littéral  du  dhikr,  de  la  shaliâdah,  de  la  tasliyah  {Hash- 
iviyah  et  Bokhârî)  —  koll  mojtatiid  mosîb  [Motazilites]  — 
fana  al  [^AiM^  [Qarmates). 

En  KALAM  (3)  :  tanzîl  (Haskw  ),  ta'wîl  [Motaz.),  ta'lîl, 
tajrîd  [Qarm.)  en  tawhîd  —  limitation  du  nombre  des  sifât 
azaliyah  [KoUâMyah]  — jihat  al  'oloûw  (  Hashw.)  —  réduction 
de  l'îjàd  au  takwîn,  du  wojoùd  au  wâjib  (et  momkin)  [philo- 
sophes] (i)  —  liesse  à  raisonner  (5)  attribuée  à  Dieu  [id.)  — 
non-éternité  du  Roùh  (Kollâbiyah,  etc.)  —  morcellement  et 
traducianisme  du  Roûh  (taqsîm  al  'Aql  al  akbar,  de  Tirmidhî  ; 
•holoûl  joz'î,  lashakhkhos  des  Sabéens,  et  Qarmates)  (6)  — 
matérialisation  et  traducianisme  de  la  «  lumière  de  Moham- 
mad  )'  [Imâmites  mohammadîyah)  (7). 

En  résumé,  al  Hallâj,  tulioriste  en  fiqh^  se  sert  du  vocabu- 
laire des  us  et  des  formes  des  rites  tels  que  Khàrijiteset  sun- 
nites l'ont  élaboré  ;  mais,  selon  sa  règle  de  Visçât  al  wa- 
sâ'it  (8)  :  c'est  pour  que  leur  appareil  cérémoniel  se  consume 
à  nos  yeux  dans  la  réalisation  même  de  l'intention  divine 
(shahàdah  (9)  —  âdhàn  (1 0)  —  hajj  (11)  —  hay'ah)  (12). 

(1)  Aklib.  i\. 

(2)  Gfr.  swprà^  p.  128  ;  et  infrà,  XII-v. 

(3)  Infrà,  XII -ii. 

(4)  Théorie  du  «  kon  !  ».  Gfr.  ici,  infrà. 

(3)  Ladhdhah  'aqliyah,  niée  ap.  son  comm.  de  Qor.  XXXVI,  55. 

(6)  Gfr.  înfrà,  XII-ii. 

(7)  Gfr.  Taw.  I. 

(8)  Gfr.  suprà,  p.  277. 

(9)  Gfr.  chap.  XIII. 

(10)  «  Alhadfa  !  >  (Qor.  III,  16).  Gfr.  chap.  XIII. 

(11)  Gfr.  ici,  p.  275-279. 

(12)  Gfr.  chap.  Xll-v. 


THEOLOGIE    MYSTIQUE  ^75 

Il  allie  aux  sclièmes  métaphysiques  du  Kalàm  diverses 
données  de  la  philosophie  hellénistique,  —  mais  c'est  pour 
faire  adhérer  de  façon  plus  serrée  à  la  transcendance  et  l'om- 
nipotence divines.  Il  reprend  et  combine  les  pensées  d'au- 
trui,  —  mais  c'est  pour  conseiller  de  choisir  et  d'exclure, 
pour  prêcher  une  règle  de  vie  qui  mène  à  Dieu. 

Dans  les  développements  amples  de  sa  pensée,  tels  certains 
chapitres  des  Tawâsln,  l'intention  maîtresse  est  unci  invita- 
tion méditée  à  l'action  réfléchie  et  persévérante,  un  don  nu 
des  trois  puissances  de  l'âme,  mémoire,  intelligence  et 
volonté,  tournées  droit,  à  travers  la  nuit  noire,  vers  Dieu 
seul.  Exemples  : 

Problème  de  la  l'oie  mystique:  où  chercher  Dieu?  En 
passant  outre  aux  choses  (1),  aux  signes  (2),  au  vouloir 
propre  {3)  (chap.  II). 

Problème  de  la  ro/i/?am«/^ice  mystique  :  comment  connaître 
Dieu?  En  reconnaissant  qu'il  est  réellement  transcendant,  à 
l'épel,  lettre  par  lettre,  de  ses  Noms  (4),  —  à  lépuration 
conceptuelle  de  ses  attributs  (5),  —  et  même  à  notre  inten- 
tion pure  d'affirmer  son  Essence  (6)  (chap.  VI-X). 

Problème  de  Yunïon  mystique:  comment  s'unira  Dieu? 
Comme  c'est  Lui  qui  crée  et  maintient  la  multiplicité  de 
l'Univers,  c'est^par  Lui  et  non  en  elle  qu'il  faut  regarder  (7)  ; 
comme  c'est  Lui  pour  qui  elle  est  explicable,  c'est  vers  Lui  et 
non  en  elle  qu'il  faut  faire  plonger  l'intelligence  (8)  ;  comme 

(1)  Taw.  ITI,  1  6. 

(2)  Taw.  IV.  V. 

(3)  Taw.  III,  8  iO. 

(4)  Contre  Ibn  Hanbal,  Sahl  ;  même  au  /t.dont  s'enivrent  les  derviches 
dans  les  séances  du  dhikr  (Taw.  IX,  2). 

(5)  Taw.  IX  et  X. 

(6)  Taw.  VI,  6-9. 

(7)  Taw.  II,  7  ;  XI,  10-12. 

(8)  Taw.  V,  8-10,  21.  Doctrine  de  Visqât  al  wasâ'if. 


476  CHAPITRE    XI 

c'est  Lui  el  non  elle  qui  la  centralise  et  la  nneut,  c'est  Lui 
seul  qu  il  faut  laisser  vouloir  au  fond  de  notre  cœur  (1),  où  il 
ne  peut  se  fixer  (2)  s'il  ne  le  transforme  (3)  (chap.  XT). 

Quantaux  courtes  définitions  qui  condensent  sa  pensée, 
elles  nous  font  assister,  en  raccourci,  à  une  mise  en  marche 
de  la  preuve  ;  d'un  mouvement  violent  et  persuasif,  il  im- 
prime à  ses  phrases  une  coupe  dynamique,  une  articulation 
enchaînée,  une  formation  militante.  Cela  ressort  d'une  com- 
paraison avec  les  définitions  plus  statiques  de  Sahl,  plus 
théoriques  de  Jonayd. 

Ex.  :  définition  du  moi  hobb,  mahaôùah,  amour: 

«  L'amour,  c'est  étreindre  l'obéissance,  et  s'écarter  de 
l'orgueil  »  (Sahl)  (4), 

H  L'amour,  c'est  la  pénétration  des  qualités  de  l'Aimé,  par 
permutation  avec  les  qualités  de  l'amant  »  (Jonayd)  (5). 

(t  L'amour,  c'est  que  tu  restes  debout,  auprès  de  ton  Bien- 
aimé,  quand  lu  seras  privé  de  tes  qualités,  et  que  la  qualifica- 
tion vienne  (alors)  de  Sa  qualification  »  (Hallàj)  (6). 

Plus  que  des  aphorismes  mnémotechniques,  ou  des  for- 
mules théoriques,  ses  définitions  sont  des  invitations  à  l'ac- 
tion : 

((  Contrôle  (7)  tes  respirations,  tes  minutes,  tes  heures, 
cela  qui  te  revient,  ceci  dont  tu  t'occupes.  Celui  qui  sait  d'où 
il  vient  sait  où  il  ira  ;  celui  qui  connaît  ce  qu'il  fait,  connaît 
ce  qui  sera  fait  de  lui  ;  celui  qui  connaît  ce  qui  sera  fait  de 

(l)Taw.  III,  U;  V,  34-39;  XI,  8. 
(2)  Taw.  XI,  15. 
(3)Taw.  XI,  19-24. 

(4)  Tafsh',  p.  36  :  cité  Qosh.  171. 

(5)  Sarrâj,  loma\  59. 

(6)  Ap.  Sol.  in  Qor.  III,  29.  «  Qiyâm  »,  c'e.st  rester  debout,  pour  la 
prière  ou  la  lutte  (opp.  qo'oûi).   «  Ittisâf  »,  c'est  qualification. 

(7)  Ap.  Sol.  tafs.  Qor.  XXVIIl,73,etSol,j«?<;dmi',ms.  Laléli,  1516, 
f.  167". 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  477 

lui,  connaît  ce  qui  lui  est  demandé  ;  celui  qui  connaît  ce  qui 
lui  est  demandé,  connaît  ce  à  quoi  il  a  droit  ;  celui  qui  con- 
naît ce  à  quoi  il  a  droit,  connaît  ce  qu'il  doit;  et  celui  qui 
connaît  ce  qu'il  doit, connaît  ce  qui  est  sien  (et  le  restera). — 
Mais  celui-là  qui  ne  sait  d'où  il  vient,  ni  oii  il  est,  ni  comment 
il  est,  ni  à  qui  il  est,  ni  en  quoi  il  est  (fait),  ni  ce  qu'il  est,  ni 
ce  pour  quoi  il  est  (fait),  —  celui-là  fait  partie  de  ceux  dont 
les  instants  de  vie  passent,  inemployés,  de  ceux  qui  ont 
délaissé  l'invite  pressante  de  Dieu  ^  Qui,  dans  Sa  miséri- 
corde, a  établi  pour  vous  la  nuit  (non  perpétuelle,  mais 
alternant)  avec  le  jour,  pour  que  (pendant  la  nuit)  vous  vous 
reposiez  (du  travail  du  jour).  Lui  demandiez  avec  désir  Sa 
faveur,  et  que  vous  Lui  rendiez  grâces  »  (Qor.  XXVÏIl,  73).  » 

II 

Psychologie. 

a)  L'homme  selon  le  Qor  an  :  le  cœur. 

Voici  l'inventaire  des  données  coraniques  : 

Insân,  l'homme.  Au  dehors,  zâhir,  corps  (/i.çm),  frêle  vase 
d'argile  (Qor.  LV,  13),  enveloppe  matérielle  précaire,  asser- 
vie de  plus  à  des  misères  charnelles,  hashar  (1).  Au  dedans, 
bâtin,  vide  intérieur  central  [jciwf]  (2). 

Qalb,  le  cœur  (3).  L'essentiel  de  l'homme,  c'est,  au  dedans 
d'un  morceau  de  chair  (4)  placé  dans  ce  creux  central,  un 

(1)  La  distinctioQ  entre  iynân  et  bashar,  entre  l'Adam  idéal  montré 
aux  Anges,  réalisé  dans  le  Saint,  l'homme  pur  et  simple,  capable  d'être 
transfiguré,—  et  l'homme  pécheur  et  charnel,  est  développée  par  Hallâj. 

(2)  iahr,  bain  :  chez  l'homme,  il  renferme  les  semences  des  descen- 
dants. 

(3)  Qor.  XXXIII,  4,  etc.  —  cfr.  les  Psaumes  ;  S.  Antoine  {Apoph- 
tegm.  Verb.  Senior.)  ;  et,  au  xvii«  siècle,  le  lexique  des  mystiques 
comme  Pascal,  le  B.  J.  hiudes,  Ste  Marguerite-Marie. 

(4)  Modghah. 


478  CHAPITRE    XI 

mouvement:  oscillation  régulatrice,  pulsation  permanente 
et  incommunicable,  ressort  caché  des  gestes  :  le  cœur,  qalb, 
tajwif\fouâ(i.  C'est  le  lieu  secret  et  caché,  iirr  (1),  de  la 
conscience,  dont  les  confidences  (najtvâ)  (2)  seront  mises  à 
nu  au  jugement. 

Nafs\  l'âme  (3).  Dans  ce  creux  intérieur  et  secret,  s'accu- 
mulent, de  par  la  digestion  qui  s'y  opère  des  sensations  et 
des  actes,  divers  résidus  :  amas  incohérent  et  obscur  d'illu- 
sions flollanles,  pensées  et  désirs,  qui  n'ont  ensemble  en 
propre  que  cette  inconstance  perpétuelle,  ce  vaciJlement 
particulier  que  leur  imprime  l'oscillation  individuelle  du 
cœur,  taqlib^  vie  précaire  :  c'est  l'âme,  le  «  moi  ». 

Sharh  al  saih\  le  diJatement  de  la  poitrine.  L'âme,  em- 
bryon factice  d'une  personnalité  immortelle,  ne  peut  prendre 
consistance  que  grâce  à  une  intervention  divine,  instantanée 
et  renouvelable  ;  réitération  de  cette  impulsion  créatrice 
initiale  qui  mit  le  cœur  en  branle.  Par  cette  intervention,  due 
à  r  «  aide  d'un  esprit  »,  à  «  l'insuiflaiion  de  l'Esprit  »  (4), 
Dieu  met  à  nu  la  paroi  du  cœur,  écarte  ses  voiles  (5),  le 
circoncit  (6)  ;  comme  au  moyen  d'une  étincelle,  la  foi.  La 
foi,  pendant  le  temps  où  elle  brille,  transfigure  \si?ia/s.  Elle 
la  cohère  et  l'unifie  ;  elle  en  fait  une  mémoire  où  l'homme 

(1)  VI.  3  ;  XX,  6  ;  XXVI,  7  ;  LXXI,  8. 

(2)  IX,  79  ;  XLIII,  80  ;  LXXXVI,  9. 

(3)  Intimement  liée  au  sang,  à  la  vie.  cfr.  infrà,  p.  518,  n.  2. 

(4)  i.a  concision  du  Qor'ân  permet  les  deux  interprétations,  simulta- 
nément, quoique  la  tradition  sunnite  (en  dehors  des  Hanbalites)  ait, 
depuis  le  quatrième  siècle,  favorisé  exclusivement  la  première. 

(5)  Voir  infrà,  p.  486,  n.  4.  II  les  referme  sur  le  cœur  rebelle  ;  tab' 
(Qor.  IV,  154). 

(6)  Gholf  auparavant  (Qor.  Il,  82  ;  IV,  l.^U).  Le  cœur  est  mis  à  nu  ; 
mais  ce  n'est  pas  encore  l'infusion  surnaturelle  en  dedans  du  cœur, 
iftidâd  al  sirr  =  holoùl  al  damîr  jawfa'l  foù'âdi  (cfr.  Tuw.  133;  et  ici, 
p.  518). 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  ^79 

retrouve  sa  vocation  prééternelle  de  croyant;  où  elle  la  lui 
fait  lire,  pour  l'énoncer  en  une  langue  ordonnée  et  cons- 
truite, où  elle  lui  fait  prendre  conscience,  hic  et  nunc,  de  sa 
vocation  primordiale  [inUliâq)  (1),  de  la  prédétermination 
divine  de  ses  actes  et  de  ses  gestes^  où  elle  les  lui  fait  com- 
prendre comme  des  signes,  âyâl,  incomparables,  irrécusa- 
bles et  directs  de  Tomnipotence  divine.  Le  cœur  a  été  fait 
pour  permettre  à  l'homme  de  «  porter  le  poids  » ,  surnaturel, 
«  récusé  parla  terre  et  les  montagnes  »,  du  «  dépôt  de  la 
foi  »  (haml  ai  amâna/i)  (2)  :  pour  être  le  lieu  (1^)  de  l'inévi- 
table comparution  de  l'homme  devant  Dieu. 

L'homme  est  saisi  par  le  Qor'ân  dans  l'unité  même  de  son 
mouvement,  dans  l'ébauche  inachevée  de  son  geste,  dans  la 
démarche  même  de  son  acte,  au  point  d'insertion  de  l'esprit 
dans  la  matière,  cela  qui  est  le  cœur,  qaiô,  d'où  le  mouve- 
ment surgit  comme  d'une  source  pour  lonaliser  les  déplace- 
ments des  membres.  Dans  le  «  mode  de  passage  »  particulier 
à  chacun. 

Le  Qor'èn  admet  comme  résolues,  sans  les  expliquer,  les 
énigmes  fondamentales  de  la  vie  :  naissance  (4),  douleur, 
sommeil  (et  rêve),  mort  (5),  survie  d'oulre-lombe,  résurrec- 
tion. Son  but  est  d'enfermer  dans  ses  limites  légales  l'activité 
humaine.  Il  ne  traite  aucune  des  questions  théoriques  sui- 
vantes ; 

(1)  Cfr.  iufrà,  Xll-ii. 

(2)  Qor.  XXXIII,  72  :  comp.  commentaire  d'al  Hallâj  (in  Solamî).  Ce 
verset  fut  très  tôt  critiqué  par  les  zanâdiqah  (Tabarsî,  12i).  Cfr. 
Hodha^fah  (Hanbal  V,  .'J63)  et  Bistâmî  (ap.  Sha'râwî,  I,  7ô\ 

(3)  Le  Qor'ânnedit  pas  cela  explicitement,  mais  l'interprétation  parait 
s'imposer  dès  Jonayd  (Baqiî    lafs.^  f.  300'  )   (Ghazàlî,  ilpjâ,  \\i,  i\). 

(4)  Décrite  comme  une  embryogénie  à  plusieurs  stades  (XXIII,  12- 
14;  XL,  69). 

(o)  Ambiguïté  de  la  mort  des  saints  (III,  163),  notamment  de  Jésus 
(IV,  156)  ;  ils  sont  enlevés  à  Dieu  (cfr.  Sahl,  ici  p.  487  ;  et  Hallàj,  in 
Qor.  XL,  67). 


A80  CHAPITRE    XI 

a)  Comment  accorder  le  désir,  qui  croît  du  dedans,  —  et 
le  geste  qui  happe  au  dehors  :  la  langue  et  le  cœur,  le  char- 
nel et  rimmatériel,  le  périssable  et  l'immortel  ;  la  solution 
par  le  dualisme  de  fâme  et  du  corps-,  qui  ressort  si  nettement 
en  Chrétienté  du  l'écit  de  la  résurrection  de  Jésus, s'introduira 
en  Islam  au  moyen  de  la  considération,  chez  les  Imâmites, 
du  sens  divin,  wa'nà,  à  donner  aux  événements. 

b)  Comment  concilier  la  qualification  légale  des  consé- 
quences directes  de  l'acte  humain  (impulabilité,  Jugement 
dernier), — avec  l'irrévocabilité  de  son  déclenchement  ori- 
ginel par  une  prémotion  divine  (Justice  divine, décret  prééter- 
nel) ;  c'est  Hasan  Basrî  qui  trouvera  la  solulion  du  tafwid^ 
de  «  l'investiture  >>  divine  de  l'homme  comme  agent  libre  (1), 
—  solution  tronquée  par  les  moHazililes  et  leur  thèse  de  la 
liberté  psychologique,  privilège  d'indift'érence,  droit  de  ne 
pas  choisir. 

c)  Comment  coordonner,  en  nous-mêmes,  la  genèse  de 
nos  actes  ;  la  perception  (mémoire)  avec  la  réflexion  (intel- 
ligence) et  avec  l'action  (volonté)  ;  le  problème  d'une  «  règle 
de  vie  »,  tel  que  Mohâsibî  le  formulera. 

Mais,  contrairement  à  l'opinion  pharisaïque  de  beaucoup 
de  foqahâ^  acceptée  dej)uis  soixante  ans  par  bien  des  arabi- 
sants, j'ai  dû  reconnaître,  avec  Margoliouth  (2),  qu'il  y  a 
dans  le  Qor'ân  les  germes  réels  d'une  mystique,  germes  sus- 
ceptibles d'un  développement  autonome,  sans  fécondation 
étrangère. 

b)  Théories  contemporaines  sur  te  corps  et  l'âme. 

i°  Théorie  atomiste  (Jahm,  'Allàf,  Jâhiz,  Ash'arî  et  la  plu- 
part des  motakallïmoûn)  (3)  : 

(1)  C'est-à-dire  que  sa  liberté  le  dépasse,  qu'il  ne  peut  en  user  bien 
que  s'il  l'abandonne  à  Dieu.  Cfr.  Essai. 

(2j  Early  development  of  Mohammedanism,  199. 

(3)  Shâmil,  ms.  Leyde,  1945,  f.  13^  Hazm  V,  65,  66,  74. 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  48 1 

L'homme  n'est  qu'une  enveloppe  matérielle  superfi- 
cielle (1),  badan,  un  cadavre  inerte,  jasad.  Cette  étendue, 
cet  agrégat  d'atomes  n'a  par  le  dedans  aucune  réalité  dura- 
ble :  son  seul  principe  de  cohésion  est  que  :  la  volonté  divine 
lui  constitue,  du  dehors,  un  contour  modelé,  lui  pétrit  (2) 
une  forme  variable  d'équilibre  extérieur,  hayhal  mahsoi/s 
wa  makhsoûs  :  fantôme  d'âme  (3),  irréel  assemblage  de  sim- 
ples accidents  (4)  Çarad),  que  Dieu  fait  censément  mourir  et 
ressusciter  par  la  séparation  et  réunion  de  ces  atomes  ;  hai/- 
kal  =  nafs  .=  roùh  =r  ^aql  =  qalb. 

%"  Théorie  émanatiste  (Imâmites)  : 

L'homme  est  un  système  factice  d'enveloppes  matérielles 
concentriques,  ^/^i/«/ (5),  sans  autre  unité  commune  que  la 
volonté  de  Dieu  qui  les  emboîte  les  unes  dans  les  autres,  après 
les  avoir  découpées  dans  la  matière  de  ses  émanations  lumi- 
neuses successives,  en  les  rangeant  dans  un  ordre  de  <  sub- 
tilité »  décroissante,  du  centre  à  la  périphérie  :  (a)  la  gaîne 
centrale,  allaf  ghïlâf^  enveloppe  transparente  de  l'action 
créatrice,  fragment  de  la  première  émanation  divine,  qui 
oriente  mécaniquement  l'ensemble  :  le  «  sens  »  :  manà  (6). 
(b)  la  seconde  gaîne,  le  «  moi  »   conscient,  nafs  =  shakh?  ; 

(1)  Pour  eux,  rien  n'existe  (en  dehors  de  Dieu)  que  le  matérialisé, 
l'étendu,  kairn.  Il  n'y  a  pas  de  substances  immatérielles. 

(2)  Soit  créée  une  fois  pour  toute  la  vie(taèfrt^idhVdnî/aftde  Jahm)  ; 
soit  recréée  à  chaque  respiration,  à  chaque  instant  Çâdah  :  Nazzâm 
{farq,  126)  ;  Ash'arî-Bâqillânî-Ibn'Arabî,  fotoûhât,  I,  2H  ;  IV,  23). 

(3)  Le  haykal  n'est  pas  une  substance,  c'est  un  simple  accident,  ou 
assemblage  d'accidents.  Ibn  Kaysân  nie  même  son  existence. 

(4)  Sous  sa  forme  modérée,  c'est  celle  de  la  plupart  des  orthodoxes, 
jusqu'à  Ghazâlî  :  ash'arites,  zâhirites  et  hanbalites  considèrent  la  nafs 
et  le  roûh  comme  des  corps  subtils  qui  meurent  et  ressuscitent  avec 
le  corps  (Ihn  al  Farrâ.  moHamad)  ;  Bâqillânî  identifie  lana/is  au  tanaffos 
(respiration)  et  le  roûh  à  la  vie  [hayàl;  siège  dans  le  cœur). 

(5)  Ce  qui  paraît  une  exégèse  de  Qor.  XXIV,  35. 

(6)  Les  [jremiors  Imàmiles,  jusqu'à  Hishàm  inclusivement,  sont  jabn- 
riies  (Ibn  Qotaybah,  mokhtalif,  59). 


482  CHAPITRE    XI 

(c)  la  troisième,  le  fonetionnemeot  vital  :  roûh  =  'aql=^qalb  ; 

(d)  la  gaîne  extérieure,  le  «  corps  »,  luminosité  pâle,  encras- 
sée, obscurcie  :  jïsm  =:  sanam  =  haykal  (1)  —  barzakh  — 
noûr  zoiâmî. 

Cette  théorie  servit  aux  premiers  médecins  musulmans, 
qui,  comme  les  Imâmites,  admettent  la  précellence  delà 
nafs  sur  le  roûh  (2),  de  l'âme  parlante  [nafs  nàtïqah)  (3),  qui 
«  personnalise  »,  sur  l'esprit  vital  matériel  qui  circule  dans 
le  corps  avec  le  sang  comme  un  agent  d'exécution  (4). 

3°  Théorie  de  Hasan,  Bakr,  et  de  certains  mo'tazilites  : 

L'homme  est  certes  une  enveloppe  matérielle,  qâlab^  un 
moule.  Mais  ce  moule  reçoit  de  Dieu,  du  dedans,  une  cer- 
taine unité  personnelle,  par  l'hébergement  d'un  ou  plusieurs 
principes  d'activité,  lataif^  corps  subtils  ;  ils  sont,  durant  la 
vie,  le  siège  de  son  autonomie  subjective,  —  ils  résident  dans 
ce  corps  comme  l'astre  dans  sa  sphère  d'action  {haykal)^  ils 
lui  survivent  et  le  rejoignent,  pour  le  transfigurer  à  la  résur- 
rection. Ici,  quelques  divergences: 

a)  Aswârî,  Foùtî,  Ibn  Hâyii,  Ibn  al  Râwandî  (3),  n'admet- 

(1)  Haykal,  litt.  «  temple,  résidence  »,  est  un  terme  d'astrologie,  peut- 
être  harrânien  ;  il  désigne  la  masse  astronomique  de  Tastre,  au  centre 
de  son  ciel  (falak),  c'est-à-dire  de  l'enveloppe  sphérique  de  son  orbite 
(théorie  de  Ptolémée.  Cfr.  Shahrast,  II,  123). 

(2)  Seuls  quelques  imâmites  et  mystiques,  les  lîoûhâitiyoûn  comme 
Jâbir  et  Rabàh,  soutinrent  la  primauté  du  roûh  immatériel  :  Tostarî  et 
les  Sâlimiyah  les  suivirent,  avec  Kharrâz. 

(3)  Al  Hallâj  dira  au  contraire  :  Roûh  yiâtiqah. 

(4)  Jibrâ'il  Bokhtyéshou',  ms.  Paris  3028,  f.  40=>  40K  'Alî-ibn-Rab- 
ban,  firdaios  alhikmah,  II,  §2.  Tabarsî,  ihtijâj,  181  ;  Nâsir-i-Khosroû, 
zâialmosâfirin,  Supp.  pers.  Paris  2318.  Même  discussion  pour  la  pré- 
cellence de  la  soûrah  entre  les  Imâmites  (pour  qui  soî/rfl/^  =  l'apparence 
matérielle,  et  ma'nà,  l'acte  divin)  et  les  philosophes  (soiirah  =  forme 
spirituelle,   et  hayoûlà  =  matière).  Voir  ici,  p.  297,  n.  4,  la  curieuse 

correction  «  al  soùrah  hya  (pour  fîhâ)  al  Roûh  »,  d'un  hanbalite  philo- 
sophe (probablement  Ibn  'Aqîl). 

(5)  Cfr.  Tahùnawî,  Kashshdf,  s.  v.  roûh.  — Gomp.  la  glande  pinéale 
de  Descartes. 


THEOLOGIE    MYSTIQUE  483 

lent  qu'un  seul  principe  inlerne  d'activité,  et  le  placent, 
atome  subtil,  dans  le  cœur  :  qalb  —  'cujl. 

b)  L'U  spiritualisme  croissant,  imité  des  platoniciens,  in- 
cline, amène  cerlains  (1),  Mazzâm,  'Altàr,  Mo'ammar,  Jo- 
waynî,  Ghazâlî,  Mosafl'ar,  Rà^liib,  Fakhr  Rùzî,  'Izz  Maqdisî, 
Jildakî,  à  professer  que  l'essence  de  l'homme  est  uniquement 
une  raison  immatérielle,  parcelle  de  substance  spirituelle  et 
impassible,  'aql  r=  roùli  =  qalb,  indépendante  du  corps  pas- 
sible, misérable  et  illusoire  [shabah^  ynithâl)^  qui  est  son 
vêtement  [t/iawb)  d'humiliation  momentanée,  sa  prison 
d'occasion,  de  qui  la  mort  la  délivre  pour  toujours  ;  l'unité 
apparente  du  corps,  pendant  la  vie  d'ici-bas,  ne  dérive  pas 
de  rV^/,  mais  d'un  équilibre  hylique,  d'un  mélange  entre 
quatre  humeurs,  akhlâl  —  arwâh,  circulant  à  travers  les 
tissus  et  soumise  aux  influences  astrales,  af'làk.  De  plus,  il  y 
a  tendance,  par  syncrétisme,  chez  lesDruzes,  les  ishrâqiyoùn 
et  les  philosophes,  à  considérer  1"^^/  comme  une  parcelle 
de  la  deuxième  émanation  divine  (2),  sorte  de  pensée  imper- 
sonnelle, illuminatrice,  d'idée  angélique  :  'aql^=^  roûh  (3)  = 
noûr  qàhïr. 

c)  Les  disciples  mystiques  de  Hasan,  sous  l'influence  de 
nombreuses  traditions  admises  aussi  par  les  Imâmites  et  les 

(i)  L'idée  s'ébauche  dès  Hishâm-ibn-al-Hakam  (contre  'Allâf)  ;  farq^ 
117,  119,  256,  261  ;  Haqqî,  voûhal  bayân,  II,  300.  Les  Imâmites,  Kar- 
râmiyah  et  Sàlimiyah  affirment,  contre  'Allâf  et  Ash'arî,  que  l'âme 
(nafs,  chez  les  Imâmites  ;  roûh,  chez  les  Sâlimiyah)  demeure  immortel- 
lement  vivante  après  le  décès  du  corps  (Hazm,  IV,  215;  tabsirah,  391). 
Cfr.  Qostâ-ibn  Loùqâ  {/arq  bayn  al  nafs  ico'l  roûh,  éd.  Cheikho),  qui 
est  troublé  par  le  conflit  entre  Platon  et  Aristote,  sur  les  définitions. 

(2)  Même  Ghiizâlî  {ladonhjah,  extr.  ap.  tabsirah,  399). 

(3)  Kharrâz  s'est  opposé  avec  beaucoup  de  force  à  cette  identifica- 
tion :  «  C'est  le  roûh  qui  communique  au  corps  le  mot  de  la  vie,  c'est 
par  lui  que  l'acte  y  germe,  c'est  lui  qui  fait  prouver  ;  sans  le  roûh, 
V  'aql  resterait  inopérant  (moia'attil),  sans  recueillir  ni  administrer  de 
preuves  »  (Baqlî,  tafsir,  f.  210*). 


484  CHAPITRE    XI 

zâhirites,  admirent  la  pluralité  des  principes  internes,  des 
lataif[\).  Les  considérant  comme  des  gaines  distinctes,  de 
provenances  différentes  (2),  emboîtées  les  unes  dans  les  au- 
tres (comme les Imâmites),  nafs  <Cqalb  <C?'0Ûh<Csirr[3)^  ils 
y  virent  des  <v  voiles  »  (4)  les  séparant  du  foyer  divin,  desti- 
nés à  être  levés,  successivement,  par  la  grâce  ;  Bistâmî,  par 
une  ascèse  intérieure  intense,  essaya  même  d'enlever  le  der- 
nier voile,  sin\  mais  il  n'aboutit  qu'à  l'éblouissement  aveu- 
glant supprimant  toute  vision. 

c)  La  doctrine  hallagienne. 

La  psychologie  hallagienne,  comme  celle  de  Mohâsibî, 
paraît  fortement  influencée  par  le  spiritualisme  de  Nazzâm. 
Elle  admet  en  l'homme  la  domination  directrice  et  l'unité 
fondamentale  d'un  principe  immatériel  ;  çalb,  cœur  ;  ou 
roûh,  esprit  (5).  «  Dieu  a  créé  ces  corps  (ha?jâ/cif)  sur  le  type 
causal  ;  astreints  à  des  déformations  (dfât),  et  d'une  réalité 
qui  périt.  Il  a  fait  croître  en  eux  les  esprits  [arivâh]  jusqu'au 
temps  fixé  [ajalma^doûd).  Il  s'est  assujetti  les  esprits  par  la 

(l)Hojwlrt,? /TasA/",  197. 

(2)  "Amr  Makkî  admet  pour  elles  une  évolution  qui  rappelle  la  cos- 
mogonie des  Noseïris  (Hojwîrî,  /.  c,  309).  Hallâj  rectifie  (ap.  Sol.  in 
Qor.  XXIV,  35)  :  action  de l'i/^^iya/î  (5irr),  roboùbiyah  (roûh),  noû- 
riyah  (qalb  :  noùr  al  tadbîr)  et  harakah  (nafs).  Cfr.  Tostarî,  rns.  Kopr. 
727  :  l'homme  a  été  créé  de  quatre  choses  :  hayât,  roûh,  noùr,  lin. 

(3)  C'est  la  liste  d'  'Amr  Makkî  (/.  c.)  et  d'ibn  'Atâ  (Baqlî,  tafs\r, 
t.  1,  p.  347).  Tostarî  préfère:  qalb,  'aql,  sam'. 

(4)  Au  rebours  des  philosophes,  pour  qui  les  Intelligences  séparées, 
'oqoûl,  sont  des  sphères  d'influence  concentriques,  dont  la  dignité  croît, 
comme  pour  les  astres,  avec  l'expansion,  du  centre  du  système  vers  la 
périphérie.  Chez  eux,  le  roûh  humain  =  'aql  bi'l  milkah,  baigne  dans 
r  'aql  supérieur  qui  l'illumine. 

(5)  Inséré  au  dedans  :  qalb.  Isolé  au  dehors  :  roûh.  D'accord  avec  Mo- 
hâsibî, Kharrâz  et  leurs  successeurs,  al  Ilallâj  se  refuse  à  le  confondre 
avec  r  'a(//>  comme  Nazzâm  et  Jàhiz. 


THEOLOGIE    MYSTIQUE  485 

mort,  et  les  a  ligotés,  au  moment  môme  où  II  les  parache- 
vait (1),  avec  l'impuissance  (^ajz)  »  (2). 

L'homme  a  donc  un  double  aspect,  une  double  affinité 
[nasab)  (3)  ;  —  uni  à  un  corps  étendu,  il  doit  devenir  charnel, 
il  est  voué  à  tomber  sous  l'esclavage  de  la  matière  (raqq  al 
kawn)  et  sous  le  mépris  divin  (4)  ;  et  il  y  est  tombé.  Mais  en 
revanche,  destinée  à  être  unie  à  un  esprit,  la  forme  de  son 
corps  a  été  mise  d'avance  à  partdes  animaux  (5), ennoblie  (6), 
affranchie  de  l'esclavage  (7),  vouée  à  la  liberté,  avant  sa 
création  ;  car  le  vêtement  idéal  de  gloire  divine  que  Dieu, 
imaginant  le  type  d'Adam,  présenta  aux  adorations  des 
Anges  comme  une  image  divine,  soùrah,  est  la  préfigure  de 
l'affinité  réelle  (8)  que  Dieu  réserve  aux  hommes  avec  Lui, 
s'ils  deviennent  purs  (9)  :  l'affinité  dans  l'Esprit  de  sainteté. 


(1)  ftmâm  ;  litt"^  :  où  II  en  faisait  les  i<  entéléchies  »  de  leurs  corps  ; 
c'est  le  mot  aristotélicien. 

(2)  Hallâj,  ap.  Solamî,  ghalatât,  f.  79^.  La  terminologie  de  ce  passage 
est  tirée  de  Nazzâm  :  «  l'homme  (l'esprit  de),  vivant  par  lui-même,  et 
autonome,  ya'j'iz  li  âfatî,  est  astreint  par  une  déformation  à  Vimpuis- 
sance  xi  (Baghdàdî,  farq,  H9).  L'impuissance,  chez  Nazzâm  comme  chez 
Hallàj,  désigne  le  corps  ;  la  déformation,  le  terme  fixé  à  la  vie  ici-bas. 

(3)  Développé  par  Wâsitî  et  Nasrâbâdhî.  Wâsitî  est  très  explicite  sur 
l'immatérialité  du  roûh  (Baqlî,  tafsîr,  ms.  Berliu,  f.  198^,  210*). 

(4)  La  création  est  une  humiliation  volontaire  de  la  pensée  divine, 
surtout  la  création  de  la  matière;  aussi  Hasan  Basrî  méprise  la  création 
matérielle  «  parce  que  Dieu  la  méprise  »  {risâlah  ap.  Hdyah),  tant  que 
l'Esprit  ne  la  transfigure  pas.  Le  secret  de  la  création,  c'est  que  Dieu 
est  humble.  Dans  cette  relation  entre  le  matériel  et  le  charnel,  on  re- 
trouve ridée  du  péché  originel  d'Adam  ;  mais  Bistâmî  est  le  premier  à  la 
formuler  explicitement  {loqmali). 

(5)  Sol.  25. 

(6)  Sol.  99-100. 

(7)  Sol.  181.  Théorie  déformée  par  Wâsitî,  «  esprits,  affranchis  de 
l'avilissement  du  fiai  »  (Baqlî,  ta/sîr,  ms.  Berlin,  f.  210''). 

(8)  Intibâ'  al  Huqq,  note  Ibn  Bâboûyeh. 

(9)  Investiture,  symétrique    de  l'acceptation  par   Adam  du  faix  de 


486  CHAPITRE    XI 

Comment  s'opère  la  purification  de  l'homme  en  son  cœur  ? 
Al  Hallàj  conserve  le  vocabulaire  des  précédents  mystiques, 
qui,  absorbés  parleur  effort  ascétique,  subdivisent  (1)  et 
morcellent  le  cœur  en  «  emboîtements  »  successifs,  au  risque 
de  le  confondre  et  de  le  détruire  avec  ses  «.  voiles  »,  en  vou- 
lant atteindre,  au  delà,  Dieu.  A.1  Hîillâj  maintient  et  développe 
la  donnée  coranique  que  le  cœur  est  l'organe  préparé  par 
Dieu  pour  la  contem!)lation  (2).  La  fonction  ne  peut  s'exercer 
sans  l'organe.  Si  donc  il  mentionne  les  enveloppes  succes- 
sives du  conir  (3),  c'est  sans  s'arrêter  à  ces  repères  qui  mesu- 
rent (4)  les  progrès  de  la  purification  intérieure.  Et,  au  terme, 
il  proclame  que  l'union  mystique  est  réelle  ;  bien  loin  d'être 
cette  disparition  totale  du  cœur,  demandée  en  vain  à  Dieu 
parBistâmî,  elle  en  est  la  résurrection  sanctifiante  :  le  renon- 
cement total  du  cœur  aboutit  à  son  immortalisation  par  Dieu. 

Al  Hallâj  a  tenté  de  décrire  celte  dernière  opération  ;  l'ul- 
time enveloppe  du  cœur,  au  dedans  de  la  iiafs,  appétit  concu- 
piscible,  c'est  lesirr,  personnalité  latente,  conscience  impli- 
cite, subconscient  profond,  cellule  secrète  murée  à  toute 
créature  (5),  «  vierge  inviolée  ■»  (6). 

Vamânah  (cfr.  ici,  p.  479).  Non  pas  éruranation  divine  (Ibn  al  Qârih)  : 
Hallâj,  comme  Nibâjî,  discerne  parfaitement  le  roîî^  créé  du  Roûh  divin 
(Sarràj,  loma\  22-2). 

(1)  "Alâ  al  Dawlah  distinguera  si'pt  enveloppes  successives,  dont  les 
couleurs  sont  visibles  pour  l'extatique  (l^Ieischer,  ZDMG,  XVI,  235), 

(2)  Suprà,  p.  477. 

(3)  Qalb,  jannah,  lobb,  latïfah,  iam-i/loq  (Baqlî,  Shath.  162'').  Le 
sirr,  siège  du  taivhid  {ishârah),  est  emboîté  dans  le  qalh,  siège  du 
ma'rifnk  Çihdrah)  ;  de  l'un  à  l'autre  le  Ronh  s'écoule,  par  les  anfâs 
(cfr.  Akbb.  34-35  ;  Baqlî,  /.  c,  f.  15 1''). 

(4)  La  nafs  correspond  aux  nghtiyah,  le  qalb  aux  akinnah  qu'ouvrent 
les  nnwdr,  le  roiih  aux  hojob  qu'ouvrent  les  adhkâr,  le  sirr  aux  aqfâl 
qu'ouvre  la  qorb  (ap.  Sol.  XXIV,  37). 

(5)  Il  faut  agir  préalablement  pour  noîis  communiquer  nos  pensées. 

(6)  «  Asrâroiiâ  bih'5,  là  yafladdohâ  wahm  ivâhiml  »  (ap.  Sarrâj, 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  487 

Tant  que  Dieu  n'a  pas  visité  le  çin-,  Ja  personnalité  latente 
de  rtiomme  reste  in  forme  :  c' est  la.  sarîrak(\),  sorte  de  «  pro- 
nom personnel  »  incertain,  de  «  je  »  provisoire:  annî^  an- 
ntyah  ;  hoivl,  howlyah  (2)  :  une  heccéité  ,  une  illéité. 

Lorsque  l'homme  accepte  de  renoncer  à  cette  ultime  enve- 
loppe du  cœur,  Dieu  la  féconde*,  y  fait  pénétrer  le  damir  (3), 
sa  personnalité  explicite  définitive,  son  c  pronom  personnel  » 
légitime,  le  droit  de  dire  a  Je  »  :  droit  qui  unit  le  saint  à  la 
source  même  de  la  parole  divine,  à  son  ^<  fiât  ». 

Je  n'indique  qu'en  passant  sa  théorie  des  trois  tawaffl  (4) 
du  sommeil,  de  la  mort  et  de  l'ascension  spirituelle.  Em- 
pruntée à  son  maître  Sahl,  elle  établit  :  d'abord  à  l'encontre 
de  Tévolulionnisme  de  Râzî,  qu'il  n'y  a  pas  tanâsokh,  mé- 
tempsycose, entre  les  animaux  et  les  hommes  (5).  Ensuite, 
que  l'âme  séparée  peut  être  confrontée  à  Dieu  directement  (6) . 
Ce  que  Nazzàm,  le  premier  en  Islam,  avait  soutenu  par  sa 

lomn\  231  ;  comp.  au  contraire  l'image  cynique  d'  'Allâf,  ap.  WZKM^ 
IV,  221).  (f  asrâr  khdfiyah,  abkdr  ma  iftaddnhâ  khâtlr  ffaqqi  qatt  » 
(ap.  Solamî,  in  Qor.  LXXIV,  52). 

(1)  Gfr.  ap.  Solamî,  iabaqât  (vers  Mawâjid  Haqqî). 

(2)  Gfr.  Taw.  162,  204  ;  corr.  Taw.  165. 

(3)  Dieu  est  le  Sirr  a/ sirr,  i)a/nyr  rtZ  ^am^V.  Cfr.  Td^v.  III,  11,  IX, 
2;  et  ici,  p.  526. 

(4)  In  Qor.  XL,  67  ;  XXV,  22  ;  LXXIV,  31.  Gfr,  Tostarî,  tafslr,  123- 
124  :  en  fait  les  trois  degrés  de  la  maîtrise  croissante  du  roiî/j  lumineux, 
qui  ne  vit  que  du  dhikr  (louange  divine),  sur  la  nafs  de  la  matière 
charnelle,  qui  ne  voudrait  que  manger  et  boire.  Tostarî  affirme  la  pri- 
mauté effective  du  roûh  sur  la  nafs,  contre  Mobarrad,  qui  croit  que 
tous  deux  meurent  avec  le  corps  (cfr.  suprà,  p.  483,  n.  1). 

(o)  Ce  n'est  pas  le  même  ange  qui  recueille  leurs  âmes  (Sol.  103)  : 
contre  Mâlik  (Haytamî,  fatâwâ  hadUhiyah,  3)  et  Bâqillânî  (Hazm,  IV, 
216). 

(6)  G'est  la  noqlah,  transfert  (Tostarî,  /.  c.  Jonayd,  ap.  Sha'râwî, 
latâ'if,  I,  126).  Pas  au  sens  qarmate  et  druze,  qui  fait  de  ce  transfert 
le  passage  d'une  âme  d'un  homme  à  un  autre  {Mo'hz,mo)idjât)  ;  ne  sa- 
chant où  loger  les  âmes  séparées  (cfr.  ici,  p.  488,  n.  1). 


488  CHAPITRE    XI 

théorie  du  «  bond  »,  tafrah  (1).  Les  âmes  séparées  ne  sont 
pas  astreintes  à  passer  par  B,  C,  D...,  pour  aller  de  A  à  Z, 
mais  ravies  devant  Dieu  directement  (2)  : 

«  Spatialisé  {haykaiï)  quanta  la  pulpe, —  Lumineux  quant  au  noyau, 
Eternel  quant  à  la  sève  vitale, —  Doué  de  jugement  et  de  science, 
L'homme  (qui  meurt)  rejoint  par  l'Esprit,  ceux  (=  les  élus)  en 
qui  11  réside  ; 
Tandis  que  le  corps  gît,  en  la  terre,  pourriture  »  (3). 

lïl 

La  «  science  des  cœurs  ». 

a)  Les  événements  intérieurs  de  Vâme  selon  le  Qofân. 

Dieu,  le  créateur  ikhâliq)  immédiat  de  tous  les  événements 
qui  caractérisent  l'existence  particulière  d'un  individu,  l'au- 
teur de  toutes  ses  actions  (a  mal),  aussi  bien  au  dehors  (biens 
matériels)  qu'au  dedans  (vertus,  vices),  en  est  aussi  \?i  provi- 
dence (râziq)  ;  Il  les  a  créées  d'avance  pour  chacun  en  un  tout, 
et  les  lui  distribue  avec  ordre,  comme  des  lots  préparés  :  ce 
sont  les  arzâq^  «  provisions  de  voyage  »,  les  aksâb,  ressour- 
ces, «  gains  »  de  chaque  homme,  qui  entretiennent  sa  capa- 
cité d'action  [qodrah). 

Dieu,  enfin,  est  Celui  qui  fait  vivre  et  mourir  [mohyiy 
momîl)  :  il  fixe  un  début  et  une  fin  à  ces  arzâq,  un  terme 
précis  :  ajal  mosammà  :  chiffre  prévu,  auquel  la  mort  arrête 
et  totalise  les  actions,  telles  que  le  Jugement  dernier  (4)  les 
pèsera  en  sa  balance,  suivant  la  loi. 

L'important  est  donc  de  pouvoir  apprécier  la  qualification 

(1)  far(i,  124,  1.  3  seq.,  et  f  5  seq. —  Shahrast.  1,  71.  Théorie  scolas- 
tique  classique  pour  les  Anges. 

(2)  La  pensée,  déjà,  saute  d'un  objet  h  l'autre  sans  transition.  C'est 
la  solution  spiritualiste  de  l'antinomie  des  Eléates  :  «  la  flèche  qui  vole  ». 

(3)  Hallàj,  ap.  Sohrawardî  d'Alép  (in  Daoûwânî,  Ibn  'Aqîlah). 

(4)  Qor.  VI,  2. 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  4^9 

légale  des  arzâq  qui  sont  mis  à  notre  disposition,  utiles  ou 
nuisibles,  licites  ou  illicites,  durant  cette  vie.  Pour  cela, 
rhomme  doit  avoir  reçu  et  conserver  certains  arzâq  préala- 
bles, en  lui-môme,  en  son  cœur:  la /oi  (1),  d'abord,  sans 
laquelle  il  est  incapable  d'effectuer  cette  appréciation,  fiqh  ; 
la  mémoire  de  ces  arzâq^  la  science,  '«7/?i,  des  notions  révé- 
lées. Il  doit  rejeter  de  son  cœur  d'autres  arzâq  nuisibles,  le 
penchant  égoïste,  hamm,  zann,  shakk,  la  suggestion  sata- 
nique,  waswasah  (2),  qui  obscurcissent  la  vision  de  son  cœur, 
le  maintiennent  dans  l'ignorance,  jahl^  l'empêchent  d'écou- 
ter l'avertissement  divin,  'ibrah  (3),  ilhâm  (4),  notifiant  au 
croyant  la  qualification  légale  des  arzâq  qu'il  reçoit,  discer- 
nant le  «  bon  ))  du  '<  mauvais  ». 

Ces  «  ressources  »  intérieures  de  l'homme  sont  choses 
momentanées  (5),  adventices,  inassimilables,  comme  les 
extérieures  ;  elles  n'appartiennent  à  son  cœur  que  par  attri- 
bution arbitraire,  tout  au  plus  usufruit  habituel,  il  n'y  a  pas 
naturellement  droit. 

En  résumé,  le  Qor'àn  fait  du  cœur  le  principe  de  la  science 
et  de  la  conscience  (6)  :  comme  rien  ne  v<  retient  »  en  lui  la 
dissipation  irréversible  et  irrémédiable  de  ses  ressources 
(gestes,  sensations),  l'homme  ne  peut  se  ressaisir  qu'au 
dedans  de  soi-même,  en  son  taqlib,  dans  son  cœur  (7)  ;  ce 

(1)  Par  emprise  du  dehors,   Wahy  (Qor.  LXVIII,  1-2). 

(2)  Qui  «  circule  »  ea  nous  comme  le  sang  (hadith  célèbre  ;  Râghib 
pâshâ,  safinah,  272).  Sur  fiqh,  Qor.  XVH,  46-47. 

(3)  Qor.  III,  Il  ;  XII,  111  ;  LXXIX,  26. 

(4)  Yoix  du  bon  ange,  selon  Kbafàjî  [sharh  al  shifd,  IV,  584). 

(5)  Dieu  les  change  à  son  gré  :  hadîth  «  Va  Moqallib  al  qoloûb  !  » 

(6)  Lieu  d'union  sacramentelle  entre  le  corps  et  l'âme,  point  d'inser- 
tion du  spirituel  dans  le  temporel. 

(7)  Au  rebours  des  émotions  charnelles  qui  ont  leur  contre-coup  situé 
par  tous  les  romans  d'auteurs  musulmans  dans  le  foie  et  la  bile  (cfr. 
ici,  p.  178  n.  2).  —  Qor.  XXIV,  37. 


490  CHAPITRE    XI 

continuel  rebroiissement  «  surplace  »,  cet  incessant  retour 
au  temps  1 ,  lui  donne  un  point  de  départ  fixe  pour  la  cons- 
truction de  son  unité  mentale  ;  cette  inversion  de  sens  per- 
pétuellement réalisée  lui  sonne  le  rythme  qui  mesure,  avec 
sa  respiration,  son  temps  ;  lui  déroule  la  trame  historique 
oi^i  tisser  son  dessein  personnel,  l'étoffe  de  sa  vie  consciente. 
Le  cœur,  selon  les  données  coraniques,  retient  (yadhkor)^ 
connaît  [i/a^qïl]  et  accepte  {^orf)  directement  les  notions  qui 
lui  sont  communiquées,  sans  qu'aucune  distinction  bien 
nette  apparaisse  entre  des  x  facultés  »  (1).  Il  y  en  a  seule- 
ment une  ébauche  à  propos  des  résultats  des  «  maladies  »  qui 
allèrent  l'acte  de  foi  :  manque  de  la  mémoire  (ghaflah,  opp.  : 
dhikr),  erreur  de  l'intelligence  (shir/i'^  opp.  :  taivhid)^  dupli- 
cité de  la  volonté  [riyâ,  opp.  :  ikhlh)  (2).  Ce  qu'on  peut  dire, 
c'est  que  le  Qor'ân  pose  le  problème  fondamental  de  la 
«  science  des  cœurs  »,  la  purification  de  l'acte  de  foi  (3). 

b)  Les  théories  contemporaines. 

Les  Khârijites,  suivis  en  cela  par  Jahm  d'une  part,  et  par 
les  Zâhirites,  et  de  nombreux  mohaddithoûn  de  l'autre,  — 
considèrent  que  la  «  science  des  cœurs  »  est  incertaine  et 
inutile.  Les  qualifications  légales  s'appliquant  uniquement 
aux  gestes  externes  du  corps,  aux  conséquences  sociales  de 
nos  actes,  —  il  suffit  d'étudier  nos  arz4q  du  dehors,  selon  le 
témoignage  de  nos  sens  (prière  vocale,  jeûne,  infractions  ou 
aveux  publics).  Car,  pour  les  arzâg  intérieurs  (du  cœur  : 

(1)  Les  actes  sont  constamment  désignés  par  des  verbes  sous  forme 
personnelle,  non  par  des  noms  d'action. 

(2)  Maladies  du  dhikr  :  haicà,  fitnah  ;  du  fikr  :  makr,  wahm  ;  de  la 
niyah  :  shakk,  ra'l. 

{3)  Traité  par  Hasan  Basrî  (ap.  Tirmidhî,  'ilal,  162*  ;  cfr.  les  chapi- 
tres sur  le  «  scrupule»  matériel,  chez  des  imâmites  comme Tabatabâ'î, 
'orwat  wothqa,  Bagdad,  1328,  331-363).  Et  Ibn  'lyàd  (ap  Tahânawî, 
s.  V.  KHLÂÇ). 


THEOLOGIE    MYSTIQUE  ^gi 

connaissances,  vertus),  Dieu,  qui  nous  les  concède  et  nous 
les  retire  à  sa  guise,  comme  les  autres,  et  sans  qu'ils  nous 
transforment,  —  ne  leur  attache  pas  de  qualifications  légales 
précises  dans  le  Qor'àn. 

Cette  théorie  simpliste  et  commode  fut  contredite  dès  le 
début  par  les  études  expérimentales  des  grammairiens  (!  )  ; 
en  enregistrant  l'usage,  ils  constatèrent  l'existence  de  deux 
séries  différentes  de  verbes  :  verbes  de  sens^  afâl  al  hiss^ 
comme  «  voir,  entendre  »  ;  et  verbes  de  cœur,  af  àl al qoloùb  ; 
se  divisant  eux-mêmes  en  verbes  d'opinion  ou  certitude 
[shakk  iva  yaqin)  qui  évaluent  le  degré  de  réalité  do  nos  ac- 
tions, ™  et  verbes  conversifs  ou  factitifs  [taJnvil  iva  tasyîr)  (2) , 
qui  instituent  pour  nos  actions  des  changements  de  qualifi- 
cation, '(  du  dedans  »,  hors  du  temps  et  de  l'espace. 

Et  donc,  puisque  sans  les  ;<  ressources  »  du  cœur,  l'homme 
est  incapable  d'évaluer  (ou  définir)  et  de  qualifier  (ou  choisir) 
ses  '<  ressources  »  externes,  —  il  doit,  s'il  veut  obéir  à  la 
Loi,  étudier  d'abord  ce  qui  se  passe  en  son  cœur.  Telle  est 
la  théorie  de  Hodhayfah  (-h  36/656)  (3),  que  Hasan  Basrî 
reprit  et  précisa. 

Deux  courants  dominèrent,  parmi  les  élèves  de  Hasan 
Basrî  :  les  uns,  les  mdtazilites^  admettent  bien  la  «  science 
des  cœurs  »,  —  mais  en  l'intellectualisant.  Les  principes  de 
la  religion,  osoûl  al  din,  sont  les  u  actes  des  cœurs  »  (4),  — 
étudiés  comme  les  déterminations  d'une  raison  laissée  par 
Dieu  absolument  libre  et  sans  entraves  «  au  dedans  ».  Tandis 
que  les  modalités  externes  du  culte,  les  gestes  des  membres 

(1)  Voir  Howell,  /.  c.  ;  Ibn  Malik,  alfîyah,  etc. 

(2)  Gomme  «  faire,  instituer,  appeler,  nommer». 

(3)  Etudes  des  imperfections  dans  les  actes  du  culte. 

(4)  A'màl  al  qoloûb  (opp.  aux  a'mâl  al  jaivârih)  selon  'Amr-ibn- 
'Obayd  (Goldziher,  éd.  du  Mostaihiri,  109)  et  "Allâf  (/arç,  110).  Comp. 
la  liste  de  leurs  osoâl  (Mas'oùdî,  moroîcj,  VI,  20)  avec  celles  dos  soùfis 
(Sarrâj,  loma',  387). 


492  CHAPITRE    XI 

(^prière,  jeûne,  etc.),  n'en  sont  que  les  applications^  f oro{i\à\s-- 
cutables  (1)  et  secondaires.  Les  moHazilites  réduisent  donc 
tous  les  «  actes  des  cœurs  >)  au  seul  travail  de  la  pensée  ; 
dont  :  le  but  est  la  perception  vide  de  l'Unité  divine,  taio- 
hid, —  l'origine  est  la  liberté  laissée  à  l'intellect  parla  Justice 
divine,  'adi — ,  et  le  lieu  est  l'état  de  suspens  [hayn)  où  la 
pensée  se  place  dans  l'alternative  entre  les  deux  motifs  sw%- 
gérés,  Â7«a/ira72.  L'étude  des  deux  A7?to'  (2),  ou  suggestions 
instantanées,  fut  poussée  très  loin.  Nazzâm,  étudiant  le 
dilemme  de  la  délibération,  suspend  la  pensée  en  équilibre 
entre  la  suggestion  qui  pousse  à  l'action,  khâtïr  iqdàm^  et 
celle  qui  en  dissuade  et  retient,  khâtirkaffi'à).  Pour  lui,  d'ail- 
leurs, la  pensée  les  domine  et  maîtrise  tous  deux.  Bishr, 
moins  convaincu  de  l'autonomie  plénière  de  la  pensée,  attri- 
bue les  deux  khâtïr  au  démon. 

L'autre  groupe  des  élèves  de  Hasan  Basri^  les  mystiques 
(soûfis)  (4),  suivant  l'action  divine  jusqu'au  fond  même  de 
leur  travail  de  pensée,  revisèrent  le  vocabulaire  mo'tazilite. 
Le  dilemme  de  la  délibération  se  pose  chez  eux  comme  l'al- 
ternative morale  entre  le  «  premier  mouvement  »  et  le 
«  second  ».  Lequel  des  deux  faut-il  suivre  (5)  ?  Jonayd,  pen- 
sant à  la  prémotion  de  la  grâce,  dit  que  l'on  doit  suivre  tou- 
jours le  premier  mouvement  ;  Ibn'Atâ,  par  humilité  et 
défiance  de  la  chair,  dit  :  le  second,  car  la  grâce  divine  ne 

(1)  Car  ils  ne  sont  pas  libres,  dépendent  au  detiors,  de  Dieu  et 
d'autrui. 

(±)  PI.  khaivdjir,  syn.  hâjis,  qâdih,  lammah.  Provenant  de  Dieu  ou 
d'un  bon  ange,  ilhdni  ;  du  démon,  ivaswasah,  ou  de  l'égoïsme  de  l'âme 
elle-même,  hadîth  al  nafs  ;  de  la  raison  (cfr.  Sohrawardî,  'mvârif,  IV, 
184  seq.  ;  Kîlànî,  ghonyah,  I,  89-90  ;  Makkî,  qoîit,  I,  129).  Les  mo'ta- 
zilite.s  niaient  l'efficacité  de  la  ivaswasah,  et  la  possession  (Nasafl,  bahr 
al  kalâm,  63).  Cfr.  Aswârî,  ap.  Shahr.  I.  74. 

(3)  Ap  Ash'arî,  ms.  Paris,  1453,  f.  145»'  ;  cfr.  Akhb. ,34-35.  Sh.  1,68. 

(4)  Voir  Essai. 

(5)  Gela  prouve  bien  qu'ils  n'étaient  pas  arrivés  à  l'union  mystique. 


THEOLOGIE    MYSTIQUE  493 

se  détruit  pas  elle-même,  —  mais  a  augmenté  de  force  lors- 
qu'elle nous  présente  le  «  second  mouvement  »  après  le  «  pre- 
mier ».  Ibn  Khafîf,  par  occasionnalisme,  dira  que  les  deux 
kliâtir  opposés,  venant  tous  deux  de  Dieu,  sont  également 
acceptables.  Al  Hallàj  le  premier,  rejetant  la  position  mo'ta- 
zilite  du  dilemme,  dit  que  la  grâce  quand  elle  nous  a  sancti- 
fiés ne  nous  place  plus  dans  l'alternative,  —  et  que  le  khàtïr 
ai  Haqq,  la  «  suggestion  véridique  »,  se  présente  sans  contre- 
poids à  la  pensée  :  «  c'est  celle  devant  laquelle  aucun  doute 
ne  s'élève  ».  «  Dieu  protège  la  conscience  du  sage,  afin  que 
seule  la  suggestion  véridique  y  soit  conçue,  yasnah  fîhi  »  [\). 
Les  mystiques,  d'ailleurs,  constatèrent  que,  contrairement 
à  la  thèse  fondamentale  des  motakallimoûn,  énonçant  que 
tous  les  arzâq  étant  des  «  accidents  »,  sont  instantanés  et  ne 
durent  pas  (2),  certaines  suggestions  persistaient  et  duraient. 
Ils  appelèrent  le  khâtir  qui  persiste,  qasd,\mi^ — faidah, 
avis  profitable  (3),  —  latîfah^  grâce.  Ils  se  trouvèrent  ainsi 
amenés  à  définir  certains  «  étals  »  psychologiques  perma- 
nents, ahwâl  (sing.  hâl)  :  des  stades,  karrâl,  —  des  stations, 
maqâmât^  périodes  parfois  assez  longues  où  l'action  répétée 
des  mêmes  suggestions  transforme,  de  façon  passagère  ou 
définitive,  le  cœur  du  croyant.  C'est  la  question  des  «  con- 
naissances •),  des  «  vertus  »,  des  «  dons  »  personnels  à  tel  ou 
tel  :  n(/a,  taslîm  (ou  tawakkol)^  sahr  (4);  khawfy  hayâ  ;  ivara\ 
faqr^  hozn^  ghorhah,  balà^  hobb  (5). 

(1)  Ap.  Sol.  tabaqâl  ;  Qosh.  167  ;  et  in  Qor.  L,  36. 

(2)  Cfr.  infrà. 

(3)  PI.  fawaid  :  syn.  ivâridât. 

(4)  Telles  sont  les  trois  premières  bases  de  la  Sonnah  selon  Ibn' 
'Oyaynalî,  Wàqidî  et  Ibn  'Okkàshah, —  et  d'après  Ibn  Hanba!  (ap.  Ma- 
latî,  tanbih,  f.  28,  '29,  368,  374).  Gholâm  Kbalîl  dit  :  ikhlâ^,  rida,  sabr 
(ap.  sharh  al  sonnah,  ms.  majm.  Zah,  13)  ;  Mohàsibî  préférait  :  sabr, 
rida,  shokr  (wasâijâ,  f.  2'')  . 

(5)  Cfr.  Essai.  Jonayd  eu  adinet  huit  :  sakhA,  rida,  sabr,  ishârah, 
ghorbah.  labs  al  soùf,  siyâhah,  faqr  (Hojwîrî,  kashf,  39). 


494  CHAPITRE    XI 

Réagissant  contre  l'influence  mo'tazilite  qui  leur  avait  fait 
considérer  au  début  les  ahiv ai  comme  de  simples  «  ressour- 
ces »  adventices,  surajoutées  au  cœur  du  dehors  (1),  — les 
soûfîs  établirent,  avec  Mohâsibî,  qu'ils  y  étaient  insinués  du 
dedans  par  une  inspiration  divine  (i),  pour  transfigurer 
réellement  le  cœur  (tasarrof)^  en  transformant  chacun  de  ses 
actes,  dirigeant  leur  genèse  elle-même  (3).  Il  s'ensuivait  que 
ces  a  ahwâl  »  étant  des  moyens  divins  employés  par  la  grâce, 
à  son  heure,  pour  agir  sur  les  cœurs,  le  but  final  d'une  règle 
de  vie  mystique  ne  pouvait  être  la  possession  spéciale  de  tel 
ou  tel  état,  mais  une  disposition  générale  du  cœur  à  rester 
malléable,  constamment,  à  travers  la  succession  de  ces 
états  (4)  ;  qu'il  ne  fallait  pas  s'attarder  à  comparer  leurs 
mérites  respectifs,  ni  à  s'attacher  comme  à  une  fin  h  tel  ou 
tel  de  ces  moyens  de  la  grâce. 

c)  Doctrine  hallagienne  :  le  shâhid. 

C'est  ce  qu'ai  Hallâj  affirme  et  développe  avec  insistance. 
Fidèle  aux  données  coraniques,  —  il  sépare  fortement  l'ac- 
tion divine  elle-même  des  prises  diverses  qu'elle  exerce  sur 
le  cœur.  11  ne  refuse  pas  àprïorï^  comme  Jonayd  et  les  mo- 
takallimoûn,  toute  réalité  aux  «  états  »  mystiques  (5)  ;  il 
admet  qu'il  peut  être  utile  au  débutant  de  les  considérer,  — 

(1)  Conquises  à  force  d'ascèse. 

(:i)  Méthode  de  causalité  appliquée  lîl,  comme  en  médecine,  alchimie, 
logique,  à  la  même  époque  (cfr,  Hojwîrî,  kashf,  ms.  Paris,  Supp.  pers. 
1086,  f.  99a). 

(3)  Genèse  de  l'acte  selon  Tostarî  ;  hûjis  {=  nîyah),  liamm,  'azm, 
irâdah,  qasd  (Ibn  'Arabî,  foloûhât,  I,  238)  ;  Allah  qiblat  al  nîyah,  al 
riîyah  qiblat  al  qalb,  al  qalb  qiblat  al  badan  (Sh.  I,  76)  ;  selon  Makkî 
{qoût,  I,  127)  :  himmah,  khatrah,  waswasah,  nîyah,  'aqd  (isrâr),  'azm, 
sa'â  ;  selon  Giiazâlî  {ihyâ,  lll,  31)  :  kliûtir,  mayl  al  tab',  'aqd  (i'tiqâd), 
qasd. 

(4)  Mohâsibî,  wasâtjâ,  ms.  Londres  Or.  7900,  f.  2^. 

(5)  Cfr.  ici,  p.  60. 


THÉOLOGIE   MYSTIQUE  AqB 

mais  il  lui  interdit  de  se  complaire  en  leur  beauté,  car  ils  ne 
lui  appartiennent  pas;  ce  sont  des  étapes  transitoires,  des 
moyens  de  la  grâce,  non  pas  la  source  même  de  la  grâce.  11 
préfère  ne  retenir  de  ces  états  que  les  grâces  actuelles  renou- 
velées qui  les  font  durer,  les  touches  divines,  lawâli\  bawâdi\ 
il  les  appelle  dawai,  «  appels  »  (de  Dieu),  shawâhid  (1), 
«  attestations  »  incessantes  qui  sollicitent  le  cœur  à  passer 
outre,  à  aspirer  à  Dieu  par  des  aspirations,  arwâh,  anfâs  \ 
en  se  dépouillant  de  ces  états  eux-mêmes,  en  se  dénudant 
de  plus  en  plus,  pour  joindre  Dieu  qui  est  là  et  qui  l'appelle. 

L'important  pour  lui  n'est  donc  pas  de  s'attarder  aux  états 
mystiques,  ni  aux  transformations  sensibles  qu'ils  opèrent 
en  nous,  mais  de  se  mettre  au  pas  de  leur  rythme,  pour 
marcher  au  travers,  sans  arrêt,  «  sans  dévier  »  (2),  jusqu'à 
Dieu  seul. 

Se  détacher  des  œuvres  que  l'on  fait,  pour  s'attacher  à 
Celui  pour  qui  on  les  fait  (3)  ;  aller  des  vertus  quon  reçoit  à 
Celui  qui  les  donne.  Il  applique  cette  doctrine  avec  grande 
fermeté,  notamment  pour  l'extase,  ivajd,  phénomène  com- 
plexe. Il  se  refuse  à  goûter  une  secrète  délectation  de  l'âme, 
un  rêve  solitaire,  un  loisir  d'aimer  Dieu  hors  de  la  vie  réelle. 
Il  estime  que  le  ravissement,  isti/âm,  est  une  purification  et 
non  une  destruction  de  la  mémoire  (4)  ;  que  l'illumination, 
tajalli,  est  une  transfiguration  (5)  et  non  un  stupéfiement 
aveuglant  de  l'intelligence;  que  la  ligature,  idtirâr^  est  un 
exaucement  et   non   une  désorienlation  (6)  de  la  volonté. 

(1)  Oashohoûd  ;  sg.  shàhid.  Le  înot  est  coraniqac  (XII,  26  ;  XLVI, 
9)  ;  vise  une  fois  Gabriel  et  trois  fois  Mohammad.  En  ^vaminàivc, shnhid 
c'est  l'exemple  catégorique,  qui  fait  consltiler  la  règle  (opp.  mithàl). 

(2)  Là  ta'rnj  (Ne  dévie  pas). 

(3)  Sol.  tabaqât  :  al  Ma'moùl  laho. 

(4)  (ioatre  Fâris  (cfr.  ici,  p  337,  n.  7)  qui  minimise  cette  donnée. 

(5)  Alternant  avec  das  moments  d'obscurité,  tiii/dr  ;  par  éducation 
progressive  (iarbiyah)  (cfr.  ici,  p.   123). 

(6)  Gomme   Vibâhah   suspecte,  prêchée  par  d'autres  (cfr.   Malatî, 


496  CHAPITRE    XI 

Mais,  au  fond  de  loiite  exlase,  comme  de  toute  action,  il  ne 
veut  voir  que  Celui  pour  qui  il  est  lié[\),  qui  extasie^  ma?} 
fî'l  wajdi  Mawjoûd  (2)  ;  —  Dieu,  qui,  d'extase  en  extase,  ne 
cesse  de  le  rapprocher  de  Lui. 

Voici  ce  qu'il  dit  des  dawâ'i.,  appels  divins  (3)  : 

('  L'appel  de  la  foi  (îmân)  appelle  à  marcher  droit.  L'appel 
de  la  soumission  à  la  loi  [islam)  appelle  à  se  donner.  L'appel 
du  bienfait  gratuit  [ihsân)  appelle  à  la  contemplation. 

((  L'appel  de  l'entendement  [fahm)  appelle  à  regarder 
davantage  (4).  L'appel  de  la  raison  ['aql)  appelle  à  goûter. 
L'appel  de  la  science  ['ilm)  appelle  à  écouter.  L'appel  de  la 
sagesse  [ma^nfah]  appelle  à  la  détente  et  à  la  paix.  L'appel 
de  l'âme  (?îfif/>)  appelle  à  servir  Dieu.  L'appel  de  l'abandon  à 
Dieu  [tawakkol]  appelle  à  avoir  confiance. L'appel  delà  crainte 
(khawf)  appelle  à  trembler.  L'appel  de  l'espoir  [raja)  ap- 
pelle à  se  pacifier  [toma  ninah) . 

«  L'appel  de  l'amour  [inahabhah)  appelle  au  désir  (^^â!^^^^), 
l'appel  du  désir  au  ravissement  [walah),  et  l'appel  du  ravis- 
sement appelle  en  Dieu  [Allah)  !  (5).  Quanta  ceux  qui  ne 
ressentent  pas  d'incitation  intérieure  répondant  à  cet  appel, 
—  leur  attente  sera  frustrée  ;  ils  perdent  leur  temps  dans  les 
déserts  de  l'égarement  :  ce  sont  ceux  dont  Dieu  ne  fait  pas 
cas.  » 

tanbîh  tva  radd...  :  extr.  de  Khashîsh  al  Nisâ'î(+ 253/867),  isiiqâmah 
wa  radd...,  s.  \.  Boûliamijoûn). 

(1)  Baqlî,  in  Qor.  x'xVIl,  63.   Cfr.  Sol.  in  Qor.  X,  33. 

(2)  Ms.  Londres  888,  f.  327\ 

(3)  Ap.  So\&mi,  jawâmi',  ms.  Laléli,  f.  167^-''. 

4)  La  ziyâdah,  c'est  la  vision  béatifique  (cfr.  in/rà,  chap.  XII-iv). 
(5)  C'est  une  mise  au  point  dynamique  et  un  regroupement  du  sym- 
bole attribué  à  l'imâm  Ja'far  (Baqlî,  tn/sîr,  ms.  Berlin,  f"  272^)  et  imité 
par  Ibn  "Atâ,  des  Ail  mansions  zodiacales  parcourues  par  le  cœur  gra- 
vitant autour  de  la  vision  de  Dieu,  qui  reste  inaccessible  :  'îmân, 
ma'rifah,  'ar/l,  nafs,  islam,  ihsd)i,  taivakkol,  khatrf,  rajâ.,  mohabbah , 
shawg,  walali  (fihâ  salâh  al  nafs)  (cfr.  Ibn  'Âtâ,  ap.  Baqlî,  id.,  f.  2G5»). 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  ^97 

La  doctrine  d'al  Hallâj  sur  les  shawâhid,  preuves  divines, 
et  les  arwâh,  aspirations  divines,  —  a  suscité  des  discussions 
qu'il  faut  examiner. 

11  s'agit  ici,  en  eiïet,  de  surprendre,  sous  V  «  état  »  mysti- 
que, sous  toute  grâce  conférée,  le  secret  mouvement  divin 
qui  l'anime,  le  battement  perpétuel  d'amour  qui  en  est  l'es- 
sence et  la  source:  mouvement  à  deux  temps,  sfiâhicl,  la 
preuve  d'amour,  venant  de  Dieu  au  cœur,  et  rot/A,  l'aspira- 
tion, revenant  du  cœur  à  Dieu.  Sont-ce  là  choses  créées? 

Aboû'Amr  al  Dimishqî  (+  320/932)  (1  )  dénonça  aux /b^«//a 
l'opinion  de  certains  contemporains,  partisans  de  cette  ter- 
minologie hallagienne  (2),  enseignant  que  shaivâhid el anvâh 
étaient  prééternelles  (taqaddom)^  donc  incréées. 

De  fait,  ces  termes  nous  mènent  au  seuil  de  la  consomma- 
tion de  l'union  transformante,  dans  la  doctrine  d'al  llallàj. 
Et  ses  œuvres  en  prose  (3),  et  surtout  en  vers  (4),  unissent, 
par  une  identification  souvent  totale,  la  personnalité  défail- 


(1)  Ap.  Ibn  Fadl  Allah,  masâlik,  t.  VII,  s.  v.  —  Solamî  le  suit  en  ses 
ghalafdl,  f.  77^  :  ne  pas  confondre  l'omnipotence  divine  avec  ses  mani- 
festations. 

(2)  On  les  nomme  qâ'iloûn  bi'l  shâhid  (Qosha-yrî,  risâlah  217  (pénult.). 

(3)  Cfr.  suprà,  p.  258,  298.  J'ai  tantôt  traduit  par  «  témoignages  », 
tantôt  par  «  témoins  »  ou  «  grâces  »  (textes  d'Ibn  Ghâlib,  de  Hamd).  La 
récension  atténuée  de  la  prière  de  la  dernière  veillée  exténue  volontai- 
rement le  mot  <  shâhid  »  —  labs  shaivâhid  al  Haqq  (inSol.tafs.  LXIV, 
3  :  cfr.  XIX,  57,  XXXYI,  82  {natah  avec  Dieu)  :  LXVIII,  4  ;  XXXIII, 
72  ;  LXXXIV,  52  ;  LXXXII,  8  ;  Taw.  III,  11).  Taw.  192,  1.  2  ;  Shath. 
f .  127. 

(4)  Cfr.  Lam  yatqa  (noùnî>|'ah,  3"  vers),  Na'mal  i'dnati  (hâ'iyah, 
4»  vers).  Et  ici,  p.  524  :  A  anin  am  ana'...  Rappelons  les  deux  recen- 
sions du  premier  vers  récité  à  la  dernière  veillée  (cfr.  suprà,  p.  298)  : 
warâ'al  hashâbili  awfà  shâhidïlqidami,  «  au  delà  des  générations,  en 
fidèle  Témoin  de  l'Eternité  (uni  à  l'Eternel)  »  :  et  flmâ  waraal  haylhi 
yulqàshâhida'  Iqidami  {SdiTrkjJoma'.'^AH),  dans  l'au-delà  du  «jusqu'à  », 

il  rejoint  le  «  Témoin  de  l'Eternité»  (deuxième  hémistiche). 

32 


CHAPITRE    XI 

lante  et  créée  du  saint  (1),  avec  cette  «  Preuve  d'amour  »  et 
cette  «  Aspiration  d'amour  »  préméditées  pour  lui  et  réalisées 
en  lui  par  l'éternel  Aimé. 

IV 

Les  conclusions  :  les  degrés  de  la  présence  divine  dans  l'âme 
et  l'union  transformante. 

a)  Les  données  coraniques  ^itilisées. 

Le  Qor'ân  marque  très  fortement  l'hiatus  incommensu- 
rable qui  sépare  la  créature  humaine  de  l'essence  divine  ;  il 
dénonce  en  particulier  l'illusion  impie  de  certains  Israélites 
et  de  certains  Chrétiens  (2)  qui  croient  Dieu  obligé  de  sauver 
certaines  familles  humaines  en  bloc,  et  il  rejette  leur  théorie 
par  trop  rassurante  de  ï adoption  charnelle  (3),  par  laquelle 
Dieu  serait  ienu  à  priori  de  choyer  comme  ses  propres  lils 
les  enfants,  circoncis  ou  baptisés,  des  parents  qui  ont  cru  en 
Lui  (4)  ;  l'élection,  en  réalité,  est  une  intention  particulière 
prééternelle,  un  privilège  personnel,  intransmissible  (5). 
Mais,  quoi  qu'on  en  ait  dit,  l'idée  d'une  union  mystique, 

(i)  Il  devient  le Témoiqîiptuel  de  pieu,  shâhidâni{dv.  suprà,  p.  297). 
Fàris  est  le  seul  à  le  suivre  en  cela.  Wâsitî  nie  que  Dieu  soit  vraiment 
témoignab|e,  uiaskhoûd,  pc^r  une  créature  particulière  (Baqlî,  in  Qor.  U, 
26,  LXXXV,  3).  Cfr.  Ib^  Yn?da«yâr  (ap.  Qosh.  167,  en  bas). 

(2)  Qor.  IX,  30,  XIX,  90-93,  etc.  Comp,  avec  XXXIIl,  40. 

(3)  lHikhàdh  al  ibn,  adoptianismo  charnel  (fils)  :  opp.  à  itUkhddh  al 
khalVy  adoption  en  l'Es^prit  (ami),  çfr.  Qor.  II,  132  (sibghah). 

(4)  C'est  une  impiété  de  dire  Jésus  fils  de  Dieu^arc^;  que  n  fils  de 
Marie  »  (croyante  et  vierge),  selon  la  chair.  Dieu  ne  peut  «  prendre  » 
une  personne  humaine  déjà  existante  pour  fils  ;  mais  pour  ami  [illi- 
khâdk  :  Qor.  IV,  124),  si  ;  et  de  toute  éternité.  Le  Qor'àn  ne  considère 
pas  en  JésusJe  mystère  de  l'union  Uypostutique  ;  mais  seulement  la 
réalisation  de  l'union  mystique  ;  et  ce  qu'il  nie,  c'est  qu'elle  dépende 
d'uije  adoption  divine  se/ow  la  choir  (Coinp.  Qor  XLlll,  81  à  LXX11,3), 
cfr.  Gen.  XVU,  21  ;  XXI,  IQ. 

(5)  Comme  l'âme. 


THÉOLOGIE   MYSTIQUE  ^99 

entre  l'àme  humaine  et  son  Créateur,  n'est  pas  entièrement 
absente  du  Qor'àn. 

Dieu,  qui  est  incessamment  présent  dans  les  choses  maté- 
rielles par  son  acte  essentiel  de  Créateur  souverain  [khàliq), 
par  sa  toule-puissance  judiciaire  (hâ/dm),  et  par  sa  science 
exhaustive  Çâiim)  (Qor.  XXXIX,  47),  —  s'est  plu  à  se  ma- 
nifester également  dans  l'homme  sous  une  autre  modalité  (I  )  : 
en  lui  faisant  part  de  son  commandement  («wr)  par  sa  pa- 
role (Â-a/imah) , énoncée  sous  une  forme  articulée  :  attention 
particulière  et  spéciale  de  sa  providence  (?'âziq). 

Cette  modalité  éminente  de  la  présence  divine,  qui  met 
l'homme  à  part  des  autres  créatures,  —  c'est  la  communica- 
tion d'une  ;;«ro/e  (2)  :  premier  renouvellement  (3),  intelligi- 
ble cette  fois,  de  l'impulsion  créatrice,  /ion  !  suggestion  de 
foi  traversant  le  cœur  comme  un  éclair  ;  Dieu  l'y  fait  jaillir, 
soudaine,  intense,  irrécusable  et  brève  :  comme  l'étincelle 
tirée  d'un  silex  qu'on  choque. 

Si,  pour  la  plupart  des  cœurs  humains,  la  Visitation  de  la 
parole  divine,  celte  illumination  victorieuse  qui  déclenche 
la  foi,  reste  un  phénomène  sans  lendemain,  un  miracle  ins- 
tantané, une  grâce  actuelle,  —  qui  n'interrompt  que  pour 
un  moment  l'inconstance  des  oscillations  du  cœur,  l'inco- 
hérence de  ses  désirs  (4)  ;  —  si,  chez  la  plupart  des  hommes, 
enclins  au  mensonge,  il  y  a  généralement  contradiction, 
divorce,  entre  la  langue  et  le  cœur,  entre  les  mots  extérieurs 
que  Dieu  laisse  articuler  à  leur  langue,  et  les  paroles  inté- 
rieures que,  par  la  foi,  Dieu  dicte  à  leur  cœur  ;  le  Qor'ân  fait 

(1)  Qui  prépare  la  dernière  modalité,  la  plus  intime  :  celle  de  sa  pré- 
sence en  lui  par  la  grâce. 

(2)  Constante  dans  le  cas  de  Jésus, 

(3)  Le  second  sera  la  résurrection. 

(4)  Doctrine  de  Hodha^jfah  (Hanbal,V,  395)  :  «  le  cœur  est  une  main 
ouverte  »  (ap.  Sobki,  lY,  171). 


500  CHAPITRE   XI 

entrevoir,  au  delà  de  la  religion  naturelle  qu'il  codifie,  dans 
un  clair  obscur  mystérieux,  les  vrais  croyants, les  élus  immor- 
tellement  vivants  (1),  ceux  qui  ont  écouté  et  reçu  la  parole 
d'un  cœur  attentifet  paisible,  bon  et  parfait.  «  Bienheureux 
(toûbà  lahom)  ceux  qui  croient,  et  accomplissent  les  œuvres  de 
miséricorde  »  (2).  Leur  foi  n'est  pas  une  mémoire  morte  de  la 
grâce  passée;,  une  froide  intellection  de  rillumination  qui 
n'est  plus.  Leur  cœur,  resté  fidèle  et  consentant,  se  tient 
prêta  recevoir  de  nouveau  la  Visitation  divine,  résolu  qu'il 
est  à  répondre  de  bon  gré  à  toute  nouvelle  incitation,  cons- 
tamment docile  au  commandement  divin  éventuel.  Ils  restent 
constamment  «  rapprochés  »  de  Dieu  [moqarraboûn)  (3)  : 
aussi  peuvent-ils  transmettre  à  "autrui  la  Parole  comme 
l'Ange  lui-même,  au  nom  de  Dieu,  «  bismillah  ». 

Dieu,  à  qui  «  ils  plaisent  »  (4)  les  fait  participer,  confidem- 
ment  [inba),  à  Son  mystère  essentiel  (al  Gliayb)  (5)  ;  mys- 
tère ignoré  des  Anges  et  de  Mohammad,  qui  recommande 
instamment  aux  fidèles  d'y  croire,  d'en  avoir  une  crainte  ré- 
vérente,  khashyah^  du  fond  du  cœur  (6). 

Cette  pleine  floraison  de  la  présence  divine  dans  l'homme 
par  la  grâce  habituelle  s'appelle  dans  le  Qor'ân  tomani- 
nah  (7),  pacification  de  l'âme,  —  ou  rida,  satisfaction  (mu- 

(1)  m,  163. 

(2)  XIII,  28  :  «  alladhîna  âmanoù',  wa  'amaloû'  al  sâlihât  »  (clau- 
sule  répétée  cinquante  fois  dans  le  Qor'ân).  «  Toùba  »  est  le  mot  des 
Béatitudes  évangéliques  (Ibn  Qotaybah,  mokhtalif,  262  ;  Asin,  logia  D. 
Jesu,  20,  56,  57,  92). 

(3)  Qor.  III,  40,  IV,  170,  etc.  Et  le  fameux  «  là  khawf  'alayhim  wa 
là  hora  yahzanoùn  »  (II,  36  et  dix  autres  versets).  =  afil  al  A'râf. 

(4)  LXXII,  26.  27  ;  cfr.  V,  H9,  LVII,  27,  etc. 

(5)  XXYII,  66;  VI,  59  ;  et  l'expression  :  'âlim  al  Ghayb  wa'l  sha- 
hâdah. 

(6)  XXXIV,  13  ;  VI,  50,  VII,  188  (cfr.  XI,  33)  ;  XI,  51  ;  XXI,  50  ; 
XXXVI,  10  ;  L,  32. 

(  7)  voir  Qor'ân,  sub  radice  «  TMN  ». 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  5oi 

luelle,  de  Dieu  et  de  l'âme).  Il  ne  faut  pas  la  confondre  (1) 
avec  la  foi,  'imân^  qui  en  est  la  racine  (2),  —  car  tous  les 
croyants  n'ont  pas  celle  plénitude  de  ferveur,  ne  retiennent 
pas  cette  permanence  de  la  grâce  en  eux. 

Le  Qor'àn  laisse  même  entendre  (3)  que  ce  n'est  pas  seule- 
ment la  fidélité  de  la  mémoire  au  texte,  ni  l'adhésion  de  l'in- 
telligence à  l'idée  qui  disposent  le  croyant  à  goûler  cet  épa- 
nouissement de  sa  foi  ;  il  lui  faut  s'asservir  tout  entier  à  une 
certaine  discipline  de  vie,  —  se  soumettre  à  un  entraînement, 
exercer  et  assouplir  sa  volonté,  la  tenir  en  haleine,  pour  obéir 
de  suite  au  commandement,  dès  qu'il  l'entendra  :  rendre  à 
Dieu  un  culte  fervent. 

Le  lecteur  attentif  du  Qor'ân  retrouve  là,  comme  un  ru- 
diment du  principe  des  ascèses  hébraïque  et  chrétienne. Pour 
que  la  sagesse  divine,  qui  s'est  fait  entendre  intelligiblement 
dans  le  cœur,  fasse  d'un  homme  son  interprèle,  prenne  en 
lui  sa  demeure,  et  puisse  être  exprimée  sans  déformation  par 
sa  langue,  il  faut  que  cet  homme  jeûne,  veille  el  prie.  Qu'il 
jeûne,  d'abord  (4)  ;  afin  de  parler  désormais  non  de  l'abon- 
dance du  ventre  (5),  mais  de  l'abondance  du  cœur.  Notre 

(!)  Ma'roûf  Karkhî  l'a  bien  notée  cette  différence. «  Faire  mémoire  des 
saints  procure  la  rahmah,  faire  mémoire  du  Seigneur  procure  la 
tomanînah  »  (ap.  Hilyah,  s.  v.). 

(2)  Ni  avec  la  sakînah  qui  est  une  sorte  de  protection  extérieure,  de 
sécurité  garantie. 

(3)  IX,  72,  XXII,  38,  etc.,  versets  sur  les  «  mottaqîn». 

(4)  Ce  qui  lève  du  cœur  les  quatre  voiles  (Hasan,  ap.  Tirmidhî,  'ilal, 
207-209). 

(5)  Cfr.  critique  de  Hasan  Basrî  sur  la  taqiyah  de  l'imâm  Bâqir  : 
«  Ceux  qui  font  de  la  science  un  secret  initiatique,  le  vent  de  leur  ven- 
tre empuantira  l'enfer  pour  ceux  qui  y  entreront  !  »  (Tabarsî,  ihlijâj, 
■170.  Cfr.Luc  VI,  45,  Matth.  XV,  18).  Cette  image  est  reprise  par  Hallâj  : 
«  L'énonciation  est  comme  un  vomissement  :  al  Hbârah  qay'  :  comme 
pour  le  repas,  c'est  ce  qui  n'est  pas  bon  (ou  qui  dépasse  les  forces)  pour 
la  nature  qui  est  restitué  »  (ap.Kalâbâdhî,  ta'arrof).ch'.  Asin,  Logia  />. 
Jesu,  n.  8  ;  et  biogr.  de  Marîsl  in  Tagrib. 


50!}  CHAPITTE  XI 

bouche,  par  où  enlrent  les  alimenls,  et  par  où  sortent  les 
paroles,  n'est  sincère  que  si  nous  l'avons  maîtrisée  dans  ses 
ftppétits,  par  le  jeûne.  Il  ne  peut  y  avoir  identité  entre  ce  que 
Dieu  fait  entendre  au  cœur  et  ce  que  la  langue  humaine  pro- 
fère que  si  l'appétit  de  la  chair  est  parfaitement  dompté. 
Pour  dire  la  vérité,  exprimer  exactement  la  parole  divine,  il 
ne  faut  pas  seulement  une  mémoire  précise  des  mots,  un 
jugement  sensé  de  leurs  acceptions,  mais  un  contrôle  sérieux 
et  effectif  des  membres  parla  volonté  :  une  discipline  d'ascèse  ^ 
qui,  en  dressant  le  corps  (1),  finit  par  contenir  le  cœur  et  ses 
élans. 

Tel  est  le  sens  définitif  de  certaines  prescriptions  cultuel- 
les, obligatoires  ou  facultatives,  de  l'Islam  primitif;  jeûne 
annuel  du  mois  de  Ramadan  [2)  \  interdiction  des  boissons 
enivrantes  [khamr]  ;  prières  nocturnes  [tahajjod). 

Ni  l'hygiène,  ni  la  gymnastique,  ni  les  tabous  invoqués  par 
d'ingénieux  exégètes  ne  rendent  complètement  compte  de 
ces  règles  de  vie  préconisées  dès  Mohammad  ;  certes,  le  but 
primordial  de  leur  institution  a  été  de  sauvegarder  pour  le 
bien  général  la  discipline  extérieure  du  culte  ;  mais  ils  peuvent 
aussi  disposer  certains  croyants  à  désirer  vivre  dans  un  état 
de  paix,  de  grâce,  avec  Dieu  :  toma'nlnah  (3),  ridd(^)  ;  s'ils 
y  sont  appelés. 

Comment  arriver  effectivement  à  cet  état?  Le  Qor'ân  n'a 

(1)  Tuer  ce  à  quoi  l'on  tient  le  plus,  ses  parents  idolâtres,  soi-même 
(Qor.  II,  51). 

(2)  Institué  expressément  en  souvenir  de  la  révélation  du  Qor'ân, 
L'unanimité  des  mystiques  musulmans,  anciens  et  modernes,  pratique 
en  outre  le  jeûne  total  des  «  40  jours  de  solitude  »,  khalwai  al  atba'in 
(Tostarî,  ap.  Sohrawardî,  'awârif,  II,  165)  pour  obtenir  la  Sagesse  (cfr. 
Jésus  au  désert  de  la  Quarantaine  Et  Moïse  :  cfr.  Kllânî,  ap.  bah/ah,  83). 
cfr.  TawIII,  I. 

(3)  Qor.  I!.  262  ;  III,  122  ;  IV,  1()4'  ;  V,  113  ;  VIII,  10  ;  XIII,  28  ; 
XVI,  108  ;  XVII,  97  ;  XXII,  11. 

(4)  Qor.  X,  7  ;  LXXXIX,  27. 


THÉOLOGIE  MYSTIQUE  5o3 

pas  pour  but  d'enseigner  les  voies  pour  y  atteindre.  Il  définit 
que  seule,  V assistance  de  l' Esprit  [Saint),  tayul  alRoûh{al 
Qodos)  (1  ),  y  amène  ;  et  il  fait  dire  à  Moliammad,  laconique- 
ment, que  cette  mission  de  l'Esprit  auprès  de  certains  est  un 
fait  surnaturel,  un  secret  divin.  «  Dis:  L'I^sprit  procède  du 
Commandement  de  Dieu  »  (2). 

Cette  réponse  coranique  célèbre  n'est  pas  une  manière 
d'éluder  la  question  (3)  ;  elle  établit  qu'il  y  a,  chez  ces  élus, 
connexion  intime  entre  la  pratique  des  Commandements  et 
l'assistance  de  l'Esprit  ;  que  l'Esprit  seul  peut  transmettre 
intacte,  de  leur  cœur  à  leurs  lèvres,  la  parole  divine. 

Les  récits  du  Qor'ân  donnent  un  certain  nombre  d'exem- 
ples de  cette  «  assistance  de  l'Esprit  »  ;  tantôt  extérieure, 
limitée  à  la  transmission  correcte  d'avertissements  prophé- 
tiques, tantôt  intérieure,  aussi  étendue  à  tous  les  actes  de  la 
langue  et  du  cœur.  Le  premier  type  est  représenté  par  Adam^ 
à  qui  Dieu  communique  la  «  science  des  noms  »,  —  Moïse, et 
Mohammad,k  qui  Dieu  dicte  la  loi  d'obéissance  (4)  dans  une 
suite  d'événements  parallèles,  les  deux  visions  (5),  leur 
confirmation  miraculeuse  (6),  elle  u  dilatement  de  la  poi- 
trine »  (7). 

Le  second  type  est  représenté  par  Abraham,  de  qui  Dieu 
fait  son  ami  (8),  —  Job,  al  Khidr  (le  compagnon  de  Moïse), 

(1)  Qor.  II,  81 ,  254,  V,  109  ;  et  IX,  40,  LYIII,  22  où  l'épithèfe  qodos 
manque. 

(2)  Qor.  XVII,  87  :  on  traduit  souvent  :  «  L'Esprit?  C'est  l'aiïairede 
Dieu.  »  Cette  traduction  est  insuffisante. 

(3)  Comme  l'a  dit,  par  dérision,  la  risâlah  d''Obaydallâh  (Baghdâdî, 
farq,  281)  sur  les  «  Trois  Imposteurs  ». 

(4)  Qor  XLII,  52. 

(5)  Qor.  XX,  37  =  LUI,  13. 

(6)  Qor.  XX,  24  =  LUI,   18  ;  XVII,  1  (cfr.  LXXIX,  20).  cfr.  suprà. 

(7)  Qor.  XX,  26  =  XCIV,  \. 

(8)  Dieu,  en  demandant  à  Abraham  d'immoler  son  fds  «   l'a  trans- 


5o/i  CHAPITRE  XI 

et  Jésus,  le  seul  qui  dialogue  publiquement  avec  Dieu  sur  ses 
intentions,  et  parle  à  la  première  personne  de  sa  vocation  (  1  ) , 
dans  le  Qor'ân.  Nous  verrons  plus  loin  (2)  comment  les 
exégètes  musulmans  ont  essayé  de  grouper  ces  exemples 
divers  suivant  une  théorie  cohérente. 

Retenons  donc  du  Qor'ân  que  :  par  là-même  que  Dieu  a 
donné  à  l'homme  le  langage,  et  s'en  est  servi  pour  lui  com- 
muniquer certains  de  ses  commandements,  —  par  là-même 
que  le  Qor'ân  subsiste,  attestant,  à  chaque  musulman,  la 
réalité  de  celte  communication,  il  y  a,  en  Islam,  un  rudiment 
de  culte  susceptible  d'unir  l'homme  à  Dieu  :  une  psalmodie  ; 
la  récitation  du  Qor'ân. 

b)  Les  solutions  minimistes  du  problème. 

Nous  avons  le  devoir  de  constater  ici  qu'un  très  grand 
nombre  de  docteurs,  tant  sunnites  que  shî'ites,  surtout  parmi 
les  jurisconsultes  et  les  théologiens,  se  sont  bornés  à  donner, 
pour  le  problème  de  l'accord  entre  la  langue  et  le  cœur,  des 
solutions  négatives;  se  contentant  d'enseigner  aux  cœurs 
musulmans  le  culte  d'une  foi  morte  ;  de  saturer  la  mémoire 
d'un  respect  littéral,  du  texte  des  prescriptions  légales  quand 
ils  étaient  des  jurisconsultes  [foqahâ)^  de  repaître  l'intelli- 
gence d'évidences  idéales,  de  définitions  dogmatiques  pure- 
ment virtuelles,  quand  ils  étaient  des  théologiens  \moiakal- 
lïmoûn). 

Les  théologiens  mo'tazilites,  avec  un  certain  simplisme, 
considèrent  qu'il  suffit,  pour  mettre  d'accord  ipso  facto  son 

porté  hors  de  la  condition  charnelle,  en  une  autre  condition,  par  cette 
demande  d'effacer  de  sa  conscience  tout  autre  amour  que  le  Sien  » 
(Wâsitî,ap.  Baqiî,  tafs.  t.  Il,  p.  178). 

(1)  Baqil,  lafûr  de  XIX,  34-V,  116  ;  Hazm,  III,  64-77  ;  Ibn  'Arabî, 
fosoû$,  236-257  ;  et  fotoûhâl,  IV,  215  ;  III,  299,  311. 

(2;  Ici,  chap.  XII-v. 


THÉOLOGIE  MYSTIQUE  5o5 

cœur  avec  sa  langue,  de  faire  libre  usage  de  sa  raison  :  sans 
assistance  divine  spéciale  (1  ). 

Les  autres  théologiens,  comme  les  jurisconsultes,  admet- 
tent que  seule  une  intervention  de  la  grâce  permet  cet  ac- 
cord. Mais  ils  en  font  un  miracle  inintelligible,  et  que  Dieu 
ne  permet  pas  de  scruter.  Qu'il  y  ait  des  saints,  dociles  aux 
commandements,  parfaitement  perméables  à  la  Parole  di- 
vine, que  leurs  lèvres  restituent  telle  que  leurs  cœurs  la 
conçurent,  soit;  mais  ce  sont  des  cas  aberrants,  miracles 
occasionnels,  coïncidences  surnaturelles;  des  jeux  du  bon 
plaisir  divin.  Ils  rappellent  fortement  que,  puisqu'il  n'y  a  pas 
d'enchaînement  nécessaire  entre  causes  secondes,  il  ne 
saurait  y  avoir  de  correspondance  normale,  naturelle,  entre 
la  langue  et  le  cœur  :  l'homme  est  normalement  menteur  (2)  ; 
le  cœur,  oscillant  entre  les  doigts  de  Dieu,  peut  croire  une 
chose,  tandis  que  la  langue  en  exprime  une  autre.  Comme 
c'est  Dieu  seul  qui  déclenche,  directement  et  séparément, 
l'audition  dans  le  cœur  (tasdiç),  l'articulation  sur  la  langue 
(iqrâ?') ,  et  le  geste  dans  les  membres  Çamai),  —  c'est  pour  Lui 
seul  qu'une  correspondance  pourrait  exister,  entre  ces  trois 
séries  distinctes  d'actes  ,  discontinue  ou  permanente  (3). 
Les  croyants  n'ont  donc  pas  à  se  tourmenter  de  rechercher 
un  accord  entre  leur  cœur  et  leur  langue.  Vaqd  al  qalh  ou 
sakinah,  soumission  du  cœur,  coexistait  chez  le  Prophète  (4) 
avec  les  suggestions  sataniques,  waswasah,  qui  faisaient 
fourcher  sa  langue  ;  inversement  les  professions  de  foi  exté- 
rieures de  l'hypocrite  n'enlèvent  pas  le  voile  opaque  (5)  qui 

(1)  d'où  :  ri'àyat  al  aslah  lil  'aql,  koll  mojtahid  mosîb. 

(2)  Il  ne  crée  qu'une  chose  :  le  mensonge,  ifk  (Qor.  XXIX,  16). 

(3)  Et  que  l'onénumère  comme  des  parcelles  indépendantes  (Khas- 
lât}  quand  on  définit  l'acte  de  foi. 

(4)  Myâd,  shifd,  II,  88. 

(5)fa6"  (Ash'arî,  ms.  Paris,  1453,  f.  96^)  (cfr.  suprà,  p.  478).  Celui 


5o6  CHAPITRE    XI 

couvre  son  cœur.  Aussi  zàlii/iles  el  lianbaliles  sont-ils  d'ac- 
cord (1)  pour  condamner  le  vers  fameux  du  poète  chrétien 
GliiyàJh  al  Akhtal  (+  92/710),  de  la  tribu  de  Taghlib  :  ^ 

Inna'l  kalâma  lafî'l  foù'âd,  wa'innamâ 

Ja'  ala'l  lisâno  'alii'l  foû'adi  dalîla 

«  La  parole,  certes,  est  dans  le  eœur,  —  et  certainement 

la  langue  indique  ce  qu'on  a  dans  le  cœur  »  (2). 

Cette  solution  négative  du  problème  s'est  montrée  inopé- 
rante. Dans  la  giande  crise  sociale  que  Tislam  naissant  tra- 
versa entre  la  mort  d"Othmân  et  la  mort  d"Alî,  —  les  dis- 
sentiments et  les  guerres  intestines  ne  provenaient  ni  d'un 
oubli  du  texte  coranique,  ni  d'une  inintelligence  de  ses 
prescriptions  ;  le  corps  social  musulman  souffrait  d'un  mal 
plus  profond  :  sous  l'union  apparente  des  langues,  il  y  avait 
la  secrète  désunion  des  cœurs  (3)  ;  l'inconscience  déloyale 
de  cerlains  croyants  les  poussait  à  mésuser  hypocritement  (4) 
des  règles  de  vie  coraniques.  Et  cette  souffrance  colleclive 
n'élait  guérissable  qu'en  faisant  appel  à  un  chef  inspiré  (5), 
ou  à  des  croyants  sincères,  qui  interpréteraient  la  Parole  di- 
vine avec  l'intention  même  que  Dieu  veut  qu'on  y  mette, 
hic  et  mine. 

c)  Les  théories  de  l'union  transformante. 

La  première  théorie  positive  delà  «  divinisation  »  est  celle 

dont  le  cœur  est  «  revoilé  »  par  Dieu  ne  peut  être  mokhlis,  selon  'Abd 
al  wâhid-ibn-Zayd  et  Bakr. 

(ijibnllazm,  III,  218  219  ;  et  le  tinnbalite  Ibn  Monajjâ  (ap.  Sau- 
vaire,  JAl\  nov,  1894,  p.  480).  Pour  eux,  vouloir  faire  correspondre 
logiquement  nos  gestes  aux  pensées  qui  nous  sont  suggérées,  c'est  tom- 
ber dans  le  piège  de  la  ruse  divine  {makr).  Et  vouloir  régler  nos  pen- 
sées sur  nos  attitudes  extérieures,  c'est  se  duper  soi-même  {riyâalnafs). 

(2)Gfr.  Matth.  XY,  18. 

(3)  Ruine  du  ta'lîf  al  qoloûb. 

(4)  Nifûq  qu'  'Alî  dut  combattre  (Shahrast.  II,  25),  «  tandis  que 
Moharnmad  n'avait  combattu  que  l'impiété  avouée,  shirk  ». 

(5)  exégèse  de  Qor.  XLIII,  27. 


THEOLOGIE   MYSTIQUE  5<^7 

des  fmdmife.<i  ;  convaincus  que  le  quatrième  Khalife,  'Alî,  à 
travers  les  variations  de  sa  p^oliliqne  à  l'égard  des  dissidents, 
avait  été  constamment  guidé  par  une  assistance  surnaturelle, 
celle-là  même  que  la  communauté  musulmane  réclamait, 
pour  discerner  les  hypocrites  des  gens  sincères,  —  les  Imâ- 
mites  enseignent  que  l'assistance  de  l'Esprit  saint  (avec  le 
droit  de  la  conférer)  est  réservée  h  une  lignée  héréditaire  de 
chefs  non  seulement  infaillibles  (^aV?^),  mais  impeccables 
(ismah).  Gabriel  en  aurait  averti  Mohammad.  «  Nul  ne  peut 
«  faire  parvenir  r  Esprit  »  (1  )  que  toi  ou  quelqu'un  des  tiens  »; 
en  suite  de  quoi  Mohammad  renonça  à  prendre  Aboù  Bakr 
pour  successeur  et  choisit  \Alî  (2).  Cette  élection  célèbre  (3) 
est  racontée  dans  le  hadith  al  ghadir  (4),  où  l'on  voit  'Alî 
solennellement  investi  par  Mohammad  de  la  «  la'dlyat 
Boûh  al qodos  ».  Et  chaque  imâm  en  investira  de  même  le 
successeur  qu'il  se  choisit. 

Muni  de  ce  privilège,  l'imàm  peut  communiquer  le  ta'yul 
al  Boûh  à  qui  il  veut,  parmi  les  simples  croyants  ;  au  moyen 
d'une  formule  de  bénédiction  spéciale.  C'est  ainsi  que  Salmân , 
simple  affranchi,  fut  appelé  par  Mohammad  à  faire  partie  de 
«  sa  famille  ^)  (5)  ;  c'est  ainsi  qu'Hishàm,  le  premier  théolo- 
gien imâmite,  fut  «  confirmé  »  par  une  bénédiction  du  VP 
imâm,  Ja'far  (6). 

Suivant  les  sectes,  la  schématisation  théologique  donnée 

(1)  Tadiyal  al  Roûh. 

(2)  Ibn  al  Nadîm,  fihrisl,  ap.  Houtsma,  WZKM,  IV,  226. 

(3)  Dont  rhistoricité,  très  discutée,  n'est  pas  absolument  controuvée 
(cfr.  infrà,  chap.  XII-v). 

(4)  Admis  par  les  sunnites  Tabarî  (H-  310/923  :  radd  'alal  J/orqoû- 
siyah  :  75  sources)  et  Mas'oùd-ibn-Nâsir  Sijistâni  (dirâyat  a  h'idtth  al 
ivitâyah  »  :  iâO  sources)  (Kâshif  al  Ghitâ,  'ayn  al  mizân,  Saïda,  1330, 

p.  8). 

(5)  Salmân  minnâ,  ahl  al  B  lyt  (Ibn  'Arabî,  fotoûhâl,  I,  219). 

(6)  Houtsma,  /.  c.  —  Cfr.  Mottaqî,  kanz,  V,  165  ;  Fasys  list,  p.  233. 


5o8 


CHAPITRE    XI 


à  ce  dogme  de  la  tà'dîyah  (et  du  ta'yîd)  a  varié.  Une  première 
conslruction,  celle  des  partisans  de  la  précellence  d'Alî  (1), 
actuellement  représentés  par  les  Noseiris,  peut  se  résumer 
ainsi.  De  la  divinité  [lâhoût),  qui  est  le  sens  (ma'nà)  ineffable 
de  toutes  les  choses  (2),  émane  un  Esprit  lumineux,  un  Nom 
(wm)(3),  lequel,  à  certaines  époques  de  l'histoire  (4),  descend 
se  loger  comme  un  germe  caché  (5),  sous  le  voile  (6)  d'une 
personne  humaine,  d'un  Précurseur  (7).  Ce  Précurseur  con- 
fère à  certains  initiés  de  marque,  appelés  les  «  Portes  » 
[adivâb]  {S),  le  don,  non  seulement  de  discerner,  mais  de 
prêcher  cet  Esprit  ;  puis,  avant  de  mourir,  —  il  leur  fait 
reconnaître  l'Elu  de  Dieu,  l'Imâm  où  va  reposer  le  Sens 
(mdnà),  la  plénitude  de  l'Esprit  (9),  dans  une  cérémonie 
d'investiture  solennelle. 

Une  seconde  construction,  celle  des  partisans  de  la  précel- 
lence de  iMohammad(lO), actuellementreprésentésparles/^rw- 
zes^  fait  état  des  mêmes  étapes,  mais  au  moyen  de  symboles 
plus  abstraits  :  le  Précurseur,  identifié  à  la  deuxième  émana- 
tion,la  Raison  universelle  (1 1), —  dépasse  en  dignité  l'Imâm, 
identifié  à  la  troisième  émanation, l'Ame  universelle  (12)  ;  car 

(i)  'Olyâ'îyah,  Ishâqiyah. 

(2)  C'est-à-dire  :  qui  a  seule  qualité  pour  fixer  le  sens  que  nous 
devons  attribuer  à  chaque  événement. 

(3)  Syn.  :  roùli  qodos,  noùr  shia'sha'ânî,  noùr  qâhir,  nâsoùt. 

(4)  Cycles  des  zohoùr  (Adhânî,  BâkoûrahS^)  =  akivâr  (Malatî,  f.41). 

(5)  Taghyîb. 

(6)  Hijdb. 

(7)  Le  mîm,  syn.  :  noûr  zolâraiyah,  noùr  maqhoûrah  :  Mohamniad. 

(8)  Salmân,  par  exemple. 

(9)  TamthUà  wa  tashkîlS,  en  image  et  en  personne  (Khasîbî,  ap.  Dus-» 
saud,  Noseïris,  102). 

(10)  Fayyâdiyah,  Isma'îliyah. 

(11)  Nâtiq,  qâ'im,  syn.  'aql  Kollî,  noùr  sha'sha'ânî,  koùnî  (celui  qui 
dit  :  «  kon  !  »  fiât  I).  Cfr.  Sacy,  Druzes,  II,  43,  54,  86  ;  Arendonk,  Zai- 
dietische  Imamaat...,  305. 

(12)  As'as  —  syn.  :  nafs,  nâsoùt,  soùrah. 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  SOQ 

l'investiture  (1)  querimâmreçoit  passivement  du  Précurseur 
est  comparée  à  cette  «  seconde  création  »  que  l'initiateur 
imprime  à  l'âme  obscure  de  l'initié  (2). 

Dans  les  deux  cas,  on  remarquera  les  singjulières  consé- 
quences pratiques  de  ce  privilège  arbitraire.  L'Imàm,  quelle 
que  soit  sa  conduite,  doit  être  obéi  :  il  est  divinisé  à  priori. 
Il  n'a  pas  à  scruter  son  propre  cœur,  et  l'on  n'a  pas  à  sonder 
ses  intentions.  Tout  ce  qu'articule  sa  langue  est  sacré  :  lors- 
qu'il plaît  à  l'Imàm  de  dire  autrement  qu'il  croit,  l'adepte 
doit  dire  comme  l'ininm  a  dit,  tout  en  continuant  à  croire  en 
son  cœur  comme  l'Imam  croit  (3).  La  doctrine  imâmite  ne 
résout  donc  pas  du  tout  le  problème  de  l'accord  à  réaliser 
entre  la  langue  et  le  cœur. L'inspiré,  dans  ses  caprices  mêmes, 
reste  vénéré  (4)  comme  le  masque  personnel  où  transpa- 
raît (5)  l'arbitraire  incompréhensible  du  Créateur. 

Au  moment  même  où  les  premiers  Jmàmites  élaboraient 
leur  doctrine  tliéologico-polilique,  —  certains  sunnites  pieux, 
consternés  des  discussions  entre  croyants,  poursuivaient 
loyalement  en  eux-mêmes  la  solution  du  problème  (réaliser 
l'accord  entre  leur  langue  elle  cœur),  —  par  le  moyen  d'une 
méditation  plus  profonde  du  seul  signe  d'union  qui  restât 
aux  musulmans  :  le  Qor'àn.  Ils  y  trouvèrent  les  éléments  ci- 
dessus  énumérés  (6)  d'une  règle  de  vie  préalable,  disposant 
tout  croyant  de  bonne  volonté  (7)  à  recevoir  l'inspiration 
divine  en  son  cœur. 

(1)  Tafwîd,  noqlah. 

(5)  Risâlah  ddmighah  (écrit  druze  réfutant  les  Noseïris). 

(3)  Licéité  de  la  dissimulation,  taqiyah. 

(4)  Ex.  :  Hâkim. 

(5)  Gomme  un  étui  de  matière  subtile  engainé  dans  un  autre  étui 
(catéchisme  Noseïri  de  Wolff,  quest.  6). 

(6)  Suprà,  p.  490,  493. 

(7)  Et  non  pas  le  seul  imàm,  privilégié,  ou  ses  amis  (Hasan  Basri 
sur  Qor.  XLII,  22,  inBaqlî). 


5lO  CHAPITRE   XI 

On  est  accoutumé  à  ne  voir,  dans  la  primitive  Sonnah.qu  un 
ensemble  de  prescriptions  rituelles  relenues  et  pratiquées 
dans  le  but  de  se  conformer  lilléralement  à  l'exemple  de  Mo- 
hammad.  On  oublie  que  selon  Taveu  concordant  de  témoins 
aussi  divers  que  ïhawrî,  Ibn'  Oyaynah,  Wâqidi,  Nadr-ibn- 
Shomayl,  YahyaQattân,  Ishâq-ibn-Râhawayh,  Ibn'Okkâshah 
et  Ibn  Hanbal  (1),  laSonnah,  avant  toute  prescription  légale, 
est  l'exercice  d'un  minimum  de  vertus  morales,  —  ridâ  (2), 
hi  çadâAnah.mellre  sa  satisfaclion  dans  le  décret  divin  (préé- 
ternel) —  tasllm,  Il  amr  Allah,  se  soumettre  au  commande- 
ment divin  [hic  et  mine)  —eisab?'  (3),  'alà  ho/an  Allah^  s'in- 
cliner humblement  devant  l'arrêt  divin. 

Et  chez  les  plus  fervents,  celte  pratique  des  vertus  morales, 
conçue  comme  une  préparation  à  un  état  de  grâce  avec  Dieu, 
se  développe  et  prend  l'aspect  enchaîné,  équilibré,  méthodi- 
que et  pratique  d'une  Règle  de  vie  commune,  taisant  delà 
soumission  intérieure  à  la  loi  le  chemin  même  de  la  sainteté 
extérieure.  Nous  avons  étudié  ailleurs  (4)  l'exemple  de  vies 
disciplinées  comme  celles  d'Hasan  Basrî  [-\-  H 0/728)  et 
d'Ibrahîm-ibn-Adham  (+  170/786),  —  et  la  codification 
esquissée  par  Molmsibî  (-|-  243/857),  en  sa  (^  RCâyah  liho- 
qoùq  Allah  »,  c  Règle  pour  les  devoirs  envers  Dieu  »  (5). 

Durant  cette  première  période  du  mysticisme  sunnite,  il 
n'est  pas  question  de  définir  dogmatiquement  le  processus 
de  l'inspiration.  Mais  dès  lors,  des  exemples  irrécusables  en 
sont  mentionnés  :  sous  forme  de  hadith  qodsl^  u  tradition 

(1)  Gfr.  Aboù'l  Hosayn  Malatî  (+  377/987  ),  lanhîk  wa  radd,  ras. 
pers.,  p.  28,  368,  372,  384. 

(2)  Ou  tafwîd. 

(3)  Ou  lawalikol. 

(4)  Gfr.  fessai. 

(5)  Ms.  Oxf.  HuqI,  011.  C'est  le  livre  foudamental,  eu  Islam,  pour 
mettre  eu  ordre  sa  vie  ;  c'est  uu  livre  très  médité,  et  qui  a  eu  un  reten- 
tissement profond. 


THBOLOGIB   MYSTIQUE  5  I  ï 

sacrée  »,  c'esl-à-dire  tradition  remontant  à  un  prophète  (i) 
et  faisant  parler  Dieu  à  la  première  personne.  Deux  sont  célè- 
bres, le  ((  nian  'ash'tqanl  'asfùqtoho  »  (2)  rapporté  par  Hasan 
Basrî,  —  et  le  «  konlo  sania/io  wa  hamraho  »  (3)  d'Ibn  Adham. 
Il  fallut  étudier  comment  ces  paroles  de  Dieu  s'étaient  gra- 
vées dans  le  cœur  de  ces  croyants  pour  que  leurs  lèvres  les 
aient  articulées,  avec  le  même  respect  que  les  versets  cora- 
niques, dont  la  récitation  constante  leur  procurait  un  u  psau- 
tier »  type,  la  norme  du  langage  par  lequel  Dieu  s'adresse 
au  cœur. 

Jusqu'au  troisième  siècle  de  l'hégire,  l'enregistrement  des 
versets  dans  le  cœur  était  considéré  (4)  comme  un  phénomène 
d'inoculation  automatique  et  matérielle,  inévitable  et  immé- 
diate, hlimà\  '(  l'audition  »  ;  privilège  se  transmettant  orale- 
ment de  croyants  à  croyants.  Nazzàm,  le  premier,  ensei- 
gna (5)  aux  mo'tazilKes  que  Vulïma  était  la  résultante  d'un 
travail  d'élaboration  intellectuelle  graduelle,  istidlâl  :  que  ce 
travail  de  raisonnement,  fondé  sur  le  témoignage  de  sensa- 
tions susceptibles  d'erreur,  était  accessible  à  tous,  croyants 

(1)  Edités  dans  des  Sahaif  apocryphes  attribués  aux  prophètes  Idrîs, 
Yahyâ,  Dàwoù  J  ;  la  plupart  sout  de  véritables  recueils  de  •:<  psaumes  », 
dialogues  de  l'âme  repeatautc  avec  Dieu,  cxhortatious  à  la  pauvreté, 
chasteté. 

(2)  «  Celui  qui  Me  désire,  Je  le  désire  ->  :  attesté  par  'Abd  al  Wâhid- 
ibn-Zayd  (ap.  Hihjah).  C'est  deveuu  uu  hadîth  ordiuaire,  et  Ibn  Sînà 
l'a  commenté. 

(3)  «  Je  deviendrai  son  ouïe  et  sa  vue  »  (cité  a  p.  Mohiisibî,  mahabbah  : 
ap.  Hil^ah,  s.  v,),  C'est  devenu,  sous  forme  très  atténuée,  le  fameux 
hadîth  al  taqarrob  bil  nawdfil  des  SahUi  classiques. 

(4)  Même  par  les  mo'ta?ilites  comme 'Allàf,  et  les  gholât. 

[o)  Kishàm-ibn-al-Hakam  l'avait  entrava  :  «  al  Q  >r  dnsonli  o,  le  Qor'àn, 
dans  sa  réalité,  est  un  concept  iinuialériel  qu'un  texte  matériel  est  im- 
puissant h  inoculer  au  lecteur  non  préparé  (Malatî,  tanhlh^  44).  La  no- 
tion <le  la  Tradition  [t-noni.or),  grâce  coileclive  que  Hishâm  et  Nazzâm 
négligent  ici, —  et  qu'Ibuai  Ràwandi  nia,— est  examinée  au  chap. XIII. 


5ia 


CHAPITRE    XI 


et  incroyants  ;  et  qu'il  aboutissait,  au  maximum,  à  ne  donner 
à  l'intelligence  qu'une  certitude  idéale  ;  en  particulier,  la 
tilàivah^  la  récitation  du  Qor'ân,  n'était  qu'une  hikâyah^  une 
citation  au  style  indirect,  historique,  sans  efficience  réelle. 

Ibn  HanbaU  fidèle  aux  données  coraniques,  vint  alors 
maintenir  que  dans  toute  récitation  du  Qor'ân  il  y  avait  un 
avertissement  divin,  incréé,  que  ce  fût  sur  des  lèvres  de 
croyants  ou  sur  des  lèvres  d'impies  (1);  faisant  que  cette  énon- 
ciation  divine  n'était  écoutée  [utïmâ')  et  goûtée  :  que  par  les 
coiurs croyants,  comme  une  miséricorde  ;  que  par  les  cœurs 
impies,  comme  une  sanction  (2). 

Entre  ces  deux  positions  extrêmes,  plus  profondément, 
Mohâsihî  enseigna  dans  un  admirable  commentaire  de  la 
parabole  du  «  Semeur  »  (3),  que  les  paroles  divines  ne  se  gra- 
vent avec  fruit  que  dans  un  cœur  renoncé,  et  disposé  à  les 
écouler  vraiment  :  Vistima  n'est  donc  ni  pure  passivité  de 
la  mémoire,  ni  simple  automatisme  de  l'intelligence,  mais 
dépend  aussi  d'une  discipline  de  la  volonté.  Ancien  mo'tazi- 
Wle,  Aboii  Yazîd  Bïstâmî^Q  proposa  d'acquérir  ce  que  Ibn 
Hanbal  avait  cru  être  l'apanage  de  tous  les  croyants  :  d'ar- 
river à  ce  que  la  toute-puissance  créatrice  elle-même  dicte 
directement  à  ses  lèvres  les  versets  qu'elles  articuleraient: 
il  pratiqua  en  conséquence  pendant  trente-cinq  ans  un 
renoncement  intérieur  plénier,  une  annihilation  implacable 
de  sa  personnalité,  dépouilla  «comme  un  serpentsapeau  »  (4) 
tous  ses  actes  pour  qu'il  n'en  subsiste  que  l'action  divine  qui 
les  meut.  A  force  d'anéantir  son  cœur,  il  y  entendit  Dieu  se 

(1)  Cr.  infrà,  Xll-n.  Taw.  136,  n.  2. 

(2)  Chaque  verset  est  ainsi  traité  comme  une  parcelle  consacrée, 
monté  comme  une  «  perle  »  sur  un  collier,  dans  les  œuvres  de  hanba- 
lites  comme  al  Kîlânî  (cfr.  ici,  p.  4Ii-413). 

(3j  Màxjah,  ms.  Oxf.,  f.  4^,  \\^.  Comp.  Hallâj  ap.  Sol.  Qor.  X,  43. 
(4)  Bîroûnî,  Hind,  s.  v.  ;  Kîlânî,  ghonyah,  II,  159. 


THÉOLOGIE    MYSllQUE  5l3 

louer  Lui-même  :  «  Los  à  Moi  !  Quoi  de  plus  luml  que  Mu 
gloire  !  »  (1)  Mais  ces  syllabes  stériles,  qu'il  n'élail  même  pas 
possible  à  ses  lèvres  de  se  répéter  sans  blasphème,  le  détrui- 
saient sans  l'unir.  11  mourut  sans  avoir  atteint  son  but, 
remarque  .lonayd  (2)  ;  résigné  à  être  «  possédé  de  Dieu  », 
a  trompé  »  (3)  par  Dieu,  en  ce  monde  et  dans  l'autre,  à  ne 
l'atteindre  que  sous  des  images  illusoires,  passagères  et  sté- 
riles, même  au  Paradis. 

Sahl  Tostari,  reprenant  la  même  expérience  de  vie,  avec 
une  résolution  égale  et  une  humilité  plus  abandonnée, 
observa  (4)  qu'au  moment  où  Dieu  dictait  à  la  langue  de  l'ex- 
tatique certaines  paroles  inspirées,  Il  faisait  goûter  à  son 
cœur  une  ((  certitude  »  ineffable,  un  «  yagln  »  incréé  (5). 
Qu'il  lui  fallait  alors,  non  plus  s'obstiner  à  anéantir  son  cœur, 
comme  l'avait  fait  Bistâmî,  — mais  détacher  son  attention 
de  ces  paroles,  et  de  ce  cœur,  transporter  son  intention  du 
dehors  au  dedans,  —  oublier  la  louange  même  que  Dieu  ins- 
pirait à  sa  langue,  pour  adorer  en  deçà  de  son  cœur  Celui 
qu'elle  loue  (6).  Sahl  indiquait  ainsi,  le  premier,  la  possibi- 
lité d'un  état  permanent  (7)  d'union  réelle  avec  Dieu. 

(1)  Sobhânî,  ma  a'zama  shâni  1  (voir  Essai;  et  Taiv.,  p.  Î76). 
(2j  Mdia  'alà  al  tawahhoni.  Cfr.  ap.  Sarrâj,  loma\  397. 

(3)  Khad'ah,  même  au  Paradis  (le  soûq).  Cfr.  Ibu  al  Jawzî,  nâinoih,  X. 

(4)  A  la  suite  de  Yahya-ibn  Mo'âdh  al  Râzî,  doat  on  a  la  sentence 
admirable  :  «  Qui  connaît  son  âme,  connaît  son  Dieu  »  :  man  'arafa 
nafsaho,  f'aqad  'arafa  Rabbaho  (phrase  qui  de\\nl  \in  hadît/i  :  Soyoùtî, 
Dorar,  s.  v.  ;  Balabânî  l'a  monographiée).  Cfr.  Taw.,  p.  165. 

(3)  Tafsir,  p.  18-19  (comp.  p.  94,  1.  12).  Dieu,  en  Son  essence,  se 
trouve  «  contenu  dans  les  réalités  de  la  foi,  sans  qu'il  y  ait  limitation, 
emprisonnement  ni  infusion  »  [holoûl)  (Qosh.,  éd.  1318,  p.  189).  «  Dieu 
est  'tmân  »  selon  les  Sâlimiyah  (Kîlànî,  ghonyah,  I,  71  ;  cfr.  Fàris,  ap. 
Kalâbâdhî,  ta'arrof,  s.  v.). 

(6)  Ghaybah  fil  Madhkoûr  'an   al  dhikr  (Sarrâj,   loma\  394    ;   et 
Soùsî,  in  Qosh.,  IV,  90). 

(7)  Défini  alors  par  Aboù  Sa'îd  al  Kharrâz  ;  ^«^«(ofjp.  à  faud),  'ayn 

al  iam\ 

33 


5l4  CHAPITRE    XI 

Un  de  ses  disciples,  Ibn  Sâlim,  résuma  sa  doctrine  dans 
les  propositions  théologiques  suivantes  (i),  contre  les  Han- 
balites.  Toute  récitation  du  Qor'ân,  même  sur  des  lèvres  fer- 
ventes, ne  pouvait  être  qu'une  hîkâyah,  une  narration  créée, 
irréelle  des  paroles  divines.  Sous  toute  récitation  du  Qor'àn, 
en  revanche,  le  cœur  était  convié  h  goûter  une  action  créa- 
trice particulière,  taf'il,  une  de  ces  modalisations  adorables 
de  la  volonté  incréée,  cette  multiforme  réalisation  divine  (2) 
qu'il  lui  fallait  apprendre  à  vénérer  sous  tout  acte  quelcon- 
que de  toute  créature. 

d)  Formation  de  la  doctrine  hallagienne. 

C'est  à  al  Hallâj,  autre  disciple  de  ^ahl,  qu'il  était  réservé 
de  mener  à  son  terme  (3)  cette  recherche  expérimentale  de 
l'union  transformante  ;  et  d'expliquer  comment  elle  se  réa- 

(1)  Ibn  al  Farrâ,  mo'iamad  fî  osoûl  al  dîn,  ms.  Damas  (taw.  45)  : 
réfutation  hanbalite  de  XVI  propositions  (dont  XI  sont  recopiées  par 
Kîiânî,  ghonyah,  I,  83). 

(2)  Remplaçant  par  une  «  communion  spirituelle  »  avec  toutes  les 
créatures,  vivantes  et  mortes,  la  «  communion  sacramentelle  »  qu'Ihn 
Hanbal  et  Bistâmî  avaient  cherchée  dans  la  seule  récitation  du  Qor'ân. 
Ibn  Taymiyah  a  parfaitement  montré  le  danger  de  cette  attitude,  et  fait 
remonter  aux  Sâlimiyah  le  monisme  d'Ibn  'Arabî.  «  Chacun  de  Ses 
rayonnements  a  une  forme,  chaque  croyant  à  qui  11  apparaît  reçoit  un 
attribut  (st/a/j),  et  dans  chacun  de  Ses  regards,  Il  y  a  Sa  parole  >>  (Makkî, 
qoût,  II,  86).  C'est  une  espèce  d'idolâtrie  instantanée,  sans  durée  : 
«  Dieu  ne  rayonne  pas  deux  fois  par  la  même  forme,  ni  par  la  môme 
forme  pour  deux  croyants  »  (Makkî,  ap.  Ibn  'Arabî,  risâlah  qodshjah,  ms 
Caire,  VII,  n"  31,  f.  630).  Al  Kîlànî,  hanbalite,  essaie  une  atténuation 
en  rectifiant  «  Dieu  ne  rayonne  pas  pour  le  même  croyant  sous  deux 
attributs  différents,  ni  sous  le  même  attribut  pour  deux  croyants  ». 
(Shattanawfî,  bahjah,  82).  C'est  la  théorie  de  l'union  aux  attributs  et 
aux  noms  divins,  soutenue  par  Gorgâuî  (Ghazâlî,  maqsad  asnà,  73-74; 
cfr.  suprà,  p.  351',  n°  2). 

(3)  Il  est  le  premier  mystique  musulman  a  désirer  mourir  par  pur 
mour. 


THÛOLOGIE    MYSTIQUE  5l5 

lisait:  par  une  sorte  de  transposition  soudaine  des  rôles 
entre  Dieu  et  Ttiomme,  iVéchanye  entre  la  langue  et  le  cœur 
du  mystique  ;  où  tantôt  c'est  encore  Dieu  qui  inspire  le  cœur 
et  rhomme  qui  rend  ténioignage  par  sa  langue,  —  et  tantôt 
rhoninne  qui  aspire  en  son  cœur,  et  Dieu  qui  rend  t(^moignage 
par  sa  langue  (I),  l'accord  demeurant  parfait  et  constant 
entre  les  deux,  «  moi  et  loi  ».  Son  point  de  départ  est  une 
règle  de  vie,  voisine  de  celles  de  Hasan  Basrî  et  d'Ibn  Ad-ham, 
qu'elle  reprend  et  précise.  En  voici  l'analyse,  faite  par  un 
théologien  adverse,  de  son  temps  (2)  : 

«  [Al  Hallàj  a  soutenu  que]  celui  qui  dresse  son  corps  par 
l'obéissance  aux  rites,  occupe  son  cœur  aux  œuvres  pies, 
endure  les  privations  des  plaisirs,  et  possède  son  âme  en 
s'interdisant  les  désirs,  —  s'élève  ainsi  jusqu'à  la  station  de 
(V  ceux  qui  sont  rapprochés  »  'de  Dieu).  —  Et  qu'ensuite,  il 
ne  cesse  de  descendre  doucement  les  degrés  des  distances, 
jusqu'à  ce  que  sa  nature  soit  purifiée  de  ce  qui  est  charnel. 

—  Et  puis,  s'il  ne  reste  plus  d'attache  charnelle  en  lui,  — 
alors  descend  en  lui  cet  Esprit  de  Dieu,  de  qui  naquit  Jésus, 
fils  delMarie.  Alors  il  devient  «  celui  à  qui  toute  chose  obéit  », 
il  ne  veut  plus  rien  que  ce  qui  met  à  exécution  le  Comman- 
dement de  Dieu  ;  tout  acte  de  lui  dès  lors  est  l'acte  de  Dieu, 

—  et  tout  commandement  de  lui  est  le  Commandement  de 
Dieu  ». 

{\)  Comme  dans  la  réalisation  du  choix  libre,  où  l'intelligence  et  la 
volonté  s'unissent  (devant  la  mémoire),  parce  qu'elles  deviennent  réci- 
proquement causes  de  l'attrait  qu'elles  subissent.  Jésus,   type  d'union 
mystique  (ce  qui  n'est  pas  l'union  hypostatique,  mais  n'y  contredit  pas) 
dans  le  Qor'ân,   est  ((  sôhib  ci  rcûJi  ical  kaliviah  »,  remarque  Hasan 
Basrî  :  non  pas  «  l'Epprit  et  le  Verbe  >  ,  mais  «  un  cœur  qui  aspire  à 
Dieu  tandis  que  Dieu  Se  rend  témoignage  par  sa  langue  ». 

(2)  Probablement  le  mo'tazilite  Aboù  al  Qâsim  Ka'bî  (-(-319/931)  :  re- 
copié par  Aboù  Zayd  ibn  Sahl  Balkliî  {soivtir  al  aqàlîm)  et  Baghdâdî 
{far(j,  248)  ;  texte  admis  par  'Alî  Qârî. 


5i6 


CHAFITRK    XI 


Ce  résumé,  évidemment  tendancieux,  surtout  à  la  fin, 
correspond  assez  exactement  à  ce  qu'ai  Hallàj  dit  de  l'union 
transformante  dans  les  fragments  qui  subsistent  de  lui  (1) . 
Le  résumé  ci-dessus  distingue,  de  façon  beaucoup  plus  pré- 
cise que  les  formules  de  Hasan  oud'ibn  Ad-ham,  trois  phases 
dans  la  vie  mystique:  I.  Une  phase  d'ascèse,  pénitence  et 
contrition  générales;  11.  Une  phase  de  purification  passive  ; 
III.  hdivie  d'union  proprement  dite.  C'est  ce  qu'ai  Hallàj  ré- 
sume en  parlant  des  trois  ascèses  :  (^  Renoncer  à  ce  bas 
monde,  c'est  l'ascèse  du  sens  ;  —  renoncer  à  l'autre  vie  (2), 
c'est  l'ascèse  du  cœur  ;  —  renoncer  à  soi-même,  c'est  l'ascèse 
de  l'Esprit.  » 

Voici  le  tableau  des  termes  choisis  par  al  Hallàj  pour  dé- 
crire ces  trois  phases,  avec  références  : 

I.  Ascèse  :  —  tahdhîb  —  taqrîb  —  tafrîd  —  les  maqâmât 
(stations)  des  40  jours  du  jeûne  (3). 

L'ascète  est  le  morld,  celui  qui  désire  Dieu. 

H.  Purification  passive  :  —  idtirâr  —  balâ  —  istihlàk  al 
nâsoùtiyah  —  khalà,  fana  'an  awsâf  al  basharîyah  (4). 

(1)  Bâwardî,  voir  ci-dessous,  p.  523. 

(2)  A  ses  joies  créées  ;  non  à  la  vision  béatifîque  (ce  qui  sera  soutenu 
bien  plus  tard).  'Attâr,  II,  140. 

(3)  Gfr.  Taw.  ill,  1.  Hallàj,  à  la  suite  de  Sahl  (ap.  'awàrif,  IV,  252), 
n'y  voit  que  des  stades  passagers,  dont  il  est  vain  de  discuter  la  pré- 
séance relative,  et  dont  il  faut  sortir,  au  lieu  de  les  opposer,  par  paires 
symétriques,  comme  le  fera  Qoshayrî  (sahw,  sokr  ;  qorb,  bo'd,  etc.). 
Gfr.  ici,  p.  GO.  «  Les  mortdoùn  restent  dans  les  stations,  se  remuent 
de  station  en  station  ;  \es  moi'âdoûn  dépassent  les  stations,  pour  attein- 
dre le  Seigneur  des  stations  »  (ap.  Baqlî,  ia/'s?/-,  Qur,  XXXVII,  164). 
Déjà  Yahya-ibn-Mo'âdh  avait  dit  :  «  Quelle  difiérence  entre  celui  qui 
désire  aller  au  banquet  pour  le  banquet,  et  celui  qui  veut  aller  au  festin 
pour  rencontrer  son  Ami  au  banquet  !  »  (Sha'râwi,  I,  81).  Gfr.  Sol.  35, 
76,  7ÎM28,  197;  Jawâmi',  1. 

(4)  Mot  critiqué  par  Solami,  ghalatâl,  f.  77.  Gfr.  son  tafsrr,  in  Qor. 
III,  34. 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  617 

Le  purifié  est  le  nwrâd.  celui  que  Dieu  désire  ;  le  wahddnî 
aldhâl,  celui  dont  Dieu  unifie  l'essence  (1)  :  le  siddiq. 

III.  Vie  d'union  :  —  'ayn  al  jaiu'  —  raf  'al  anniyah  —  Le 
qà'îm  bi'l  I.Iaqq,  et  les  deux  qiyâm  réciproques  :  qiyânnî  bi 
haqqika,  et  qiyâmoka  bihaqqî'(2)  :  le  nfiotà'. 

Voici  les  textes  saillants  : 

«  Un  des  signes  de  Sa  toute-puissance  est  qu'il  envoie  les 
brises  de  Sa  pitié  vers  les  cœurs  de  ses  amoureux,  leur  por- 
tant la  bonne  nouvelle  que  les  voiles  de  la  réserve  vont 
s'écarter,  pour  qu'ils  parcourent  sans  crainte  toute  l'étendue 
de  l'amour  :  et  qu'il  les  abreuve  aussi  largement  du  breuvage 
de  la  joie  Et  les  soulfles  de  Sa  générosité  passent  sur  eux,  — 
ils  les  bannissent  de  leurs  qualités  et  les  ressuscitent  en  Ses 
qualités  et  Ses  attributs  même,  car  nul  ne  peut  fouler  le  tapis 
étendu  de  la  Vérité,  tant  qu'il  demeure  au  seuil  de  la  sépa- 
ration, tant  qu'il  ne  voit  en  toutes  les  essences  une  seule 
Essence,  tant  qu'il  ne  voit  ce  qui  passe  comme  périssant,  et 
Celui  qui  demeure  comme  Subsistant  »  (3). 

«  Mozijnt  roûhoka...  »  : 

«  Ton  Esprit  s'est  emmêlé  à  mon  esprit,  tout  ainsi 
Que  se  mélange  le  vin  avec  l'eau  pure. 
Aussi,  qu'une  chose  Te  touche,  elle  me  touche. 
Voici  que  «  Toi  »,  c'est  a  moi  »,  en  tout  !  »  (4) 

«  Anta  bayn  al  shaghâf...  »  : 

Tu  es  là,  entre  les   parois  da  cœur  et  le  cœur,  Tu  T'en  écoules 
(En  glissant),  comme  les  larmes  hors  des  paupières. 

{{)  Ce  n'est  pas  exactement  le  «  hoira  hoica  «,  contrairement  à  ce 
que  j'ai  écrit  (Taw.  p.  129)  ;  le«  hoica  hoiva  »  est  simplement  celui  par 
qui  Dieu  exprime  une  idée,  la  voix  de  la«  prédication  légitime  »  ;Adam, 
aussi  bien  que  Safan  ;  il  n'est  pr.s  encore  en  état  d'union  mystique,  mais 
d'illumination  intellectuelle  seulement  (Taw.  Vl.  i  et  p.  130)  :  ab  eff'eciu 
externOy  non  ab  effectu  interno.  Cfr.  Sol.  90. 

(2)  Cfr.  index,  s.  v, 

(3)  Ap.  Sol.  in  Qor.  XXX,  45. 

(4)  Cfr.  Taw.  p.  134. 


5l8  CHAPITRE    XI 

El  tu  infonds  la  conscience  (personnelle)  (1)  au  dedans  de  mon 

[cœur  (i), 

C^ornme  les  esprits  s'iufondent  dans  les  corps. 
Ah  !  rien  d'immobile  ne  se  meut,;sans  que 
Toi,  Tu  ne  l'émeuves  par  un  ressort  secret 
0  Croissant  (de  Lune),  qui  apparais  (aussi   bien)  le   quatorze 

(du  mois), 
Que  le  huit,  le  quatre  et  le  deux  !  (3) 

«  Ana  man  ahivà...  »  : 

Je  suis  devenn  Celui  que  j'aime,  et  Celui  que  j'aime  est  devenu 

[moi  I 
Nous  sommes  deux  esprits,  infondus  en  un  (seul)  corps. 
Aussi,  me  voir,  c'est  Le  voir 
Et  Le  voir,  c'est  nous  voir  (4). 

«  Labbaykây  labbaykâ  /^»  (5)  : 

(1)  Littéralement  :  Tu  établis  le  «je  »,  le  pronom  sujet  :  ici  p.  487. 

{'i)  Jawfa  foû'âdî,  [\onr  bitajwîf  al  qalb,  par  l'action  vivifiante  de 
l'Esprit  sur  le  cœur  (cfr.  Tostarî,  ap.  Makkî,  qoût,  l  121  ;  Ibn  'Arabî, 
fotoûhàt,  l.  187-188).  I^a  théorie  des  deux /a/w;?/' du  cœur  est  d'origine 
médicale;  les  chirurgiens,  dit  Qostâ-ibn-Loûqâ  (/arç  6aî/'i  a/  nafs  ival 
roûh,  éd.  Gheïkho,  ap.  «  Machriq  »,  XIV,  68,  1.  12  seq.),  ont  observé 
qu'il  y  a  dans  le  cœur  deux  cavités  :  ces  deux  cavités  contiennent  un 
mélange  de  sang  et  de  roûh  (souffle  vital)  ;  mais  la  cavité  de  droite  a 
plus  de  sang,  et  celle  de  gauche  plus  de  roûh  (nous  dirions  :  le  ventri- 
cule gauche  est  plein  de  sang  rouge,  purifié)  ;  elle  «  respire  »  la  vie  par 
l'artère  pulmonaire  {shan/ân  tvarîdî)  et  la  répand  dans  le  corps  par 
l'artère  abhar.  On  voit  le  parti  que  les  mystiques  pouvaient  tirer  de 
cette  doctrine  des  deux  tajivîf  ;  Tostarî  compare  celui  du  cœur  gauche 
(l'essentiel)  au  roû/i,  et  celui  du  cœur  droit  à  V'aql:  inspiration  divine, 
expiration  humaine. 

(3)  Cfr.  Taw.  p.  133. 

(4)  Cfr.  Taw.  p.  134.  Sarrâj  {loma\  361,  384)  remanie  prudemment, 
pour  enlever  le  mot  holoûl  :  i<.  Nous  sommes  deux  esprits  ensemble,  en 
un  cadavre;  et  Dieu  nous  a  revêtus  d'un  corps...  »  Ibn  'Arabî  critique 
sévèrement  le  second  hémistiche  :  c'est  de  l'associationisme  (Jâmi, 
nafahât,  568).  Jalâl  Roùmî  l'a  traduit  en  persan  {dùvân  Shams-i-7'abrtz), 
Ibn  al  Dobaythî  l'a  dilué  en  cinq  vers. 

(5)  Littéralement  u  à  Tes  ordres  !  »  ;  vieux  cri  antéislamique  des 
Arabes,  conservé  pour  l'arrivée  des  pèlerins  au  seuil  du  territoire  sacré. 
C'est  la  talbiyah.  (Texie  ap.  Ibn  al  Jawzî,  narjis). 


TH^OLOOIE    MYSTIQUE  619 

(1)  «  Me  voici,  me  voici,  ô  mon  secret,  ô  ma  coQfidence  1 

Me  voici,  me  voici,  ô  moQ  but,  ô  mon  sens  ! 

(21)  Je  t'appelle...  non,  c'est  Toi  qui  m'appelles  à  Toi  ! 

Comment  t'aurais-je  parlé,  à  Toi,  —  si  Tu  ne  m'avais  parlé,  à  moi  ? 

(.'})  0  essence  He  l'essence  de  mon  existence,  —  o  terme  de  mon  dessein, 

0  Toi  qui  me  fais  parler,  ô  Toi,  mcsénonciations,  —  Toi,  mes  clins  d'œill 

(4)  0  Tout  de  mon  tout,        ô  mon  ouïe,  ô  ma  vue, 
0  ma  réunion,  ma  composition  et  mes  parts  ! 

(5)  0  Tout  de  mon  tout,  —  tout  de  toutes  choses,   énigme  équivoque. 
C'est  le  tout  de  Ton  tout  que  j'obscurcis  en  voulant  T'exprimer  ! 

(6)  0  Toi,  à  qui  mon  esprit  s'était  suspendu,  déjà  mourant  d'extase, 
Ah  !  demeure  son  gage  dans  ma  détresse  !... 

(iC)  O  Suprême  objet  que  je  demande  et  espère,  ô  mon  Hôte, 

0  nourriture  démon  esprit,  ô  ma  vie  en  ce  monde  et  dans  l'autre  ! 

(17)  Mon  cœur  soit  Ta  rançon  !  ô  mon  ouïe,  ô  ma  vue  ! 
Pourquoi  tant  de  délai,  dans  mon  éloignement,  si  loin  ? 

(18)  Ah,  qiioi  que  Tu  te  caches  dans  l'invisible,  pour  mes  yeux. 

Mon  coeur  déjà  Te  contemple,  de  mon  éloignement,  oui,  de  mon  exil  !  » 

Pour  donner  une  formule  Ihéologique  acceptable  de  ces 
données  expérimentales,  al  Hallâj  fait  appel  à  toutes  les  res- 
sources techniques  du  lexique  contemporain.  Il  emprunte 
en  particulier  au  lexique  des  théologiens  imâmites  extré- 
mistes la  gamme  de  leurs  expressions  désignant  l'action 
divine  :  lâhoùt,  nasoût  (1),  roûh\  en  eu  modifiant  d'ailleurs 
profondément  la  portée.  Lâhoût,  c'est  la  toute-puissance 
créatrice;  nâsoùt,  c'est  le  commandement  divin  (amr),  la 
parole  essentielle  qui  déclenche  le  y^'«^  !  kon\  des  créations 
divines,  parole  incréép.  dont  le  langage  humain  est  l'image 
créée  ;  r^oûh,  c'est  l'esprit  divin  qui  développe,  modalise  et 
concerte  entre  elles  les  créations  divines.  Il  ne  s'agit  plus 
d'une  série  d'émanations,  mais  de  la  révélation  d'une  cer- 
taine structure  interne  particulière  à  l'acte  créateur,  dont  le 

(1)  Il  n'est  pas  probab'e  qu'il  l'ait  emprunté,  comme  je  l'avais  cru 
d'abord  (Taw.  p.  131).  aux  chrétiens;  chez  lui,  comme  chez  les  Gho- 
lât,  nàsoût,  noùr  sha'sha'ânî  et  amr  sont  synonymes;  ce  qui  n'a  rien 
de  chrétien  (Cfr.  le  quatrain  5o^/«drm,  ivfrà,  ch.  XII-ii.  et  Mabitî,  f.  86 
{Qar  mates). 


520  CHAPITRE    XI 

Qor'ân  énumère  ainsi  les  moments,  irddah.,  takwhi,  ihââ"^  : 
«  Lorsque  Dieu  a  décidé  une  chose,  Il  commande^  en  lui  di- 
sant «  Fïat\  »,  et  elle  devient  {nx\e,  réalité)  u  {Qor.  XXXVI, 
82)(1). 

Moqâtil-ibn-Solaymân   avait   observé  (2)   que    cette  des- 
cription de  l'acte  créateur  intervenait  (huit  fois)  (3)  dans  le 
Qor'ân,  uniquement  «  au  sujet  de  Jésus,  et  de  la  Résurrec- 
tion ».  AlHallâj  paraîtavoirégalement  noté  cette  relation  (4). 
En  tout  cas,  il  pose  en  principe  que  le  seul  aspect  par  où 
l'action    divine    se    prête    à    l'union    transformante    avec 
l'homme,  c'est:  non  pas  la /«Ao?//,  l'omnipotence  créatrice, 
cette  prédestination  souveraine  dont  les  décrets  sont  tous 
inaccessibles  et  pareillement  effrayants,  dont  la  majesté  avait 
terrassé  Bistâmî  et  dont  la  science  a  fasciné  Salan  ;  ni  le 
roûh  dont  l'universelle  activité,  manifeste  partout,  et  partout 
adorable,  n'est  saisissable  que  si  Dieu  lui-même  l'explique  ; 
—  m-ais  cette  parole  essentielle  intelligible  qui  est  au  fond 
de  tout  commandement  de  la  loi  divine,  —  ce  /^«/saisissable 
et  éligible  qui  est  au  principe  de  toute  chose  créée.  L'union 
mystique  d'al  l;Iallâj  s'opère  donc,  sur  le  type  même  de  celle 
que  le  Qor'ân  attribue  à  Jésus,  par  l'union  au  kon  !   «  tlat  » 
divin,  obtenue  par  le  moyen  d'une  adhésion  de  plus  en  plus 
étroite  et  fervente  de  l'intelligence  aux  commandements  de 
Dieu  que  la  volonté  aime  en  premier.  Et  le  résultat  de  cette 
acceptation  permanenle  du  «  fiât  »  divin  est  la  venue  dans 
l'âme  du  mystique,  de  l'Esprit  divin,   lequel   provient  du 

(1)  Jrâdah,  amr,  ihdâ\ 

(2)  Tafsîr  fî  motashâbih  al  Qor  an  (inséré  dans  Malatî,  tanbîh  wa 
radd.  ms.  pers.  fî.  95-138),  f.  123  :  «  KoU  shay'  «  [Qor  XXXVI,  82]  » 
fî  amr  'Isa  wa'l  qiyàmah  ».  Moqâtil  (-|-  130/767),  le  premier  grand 
commentateur  du  Qor'ân,  fut  le  guide  que  choisit  Shâfî'î  en  tafsîr. 

(3)  Qor.  II,  m  ;  III,  42,  52  ;  VI,  72  ;  XV(,  42  ;  XIX,  36  ;  XXXVI, 
82  ;  XL,  70  ;  cfr.  Bokhftrî,  trad.  fr.,  II,  510. 

(4)  Cfr.  ici,  p.  515  et  infrà,  eh.  XII-iv. 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  5a  I 

commandement  de  mon  Seigneur  »  (I)  et  fait  désormais,  de 
chacun  des  actes  de  cet  iiomme,  des  actes  véritablement 
divins;  et  qui  en  particulier  donnera  aux  paroles  de  son 
cœur,  l'articulation,  renonciation  et  l'application  voulues 
de  Dieu. 

«  La  parole  a  au  Nom  de  Dieu  »,  dit  al  Hallâj,  doit  être  pour 
toi  comme  le  «  Fiat  !  »  Et  si  tu  crois  bien  «  au  Nom  de  Dieu  », 
les  choses  se  réaliseront  par  ta  parole  «  au  Nom  de  Dieu  », 
comme  elles  se  réalisent  par  Sa  parole  «  Fiat  !  »  (2). 

Voici  deux  fragments  très  remarquables,  où  il  essaie  de 
serrer  de  plus  près  : 

ï.  Tanzîh  'anal  naU  ival  wasf; 

(3)  «  Ma  science  est  trop  grande  pour  être  embrassée  par 
la  vue  (nazar),  elle  est  d'un  grain  trop  menu  et  trop  com 
pact  pour  être  assimilée  par  l'entendement  d'une  créature 
charnelle  [hashar).  Je  suis  «  je  »,  et  il  n'y  a  plus  d'attribut 
Je  suis  «  je  »,  et  il  n'y  a  plus  de  qualification  (4).  Mes  attri- 
buts, en  effet  (séparés  de  ma  personnalité),  sont  devenus 
une  pure  nature  humaine  (nâsoûtiyah),  cette  humanité 
mienne  est  l'anéantissement  de  toutes  les  qualifications  spi- 
rituelles [roûhâiiiyah],  et  ma  qualification  est  maintenant  une 
pure  nature  divine  {lâhoûtiyah) . 

((  xMon  statut  [hokm)  actuel,  c'est  qu'un  voile  me  sépare  de 
mon  propre  «  moi  ».  Ce  voile  précède  pour  moi  la  vision 

(1)  Qor.  XVII,  87. 

(2)  Ap.  Sol.,  in  Qor.  XXVII,  21*.  Parole  célèbre,  qui  est  l'épigraphe 
du  premier  traité  d'  'Abd  al  Karîm  Jîiî,  Huhfiva  raq'im  (ms.  Caire,  VII, 
229.  p.  277  :  f  219"  seq.).  Cfr.  son  sharh  ■/  o^hkilâl  al  «  Foloûhàl  *), 
f.  819  (sur /"oL  II,  139). 

{?>)  Ce  texte,  fort  important,  est  trad.  entièrement  par  Baqlî,  Sha- 
thîyàt,  f"  156''  ;  Timâmite  Ibn  al  Dà'i  {tabsirah,  402)  donne  une  trad. 
persane  indépendante,  du  début. 

(4)  Ana'  ana,  wa  là  na't  ;  ana  ana,  loa  là  wasf. 


022  CHAPITRE    XI 

[kashf)  ;  car,  lorsque  rinslant  de  la  vision  se  rapproche,  les 
allribiits  de  la  qualification  s'anéantissent.  «  Je  »  suis  alors 
sevré  de  mon  moi  ;  «  je  )>suis  le  pur  sujet  du  verbe  (i  ),  non 
plus  mon  moi  ;  mon  «je»  actuel  n'est  plus  moi-même  (2).  Je 
suis  une  métaphore  [tajâwoz]  [de  Dieu  transportée  en  l'hom- 
me], non  un  apparentement  générique  [tajânos]  [de  Dieu 
avec  l'homme]  (3),  —  une  apparition  [zohoûr)  [de  Dieu], 
non  une  infusion  [holoùl)  (4)  dans  un  réceptacle  matériel 
[haykal  jothmdm).  Ma  surgie  (actuelle)  n'est  pas  un  (simple) 
retour  à  la  prééternité  (5),  c'est  une  réalité  imperceptible 
aux  sens  et  hors  de  l'atteinte  des  analogies. 

«  Les  anges  et  les  hommes  ont  connaissance  de  cela,  non 
qu'ils  sachent  ce  qu'est  la  réalité  de  celte  qualification  (6), 
mais  par  les  enseignements  qu'ils  en  ont  reçus,  suivant  leur 
capacité  à  chacun.  «  Chacun  sait  la  source  oii  il  devra  se 
désaltérer  »  (Qor.  ïï,  57). 

«  L'un  boit  une  drogue,  l'autre  hume  la  pureté  de  l'eau  (7); 
L'un  ne  voit  qu'une  silhouette  humaine  [shakhs)  [quelconque], 
l'autre  ne  voit  que  l'Unique  et  son  regard  est  obscurci  par 
la  qualification  (8)  ;  l'un  s'égare  dans  les  lits  des  torrents 

(1)  Ka'annî  ;  voir  ici,  p.  470.  Et  Tawâsîn,  II,  5,  XI,  23. 

(2)  Ana'  monazzah  'an  nafsî  ;   [kaannî  ana    là  nafsi  ;  wa  là  nafs 
ana]  [sur  trad.  persane]. 

(3)  Contre  la  théorie  r<05'7yrî  (catéch.  Wolff,  quest.  4);  al  tajânos 
ittifâq  fî   al  haqîqah  (Tahânawî,  s.  v.),  ittihâd  fî  al  jins. 

(4)  Contre  Tinterprétation  holoûlî. 

(5)  Contre  la  thèse,  déduite  de  Jonayd  :  «  al  nihâyah.,  rojoiV  ilà  al 
bidâyah.  Cfr.  ce  qu'il  en  dit,  ap.  Baqlî,  shnthixjdt,  f.  156*  :  nihâyah  = 

tahqîq. 

(6)  Le  mystère  de  cette  opération. 

(7)  Ils  ne  discernent  pas  Dieu,  dans"ile  saint,  comme  premier^et  uni- 
que moteur  (Cfr.  Ibn  'Arabî,  fosoûs,  237). 

(8)  I/apparence  d'humanilé  débile  qui  subsiste,  et  qu'il  identifie  à 
Dieu,  par  erreur.  Diins  la  marionnette  défaillante  d'Adam,  montrée 
d'avance  en  spectacle  aux  Anges  comme  l'image  de  Son  amour  essen- 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  523 

desséchés  de  la  recherche,  l'aulre  se  noie  dans  les  océans  de 
la  réflexion  ;  tous  sont  hors  de  la  réalité,  tous  se  proposent 
un  but,  et  ils  font  fausse  route. 

«  Les  familiers  de  Dieu,  ce  sont  ceux  qui  demandent  à  Lui 
la  route  ;  ils  s'annihilent,  et  c'est  Lui  qui  organise  leur  gloire. 
Ils  s'anéantissent,  et  c'est  Lui  qui  réalise  leur  gloire  Ils  s'hu- 
milient, et  Lui  les  montre  (aux  autres)  comme  des  repères. 
Eux  se  mettent  à  la  recherche  des  égarés,  abaissent  leur  pro- 
pre gloire,  et  ce  sont  eux  dont  les  grâces  de  Dieu  même 
s'éprennent,  ce  sont  eux  qu'il  ravit  à  leur  attribut  par  Ses 
qualifications  [)ropres  I 

«  0  merveille!  Tu  dis  qu'ils  sont  «  arrivés  ))?ils  sont  séparés. 
Tu  dis  qu'ils  sont  «  voyants  »?  ils  sont  absents  (ravis  à  leurs 
sens).  Leurs  traits  externes  (ashkcîl)  demeurent  en  eux  (et 
pour  eux)  apparents,  et  leurs  étals  intimes  [ahivâij  demeurent 
en  eux  (et  pour  eux)  cachés.  » 

II,  Raf  al  anniyah. 

(1)  «  J'ai  lu,  dans  un  manuscrit  autographe  d'al  Hosayn- 
ibîi-Mansoùr  al  Hallàj,  chez  un  de  ses  disciples,  le  passage 
suivant  : 

«  Pour  moi,  je  loue  Dieu  !  ce  «  Lui  »  hormis  qui  il  n'y  a 
pas  de  dieu.  Lui  qui  sort  des  limites  des  imaginations,  et  des 

tiel,  Dieu  s'insinue  graduellement  pour  tenirle  rôle  et  le  parler  dûment. 
Il  soutient  les  gestes,  puis  il  en  revise  les  rouages  ;  puis,  si  l'homme 
accepte  de  diminuer  pour  que  Dieu  croisse,  TEsprit  vient  vivifier  eu  son 
cœur  le  «  Je  «  divin  qui  s'y  articule.  Les  autres,  qui  voient  resplendir 
le  vêtement  divin  des  grâces  reçues  {lalbh),  croient  que  le  snint  possède 
en  propre  royauté,  puissance  et  gloire  ;  mais  le  saint  qui  s'est  dépouillé 
de  tout,  dont  l'essence  est  devenue  une  pure  obéissance,  pauvre  et  nue, 
sait  bien  que  c'est  Dieu  qui  fait  tout  en  lui,  que  lui  n'est  plus  rien,  et 
ne  subsiste  que  par  scn  Bien-aimé,  qui  est  vraiment  son  Tout  {taqdîs). 
(1)  Akhb.  52  :  témoignage  d'Aboù'l  Qâsim  al  Bàwardî  (ouMàwardî)  ; 
un  autre  ms.  donne  :  Aboù  Nasr  al  Baydâwî. 


524  CHAPITRE    XI 

représentations  des  pensers,  et  du  pouvoir  conceptuel  de 
notre  entendement,  et  de  la  capacité  de  détinir  de  notre  per- 
sonnalité, Lui  à  qui  rien  ne  ressemble,  l'Audient,  le  Voyant  ! 
—  Sache  que  l'homme  suit  (1),  en  se  maintenant  dans  la 
pleine  et  entière  observance  de  la  Loi,  une  voie  qui  ne  L'égaré 
pas  (2),  jusqu'aux  stades  du  taivhld.  Alors,  une  fois  qu'il  y 
est  parvenu,  la  considération  (3)  de  la  Loi  tombe  (comme  des 
écailles)  de  son  œil,  et  il  est  travaillé  par  les  lueurs  qui  jail- 
lissent de  l'abîme  de  la  sincérité.  Alors,  quand  ces  lueurs  se 
sont  synonymisées  (4)  pour  lui,  et  que  ces  rayons  se  sont 
cohérés  devant  lui,  le  tawliid  (5)  devient  pour  lui  une  impiété 
[zandaqah]^  et  la  Loi  une  extravagance.  Et  il  reste  là,  sans 
substance  ni  vestige  (de  sa  personne).  Et  s'il  agit  selon  la 
Loi,  il  la  suit  pour  respecter  la  forme  ;  et  s'il  prononce  le 
iawhid  (6),  il  le  prononce  en  s'y  forçant  ».  Et  il  récitait  : 

«  Est-ce  Toi  ?  Est-ce  moi  ?  Cela  ferait  une  Essence  au  dedans  de 

[l'Essence  (7)... 
Loin  de  Toi,  loin  de  Toi  [le  dessein]  d'affirmer  «  deux  »  ! 
Il  y  a  une  Ipséilé  tienne,  (qui  vit)  en  mon  néant  (8)  désormais,  pour 

[toujours, 
C'est  le  Tout  (qui  brille)  par  devant  toute  chose,  équivoque  au  double 

[visage... 
Ah  !  où  est  Ton  essence,  tiors  de  moi,  pour  que  j'y  voie  clair... 

(1)  Lire  «  a'iam  anna  yosilo  al  mar'a...  » 

(2)  Ponctuer  «  ma  lam  yodill  ». 

(3)  Molâhuzah. 

(4)  On  dirait  plutôt  :  syndromisées  :  tashâbasat. 

(5)  La  profession  de  foi,  la  shahâdah. 

(6)  Id. 

(7)  Lire  «<  A  onta,  am  ana'  ?  liadhâTa^no  fî'l'ayni  [\ar.  ilabayni  fî'l 
hayni]  ».  Cet  hémistiche  a  été  parfois  supprimé,  par  prudence,  et 
remplacé  par  le  second,  complété  alors  par  un  remplissage  :  «  Tu  es 
inaccessible  au  dénùment  et  à  la  détresse.  »  Peux  dieux  ne  peuvent 
coexister  sans  s'entre-détruire,  à  priori,  cfr.  Haqiî.  shafh.,  f.  136. 

(8)  Fî  là'iyatî  abadà.  Var.  :  nâsoûtî  bihâ  abadâ  :  «  en  qui  mon  hu- 
manité subsiste...  » 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  525 

Mais  déjà  mon  essence  est  bue  (i),  consamée  (2),  au  point  qu'il  n'y  a 

[plus  de  lieu  .. 
Où  retrouver  cette  touche  (divine)  qui  Te  témoignait,  ô  mon  Espoir, 
Au  fond  du  cœur,  ou  biou  au  fond  de  l'œil  ? 

Entre  (3)  moi  et  Toi  (il  traîne)  un  «  c'est  moi  !  »  ''qui)  me  tourmente. .. 
Ah  !  enlève,  de  grâce  (4),  ce  «  c'est  moi  !  '>  d'entre  nous  deux  !  >> 

Celte  dernière  |)ièce  nous  aide  à  interpréter  le  cri  fameux 
prêté  à  al  Hallàj  «  Ajia  al  Haqq  !  »,  «  Je  suis  la  Vérité  !  » 
Réponse  qu'il  aurait  faite,  avant  sa  vocation  définitive,  vers 
283/896,  au  moment  de  sa  rupture  avec  les  soufîs,  l'adres- 
sant à  Jonayd,  son  directeur  de  conscience,  qui  l'avait  inter- 
rogé avec  autorité  (5).  Ce  mot,  qui  résumera,  pour  la  posté- 

(I)  Lire  :  folqiha  (au  lieu  de  faliqad). 

(:2)  Tabira,  est  attesté  par  une  citation  de  Sohrawardî  d'Alep  (kali- 
mat  al  tasaiciuof). 

{'■i)  «  Baynî  \va  baynaka  anniyô  yoaâzi'onî.. .  ».  Ge  vers  est  un  des 
plus  célèbres,  pour  sa  beauté.  Sohraw  irdî  d'Aiep  disait  qu'en  deman- 
dant à  Dieu,  par  ce  vers,  de  lui  enlever  ce  dernier  reste  (6a^?j/a/i)ciiar- 
nel,  al  Hallàj  «  donnait  aux  autres  dispense  plénière  de  (verser)  son 
sang  ».  Nastr  al  Din  Toûsi  disait  que  cette  prière  avait  été  exaucée,  et 
qu'il  dit  alors  :  «  Je  suis  la  Vérité  »,  ce  qui  signifiait  que  son  heccéité 
[anniijah)  lui  avait  été  ravie,  sans  que  (la  joie)  d'être  deux  avec  Dieu 
lui  fût  ôtée.  On  trouvera  le  texte  de  divers  commentaires  sur  ce  vers, 
ap.  Quatre  Textes...,  p.  81*  ;  cfr.  p.  28.  Najm  al  Din  Râzi  {mirsâd, 
111,  §  19)  reconnaît  là  une  manifestation  transfigurante  d'un  attribut 
divin,  la  pevsé\lé  {tajallî  hi  sifat  baqâ).  Ibn  Taytniyah,  dans  un  très 
long  et  curieux  commentaire,  essaie  de  donner  à  ce  vers  trois  sens  suc- 
cessifs :  un  sens  impie,  de  pur  monisme  (/"ana 'an  wojoûd  alsiwd),  puis 
un  sens  d'exagération  excusable  chez  un  extatique  {fand  'an  shohoûd  al 
siwà)  :  enfin,  il  termine  par  l'examen  du  troisième,  qu'il  déclare  admi- 
rer (fana  'an  Hbddat  al  siwà)  comme  l'expression  d'un  état  d'obéis- 
sance parfaite,  d'amour  parfait,  d'abandon  parfait  à  Dieu  seul,  ce  qui 
est  «  iahqîq  al  taivhîd  »  (cfr.  /.  c,  p.  81*). 

«  Fais-moi  mourir  à  moi-même,  que  je  ne  vive  plus  que  de  Ton  «  c'est 

toi  »  !  )) 

(4)  Biloffika,  var.  biannaka  :  par  Ton  «  c'est  toi  !  «  qui  m'immorta- 
lisera. 

(5)  Comme  un  exorciste,  cfr.  ici,  p.  61.  Tawdsîn,  p.  n."il79.  «  Mon 


b'À6  CHAPITRE    XI 

rite,  de  façon  un  peu  trop  concise,  la  doctrine  d'al  Hallâj  sur 

l'union  mystique,  nous  paraît  une  sorte  de  mise  au  point  des 

formules  de  Bistâmî.  Le  récit  d'un  adversaire  mo'tazilite, 

qui  le  lui  fait  prononcer  devaiit  al  Shiblî,  nous  montre  ensuite 

al  Hallâj,  «  cachant  à  demi  son  visage  dans  sa  manche  »,  et 

récitant,  pour  commenter,  en  le  justifiant,  son  cri  : 

Yâ  Sirra  sirri  : 

0  Conscience  de  nia  conscience,  qui  Te  fais  si  ténue 
Que  Tu  échappes  à  l'imagination  de  toute  créature  vivante  ! 
Et  qui,  en  même  temps,  et  patente  et  cachée,  transfigures 
Toute  chose,  par  devers  toute  chose... 

Si  je  m'excusais  (1),  envers  Toi,  ce  serait  (arguer)  de  mon  igno- 

[rance  (de  Ta  présence), 

De  l'énormité  de  mon  doute  (sur  notre  union),  de  l'excès  de  mon 

[bégaiement  (à  Te  servir  de  porte-parole)  (2). 

0  Toi  qui  es  la  Réunion  du  tout,  Tu  ne  m'es  plus  «  un  autre  », 

[mais  «  moi-même  »  1  (3) 
Mais  quelle  excuse,  alors,  m'adresserai-je,  à  moi  ?  (4)  » 

On  remarquera  que,  dans  ces  essais  d'analyse  psychologi- 
que (5)  de  l'état  d'union  transformante,  al  Hallâj  montre  in- 

«  Je  ».  c'est  Dieu  »  !  Cfr.  1'  «  Ego  sum  qui  sum  »  d'Orsola  Benincasa 
(4-  1648),  exorcisée.  Cfr.  l'autre  question  de  Shiblî,  ici  p.  303,  posée 
de  même  (Qor.  XV,  70). 

(1)  In  ilidhârî  :  cfr.  Qor.  VI,  25  :  in  hadhâ  ..,  etc. 

(2)  Mon  seul  moyen  de  ra'excepter  de  Toi  serait  de  renier  notre 
union  ;  cesser  de  Te  chercher  en  moi,  me  retrancher  dans  mon  igno- 
rance, doute  et  bégaiement.  Maqdisî,  Ibn  al  Qârih  et  Ma'arrî  {ghofrân, 
150)  dénoncent  cette  pièce  comme  moniste  :  à  tort,  croyons-nous. 

(3)  Va  jomlat  al  kolli,  laataghayrî. 

(4)  Idhà^  ilayya  ?  —  i.  e.  :  Je  n'ai  plus  de  prétexte  pour  refuser 
d'avouer:  «  Anu'al  Haqq.  »  Cfr.  Qays  (ransporlé  d'amour,  cLantant  : 
«  Je  suis  Laylâ  et  elle  est  Qays  !  Admirez,  après  cela,  —  Comment 
venant  de  moi,  ma  supplication  s'adresse  à  moi  I  »  (Shoshtarî,  diwân). 

(5)  Qui  n'est  leulée,  après  lai,   que    par  'Abdallah  Qorashî  en  son 
sharh  al  laivhld  (chnp.  fî  sifat  al  motahaqqiq  billâh  fî  wajdihi  bihi, 
extr.  ap.  JJiiyahy  s.  v.):  et  où  il  n'est  question  que  de  la  vision  non 

ransformante,  lahsil,  ru'yah. 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  627 

direclemenl  que  les  objections  communément  opposées  par 
divers  Ihéologiens  musulmans  ne  sont  pas  recevables. 

D'abord  ia  prétendue  impossibilité  o/?/o/o/;i^«e,  arguée  par 
Jonayd  et  Ibrabim  al  Khawwàs,  fortifiés  des  expériences 
négatives  de  Bistàmî  :  le  Créateur  ne  peut  manifester  son 
Etre  réellement  ()ar  un  signe  créé  ;  si  un  homme  était  destiné 
à  Lui  servir  de  truchement,  il  serait  immédiatement  et  inté- 
gralement consumé,  volatilisé  (1).  A  quoi  al  Hallûj  répond 
qu'il  n'y  a  pas  antinomie  radicale  entre  la  créature  humaine 
et  le  Créateur  (il  y  a  même  aflinité  virtuelle)  (2),  entre  le 
corps  et  l'esprit  humains  et  la  divinité  ;  il  n'y  a  contradiction 
qu'entre  la  misère  charnelle  de  l'homme  (3),  bashariyah^ 
—  et  l'impassibilité  divine,  samadiyah. 

Ensuite  l'inconcevabilité  logique  (4),  soutenue  par  Jahm, 
les  mo'tazilites,  et  la  plupart  des  motakallïmoùn,  d'une  rela- 
tion directe  quelconque  entre  la  nature  divine  et  la  nature 
humaine,  autrement  que  par  holoùl  (5),  inclusion,  par 
confusion,  ittkâl,  ou  mélange,  imtizâj  (6),  de  parcelles  in- 
créées en  des  parcelles  créées,  ce  qui  serait  absurde.  Cet 
argument,  qui  aboutit  d'ailleurs  à  nier  la  possibilité  d'une 

(1)  Jouayd  considérait  qu'ensuite  Dieu  pouvait  ressusciter  cet  homme, 
le  reconstituer  de  toutes  pièces  (r4fr.  su/.rà,  p.  36). 

Mais  le  vague  avec  lequel  il  présente  cette  tiypothèse  indique  bien 
que  ce  n'est  chez  lui  qu'un  but  idéal,  non  réalise. 

(2)  Li  .9ow/Y(/i  d'Adan,  comp.  Akhb.  32,  34  avec  Sol.  IIÏ,  3i,  XXlll, 
93,  LXIV,  3,  LXXXII,  8. 

(3)  Qui,  naturelle  au  corps,  a    gagné  l'âme,  par  le  péché. 

(4)  Pour  eux,  tout  être  créé  est  éteiidu,  et  il  n'y  a  que  quatre  types  de 
changements,  tous  d'état  local:  harakah,  nokoân,  ijlimâ\  iftirâq. 

(o)  Ilaliâj  se  sert  de  ce  mot  comme  approximation  poétique,  mais  le 
rejette  explicitement  diuis  ses  définitions  (in  Qor.  LVII,  3,  etc.).  Je  n'ai 
pas  assez  marqué  cette  nuance  dans  Taw.  (voir  p.  19'K  n"  2). 

(6)  He  sont  I^s  deux  seuls  types  d'ijtim'V  possibles.  Les  philosophes 
en  envisageaient  d'autres  ;  et  c'est  sur  eux,  et  non  sur  Hallàj,  que 
tombe  l'argumentation.  Cfr.  ici,  p.  530. 


528  CHAPITRE    XI 

vision  béatifique  en   Paradis  (réclamée  par  Hasan  et  par  Ibn 
Haiibal),  —  a  été  envisagé  par  al  Hallàj  dans  loule  sa  force. 
Il  souligne  avec  ironie  l'invraisemblance  à  priori  de  l'union 
mystique  ;  il  dénonce,  comme  Bistâmî,  la  «  ruse  >j  de  Dieu 
qui  nous  fait  espérer  que  nous  puissions  Le  rejoindre  par 
nos  propres  forces,  a  II  n'est  pas  de  ruse  plus  évidente  que 
celle  employée  par  Dieu  à  l'égard  de  ses  adorateurs.  11  leur 
fait  s'imaginer  qu'ils  Irouveront  quelque  état  qui  les  amène 
jusqu'à  Lui.  — que  le  contingent  pourrait  avoir  un  nexus 
(içtirân)  avec  l'Etre  nécessaire  (I)  !  Mais  Dieu  et  ses  atti'ibuts 
restent  inaccessibles.  S'ils  prononcent  Son  nom,  c'est  en  eux  ; 
s'ils  Lui  rendent  grâces,  c'est  pour  eux  ;  s'ils  Lui  obéissent, 
c'est  pour  se  sauver,  eux  !  Rien  n'est  pour  Dieu  qui  vienne 
d'eux,  et  II  s'en  passe  !  »  (2) 

Mais  il  comprend  que  cette  ruse  est  une  «  équivoque  »  ado- 
rable, ^â!//5?A*(  3),  un  déguisement  de  la  miséricorde  divine  pour 
nous  attirer  petit  à  petit  à  soi  à  travers  des  voiles  qui  seront 
levés.  Si  le  Créateur  se  retirait  de  Sa  création,  elle  cesserait 
d'exister.  «  Il  ne  s'en  est  pas  séparé,  et  ne  s'y  est  pas  an- 
nexé h  (4).  «  Il  ne  s'est  pas  séparé  des  créatures  et  ne  s'y  est 
pas  annexé.  Comment  s'en  serait-il  séparé,  Lui  qui  les  fait 
exister  et  durer.  Comment  le  contingent  s'annexerait-ill'Ab- 
solu  ?  En  Lui  la  raison  d'être  {qiwâin)  de  tout.  Lui  distinct 
de  tout  «  (5). 

(1)  Iba  al  Jawzî,  qui  cite  cette  phrase  [Nâmoûs^  X),  ajoute  assez  in- 
considérément «  Quiconque  médite  sur  le  sens  de  cette  phrase,  en 
remarque  l'impiété  pure,  car  elle  insinue  que  c'est  par  moquerie  el par 
jeu  (que  Dieu  agit)  ». 

(2)  In  Qor.  XUI,  42.  Gfr.  Akhb.  32,  34. 

(3)  Et  non  pas  une  duperie  stérile,  A'had'ah,  comme  l'avait  dit  Bis- 
tâmî  ;  après  Ibn  abî'l  'Awjâ  (cfr.  p.  479.  n.  2).  —  Corap.  Gen.  III,  5. 

(4)  In  Qor.  LXXXV,  3,  ce  qui  est  plus  serré  que  la  formule  ash'arite  : 
c  Dieu  n'est,  ni  dans  le  monde,  ni  en  dehors  du  monde.  » 

(5)  In  Qor.  LVII,  5. 


THÉOLOGIE    MYSTIQUE  629 

11  constate  en  lui-même,  avec  encore  plus  de  force,  à  pos- 
teriori, qu'il  y  a  un  degré  suprême  de  la  présence  divine  en 
ses  créatures,  qui  peut  se  réaliser  et  se  consommer  dans 
l'homme,  sans  division  ni  confusion.  11  déclare  que  le  mode 
d'opération  de  cette  union  mystique  est  transcendant  (1), 
au-dessus  du  créé,  et  de  tout  ce  dont  l'homme  est  digne  :  un 
don  gratuit  de  rincréé,  ïhsân  (2),  au-dessus  de  toute  rétri- 
bution créée.  11  se  borne  à  essayer  de  faire  entrevoir  cette 
union  au  moyen  de  symboles  qu'il  sait  inadéquats  (3),  mais 

(1)  Il  l'a  dit  en  vers  :  Maicâjida  Haqq  : 

<  Les  étals  d'âme  d'où  surgit  l'extase  divine,  c'est  Dieu  qui  les  provo- 

[que  tout  entiers, 
Quoique  la  sagacité  des  plus  grands  soit  impuissante  à  le  comprendre  ! 
L'extase,  c'est  une  incitation,  puis  un  regard  (de  Dieu)  qui  grandit  en 

[flambant  dans  les  consciences. 
Lorsque  Dieu  vient  habiter  ainsi  la  conscience  {sarîrah),  celle-ci,  dou- 

[blant  d'acuité. 

Permet  alors  aux  voyants  d'observer  trois  phases  distinctes  : 
Celle  où  la  conscience,  encore  extérieure  à  l'essence  de  l'extase,  reste 

[spectatrice  étonnée  ; 
Celle  où  la  ligature  du  sommet  de  la  conscience  s'opère  ; 
Et  (celle)  alors  (où)  elle  se  détourne  vers  Celui  qui  considère  ses  anéan- 
[tissements,  hors  de  portée  pour  l'observateur.  » 

(2)  «  Ihsânoho  ilâ  'ibâdihi  biddiyà  ghayrraakhloùq  »  (in  Qor.  LVI,  23). 

(3)  Il  ne  faut  donc  pas  confondre  sa  doctrine  avec  celle  des  philoso- 
phes émanatistes  hellénisants  comme  Ibn  Masarrah,  Fârâbî,  Ibn  Sînâ, 
Maimonide.  Ces  philosophes,  contrairement  aux  wo<aA'a//imoMn,  admet- 
tent l'existence  de  substances  immatérielles,  et  distinguent  quatre  espè- 
ces de  changements  possibles  :  a)  génération  et  corruption,  selon  la 
catégorie  de  la  substance  ;  b)  transformation  (istihâlah),  selon  la  qua- 
lité ;  c)  croissance  et  décroissance,  selon  la  quantité  ;  d)  mou\ement 
local  (noqlah),  selon  l'étendue  {ayn)  :  cette  dernière  seule  concerne  la 
matière  étendue.  —  Et  ils  font  rentrer  l'union  mystique  transformante 
dans  deux  des  cas  prévus.  Soit  a),  kawn  wa  fasâd,  cause  substantielle 
actuant  une  matière  ;  type  :  l'union  de  l'esprit  au  corps  {holoûl  al  roûh). 
Soit  c)  nonioûw  wa  idmihlâl,  cause  accidentelle  actuant  un  être  dans 
une  de  ses  facultés  ;  type  :  l'union  de  l'Intellect  Actif  et  de  l'intellect 
passif  {holoûl  al  'agi  al  fà"âl  fil  'agi  al  monfà'il)  dans  le  mécanisme 


è3o 


CHAPITRE    XI 


qu'il  s'efforce  de  rendre  cohérents.  En  insistant  sur  la  trans- 
formation préalable  de  la  créature  purifiée,  non  seulement 
en  son  âme  par  des  vertus  infuses,  mais  en  son  corps,  péné- 
tré et  renouvelé  par  l'irradiation,  tajallî^  active  et  sensible 
de  la  grâce  (1  ) .  La  nafs  charnelle  de  l'homme,  esclave  penchée 
sur  son  corps,  —  est  transformée  en  roûh,  qui  maîtrise, 
relève  et  transfigure  le  corps.  Et  en  rappelant  toujours  que 
c'est  une  opération  gratuite  de  l'amour  divin,  due  à  une  ini- 
tiative surnaturelle,  transcendant  l'ordre  naturel  ;  et  réali- 
sant une  vocation  prééternelle,  bien  plus,  une  participation 
à  l'Amour  primordial  de  Dieu  pour  Dieu,  l'échange  conti- 
nuel d'une  preuve  d'amour  ineffablement  conçue,  entre  «  toi 
et  moi  ». 

Le  «  moi  et  toi»  (2),  la  voix  de  l'amour  même,  où  se  conçoit 
réciproquement  l'intimité  réelle  de  l'amant  et  l'aimé,  par 
l'échange  essentiel  de  la  parole,  dans  une  égalité  parfaite, 

de  l'intellection  de  la  forme  intelligible.  C'est  généralement  le  type  a) 
qu'ils  adoptèrent,  identifiant  l'union  mystique  au  prophétisme,  qui  est 
«  distillé  dans  l'âme  »  par  l'Intellect  Actif,  émanation  divine...  Le  type 
c)  fut  préféré  par  Aboù  Ya  'qoûb  Mazâbilî,  ptiilosophe  mystique  con- 
temporain d'al  Hallâj  (cfr.  suprà,  p.  134  et  n°  2)  ;  —  Dieu  agissant 
dans  sa  créature  comme  une  cause  formelle  intrinsèque,  par  une  cer- 
taine communication  de  Lui-même,  l'actuanf  dans  son  existence  même 
(cfr.  Hallâj,  ici  p.  524,  1.  16),  corr.  dans  ce  sens  Taw.,  p.  137,  1.  15 
seq. 

(1)  Cette  irradiation  consume  le  corps,  active  sa  dissolution,  car  il  est 
devenu  charnel  et  doit  mourir  ;  mais  elle  est,  Hallâj  l'atteste,  un  gage 
de  sa  résurrection  glorieuse  (ici,  suprà,  p.  298).  Cette  irradiation,  visi- 
ble pour  l'extatique,  prend  cinq  modalités  locales,  anivdr  :  «  au  front, 
celle  de  la  révélation  (ivahy)  ;  aux  yeux,  celle  du  psaume  [monàjâh^  ;  aux 
lèvres,  celle  de  l'éloquence  (bayân)  ;  sur  la  poitrine,  celle  de  la  foi  ; 
dans  les  quatre  humeurs  du  corps,  celles  des  quatre  prières  (tasbih, 
tahiîl,  tahmîd,  toklAr)  »  (Sol.  in  Qor.  XXIV,  35.  On  trouvera  la 
même  liste,  ap.  Tostarî,  ms.  Kôpr.  727,  et  Ibn  'Atâ,  ap.  Sha'râwî, 
tahaqàt,  I,  95. 

(2)  Man  o  io,  disent  les  poètes  persans. 


Communique  par  'Ali  Bey  Bahgat 


Planche  XX.  —  Tombe  d'Ibn  al  Fàrid  au  Qaràfah  (pp.  530-531). 


THEOLOGIE    MYSTIQUE 


53l 


tel  est  le  signe  distinctif  des  poèmes  mystiques  d'al  Hallâj. 
Un  échange  familier  de  tendresses  pures,  immatérielles, 
brûlantes.  Dieu  avait  parlé  ;  l'homme  lui  répond.  Voici  qu'au 
plus  profond  de  cette  humanité  défaillante  et  divisée,  dans 
ce  cœur  qui  L'ayant  entendu  et  reconnu,  se  prosterne,  une 
nouvelle  intonation  divine  naît,  qui  monte  aux  lèvres,  plus 
«  mienne  »  que  moi-même,  qui  Lui  répond  :  le  rayon  reçu 
dans  le  miroir  y  a  éveillé  une  flamme. 

Dans  la  longue  et  parfois  tragique  histoire  des  vocations 
mystiques  en  Islam,  on  ne  trouve  pas,  après  ni  avant,  d'ac- 
cents aussi  surhumains  ;  où  toute  la  passion  de  l'amour  se 
prosterne  devant  son  Dieu  personnellement  présent,  avec 
vénération  et  abandon  filial.  Ils  sont,  en  al  Hallâj,  les  fruits 
d'une  vie  libérée  de  tout  par  les  renoncements  et  les  douleurs, 
constamment  renouvelée  en  Dieu  par  la  prière  pour  les  âmes 
des  autres,  et  couronnée  par  la  passion  de  l'unité  de  la  Com- 
munauté islamique,    poussée  jusqu'au  désir    (exaucé)  de 
mourir  anathème  pour  son  salut.  D'autres,   après  lui,  ne 
retrouveront  plus  cet  équilibre  ;  ils  se  contenteront  trop 
souvent,  après  leur  conversion,  de  l'exercice  isolé  et  stérile 
d'une  seule  puissance  de  l'âme,  soit  «  moyen  court  »  pour 
ranimer  leurs  résolutions  du  début,  soit  «  signe  immanent  » 
déclenchant  une  concentration  de  la  pensée,  soit  «  image  de 
méditation  »  matérielle  provoquant  le  rappel  de  l'extase. 
Pour  Sohrawardî  d'Alep,  'Attâr  et  même  Ibn'Arabî,  domine 
la  conception  de  plus  en  plus  cristallisée  et  abstraite  d'une 
Idée  parfaite  et  pure,  le  Dieu  des  philosophes  occasionnalistes 
comme  Descartes  et  Malebranche.  Pour  Ghazâlî,  c'est  plutôt 
l'impératif  de  plus  en  plus  catégorique  d'un  commandement 
souverain,  le  Dieu  des  moralistes   déterministes   comme 
Ash'arî  ou  Kant.  Pour  la  plupart  des  autres  mystiques, 
comme  Ibn  al  Fârid,  Jalâl  Uoûmî,  Shâbistârî  et  Nâbolosî, 
c'est  l'apparition  de  plus  en  plus  adorable  d'un  visage  de 


532 


CHAPITRE    XI 


Beauté  où  Dieu,  fasciné,  se  reflète  ;  le  Dieu  des  esthéticiens 
comme  Léonard  de  Vinci.  El  ils  ne  Le  retrouvent  plus  au 
travers. 

Les  dialogues  d'amour  des  poètes  mystiques  postérieurs 
ne  sont  que  des  échos,  auprès  des  cris  de  l'extase  halla- 
gienne  (1)  ;  —  même  chez  le  plus  touchant  d'entre  eux,  le 
seul  resté  populaire,  Aboû'l  Hasan'Alî  al  Shoshtarî,  humble 
shâdhilî  andalou  (2),  quand  il  chante  en  mowashshahât  sa 
conversion  : 

I.  «  Ua  ami,  qui  est  l'Ami  lui-même... 

Lui,  qui  est  ma  parure,  11  a  fait  de  moi  sa  parure  !  » 
IL  «  Quand,  ô  prunelle  de  mon  œil, 

Trouverons-nous  l'union  hors  de  l'espace  ?....  » 
IIL  «  Un  cheikh  du  pays  de  Meknès,  à  travers  les  soûq  va  chan- 

[tant  (3)  : 
«  Qu'est-ce  que  me  réclament  les  hommes  ?  Et  qu'est-ce  que  je 

[leur  réclame,  moi  ? 
Que  dois-je  ami,  à  toutes  les  créatures, 

Quand  celui  que  nous  aimons  est  le  Créateur  et  le  Pro vident...  » 
Tu  vois  les  gens  des  boutiques  qui  le  secouent,  manient 
Son  sac  à  son  cou,  ses  béquilles  et  ses  mèches  en  désordre... 
Mais  c'est  un  cheikh  bâti  sur  le  rocher,  comme  tout  bâtiment 

[que  Dieu  bâtit. 
«  Qu'est-ce  que  me  réclament  les  hommes  ?  Et  qu'est-ce  que  je 

[leur  réclame,  moi  ?  (4)  » 

(1)  Tel  le  fameux  apologue  de  Jalâl  Roûmî  :  «  Unjour  l'amant  frappa 
à  la  porte  de  l'Aimé...  et  il  Lui  dit  :  c'est  Toi  !  ...  »  (mathnawî,  éd. 
Caire,  I,  121)  :  comp.  Saqatî  :  «  il  faut  que  l'amant  arrive  à  crier  :  «  0 
(Tu  es)  Moi  !  »  (Qosh.  IV,  97). 

(2)  Elève  d'ibn  Sab'în  (cfr.  Aloùsî,  jalâ,  51)  ;  mort  en  666/1268. 

(3)  Comparer  al  Hallâj,  dans  les  soûq  de  Bagdad,  suprà,  p.  123-125. 

(4)  Cfr.  au  contraire  al  Hallâj,  priant  pour  autrui,  suprà,  p.  130, 
298,  303  et  infrà,  chap.  xil-vi. 


CHAPITRE  XII 
THÉOLOGIE    DOGMATIQUE 


Sommaire 

Pages 

Note  préliminaire 535 

I.  —  Examen  des  données  métaphysiques  employées  : 

a)  Le  but  :  la  connaissance  de  Dieu  ;  ses  voies  : 

1.  Les  deux  voies  naturelles,  et  la  troisième  voie.     536 

2.  Tableau  des  questions  discutées 542 

3.  Textes  hallagiens .     547 

b)  Les  différentes  sortes  de  choses  nommables  : 

1 .  Les  postulats  de  la  scolastique  islamique     .     .     549 

2.  Les  modes  d'existence  des  choses,  ad  extra     .     559 

3.  Les  degrés  de  réalité  des  choses,  ab  intrà  .     .     565 

c)  Les  ressources  de  la  langue  arabe  : 

1.  Les  matériaux  de  la  grammaire 571 

2.  La  mise  en  ordre  des  idées 577 

3.  Les  graphies  synthétiques  :  l'alphabet  philoso- 

phique (jafr) 588 

II.  —  Cosmogonie  {qadar,  'adl)  : 

a)  L'image  de  Dieu  (soûrah)  : 

l.  Les  doctrines  ;  l'amour  c  essence  de  l'essence 

divine  »,  selon  a'I  Hallâj 599 

2.  Le  jour  du  Covenant  (mî^^d^) 607 

b)  La  création: des  actes  humains: 

1.  Leur  attribution  k  Dieu 610 

2.  Leur  attribution'à  l'homme  :  le  fiât  ....     612 

3.  L'attitude  de  Dieu  à  l'égard  des  hommes  :  doc- 

trine mystique  de  la  souffrance  ;  ses  origi- 
nes ;  questions  soulevées 616 

c)  La  genèse  de  la  création  (bad'  al  khalq).     .     .     .     629 


534  CHAPITRE  XII 

III.  —  Théodicée  (tawhîd,  sifât)  : 

a)  La  confession  négative  de  la  transcendance  divine  : 

1.  L'  'aqîdah  d'al  Hallâj 635 

è)  Sa  doctrine  des  attributs  divins .     645 

c)  La  science  et  la  puissance  ;  la  parole  ;  l'esprit  .     .    652 

IV.  —  Eschatologie  {wa'd,  wa'îd)  : 

a)  La  promesse  et  la  menace  divines  : 

1.  La  notion  du  repentir  :  ^azt'èa/j 664 

2.  Le  rôle  de  la  foi  ;  la  condition  de  la  menace 

divine 668 

b)  Les  fins  dernières  : 

1.  Ce  qui  survit  de  l'homme  après  la  mort.     ,     .     678 

2.  Les  Assises  du  Jugement  :  le  Juge,  ses  asses- 

seurs   682 

3.  Les  deux  récompenses,  en  Paradis   ....     689 

V.  —  Juridiction  {bayn  :  asmâ  wa  ahkâm)  : 

a)  Le  «  voile  du  nom  »  : 

1.  La  définition  du  mot  comme  nom 698 

2.  L'acception  du  nom  comme  statut  juridique    .     706 

3.  La  prédication  légitime  du  nom  comme  juge- 

ment pratique 710 

b)  Tableau  des  preuves  préconisées  au  m'/ix'  siècle  :      714 
VI.  —  Politique  [amr,  nahxj)  : 

a)  La  loi  {sharî'ah)  : 

1.  Origine  divine  de  l'autorité  :  la  bay'ah  ,     .     .     719 

2.  L'imamat 725 

b)hes  relations  politiques  d'al  Hallâj  avecles  Qarmates.     730 

c)  La  mission  de  prophète  : 

1.  Le  rôle  d'envoyé 736 

2.  L'enchaînement  des  missions 740 

3.  salât  'ald'l  Nabi  ;  shafâ'ah 744 

d)  La  sainteté  : 

1.  Sa  définition  ;  la  ghibtah  ;  questions  posées     .     747 

2.  La  doctrine  hallagienne  du  dévouement  à  la 

Communauté 755 

3.  Ses  conformités  avec  le  type  coranique  de  Jésus.     768 


THÉOLOGIE   DOGMATIQUE  535 

L'exposé  de  la  théologie  dogmatique  d'al  Hallâj  (1),  après 
un  examen  du  matériel  métaphysique  utilisé  (/),  aborde  ici, 
dans  l'ordre  même  que  leur  assigne  l'ouvrage  fondamental 
et  resté  classique  (2)  du  mo'tazilite  AboiVl  Hodhaylal  'Allâf, 
(-{-  235/849)  :  les  cinq  bases  «  osoùl  khamsah  »  : 

(II)  Qadar  wa'adl.  Prédestination  et  justice  (Cosmogonie). 

(///)  Taivhidwa.nfât.Unilé  divine  et  attributs  (Théodicée). 

(IV)  Wa'dwa  iva'id.  Promesse  et  menace  (Eschatologie). 

(  V)  Bayn  ;  asmâ  wa  ahkâm.  L'entre-deux  :  des  noms  aux 
jugements  (Juridiction). 

(VI)  Amrwanahy,  Commandement  et  interdiction  (3) 
(Politique). 

Sous  chacune  de  ces  rubriques,  on  trouvera  pour  la  pre- 
mière fois  groupées  (4),  à  leur  place  et  sous  leur  nom  d'ori- 
gine, les  «  questions  »  classiques  de  la  scolastique  musul- 
mane, masâ'ïL 


(1)  Le  fait  que  Kalâbâdht  et  Qoshayrî  ont  dû  placer  une  *aqtdah  d'al 
Hallàj  en  tète  de  leurs  ouvrages  (cfr.  ici,  p.  405)  prouve  qu'il  était  alors 
le  théoricien  reconnu,  en  matière  de  dogme,  du  soufisme  {fï  kalâm 
laho,  dit  le  premier,  référant  à  un  passage  de  ses  ouvrages). 

Al  Hallâj  s'est  fait,  par  désir  apologétique,  motakallim,  théologien 
dogmatique.  Comme  Mohâsibî  et  Tostarî,  avant  lui,  comme  Ghazâlî, 
plus  tard,  il  essaie  d'asseoir  sur  des  bases  dialectiques  fermes  l'exposé 
de  son  expérience  mystique.  Audace  blâmée  par  Jonayd,  qui  condam- 
nait, comme  Saqatî  et  Ibn  Hanbal,  les  travaux  critiques  de  Mohâsibî 
sur  le  mo'tazilisme  (cfr.  Makkî,  qoût,  I,  158),  et  qui  disait  :  «  Le  moin- 
dre danger  de  la  spéculation  sur  le  dogme,  c'est  qu'elle  dépouille  le 
cœur  de  la  crainte  de  Dieu  ;  et,  quand  le  cœur  est  sevré  de  la  crainte  de 
Dieu,  il  perd  la  foi  »  (Harawî,  dhamm  al  kalâm,  f.  112''  ;  Tagr.  Il,  178). 
Cfr.  suprà,  p.  60.  Ghazâlî,  monqidh,  21-22. 

(2)  Kilâb  al  hojjah  (Malatî,  66). 

(3)  Autre  titre  :  risâlah  iva  imâmah  :  prophétie  et  imamat  (Autorité). 

(4)  Les  répertoires  occidentaux,  comme  ceux  de  Horten  (cfr.  Der 
Islam,  1912,  p.  405),  les  dissocient  suivant  un  plan  à  eux.  Cfr.  Mas'oùdî, 
moroûj,  VI,  20  seq.  et  Nasafî,  6a/ir  al  kalâm,  éd.  Bagdad,  p.  75. 


536  CHAPITRE    XII 

I 

Examen  des  données  métaphysiques  employées. 

a)  Le  but  :  la  connaissance  de  Dieu  ;  ses  voies. 

1.  Les  deux  voies  naturelles  et  la  troisième  voie. 

Le  Qor'ân  établit  d'abord  l'existence  de  Dieu  par  le  fait  de 
la  révélation  ;  fait  qu'il  matérialise  sous  l'aspect  d'une  «  lec- 
ture »  inattendue  et  incomparable  ;  il  insiste  sur  la  considé- 
ration du  changement,  il  rappelle  que  tout  est  vivifié  un 
moment,  puis,  que  tout  périt  (1)  ;  comment  les  astres  s'élè- 
vent et  déclinent  [âyâl  al  layl  wa  l  nahâr)^  pourquoi  des  cités 
puissantes  ont  été  détruites.  11  fait  appel  au  témoignage  du 
cœur  (2),  où  la  révélation  s'imprime,  soit  par  une  emprise 
intérieure,  possession  directe,  aveugle  et  sourde  [wahy).,  — 
soitpar  un  signe  repérable,  annonce  énigmatique,  «  derrière 
un  voile  »,  —  soitpar  transmission  authentique,  ministère 
d'un  ange  ou  d'un  envoyé  (rasoûl)  (3). 

Tl  insiste  sur  cette  dernière  voie,  invoque  l'unanimité  des 
données  révélées  ainsi,  qui  se  sont  transmises,  à  travers  les 
générations,  par  tradition  orale,  khabar.  C'est  la  voie  de 
l'audition,  sam\  du  mémento,  dhikr. 

Il  conduit  aussi  Mohammad  dans  la  seconde  voie,  celle 
du  raisonnement  qui  résout  les  énigmes  et  les  objections, 
explique  les  signes  :  l'exhortant  à  inciter  les  hommes  à 
prendre  comme  lui  connaissance  (4)  des  données  de  la  révé- 
lation en  ce  qui  les  concerne,  atha7\  à  se  rendre  compte, 
nazar.,  de  leurs  conséquences  logiques,  de  leurs  applications 


(1)  Qor.  XXXI,  9. 

(2)  Qor.  L,  36  :  liman  kâna  laho  qalbÔ. 

(3)  Id.  XLII,  m. 

(4)  «  li  qawm  ya'qiloùn  ». 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  537 

prochaînes  à  leur  égard,  salut  ou  damnation;  afin  qu'ils  se 
jugent  sur  leurs  devoirs  envers  Dieu,  et  les  remplissent, 
avant  la  mort  et  le  Jugement. 

Enfin  le  récit  de  l'entrevue  entre  Moïse  et  un  personnage 
anonyme  (al  Khidr),  confident  des  plus  secrets  desseins  de 
Dieu  (1),  implique  l'existence  d'une  troisième  voie,  purement 
et  constamment  surnaturelle,  faisant  accéder  au  mystère 
divin  lui-même  (ghayb)  :  «  la  science  de  chez  Nous  »,  'ilm 
min  ladonnâ  (2). 

La  première  voie  fut  vénérée,  avec  un  piétisme  exclusif  et 
formaliste,  par  les  traditionnistes,  Hashwiyah  ;  la  seconde, 
préférée,  avec  un  intellectualisme  de  philosophes,  par  l'école 
Ihéologique  des  Mdtazilah  ;  la  clef  de  la  troisième  fut  re- 
cherchée, suivant  des  méthodes  différentes,  parles/mamz'/e^ 
extrémistes  et  par  les  mystiques  sunnites  [Soûfiynh). 

Voici  comment  le  problème  de  la  science  se  posa  devant 
eux  : 

'ilm:  la  science  coranique,  l'ensemble]  des  données  révé- 
lées, ce  que  le  croyant  doit  savoir,  notamment  sur  Dieu.  Elle 
a  deux  aspects  : 

1°  Hlm  daroûri,  science  innée,  première  empreinte  (fîtrah) 
de  la  loi  naturelle  [sha?''),  gravée  dans  toute  âme  nouvelle- 
ment formée  ibadihi),  ravivée  par  la  lecture  et  la  pratique  du 
Qor'ân.  Dictée  à  l'ouïe  (sam\  khabar^  istimâ')  et  aux  autres 
sens  [ihsâs,  tawajjoh),  par  une  action  pénétrante  du  dehors 
[khâtïr)^  elle  enseigne  {taUm)  à  notre  mémoire  (intellect 
passif)  des  associations  toutes  faites,  fournit  au  croyant  des 
représentations  brutes,  cadres  pour  l'intelligence  (tasaivwor  ; 
ens  dictum  simpliciter),  lui  trace  des  points  de  repère,  buts 

(1)  Voir  l'analyse  des  versets  XVII [,  78,  80,  81  par  Hallâj  (ap. 
Solamî). 

(2)  Qor.  XVIII,  64  ;  cfr.  Hallâj,  ia  Qor.  XXV.  60  (ap.  Solamî),  et 
Fâris,  in  XVIII,  63  (ap.  Baqlî). 


538 


GHAPITRB   XII 


pour  sa  volonté  {na??,  rasm)  ==  ma'rifak  *oidâ  (Ghaylân)  = 
Hlm  al  ajsâm  ival  alwân  (Nazzâm)  =  'Uni  idtirâr  bi  khâtir 
(Jâhiz)  (1). 

2°  ^ilm  nazarîy  seconde  science  (1  bis),  acquise  [moktasab)^ 
engendrée  même  [tawlîd)  par  le  travail  interne  (athar,  nazar) 
de  la  réflexion  (2)  sur  les  données  fournies  par  la  première 
science;  par  la  recherche  (bahth).  Les  mo'tazilites  (et  d'au- 
tres) en  font  le  résultat  de  l'activité  d'un  agent  intérieur, 
^aql,  la  raison,  l'intellect  actif,  capable  d'élaborer  des  com- 
paraisons entre  qui  choisir  [ens secundum  quid)^  des  relations 
causales,  des  jugements  non  seulement  théoriques,  mais 
pratiques  (ia^diq  =:md qoid  thàm)  (3),  affirmations  de  possi- 
bles, ou  de  futuribles  à  vérifier.  Cette  science  des  moyens 
invoque  des  preuves,  elle  passe  du  général  au  particulier,  de 
l'implicite  à  l'explicite,  de  l'impersonnel  à  l'individualisé 
(ou  inversement),  afin  d'atteindre  les  essences  des  choses 
(idrâkhaqaiq  al  ashyâ]  ;  ce  qui  lui  fait  donner  aussi  le  nom 
de  ma'rifah  (3  bis)^  compréhension,  sagesse  =  ma'rifah  thâ- 
niyah  (Ghaylân)  =  'ilm  al  Qadîm  loaldrâd  (Nazzâm)  =  ^ilm 
ikhtïyâi\  mdrïfah  bidalîl  {ièihiz]. 

Ces  deux  sciences,  ces  deux  voies  naturelles  pour  la  con- 
naissance de  Dieu  nous  le  font-ils  connaître  réellement? 
Non,  puisqu'elles  ne  nous  renseignent  pas  sur  son  ipséité  ni 
même  sur  ses  desseins  à  notre  égard.  Aussi  les  Imâmiles 
extrémistes  réservent  le  nom  de  ma'rifah  (4),  sagesse,  à  l'il- 

(1)  Shahrast,  I,  194  ;  Jorjânt,  86  ;  farq,  125. 

(1  bis)  Cf.  les  «  4  sciences  »  (Ghazâlî,  mihakk  al  nainr,  103). 

(2)  Ses  étapes  selon  Hallâj  :  istinbât,  darak,  fahm,  'aql  (Sol,   in  Qor. 

1,1). 

(3)  0pp.  à  iasawwor.  Cfr.  Shahrast,  III,  94.  Hadd  =  kayfiyah  des 

ibâdites. 

(3  bis)  Ghazâlî,  mihakk  al  nazar,  82,  92,  110. 

(4)  Ghaylân,  Ghassan,  Aboû  Hanîfah  et  Marîsî,  isolant  mà'rifah  de 
't/m,  posent  d'abord  mà'rifah  =:  'imân  (cfr.  farq,  190-192).  Ibn  Kar- 


THEOLOGIE   DOGMATIQUE  ÔSq 

lumination  initiatique  arbitraire  dont  leur  Imâm  investit  ses 
adeptes.  Divers  sunnites  morji'tes,  d'autre  part,  observèrent 
que  notre  compréhension  adéquate  des  choses  ne  succédait 
pas  seulement  à  la  sincérité  (^idq)  (1)  observée  par  la  cons- 
cience pendant  toute  la  durée  du  travail  de  la  réflexion,  — 
mais  surtout  à  l'assiduilé  fervente  et  pratique  de  la  foi  (2). 
Qu'elle  s'y  surajoutait,  non  comme  une  conséquence  inévi- 
table, —  mais  comme  une  grâce  congrue.  C'est  une  intégra- 
tion, le  don  d'une  coordination  habituelle  des  résultats  de  la 
seconde  science  ;  non  pas  telle  ou  telle  synthèse  artificielle, 
«M  A'e;?.?  {/fme,  mais  leur  répartition  harmonieuse  organisée, 
enfin  trouvée  par  rapport  à  un  principe  dévie  central  qui 
nous  les  conserve  nôtres,  qui  nous  en  remémore,  le  cas 
échéant,  la  valeur  d'usage  exacte  :  leur  détermination  totale, 
au  sens  composé,  en  vue  de  Dieu.  Ainsi  transformée,  notre 
science  rationnelle  cesse  d'être  la  perception  de  fantômes 
[idrâk  al  shabah,  al  mithâl)  (3)  et  devient  la  perception  trans- 
figurée d'attestations  divines  [idrâk  alshâhid)  (4).  Telle  est  la 
conclusion  de  Mohâsibî  et  de  son  école.  Comme  les  Mo'tazi- 
lites  et  les  Hanbalites  (5)  (et  contre  Jahm  et  les  pré-ash'ari- 
tes),  il  admet  l'existence  simultanée  des  deux  sciences  ;  mais 
contre  ces  deux  écoles,  il  affirme  que  :  ni  la  tradition  passive- 
ment reçue  [sam\  naql)^  ni  le  mécanisme  de  la  raison  raison- 
nante ne  suffisent  pour  nous  procurer  une  réelle  et  intime 
compréhension  de  ce  Dieu  qu'elles  ne  nous  font  connaître 
qu'indirectement  et  ad  extra  ;  et  qu'il  peut  exister,  en  dehors , 

râm,  le  premier,  distingue  :  al  ma'rifah  laysat  minal'îmdn  (Dhahabt, 
ms.  Leid.  Or.  1721,  f.  75«). 

(1)  Mohâsibî,  ap.  Sarrâj,  loma'  217  :  mashoùb 'alâ  jamî'  al  ahwâl, 

(2)  Cfr.  les  Noseïris  (ms.  Paris,  14o0,  f.  3^). 

(3)  Cfr.  Jonayd. 

(4)  Cfr.  suprà,  p.  497. 

(5)  Et  Fakhr  Râzî  (Jorjâaî,  shark  mawâgif,  16),  après  Jowaynf, 
Ghazâlî. 


5^0  CHAPITRE   XII 

un  troisième  mode,  surnaturel,  de  connaissance  éminente 
de  Dieu  :  pure  grâce  de  Sa  part,  pur  consentement  de  notre 
part  :  «  Il  ne  nous  la  doit  pas,  et  nous  ne  la  Lui  devons 
pas  »  (1  )  ;  et  que  c'est  la  découverte,  désirable  entre  toutes, 
de  cette  sagesse,  mdrïfah^  qui  est  le  premier  a  devoir  d'obli- 
gation »  (2)  du  soûfî. 

Hallâj  part  exactement  des  prémisses  de  Mohâsibî  ;  il  af- 
firme à  maintes  reprises  :  a)  qu'il  existe  deux  voies,  tarîqa- 
tân  (3),  également  normales,  amenant  à  la  connaissance  de 
Dieu  :  voie  des  sens  et  voie  des  idées,  autorité  de  la  tradition 
(sayr)  et  libre  jeu  de  la  réflexion  [lahw)^  —  jardin  du  dhikr 
et  périple  du  fikr^  vestige  (4)  et  analogie  (5),  fait  du  miracle 
divin  et  évidence  de  la  démonstration  humaine. 

b)  Que  ces  deux  voies  convergent  (6)  seulement  à  nous 
indiquer  le  Point  primitif  [noqtah  adiyah)^  le  fait  de  la  créa- 
tion, par  la  négation  de  toute  créature  interposée  :  compré- 
hension de  l'origine,  sagesse  primitive  [ma'rifah  adiyah) 
dont  tout  le  contenu  se  réduit  à  avouer  qu'  «  il  n'y  a  pas  de 
divinité,  excepté  Dieu  ». 

(1)  «  Ce  n'est  ni  une  créance  de  la  créature  sur  le  Créateur,  c'est  Lui 
qui  serait  qualifié  pour  la  révéler  à  son  créancier  ;  ni  une  créance  du 
Créateur  sur  la  créature,  Il  est  trop  juste  pour  la  mal  traiter  »  (ap. 
Sha'râwî,  I,  74).  Cfr.  les  deux  qiyâm  (ici  p.  302). 

(2)  Par  vœu.  Noùrî  (ap.  Sarrâj,  loma\  40-41).  Ibn  Adham  en  parle 
le  premier  {'ârif,  ap.  'Attâr,  tadhk.,  I,  93).  Puis  Karkhî  {id.,  I,  272), 
Misrî  (Sh.  tab.  I,  70)  et  Dârânî  ('Attâr,  /.  c,  I,  235). 

(3)  Akhb.  34,  15  ;  cfr.  ici,  p.  124  :  corr.  n.  4  ;  la  lecture  «  lahw  »  est 
confirmée  par  deux  pièces  de  vers  sur  le  «  jeu  de  la  raison  »  {man 
râmaho...  ;  et  lasto  bi'l  tawhid  alhoû...).  Taw.  V,  18.  Cfr.  awhâm  et 
afhâm  (Taw.  X,  23  ;  cfr.  22). 

(4)  Où  il  fait  rentrer  les  visions  miraculeuses,  kawâshif  (Taw.,  X,  20  ; 
cfr.  Wâsitî  :  ma'rifah...  hissa,  ap.  Tahânawî,  p.  996). 

(5)  Où  il  fait  rentrer  les  extases  intellectuelles,  ma'ârif  [id.  ;  cfr. 
Wâsitî:  Hlm...  khabara). 

(6)  Cfr.  suprà^  p.  56,  et  Taw.  XI,  11.  Ne  pas  regarder  dans  «  l'entre- 
deux  »  (Akhb.  34).  Cfr.  qoût,  II,  79. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  54 1 

c)  Qu'il  ne  faut  pas  confoudre  ces  deux  voies  avec  leur 
but  (1)  ;  ni  s'arrêter  en  chemin.  Cette  connaissance  négative 
el  nue  de  Dieu,  telle  que  la  shahâdah  nous  la  procure,  ne 
nous  Le  montre  que  par  rapport  à  nous,  non  par  rapport  à 
Lui.  Nous  n'atteignons  Sa  réalité  intime,  ni  en  récitant  le  H 
qui  Le  signale  à  notre  attention,  —  ni  en  épurant,  par  voie 
de  rémotion,  le  pur  concept  de  YUn^  qui  Le  présente  à  notre 
esprit.  Il  reste  inaccessible  et  transcendant. 

(/)  La  foi  et  l'espérance  subsistent,  pourtant,  nourries  par 
un  désir,  trompées  par  cette  «  tromperie  »  apparente  de 
Dieu,  qui,  par  la  révélation,  nous  induit  à  imaginer  qu'il 
pourrait  y  avoir  une  voie  normale  d'accès  de  nous  à  Lui. 
Tel  est  notre  libre  désir  :  «  Celui  qui  dit  connaître  (suffisam- 
ment) Dieu  par  son  œuvre,  c'est  qu'il  se  suffit  de  l'œuvre 
sans  le  Maître  d'œuvres  (2)  »,  —  «  Celui  qui  cherche  Dieu  à 
la  lueur  de  la  foi,  est  comme  celui  qui  cherche  le  soleil  à  la 
clarté  des  étoiles  (3)  ». —  «  Celui  qui  dit  :  «  Comme  11  me 
connaît,  je  Le  connais  »  fait  allusion  à  la  science  (que  Dieu 
a  des  créatures),  et  se  reporte  à  Son  dessein  premier  (de 
Créateur)  ;  ce  dessein  premier  va  hors  de  l'essence  ;  or,  com- 
ment ce  qui  quitte  l'essence  atteindrait- il  à  l'essence?  (4)   » 

e)  L'homme  ne  peut  y  accéder  par  sa  seule  volonté  (5), 
même  en  se  renonçant,  en  s'acharnant  à  s'humilier  (6),  en 

(1)  M  Purifie  ta  langue  de  son  dhikr,  et  ton  cœur  de  Son  fikr  »  (Akhb. 
19)  :  «  la  méditation  (curieuse)  sur  Ses  attributs,  l'investigation  dans  Son 
essence,  l'articulation  (vaniteuse)  de  l'affirmation  qu'il  existe,  sont  un 
grand  péché...  ».  C'est  la  pure  doctrine,  sunnite  et  hanbalite  (Gholàm 
Khalîl,  skarh  al  sonnah  :  alfikrah  fî  Allah  bid'ah). 

(2)  Taw.  XI,  8. 

(3)  Sol.  tabaqât. 

(4)  Taw.  XI,  10. 

(5)  Contre  ce  que  disent  les  gnostiques,  ismaëliens,  philosophes  plo- 
tinisants,  illuministes  (ishrâqiyoûn),  théosophes,  partisans  de  l'extase 
«  naturelle  >  (kashf,  tajalll)  :  idrdk  bïl  lasflyah. 

(6)  Taw.  VI. 


542  CHAPITRÉ  in 

se  détruisant  (i).  «  Comment  pourrait-il  y  avoir  mélange 
entre  Dieu  et  Sa  création  ?  »  —  u  II  n'y  a  pas  de  nexiis  logi- 
que entre  le  transcendant  et  le  contingent  (2)  ». 

/)  C'est  une  communication  surnaturelle,  une  grâce  réelle 
et  ineffable,  sanctifiante,  une  sagesse  expérimentale,  amou- 
reuse, dont  le  premier  effet  est  que  le  «  fiat  »  de  Dieu  se 
forme  en  nous  ;  par  une  transposition  spontanée, interversion 
libre  des  rôles  (non  permutation  logique  des  rapports)  (3). 

g)  Cette  grâce,  cette  a  sagesse  »  ne  contredit  pas  les  deux 
voies  naturelles,  elle  les  confirme  hic  et  nunc;  nous  dispen- 
sant non  seulement  l'interprétation,  mais  le  don  des  mira- 
cles ;  non  seulement  l'intelligence,  mais  la  mise  en  œuvre  des 
arguments  décisifs  (ishârah^  hojjah,  soltân).  C'est  la  science 
finale,  nous  donnant,  à  l'instant  même  de  leur  réalisation, 
la  compréhension  simple  des  relations  réelles  entre  les  cho- 
ses périssables,  leur  convenance  divine  ;  nous  reliant  cons- 
tamment, à  travers  la  trame  des  événements,  au  dessein 
suivi  de  Dieu,  par  une  participation  à  Sa  vie  essentielle.  Elle 
est  unique,  elle  provient  de  l'Unité  divine  elle-même,  c'est 
leprincipe  simple  de  toute  détermination  (4). 

2.   Tableau  des  questions  discutées. 

'Aql  :  raison,  intellect  actif  ;  /°  en  usage  et  tradition  :  le 
bon  sens,  Ai/m,  en  germe  chez  les  petits  enfants,  manquant 
aux  irresponsables,  fous  et  idiots  (opp.  jonoûn^  Jiomoq)  (5)  — 
2"  d'où,  en  droit  :  ce  qui  met  à  même  de  remplir  les  obliga- 
tions légales  [manât  al  taklîf),  ce  qui  rend  sociable  (ahli- 
yah)  (6)  —  S"  Ash'arites  =  ba'd'oloûm  daroûriyah  :  certaines 

(1)  Contre  fana  de  Bistâmî  :  critiqué  par  Kharrâz. 

(2)  Gfr.  infrà,  ses  deux  'aqîdah. 

(3)  Taw.  XI,  13,  seq. 

(4)  Taw.  XI,  19,  seq. 

(5)  Mohâsibî,  /.  c,  infrà;  Hazm,  IV,  191. 

(6)  Çalabî,  hanéfite;  ap.  Qâsimî,  osoî2/,  22. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  543 

connaissances  innées  dans  l'homme  =  attribut  adventice  et 
sans  durée  Çarad)^  sans  antécédents  ni  conséquences  natu- 
relles (1) — {"  IIanbalites  =  certaines  connaissances  innées  ; 
ni  attribut,  ni  substance  :  grâce  permanente  [fadi,  mawloûd], 
non  acquise,  distribuée  en   quantité  différente  suivant  les 
individus  ;  c'est  en  tenant  compte  de  cette  proportion  que 
leurs  œuvres  seront  jugées  par  Dieu  (2)  — a"  Dâwoûd-ibn 
Mohabbir  :  instinct  de  certitude  (gharîzah  yaqin),  permettant 
de  se  repentir  et  d'être  sauvé  (3).  Mohâsibî  précise  :  «  ins- 
tinct déposé  par  Dieu  chez  ses  créatures  soumises  à  l'épreuve 
de  Le  servir  :  par  lui,  Il  fait  trouver  la  preuve  à  ceux  qui  ont 
atteint  l'âge  de  discrétion,  leur  fournissant  en  leurs  raisons 
un  avertisseur  (invisible),  qui  promet  et  menace,  commande 
et  interdit,  dissuade  et  conseille  ».  «  C'est  l'instrument  me- 
nant à  la  compréhension  »  (4).  C'est  l'outil  de  l'obéissance  à 
la  Loi,  il  ne  peut  atteindre  à  la  divinité  (Ibn  'Atâ)  (5).  Sans 
l'esprit  [roûh),  Y' aql  esi  inopérant  (Kharrâz)  (6)  —  6"  (His- 
hâm)  :   lumière  naturelle  placée  par  Dieu  dans  le  cœur, 
comme  un  instinct  de  la  vision  —  7°  (Imâmites)  :  compréhen- 
sion [marifah)  accordée  par  Dieu,  variant  suivant  la  science 
acquise,  montrant  ce  qui  sert  et  ce  qui  nuit  (7)  —  8^  Zâhirites  : 
résultat  acquis  par  l'accomplissement  des  actes  licites  et  la 
fuite  des  péchés  (8)  —  9"  Mo'tazilites  :  guide  intérieur  unique 

(1)  Ibn  al  Farrâ,  L  c,  infrà. 

(2)  Gholàm  Khalîl,  /.  c.  ;  recopié  par  Barbahârî,  'aqîdah,  Gfr.  Ibn  ai 
Farrâ,  moHamad. 

(3)  Ap.  Kitâh  al'aql,  résumé  de  Maysarah,  réédité  par  Ibn  Rajâ  et 
Sinjârî  (Dhahabî,  i'tidâl,  I,  324  ;  III,  222). 

(4)  Mohâsibî,  mâ'iyat  al  'aql  wa  ma'nâho  (ms.  Faydiyah,  1101.  VIII). 
Thèse  célèbre,  mal  résamée  ap.  Mâlinî,  arba'în  ;  Dhahabî,  'iôar,  s.  a. 
243  ;  Ibn  al  Jawzi,  dhamm  al  hawà  ;  Sobkî,  s.  v, 

(5)  Gfr.  Taw.,  p.  195  ;  Tirmidhî,  'ilal,  200^  Misrl  (Sh.  tab.  I,  70). 

(6)  Ici  p.  483,  n.  3. 

(7)  Ges  deux  thèses  sont  citées  par  Mohâsibî,  l.  c. 
^8)  Hazm,  l.  c. 


544  CHAPITRE    XII 

{dalîi;  selon  Wâsil)  ;  acte  permanent  et  autonome,  opération 
de  l'esprit  dans  le  corps,  essence  spirituelle  de  l'homme  se 
construisant  ainsi  elle-même:  lobb^  safwat  al  roûh,  mnf  al 
roûh  fil  badan  (1).  Il  discerne  le  bien  du  mal  {taqbih  wa 
tahsîn).  Il  choisit  et  suit  ce  qui  convient  le  mieux —  iO"  Qar- 
mates  :  1"  émanation  divine  (entre  le  noûr  'alawî  et  nafs)  — 
//''  Philosophes  :  intellect  actif,  'aql  fd'âl:  substance  [jaw- 
har)  séparée,  immatérielle  ;  1'^  émanation  divine,  qui  émane 
dans  l'homme  une  2^  émanation,  ^aqlmostafâd^  qui  agit  sur 
une  3%  passive,  ^aql  bïl  mïlkah  (mémoire)  pour  engendrer 
les  idées.  Il  y  a  dix  'a^/,  sortes  d'anges,  mettant  en  branle 
les  neuf  cieux  (2)  —  iT  Ishrâqiyoûn  :  même  théorie  sous 
d'autres  noms,  empruntés  aux  Qarmates  (3)  :  T^  émanation  : 
noûr  qâhir^  QiT  :  noùr  maqhoûr  (4). 

Discussion  des  précellences  suivantes  : 

"^aql  >»  shar'  (sam' ,  Hlm) .  Précellence  de  la  raison  sur  la  Loi 
(=  la  tradition  et  la  révélation)  :  Imâmiyah,  Ibâdites,  Mo'ta- 
zilah  —  contre  Hashwiyah,  Hanéfiteset  mystiques  (5). 

ivojoûb  alfikr  [fahs^  istïdlâl,  iHibâr)  qabl  al sam\  Obligation 
de  réfléchir  avant  de  déférer  à  l'autorité  de  la  tradition  — 
Bayhasiyah,  Imâmiyah,  Mo'tazilah,  Najjâriyah,  Karrâ- 
miyah  (6),  Tabarî  —  contre  Dirâr,  Ibn  al  Râwandî,  et  la 
plupart  des  Sunnites  (7). 

(i)  Mohâsibî,  /.  c.  ;  Jâhiz,  mokhtârât,  II,  240;  I,  43  (islibânah). 

(2)  Tahânawî,  s.  v. 

(3)  Cfr.  Malatî,  /.  c,  f.  34. 

(4)  Tahânawî,  s.  v. 

(5)  Nasafî,  bahr  al  kalâm^  5.  Cfr.  Aloûsî,  jaldf  234  seq.  et  infrà^ 
§  V  ;  corr.  dans  ce  sens  Taw.,  p.  187,  en  bas. 

(6)  Qui  soutiennent  qu'il  est  obligatoire  de  croire  aux  données  de  la 
raison  (Shahr.  I,  153).  Jahm  et  Aboù  Hàshim  {farq,  312)  recomman- 
dent même  le  doute  méthodique  initial,  comme  Descartes. 

(7)  Hazra,  IV,  35  ;  Shahr.  I,  68,  114-115  ;  Jorjânî,  629. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  5^5 

'ilm  naèarî  >-  'iim  daroiirî.  Supériorité  de  la  science  acquise 
sur  les  données  (de  la  loi  naturelle).  iMolazilah,  Zàhirites, 
Jovvaynî,  Ghazàlî,  contre  les  Hanbalites  ;  les  Ash'arites  (pour 
qui  tout  est  inné).  Pour  Hallàj,  elles  se  valent. 

fi/cr  >>  d/iikr.  Précelleuce  de  la  réflexion  intellectuelle  sur 
la  récitation  mnémotechnique  —  Mo'lazilah,  Imàmiyah, 
Fàrisiyah,  Ulihàdiyali.  —  Au  rebours  des  Hashwiyah,  et  de 
la  plupart  des  mystiques.  —  Uallâj  ne  tranche  pas  (I). 

taqblh  tca  tahûn  ni  '(ujl.  La  raison  est  capable  de  séparer 
{ho/cm)  le  bien  (=  ce  qui  convient)  du  mal  —  Mo'tazilab, 
Karràmiyah,  Hanbalites,  Mohàsibî,  Màtorîdî  —  contre  les 
Ash'arites  (la  raison  n'a  que  la  perception,  idrâk)  (2). 

rïàyal  al  ad  ah  lïVaql.  La  raison  seule  suffit  pour  choisir 
et  pratiquer  le  parti  qu'elle  a  jugé  le  meilleur  (=  le  plus  pro- 
fitable) —  MoUazilah  — contre  Karràmiyah  et  la  plupart  des 
Sunnites  (3). 

'ïlm  ^mdrïfah.  Précellence  de  la  science  discursive  sur 
la  compréhension  (la  sagesse).  Jonayd,  Qàsim  Sayyàrî  — 
contre  Dhou'l  iNoûn,  Mohàsibî,  Hallâj  (4). 

ma'rifah,  compréhension,  intuition,  savoir,  sagesse.  En 
grammaire  :  la  détermination  (avec  l'article  ;  opp.  nakï- 
rah)  ;  le  nom  qui  désigne  la  chose  en  propre  (cfr.  en  droit  : 
la  coutume  reçue,  la  loi  non  écrite  ;  'orf\  madahah  morsalah). 
—  Qu'est-ce  que  [Qjna'rifat  Allah,  l'intuition  de  Dieu  (5)? 
r  Morji'tes  :  acte  de  foi,  "unâa\  fondé  sur  la  pratique  du 


(1)  Réponse  à  Fâris  (in  Kalabâdhî,  ta'avrof). 

Gorr.  Taw.,  p.  156.  —  Si  le  dhikr  cesse,  avant  la  résurrection,  —  le 
fîkr  ne  subsiste  alors  que  pour  les  damnés  (Taw.,  VI,  15;  et  Sol.  in 
Qor.  III,  188).  Gfr.  chap.  XIII. 

(i)  Hazm,  III,  164;  Shahr.,  I,  153. 

(3)  Mêmes  références  ;  et  ici  p.  505. 

(4)  Taw.,  p.  194-195;  Badqli,  in  Qor.  XLVII,  2i  ;  Wàsitise  rétracte. 

(5)  Cfr.  ici,  XII-iv  {ro'yoh). 

35 


5^6 


CHAPITRE    XII 


culte,  la  récitation  fervente  des  noms  divins  coraniques.  — 
2°  fmâmites  :  profession  de  foi  fondée  sur  la  réflexion  et  les 
preuves.  —  3°  Ash'arites  :  science  explicite  des  attributs 
divins,  un  à  un  (i).  —  4°  Jalim,  Mo'tazilites,  Najjâriyah  ; 
résultat  de  la  «  via  remotionis  »  (tanzîh)  :  conception  abstraite 
de  l'idée  pure del'essence  divine.  —  D'où  S^Bistâmî,  Jonayd, 
Khawwâs,  Sayyârî  :  puisque  le  mdrïfah^  la  compréhension, 
est  Yïlm  aVïlm  (science  de  la  science,  l'état  de  celui  qui  se 
sait  connaissant)  (2),  —  et  qu'il  n'y  a  marifah  que  d'objet 
déterminé  et  défini  (3)  :  cette  conception  abstraite  de  l'es- 
sence est  une  intuition  purement  négative  et  décevante, 
inférieure  à  la  science  discursive  dont  elle  dérive.  —  6°  Il 
existe  bien  une  intuition  positive  de  Dieu. —  Emanée  de  l'es- 
sence divine  ;  l'on  y  atteint  par  une  illumination  initiatique 
(Noseïris,  Druzes),  ou  par  un  entraînement  ascétique  (Ibn 
Masarrah,  philosophes).  —  7»  Tostarî  :  Le  croyant  peut  rece- 
voir immédiatement  en  soi  la  grâce  d'une  certitude  positive 
suréminente,  le  renseignant  sur  Dieu  :  mokâshafah  bimobâs- 
harat  al  yaqin  (4).  —  8°  Hallâj  :  la  Sagesse  est  une  réalité 
spirituelle  transformante,  une  substance  divine,  jawhar 
rabbânî  ;  conçue  en  nous,  par  voie  surnaturelle,  c'est  la 
substance  purifiée  de  notre  vie  cultuelle:  «  aVoboûdïyah 
jawharah^  tatahhorhâ  al  Roboûbiyah  »  (Wàsitî)  (5). 

ma'rifah  kasbiyah  aw  daroûriyahl  Cette  intuition  est-elle 
acquise  ou  innée?  Innée  :  c'est-à-dire  instinctive  et  inévita- 
ble en  ce  monde  et  dans  l'autre  (Jâhiz  (6),  Aswàrî,  Ka'bî). 
Acquise  en  ce  monde  (innée  seulement  pour  les  imams,  dit 

(1)  Fatq.  190-192.  Cfr.  déjà  Ibn  'Abbâs  (in  Qosh.  4). 

(2)  Accident  d'accident,  hâl  (Hazm,  IV,  208). 
(3)Sarrâj,  loma\  224,  362. 

(4)  /rf.,  70. 

(5)  Baqlî,  in  Qor.  XXXVI,  61. 

(6)  Pour  lui,  ce  qui  ne  s'est  pas  réalisé  n'était  pas  réalisable. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  547 

Aboû'l  Jaroûd)  et  innée  en  l'autre  (Imàmites).  Selon  Mohà- 
sibî  et  Hallàj,  c'est  un  commun  élan  d'amour  (1). 

ma'rifah  wâjïbah  ?  Quelle  sorte  de  nécessité  y  a-t-il  pour 
le  croyant  à  rechercher  celte  intuition  de  Dieu?  Obligation 
rationnelle  i^aqla:  Hanéfites,  Mo'tazilites).  Devoir  légal  (o./iff- 
r'«:  Ash'arites).  Engagement  professionnel,  par  vœu  per- 
sonnel [fard'.  Noûrî,  mystiques)  (2).  Il  n'y  a  pas  obligation 
(Thomàmah,  Ibn  al  Ràwandî)  (3). 

3.  Textes  hallagiens  : 

I.  Man  râmaho...  : 

Celui  qui,  ayant  soif  de  Dieu,  prend  la  raison  pour  guide, 
Elle  le  mène  paître  dans  une  perplexité  où  elle  le  laisse  s'ébattre. 
Il  vieillit  dans  l'équivoque  de  ses  états  de  conscience 
Et  finit  par  se  demander,  perplexe  :  «  Existe-t-Il  ?  »  (4) 

II.  Lasto  bï'l  tawhîdi  alhoio,..  (5)  : 

Non,  je  ne  me  joue  pas  du  taiohid  ;  et  pourtant  mon  «je  »  le  néglige. 
Comment  peut-il  le  négliger,  s'en  jouer?  Ah  !  sans  doute,  mon  «je  » 

[c'est  Lui  ? 

III.  Fragment  ap.  Kalâbâdhî  [ta'arrof)  (6)  : 

«  Nul  ne  Le  comprend,  sinon  celui  pour  qui  II  se  rend 
compréhensible;  nul  n'affirme  vraiment  que  Dieu  est  unique, 
s'il  ne  l'unifie  pour  Lui  ;  nul  ne  croit  en  Lui,  s'il  ne  lui  en 
fait  la  grâce  ;  nul  ne  Le  décrit,  s'il  ne  rayonne  dans  sa  cons- 
cience intime.  » 


(1)  Où  Dieu  et  l'âme  se  reconnaissent.  Cfr.  ici,  infrà. 

(2)  Sobkî,  11,266  ;  Sarràj,  loma',  40-41.  Ibn  al  Dà'î  ;  Rowaym  (ap. 
Qosh.  4). 

(3)  Il  n'y  a  obligation,  selon  lui,  à  écouter  (samâ')  la  parole  divine 
que  quand  Dieu  nous  en  parle  ;  c'est  le  principe  des  mystiques  {samâ\ 
oratorio)  :  épier  l'indication  de  la  grâce. 

(4)Taw.,  p.  196. 

(5)  Kalâbâdhî,  ta'arrof;  ms.  Londres  888,  f.  342^  ;  cfr.  ici  p.  524. 

(6)Taw.,  p.  191. 


5^8  CHAPITRE    XII 

IV.  Lam  yahqa...  (  j)  : 

«  —  Si  Mohammad  n'avait  pas  été  envoyé,  la  démonstra- 
tion n'aurait  pas  été  complète,  pour  toutes  les  créatures,  et 
les  infidèles  auraient  espéré  échapper  à  l'enfer  »),  disait-il  ; 
et  il  récitait: 

[Désormais],  il  n'y  a  plus,  entre  moi  et  Dieu,  d'explication  (inter- 

[médiaire), 
Ni  preuve,  ni  miracles  ne  servent  plus,  pour  me  convaincre  ! 
Voici  la  transfigurante  explicitation  des  feux  divins,flambants(en  moi), 
Brillants,  comme  l'orient  d'une  perle,  irrécusables  I 
La  preuve  est  à  Lui,  de  Lui,  vers  Lui,  en  Lui, 
C'est  l'attestation  même  du  Vrai,  que  dis-je,  une  science  qui  s'expli- 

[que  elle-même. 
La  preuve  est  à  Lui,  de  Lui,  en  Lui,  et  pour  Lui, 
En  vérité,  nous  L'avons  trouvé,  au  moyen  de  la  révélation  de  Sa 

[séparation  d'avec  nous  ! 
On  ne  saurait  déduire  le  Créateur  de  Son  œuvre  ; 
Vous,  êtres  contingents,  vous  en  êtes  déviés  (2)  de  toute  la  largeur 

[des  temps. 
Telle  est  mon  existence,  mon  évidence  et  ma  conviction, 
Telle  est  l'unification  (divine)  de  mon  tatvhîd  et  de  ma  foi  ! 
Ainsi  s'expriment  ceux  qu'il  isole  en  Lui  {ahl  al  infirâd  bihi), 
Qu'il  doue  des  dons  de  la  sagesse,  en  secret  et  en  public. 
Telle  est  la  consommation  (3)  de  l'existence  de  ceux  qu'il  extasie, 
Fils  de  l'apparentement,  mes  compagnons,  mes  amis  1  » 

V.  Wahhadanî  Wâhïdî...  (4)  : 

Voici  que  mon  Unique  m'a  unifié,  en  (m'inspirant)  un  lawhîd  véri- 

[dique  ; 
Pour  aller  à  Lui,  aucune  des  routes  tracées  n'est  la  Voie  (5)  ! 

(1)  Kalâbâdhi,  ta'arrof;  Ibn  Jahdam,  bahjah  (extr.  ap.  Ibn  Khamîs, 
manâgib). 

(2)  Gomme  des  flèches. 

(3)  Hadhâ  iv)joûdo  (loûjoûdi'l  wijidina  laho)  :  littéralement  l'exis- 
tentialisafion.  tCalâbâdhî  commente:  le  «  brûlement  ». 

(4)  Taw.,  p.  138,  corr.  au  !«'  vers  ;  bi  tawhîdi.  Le  second  vers  est  : 
«  howa  Haqqô,  wa'l  Haqq  lil  Haqq  haqqô  *  molbisô,  wa  labso'l  haqâ'iqi 
Ilaqq  ». 

(5)  tarq  (cfr.  vers  de  Nasrâbâdhl,   ap.  Baqlî,  in  Qor.  LUI,  43  ;  Ibn 


THKOLOGIE    DOGMATIQUF  Ô^Q 

Il  est  la  Vérité,  Dieu  est  pour  Dieu  la  Vérité 

Qui  revêt  (la  création)  d'un  vêtement  (de  f^Moire),  et  ce  vêtement 
[(glorieux)  des  réalités  est,  lui  aussi,  Vérité  ! 
Déjà  rayonnent  Ses  irradiations  éclatantes, 
Et  de  leurs  flammes  jaillit,  en  scintillant,  l'éclair  f 

b)  Les  différentes  espèces  de  choses  nommables. 
1.  Les  postulats  de  la  scolastique  islamique. 

Le  Qo'rân  ne  parle  que  de  «  choses  »  singulières,  particu- 
lières, concrètes,  en  acte  :  ashiyd  (sg.  sfiai/').\[  n'y  est  pas 
question  d'essences  abstraites,  de  genres  ni  de  possibles,  et 
les  attributs  divins  eux-mêmes  n'y  apparaissent  que  sous 
forme  de  noms  efficients  :  asmâ(sg.  ism).  Ex.  :  le  Puissant,  le 
Tueur... 

La  tendance  première  des  théologiens  fut  de  réunir  sous 
le  nom  de  «  corps  »  ajsâm  {^^.jism),  quantités  mesurables, 
—  tous  les  objets  déterminables  que  le  Qor'ân  isole.  Dieu 
est  la  «  chose  »  par  excellence  (1),  donc  un  «  corps  »,  pour 
les  vieux  imâmites,  de  Hishâm  (2)  à  Nâshî  ;  pour  les  vieux 
sunnites,  aussi,  de  Moqâtil  à  Ibn  Hanbal  :  parce  qu'absolu- 
ment dense  (samad  =  là  jawfa  laho)  ;  «  un  quant  à  sa  subs- 
tance [ahadi  al j awhar)  »,  dit  Ibn  Karrâm. 

Jahm,  le  premier,  mit  Dieu  absolument  à  part  de  toutes 
choses  (3)  ;  non  pas  tant  comme  un  Etre  transcendant,  — 
mais  simplement  comme  un  concept  :  une  idée,  d'un  Créa- 
teur, activité  universelle,  cause  générale  des  changements, 

Jahdam,  bahjah,  chap.   VI,  traduisant  Joann.,  XI,  25  :  tarq  al  haqq). 

(1)  Nâshî  (ap.  Tahânawî,  s.  v.  shay'). 

(2)  Un  «  corps  »  qui  n'est  astreint  à  aucune  grandeur  relative,  mais 
qui  établit  les  proportions  de  toutes  choses  (Qot.  mokht.,  60)  r:r  ma 
qâma  binafsihi  (Moqaddasî,  bad\  éd.  Huart,  I,  39),  Un  lingot  dense, 
sans  creux  ni  pores  {id.,  I,  8o). 

(3)  Dieu  n'est  ni  une  chose,  ni  une  non-chose  (Hazm,  IV,  205)  ;  les 
mo'tazilites  atténuent  :  «  Dieu  est  une  chose,  pas  comme  les  choses  » 
{'aqîdah,  ap.  Ash'arî,  l.  c). 


55o  CHAPITRE    XII 

auteur  immédiat  des  accidents,  qui  manipule  k  son  gré  les 
substances  sans  se  laisser  saisir  sous  aucune  =  l'Absolu, 
al  Qadîm,  par  opposition  au  contingent,  hadath,  littérale- 
ment «  Tévénement  »,  «  ce  qui  passe  ». 

LeQor'ân,  dans  ce  contingent  incessamment  renouvelé, 
avait  signalé  certaines  «  acquisitions  »  permanentes,  com- 
muniquées à  rhomme  par  l'usage  et  l'usure  même  des  cho- 
ses périssables  :  ar^zâq.  Comme  les  sensations  (couleur, odeur, 
saveur,  son,  figure)  ressenties  sur  notre  peau;  comme  les 
données  de  science,  les  vertus,  les  inspirations  (les  âmes 
même),  empreintes  dans  notre  cœur.  A  côté  des  as77iâ,  noms, 
—  les  grammairiens  définirent  les  §ifât,  adjectifs,  attributs. 
Et  les  théologiens  posèrent,  à  côté  des  corps,  définis  subs- 
tances (jawâhir),  ces  qualités  générales,  définies  accidents 
[a'râd).  Ceux-là  étant  perçus  par  les  sens  de  façon  momen- 
tanée, mais  positive,  comme  ayant  une  figure  (soûrah),  cel- 
les-ci étant  enregistrées  dans  le  cœur  de  façon  permanente 
mais  mentale,  comme  une  simple  acception,  une  idée 
[ma'nà). 

Voici  leurs  postulats  fondamentaux,  qui  dominent  tous 
les  systèmes  des  motakallimoûn,  du  ii*  au  v®  siècle  de  l'hé- 
gire (1): 

a)  Toute  chose  créée  est  quantifiée  par  cela  même  [wad\ 
tayîn,  raqq  al  kawn),  donc  (2)  nécessairement  [talâzom] 
étendue  (kawn,  tahayyoz)  ;  elle  est  un  corps,  un  composé 
discontinu  d'unités  en  nombre  limité,  substances  élémen- 
taires ;  jaivhar  fard  ^=  dharrah  (atome)  =  noqtah  (point). 
L'atome  est  l'élément  ultime  et  l'unique  réalité  de  toute 

(1)  Ce  résumé  est  le  remaniement  du  résumé  de  S.  Munk  (trad.  de 
Maïmonide,  Guide  des  égarés,  1,  375,  seq...),  qui  avait  utilisé  des  sour- 
ces très  indirectes  ;  au  moyen  du  tuhâfot  de  Ghazâlî  et  des  khilâfiyât 
d'Ibn  Kamâl  pâshâ.  Selon  Bâqillânî,  ces  postulats  sont  co-essentiels  au 
dogme  révélé  (Ihn  Khaldoùn,  moqaddamât,  éd.  1322,  p.  253). 

(2)  Sic.  C'est  là  le  postulat  d'  'Allâf  et  d'Ash'arî. 


THéOLOGIE    DOGMATIQUE  55 1 

chose  créée  :  en  dehors  de  hii,  il  n'y  a  que  le  vide  [khalâ). 
Deux  atomes  ne  peuvent  coexister  dans  le  même  lieu  ;  il  ne 
peut  y  avoir  compénétration,  ni  conjugaison  réelle  (1)  de 
deux  substances  (il  n'y  en  pas  d'immatérielles). 

b)  Dieu,  qui  crée  et  recrée  à  chaque  instant  (2)  les  atomes, 
les  assemble  à  son  gré,  tajwîz  (3),  pour  former  des  corps, 
ajsâm,  assemblages  discontinus,  momentanés. 

r)  Ces  assemblages  n'ont  aucune  existence  propre  (seul 
l'atome  existe)  (4)  :  nafij  almaqâdh\  Ni  les  rapports  de  situa- 
tion perçus,  ligne,  plan,  volume,  espace  géométriques,  —  ni 
les  ensembles  numériques,  entiers  ou  fractions  (quantités 
discrètes),  —  ni  les  relations  analytiques  (unité,  pluralité, 
perpendicularité,  obliquité,  propriétés  des  polygones  ins- 
crits), —  ni  les  états  naturels  (perception,  santé,  maladie), 

—  ni  les  périodes  cycliques  (saisons,  révolutions  des  astres), 

—  ni  les  personnes  n'existent  :  ce  sont  des  néants  [^adamïyât^ 
no'oift),  des  accidents  subjectifs  sans  durée,  surimposés  à 
cet  atome  qu'est  notre  cœur,  en  simultanéité  fortuite  avec 
certains  accidents  objectifs  (wojoiidïyât^  sifât). 

(I)  La  science  physique  est  la  somme  virtuelle  des  vingt  et 
un  accidents  objectifs  (mawjoûdât,  et  de  leurs  vingt  et  une 
négations)  que  nous  percevons  comme  relatifs  à  des  atomes 
extérieurs:  l'étendue,  la  couleur,  le  son,  la  saveur,  le  par- 
fum, l'équilibre;  la  chaleur,  le  froid,  l'humide,  le  sec;  la 
composition  [talif)  ;  la  vie,  la  douleur,  la  puissance,  la  vo- 

(1)  Contre  la  théorie  de  la  sensation  perçue  par  imtizâj,  holoûl 
(Jahm,  Hisltàm,  Ibn  Kaysân). 

(2)  Khalq  fi  koll  waqt  (Sàlimîyah.  Ash'arî.  Ibn  'Arabî). 

(3)  Tout  ce  qui  est  imaginable  est  admissible  pour  la  raison  ;  et  les 
possibles  n'ont  pas  besoin,  pour  être,  de  paraître  réalisables. 

(4)  Point  hexaédrique,  à  six  pans  (devant,  derrière,  droite,  gauche, 
haut,  bas)  ;  donc  susceptible  de  six  compositions  {taUfât),  avec  six 
autres  atomes  :  deux  à  deux  {mojâicarah).  C'est  de  là  qu'ai  Hallâj  tire 
les  «  six  aspects  »  du  point  primordial  (ici,  chap.  XII,  ii). 


rjD2  CHAPITRE    XII 

lonté,  le  refus,  le  désir,  le  dégoût,  la  croyance,  le  doute,  la 
réflexion  (nazar  —  kalâm  alnafs).  L'objectivité  des  sensa- 
tions est  d'ailleurs  aussi  suspecte  qu'invérifiable  ;  puisqu'el- 
les nous  montrent  les  corps  comme  continus. 

e)  Chaque  accident  ne  dure  qu'un  instant  (qui  lui  est  pro- 
pre) ;  les  durées  n'existent  donc  pas.  Le  temps  n'est  que 
collections  arbitraires  d'instants  hétérogènes,  ânât  (sg.  an) 
■=  awqât  (sg.  waqi).  Ce  qui  nous  apparaît  comme  la  succes- 
sion monodrome  et  irréversible  des  instants  n'est  que  le 
premier  des  six  modes  de  la  priorité  [taqaddom),  que  Dieu 
accorde  occasionnellement  à  ceci,  par  rapport  à  cela  :  anté- 
riorité de  date,  causalité,  convenance  [tab'  ~-  simple  accou- 
tumance momentanément  imprimée),  préséance  (dignité), 
rang  (fonction),  essence.  Il  n'y  a  ni  natures  (1),  ni  person- 
nalités en  soi,  mais  seulement  des  accoutumances,  ^âdât. 

f)  L'accident  ne  peut  être  surimposé  à  l'accident  ;  mais 
seulement  à  latome  ;  de  l'un  il  ne  peut  sortir  que  l'un.  Au- 
trement Dieu  ne  serait  plus  le  créateur  direct  de  chaque  chose, 
et  l'enchaînement  des  causes  secondes  se  poursuivrait  ad 
infinitum  (tasalsol),  ce  qui  est  absurde.  Il  n'y  a  pas  d'infini, 
ni  en  puissance  (2),  ni  en  acte  ;  ni  simultané,  ni  successif. 

g)  Au  lieu  de  cinq  universaux  (mofraddt) ,  il  n'y  en  a  qu'un  : 
l'accident.  Au  lieu  de  dix  catégories  [maqoûlât],  il  n'y  en  a 
que  deux:  substance  (=  atome)  et  localisation  (3)  (kâ'imyah) 
ou  lieu  [kawn  =  ayn  =  makân). 

h)  Quand  un  atome,  à  deux  instants  différents,  1'  et  2', 

(1)  Objections  :  le  feu  est  latent  {komoûn)  dans  le  silex  :  Nazzâm» 
contre  Dirâr,  Bâqillânî  (Hazm,  V,  60).  Le  blanc  dilate  (farq),  le  noir 
contracte  {jnm')  la  vision  (Hazm,  V,  137,  60). 

(2)  Ibn  Sînâ  a  victorieusement  établi  qu'il  y  a  un  infini  potentiel, 
possibilité  de  toujours  ajouter  1,  par  ses  trois  preuves,  dites  du  «  pa- 
rallélisme )),  de  r  «  échelle  »  {sollâmi),  et  du  «  bouclier  »  (Jorjân!,  l.  c, 
4.^)0-455). 

(3)  Qui  a  deux  modalités  (suprà,  p.  527,  a.  6). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  553 

occupe  le  même  lieu  A,  il  est  dil  au  repos  [so/coûii)  \  ^\,  à 
deux  instants  différents,  l'et2',  il  occupe  deux  lieux  diffé- 
rents, A  et  B,  il  est  dit  en  mouvement  (harakah)  (1).  Celte 
réduction  du  mouvement  à  l'abornement  A  B  du  déplace- 
ment local,  vu  du  dehors,  sans  considération  de  la  force 
qui  le  provoque  (2),  amène  les  motakallimoùn  à  certaines 
affirmations  d'un  relativisme  outrancier  (3).  Ex.  :  Entre  les 
deux  mouvements  verticaux  d'une  pierre  lancée  en  l'air,  et 
qui  retombe,  «  il  n'y  a  pas  d'instant  de  repos  intermédiaire  » 
—  Soient  deux  atomes,  A  et  B,  face  à  face  (mohâdhâh)  :  si 
B  bouge.  A,  quoique  immobile,  «  doit  avoir  bougé,  puisque 
le  face  à  face  a  changé  ».  Inversement,  l'homme  assis  dans 
une  barque  qui  bouge  «  ne  se  déplace  pas  ».  —  Quand  un 
corps  se  déplace,  «  seuls,  des  atomes  superficiels  »  sont  en 
mouvement,  etc. 

Ces  postulats,  d'un  positivisme  tranchant,  et  d'un  maté- 
rialisme implicite,  amenaient  donc  à  refuser  absolument 
toute  existence  aux  idées  générales,  aux  déterminations  im- 
matérielles (les  Anges  étant  définis  des  corps  subtils,  et  les 
âmes  considérées  comme  de  simples  accidents  sans  durée, 
incapables  donc  d'être  ressuscitées  identiques).  L'objection 
décisive,  entrevue  par  Hishâm  et  Bishr,  fut  posée  par  Mo'am- 
mar  (ma'ânî)  (^).  La  science  de  tel  événement  n'existe  pas 

(1)  Le  fait  de  son  «  arrivée  »  en  A,  à  l'instant  l',  et  en  B,  à  2',  n'est 
ni  un  repos,  ni  un  mouvement  ;  il  est  créé  (kâ'inîyah)  en  A,  recréé  en 
B  ("Allâf,  Jobba'î,  Aboû  Hâsiiim,  Ash'arî)  Pour  Mo'ammar,  le  lieu 
varie,  et  le  mouvement  n'existe  pas. 

(2)  Qui  fait  sanler  d'A  en  B  (Nazzâm,  Bishr,  Ibn  al  Râwandî,  Qâlanîsl). 

(3)  Isfarâ'inî,  ap.  Tahânawî,  p.  127.5  ;  Hazm,  V,  46. 

(4)  De  môme  que  la  maladie  résulte  d'une  cause  [Hllah),  la  science 
provoque  un  état  d'assimilation  individuelle,  spécial  à  l'esprit  qui  la 
conçoit  :  'i/m  al  Hlm,  accident  d'accident  (nié  par  'Allâf);  farq,  181. 
Déjà  la  question  s'était  posée,  pour  savoir  en  quoi  la  foi  de  Zeïd  pou- 
vait différer  de  celle  de  'Amr  ifarq.  191,  192,  196). 


554  CHAPITRE    XII 

en  dehors  de  l'événement,  soit.  La  science  que  Zeïd  garde 
de  cet  événement  n'est  pourtant  pas  tout  à  fait  la  science 
qu''Amr  en  garde.  Mais  qu'est-ce,  alors,  que  cette  distinc- 
tion formelle  qui  interviendrait  entre  deux  purs  et  identiques 
néants?  Après  Hishâm,  Marîsî,  Ibn  Kollàh  et  Ibn  Karrâm, 
—  Aboû  Hâshim,  suivi  par  Ash'arî  et  Jowaynî,  résolut  la 
question  (1)  comme  les  philosophes  grecs,  en  accordant  un 
mode  d'existence  immatérielle  rudimentaire,  une  modali- 
sation  conceptuelle  aux  idées;  existant,  non  pas  en  soi  (m 
se,  'alxVlitldq)  (2),  mais  en  tant  que  prises  dans  une  certaine 
accejition  [ivajh  ;  secundum  qind  ;  fî  qadiyali)  ;  cette  accep- 
tion constituant  notre  esprit  en  un  certain  état  [hâl\  pi. 
ahwâl)  (3)  :  parce  que  notre  esprit  les  pense  telles  (4). 

Par  une  marche  convergente,  menée  en  sens  inverse, 
Mohâsibî,  précisant  son  expérimentation  psychologique,  son 
analyse  si  déliée  de  l'acte  volontaire  dans  le  cœur  (5),  —  en 
trouvait  l'origine  première,  non  pas  dans  l'arbitraire  vide 
de  notre  vouloir  seul,  ni  dans  l'inertie  foncière  de  la  pensée 
pure,  —  mais  dans  un  certain  état,  hâl,  de  l'âme,  dû  à  une 
certaine  orientation  (jihah)  (6)  de  Tidée  entrevue  :  offerte, 
présentée  à  notre  vouloir  sous  une  parure  désirable,  revêtue 
d'une  grâce  séduisante  et  toute  divine,  légitimant  (sans  l'im- 
poser) (7),  l'acceptation  de  cette  idée  par  notre  vouloir.  Et 

(1)  Shahrast,  I,  101  ;  farq.,  lSO-182. 

(2)  Comme  les  platoniciens  et  les  uhrâqiyoûn. 

(3)  Hazm,  IV.  208,  V,  49. 

(A)  Ikhtisâs  al  Hbn  bi  Zayd  lihâl.  Ash'arl,  par  déterminisme,  dit  : 
li  'aynihi  :  réduisant  toutes  les  possibilités  d'existentialisation  de  l'idée 
à  cette  conception  déterminée  qui  nous  en  est  imposée  momentané- 
ment. 

(5)  Ici  p.  494,  .^12.  Il  suit,  ici,  les  données  de  Shaqîq  ;  comme  xMisrî. 

(6)  Hallâj,  Taw.,  X,  17. 

(7)  A  propos  des  «  âmes  vides  du  vrai,...  consciences  vides,  vierges 
(stériles),  où  aucune  suggestion  divine  n'a  pénétré  »,  HallAj  ajouter  la 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  555 

l'école  de  ]VIoht\sibî  plaçait  dans  cet  état,  acceptation,  donc 
stabilisation  en  nous  d'une  certaine  acception  de  l'idée,  — 
dans  la  culture  patiente  de  ce  germe  fécond,  intention  insi- 
nuée (1)  par  Dieu  dans  l'àme  lorsqu'elle  médite,  l'essen- 
tielle vocation  de  l'homme  doué  de  parole.  Ces  états  [ahvml), 
faveurs  divines  {faivâ'id),  grâces  actuelles  (lataif),  étant, 
selon  eux,  le  point  d'insertion,  de  greffe,  en  nous,  de  réalités 
sanctifiantes  [haqaiq],  plus  hautes  que  les  corps  périssa- 
bles :  les  actes  divins  [afâl]. 

Aboû  Hâshim  avait  emprunté  ce  mot  hâ/ ?lux  grammai- 
riens, et  Mohâsibî  aux  médecins.  p]n  grammaire,  M/désigne 
l'état  du  verbe /)«/'  rapporta  l'agent.  On  sait  qu'en  langues 
sémitiques,  contrairement  à  nos  langues  modernes,  les  mo- 
des et  les  temps  du  verbe  sont  relatifs  à  raction.  Le  hâl  est 
cette  couleur  exceptionnelle  du  verbe,  cette  nuance  person- 
nelle de  l'action  qui  décèle  l'intention  de  l'agent  (cfr.  tahwil)  : 

HAL.  r  en  médecine,  l'état  physiologique  spécial,  l'équi- 
libre fonctionnel  actuel  d'un  être  vivant  particulier,  kayfiyah 
mokhta^^ah  bi  dhi  nafs.  2*  en  grammaire  :  le  temps  où  tu  te 
places  par  convention  (présent  historique,  futur).  3°  en  droit: 
sohbat  alhâU  maintien  dans  le  futur  du  traitement  spécial 
que  j'ai  appliqué  à  une  action  légale  dans  le  passé  (principe 
de  permanence,  istishâb,  posé  par  Shâfi'î),  4°  Mohâsibî  :  no- 
tion de  l'état  mystique.  5°  Aboû  Hâshim  et  Nasir  Toûsî  :  le 
rôle  (tvajh)  que  je  conçois,  et  assigne  à  cette  idée,  dans 
l'économie  de  mes  actes.  6°  Ash'arî,  Baqillânî,  Jowaynî,  par 
déterminisme,  réduisent  à  ce  rôle  (en  nous)  toute  la  réalité 
du  concept.  7°  Les  auteurs  cités  aux  n"'  5  et  6  comparent  les 

cause  en  est  que  :  la  puissance  divine  ne  violente  pas  la  nature  char- 
nelle »  (in  Qor.  LXXIV,  52). 

(1)  holoûl  al  fawâ'id  (Mohâsibî,  mahabhah,  in  fine)  ;  hotoùl,  en  gram- 
maire, est  {'incidence  de  l'accident  de  flexion  sur  un  mot  (fî  mahall). 


656  CHAPITRE   XII 

modes  d'inhérence  des  attributs  divins  en  Dieu,  avec  les 
modalités  d'insertion  des  concepts  en  notre  esprit.  8"  La 
doctrine  commune  des  théologiens  postérieurs,  avec  Fakhr 
Râzî,  et  Jorjânî,  rejette  la  notion  de  hâl  (1)  ;  mais  le  «  petit 
catéchisme  »  de  Sanoûsî  la  reprendra  (2). 

La  notion  du  points  noqtah,  chez  al  Hallâj  (3)  : 
«  Le  point  est  l'origine  de  toute  ligne,  et  la  ligne  tout  en- 
tière n'est  que  points  réunis.  Or,  le  point  ne  peut  se  pas- 
ser des  points,  ni  les  points  de  la  ligne.  Et  toute  ligne  qu'on 
mène,  perpendiculaire  ou  oblique,  sort,  par  un  mouvement, 
de  ce  point-là  même.  Et  tout  ce  sur  quoi  tombe  le  regard 
d'un  chacun,  c'est  un  point,  entre  deux  autres  points.  Cela 
indique  bien  que  Dieu  s'explicite  à  travers  tout  ce  qui  est 
aperçu  et  considéré  ;  tout  ce  qu'on  voit  face  à  face  Le  signi- 
fie (4).  Et  c'est  pourquoi  j'ai  dit:  Je  n'ai  rien  vu  où  je  n'aie 
vu  Dieu.  » 

La  notion  de  l'instant^  waqt,  chez  al  Hallâj  : 
L'instant  est,  dans  le  champ  de  la  vision  mentale,  l'équi- 
valent du  point  de  rebroussement  dans  le  plan  géométrique  : 
l'unité  de  mesure  psychique,  le  dysrythme  qui  réveille,  la 
dissonance  qui  surprend,  la  piqûre  qui  fait  reprendre  cons- 
cience, ce  changement  de  rythme  du  cœur,  cette  touche 
divine  dont  l'extase  {wanl)  n'est  que  la  trace  physique,  l'as- 
pect sensible,  quand  il  y  en  a  un.  Comment  se  produit-elle? 
«  L'extase,  disait  Jonayd,  c'est  une  suspension  des  qualités 

(1)  Tahâaawl,  s.  v.  Shahr,  I,  101.  Ibn  al  Dâ'î,  419.  Horten,  ZDMG, 
LXIII,  303-324. 

(2)  'aqîdah  sog/irâ,  éd.  J.  D.  Luciani,  1896. 

(3)  Akhb,  9. 

(4)  Comp.  le  panthéisme  qarmate  de  Mo'izz  :  €  Tu  es  lelieu,  car  le  lieu 
indique  l'expansion  divine  [fayd)  et  épure  la  pensée,  0  Actualisateurdu 
lieu  I  Et  le  lieu  est  le  centre,  c'est  lui  qui  montre  où  Tu  es  »  (fragm.  IV 
de  l'éd .  Guyard). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  557 

(humaines)  lors  d'une  louche  (simah)  de  l'essence  divine,  à 
force  de  joie  >'.  «  C'est,  rectifie  Ibn  'Atà,  une  suspension  des 
qualités  (humaines)  lors  d'une  touche  signifiant  l'essence 
divine,  à  force  de  douleur  »  (1).  Hallâj,  sortant  de  ce  di- 
lemme (2),  établit  que  l'instant,  comme  l'extase,  est  chose 
transitoire,  un  moyen,  non  une  fin,  de  la  grâce.  «  A  Aboù'l 
SawdiÀ,  qui  lui  demandait  »  (3).  Pour  le  Sage,  y  a-t-il  encore 
un  «  instant  »  ?,  il  répondit  :  Non.  —  Pourquoi  ?  —  Parce  que 
l'instant  est  une  brise  de  joie  qui  se  lève  soudain  de  la  tris- 
tesse, tandis  que  la  sagesse  est  un  océan  dont  les  flots  bais- 
sent et  remontent  :  aussi,  pour  le  sage,  l'instant  est  une  nuit 
obscure  {waqloho  aswad  wa  mozlirn).  »  Et  il  récita  : 

Les  dons  de  la  sagesse  exigent  la  disparition  de  tout  ce  qui  est  lien, 
Et  le  novice  se  trahit  par  un  regard  sans  pénétration.  » 

'<  L'extatique  assiste  à  la  négation  du  nombre  et  à  l'affir- 
mation de  l'extase,  au  delà  de  la  post-éternité  ».  «  La  post- 
éternité indique  une  cessation  du  morcelage  suivant  le  nom- 
bre, et  une  disparition  des  instants  dans  l'aevum  divin 
(sarmad)  ».  «  L'instant  (au  cœur  de  Ihomme)  est  comme 
une  coquille  au  sein  de  la  mer;  demain  (à  la  marée  de  la 
Résurrection)  les  coquilles  seront  jetées  sur  le  sable  (où  elles 
s'ouvriront  et  mourront,  découvrant  leur  perle)  »  (4). 

(1)  Tahânawî,  p.  1454. 

(2)  Qu'il  tranche  comrae  Ibn  'Atâ  (cfr.  ici,  XlI-ii-b-3). 

(3)  Ap.  Kalâbâdhî,  ta'arrof. 

(4)  Baqlî,  shaih.,  f.  173  ;  iafsir,  in  Qor.  XGVIII,  3.  —  'Attâr,  tadh- 
kirah,  II,  140. 


558 


CHAPITRE    XII 


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THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  559 

2.  Les  modes  d'existence  des  choses,  ad  extra  (1)  : 

r  Une  chose  esl  dite  mohdath,  contingencée,  inventée, 
en  tant  que  dépendante  de  Dieu,  accidentellement,  en  de- 
hors de  l'essence  divine  :  ex.  la  science  que  Dieu  a  de  sa  créa- 
tion (Jahm),  les  actes  libres  de  l'homme  (mo'tazilites).  Moh- 
dath,  d'abord  différencié  (2)  de  makhlomj,  créé  (i.  e.  réalisé 
hk  et  mine,  explicitement)  (3),  s'y  idenlitia  peu  à  peu,  quand 
on  eut  reconnu  que  tout  mohdath,  contingence,  est,  par  là- 
même,  maqdoûr,  a  projeté  >«  et  soupesé  dans  l'équilibration 
[taqdir)  du  dessein  divin  (4),  —  donc  ma'loàm,  connu  et 
dénombré  d'avance  par  Dieu  (5). 

2°  Une  chose  est  dite  mawjoad,  existante,  dès  qu'elle  a  été 
envisagée  par  Dieu  :  dès  qu'elle  a  subi  le  «  fiai  »  [kon  !  'î/âd), 
reçu  le  voile  du  nom  (àijdb  alisrn),  le  scel  [tab')  de  la  con- 
iln^ence  {hodoùth),  lui  déterminant  une  «  place  »  virtuelle 
{'or/  ai  makân)  (6)  devant  Dieu  ;  lui  constituant  uneheccéité 
idéale  de  possible,  kân.  Pour  Hallàj,  comme  pour  les  Ismaé- 
liens (7),  kân  est  la  qualification  et  makân  la  quantification, 
purement  immatérielles,  de  tout  concept  possible,  devant 
Dieu.  «  Toute  chose,  qui  n'était  pas,  puis  est,  — ne  peut  sur- 
gir qu'à  une  «  place  »  (préparée)  (8)  ».  Quand  la  décision 
créatrice,  le  «  fiat  »  [takwin],  se  sanctionne  par  l'innovation 
{ibdâ')  de  telle  œuvre  [mn)  divine  dans  le  monde,  —  c'est 
son  u  existentialisation  »  comme  chose, son  kawn  (pi.  akwân)^ 

(1)  Conçues  dans  notre  esprit  comme  isolées,  mises  hors  de  Dieu. 

(2)  Jahm,  Zohayr  Atharî  (Ash'arî,  ms.  Paris,  lioS,  f.  100*). 

(3)  Soit  qae  Sa  puissance  fût  considérée   comme  incomplète,  ou  sa 
science  comme  implicite  (cfr.  ici,  Xll-iii-c)  ;  créées  (Jahm). 

(4)  Ibn  Karrâm  :  Khalq  bi'l  qodrah. 

(5)  Hallâj  (cfr.  ici,  p.  Xll-ii-c),  Ash'arî. 

(6)  Hallâj,  in  Qor.  LVIl,  3  (Solamî). 

(7)  Taw.,  I,  8,  XI,  2,  13,  et  p.  203  (A-li).  Mo'izz. 
(8)Ta\v.,  XI,2. 


56o 


CHAPITRE    XII 


localisation  propre,  individuation  hic  et  nunc.  Elle  est,  en 
elle-même,  une  créature  substantielle,  khalîqah  ;  par  rapport 
aux  autres  choses  créées,  une  c  clôture  »,  une  nature,  ta- 
bfah  (ou  'âdah,  une  simple  accoutumance)  ;  et  Dieu  lui  con- 
fère alors  en  plénitude  son  existence  distincte,  wojoûd^  en 
la  faisant  surgir  hic  et  ?umc,  innovée,  mabcloû'. 

'Allàf  et  Ash'arî  ont  donné  une  coloration  matérialiste, 
spatialisation,  au  mot  kawn  en  le  liant  par  un  nexus  (1)  à 
l'atome  qui  y  surgit.  Mais,  pour  Hallàj  et  les  Ismaéliens, 
àawn  désigne  tous  les  modes  d'existentialisation,  matériels 
(marsoûmât)  et  spirituels  (maf'oûlât)  (2),  — et  kân[Z)  est 
l'exposant  commun  à  tous  les  possibles  (en  nombre  infini)  : 
ce  fait  que  Dieu  les  envisage:  mawjoûd  z=  mokawwan  (4). 

3°  La  chose  est  dite  maloûra,  connue,  en  tant  que  Dieu  l'a 
prévue,  et  visée  en  sa  science.  Son  état,  par  rapport  aux 
choses  créées,  avant  et  après  son  existence,  c'est  le  néant, 
'adam  (ma'doion)  (5).  Son  unique  mode  de  permanence, 
c'est  la  confirmation  divine,  thoboût,  qui  la  pose,  qui  peut  la 
graver  dans  notre  mémoire  (première  science)  comme  défi- 
nie pour  Dieu,  donc  éventuelle  [z=  \^^  sens  de  momkin).  Hal- 
làj, contre  les  mo'tazilites  (6),  montre  que  tout  mohdath, 
contingence, — est  spécialement  connu,  md loiun ^  ç>\.  parti- 
culièrement projeté,  maqdoùr,  par  Dieu  :  dès  ledébutde  la 

(1)  Pour  eux,  kawn  =  hosoûl  al  jawhar  fi'l  hayz.  Et  le  makân  est 
pur  néant  (vide).  Pour  les  ishrâqiyoûn,  au  contraire,  lemakân  {=zhay' 
kal)  est  un  compartimentage  réel  de  l'espace,  cadre  préexistant  aux 
êtres  qui  s'y  coulent. 

(2)  Taw.,  XI,  2  ;  cfr.  komoûn  de  Nazzâm. 

(3)  Syn.  :  thoboût  (mo'tazilites),  lakivhi  azali  (Mâtorîdî). 

(4)  Mawjoûd  dhihnt  des  philosophes  :  le  possible,  et  le  nécessaire. 

(5)  Principe  mo'tazilite,  rappelé  par  Ibn  al  Râwandî  :  c  là  shay  iltâ 
maivjoâd  ik  Khayyàt,  Ka'bî  et  Ash'arî,  l'abandonnant,  posent 'acfa/n  = 
ihoboût,  et  parlent  de  «  l'existence  du  néant  »  (cfr.  Ibn  Karrâm). 

(6)  Pour  Hishâm,  'AUâf,  Jowaynî,  Dieu  ne  connaît  ab  aelerno  que 
les  universaux. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUli:  oDI 

genèse,  comme  parlie  iutégranle  de  la  nialière  première  de 
son  dessein,  masiuah  (  I  ). 

4°  La  chose  est  dite  mafhoàni  (2),  comprise,  c'est-à-dire 
concevable,  du  moment  que  son  idée  correspond  à  une  pos- 
sibilité (f's^n^AQ.momkïn)  pour  notre  entendement  (seconde 
science)  :  qu'elle  se  réalise  ou  non.  Vis-à-vis  de  Dieu,  et  de 
nous,  son  mode  de  présentation  s'appelle  tuhaqqoq,  consta- 
tation. Je  laisse  ici  de  côté  le  nécessaire  et  le  viable  [wâjib^ 
jâ'iz),  l'impossible  et  l'absurde  {mom(am\  mostaliil),  ques- 
tions de  logique  et  de  morale  que  seuls  Aboû  Hâshim  et  les 
philosophes  hellénisants  mêlent  à  l'ontologie. 

D'où  les  discussions  suivantes  sur  les  précellences  (3)  : 
wojoàd'>  hawn.  L'existence  prime  l'étendue  (il  existe  des 
êtres  immatériels)  —  HoCdiàniyoûn,  hokamà  et  ash'arites 
postérieurs  (Ghazâlî,  Ràghib)  ;  contre  tous  les  anciens  mola- 
kallïmoûii  disciples  d"Allàf  et  Ash'arî,  pour  qui  ces  deux 
termes  sont  identiques.  Pour  Hallàj  comme  pour  Mo'izz, 
wojoûd  signifie  la  qualification  par  Dieu  (kân)  de  la  créa- 
ture (4).  La  proposition  sera  outrée  par  les  écoles  émana- 
tiste  (ishrâq  de  Sohrawardî  d'Alep)  et  monisle  [wahdat  al 
wojoûd  d'Ibn  'Arabî),  identifiant  la  virtualité  des  idées  avec 
l'existence  des  choses  (ou  inversement). 

mawjoùd^  ma'loûm  (5).  Il  y  a  plus  de  choses  existantes 

(1)  Cfr.  ici  Xll-ii-c. 

(2)  Mot  innové  à  l'époque  d'al  Hallâj  (Taw.,  X,  17).  En  grammaire, 
mafhoûm  (opp.  mantoûq)  esi  le  syn.  de  ma'nd  (opp.  lafz).  A.  H.  Basrî, 
le  dernier  grand  mo'tazilite,  pose  •.mafhoûm  =  mawjoûd  H-  ma'doùm 
+  i'iibdrî  (==  hâl).  Jàhiz  et  les  Basriens  appelaient  encore  indûment 
ma'loûm,  à  la  fois,  le  réalisé  et  rirréalisable, 

(3)  Pour  les  mo'tazililes  :  kawn  =  wojoûd,  thoboùt  =^  tuhaqqoq, 
ma'loûm  =;  mafhoûm  (sauf  chez  A.  H.  Basrî).  Pour  Ash'arî,  ces  quatre 
termes  sont  synonymes. 

(4)  Taw.  XI,  2,  13  ;  i,  8  ;  Mo'izz,  fragm.  VIII  de  i'éd.  Guyard. 

(5)  Cette  fausse  proposition  paraît  être  une  induction  illégitime  tirée 

de  la  proposition  suivante  (mawjoûd  \.  ntomkiu). 

3(5 


502  CHAPITRE    XII 

que  Dieu  n'en  a  posé  et  connu  à  l'origine  :  la  prescience  divine 
connaît  tous  les  corps  ;  elle  ignorait,  avant  la  genèse,  les 
accidents  (1);  et  parmi  eux,  les  futurs  libres  (actes  humains) 
avant  leur  production.  Ce  sont  là  les  objets  d'une  seconde 
science  divine,  créée  la  fi  mahall^  expérimentale  —  Jahm, 
Hishâm,  moUazilites,  Ibn  Karrâm,  Ibn  al  Râwandî.  —  Contre 
les  hashwiyah,  hanéfites,  sâlimiyah,  hallâjiyah,  ash'arites, 
pour  qui  tout  rnaivjoûd  est  mdloûm  ab  aeterno  (2). 

ivojoûd'>imkân.  L'existentialisation  d'une  chose  lui  im- 
prime un  caractère  de  réalité  supérieur  à  sa  simple  possibi- 
lité, envisagée  par  Dieu  : 

Mo'tazilites,  hokamâ  (3),  Hallàj,  Ibn  al  Khatîb.  —  Contre 
Ibn  Kollâb,  Jonayd,  Ash'arî,  Ghazâlî,  Ibn  'Arabî  ;  pour  qui 
Dieu,  le  seul  Etre,  ne  saurait  changer,  ni  croître,  même  en 
gloire  accidentelle.  «  Rien  de  plus  ne  se  trouve  dans  le  pos- 
sible que  dans  l'existentialisé  »  (4),  déclare  Ghazâlî. 

(1)  Pour  les  philosophes,  Fârâbî,  Ibn  Sînâ,  auxquels  se  rallièrent 
Jowaynî  et  Ghazâlî  (au  milieu  de  sa  vie  :  ladoniyah,  qistâs  mostaqim  : 
contre  monqidh),  —  Dieu  ne  connaît  ab  aeterno  les  futurs  que  sous  la 
forme  gravée  (irtisâm)  d'un  nombre  limité  d'universaux  (kolliyâi)  :  Il 
ignore  les  particuliers  {joziyât.  Gfr.   Ibn  al  Dâ'î,  399  ;   Sadr  Shîrâzî, 

(2)  Pour  d'autres  raisons,  Jonayd  discerne  le  mawjoûd  du  ma'loûm 
(cfr.  Hilyah,  s.  v.).  Ash'arî  les  identifie  presque  entièrement.  Gfr.  His- 
hâm pour  qui  mokawwan  =  jism  (Maqdisî,  bad\  I,  38). 

(3)  Pour  qui  wojoild  >»  ivojoûb  (sauf  pour  Dieu,  l'Etre  nécessaire, 
wâjib  al  wojoùd). 

(4)  «  Laysa  fî'l  imkân  abda'  mimmâ  kân  »  ;  proposition  célèbre,  sou- 
tenue un  moment  par  lui  dans  quatre  ouvrages  (Ihyâ,  jawâhir  al  Qor' 
an,  ajwibah  mosakkitah,  maqûsid  al  falâsifah)  et  dont  l'optimisme 
résigné  a  été  extrêmement  discuté  (cfr.  bibliogr.  ap.  Ibn  al  Dabbâgh, 
ibHz,l\,  169-208). Elle  dérive  d"Abbâd  (Hazm,  III,  164):  Dieu  ne  pouvait 
faire  un  autre  monde,  et  II  ne  peut  rien  retoucher;  il  n'y  avait  rien  de 
plus  à  tirer  du  possible  que  cet  univers-ci  (pas  de  miracles  essentiels). 
—  Yahya-ibn'Adî,  le  philosophe  jacobite  (-(-  364/974)  de  Bagdad,  avait 
aussi  soutenu  cela  :  Dieu  ne  peut  changer  l'ordre  du  monde  ;  Dieu  ne 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE 


563 


—  /ihah  — .  nihài/ah  ^  (\)  />'ir/%â5/i?L'existenlialisalion  de 
la  création  a-t-elle  un  but?  Son  terme  est-il  plus  que  sa 
source?  —  Toute  chose  étant  limitée,  la  conclusion  de  son 
existence  la  ramène  au  seuil  de  son  origine,  la  réduit  au  rang 
d'un  possible,  devant  Dieu.  Tous  les  motakalUmoun,  et  la 
plupart  des  mystiques,  notamment  .lonayd  :  même  pour 
l'existence  humaine.  —  Contre  Hallâj,  pour  qui  le  terme  est 
réalisation  définitive  (nihâyah  =  iahqiq),  et  peut  être  pour 
l'homme  déification  (2),  Selon  lui,  l'existence  est  pour  cha- 
que chose  le  don  d'une  bonté  qui  ne  se  reprend  pas  [joùd)  ; 
un  perfectionnement  continu,  dans  un  sens  (jihah)  déter- 
miné, en  vue  de  la  postéternité  [abad). 

mafhoûm  >  maloûm.  Dieu  conçoit  plus  de  possibles 
qu'il  ne  crée  (et  ne  nous  notifie)  effectivement  d'êtres.  Pour 
Ash'arî,  cela  signifie  simplement  le  mystère  de  Son  bon  plai- 
sir [tajwîz)  à  notre  égard.  Pour  Hallâj,  cela  signifie  que  Dieu 
est  amour  inépuisable,  qu'il  conçoit  librement  en  Lui-même 
une  plénitude  infinie  de  possibles  (mafhoûmâi),  comme  tels, 
indépendamment  de  la  considération  accidentelle  (pre- 
science) qu'il  en  réalisera  et  révélera  une  infime  partie  hors 


peut  envisager  aucun  possible  sans  le  quantifier,  donc  le  réaliser;  c'est 
l'exclusion  catégorique  de  tout  possible  non  réalisé  (Qiftî,  hokanià,  éd. 
1326,  p.  237,  1.  21  ;  238,  1.  3,  10,  11). 

(1)  Le  signe  tsi  .employé  ici,  remplace  le  signe  usité  pour  la  non-iden- 
tité logique,  que  l'imprimeur  ne  possédait  pas. 

(2)  «  Quoi  de  mieux,  V origine {bidây ah)  ou  le  terme  (nihâyah)?  — 
Gomment  comparer  entre  elles  deux  choses  qui  n"ont  pas  de  point  de 
contact  !  Le  terme  n'est  pas  le  simple  désir  de  se  trouver  comblé,  c'est 
la  réalisation  définitive!  ...  0  mon  Dieu  !  si  la  contemplation  de  la 
prééternité  (azal)  me  consterne  (car  je  ne  T'y  aimais  qu'en  figure),  que 
la  contemplation  du  levme  (ajal)  me  console  !  »  (Hallâj,  inBaqlî,  Shaih., 
f.  127).  u  Celui  que  Dieu  a  mentionné  pour  un  bien  en  Sa  prééternité, 
Dieu  pacifie  son  cœur  en  la  postéternité  »  (in  Qor.  Xlll,  28).  Cfr.  Sol.  in 
Qor.  LXII,  4. 


564  CHAPITRE    XII 

de  Lui-même,  en  créant  (i).  Pour  Abou'l  Hosayn  Basrî, 
c'est  avouer,  par  renonciation  à  la  doctrine  mo'ta/Jlite  com- 
mune (2),  qu'au  delà  de  Sa  prescience  concernant  les  futurs 
que  Sa  création  réalise  (ma'loûm),  Dieu  a  une  «  science 
moyenne  »  (3),  'âlimiyah  qadîmah,  qui  embrasse  ab  aeterno 
l'infinité  des  possibles, /^^«rmz  lesquels  nos  fuluribles,  ces  in- 
tentions humaines  réfléchies  (4),  dont  la  réalisation  (ou  le 
rejet)  est  impartie  par  Son  investiture  à  notre  libre  choix. 
azalhjât^  les  prééternels  =  barïyât ^\<à'è  AvoW'è  de  grâce  pré- 
concédés. Au  delà  des  modes  d'existence  précédents,  qui 
nous  sont  accessibles  naturellement ,  Hallâj  mentionne 
deux  fois  une  modalité  (5)  d'existence  pure  et  simple, 
ineffable  et  surnaturelle,  immaculée  :  les  droits  de  gracier, 
àoi^  préétei'nelles  des  saints  ;  il  la  décrit  (6)  comme  la  pré- 
sentation totale,  devant  l'essence  divine,  d'une  image  in- 
telligible, —  humanité,  «  nmoùt  »,  rassemblant  ceux  de  ses 
Noms  et  Attributs  qu'en  Sa  prédilection,  11  S'est  complu  à 
manifester,  au  moyen  de  la  création  d'un  univers  où  l'homme 
sanctifié  les  reflète;  comme  Sa  spéciale  couronne  de  gloire  (7) 
accidentelle,  à  jamais. 

(1)  Sol.  inQor.  XLVil,  21. 

(2)  Gfr.  suprà,  p.  562,  C'est  donc  avouer  que  Dieu  connaît  aussi 
comme  futurs  ceux  des  futuribles  qui  se  réaliseront  :  Sohrawardi  d'Alep 
et  Nasîr  Toùsî  sont  formels  :  1'  Ytlimiyah  divine  est  la  contrepartie  de  la 
maHoûmiyah,  l'objet  connaissable  (Sadr  Shîrâzî,  340''). 

(3)  Je  risque,  faute  de  mieux,  cette  expression  de  Molina,  à  la  place 
du  barbarisme  «  scibilité  ».  Il  semble  que  A.  H.  Basrî  s'inspire  ici 
d'ibn  Karràm  [khâligiyah,  etc.). 

(4)  Dieu  les  connaît  avec  prédilection,  en  premier,  puisqu'ils  sont, 
parmi  les  actes  des  créatures,  les  seuls  parmi  lesquels  II  choisisse,  pour 
en  déifier  les  agents,  dirait-on  en  langage  chrétien. 

(f>)  Amoureuse  prévision  par  Dieu  des  supplications  de  ses  Saints. 

(6)  Ap.  Fasl  fil  mahabbah,  traduit  infrà,  d'après  Baqlî.  Gomp. 
p.  298,  n.  2  :  barùjdl,  trad.  par  «  créations  n,  au  lieu  de  «  créatures  gra- 
ciées, intercessions  »  qui  est  le  sens  vrai  (cfr.  labarrî,  anabari  minho). 

(7)  Sanâ  al  lâhoût. 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  565 

3.  Les  degrés  de  réalité  des  choses  :  ab  iatrâ  ;  conçues  en  notre 
esprit  comme  reliées,  menant  à  Dieu  (1). 

r  tahaqqoq  al motahoqqiq^  la  simple  vérification,  constata- 
tion (2)  de  la  chose  par  notre  entendement  (fahm)  ;  portant 
attribution,  pour  nous,  d'une  trace  mentale  correspondante, 
un  sens  donné,  rna'nà  ;  marquée  par  l'emploi  d'un  nom  quel- 
conque, isni^  simple  vestige  de  la  chose  en  notre  mémoire. 
La  chose  est  entrée  seulement  en  nous  comme  un  sujet  de 
paysage  dans  l'œil  du  spectateur  distrait,  comme  un  aspect, 
une  qualification  :  ivasf  alwâsif.  Telle  est  la  réalité  minima, 
en  nous,  dételle  ou  telle  chose  existante:  «  ceci...,  que  », 
anna,  l'indication  de  sa  différence  individuelle  saisie  du  de- 
hors, au  vol,  le  fait  de  son  existentialisation,  sa  seule  singu- 
larité particulière,  son  heccéilé^  annujah  (3)  :  (contour  ex- 
terne de  son  ipséité,  howïyah)  c'est  son  individualité,  du 
dehors,  sa  silhouette,  sa  caricature  ;  pas  encore  sa  person- 
nalité, du  dedans. 

2°  haqiqah  (4),  la  réalité  (de  la  chose),  vérité,  essence  :  l'ap- 
préciation exacte  de  son  sens  ;  sa  dénomination  correcte  et 
scientifique,  tasmiyah^  prédicable  et  classable  pour  notre  in- 
telligence. La  chose  est  maintenant  sauvegardée,  consignée 

(1  )  Cette  méthode  est  formée  chez  Kuikki  {Daioâ),  approfondissant 
les  aspects  de  l'œuvre  de  l'obligation  chez  le  croyant  :  isiâm  (=  fard 
aVamal),    'îmân  (==    haqiqat  al  'amal,),    et  yaqîn  {=  ikhlâs  al  'amal). 

(2)  Le  mot  tahaqqoq  apparaît  chez  Hallâj  (Motahaqqiq,  opp.  à  Mota- 
rassim),  en  son  commentaire  de  Qor.  III,  89;  dans  ses  vers  (ici  p.  95: 
2**  récension).  Il  est  employé  par  Qorashî  et  A.  H.  Basrî  (qui  le  définit  ; 
isâlatâ  pour  le  mawjoûd,  aslâ  pour  le  ma'doùm). 

(3)  Hallâj  :  Akhb,  42;  La  forme  est  sûre  (Taw.  II,  6  );  ce  n'est  ni 
'aniyah,  ni  dniyah  ;  d'ailleurs  Anniyah  figure  dans  la  trad  par  Himst 
et  Kindî  de  l'œuvre  plotinienne  Théologie  d'Aristute  pour  rendre  le 
grec  TÔ  ÔTi,  To  ri  Yiv  eivat  (p.  189  ;  forme  annî  p.  H8).  Syn.  :  shabah, 
mithàl. 

(4)  LesGholât  avaient  posé  le  problème  (Shahr.  II,  26). 


566  CHAPITRE   XII 

en  nous,  comme  le  résultat  de  Texpérience  dans  le  carnet  de 
l'observateur  ;  repérée  par  ses  qualités  propres,  comme  la 
saveur  d'un  fruit  dans  la  bouche,  grâce  à  son  attribut  :  sifat 
al  mawsoûf.  Elle  devient  pour  notre  esprit  comparable,  donc 
assimilable  ;  nous  savons  «  quoi  »  ;  ce  qu'elle  est,  sei  çuiddité, 
jnâhiyah  (1),  son  essence  (dhât). 

3"  haqq^  le  réel,  le  vrai  (de  la  chose)  ;  l'essentiel,  pour 
nous,  dans  la  chose,  c'est  ce  par  quoi  elle  nous  devient  con- 
cevable (2),  ce  «  suc  digestif  spirituel  »,  hadmahroûhâmyah^ 
qui  nous  la  fait  assimiler:  ce  que  nous  avons  de  véritable- 
ment commun,  nous  différents,  avec  elle.  Cette  liaison  se- 
crète qui  soumet  son  essence,  chez  elle  aussi,  à  Dieu  ;  sa 
comparution  devant  Lui,  principe  transcendant  et  gratuit 
de  sa  réalité.  C'est  ainsi  que  dans  les  choses  comme  en  nous, 
il  nous  devient  loisible  d'entrevoir,  bouillonnante,  la  «  Source 
unique  »  des  sources  (3),  Dieu,  sous  les  noms  qu'elles  por- 
tent, sous  les  transcendantaux  qu'elles  reflètent.  Sous  l'être 
pur,  désexistentialisé,  puis  désessencié,  de  chaque  chose, 
notre  désir  reconnaît  la  même  Vérité  unique,  le  Vrai,  le 
Véritable,  al  Haqq  ;  al  Maivsoûf,  Celui  qu'elle  décrit,  al  Mo- 
sammà^  Celui  qu'elle  nomme. 

Ce  troisième  degré  de  la  réalisation  de  la  chose  en  notre 

(1)  Choisi  par  Himsî  et  Kindî  pour  trad.  tô  tî.  Fârâbî  précise  sa  dis- 
tinction d'avec  l'heccéité  {f'osoûs,  p.  66-67).  Comparable  à  la  distinction 
entre  forma  (actus  primus)  et  operatio  (actus  secundus).  Gfr.  Ghazâlî, 
maqâsid,  144. 

(2)  11  ne  faut  pas  s'arrêter  là,  comme  le  panthéisme  qarmate,  et  iden- 
tifier Dieu  au  réel  {tahsîl,  opp.  à  tanzïh,  la'tU,  ta'ivil,  tahqlq).  La  a  théo- 
logie d'Aristote  »  s'arrête  là  aussi  (al  Bûri  =  al  annîyah  aPoûlâ  al  haqq , 
p.  12,  13),  de  même  Fârâbî  {fosoûs,  82,  §  55  seq),  identifiant  Dieu 
à  «  la  vérité  :  de  l'énoncé  conforme  à  son  objet,  ou  de  l'objet  conforme 
à  son  énoncé  ;  delà  réalisation  d'un  être  {lil  maivjoûd  al  hâsil)  :  de  la 
proposition  qu'il  n'y  a  pas  moyen  de  nier  ».Gf.Ghazâlî,  mi.v/ifrd?,  18,28. 

(3)  Halirij,  in  Qor.  XXX,  45^ 


THéOLOGIE    DOGMATIQUE  667 

âme  est  l'ultime  degré  où  la  méditalion,  exerçant  les  puis- 
sances de  l'àme,  puisse  normalement  atteindre.  11  nous  met 
en  présence  directe,  au  seuil  de  l'Etre  transcendant.  C'est  la 
simple  évidence  intellectuelle  du  croyant  monothéiste,  la 
ùddlqïyah  du  «  howa  hoiva  »,  la.  sa/dnah  du  Prophète  (1)  : 
cet  état  prélude  à  la  vision  intellectuelle  de  Dieu,  royah^  note 
al  llallâj  ;  ni  l'une  ni  l'autre  ne  consomment  l'union  mysti- 
que avec  Lui;  qui,  purement  surnaturelle,  est  infiniment 
au-dessus. 

Correspondance  des  termes  employés  par  al  H  alla  j  (2)  : 

l.  Les  choses  [entre  elles)  :  la  nature  : 
Tab'  (rosoûm,  tabâ'i',  'âdât). 

II.  Les  choses  en  tant  que  créées  [entre  elles)  :  l univers  : 
Khalq  (hadath,  khalâ'iq,  sanâ'i\  wasâ'it,  'alâ'iq). 

III.  Les  réalités  des  choses,  devant  Dieu  :  haqaiq  : 

A:  'ilm  al  haqîqah  (3)  ='ilm  alyaqîn  =  wasfal  wàsif  = 
ta'arrof.  B  :  haqîqat  al  haqîqah  =^  'ayn  al  yaqîn  =  sifat 
al  mawsoiif  =  'irfân.  C  :  haqq  al  haqîqah  =  haqq  al 
yaqîn  =  al  Mawsoûf  wàsif  (4)  =  ma'rifah 

IV.  La  divinité  :  al  Haqq. 

Distinction  des  termes  : 

rosoûm  altaV  ts:  khaliqah  (cfr.  .ç?7;)m,p.53).La  délimitation 
de  la  chose  par  Dieu,  le  scel  de  l'individuation,  n'épuise  pas 
toute  l'action  créatrice  qui  s'exerce  sur  elle.  Dieu  fait  chan- 

(1)  Corr.  dans  ce  sens  Taw.,  passim  ;  cfr.  Baqlî,  in  Qor.  X,  36. 

(2)  Taw.  II,  2-4,  8  ;  IV  ;  in  Qor.  Cil,  7  (cfr.  Makkî,  qoût,  I,  119)  ; 
Taw.  III,  9  ;  XI  ;  et  Kal. 

(3)  =  tahaqqoq  (ici  p.  565). 

(4)  =  al  Ma'roùf,  al  Yaqîn. 


568  CHAPITRE    XII 

ger  aussi  les  choses  par  le  dedans.   Hallâj,  contre  Jahm, 
Ash'arî. 

khalîqah^  haqiqah  (1  ).  Le  fait  d'avoir  été  créée, séparée  de 
son  Créateur,  donc  changeante  et  périssable,  n'épuise  pas 
toute  la  substance  d'une  chose,  vis-à-vis  de  Dieu.  Il  y  a  une 
intention  spirituelle  qui  persiste  entre  l'Ouvrier  et  son  œu- 
vre, môme  quand  il  frappe  son  œuvre  de  disparition.  La 
«  disparition  »,  fana,  survit  au  «  disparu  »,  fàni^  remarque 
Mo'ammar.  Chez  l'homme,  en  particulier,  cette  conformité 
à  Dieu  devient  d'ordre  conceptuel,  discursif.  L'agent  physi- 
que [zânt)  d'une  fornication  [zina]  n'épuise  pas  toute  la  réa- 
lité conceptuelle  que  Dieu  définit  «  fornication  »  (Ibn  Kar- 
râm).  Se  prosterner,  —  face  au  soleil,  —  n'implique  pas 
forcément  l'intention  d'idolâtrer  le  soleil  (Marîsî,  Ibn  al 
Râwandî,  Aboû  Hâshim).  kàfir  tsj  kop\  selon  Hallâj. 

wasf>^  ^ifah  (2).  La  <<  description  »,  l'idée  que  je  me  fais 
d'une  chose  n'est  pas  identique  à  priori  à  sa  <*  qualification  » 
exacte.  Ibâdites,  Hanbalites,  Hallâj.  Contre  Jâhiz,  qui,  par 
libertarisme  rationaliste,  véàmi^ifah  à  wa^f.  Contre  Ash'arî, 
qui,  par  déterminisme  occasionnaliste,  réduit  wasf  ksifah. 

haqiqah  nj  ha.qq  (31.  «  La  réalité  (d'une  chose)  n'implique 
pas  le  réel  »  :  «  al  haqiqah  doiin  al  haqq  »,  dit  Hallâj,  suivi 
en  cela  par  Ash'arî.  Dans  les  choses  créées,  parce  que  leur 
réalité,  en  soi,  est  défaillante,  et  que  le  réel^  en  elles,  c'est 
l'intention  créatrice  qui  les  soutient.  Et  en  parlant  du  Créa- 
teur :  le  terme  u  divinité  »  est  moins  fort  que  «  Dieu  »  (4)  ; 

(t)  Problème  de  la  distinction  (sans  contradiction  ;  contre  lesDruzes) 
entre  iâhir  et  bâtin. 

Shahr.  I,  192;  farq.,  ilH,  193,  213  ;  Hazm,  V,  41. 

(2)  Problème  de  la  distinction  entre  soûrah  et  manâ.  Jâhiz,  mokhtâ- 
ràt,  I,  41  ;  Tina'oûtî,  DalU. 

(3)  Non-confusion  de  l'idée  et  de  l'être  (distinction  entre  la  logique  et 
l'ontologie). 

(4)  Macedo  — .  doûn,  ce  qui  est  en  deçà  de  (ppp.  ivarà),  en  dessous 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  669 

l'idée  de  la  consommation  des  attributs  dans  l'essence  sim- 
ple n'épuise  pas  l'Acte  Pur,  le  mystère  essentiel  de  Dieu,  al 
Ghafjh.  Halhij  incline  à  appliquer  ici,  non  la  simple  diffé- 
rence virtuelle  des  mo'taziliteset  de  iNajjàr. entre  attributs  et 
essence,  mais  la  différence  formelle  proposée  par  Ibn  Kollâb 
(et  Ash'arî)  C'est  pour  Lui  seul  que  Dieu  est,  absolument  et 
immédiatement,  la  Vérité  en  soi,  al Haqq  lïl Haqq. 

HaqÎqah,  réalité,  vérité  :  1°  en  grammaire,  le  sens  propre 
d'un  mot  (opp.  majâz,  sens  figuré)  ;  cf.  Qàsimî,  osoùl,  10,99  ; 
2"  en  droit,  emploi  du  mot,  tel  que  la  coutume  (o7'f)  le  fixe 
(umrr)  dans  le  langage  (iMâlik,  ap.  Qâsimî,  /.  c,  43)  ;  3°  les 
monistes  postérieurs  l'ont  confondue  avec  A^r^^. 

Haqq,  réel,  véritable  :  1^  en  grammaire,  conformité  de 
notre  jugement  au  fait,  motâhaqat  al  hokm  lïl  wâqï^  ;  'Anbarî 
croit  qu'il  suffit  de  raisonner  correctement  pour  l'obtenir  ;  de 
même  Jâhiz  et  Dâwoiid  (1  ).  Nazzâm  rectifie  :  c'est  la  confor- 
mité de  la  chose  à  notre  conviction  'iHïqàd)^  et  notre  convic- 
tion n'est  pas  inl'aillible  (2)  ;  2°  en  o^oz//,  la  créance,  ce  à 
quoi  on  a  droit,  ce  qu'on  peut  abandonner  (3)  :  hoqoûq  Allah 

de,  qui  manque  de  ;  la  coque,  autour  de  la  j^raine  ;  la  vasque,  en  des- 
sous de  l'eau.  Ce  terme  signifie  une  conformité  par  le  vide,  le  creux,  le 
manque,  à  cela  qui  n'y  est  pas  impliqué,  mais  qui  seul  comblerait.  Il 
exclut  à  la  fois  l'identité  logique  {howa  hoîva),  l'antagonisme  logique 
(Khilâfy  didd),  la  parité  (nadd)  et  l'inconciliabilité  radicale  (ghayr).  — 
Comme  Tait  l'a  remarqué,  il  faut  se  garder  de  confondre  le  dedans 
(=  Venvers,  si  elle  n'a  que  deux  dimensions)  d'une  chose,  avec  son 
inverse  {=  parité)  ou  son  contraire  {=  antagonisme). 

{l)Kull  mojtahid  mosîb  (Qâsimî,  Le,  38,  72, 138  ;Sh.  niîzân,  I.  28; 
Ibn  al  Mortadâ,  monyah,  63,  67). 

(2)  D'où  sa  définition  de  la  sincérité  (sidq)  :  «  conformité  du  récit 
à  la  conviction  de  celui  qui  le  fait;  que  le  récit  contredise  ou  non  le  fait 
en  soi  ».  Jâhiz,  au  contraire,  la  définit  :  «  conformité  du  récit  à  ce  qu'est, 
en  soi,  le  fait;  aussi  bien  qu'à  la  conviction  (de  celui  qui  fait  le  récit)  » 
(ap.  Sanoùsî,  moqadd,  éd.  J.  D.  Luciani,  1908,  p.  107,  221). 

(3)  Tahânawî,  330. 


SyO  CHAPITRE    XII 

[=^  faraid)  0^^.  hoqoûq  al"  abd  ;  3°  en  théologie  :  c'est 
d'abord  un  adjectif  épithèle  (  «  ïlah  haqq  »  ap.  credo  chré- 
tien, cf.  ('  théologie  »  plotiniennedited'Aristote,  traduite  par 
Himsî  et  Kindî)  ;  il  devient  substantif,  «  al  Haqq  »  tout  court, 
le  «  vrai  Dieu  »  (1),  dans  le  tafsir  édité  sous  le  nom  de  Ja'far 
dans  les  cercles  mystiques  de  Koûfah  :  Ibn  Ghânim,  Ma'roûf 
et  Misrî  l'y  empruntent  ;  après  eux,  le  mot  est  classique  en 
soufisme  (2). 

On  lira  utilement  dans  les  Taivâsîn^  l'apologue  du  papillon 
attiré  par  la  lampe  (chap.  Il,  2-4)  :  «  la  lueur  de  la  lampe, 
c'est  la  science  de  la  réalité  »  ;  sa  chaleur,  c'est  la  «  réalité  de  la 
réalité  ;  l'arrivée  au  contact  de  sa  flamme,  c'est  le  réel  de  la 
réalité  (considérée)  ».  —  «  Le  Réel  est  au  delà  de  la  réalité, 
et  la  réalité  n'implique  pas  (nécessairement)  le  Réel  »  (II,  1). 
—  «  L'apparence  de  la  Loi  (séparée  de  sa  réalité),  c'est  une 
impiété  qui  est  déguisée,  et  la  réalité  de  l'impiété  c'est  la 
sagesse  divine  qui  est  manifestée  ».  —  «  L'impiété  et  la  foi 
se  distinguent  par  le  sens  ;  elles  sont,  quant  à  la  réalité, 
chose  unique  »  (3).  «  Celui  qui  sépare  (en  théorie)  l'impiété 
de  la  foi,  est  un  infidèle  ;  celui  qui  ne  sépare  pas  (jugement 
pratique)  l'impie  du  croyant,  est  un  infidèle  »  (4).  —  ibn 
Hazm  et  Ibn  al  Dâ'î  critiqueront  (5),  chez  Ash'arî,  des  pro- 
positions analogues,  un  peu  déformées  :  «  L'impiété,  au  sens 
propre  (nafs  al  kofr)  est  mauvaise  ;  mais  l'essence  de  Fim- 

(1)  Cfr.  les  noms  composés  du  ttiéophore  «  al  Haqq  »  dès  le  iiP  siècle 
(imâms  zeïdites,  Nâsir,  Hâdî)  ;  le  texte  d'Ibn  al  Mo'tazz  (Shihâb,  safî- 
nah,  éd.  1309,  p.  425).  La  citation  de  Motarrif  (ap.  Sh.  tab.  I,  33) 
semble  interpolée. 

(2)  Le  Dieu  réel,  expérimental,  expérimenté  ;  la  Vérité  que  suppose 
toute  démonstration,  «  le  But  des  rites,  la  Base  des  obéissances  »  (Hal- 
lâj).  Cfr.  Qor.  XXII,  6  ;  XLIl,  17. 

(3)  Cfr.  ici,  p.  256.  Akhb.  35. 

(4)  Akhb.  51. 

(5)  Hazm,  IV,  208  ;  Ibn  al  Dâ'î,  399.  Ibn  Foûrak  les  rétractera. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  b'Jl 

pléiéÇai/nai  kofr)  est  peut-être  bonne,  puisqu'elle  atteste  le 
Créateur  ».  —  u  La  réalité  est  autre  [ghayr)  chose  que  le 
Réel  »  (1). 

c)  Les  ressources  de  la  langue  arabe. 
1.  Les  matériaux  de  la  grammaire. 

Il  est  inutile  de  scruter  les  œuvres  des  mystiques  musul- 
mans si  l'on  n'étudie  pas  de  très  près  le  mécanisme  de  la 
grammaire  arabe,  lexicographie,  morphologie,  syntaxe.  Ces 
auteurs  rattachent  constamment  les  termes  techniques 
nouveaux  qu'ils  proposent  (2),  à  leurs  valeurs  ordinaires,  à 

(4)  La  démarche  ordinaire  de  l'intelligence  est  d'aller  du  dedans  au 
dehors  ;  elle  part  de  la  mention  pure  et  simple  de  l'idée  {tasaicwor, 
dictum  simpliciter)  et  elle  conçoit  l'affirmation  d'une  acception  de  l'idée 
{tasdîq),  pour  aboutir  à  un  jugement  pratique  (hokm).  Ici,  c'est  la 
démarche  inverse,  une  invagination  :  du  dehors  au  dedans:  l'intelli- 
gence constate  la  position  pratique  de  l'idée  {ivasf,  anniyah)  ;  puis,  par 
la  conception  de  son  essence  théorique  {haqtqah),  elle  envisage  son 
principe  premier,  la  Vérité  divine  [haqq).  Dans  la  première  démarche, 
l'étape  conceptuelle  aboutit  h  saisir  l'idée  par  un  côté,  une  acception 
{wajh  d'Aboù  Hâshim,  jihah  d'al  Hallâj).  Dans  la  seconde,  l'étape  con- 
ceptuelle aboutit  à  ce  que  l'idée  nous  pénètre  par  un  angle,  un  attribut 
(sifah),  qui  devient  en  nous  un  état  (hâl).  —  En  soi,  l'étape  est  la  même  : 
wajh  =  hâl  :  la  conception  du  verbe  mental. 

Des  Qarmates  aux  mystiques  contemporains  (surtout  Hallâj),  toute 
la  différence  est  là,  dans  le  but  de  l'investigation.  Ils  emploient  les 
mêmes  termes,  et  procèdent  à  la  même  décomposition,  par  dévêtement 
d'enveloppes  successives,  de  la  réalité.  Mais  au  centre  du  noyau  mis  à 
nu  le  mystique  trouve  l'étincelle  divine  qui  l'extasié  et  le  transfigure, 
et  le  qarmate  la  froide  évidence,  où  il  se  perd,  dans  la  raison  imperson- 
nelle :  sorte  tamen  inaequali... 

(2)  Voir  Mohâsibî,  sur  le  mot  'aql  {=  l.  c.  suprà,  p.  543  ;  comp.  avec 
Ibn  Sîdah,  mokhassas,  III,  15,  28)  ;  'Amr  Makkî  sur  le  mot  taivbah  (ap. 
Ja'far  b.  Hayyâu,  tabaqâl  al  mohaddithin  bi  Isfahân,  ms.  Zah.  tar. 
65)  ;  Hallâj  sur  le  mol  ma'rifah  (ap.  Taw.  XI,  l).  Comp.  M.  S.  Howell, 
Grammar  of  the  classical  arable  language,  4  vol.,  AUahabad,  1880-1911  : 
inventaire  inestimable  des  principaux  traités  classiques  arabes  sur  la 
matière. 


572  CHAPITRE    XII 

l'usage  courant,  constaté  par  les  grammairiens  ;  ils  tirent 
aussi  soigneusement  parti  de  la  diversité  des  formes  et  des 
propositions. 

Comme  l'hébraïque,  la  grammaire  arabe  a  été  dominée 
dans  sa  formation  par  la  considération  d'un  livre  révélé  ;  le 
Qor'ân.  Dans  ce  livre,  l'ange  n'intervient  que  comme  lecteur 
lisant  à  Mohammad  les  décisions  divines  qui  disposent  des 
choses  particulières.  Dieu,  FOnomaturge  de  la  genèse,  res- 
titue ainsi  aux  mots  arabes,  si  souvent  métamorphosés  par 
la  fantaisie  des  poètes  païens,  leur  caractère,  un  scel,  une 
consécration  ;  le  nom  coranique,  ?.???«,  confère  simultanément 
à  la  chose  :  sa  réalité,  selon  la  science  divine,  —  son  exis- 
tence objective  [kaivri)  dans  la  création,  —  et  son  cours  légal 
(hokm)  parmi  nous  :  c'est  le  ivad\  la  «  frappe  »  du  nom  (1). 
Les  mots  sont  donc  des  effigies,  frappées  par  Dieu  lui-même, 
pour  commémorer,  comme  des  médailles  (et  aussi  des  mon- 
naies à  notre  usage),  les  intentions  de  Ses  faits  et  gestes 
singuliers,  de  Ses  créations  particulières.  Le  Qor'ân,  non 
seulement  n'a  pas  à  se  plier  nécessairement  à  nos  conven- 
tions de  prosodie  [nazm]  ou  de  prose  rimée  (■?«;')  (2),  —  mais 
il  ne  doit  ni  sérier  synlactiquement  ces  actions  divines  quant 
au  sens  [i'râb],  ni  signaler  la  différenciation  de  leurs  inten- 
tions par  le  moyen  de  quelque  aspect  [hâi)  :  Dieu  en  étant 
l'unique  et  impénétrable  Auteur. 

L'étonnante  fixité  des  racines  sémitiques,  leur  trilitéralité^ 
déduite,  pour  l'arabe  (3),  dès  Qctrob  (+206/821),—  des 
patients  travaux  de  lexicographes  comme  Khalîl  (+  1  75/791  ), 
—  est  un  phénomène  d'importance  philosophique  considé- 
rable. En  arabe,  l'étymologie  d'un  mot  est  immédiatement 

(1)  0pp.  ihhàm. 

(2)  Bâqillànî,  V/âz  al  Qor'ân,  où  la  question  est  traitée  en  détail  (ma. 
Caire,  I,  128). 

(3)  Pour  riiébreu  par  Jehuda  Chayyug. 


THÉOLOGIK    nOGMATIQUE  578 

repérée  ;  sous  la  forme  la  plus  dérivée  des  quinze  formes 
verbales,  le  mot  reste  perpétuellement  relié,  même  pour 
l'interlocuteur  le  plus  ignorant,  à  la  source  toujours  vive  du 
sens  fondamental,  aux  trois  consonnes  primitives  de  la 
racine.  De  suite,  les  dictionnaires  arabes  ont  pu  être  consti- 
tués sous  une  forme  scientifique,  les  mots  classés  par  radi- 
caux. Référant  ainsi  pour  chacun  au  sens  fondamental  du 
verbe,  du  mode  d'action  créé,  considéré  ;  le  verbe  a  être  » 
désignant  éminemment  l'impératif  créateur  [knn  !). 

La  morphologie  arabe  inventoria  les  différents  aspects  de 
chaque  racine,  non  comme  de  simples  dénominations  iner- 
tes, substantives  (1),  —  mais  comme  des  actualisations  de 
l'action  divine,  des  verbes,  afàl;  le  maximum  d'énergie  se 
trouvant  dans  le  miqwal,  l'impératif,  jugement  pratique, 
orienté  (bi  manâ)  (2).  La  considération  des  noms  s'intro- 
duisit ensuite  ;  après  le  participe  actif  (fcCil)  ;  par  l'étude  de 
l'infinitif,  masdar;  l'événement  [hadath],  l'action  divine 
considérée  au  passif;  sans  mention  de  l'objet  agi  {/z7,  maf- 
oûlmotlaq)  :  résidu  verbal,  àdemi-vidé,  trace  figée  de  l'acte, 
jugement  spéculatif  théorique,  sans  force  prégnante  (3). 

Ces  mots,  ces  formes  verbales,  furent  analysés,  ensuite, 
en  composition  (lalîf),  rangées  dans  leur  ordre  logique  res- 
pectif (4)  :  taqdim,  takhir  :  ce  qu'on  doit  mettre  devant,  la 
proposition  «  introductive  »  (et  le  sujet),  mobladà  :  ce  qu'on 
doit  placer  en  dernier,  la  proposition  «  énonciative  »  (et  l'at- 
tribut),X'/?«<^«r  (5). Dans  leurs  situations  réciproques  (espace) , 

(1)  Cfr.  le  chinois. 

(2)  Tahânawî,  /.  c,  p.  69,  1210. 

(3)  GCr.  Ilallàj,  infrà  {fad  fil  mahabbah).  La  classification  classique 
de  Sîbawayh  {asmâ,  sifdt,  af'nl)  sent  le  mo'tazilisme  ;  en  attendant  le 
classement  hellénistique  [ism,  fi'l,  harf). 

(•4)  0pp.  à  tartlb,  l'ordre  donné,  tel  quel  (Qâsimî,  o.sotH,  45). 
(5)  Les  logiciens  appelleront  le  sujet  niatvdou,  et  l'attribut  ma/imoM/, 
accentuant  la  subordination  du  second  au  premier. 


574  CHAPITRE    XII 

par  rapport  à  celui  qui  les  profère  (motakallïm^  l'®  personne), 
celui  qu'elles  interpellent  (mokhâtih^  2"),  l'absent  dont  elles 
parlent  [ghaib,  3*').  —  Dans  leur  degré  d'actualisation 
(temps)  (1)  :  màdî^  le  parfait,  l'action  parfaitement  décidée, 
tranchée,  réalisée  et  sanctionnée  ;  et  modâri\  l'aoriste  (litf 
«  ce  qui  ressemble  »  au  masdar)^  l'action  qui  s'achève  sous 
condition  (passée,  présente,  ou  future). 

En  poussant  cette  dernière  étude,  les  grammairiens  arabes 
observèrent  que,  tant  à  l'aoriste  {moçldri' )  qu' h  VmûniiU (?7îas- 
dar),  les  racines  verbales  souffraient  alternativement,  dans 
la  prononciation,  d'une  des  trois  «  maladies  »  chroniques 
('ïlal)^  les  trois  colorations  vocaliques  finales,  0,  A,  1.  Qu'au- 
cune d'elles,  dans  le  discours,  n'était  exemptée  de  ces  infir- 
mités ;  «  al  maqâl  manoût  bil  Hlal  wal  afâl  maqroûnah  bil 
shii^k  »,  note  al  lïallâj  (2).  Que  ces  infirmités  vocaliques 
n'altéraient  pas  la  frappe  [wad')  des  verbes  placés  sous  leur 
dépendance  accidentelle  (qarinah)^  que  c'étaient  des  condi- 
tions générales,  déterminant  la  substance  du  discours  lui- 
même,  en  les  soumettant,  transitoirement,  aux  significations 
générales  suivantes  (3),  —  correspondant  à  la  fois  à  ce  que 
nous  appelons  cas,  et  modes  : 

voyelle  dénomination  aoriste  masdar 

0.  dammah.  marfoù'  (élevé, enlevé),  indicatif  (A:^rfa).  nominatif  (sujet). 
A.  fathah.  mansoùb  (dressé),  subjonctif  [kay)  —  accusatif  (régime). 

1.  kasrah.  majroùr  (tiré,  abaissé)  —  génitif  (complément  indirect, 
avec  particules) 

apocope,  sokoùn.  majzoùm  (trancfié).  impérativé(/).  — 

Et,  le  mo'tazilisme  aidant,  ces  «  infirmités  »  vocaliques 
('  ilal)  furent  rattachées  logiquement  à  des  causes  les  engen- 

(1)  Ce  qui  correspond  aux  deux  types  de  décret  divin  admis  par  les 
ahl  alhadîth  :  \rré\ocsihle{mobram),ei cond'it\onxie\{mo'allaq){^ 07 0-a, 
p.  152). 

(2)  In  Qor.  XII,  106. 

(3)  Cfr.  l'idée  de  nombre,  pour  les  noms,  comme  pour  les  verbes. 


THÉOLOGIE   DOGMATIQUE  576 

drant  (taivallod,  d'al  Farrâ),  à  certains  vocables  les  «  régis- 
sant »,  '  awâmil  (1),  les  provoquant  au  moyen  de  particules 
(Im'oûf  al  ''Ual{t)  horoûfai ma'ânî^opp.  âux horoû/ al mabânî, 
consonnes  radicales  sg.    bina),  sans  infirmités  vocaliques. 

La  considération  de  fonctions  générales,  rnadnî,  idées 
immatérielles,  conquérait  ainsi  droit  de  cité  (3)  parmi  les 
grammairiens.  Mais  une  série  de  conflits  (4)  s'élevèrent 
bientôt  entre  le  rationalisme  des  théologiens  mo'tazilites.  et 
les  constatations  expérimentales  des  grammairiens.  Deux 
doivent  être  mentionnés  ici  : 

Quand  les  mo'tazilites  s'efforcèrent  de  saisir  le  sens  unique, 
incommunicable, à  assigner  à  chaque  forme  de  chaque  racine, 
on  vit  que,  comme  les  fonctions  générales  précitées,  les 
mêmes  adjectifs,  .5z/rt^  (=  attributs),  étaient  impartialement 
employés  pour  «  colorer  »  des  mots  différents.  Cette  attri- 
bution commune  attestait  qu'on  pouvait  découvrir  une  si/no- 
nymie  permanente  entre  des  racines  ditîérentes,  dont  on 
avait  cru  les  sens  irréductiblement  distincts.  Problème  des 


(1)  Cfr.  Hallâj.  in  Baqlî,  shath.,  f .  loo^ 

(2)  Pour  0  :  waw,  fa  ;  anna  —  pour  A  :  istithnâ,  tajalli  —  pour  I  : 
bi,  ka  ;  hattà,  moadh,  qisra,  idâfah,  wasf  —  pour  l'apocope  :  shart,  ja/à, 
ma'rifah  (Fârisî  ap.  Ibn  Sîdah,  mokhassas,  XIII,  45  seq.) 

(3)  Sous  trois  formes  d'asmà,  a  noms  »  :  motaràdifah,  homony- 
mes; motawâtiah,  noms  génériques  (de  classe);  moshtarikah,  synony- 
mes (Ghazâlî,  mihakk  al  nazar,  12;  maqâsid,  145).  Correspondant  aux 
trois  types  d'argumentation,  dialectique,  syllogistique  et  parabole,  exa- 
minés infrà. 

(4)  En  grammaire  :  qadâyâ  a'yân  là  to'amm  :  koU  mojtahid  mosîb 
(faux  en  kalâm)  :  il  y  a  des  'ilal  mojawwazah  (il  n'y  a  que  des  moûji- 
bah,  en  kalâm)  :  les  foroù"  priment  les  osoûl  (en  kalâm,  c'est  le  con- 
traire). Cfr.  Qâsimî,  osoul,  105  ;  Ibn  Jinnî,  Khasais,  273  seq.  D'où  les 
polémiques  entre  logiciens  et  grammairiens  (Jàhiz,  Ibn  al  Râwandî  ; 
contre  Ibn  Dorostawayli,  Nâshî  ;  cfr.  Yàqoût.  odahâ,  III,  105  seq.)  :  les 
uns  étudiant  l'instrument  des  échanges  intellectuels  ;  les  autres  la  pen- 
sée, en  dehors  de  ses  conditions  matérielles  d'expression. 


576  CHAPITRE    XII 

synonymes^  motaràdifât  (polyonymie  de  la  chose)  :  nié  par 
Nadr,  Tha'lab,  Ibn  Fâris,  Aboû  'Alî,  ïbn  al  Salâh  pour  qui 
il  n'y  a  qu'?^;?  nom  propre,  pour  une  chose  ;  les  autres  étant 
des  noms  figurés,  des  épithètes  —  contre  Ibn  Khâlawayh 
(200  noms  pour  «  sabre  »,  etc.)  et  Ibn  Jinnî. 

L'étude  de  l'annexion  de  l'article  défini  al,  comme  préfixe 
au  nom  [mmdar],  pour  en  marquer  la  détermination  (subs- 
tantive),  mit  en  présence  d'un  autre  problème.  La  détermi- 
nation dérive  d'une  intention  immatérielle  (et  personnelle), 
elle  ne  devrait  donc  pas  être  saisissable  dans  la  structure 
notée  du  langage  (mais  seulement  dans  une  inflexion  musi- 
cale de  la  voix)  ;  si  elle  se  trahit,  dans  les  noms  d'action,  par 
l'emploi  de  l'article  défini,  al,  —  elle  ne  transparaît,  dans 
les  verbes  eux-mêmes,  que  par  cette  «  temporalisation  » 
exceptionnelle  du  verbe,  qui  ne  nous  réfère  plus  directement 
à  l'action  en  cours,  mais  à  la  personne  interposée  de  l'agent  : 
le  hâl^  l'état  subjectif  du  verbe,  le  présent  historique,  la  nar- 
ration ou  citation,  hikàyah  (I)  ;  phénomène  anormal  pour 
les  grammairiens  arabes  ;  «  récit  sur  l'état  passé,  transposé 
dans  le  présent,  passage  du  niâdl  au  modâri^  »,  par  déplace- 
ment de  ïïdée  »  (Taftazânî),  «  du  mot  »  (Jorjânî). 

Ce  déplacement  de  la  connotation,  n'altérant,  formelle- 
ment, ni  le  mot  ni  l'idée,  montre  bien  (2)  que  la  même  racine 

(1)  Cfr.  suprà,  p.  555.  C'est  toute  la  question  de  rassimilation  trans- 
formante pouvant  intervenir  de  Dieu  à  l'homme  ;  le  passage  du  parfait 
à  l'imparfait,  l'investiture  de  la  parole  (prédéterminée  par  Dieu)  au 
sujet  parlant  :  le  passage  du  style  indirect  au  style  direct.  En  particulier, 
la  hikâyah  est-elle  licite  pour  qui  «  lit  »  le  Qor'ân  ?  Oui,  selon  les  mo'ta- 
zilites  et  les  Sâlimîyah  ;  non,  selon  Ibn  Ifanbal  (parce  qu'impossible) 
et  Hallâj  (parce  que  ce  n'est  pas  une  investiture  sacramentelle,  mais 
une  effusion  imprévisible  de  la  grûcc',  une  intervention  instantanée  de 
l'Esprit  :  Akhb.  12).  Cfr.  Ibn  al  Farrâ,  mo'iamad;  et  ici,  p.  514, 

(2)  Cfr.  aussi  l'emploi  alternatif  du  masdar  comme  participe  actif  ou 
passif  (noùr  =  monawwir,  ou  monawwar). 


THÉOLOGIK    DOGMATIQUE  677 

verbale  est  légitimement  «  prëgnante  »  de  plusieurs  sens  dis- 
tincts. C'est  le  problème  des  homonymes  («  bélérotropie  du 
vocable  »)  :  nié  parles  premiers  grammairiens  et  théologiens, 
notamment  Aboû  Hanîlali,  Aboù  Hàshim,  A.  if.  Baçrî,  il  est 
admis  par  Moqàlil,  Sliàti'î,  Jobba  î,  Bàqillànî  :  pour  qui  le 
«  nom  est  hétérotrope  »,  ism  moslUarik  {\  )  ;  ce  qui  veut  dire  : 
d'abord  qu'il  existe  légalement  des  homonymes  ;  et  aussi 
que  l'idée  n'a  pas  qu'une  acception,  linéaire  (sens  divisé), 
mais  qu'elle  détermine,  dans  le  mot  qui  la  définit,  une  «  cris- 
tallisation '>  à  plusieurs  axes  (2)  (sens  composé). 

2.  La  mise  en  ordre  des  idées. 

Une  disposition  concertée  des  matériaux  du  langage  per- 
met seule  à  la  pensée  directrice  de  s'élucider,  à  l'intention 
maîtresse  de  s'exposer  ;  passant  de  l'état  condensé  (mojmal) 
à  l'état  décomposé  (m.ofas§ai) ,  de  l'implicite  (=  confus,  ishkâl) 
à  l'explicite  \lajalli)\  —  issue  du  tuf  commun  [dimn],  elle 
s'en  dégage  toute  seule,  comme  un  dessin  du  fond  de 
l'étoffe  [idmâr)  (3). 

Certes,  en  principe,  le  mot  doit  être  pris  uniment,  sans  y 
chercher  d'intention  :  «  alasl'adam  al  idmâr  »  (4).  Mais  on 
n'énonce  pas  une  phrase  pour  la  simple   satisfaction  de 

(1)  Gfr.  infrà. 

(2)  Gfr.  la  figuration  des  atomes  polyvalents  en  stéréochimie.  Il  y  a 
donc  une  «  topique  de  la  mémoire  »,  un  canon  de  l'imagination.  En 
effet,  dans  l'usage  normal,  qui  est  forcémeot  fonction  des  tt-ois  dimen- 
sions de  l'espace,  avant  (arrière),  haut  (bas),  droite  (gauche),  un  terme 
ne  peut  subir,  sans  déformation,  que  trois  sortes  de  conversion  imagi- 
naire :  le  contraire  (comme  une  image  dans  une  glace),  {'inverse  (mettre 
la  tête  en  bas,  aller  des  conséquences  à  la  cause),  et  Vintussusception 
(comme  d'un  gant  qu'on  retourne  momentanément  à  l'envers  pour  le 
réparer)  ;  voir  les  recherches  de  Listing  et  de  Tait  sur  la  géométrie  de 
situation.  Distinction  entre  didd,  naqid  et  khilâf. 

(3)  Tahânawî,  s.  v,  bayân. 

(4)  Qarâfî,  ap.  Qâsimî,  osoûl,  45,  n.  'i,  ?>S,  n.  2. 


578  CHAPITRE    XII 

construire  une  proposition  grammaticale  correcte  ;  renon- 
ciation ^ibârah,  larliétorique,  hayân,  dépasse  la  grammaire  : 
elle  assigne  un  but  supérieur  commun  à  la  somme  des  sons, 
des  sens  et  des  fonctions  des  mots  isolés  qu'elle  groupe  et 
concerte  :  elle  argumente,  elle  expose  un  jugement. 

Nous  distinguerons  avec  Ghazâlî  (1)  et  Tbn  Roshd  (Aver- 
roès),  trois  types  différents  dans  la  marche  de  l'argumenta- 
tion. 

(a)  La  marche  dialectique  (2),  tariqah  jadaliyah  (qiyâsjalî, 
ïlâm),  particulière  aux  théologiens.  Elle  part  d'une  hiérar- 
chie positive,  établie  à  priori,  entre  les  deux  faits  considérés 
(taqaddom,  afdaliyah)  (3).  Elle  passe  du  «  tronc  »  [a^l)  à  la 
«  bran<the  »  {far^)  (4),  et  conclut  à  fortiori  (argumentations 
a  minoriad  majus,  amajoriad  minus  — ,  les  deux  premières 
x<  voies  »  de  la  Halaca  lalmudique).  Et  elle  ramène  la  solu- 
tion d'une  question  nouvelle,  à  celle  du  problème  général 
ainsi  résolu  {radd  al ghà'ib  ilà  al  shâhid).  Elle  constate  sim- 
plement que  l'ordre  des  deux  faits,  «  c'est  ainsi  »,  'anna^ 
«  voici  ».  Elle  n'envisage  dans  les  deux  choses  que  leur 
heccéité  incommunicable,  leur  vestige,  rasm  ;  et  elle  dénonce 
leur  distinction  réelle  [ghayr  :  plus  vaste  que  la  contradiction, 
{'aks)^  owXeuv  identité  totale  (itrâd).  Nafy^  ou  ithbât  :  pas 
de  milieu  entre  ces  deux  alternatives. 

Aussi  la  forme  préférée  des  dialecticiens  est  l'argumenta- 
tion par  le  dilemme  :  ibtâl^  acculer  à  l'absurde  ;  motâlabah^ 
montrer  que  la  comparaison  pèche  au  dehors  par  un  côté  ; 
mo'âradah^  signaler  une  contradiction  interne  —  Ou  faire 
constater,  par  l'évidence,  tahqîq,  — l'univocité. 

C'est  l'argumentation  d'autorité,  la  présence  victorieuse 

(l)  Maqâsid,  p.  9  :  tadammon,  motdbaqah,  iltizdm. 

(i)  L'iaverse  de  la  syaecdoque  ;  critiquée  par  Ibn  al  Râwandî. 

(3)  Gfr.  suprà,  p.  552. 

(4)  Noms  réservés  ensuite  au  petit  et  au  grand  extrême  du  syllogisme. 


THÉOLOGIli:    DOGMATIQUE  679 

du  fait  invoquée,  —  comme  le  triomphe  sensible  des  mira- 
cles de  Moine  {lahaddl)  {i).  Elle  prouve  l'existence  de  Dieu 
par  le  décret  créateur  :  ^«vm,  le  bon  plaisir  ;  ta/chfi?^  Dieu 
aurait  pu  faire  le  monde  autrement;  tarjîh,  Dieu  aurait  pu 
ne  pas  le  créer. 

La  hiérarchie  positive  des  faits,  qui  sert  de  base  à  cette 
méthode,  repose  sur  l'acceptation  d'une  autorité  enseignante. 

Ex.  :  Qor'ân,  XIV,  29-33  :  «  la  bonne  parole  est  comme 
un  arbre...  »  —  C'est  Shàfrî  qui  a  posé,  en  Islam,  les  règles 
de  cette  argumentation,  dite  borhân  anni,  ou  islidlâl^  dé- 
duction. Ibn  Hanbal  et  Dâwoûd  les  précisèrent  avec  encore 
plus  de  rigueur,  montrant  que  le  sens(m«'yïd)  de  l'as/ devait 
coïncider  en  tout  avec  le  sens  du  far\  pour  que  la  déduction 
soit  valable  [tanqth  al manât)  (3).  De  môme  l'imàmite  Nàshî 
{qiyâs  mottarid'alala^lalma'roûf).  —  On  trouve  de  bons 
exemples  de  cette  argumentation  dans  le  tafsir  de  Tostarî, 
p.  46, 116,  121. 

(b)  La  marche  syllog'utïque  (4),  tariqah  borhànïyah  [qiyâs 
khafi,  tamthill,  tciHill  ;  istihsân),  des  juristes  hanéfiles  et  des 
philosophes  hellénisants:  c'est  le  dégagement  d'un  moyen 
terme  (^^7^7),  entre  les  deux  faits  considérés,  pris  respecti- 
vement comme  majeure  et  mineure  d'un  syllogisme.  Elle 
conclut  a  simili,  de  la  même  cause  (moyen  terme)  aux  deux 
effets  semblables  (cfr.  les  voies  111 -VII,  XII-XIll,  de  la 
Halaca   talmudique).  Elle   formule  le  diagnostic,    pose  le 


(1)  Cfr.  suprà,  p.  365. 

(2)  Infrà,  chap.  XII-v. 

(3)  Qâsimî,  osoûl,  68,  1.  o,  Manât,  dépendance  substantielle  :  opp.  à 
qarinah,  accidentelle  (cfr.  suprà,  p.  574). 

(4)  L'inverse  de  la  métonymie.  Elle  amène  à  représenter  le  moyen 
terme  cherché  par  un  signe  caractéristique  permanent,  commun  aux 
deux  choses.  Ex.  :  cette  vache  et  cette  viande  sont  saines. 


580  CHAPITRE    XII 

«  pourquoi  »,  Uma\  ce  ne  sont  plus  les  simples  silhouettes 
des  deux  choses  qu'elle  considère,  mais  une  relation  géné- 
rale commune  (qarînah)  qu'elle  en  dégage,  par  quoi  elle  les 
compare,  moyen  d'investigation  analytique  (secundum  quid, 
7nin  wajh  doûn  wajh)  renseignant  sur  leurs  essences.  «  De 
même  que,  tout  ainsi  que...  »  (ka^  mithl).  Inventoriant 
ainsi,  un  à  un,  les  éléments  simples  que  ces  deux  concepts 
ont,  ou  non,  d'analogues  {jam\  farq\  qat\  wa?l)^  elle  con- 
clut à  leur  identité  incomplète,  par  équivocation  :  «  Elle  n'est 
pas  lui,  et  elle  n'est  pas  autre  que  lui,  La  hya  howa,  wa  là 
hya  ghayroho  »  :  telle  est  la  formule  classique  de  la  distinc- 
tion formelle  [hayn^  doûn)  :  ce  qui  est  concevable  distinct. 

C'est  l'argumentation  rationnelle  par  excellence,  la  re- 
cherche analytique  du  concept  indispensable,  permettant 
de  poser  \''x{\)  du  problème  à  résoudre.  C'est  ce  que  fit 
Wâsil,  en  isolant  l'idée  du  fâsiq,  musulman  coupable  de 
péché  grave  ;  concept  incomplètement  identique,  donc  for- 
mellement distinct,  de  deux  autres  concepts  antérieurement 
définis  «  musulman  croyant  »,  et  «  impie  »  (2).  De  même 
Jahm,  pour  l'idée  de  l'essence  divine  (3),  — demêmeHishâm 
et  Ibn  Kollâb  pour  les  attributs  divins,  qu'ils  isolèrent  à  la 
fois  de  l'essence  divine  et  du  monde  créé  (4).  De  même 
Hallàj,  pour  la  sagesse  divine,  ma'rifah,  cette  conception 
pure  de  Dieu,  où  II  peut  Se  former  dans  l'âme  humaine. 
«  Elle  n'est  pas  Lui,  et  elle  n'est  pas  autre  que  Lui  »  (5). 

En  revanche,  au  point  de  vue  synthétique,  la  marche  syl- 
logistique  est  pleine  d'embûches  ;  les  «  généralités  »  qu'elle 
forge  sont  constamment  à  reviser.  Ce  sont  des  cadres  provi- 

(1)  Le  nexus,  w  iqtirân  »  (opp.  «  iiifikâk  »)  (cfr.  infrà,  ^  V). 

(2)  Voir  infrà,  §  iV. 

(3)  Ibn  Hanbal,  radd  'alàl  zanâdiqah,  f.  A^  ;  Hazm,  IV,  205. 

(4)  Farq.,  49-50.  Et  infrà,  §  IIL 
(5)Taw.,  XI,  23. 


THEOLOGIE    DOGMATIQUK  58l 

soires,  des  classements  déduits  (islïdlâl)  de  telle  ou  telle 
relation  générale  commune,  et  très  ditférents,  suivant  qu'on 
a  choisi  (arbitrairement),  celle-ci  ou  celle-là.  Il  y  a  le  risque 
sophistique  de  prendre  l'identité  incomplète  pour  l'identité 
complète  (que  le  syllogisme  ne  peut  procurer  qu'en  théorie). 
L'expérience  fut  d'ailleurs  abondamment  faite,  en  Islam, 
par  l'école  juridique  d'Abou  Hanîfah  (1).  Le  maître  avait 
posé,  comme  condition  de  la  validité  du  syllogisme  :  u  l'éga- 
lité, entre  le  grand  extrême  et  le  petit  extrême,  relativement 
à  la  cause  du  statut  juridique  du  grand  extrême,  mosâwât  al 
far'^  m  asl  fî  'illat  hokmihi  ».  Mais  seul  le  discernement 
(ibânah)  d'un  spécialiste  peut  apprécier  cette  «  égalité  )>.  De 
plus,  il  n'y  a  pas  qu'une  «  cause  »  commune  susceptible  de 
jouer  le  rôle  de  moyen  terme  entre  les  deux  extrêmes,  il  y  en 
a  plusieurs  :  si  la  cause  canonique  Çillah  man^oûmh)  de  l'in- 
terdiction du  vin  est  qu'il  enivre,  le  vinaigre  est  licite  ;  si 
c'est  qu'il  est  fermenté,  le  vinaigre  est  interdit.  LesHanéfites 
se  perdirent  dans  cette  recherche  interminable  des  causes 
«  logiques  »,  à  laquelle  Màlik  se  déroba,  —  et  que  Shàfi'î 
supprima,  avec  beaucoup  de  bon  sens,  en  droit  canon. 

L'argumentation  syllogistique  n'a  qu'un  procédé  de  clas- 
sement sûr,  la  numération,  le  dénombrement;  et  qu'une 
synthèse  satisfaisante,  la  hiérarchie  naturelle  des  nombres 
par  rapport  à  l'unité.  C'est  dans  ce  sens  de  l'ordre  graduel 
et  du  précepte  conditionnel  que  les  philosophes  ont  développé 
leurs  preuves  de  l'existence  du  Dieu  unique  :  harmonie  des 
lois  de  l'univers,  uniformité  de  la  loi  morale  pour  tous  les 
hommes.  La  première,  la  preuve  par  \'azamah,  majesté 
divine,  apparaît  d'abord  chez  le  shî'ite  Mofacldal,  puis  chez 
Mohâsibî  et  Ibn  Karràm  (2). 

(1)  Cfr.  Tahânawî,  s.  v.  qiyàs. 

(2)  Mofaddal,  tawhîd,  éd.  Stamboul,  1330;  Mohâsibî,  'azamah,  ms. 
Faydiyah,  1101,  §  IV  ;  Shatir.  I,  146-147. 


582  CHAPITRE    XII 

(c)  La  parabole  poétique,  tariqah  khitâbiyah^  chère  aux 
mystiques;  marche  d'argumentation  admise  par  Ghazâlî, 
comme  susceptible  de  mener  à  la  vérité  ;  ce  que  nie  Ibn 
Roshd  (1). 

C'est,  en  eft'et,  relativement  à  son  point  de  départ,  la  plus 
hunnble,  la  plus  malaisée  à  saisir  des  marches  de  l'argumen- 
tation. Elle  ne  part  pas,  comme  la  dialectique,  d'un  ordre 
de  fait,  posé  à  priori  ;  ni,  comme  le  syllogisme,  de  la  recher- 
che d'une  (c  cause  »  commune  Çiilah),  d'un  moyen  terme 
analogique  ;  mais  simplement  d'un  rapport  indéterminé 
[nishah,  nasab)  (2),  d'une  proportionnalité  hypothétique 
esquissée  entre  les  deux  faits  considérés.  La  parabole  pro- 
pose Texplicitation  réelle  d'un  sens  figuré  ;  c'est  l'inverse  de 
la  métaphore:  un  adjuvant  à  la  réflexion,  une  adéquation 
soudaine  de  l'idée  au  réel  ;  une  intégration,  une  vivification 
spirituelle.  C'est  par  une  espèce  de  transport,  tajdwoz,  qu'elle 
incite  à  passer  du  sens  figure  au  sens  propre,  de  l'image  à  la 
réalité  ;  transfigurant  le  sujet  pour  qu'il  se  consomme  en 
son  objet.  Elle  part  d'une  distinction  qu'elle  sait?'ée//e,  pour 
proposer  une  identification^  une  imion  à  réaliser. 

Ce  n'est  plus  la  prédication  immédiate  d'une  identité,  ni 
même  la  tlièse  démontrée  d'une  relation  permanente,  — 
c'est  la  pure  (et  si  féconde)  hypothèse  :  qu'entre  les  deux 
choses  considérées  une  convenance  exquise  peut  être  conçue, 
qui  les  dépasse,  et  qui  va  nous  concerner  aussi  :  que  la  ren- 
contre fortuite  qui  les  a  associées  à  nos  yeux  est  une  atten- 
tion à  notre  égard,  un  regard  à  notre  intention,  fait  pour 
nous  attirer,  avec  elles,  vers  un  même  point  de  convergence 
final  (3). 

(1)  Manâhij  al  adillah,  19. 

(2)  Entre  'omdah  et  fadtah,  entre  masdar  et  hâl. 

(3)  Avec  les  mêmes  éléments  de  folklore  humain,  quelle  différence 
dans  la  construction  intentionnelle  des  paraboles,  jàtakâs  bouddhiques 


THKOLOGIB    DOGMATIQUE  583 

La  parabole  n'est  pas  le  simple  rappel  de  renchaînement 
de  deux  fails,  ni  l'analyse  comparative  de  deux  schèmes  au 
point  de  vue  logique;  le  rapport  indéterminé  qu'elle  pose 
entre  l'un  et  l'autre  fait  de  l'un  le  sujet,  et  de  l'autre  l'objet  : 
c'est  un  fil  conducteur  qu'elle  tend,  un  germe  d'union  qu'elle 
sème,  l'insinuation  d'une  intention  maîtresse,  une  invitation 
à  choisir.  Aussi,  pour  comprendre  une  parabole,  faut-il 
refaire  en  soi-même  une  espèce  d'expérimentation  morale 
du  sujet,  s'en  revêtir,  en  «  revivre  »  un  instant  l'histoire,  la 
concevoir  d'un  coup,  comme  le  drame  classique  condensé 
par  la  règle  des  trois  unités  ;  alors,  seulement,  on  peut  arri- 
ver à  goûter  (dfiawq)  ce  qu'est  l'objet  de  la  parabole.  Elle 
attire,  par  sa  simple  grâce  ;  et,  comme  l'avertissement  Çibrah) 
d'un  conseil,  elle  peut  engendrer  la  vocation. 

Cette  marche  de  l'argumentation  a  été  condensée,  en  syn- 
taxe arabe,  sous  une  forme  elliptique  extrêmement  remar- 
quable, istU/mâ,  «  l'exception  »  ;  cara(îtéristique  de  la  syntaxe 
sémitique  en  général  (cfr.  les  voies  VIIl-XI  de  la  Halaca 
talmudique).  «  L'exception  «juxtapose,  sous  la  forme  d'un 
parallélisme,  deux  propositions  dont  le  contraste  éclate.  La 
formule  générale  de  Vistithnâ  est  celle-ci  :  «  Il  n'y  a  pas  rf'y, 
sinon  [=^  excepté)  W  ».  Le  saut,  qu'une  formule  aussi  hétéro- 
gène impose  à  l'intelligence,  a  choqué  à  bon  droit  les  logi- 
ciens, arabes  et  musulmans.  Vistithnâ  est  pourtant  un  type 
de  phrase  qui  se  tient,  elle  peut  aider  la  pensée  à  trouver  la 
vérité  ;  ce  n'est  ni  une  affirmation  simple,  ni  une  tautologie  ; 
ni  un  dilemme  indécis,  ni  un  enthymème.  C'est  un  rudiment 
de  parabole  :  la  juxtaposition  de  deux  propositions,  l'une 
sujet  (niobtada)^  l'autre  attribut  [khabar]  :  «  £"  -f-  7  »  :  une 
universelle  négative,  E,  suivie  d'une  particulière  affirma- 

(résorption  dans  l'indéterminé),  /^éa^iiuc^es  judéo-chrétiennes  (coopéra- 
tions distinctes  à  la  même  œuvre,  au  même  Royaume),  et  amthàl  cora- 
niques (séparation  de  l'homme  d'avec  Dieu). 


5?4  CHAPITRE    XII 

tive,  7.  La  phrase  conclut  d'elle-même,  irrt^sistiblement  ;  la 
seconde  proposition,  /'e:rce;^^?o;i,  transcende  la  première,  qui 
énonce  la  règle.  L'istithnâ  figure  à  chaque  page  du  Qor'àn  (1  ), 
et  malgré  les  réserves  de  certains  logiciens  musulmans  (2), 
on  peut  en  citer  comme  type  le  premier  membre  de  la  pro- 
fession de  foi  musulmane,  la  shahâdah  :  «  Il  n'y  a  pas  de 
divinité,  excepté  Dieu  »  (3).  En  droit,  le  terme  istïthnâ  s'ap- 
plique au  rappel  du  «  fait  de  Dieu  »  :  il  pose  cette  exception, 
imprévisible  et  souveraine,  qui  menace  à  chaque  instant 
d'interrompre  l'ordre  normal  des  événements,  loi  naturelle 
ou  règle  canonique,  —  pour  ceux  qui  croient  en  l'omnipo- 
tence divine  (4). 

Le  problème  se  posa  de  suite  en  Islam,  et  d'une  manière 
générale,  pour  tous  les  contrats,  toutes  les  déclarations  faites, 
devant  témoins,  [»ar  les  croyants  ;  l'adjonction  rituelle  de  la 
clausule  «  s'il  plaît  à  Dieu  »  [istithnâ)  risquait  de  devenir, 
dans  la  bouche  des  hypocrites,  l'échappatoire  les  dispensant 
de  tenir  leurs  engagements  pour  l'avenir  (dettes,  promes- 
ses) (5),  —  sous  le  prétexte  que  les  jeux  de  hasard  (marchés 
à  terme,  assurances  =:??myfz>)  sont  interdits,  par  le  Qor'ân. 

La  solution  fataliste  et  défiante  d'Ibn'Abbâs,  maintenant 
obligatoirement  l'efficacité  de  Vistithnâ  prononcé,  même 
quand  il  y  avait  eu  serment  prêté,  et  au  bout  d'un  an  écoulé, 

(1)  Qai  la  définit  expressément  (LXVIII,  18). 

(2)  llâh  est  un  genre,  mais  AUâh  ne  rentre  pas  dans  un  genre.  — 
En  réalité,  aucune  istithnâ  n'est  proposition  régulière  monogène. 

(3)  Qor.  XLVII,  21  ;  II,  256  (howa)  ;  XVI,  2,  IX,  31  fana').  Cfr.  II 
Reg.,  XXII.  32  ;  Ps.  XVII,  32  ;  Deut.,  XXXIU,  26. 

(4)  Voir  Moqâtil,  tafslr,  ap.  Malatî,  f.  137-138.  Qosh.,  I,  49.  Ibn  al 
Farrâ,  mo'tamad.  Ibn  BatUih  'Okbarî  (H-  450/1058),  osoûl  al  sonnah. 
Ghazâlî,  ihyâ,  I,  91.  Ibn  al  Uà'î,  392,  395,  398,  406.  Tina'oûtl,  dalîl 
H  ahl  al  'oqoûl  (ibâdite).  Qâsimî,  osofil,  31,  50,  î07.  Cfr.  'Alî  Qârî 
(monographie  citée  par  Brockelmann,  II,  324). 

(5)  Discussion  entre  Sho'ayb  et  Maymoûn  {farq.^  74-75). 


TnéOLOGIE    DOGMATIQUE  585 

—  fut  adoptée  par  les  Khàrijites,  et  (atténuée)  par  Ibn  Han- 
bai  et  Ash'arî.  Pratiquement,  elle  était  intenable  [\).  Le  Kha- 
life'Alî,  Aboû  Dharr  et  Ibn  Mas'oûd,  eurent  la  sagesse  d'an- 
nuler Yistithnâ  pour  les  engagements  sociaux  à  effet  immédiat 
[filhâl:  déclarations  d'héritage,  témoins  en  justice).  Mais, 
pour  ceux  dont  l'effet  est  à  venir  (/?'/  moslaqbal),  seuls  les 
mo'tazilites  et  hanéfites  annulèrent  explicitement  X'istï- 
thnâ(2). 

Vistithnâ,Vexc,e\>i{on  «  s'il  plaît  à  Dieu  »,  est  restée  le  signe 
distinctif,  la  parabole  type  de  la  vie  sociale,  pour  la  Commu- 
nauté islamique.  On  y  a  vu  à  tort  un  serment  en  forme  de 
cercle  (3),  un  blasphème  implicite,  une  invocation  de  Dieu 

(1)  Le  Qor'ân  ayant  brisé  la  croyance  en  la  valeur  absolue  du  ser- 
ment, et  calmé  les  appréhensions  du  parjure  par  l'institution  de  la 
kaffàrah  (V,  91),  il  fallut  trouver,  pratiquement,  une  restriction  sûre 
à  l'abus  de  Xist\thnâ  :  ce  fut  l'introduction,  dans  les  conventions,  d'une 
condition  liant  les  parties  contractantes  en  cas  de  non-exécution  :  impli- 
quant, par  exemple,  l'enpfagement  d'honneur  de  divorcer  en  cas  de 
défaillance,  d'avec  sa  femme  préférée  {talâq  mo'allaq).  Dans  le  Qor'ân, 
déjà,  le  iihdr  est  «  conditionnel  »  (LVIII,  2-4). 

(2)  Il  y  a  un  cas  particulier  célèbre  :  le  croyant  sincère  peut-il  oser 
dire  :  «  Je  suis  croyant  »  (ana  moiïmin),  en  sous-enfendant  «  réelle- 
ment »  {haqqà)7  Ou  bien  est-il  tenu  d'ajouter  l'exception  «  s'il  plaît  à 
Dieu  »  (in  sha  Allah)  ?  —  Oui,  obligatoirement,  pour  le  présent  et  pour 
l'avenir,  déclare  Ibn  'Abbâs  et  son  école,  par  défiance  et  abandon  (=  ta- 
barrî  tawakkol).  —  Non,  pour  le  présent,  oui,  pour  l'avenir,  mais  avec 
humilité  et  sans  douter  [shakk)  de  la  bonté  divine  :  IbnMas'oùd,  Hasan, 
Thawrî,  Ibn  Adham,  Ibn  al  Mobârak,  'Alqamah,  Ibn  'lyâd  ;  Ibn  Foû- 
rak,  Sahl  So'loùkî.  —  Non,  ni  pour  le  présent,  ni  pour  l'avenir,  disent 
les  mo'tazilites  (par  libertarisme),  Mâtorîdî  et  Ibn  Karrâm  (par  fidéisme), 
Mohammad  Tâhir,  Isfara'inî  et  Baqillànî  (par  déterminisme),  Wâsitî 
(par  quiétisme).  —  Fâris,  seul  fidèle  à  la  doctrine  d'al  Hallâj,  montre 
qu'ai  Kbidr  ne  fait  pas  istithnâ,  tandis  que  Moïse  le  fait  (Baqlî,  in  Qor. 
XVIII,  68).  Ilallâj,  maintenant  la  distinction  de  Hasan,  disait,  en  orai- 
son, «  ana'  kàfir  »  (Baqlî,  shath.,  155^,  et  ici  p  123  I.  4),  et,  en  extase 
«  ana'l  Haqq  »  (cfr.  suprà,  p.  525). 

(3)  Vamin  da'irah. 


586  CHAPITRE    XII 

immédiatement  résolutoire  de  la  promesse  précédemment 
prêtée  en  L'invoquant.  —  C'est  un  espoir  discret  que  Dieu,  au 
fond,  estbon  ;  qu'il  voudra  bien,  un  jour,  en  personne,  libé- 
rer le  croyant  des  prescriptions  pesantes  de  la  Loi  révélée. 
Déih,  la  shahâdah  aliesle  que  \a  réalité  de  Dieu  transcende 
l'idée  que  la  raison  et  la  révélation  nous  fournissent  de  la 
«  divinité  ».  Dieu  n'est  pas  conjuré,  à  priori,  par  nos  ser- 
ments ;  ils  ne  sont  valables  que  s'ils  correspondent  à  la  vérité 
divine  ;  or,  elle  ne  dépend  pas  de  notre  arbitraire,  quoiqu'il 
nous  en  constitue  parfois  l'interprète. 

De  même  dans  les  conventions  sociales  :  le  recours  au 
«  s'il  plaît  à  Dieu  »  trahit,  de  la  part  du  croyant,  un  souhait, 
m  petto  :  que  Dieu  lui-même  vienne  à  son  aide,  pour  lui 
remettre  la  dette  qu'il  contracte,  sans  avoir  de  quoi  la  payer. 
Dieu  seul  peut  exécuter  nos  contrats  avec  Lui-même,  et  rési- 
lier nos  contrats  avec  les  hommes.  Telle  est  l'idée  directrice 
d'une  série  de  solutions  juridiques,  mentionnées  ici-même. 
Celle  d'ibn  Sorayj  (1),  libérant  le  Qarmate  pénitent  de  son 

(1)  P.  166,  I.  18.  (Vest  la  fameuse  mas'alah  sorayjiyah  (Groldziher, 
introd.  au  moslazhirî  de  Ghazâlî,  qui  l'admit  un  moment,  p.  78-79  ; 
cfr.  texte,  p.  57).  Les  Qarmates  faisaient  prononcer  au  nouvel  initié 
une  déclaration-contrat,  liant  indissolublement  son  divorce  d'avec  sa 
femme  préférée  (cfr.  ici,  p.  585,  n.  1)  à  sa  divulgation  des  secrets  de 
leur  secte.  Or  la  doctrine  qarmate  est  une  doctrine  d'émancipation  inté- 
grale (où  fard  devient  nâfilah,  et  mahzoûr,  mobâh).  Le  lien  indissolu- 
ble, le  nexus  prétendu  {iqtirdn)  n'est  donc  que  subjectif,  entre  la  raison 
(à  part  soi)  et  l'idée  ;  il  est  justiciable  delà  liberté  individuelle,  de  la 
seule  raison  de  l'initié.  Ibn  Sorayj  montre  au  Qarmate  pénitent  que  la 
déclaration  qu'il  a  faite  n'est  pas  un  vœu,  mais  un  cercle  vicieux.  En 
adhérant  à  une  doctrine  de  liberté  inconditionnée,  il  n'a  pu  conditionner 
son  adhésion.  11  peut  donc  établir  tout  autre  nexus  idéal  qui  lui  convient, 
aux  lieu  et  place  de  cette  déclaration-contrat.  Par  exemple  cette  suppo- 
sition-ci :  «  Si  jamais  je  déclare  divorcer  (taldq)  d'avec  N  (ma  femme 
préférée),  je  l'ai  déclaré  déjà  trois  fois  d'avance  ».  Un  mariage  supposé 
dissous  d'avance  ne  peut  être  supposé  l'objet  d'un  nouveau  divorce.  Les 
deux  suppositions  s'annulenl,  le  prétendu  pacte  est  dissous,  grâce  à  une 


THléOLOGIE    DOGMA,TIQUE  DSy 

contrat  d'initiation  impliquant  divorce,  en  lui  montrant  que 
la  raison  ne  peut  se  lier  contre  elle-même  par  un  nexiis  in- 
dissoluble. Celle  d'al  Hallâj, permettant  au  musulman  fervent 
de  s'acquitter  Azc  et  ?iunc  de  cette  condition  (du  contrat  de 
société  islamique)  qu'est  le  pèlerinage,  hajj  (i),  en  lui  remé- 
morant qu'il  n'y  a  pas  de  pacte  inexécutable,  avec  Dieu. 
Exemples  d'argumentation  tirés  des  œuvres  d'al  Hallâj  : 

(a)  marche  dialectique:  parallélisme  antithétique  (Taw., 
XI,  10),  et  synthétique  (id.  XI,  i5  fin)  ;  arguments  a  minori 
ad  majus  (Taw.,  XI,  14,  19)  ;  anaphore  (Taw.,  XI,  H). 

(b)  marche  syllogistique  : 

sorite  traduit  in  extenso,  suprà,  p.  476-477  ;  cfr.  p.  496. 

(c)  parabole  : 

Le  cercle  qui  na  pas  de  porte,  et  dont  le  centre  ne  peut 
êlre  atteint  que  par  un  transport  de  la  pensée  (Taw.,  fV,  3). 

La  lampe  et  le  papillon,  qui  l'aperçoit  et  s'y  brûle.  «  Il  de- 
vient :  celui  qui  est  arrivé  à  la  vision  [nazar),  et  ne  se  soucie 
plus  d'en  entendre  parler  ;  puis,  celui  qui  atteint  l'Objet  de 
la  vision  (manzoûr),  et  il  ne  se  soucie  plus  de  regarder  » 
(Taw.,  H,  4). 

suggestion  de  non-divorce  (ce  qui  est  meilleur  que  le  divorce),  et  la 
conscience  du  pénitent.est  libérée.  —  Les  tenants  de  cette  thèse  ont  été  : 
Mozanî,  Ibn  Sorayj,  Ibn  al  Haddàd,  QatTâl  et  Aboù  Ishâq  Shîrâzî  (Sh. 
niîzân,  II,  ilo).  —  Cf.  le  pari  de  Pascal. 

(1)  Ici,  p.  275-283  ;  347-348.  En  effectuant  sur  place  les  rites  cérémo- 
niels  prescrits  k  la  Mekke  ;  et  en  payant  le  triple  de  la  kaffârat  al 
aymân  prévue  par  le  Qor'àn  (V,  91).  Les  juristes  l'appellent  kaffârat 
al  hinth,  «  expiation  commutatrice  du  parjure  ».  Elle  ne  commue  ici 
évidemment  que  la  partie  du  contrat  afférente  aux  hommes  (==  les  pau- 
vres de  la  Mekke),  les  u.anâsik  ;  non  pas  la  partie  due  à  Dieu  et  incom- 
mutable  (=  les  rites  cérémoniels)  :  distinction  inattendue  en  Islam. — 
La  conception  hanbalite  assimilant  le  hajj  à  une  obligation  sacramen- 
telle universelle  est  intenable  dans  la  pratique  (cfr.  supra,  p.  347,  n.  1). 
Les  imâmites  et  Hallâj  en  font,  ce  qui  est  plus  sensé,  un  «  contrat  de 
profession  islamique  >>,  exécutable  en  dehors  de  la  Mekke  :  la  Ka'bah 
n'étant  qu'un  moyen,  non  une  fin,  du  culte. 


588  CHAPITRE    XII 

Commentaire  du  Qorân  (II,  109):  «  Où  que  vous  vous 
tourniez,  c'est  face  à  Dieu  ».  «  Telle  est  l'image  (1),  dit  al 
Hallâj,  de  l'apparilion  de  Dieu  à  Sa  création  ;  comme  la  lune, 
dont  le  premier  croissant,  visible  dans  toutes  les  contrées, 
se  dissimule  derrière  les  ruines  et  les  monuments  :  qu'elles 
s'écartent,  ces  ruines  !  Et  c'est  la  Lune,  alors,  qui  regardera 
(par  notre  œil)  ;  elle  ne  sera  plus  (pour  nous)  Celle  qui  est 
regardée  (2)  >». 

3.  Les  graphies  synthétiques  ;  V alphabet  philosophique  (jafr). 

Dans  nos  textes, le  langage  fait  passer,nous  l'avons  signalé, 
d'une  idée  à  une  autre,  en  établissant  de  l'une  à  l'autre  : 

(a)  tantôt  une  subordination  positive,  l'inverse  d'une  hié- 
rarchie ;  ex.  :  des  branches  au  tronc  de  l'arbre  (3). 

(b)  tantôt  une  interdépendance  logique,  un  nexus  perma- 
nent :  image  de  la  copropriété  d'un  moyen-terme  interposé  : 
propriété  ^énév\(\\x&,  khaslah.  Ex.  :  la  fécondation  réciproque 
(talqih)^  signe  de  l'unité  spécifique,  entre  le  dattier  mâle  et 
le  dattier  femelle,  al  hozn^  talqlh  al  "^amal  al  sâlih  ;  «  l'attri- 

(1)  Cette  parabole  si  expressive  exige,  comme  la  précédente,  un  cer- 
tain effort  de  pensée  :  une  transformation  de  coordonnées,  un  décentre- 
ment  mental  soudain,  qui  a  son  analogue  avec  ce  que  les  manuels 
d'astronomie  modernes  demandent  à  l'étudiant  ;  quand,  le  faisant  pas- 
ser de  l'hypothèse  géocentrique  de  Ptolémée  à  l'hypothèse  héliocentri- 
que  de  Copernic,  ils  lui  demandent,  tout  en  continuant  à  voir  le  soleil 
tourner  autour  de  la  terre,  de  comprendre  que  c'est  la  terre  (et  lui- 
même)  qui  tourne  autour  du  soleil. 

(2)  Gomp.  la  Monâ/âh  panthéiste  de  Mo'izz  (fragm.  IV,  éd.  Guyard, 
p.  224)  :  «  0  Toi.  qui  manifestes  l'Un,  sans  le  nombre,...  la  vision 
[nnzar)  est  un  voile,  qui  Te  masque,  sans  exister  pour  Toi  ;  et  Cela  qui 
est  regardé  {manzoûr),  c'est  Toi,  car  Tu  y  es,  sans  que  cela  soit  eu  Toi  ; 
Tu  es  le  lieu,  car  le  lieu  signifie  Texpansion  (—  l'émanation),  et  épure 
la  pensée...  »  (cfr.  suite,  p.  556,  n.  4).  Cfr.  ici,  p.  278,  1.  9. 

(3)  Ici  p.  579  ;  chez  Autâkî  (dawâ),  ce  devient  le  type  (c)  :  de  la  racine 
à  la  fleur. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  689 

tion,  c'est  ce  qui  féconde  l'œuvre  pie  »   (Hasan  Basrî)  (1). 

(c)  tantôt  un  emboîtement  apparent  (2),  qui  se  trouve  être 
un  encastrement,  l'envers  d'une  gradation  ;  et  qui,  sous  des 
voiles  successivement  levés,  recèle  une  assomption  vers  le 
réel.  L'importance  croît,  pour  l'être,  en  se  transportant  du 
dehors  au  dedans  ;  en  pénétrant  de  la  gangue  au  métal,  de 
la  coque  au  noyau  ;  du  verre  translucide  à  l'huile  de  la  mè- 
che allumée,  dans  la  lampe  qui  luit  [âyat  alnoûi\  Qor.  XXIV, 
35)  (3). 

Pour  illustrer  ce  dernier  type  de  combinaison  d'idées  (4), 
al  Hallâj  emploie  le  procédé  des  cercles  concentriques  da- 
waiî'  (5),  emprunté  par  les  Imàmiles  à  la  tradition  hellénis- 
tique. Quant  aux  deux  premiers  types  de  combinaison,  il 
suffit,  pour  les  figurer,  d'employer  des  droites  et  des  points, 
ou  des  chiffres.  C'est  aux  procédés  de  chiffrage  imaginés  par 
les  algébristes  et  alchimistes  de  son  temps,  qu'ai  Hallâj  pa- 
raît avoir  emprunté  la  curieuse  notation  synthéliqne  de  deux 
formules  des  Tawâsîn  (X,  21),  où  des  séries  de  chiffres,  mal- 
heureusement déformés  par  les  copistes,  sont  inscrites  à  dif- 
férentes hauteurs,  comme  des  notes  de  musique,  par  rapport 


(1)  A  p.  miyah  s.  v.  Cfr.  ici,  p.  580. 

(2)  Raisonnement  d'ibn  al  Farrâ  sur  'imân  et  islam  (mo'tamad)  ; 
d'Antâkî  sur  'imân  et  yaqîn. 

(3)  «  Dieu  est  la  Lumière  des  cieux  et  de  la  terre  ;  sa  lumière  est 
comme  la  niche, dans  un  mur, où  il  y  a  une  lampe,  sous  un  verre..., lampe 
allumée  grâce  à  un  olivier  bénit.  .  huile  que  le  feu  n'a  pas  touchée...  » 
Admirable  verset,  défiguré  par  l'exégèse  imâmite  (ici  p.  481),  et  dont 
la  contre-partie,  concernant  les  incrédules,  se  trouve  in  Qor.  XXIV,  39. 

(4)  Où  l'on  peut,  sous  forme  paradoxale,  parler  d'une  Partie  qui  est 
«  plus  que  le  tout  «  (formule  de  la  page  129,  n.  2  ;  cfr.  Shâbistârî, 
golshân-i-râz,  chap,  XI). 

(3)  Taw.,  IV,  1  ;  V,  11  ;  VIL  1  ;  X,  1,  16,  21.  Cfr.  Plotin,  Enuéades, 
YI,  8,  18  ;  le  «  pseudo-Empédocle  »  (Asin,  Abenmesarra,  63,  69);  et 
les  écrits  druzes  ;  Ibn  Sîd  Batalyoùsî  ;  cfr.  Taw.,  p.  166  et  n.  i-i. 


5  go  CHAPITRE    XII 

k  une  seu\e  portée  {\)  ;  notation  reprise  parBaliâ  'Âmilîdans 
son  kashA'oûl,  et  qu'explique  Narâqî  (2). 

Que  signifient  ces  clii (Très  :  ce  sont  probablement,  selon 
l'usage  arabe  (chronogrammes,  énigmes)  les  valeurs  numé- 
riques des  lettres  initiales  de  certains  mots,  cachées  aux  pro- 
fanes ;  ou,  mieux  encore,  ces  lettres  isolées,  offrant  par  elles- 
mêmes  un  sens  complet,  dont  la  clet  nous  est  donnée  par 
l'alphabet  philosophique  du  temps,  lejafr  des  Imâmites. 

L'origine  est  coranique  ;  28  sourates  du  Qor  an  portent, 
en  tête  du  premier  verset,  une  ou  plusieurs  consonnes  non 
vocalisées  (3),  qui  s'épellent  comme  des  lettres  isolées. 
«  Telles  sont  les  marques  (=  les  sceaux)  du  (Qor'ân  et  du) 
Livre  Evident  ».  Ce  sont  les  faîvâtih^  ou  khawàtim  alsowar. 
Ces  consonnes  arabes  isolées,  Mohammad,  illettré,  se  les  vit 
montrer  et  se  les  entendit  épeler  par  l'Ange,  comme  sceau 
de  sa  mission  :  c'est-à-dire  :  comme  preuve,  que  Dieu  lui- 
même  est  l'auteur  direct  de  l'articulation  du  langage  qu'il 
récitait.  Dieu  lui  «  souffle  »  les  mots,  lettre  par  lettre  (4), 
comme  II  compose  un  à  un  (5)  les  gestes  de  nos  rôles  et  les 
événements  du  monde.  Cette  affirmation  particulière  de  la 

(i)  Gfr.  notation  musicale  d'Occident,  au  x*  siècle  de  notre  ère. 

(2)  «  Chaque  lettre  est  représentée  par  le  chiffre  initial  de  sa  valeur 
numérique  :  chiffre  inscrit  au-dessus  de  la  portée  (ordre  des  unités),  ou 
tangent  (dizaines),  ou  transverse  (centaines)  »  {moshkilât  al  'oloûm, 
266).  Gorr.  Taw.,  190.  Comp.  aussi  les  alphabets  secrets  des  Qarmates, 
dont  Griffini  a  retrouvé  la  clef,  et  ceux  d'ibn  Wahshiyah. 

(3)  Les  Jkhwân  al  safâ  (III,  138)  notent  qu'en  tout,  sur  les  28,  il 
n'y  en  a  que  14  d'employées  ainsi,  et  au  plus  par  cinq.  Or  28  est  le 
second  nombre  parfait  (6,  28,  496...),  le  nombre  des  vertèbres  et  des 
articulations  des  deux  mains  ;  5  est  le  nombre  de  la  quinte  et  le  nombre 
de  rislâm  (cinq  conditions  de  la  foi,  etc.)  ;  14  est  le  nombre  des  lettres 
impliquant  ['idghâm  de  l'article  défini  et  celui  des  lettres  non  pointées, 
etc. 

(4)  Gfr.  suprà,  p.  420,  499. 

(5)  Ici  infrà. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  bgi 

soumission  totale  du  Prophète  à  l'omnipotence  divine,  jus- 
qu'à la  décomposition  du  langage  en  ses  éléments  premiers, 
est  caractéristique  :  elle  brise  la  magie  du  mot  tout  fait,  le 
pacte  verbal  des  sorciers  et  des  poètes,  l'orgueil  humain  qui 
croit  pouvoir  inventer  des  mots  bien  à  lui. 

Les  grammaii'iens  arabes,  dès  l'abord,  établirent  que  les 
lettres,  même  isolées,  étaient  quelque  chose  de  plus  que  des 
sonorités.  Que  le  langage  comportait,  non  seulement  des 
variations  dans  la  position  de  la  langue  par  rapport  aux  dents, 
au  palais  et  au  gosier,  suivant  la  consonne  [makhârij  al 
horoûf)  (1  ),  —  mais  des  variantes  dans  l'émission  [lafz  ;  cor- 
recte, vicieuse,  interversions)  dépendant  du  sujet,  —  et  des 
différences  de  sens,  suivant  l'a  propos  de  leur  articulation 
en  composition  avec  d'autres  (no/^).  Bloquant  les  trois  ques- 
tions, et  ayant  remarqué  de  bonne  heure  chez  certaines 
consonnes  isolées  leur  rôle  spécial  et  immuable  de  «  particu- 
les conjonctives  »  (horoûf),  ils  généralisèrent,  et  s'efforcèrent 
de  déterminer  le  concept  caractéristique  correspondant  à 
chacune;  persuadés  que  le  sens  complexe,  mais  constant, 
de  chaque  racine  trilitère  est  la  somme  des  sens  individuels 
de  ses  trois  consonnes  composantes  ;  et  que  le  sens  de  la 
racine  n'est  modifié  qu'accidentellement  par  les  permutations 
dans  l'ordre  de  ses  trois  lettres  fondamentales.  Telle  est  la 
doctrine  de  Vïsthtiqâq  akhai\  «  sémantique  supérieure  », 
codifiée  par  Aboù  'Ait  al  Fârisî  (2).  Elle  est  voisine  de  l'éty- 
mologie  «  philosophique  »  préconisée  par  Platon  et  ses  dis- 
ciples ;  destinée,  non  à  fournir  (comme  aujourd'hui  chez 
nous)  le  tracé  capricieux  des  vicissitudes  historiques  de  tel 
ou  tel  vocable,  mais  à  fixer,  hors  du  temps,  l'idée-type  dont 
tel  phonème  devrait  rester  constamment  le  signe. 

(1)  Risâfah,  d'Ibn  Sînâ. 

(2)  IbQ  Jianî,  Khasâ'is,  525.  Gfr.  de  nos  jours  Fâris  Shidyâq  (sirr  ai 
layâl)  et  Landberg  [Arabica,  XIII,  p.  xv). 


592  GHAPITHE     XII 

Dès  l'origine,  ces  consonnes  isolées  du  Qor'àn  étaient, 
pour  les  lecteurs,  un  rappel  de  ce  commandement  souverain 
qui  donne  à  tous  nos  actes  leur  valeur  devant  Dieu.  I^Ues 
étaient  donc  non  seulement  la  formule  résumant  le  contenu 
des  sourates,  mais  aussi  la  clef  divine  de  l'histoire,  de  la 
création  au  jugement.  Moghayrah  entrelace  les  vingt-huit 
consonnes  comme  une  couronne  (M/)  sur  la  tête  de  Dieu  (1). 
Et  les  autres  shî'ites,  revendiquent,  comme  lui,  pour  leurs 
imams,  le  privilège  d'interpréter  les  comhinaisons  de  ces 
lettres,  de  les  consulter  (2),  comme  des  tarots  divinatoires. 
C'est  la  science  du /<2/"r,  'ilm  al  jafr  wal  jâmï'ah  C^),  que  le 
VI*  imam,  Ja'far,  passa  pour  avoir,  le  premier,  appliqué  aux 
consonnes  supplémentaires  de  l'alphabet  sémitique  en  arabe. 

La  doctrine  d'Ibn  Hanbal,  sur  le  «  Qor'ân  incréé  »,  affir- 
mant en  bloc  que  ses  consonnes  étaient  incréées,  non  seule- 
ment quant  à  leur  émission  par  le  sujet  humain  (croyant  ou 
impie),  mais  quant  à  l'intention  de  leur  articulation,  en 
composition  (4),  lafzî  hïl  Qûr^ân  ghayr  makhloûq  (5),  suscita 

(1)  Shahi-astâQÎ,  s.  v.  ;  /or^.,  229-230. 

(2)  Aboù'l  Kbattâb  (ap.  Friedlander,  Hétérodoxies...  s.  v.)  ;  rationa- 
lisation du  procédé  :  Ikhivân  al  safa,  III,  138-140. 

(3)  Cfr.  Casanova,  J.  A.  P  ,  1898,  p.  151. 

(4)  Maïs  non  pas  quant  à  leur  makhraj  physiologique,  particulier  à 
chacune, 

(5)  «  Ma  prononciation  du  Qor'ân  est  incréée  ».  Proposition  attaquée 
par  les  qà'iioûn  bïl  lafz  :  Karâbisî,  Mohâsibî,  Dâwoùd,  Bokhârî.  La 
formule,  un  peu  obscure  d'Ibn  Hanbal,  doit  être  replacée  dans  son 
époque.  Les  mo'tazilites  réduisant  l'inspiration  à  la  raison,  et  Nazzâm 
ayant  montré  comment  se  transmettait  la  science  (cfr.  suprà,  p.  511), 
la  vieille  idée  populaire  que  les  consonnes  articulant  la  shahâdah  et  le 
Qorân  n'étaient  pas  les  mêmes  dans  la  bouche  d'un  croyant  et  dans  la 
bouche  d'un  impie  avait  été  critiquée  par  Qàsim  Dimishqî  (/'arç'.,  185)  : 
Ibn  Hanbal  concéda  qu'elles  étaient  les  mêmes,  chez  l'un  etchez  l'autre, 
mais  soutint  que  tous  deux  participaient,  par  le  fait  de  leur  articulation, 
à  un  fruit  sacramentel  incréé. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  bç)3 

parmi  les  sunnites  un  mouvement  d'idées  analogue.  Jonayd, 
Kharrâz,   Tostarî  et  Tirmidhi  se  servent  couramment  des 
valeurs  assignées  aux  lettres  parle  tableau  du  Ja/r  shî'ite. 
Mais  ils  n'y  étudient  pas  le  décret  divin  de  prédélermination 
des  racines  arabes,  —  ni  même  le  commandement  divin  qui 
permettrait  de  discriminer  la  valeur  des  événements  histo- 
riques ;  c'est  l'inspiration  divine  du  souffle  humain,  l'ébran- 
lement de  nos  lèvres  par  Dieu  qu'ils  essaient  de  surprendre  ; 
«  kalâm  Allah  bihoroûf  ^^,  leur  dit  V'aqidah  hanbalite  (1). 
Cela  signifie  peut-être  que  l'inspiration  divine  s'est  astreinte 
à  ne  se  révéler  aux  hommes  que  par  les  vingt-huit  canaux 
des  consonnes  ai-abes,   en  assignant  à  chacune  un  sens  ne 
varïetur.  «.  Pour  l'entendement  de  l'extatique,  dit  Kharràz, 
Valif  apparaît  tout   autre  que  n'apparaît  le  lâm  y  (2).  — 
«  Dans  les  fawâtih  des  sourates  (3),  dit  Tirmidhi,  il  y  a  une 
allusion  au  sens  de  la  sourate,  connue  des  seuls  Sages  de 
Dieu  sur  Sa  terre,...  gens  dont  les  cœurs  ont  atteint  Sa  soli- 
tude essentielle,  d'où  ils  ont  reçu  cette  science,  celle  des 
consonnes  de  l'alphabet...  (4).  —  Les  ulémas  du  vulgaire  ne 
connaissent  de  la  science  des  attributs  divins  que  les  lettres 
de  l'alphabet  mises  en  composition  (5).  Les  consonnes  isolées 
sont  la  clef  de  tout  nom  d'entre  les  noms  (6).  ^ 

Pour  ces  mystiques,  les  diverses  consonnes  isolées  sont 
les  formes  élémentaires  du  souffle  humain  [anfds,  sg.  nafas), 
telles  que  Dieu  les  inculqua  à  Adam.  Si  tout  cri  d'animal  a 

(1)  Ibn  Qodàmah  {'aqîdah,  ap.  Najdî,  1328,  pp.  5oo-o56). 
C^jSarràj,  lonia',  89. 

(3)  Elles  sont  le  secret  du  Qor'àn  (Tostarî,  tafsir,  12)  :  elles  forment 
le  «  Nom  Suprême  »  de  Dieu  (id.,  id.)  ;  cfr.  Ibn  Sam'oùn,  ap.  Taw., 
p.  XV  ;  et  Ibn  Bàhoùyeh,  f.  Si''. 

(4)  Tirmidhi,  naivâdir  al  osoûl,  ap.  Ibn  al  Dabbâgh,  ibrîz,  I,  259-260. 

(5)  Id.,  'ilal  al  sharVah,  f.  166^;  tandis  que  les  «  sages  de  Dieu» 
connaissent  le  sens  des  lettres  isolées. 

(6)  Id.,  Rhatam  al  mlài/ah.  question  CXXXIX. 

38 


Ôg/i  CHAPITRE   xii 

un  sens  pour  Dieu,  à  fortiori  chaque  consonne  expirée  par 
des  lèvres  humaines  a  une  signification  complète  et  immua-^ 
ble.  Et,  si  les  consonnes  coraniques  sont  incréées,  articuler 
un  mot  en  rassemblant  ces  consonnes  (1),  c'est  mimer  l'acte 
créateur.  Pour  la  plupart  des  mystiques  postérieurs,  des 
Sâlimiyah  à  Ibn  'Arabî,  les  consonnes  arabes  sont  la  moda- 
lisation  nécessaire  de  l'activité  créatrice,  qu'elles  soient  ou 
non  dans  le  Qor'ân  ;  et  le  mystique,  en  s'en  servant  conve- 
nablement (2),  peut,  non  seulement  inventer  des  mots  nou- 
veaux, mais  »  appeler  »  en  sa  présence,  faire  comparaître 
souverainement,  «  évoquer  >^  les  choses  dont  il  énonce  les 
noms.  Cette  science  'isawiyenne  du  souffle  (3)  est  une  «  cabale 
respiratoire  »,  qui  permet  d'effectuer  des  miracles,  déclare 
Ibn  ^Arabî. 

Hallâj  a  pris  dans  cette  question  une  attitude  tout  à  fait 
distincte  de  celle  de  Tirmidhî  ;  il  rectifie  la  doctrine  d'Ibn 
Hanbal  d'après  Tostart  (4),  et  surtout ïbn  'Atâ(5).  Poureux^ 
admettre  le  caractère  m67'(^e  de  l'inspiration  du  Qor'ân,  tel 
que  leurs  lèvres  le  récitent,  n'implique  nullement  d'astrein- 
dre Dieu,  de  toute  éternité,  à  n'exprimer  tel  sens  qu'au 

(1)  Voir  les  formules  de  prière  de  Rifâ'î  ;  le  hizb  al  bahr  de  Shâdhilî 
est  construit  sur  les  deux  sigles  coraniques  cités  ici,  pp.  419-420 
[RMM.,  XIV,  116  ;  cette  légende  serait  donc  plutôt  shâdhilite  que 
rifâ'yte). 

(2)  Connaissance  de  la  soryâniyah,  langue-mère  de  l'arabe  ;  ambi- 
tionnée par  tant  de  mystiques  (Nâbolosî,  comment,  sur  SVioshtarî),  dont 
la  glossolalie,  qui  apparaît  au  vulgaire  comme  l'émission  déréglée  de 
cris  inarticulés,  prodrome  de  la  folie,  constitue  pour  les  initiés  un  lan- 
gage substantiel  et  enivrant,  où  Tcpel  d'initiales  isolées,  une  à  une, 
évoque  des  réalités  spirituelles,  simples  et  éternelles,  dont  les  mots  ordi- 
naires ne  sont  que  l'image  complexe,  kaléidoscopique,  ternie. 

(3)  Le  secret  des  miraclesde  Jésus,  selon  Ibn  "Arabî  [fotoûhât,  I,  188). 

(4)  Ici  p.  29. 

(5)  Selon  Mohammad-ibn-'isii  Hâshimî,  in  Baqli,  Qor.  VII,  i  ;  cfr. 
Yâfi'î,  Na$hr,..'.L  4P. 


THÉOLOGIE  DOGMATIQUE  5g5 

moyen  de  telle  consonne.  Notre  langage,  cet  engin  d'expli- 
cilation  articulé,  aux  prises  avec  les  choses  comme  unegritïe 
à  plusieurs  ongles,  est  un  outil  qui  montre  combien  notre 
esprit  est  assujetti  par  Dieu  à  la  matière.  «  Celui  qui  parle 
au  moyen  de  lettres  (horouf),  c'est  qu'il  est  subordonné 
(ma'loùl)  ;  et  celui  dont  le  langage  est  une  succession  d'arti- 
culations (bi  ïûqâb),  c'est  qu'il  est  contraint  {modtaiT)  (1).  » 
«  Il  n'existe  pas  d'engin  pour  saisir  (darrdk)  l'acte  de 
Dieu  (2),  ni  pour  découvrir  [hattâk)  Son  mystère.  Il  donne 
aux  noms  leur  sens,  et  aux  lettres  leur  cours,  car  les  lettres 
sont  créées  (mabdoiCah)  et  les  souffles  humains  provoqués  ; 
les  lettres  sont  l'élocution  du  sujet  parlant  ;  Dieu  est  exempt 
de  tout  cela  essentiellement  (3).  »  Dans  \q^  Tawâsîn,  déjà 
«  les  consonnes  (du  second  arc,  au  delà  de  la  Tablette)  ne 
sont  plus  les  consonnes  arabes  »  (4)  (sauf  une)  ;  et  l'union 
mystique  qu'il  prêche  est  encore  au  delà  ;  transcendant  les 
lettres  (5),  les  prescriptions  légales. 

Ce  qu'Ibn  Hanbal  a  affirmé  contre  les  mo'tazilites,  ce  que 
Tostarî  a  précisé,  —  c'est  que  Dieu  déclenche  et  compose 
Lui-même,  par  Sa  grâce,  notre  articulation  delà  consonne 
quand  nous  avons,  grâce  au  Qor'ân,  appris  à  prier;  l'inspi- 
ration divine  du  notq  (6). 

(t)  Hallâj,  ap.  Kalâbâdhî,  ia'arrof(ch.  Taw.,  p.  189). 

Il  y  a  là  un  jeu  de  mots  sur  un  terme  grammatical:»  horoûf  {arillah)r>^ 
signifiant  à  la  fois  «  consonnes  »  et  «  particules  »  (causales,  de  subordi- 
nation). Litt.  :  «  qui  recourt  à  des  particules,  c'est  qu'il  est  mis  en 
cause  ;  et  qui  parle  par  bribes,  c'est  qu'il  est  mis  à  la  question  ». 

(2)  Contrairement  à  la  thèse  hellénistique  :  «  al  ffaqg  hV\  àh^t  =.koll 
kamâl  al  kamâlàt  =  darrâkah  »  par  définition  ;  selon  Fârâbî  {fosoih, 
70,  §17). 

(3)  Hallâj,  in  Qor.  I,  1  ;  cfr.  Ghazàlî,  mishkât,  34. 

(4)  Taw.,  V,  26. 
(9)  Le  chirographe. 
(6)  Cfr.  ici,  p.  659. 


596  CHAPITRE    XII 

Hallâj  fait  du  notq^  non  pas  un  liabitus  mnémonique 
comme  Ibn  Hanbal,  ni  une  grâce  habituelle  du  croyant 
comme  les  Sâlimiyali,  —  mais  une  grâce  actuelle,  une  inter- 
vention surnaturelle  personnelle,  un  conseil  amoureux  de 
TEsprit  qui  nous  fait  articuler,  quand  II  veut,  et  si  nous  vou- 
lons ;  Roûhnâtïqah  (1).  Connaître  la  formation  elles  sens 
des  lettres  isolées  ne  confère  pas  ipso  facto,  à  l'homme,  le 
secret  de  les  composer  suivant  le  rylhme  créateur,  la  sain- 
teté. «  L'Esprit  provient  du  Commandement  divin  »,  non  de 
la  conjuration  du  cabaliste.  Dieu  seul,  quand  il  Lui  plaît, 
peut  appeler  à  la  vie,  par  notre  bouche,  les  choses  qu'il  nous 
apprend  à  nommer;  et  c'est  avec  la  foi  seule  que  notre 
«bismillah  »  peut  s'attendre  à  devenir,  s'il  veut,  Son  «  fiât  ». 

Comme  les  autres  mystiques  du  temps,  Hallâj  se  sert  du 
tableau  du  jafr  imâmite  (2)  ;  c'est  un  procédé  commode 
d'exposition,  un  moyen  d'entrer  en  contact  avec  le  public 
shî'ite.  Il  l'utilise  donc  ;  non  pour  tirer  des  sorts,  mais  pour 
tirer  la  pensée  hors  du  fait  brut,  extraire  un  sens  moral  de 
la  texture  même  du  mot  qu'il  énonce  ;  comme  le  vrai  poète 
se  sert  de  la  rime  pour  souligner  sa  pensée.  Cela  ressort  de 
ses  énigmes  (3),  de  ses  analyses  u  étymologiques  »  des  noms 

(1)  C'est  là  où  se  marque  sa  distinction  d'avec  les  Qarmates  :  pour 
eux  l'âme  raisonnable,  nafs  nâtiqah,  provient  de  la  Raison  universelle, 
'aql  kollî,  qui  l'initie  au  nofq  par  une  illumination,  purement  idéale 
(Guyard,  Not.  et  Exir.,  XXII-2,  fragm.  VII),  qui  ne  la  transforme 
pas,  par  où  elle  se  dissout  dans  la  pensée  pure  (Mo'izz,  ap.  Guyard, 
l.  c,  fragm.  VIII,  commentant  «  man  'arafa  nafsaho  «.  Cfr.  ici,  p.  513)  : 
«  Je  suis  en  Toi  distinction  «  {ana  bika  lal/îd)  (id.,  id.,  p.  224).  — C'est 
le  Roùh  nâtiqah  qui  a  dit  «  Oui  »,  tout  seul,  sous  la  forme  d'Adam,  au 
Covenant  (cfr.  ici,  p.  297)  ;  ce  «  oui  »  de  la  prédestination,  qui,  dit  pour 
Adam  seul,  vaut  pour  tous  les  élus  :  qui  le  retrouvent,  en  <«  tenant  com- 
pagnie à  Dieu,  ce  qui  est  la  compagnie  de  1  Esprit^  en  la  compagnie  de 
l'Absolu  »  (Wâsitî,  in  Qor.  V,  109  ;  comme  Hallâj  ailleurs,  Wâsitî  pré- 
cisera :  du  «  'fémuiii  de  l'Absolu  (SarrAj,  lorncï ,  358)  ».  Cfr.  ici,  p.  298). 

(2)  Publié  ap.  Essai. 

(3)  Ici  p.  127,  13U  ;  Taw.,  I,  15  ;  VI,  25  ;  XI,  'li)  ;  Sol.  in  Qor.  Vil,  1. 


THÉOLOGIE     DOGMATIQUE  697 

Mohammad,   'Azâzti^  très  librement  bulies  an  moyen  des 
valeurs  connues  dujafr. 

Dans  deux  passages  décisifs,  Hallfij  condamne  la  tendance 
cabalistique  qui  attribue  une  ])uissance  magique  aux  lettres 
isolées  du  Qor'An  ;  il  les  met  en  dehors  du  mystère  essentiel 
de  Dieu  : 

«  La  science  que  le  Prophète  reçut  mission  de  prêcher  (I), 
c'est  la  science  (analytique)  des  consonnes  [isolées  qui  sont 
au  début  des  sourates]  (2),  —  et  la  science  des  consonnes 
est  dans  le  LA  (3)  —  et  la  science  du  LA  dans  l'A, —  et 
de  l'A  dans  le  Point,  —  et  du  Point  dans  la  sagesse  primi- 
tive, —  et  de  la  sagesse  primitive  dans  la  prééternité,  —  et 
de  la  prééternité  dans  la  donnée  première  (4), —  et  de  la 
donnée  première  dans  le  mystère  du  Howa  (=  Lui).  Et  c'est 
à  renonciation  de  ce  mystère  (essentiel)  que  Dieu  appela  le 
Prophète,  lorsqu'il  lui  dit  «  Sache  qu7/  est,  qu'il  n'y  a  pas 
de  divinité,  excepté  Dieu  >*  (Qor.  XLVIl,  21). 

«  La  science  qu'exprime  le  Qor'ân...  est  dans  les  conson- 
nes entrant  en  composition  [mou  alla f ah).  Ces  consonnes 
proviennent  du  cercle  de  base  [du  Trônel  (khattal  istïivâ)  (5)  ; 

(1)  Ilallâj,  ap.  Sol.  in  Qor.  XLVlI,  21,  VII,  1  ;   Comp.  Akhb.  60 
(Extraits  de  son  Alif  maloûf  ?). 

(2)  Add.  de  VII,  1. 

(3)  «  Non  ». 

(4)  al  mashVah,  c'est-à-dire  al  maHoûm,  dit  la  glose. 

(5)  Cette  image  dérive  de  la  cosmographie  du  temps,  telle  qu'Ibn 
Hanbal  et  Ibn  Karrâm  la  complétaient  :  au  sommet  du  monde,  en  haut 
de  la  sphère  suprême  des  cieux,  Dieu  pose  son  Trône  ;  ce  qui  le  limite 
d'un  côté  (sur  six,  dans  l'espace),  par  une  sorte  de  cercle  de  base  ;  sur 
cette  base  du  Trône  règne  une  inscription  circulaire  portant  <■  Ici  ilaha 
illâ  Allah  »,  [certains  y  ajoutent  (ex.  :  le  hanbalite  Barbahârî)  «  wa 
Mohammad  ra^oûl  Allah  »,  disant  que  Dieu  ferait  asseoir  le  Prophète 
près  de  lui  sur  ce  Trône].  Partant  de  cette  donnée,  Hallâj,  pour  qui  les 
lettres  sont  créées,  les  considère  comme  la  haie  qui  jalonne  ce  cercle  de 
base  du  Trône,  l'enceinte  sacrée  qui  nous  interdit  de  pénétrer  au  delà. 


BgS  CHAPITRE    XII 

cercle  dont  «  le  centre  est  fixe,  et  la  périphérie  au  ciel  »  (1), 
—  et  autour  de  qui  tourne  le  tawhid.  »  —  «  Celui  qui  identifie 
ripséilé  divine  à  la  définition  de  ce  cercle  est  un  impie  »  (2). 

Voici  deux  poèmes,  de  lui,  également  significalifs  : 

Ismo,  mcù  al  khalq...  (3)  : 

«  Uq  Nom,  qui  L'unisse  avec  sa  Création  ~;  on  l'a  cherché,  en  Lui,  et 

[pour  elle, 
Afin  de  connaître,  par  ce  Nom,  une  de  ses  significations. 
Mais  on  ne  peut  passer  sans  interruption  de  Dieu  à  une  cause  créée 
Qui  manifeste  nécessairement  Celui  qui  l'a  manifestée.   » 

...  TâhaHkhalaiq...  (4)  : 

«  (Dieu),  rintime  des  consciences,  se  cache,  laissant  des  traces  intell i- 

[gibles, 
Du  côté  de  l'horizon,  sous  des  voiles  repliés  de  lumière. 
Mais  comment?  Le  «  comment  »  ne  se  devine  que  du  dehors, 
Et  ici,  c'est  le  Mystère  ;  dont  le  dedans  est  l'Essence  divine  en  Elle-même. 
Les  créatures  s'égarent  dans  une  nuée  ténébreuse 
En  cherchant,  et  elles  ne  savent  que  faire  des  signes. 
C'est  par  la  conjecture  et  l'imagination  qu'elles  pensent  aller  vers  Dieu, 
Et,  tournées  vers  l'atmosphère,   elles  poussent  leurs  cris  jusqu'aux 

[cieux. 


dans  le  mystère  de  l'Ipséité  divine  ;  il  s'en  suit  que  la  mission  du  Pro- 
phète, qui  veille  à  cette  interdiction,  est  de  se  tenir  constamment  dans 
cette  région  de  l'Approche  {donoûw),  en  dehors  de  l'essence  divine, 
comme  l'épée  flamboyante  au  seuil  du  paradis  interdit.  Et  la  formule 
du  tawhid,  il  la  fait  réciter  aux  hommes  pour  cela  môme  :  Dieu  seul 
peut  appeler  ses  saints  à  passer  outre,  à  participer  au  mystère  de  son 
ipséité,  en  transcendant  pour  eux  cette  interdiction  de  l'union  mystique 
qu'est  la  récitation  de  la  shahddah  (Akhb.  42),  signe  de  l'esclavage  légal 
de  la  lettre  (Taw. ,  Y,  23  seq.). 

(1)  Qor.  XVII,  29  ;  comp.  à  LUI,  6. 

(2)  Akhb.  35,  34.  Le  Trône  est  cubique  selon  Ibn  'Arabî  ;  sphérique 
selon  d'autres  (Aloùsî,  ^a/d,  234). 

(3)  Ms.  Londres,  838,  f.  3i27«,  Gela  est  nettement  contre  la  recherche 
magique  du  «  Nom  Suprême  »,  ism  a'zam. 

(4)  Cité  par  Nâbolosî,  hatk;  cf.  ras.  Londres  888,  f.  327»». 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  699 

Op,  le  SeigQeur  est  parmi  elles,  à  chaque  changemen  t, 
Œuvrant  en  elles  une  œuvre  inconcevable,  d'heure  en  heure. 
Elles  ne  se  retireraient  pas  de  Lui,  Tespace  d'un  clin  d'oeil,  si  elles 

[savaient  1 
Car  II  ne  se  retire  pas  d'elles,  à  aucun  moment  >y... 

IT 

Cosmogonie  (çadar,  'adi). 

a)  L'image  de  Dieu  (soûrah). 

i  .  Les  doctrines  ;  l" amour,  «  essence  de  Vessence  divine  » 
selon  al  Nallâj. 

La  cosmogonie  islamique  a  eu  à  expliquer  divers  thèmes 
coraniques  (1)  ;  la  création  du  monde  (des  corps),  /i/ialç  ai 
^âlam  ;  la  créafion  des  «  ressources  »  des  hommes,  des  actes 
humains,  khnlq  al  arzâq  \  et  surtout  la  prédétermination  de 
la  «  figure  »,  soûrah,  destinée  à  Adam  ;  figure  que  Dieu  fit 
comparaître  deux  fois,  avant  la  création  d'Adam  ;  l'une,  pour 
inviter  les  Anges  à  l'adorer,  elle  ;  l'autre,  pour  Se  faire  ado- 
rer, Lui,  par  elle,  au  nom  de  toute  la  postérité  future  d'Adam 
[mithàq)  (2).  Leur  examen  se  fera  dans  l'ordre  inverse,  qui 
est  celui  de  l'importance  relative  de  ces  thèmes. 

soûrah,  figure,  image:  La  forme  corporelle  de  l'homme, 
la  «  plus  belle  forme  »  (Qor.  LXXXII,  8  ;  LXIV,  3  ;  cfr.  Gen. 
ï,  26).  —  Deux  hadith  précisent:  «  c'est  «  à  Son  image  »>, 
'alâ  soûratihi,  que  Dieu  a  créé  l'homme  :  'a/àsoûrat  al  Rah- 
mân,  ((  à  l'image  de  Dieu  »  (3).  Les  sunnites  Hashwîyah  les 

{{)  Qor.  XXXII,  3  ;  XLI,  8-H  ;  et  verset  «  yahsof  al  rizq  umyaqdir  y> 
(XXXIX,  53,  etc.). 

(2)  Deux  ou  quatre  mille  ans  avant  la  création  des  corps  (Haytamî, 
fatâivâ,  i\G)  ;  sept  mille  ans  (Riw,  XIX).  Coïncidant  alors  avec  le 
Khalq  al  arzâq. 

(3)  Admis  par  'Obayd,  Ibn  Hanbal,  Ibn  Râhawayh,  Moûmin  al  Tâq, 
Dâraqotnî,  Tabarânî  (Shahr.  I,  186  ;  II,  24  ;  Najdî,  406-408  ;  Haytamî, 
l.  c,  206  ;  Fakhr  Râzî,  as'as,  103-H3). 


600  CHAPITRE    XII 

acceptent,  tels  quels,  sans  discussion,  comme  une  donnée 
descriptive  arbitraire  (1)  ;  les  shî'ites  Gholât  l'interprètent 
comme  la  première  émanation  divine,    le  Dieu-humanité 
(iîâsoùt),  adolescent  imberbe  et  frisé  (2).  l"^  Les  théologiens, 
n'acceptant  que  le  premier  de  ces  hadlth  (3),  établirent  que 
«  son  »  (hï)  vise  Adam  :  à  son  image  =  selon  la  forme  môme 
qu'il  avait  préparée  pour  lui  :  Jahm,  'Alî  Rida,  Aboù  ïhawr, 
Hallâj  (4).  Le  type  de  cette  image  est  donc  en  Dieu  comme 
une  pure  forme  intelligible,  une  et  simple  ;  intelligible,  à  la 
fois,  pour  Lui,  et  pour  nous.  T  Les  moHazilites  définirent 
cette  similitude  divine,  en   l'homme,  comme  la  rectitude 
fonctionnelle  de  la  pensée  discursive  [ï'iibRr)^\-A  raison  Çaql). 
<i  Dieu  ne  crée  rien,  qu'il  ne  rende  significatif  (ya  tab'ir  bihï) 
pour  une  créature  responsable.  ^>  «  Il  faut  qu'il  y  ait  dans 
la  création  quelque  être  capable  de  penser,  i'ûbâr  »  (5). 
De  ces  principes  de  Nazzâm,  Ibn  Hàyit  tira  ceci  :  «  Il  est  im- 
possible que  le  premier  être  créé  n'ait  été  capable  de  rai- 
sonner, d'examiner  et  de  penser  )^  (6).  S^Ibn  Karrâm,  médi- 
tant davantage  sur  le  mîthdq,  précisa  :  u  La  première  chose 
créée  par  Dieu  a  dû  être  une  forme  vivante  [jism  hayy)^ 
capable  de  penser  [i'tibâr)  »  ;  et  c'est  cet  être  humain  qui, 
symétriquement  au  Covenant,  prononcera,  au  nom  de  Dieu, 

(l)Gfr.  leZoharsar  le  macroprosope.  Na'îm-ibn-Hammâd  (Dhahabî, 
Vlidâl,  s.  V.)  ;  Il)n  Qotaybah,  mokhlalif,  8, 

(2)  Hadilh  al  mi'râj  selon  Nasîmi,  tohfah,   ms.   Londres  Or.  7175, 
f.  5^.  'AU  selon  les  Noseïris. 

(3)  Car  corporéité  implique  composition,  ce  qui  est  inadmissible  en 
Dieu(Mâzarî). 

(4)  Tabarsî,  ihlijâ/,  208  ;  Makkî,  qoût,  I,  168  ;  Hallâj,  in  Qor.  (les 
deux  versets  précités),  Grhazâli,  niishkât,  34. 

(5)  Itazra,  III,  125  ;  fnrq,  209.  D'où  le  hadlth  «  ce  que  Dieu  a  créé 
en  premier,  c'est  la  raison  ». 

(B)  Shahrast,  s.  v.  —  Pour  lui,  ce  démiurge  est  Jésus,  «  fils  de  Dieu  » 
non  par  engcndretnent  charnel  (irilàdah),  mais  par  préordination  [bind) 
(farq,  260). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  6oi 

le  Jugement  dernier  (1).  4''Alasuite  des  Noseïris,  de  Fayyàd 
et  des  Qarmales,  ïostarî  et  son  école,  les  Sàlimîyah  (2) 
identifient  Mol.iammad  avec  celte  première-née  des  créa- 
tures ;  pour  le  Covenant,  tout  au  moins  (3).  5°  Les  Ash'arites 
réduisent  cette  similitude  à  l'ensemble  des  attributs  divins 
de  perfection  [s'ifAt  al kamâl)^  aux  transcendantaux  que  Dieu 
fait  concevoir  à  l'homme  (vie,  science,  puissance)  (4). 

Mallaj,  revisant  le  vocabulaire  des  Gholât.  distingue  for- 
mellement :  lâhoùl,  la  divinité  imparticipable  «  qui  fait  sub- 
sister les  atomes  »,  et  nâsoùt^  l'humanité  (déifiée),  «  qui 
tranchera  entre  les  jugements  «  (5V  Nâsoût,  c'est  cette  forme 
assumée  par  la  parole  divine  antérieurement  à  toute  la 
création,  ce  vêtement  de  gloire  (kisivah)  du  «  témoin  de 
l'Absolu  »  (shâhïd  al gidam),  qui, par  la  voix  du  Boûh  nâtiqah^ 
jura  le  Covenant;  et  qui  rendra  la  suprême  sentence.  La 
nâsoût  est  figurée,  au  Covenant,  par  Adam,  et  personnifiée, 
au  Jugement,  par  Jésus  (6). 

«  Nul  d'entre  les  anges  et  les  rapprochés  ne  sait  pourquoi 
Dieu  a  fait  la  création,  ni  comment  elle  a  commencé  et 
finira,  puisque  les  langues  n'avaient  pas  encore  parlé,  ni  les 
yeux  vu,  ni  les  oreilles  ouï  (7).  Comment  pouvait  répondre 
(Adam),  qui  était  encore  absent  des  réalités,  en  suspens  de- 

(1)  Farq,  209. 

(2)  Infrà,  §  VL  De  môme  Ibn  'Arabî  {soûrah  ijmâlîyah),  et  Jîlî 
{insân  kâmil). 

(3)  Non  pas  pour  le  Jagemeot  :  cfr.  infrà,  «:>  V. 

(4)  Hazm,  IV,  208. 

(o)  Ici  p.  124.  Cfr.  p.  298.  Cfr.  al  'adl  al  makhloùq  bihi  (Tostart,  ap. 
Ibn  'Arabî,  fotoûhât,  III,  86)  ;  al  haqq  al  makhloùq  bihi  (Tirmidhî, 
Khatam,  quest.  89  ;  Ibn  Barrajân,  ap.  Ibn  'Arabî,  /.  c,  III,  491)  ;  mohV 
de  Ghazâlî  (=  ghawlh  ;  mishkdt,  oo  ;  critiqué  par  Ibn  Roshd,  manâhij, 
72). 

(6)  Riw.  XIV,  XVIII,  XXII  ;  il  n'y  a  aucune  trace  d'influence  chré- 
tienne (corr.  Taw.  131). 

(7)  Ilallàj,  in  Qor.  VII,  171  ;  cfr.  in  LI,  21  ;  et  Riw.  X. 


602  CHAPITRE    XII 

van  t  Lui,  à  Sa  question  «  Ne  suis-je  pas  votre  Seigneur?  »  — 
C'est  Dieu  qui  fut,  à  la  fois,  Celui  qui  parle  et  Celui  qui  ré- 
pond [  :  Oui  !](!)•  ï^  parla  en  votre  nom  sans  vous,  et  c'est 
un  Autre  que  vous  qui  répondit  pour  vous  (2);  vous  vous 
taisiez,  vous,  et  Celui  qui  ne  cessera  pas  demeure,  ainsi  qu'il 
a  toujours  été.  » 

C'est  parce  que  cette  image,  vêtue  de  gloire,  Le  recouvrait, 
que  Dieu  invitales  Anges  à  L'adorer,  sous  lanâsoût,  sous 
l'humanité  préfigurée  d'Adam  ;  ce  qui  fut  l'occasion  de  la 
chute  de  Satan  (3)  : 

Tercet  :  Sohhâna  man  azhara  nâsoûtoho...  (4)  : 

«  Los  à  Celui  dont  l'Humanité  a  manifesté  (aux  Anges) 

Le  mystère  de  la  gloire  de  Sa  Divinité  radieuse! 

Et  qui,  depuis,  S'est  montré  à  Sa  créature  (humaine),  ouvertement. 

Sous  la  forme  de  quelqu'un  «  qui  mange  et  qui  boit  ». 

Si  bien  que  Sa  créature  a  pu  Le  voir  face  à  face, 

Comme  le  clin  d'œil  (va)  de  la  paupière  à  la  paupière  I  » 

F  ad  al  'Alim  ai  Gharib  fil  mahabbah  (5)  : 
«  Dieu,  en  Son  antériorité  prééternelle  (6),  en  Son  moi, 
é(ait   Unique,   nul  n'était  avec  Lui.  Ce  n'est  qu'après  qu'il 

(1)  «  Pensée  particulièrement  délicate  »,  note  Kâshifî,  qui  la  traduit 
en    persan,  et  la  commente  (en  un  distique,  in  Qor.  YII,  172). 

(2)  «  Le  oui  !  fut  un  décret  rendu  sous  forme  de  question  »  (Wâsitî. 
Cfr.  Kharrâz  et  Jorayrî,  ap.  Baqlî,  in  Qor.  YII,  171).  Voir  au  contraire 
la  théorie  mo'tazilite  du  mystique  Qahtabî  {fnrq^  259  ;  et  ici  p.  479,  n.  2). 

(3)  Cfr.  chap.  XIV. 

(4)  Texte  ap.  Taw.,  p.  130  ;  voir  n.  3.  Tous  les  mots  en  sont  pesés  : 
sanâ  al  tàhoût  (ici  suprà,  p.  297)  ;  dkil  wa  shârih  vise  Jésus  (Qor.  V, 
79  :  comp.  Luc  VII,  34  ;  Malth.  XI,  19  ;  Marc  II,  16  et  19-20  ;  Joann. 
III,  29)  ;  lahznt  al  hâjib  (var.  Inmhat  al  sâtir)  désigne  le  fiât  divin 
(Qor.  LIV,  50  ;  XVI,  79).  Cfr.  lîaqlî,  shath.,  f.  129. 

(5)  Trad.  persane  littérale  ap.  Baqlî,  Shathîydt,  ms.  Qâdf'askar, 
fo  I7ia-172^,  collationnée  sur  l'autre  manuscrit.  Le  commentaire,  pro- 
venant des  f»  172''-174i',  ggt  cité  :  (B). 

(6)  Azal  =  là  masboûqlyah  bighayrihi,  inahalietas  (c'est  plus  fort 
que  qidam). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  6o3 

créa  les  individus,  les  formes  et  les  esprits,  ce  n'est  qu'après 
qu'il  (leur)  montra  la  science  et  la  Sagesse,  puis,  qu'il  com- 
posa le  langage  sur  les  (trois)  bases  «  molk,  mâlik,  mam- 
loû/c  »  (2),  et  qu'il  (leur)  enseigna  «  /?7,  fd'il^  mafoûl  »  (1). 

«  Alors,  en  Soi,  Il  contemplait,  en  sa  prééternité,  en  Son 
moi,  en  tout  ce  qui  n'était  pas  visible,  —  Il  connaissait  l'en- 
semble de  la  science,  de  la  puissance,  de  l'amour,  du  désir, 
de  la  prudence,  de  la  majesté,  de  la  beaulé,  de  la  gloire.  Et, 
en  ce  qu'elles  décrivent,  en  sa  douceur,  en  sa  miséricorde, 
en  sa  sainteté,  en  ses  inspirations  (3),  et  en  tous  les  attributs 
de  ces  images  (4)  se  trouvant  son  essence,  car  ils  sont  son 
essence  [hya  dhâtoho).  Il  contemplait  ;  et,  tout  ainsi  que  toi, 
si  tu  voyais  quelque  chose  de  beau  en  ton  entité,  tu  t'en  ré- 
jouirais un  long  temps,  et  d'une  manière  que  nul  ne  pourrait 
comprendre.  Et  si  tous  ceux  qui  s'efforcent  d'évaluer  la 
valeur  du  ciel  et  de  la  terre  y  arrivaient,  ils  resteraient  im- 
puissants devant  cette  évaluation-ci,  — car  les  instants  de 
<(  l'antériorité  »  prééternelle,  hors  de  celte  antériorilé  môme, 
sont  incompréhensibles,  et  le  contingent  ne  peut  se  fixer  en 
cet  «  avant  »,  et,  si  cent  mille  postérités  d'Adam  se  réunis- 
saient dans  les  éternités  futures  pour  en  réunir  le  compte, 
elles  ne  pourraient  y  arriver. 

a  Alors,  par  une  Idée  (5),  par  toutes  Ses  idées,  en  Son 

(1)  Royaume,  Roi,  sujet  (l'affranchi,  l'élu)  :  origine  da  dialogue. 

(2)  L'acte,  l'action,  la  passion  :  la  triple  modalité  nous  permettant 
d'analyser  son  opération  :  origine  de  la  grammaire. 

(3)  Arwâh,  non  pas  des  esprits  créés,  angéliques  ou  humains  :  mais 
des  intelligibles  purs  (/J). 

(4)  Sowai^,  non  pas  des  visages  humains,  mais  comme  on  dit  la 
«  figure  »  d'un  raisonnement,  d'une  question  (B).  Baqlî  remarque  à  ce 
sujet  qu'ai  Hallâj,  dans  le  centre  môme  de  l'Amour,  ne  pouvait  trouver 
comme  modes  d'expression  que  l'équivoque,  iltihàs  (comme  les  motas- 
hâbihâl  :  du  Qor'ân). 

(5)  Ma'nà.  Remarquer  la  marche  suivie  :  sifât,  puis  ma'ânî,  puis 
dhâl. 


60i4  CHAPITRE    XII 

moi,  11  discourait,  de  tous  les  discours;  H  conversait,  de 
toutes  les  conversations  [mohàdathah)  ;  et  alors  11  acclamait, 
de  toute  la  perfection  de  lacclamation.  Et  (dans  cette  triple 
opération),  Il  composait  une  ruse  (m«ÂT),  de  toutes  ses  ru- 
ses: d'un  côté,  11  apportait  la  guerre  (/mrô),  de  toutes  les 
guerres,  —  et,  de  l'autre,  11  apportait  la  suavité  [talaUof]  de 
toutes  les  suavités.  Et  ainsi  de  suite,  des  autres  aspects  (sy- 
métriques, maqâmât)^  dont  la  description  serait  longue  :  car 
si  chaque  arbre  sur  la  face  de  la  terre  était  un  calame,  et 
«  toute  eau  de  mer  encre  »  (Qor.  XVIII,  109),  les  hommes 
n'arriveraient  pas  à  la  terminer. 

«  Et  lorsqu'en  Lui-même,  ainsi.  Il  s'entretenait,  en  toute 
Son  essence,  avec  l'essence  de  son  essence,  alors,  c'est  par 
son  Idée,  par  toutes  ses  idées,  qu'il  contemplait;  et  cette 
Idée,  c'était  CAmour\  dans  la  Solitude,  [mahabbah  bi  al  ïnfi- 
ràd)  de  tout  cela  que  nous  avons  énuméré,  tout  le  long  du 
temps  qu'il  passait  à  converser  et  discourir.  Alors  II  contem- 
plait Ses  attributs,  un  par  un  (1),  puis  trois  par  trois,  puis 
quatre  par  quatre,  et  ainsi  de  suite  jusqu'à  arriver  à  la  per- 
fection. Alors,  en  Soi,  11  contemplait,  par  le  moyen  de  l'at- 
tribut «  Amour  »,  en  la  totalité  de  l'attribut  «  Amour  »,  car, 
en  Son  essence,  F  Amour  est  l'essence  de  l'essence  [fi  dhâtihi 
hya  dhàt  dhâtihï)  (2),  il  est  pour  Lui  Ses  attributs,  en  toutes 
Ses  idées. 

(1)  «<  Deux  par  deux  »  paraît  omis.  Cette  curieuse  idée  a  été  défor- 
mée par  Ibn  Masarrah  (+  319/931)  en  son  Kitâb  tatvhîd  al  mawqinîn 
(extr.  Ilin  al  Mar'àh  sharh  alitshâd,  t.  IV  in  fine)  :  chaque  attribut  de 
Dieu  est  un  Dieu  au  second  degré,  avec  tous  ses  attributs  ;  chacun  de 
ses  attributs  est  un  Dieu  au  3«  degré,  etc. 

(2)  D'où  le  vers  persan  d'Ibn  Abî  al  Khayr  «  Hem  'ishqem  wa  hem 
'âshiqem  wa  hem  ma'shoùqeni  »  (éd.  Ethé,  n°  17)  :  [Dieu  dit  :]  «  Je 
suis  l'Amour,  l'Amant  et  l'Aimé  1  »  Baqlî  remarque  qu'ici  al  IlaUàj, 
conformément  à  Qor.  V,  59,  contredit  la  thèse  des  anciens  théologiens 
déclarant  que  l'amour,  en  Dieu,  est  un  attribut  créé  {mobda). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  6o5 

«  Alors,  par  raltribut  «  Amour  ->,  U  jetait  le  regard  en 
(chaque)  attribut  d'entre  les  attributs,  c'est  en  lui  qu'il  tenait 
Son  discours  et  Sa  conversation,  jusqu'à  ce  que  son  temps 
y  passât,  autant  que  dans  le  premier  cas  (1).  Alors,  par  les 
attributs  de  l'Amour,  fl  contemplait,  dans  les  attributs  de 
l'Amour,  afin  que  tout  autant  de  temps  y  passât,  et  plus  en- 
core (2).  Alors,  dans  cet  atlribiil  (qui  Lui  est)  propre  (3),  U 
contemplait,  par  ses  attributs  (qui  Lui  sont)  propres,  afin 
qu'ainsi  tout  autant  de  temps  y  passât.  Jusqu'à  ce  qu'il  eut 
contemplé,  dans  tousses  attributs,  un  à  un,  — jusqu'à  ce 
qu'il  contemple,  en  leur  perfection,  totalité  des  attributs; 
afin  qu'ainsi,  la  longueur  de  la  durée  y  passât,  qui  est  indes- 
criptible, de  ses  Prééternités  [azaliyàt],  de  sa  Perfection 
(/:â!m«/),  de  sa  Solitude  (infij^âd) ^  àe  son  Décret  [mashïah). 

u  Alors,  Il  se  louait  Lui-même,  en  Son  moi.  Alors,  en  Ses 
attributs  propres,  Il  louangeait  ses  attributs  propres.  Alors, 
en  Son  Nom,  U  louait  Ses  noms, —  et  en  tout  attribut  II 
louangeait  Son  essence  et  Sa  louange. 

«  Alors.  Dieu  dit  :  qu'il  rendrait  visibles  ces  attributs  de 
l'Amour  en  la  Solitude  [infirâd]  ;  afin  qu'en  eux  U  regardât, 
et  qu'avec  elles  U  discourut.  Il  regarda  dans  l'  (<  avant  »  pré- 
éternel [azal)  et  créa  une  image  [soûrah)  (4).  Cette  image  est 
Son  image,  image  de  l'essence,  et  Lui,  Dieu,  lorsqu'il  re- 
garde en  une  chose.  Il  y  crée  Son  image  pour  toute  l'éternité 
future.  C'était  une  image,  et  en  cette  image,  pour  l'éternité 
future,  se  trouvèrent  la  science,  la  puissance,  le  mouvement, 

(1)  Alinéa  précédent.  La  mention  des  temps  et  des  siècles  est  ici  un 
pur  symbole  de  l'idée  que  c'est  le  t'ijalli  de  l'attribut  qui  fait  subsister 
l'attribut  {B).     ■ 

[t)  «  Pour  que  la  lumière  de  l'Amour  parût  !  »  commente  Baqlî.  En 
l'Amour,  Dieu  est  molafarrii  {B). 

(3)  L'amour. 

(4)  Non  pas  taswîr,  une  figuration  imaginaire,  ni  takhyil,  une  repré- 
sentation intellectuelle:  mais  une  image  réelle  {fi). 


6o6  CHAPITRE    XII 

la  volonté,  et  tous  les  attributs.  Lorsque  Dieu  irradie  (une 
fois)  par  une  individualité  (shakhs),  elle  devient  (1)  «  iiii, 
Lui  !  »  (howa  howa)  (2).  En  cette  image,  Il  regarda,  un  mo- 
ment d'entre  ses  moments.  Alors,  11  la  salua,  un  moment 
d'entre  ses  moments.  Puis  11  l'acclama,  un  moment  d'entre 
ses  moments.  Alors  II  lui  parla,  lui  fit  un  souhait  (3),  et 
ensuite  II  la  suscita  à  la  vie  (nashar).  Ainsi  cette  image 
(=  Adam)  eut  accès  à  ce  que  Dieu  connaît,  et  qu'elle  ne 
connaissait  pas  avant  ce  moment-là  (4). 

«  Alors  Dieu  la  loua,  la  glorifia,  et  l'élit,  avec  ces  attributs, 
issus  de  l'opération  des  Attributs  dont  II  avait,  avec  inten- 
tion, préparé  l'apparition  dans  celte  individualité  [shakhs) 
en  les  faisant  paraître  dans  cette  image  (.mh-ah).  Dieu  devint 
le  Créateur  [Khâliq),  le  Provident  [Râziq)^  11  fit  «  Los  à  Dieu  » 
(tasbih)  et  <»  il  n'y  a  pas  de  divinité,  excepté  Dieu  !  »  (tahiU), 
11  manifesta  les  attributs  ad  extra  {sifât  al  a f  ai)  ;  —  et,  au- 
tant de  fois  Dieu  créa  des  splendeurs  et  des  merveilles  (5) 
qu'il  regarda  en  elle  (l'individualité  humaine),  [autant  de 
fois]  (6),  Il  l'introduisit  dans  le  Royaume,  et  II  irradia  en  elle 
et  par  elle  (7).  » 

Pour  Hallâj  (et  c'est  la  première  fois,  remarque  Baqlî,  que 
la  thèse  s'affirme),  le  mystère  de  la  Création,  c'est  l'amour, 
«  essence  de  l'essence  divine  ».  Elle  Covenant  de  l'huma- 
nité, c'est  la  cérémonie  de  l'élection  énoncée  par  l'Esprit  de 

(1)  Pour  toujours  [B)  ;  Il  le  revêtit  de  la  familiarité  de  Son  caractère 
{khollat  al  kholq)  {B). 

(2)  Ici,  p.  517. 

(3)  Tahnîyah  :  litt.  dire  «  haniyyà  »,  comme  à  celui  qui  sort  du 
hammam. 

(4)  Ta'lîm  al  asmâ  (B). 

(5)  Comp.  Riwâyah,  XXV,  XXVII. 

(6)  Nombre  des  élus. 

(7)  Afin  que,  par  l'homme,  toute  la  création  devienne  Son  Royaume 
{B). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  607 

Dieu,  la  figure  de  la  prédestinalioa  des  hommes  à  participer 
à  cet  amour  essentiel,  sans  aucun  motif  que  la  pure  géné- 
rosité divine  (i). 

2.  Le  jour  du  Covenant  {inîlkâq). 

MUhkq  =  Covenant  (Qor.  VU,  171)  :  l''  préexistence  des 
âmes  (et  traducianisme).  Imâmites  (2).  —  V  proclamation 
de  l'autonomie  de  la  raison  humaine,  de  son  aptitude  à  pen- 
ser Dieu.  Mo'tazilites.  —  3°  signe  dela///;-«A  (Qor.  XXX,  29), 
marque  imprimée  dans  toutes  les  raisons,  les  soumettant  à 
la  religion  naturelle,  au  monothéisme  Marque  universelle  ; 
ThaUabah,  khârijite  contre  Nâfi'  et  Ibn  'Ajrad  (3).  —  Foi 
incréée  Çîniân  qadîm)  selon  Moqâtil  (4),  suivi  par  lesHanba- 
lites:  «  Dieu  S'affirmant  à  Lui-même  et  à  Ses  croyants.  » 
Dieu  veut  donc  sauver  tous  les  hommes,  remarque  Ibn  Kar- 
râm  (5),  puisque  «  la  foi,  c'est  l'aveu  initial  de  l'humanité 
shahàdat  al dharr)  encore  dans  les  reins  d'Adam;  c'est  sa 
réponse  «  Oui  I  »  ;  parole  qui  subsiste  et  n'est  supprimée  que 
par  une  déclaration  formelle  d'athéisme  (6).  Antàkî  observe 
«  le  monothéisme,  c'est  la  hanljiyah  »  (7)  ;  il  y  a  une  religion 
naturelle,  gravée  chez  tous  les  hommes,  base  rationnelle 
pour  l'apostolat  de  l'Islam  —  Hanlfiyah  =  mdrïfah  adlyah 

(1)  Akhb.  13  ;  Soi.  in  Qor.  F.XII,  4  ;  Riw.  XV,  XTX. 

(2)  Ibn  Bâboùyeh,  'ilal,  début.  — (Les  âmes  créées  d'abord  mojarra- 
dah,  puis,  pour  leur  éviter  l'orgueil,  liées  à  la  matière). 

(3)  Les  enfants,  même  des  infidèles,  sont  saints  ;  jusqu'à  ce  qu'ils 
«  apostasient  »  {farq^  SO  ;  Mobarrad,  II,  177). 

(4)  «  Ecrite  »  dans  les  cœurs,  qu'elle  sauve  (Qor.  LVIII,  22  ;  Ibn  al 
Farrâ,  mo'tamad). 

(o)  Premier  apôtre  sunnite. 

(6)  Farq,  211-212  ;  Ibn  Karrâm  distingue  'îmûn  de  ma'rifah  (cfr.  ici, 
p.  o39)  ;  la  foi  n'est,  pour  lui,  comme  pour  Antâkî  et  Mohâsibî,  que  le 
gage  du  salut.  Gfr.  Ibn  Qotaybah,  mokhlaVf,  lOo,  159. 

(7)«  Et  l'Islam,  c'est  le  groupe  cultuel  {millah)  »  {Daivà).  Gfr.  Ghazâlî, 
monqidh,  *4. 


6o8  CHAPITRE    XII 

d'al  Hallûj  =  Khalilhjah  des  hermétistes  Harrâniens  (1). — 
4°  Principe  divin  de  ce  signe,  marque  de  l'amour  immuable, 
qui  prépare  tous  les  prédestinés  (musulmans  ou  non)  à 
l'union  béatifique.  Khollah  de  Rabâh,  Kolayb  =:r  mahahhah 
adiyah  (amour  primitif)  de  Mohâsibî  (2)  :  «  Avant  qu'il  les 
créât,  11  les  a  loués  ;  avant  qu'ils  Le  gloritient,  Il  les  a  remer- 
ciés ».  =  Karàmah  'oûlci  (première  miséricorde),  'inâyat  al 
sabaq  ^grâce  de  la  préséance),  i' tizàl al Haqq  bihim  (esseule- 
ment  de  Dieu  en  eux),  '«Ad' «/ zM^m.j  (pacte  du  privilège  ; 
pour  les  sages,  ahl  al  ma'rifah)^  déclare  Jonayd  (3),  suivi 
par  Hallàj  (4). 

Mahahhah^  amour  réciproque  de  Dieu  et  du  fidèle  (Qor.  V, 
59  ;  11,  160):  1"  Les  traditionnistes  et  les  théologiens  sont 
d'accord,  pendant  les  trois  premiers  siècles,  pour  proscrire 
ce  terme)  (5)  ;  car,  remarquent  les  théologiens,  «  l'amour 
est  une  espèce  du  genre  «  volonté  »  ;  or  la  volonté  ne  s'attache 
qu'aux  choses  particulières.  Le  fidèle  ne  peut  donc  aimer  ni 
l'essence,  ni  les  attributs  de  Dieu;  mais  seulement  Sa  loi. 
Son  service.  Son  bienfait  (6)  ».  Et  d'autre  part,  Jahm  et  les 
mo'tazilites  nient  qu'il  y  ait  un  plan  divin,  préparant  expres- 
sément le  salut  des  élus,  ou  que  Dieu  ait  prédilection  immua- 
ble [mowàlâh^  mowàfàh)  (7)  pour  Ses  Pilus,  même  avant  leur 

(t)  Shahr,  II,  70  :  ap.  extr.  inavoué  de  Tismaëlien  Hasan  Sabbâh, 
fosoîil  arba'ah  :  extrait  qui  va  de  II,  47  à  II,  155). 

(2)  Mahabbah  (in  I/ilyah). 

(3)  Dawâ  al  arwâh  ;  cfr.  ici,  p.  36. 

(4)  Wâsitî  :  «  la  société  de  l'Esprit,  dans  la  société  de  l'Absolu  »  (in 
Qor.  V,  109)  ;  «  qiydrn  biivafâ  al  milhàq  al  aivwal  »  (Baqlî,  lafs.^i.  I, 
p.  538). 

(5)  Qui  se  trouve  dans  les  Isra'ilîydt  de  Wahb  ('Abd  al  Wâhid-ibn- 
Zayd,  ap.  Ibn  Taymiyah,  risdlah,  ms.  Zah.  tas.  129,  §VII). 

(6)  Tahânawî,  273  ;  compléter  ici,  p.  161. 

(7)  Affirmée  par  l'ibûditc  Khâzim  (Kîlânî,  ghonyah;  I,  73,  82),  le 
mo'tazilite  Foùtî  (Shahr.  ï,  93  :  le  signe,  c'est  la  foi)  ;  Jonayd,  Hallàj, 
les  Ash'arites;  les  Imâmiles  et  les  Ilanbalitcs  (Ibn  al  Farrâ,  /.  c). 


THÉOLOGIE  DOGMATIQUE  6oiJ 

conversion  et  quand  ils  pèchent.  Dieu  ne  se  soucie  que  des 
actions,  aimant  toute  bonne  action  {wall koll hasanah)^  détes- 
tant toute  mauvaise  action  :  un  revirement  [badal)  de  la 
liberté  de  l'homme  reste  toujours  possible  (moHazilites)  (1). 
2°  L'homme  peut  «  racheter  »  son  àme  à  Dieu,  en  Lui  fai- 
sant le  sacrifice  de  sa  vie  (khàrijites  «  shorât  »)  ;  et  ce  «  ra- 
chat »  {shirâ)  irrévocable  est  une  preuve  d'affection  (Habib 
'Ajamî)  (2).  Hasan  Basrî  observe  que  cette  «  affection  » 
('w^^r)  de  l'homme  pour  Dieu  est  payée  par  Dieu  de  retour  (3). 
3°  Aussi,  malgré  les  oppositions,  le  mot  mahabbaJi,  «  amour 
réciproque  »,  s'implante  dans  l'usage.  Il  est  employé  parles 
Boùhàniyoùn:  «  Mon  amour,  dit  Dieu,  selon  Ibn  al  ^^'ard, 
est  la  récompense  du  culte  pratiqué  »  (4)  ;  «  Dieu  a  célébré 
devant  Sa  création  Son  amour  pour  les  croyants  et  indiqué 
l'amour  comme  la  plus  intime  forme  d'observance  que  notre 
culte  puisse  Lui  offrir  ))  (5).  «  L'amour  est  un  attribut  de  l'es- 
sence »,  déclare  l'ibâdite  Khâzim,  suivi  par  tous  les  mysti- 
ques (6).  Jonayd  distingue  encore  :  «  L'amour  de  Dieu,  pour 
Ses  saints,  est  un  attribut  de  l'essence  (=  incrée)  ;  son  eflet 
en  eux  n'est  qu'un  attribut  de  l'acte  (==  créé)  »  (7).  'Amr 
Makkî  se  tait  :  «  L'amour  est  le  secret  de  Dieu,  qu'il  confie 
aux  cœurs  de  foi  ferme  et  pure.  »  Hallàj  définit  :  ^(  L'amour 

(1)  Mas'oùdî,  moroûj,  VI,  20  ;  critique  ap.  Hazm  III,  o2,  IV,  o8. 

(2)  ffîlynh. 

(3)  Ici,  p.  31 1,  'ishq,  terme  prudent,  pour  éviter  de  paraître  «  aimer» 
l'essence  divine,  répudié  par  Ja'far.  Gholâm  Khalîl  :  «  garde-toi  de 
l'asseoir  auprès  de  qui  prêche  l'affection  et  l'amour  (pour  Dieu)  »  {sharh 
al  sonnah  ;  cfr.  ici,  p.  192). 

(4)  Ap.  Mohâsibi,  mnhabbah.  Cfr.  Rabâh. 

(5)  Tafsir  de  Ja'far,  ap.  Baqlî,  I,  p.  36  ;  cfr.  Riw.  VI. 

(6)  «  Si  les  cœurs  pouvaient  atteindre  le  fond  de  l'amour,  en  leur 
Créateur  !  »  (Yahya  Râzî,  ap.  Hilyah).  Kalâbâdhî,  akhbàr,  9*. 

(7)  Ap.  I/ilyah,  s.  v.  —  ms.  Paris.  1369,  f.  96^.  Ibn  'Atà  au  con- 
traire les  place  tous  deux  en  la  «  perséité  »  divine  {baqo).   Cfr.  Nasrâ- 

bâdhî  (ap.  Yâfi'i,  nashr,  43=). 

39 


6 10 


CHAPITRE    XII 


est  attribut  pérenne  (sarmadîyah)^  et  grâce  prééternelle  ('inà- 
yah  azaliyah)  ;  sans  cette  grâce  prééternelle,  «  tu  n'aurais 
pas  appris  ce  que  c'est  que  le  Livre,  ni  la  foi  »  (1).  Ghazâlî  a 
résumé  cette  doctrine  en  cinq  grandes  thèses,  dans  son 
Ihyk  (2).  Et  cet  amour  est  chanté  par  Kîlânî,  Ibn  al  Fcàrid  et 
Shoshtarî  comme  le  «vin  prééternel  »,  bu  par  les  prédes- 
tinés, en  la  nuit  du  Covenant. 

b)  La  création  des  actes  humains  (3). 

1.  Leur  attribution  à  Dieu. 

r(Qor.  XXXVI,  82,  etc.).  Dieu  les  prépare,  déclenche 
et  manifeste  (irâdah,  amr,  ibdd'),  un  à  un,  en  toute  souve- 
raineté. Cette  prémotion  physique  (4)  =  celle  d'une  pierre 
dont  11  tire  arbitrairement  une  étincelle  (Hashw.,  Zâhirites 
=  taô'),  ou  =  celle  d'une  plante  qu'il  fait  croître  (Jahm, 
Jâhiz  =  khalîqah)^  ou  =  celle  d'une  lueur  de  raison  qu'il 
allume  à  Sa  lumière  (Hishâm)  (5).  —  2"  Hasan  Basrî  ;  Dieu 
a  investi  (d'avance,  àw  mit/iâç)  les  hommes  de  leurs  actes; 
Il  attend  donc  d'eux /dus  que  l'obéissance  passive  :  la  libre 
et  constante  adhésion  du  cœur. —  D'où  l'enquête  mo'tazi- 
lite  :  les  actes  du  cœur  sont  donc  constitués  indépendants  de 
Dieu  (Wâsil,  Ghaylân)  :  Us  ne  sont  pas  créés  par  Dieu  (11^  base 
du  mo'tazilisme),  mais  seulement  pré-occasionnés  [mohda- 
MrtA)  par  Dieu  et  créés  par  l'homme  (6).  Le  cœur  est  doué 
d'avance  d'une  «  capacité  d'obéir  »  à  la  Loi  [istltâ'ah  qabl  al 
/Î7)  qui  le  laisse  libre,  précise  'AUàf:  mais  l'extériorisation 

(1)  Qaysarî,  ms,   Paris,   3165,  f.  4"  ;  corr.   Vaux,    Gazali,  255  ;  in 
Qor.  XLII,  52. 

(2)  Ici  p.  181. 

(3)  Khaiq  apàl  al  'ihâd. 

(4)  Qor.  VII,  178  ;  XVIl,  i4-16  ;  XVIII,  04-80. 

(5)  Hazin  III,  54  :  V,  40  ;  Ibn  Qotayhali,  mok/italif,  59  ;  farq,  50. 

(6)  Penser  que  Dieu  crée  les  actes  mauvais,  c'est  jaàr,  selon  eux 
(Moqaddasî). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  6x1 

de  son  choix  (gestes)  est  directement  créée  par  Dieu.  —  Bishr 
observe  que  les  actes  du  cœur  s'engendrent  les  uns  les  autres 
(tawlîd) ,  mais  que  Dieu  intervient  pour  leur  conception  en 
fournissant  leur  nom  à  la  mémoire,  leur  statut  juridique  à 
l'intellect.  Mo'ammar  et  Jâhiz  avouent  que  les  actes  du  cœur 
sont  réellement  [haqîqata)  dirigés  par  Dieu  :  la   fantaisie 
seule  de  se  croire  libre  reste  à  la  volonté.  Jobba'î  en  tire 
que,  puisque  les  actes  extérieurs  qui  s'ensuivent  sont  norma- 
lement en  conformité  avec  cette  fantaisie,  —  c'est  que  Dieu, 
leur  auteur  direct,  s'y  soumet  [moti]  (1).  Hallàj  et  Ash'arî 
réfutent  cette  conclusion  du  mo'tazilisme.  —  3°  Jahm  et 
l'école  jabarile  :  Dieu  manifeste  dans  les  actes  humains  Sa 
puissance  (qodrah)  créatrice,  comme  le  déroulement  d'un 
décret  simple,  incréé  (=  irâdah  ;  cfr.  lakhliq  azali  de  Marîsî 
et  des  Hanéfites).  Ce  décret  incréé  vise  seulement  les  atomes 
[lisân  dhât),  —  non  les  accidents  qui  sont  l'objet  de  décrets 
créés  successifs  (lisân  iil\  cfr.  science  créée  de  Dieu,  des 
moHazilites).  — Ibn  Hanbal  :  Dieu  opère  aussi  dans  les  actes 
humains  par  Sa  parole  révélée  [kalâm],  notification,  pour 
les  croyants,  d'un  commandement  [amr)  incréé,  à  chaque 
instant  {=  khalq  fi  koll  ivaqt,  Ash'arî).  —  Ibn  Karrâm  essaie 
une  synthèse  :  Dieu,  ab  aeterno,  a,  entre  autres  puissances, 
celles  de  poser  [khâliqîyah]^  d'énoncer  (/«/«w),  et  d'exécuter 
en  délai!  {qailhjah)  les  actes  humains  ;  leur  réalisation  dans 
le  temps  s'inscrit  sur  autant  de  registres  correspondants, 
créés  dans  sa  science,  en  son  essence  (2).  —  Tostarî  :  Dieu 

(l)((Tu   m'obéis   plus   que  je  ne  T'obéis  »,   dit  Bistâmî  (Sha'râwî, 
lata'if,  I,  127)  ;  cfr.  les  amrayn  de  Tirmidhî  (Ibn  'Arabî,  foloûhâl,  I, 
204)  et  le  fameux  vers  d'Ibn  'Arabî  (Aloûsî,  nashwah,  77)  : 
«  Le  serf  est  Seigneur,  et  le  Seigneur  est  serf! 
Ah,  comment  savoir  lequel  est  l'obligé  ?  » 
(2)  Là  est  le  point  faible  d'Ibn  Karrâm  :  inhérence  d'une  innovation 
{ihdâlh)  en  l'essence  divine  ;  les  mo'tazilites,  comme  Jahm,  plaçaient  les 
attributs  de  l'acte  «  hors  de  l'essence  ». 


6l2 


CHAPITRE    XII 


Se  manifeste  encore  à  travers  les  actes  humains,  comme  une 
intention,  l'inspiration  d'une  actualion  (taf'il)  incréce,  à 
chaque  respiration  (—  khalq  fî  kollnafas,  d'ibn  Sâlim).  — 
4°  Hallâj  :  Rien,  dans  Tacte  humain,  n'échappe  à  l'action 
divine  (l):la  puissance  de  le  poser  comme  fait  [hodoûih), 
celle  de  l'énoncer  comme  sens  Çh'âd)  et  celle  de  le  réaliser 
comme  intention  [iahqiq  =  ihdâ')  sont  pareillement,  ab 
aeterno,  à  Dieu. 

2.  Leur  atlrihulion  à  l'homme  :  le  «  fiat  ». 

1"  Qor.  XLII,   10.  Prédétermination  (jabr)  de  ressources, 
arzâç^  qui  seront  concédées  à  l'homme  pour  qu'il  les  ex- 
ploite (2),  pendant  un  temps  limité  [ajal],  et  dont  il  lui  sera 
demandé  compte.  —  Arzâq  =  aksâb,  «  gains  »  individuels 
(en  bien  ou  mal),  dit  Jahm  ;  —  lots  imposés  à  notre  choix 
[ikhtiyâr,  Hishàm),  ce  qui  détermine  notre  responsabilité 
légale  [takllf).  —  2°  Hasan  entrevoit  plus  :  l'homme  a  été 
«  investi  »  [tafwld)  in  principio  de  ses  actes,  puisqu'il  est 
doué  de  raison.  Cette  investiture  lui  permet-elle  de  disposer 
arbitrairement  des  cwzdq  et  des  ajâi?  Hasan  incline  un  ins- 
tant à  le  penser^,  puis  se  rétracte  devant  Yazîd  Raqâshî  (3)  ; 
cette  investiture  ne  devient  réelle  et  féconde  en  lui  que  s'il 
s'unit  à  Dieu  par  le  renoncement,  correspondant  à  Sa  grâce, 
expliquera  Misrî.  Lqs arzâq  ne  sont  d'ailleurs  que  des  moyens, 
non  une  fin,  pour  l'homme  (4).  —  3"  Ja'far,  Hasan  'Askarî  : 
«  N'ijaôr  (impiété!),  m  tafiv/d  (associationnisme  !)  ;  mais 

(1)  Gfr.  l'ash'arisme  :  aivsdf  al  fa"dl  qadimah. 

(2)  Tataiinuo',  ibtighd  :  Dieu  a  les  clefs  {mnc/dUd}  du  rizq. 

(3)  Malatî,  f.  3;ri.  Tabarsî,  /.  c,  167-168.  Baqlî,  tafsîr,  t.  II,  p.  213. 
Ta/wîd  est  l'oppose  detadbir,  note  Kalâbâilhî  {ta'arrof). 

(4)  «  Dieu  a  créé  les  arzâq  ilcux  mille  ans  avant  les  corps  ;  mais  celui 
qui  s'abandonne  fi  Dieu  ne  Lui  demande  pas  de  rizq  pour  demain,  de 
même  que  Dieu  ne  lui  demandera  plus  d'acte,  demain  (=  après  la 
mort)  V  (IJasan,  in  Qor.  XLI,  0  ;  ap.  Makkî,  qoùl,  II.  8). 


THÉOLOGIE  DOGMATIQUE  6l3 

quelque  chose  entre  deux  (1)  »,  donnaiil  aux  liomuies 
moyen  (2)  d'obéir  aux  commandements,  et  d'observer  les 
interdictions  —  doctrine  imàmite  commune.  —  A"  Mo'tazi- 
lites  :  L'investiture  donnée  au  début,  une  foi-s  pour  toutes, 
vaut  réellement  pour  chacun,  comme  une  «  rapacité  d'obéir 
à  Dieu  ))  préalable  (=  grâce  prévenante  suffisante),  istitaah 
qahlal  fCl\  émancipation  définitive.  Chaque  homme  est  cons- 
titué maître  souverain  des  actes  de  son  cœur  [yafal\),  et 
libre  en  son  choix  [ikhtiyâr  =  sabab  moaththir  de  l'acte)  ; 
Dieu  n'intervient  que  pour  l'extériorisation  du  geste  (fa'all)  : 
'Allàf  (3),  A.  H.  Basrî,  Jowaynî,  et  hanéfites.  —  5°  Ibn  al 
Ràwandî,  désabusé,  déclare  que  Dieu  in  tervient  dans  le  cœur, 
non  pas  à  l'avance,  quand  II  l'a  créé  «  capable  d'obéir  », 
mais  seulement  hic  et  mine  (4),  pour  déclencher  arbitraire- 
ment {/'ab?')  l'acte  au  fond  du  cœur  à  qui  il  est  attribué: 
istitâ'ah  ma'  al  fi'  l  =  kasb  (sans  qoivwah  mo  athlhïrah) ,  =  mo- 
qâranah  (sans  modkhaUyah).  C'est  la  doctrine  de  Najjàr,  Ibn 
Kollâb  et  Ash'arî.  Bàqillânî  la  mitigé  ;  le  fidèle  a  à  u  quali- 
fier »  son  acte  (vertu,  vice)  (5).  —  6°  C'est  une  même  action, 
istitâ'ah  ba'd  al fî'l,  qui  déclenche  l'acte  (dans  le  cœur),  et 
qui  lui  fait  produire,  après^  comme  une  cause  ses  effets,  ses 

(t)  Tabarsî,  ihtifâj,  210,  230  (extrait  de  la  risâlah  ilâ  ahl  al  Ahwâz 
de  H.  'Askarî^.  Dieu  ne  confère  pas  le  tafwîd  aux  imâms  (sauf  selon 
les  Qarrnates). 

(2)  Ce  moyen,  passage  mystérieux  du  possible  à  l'actualisé,  selon 
Sabziwarî  (sharh  al  asmd,  121),  consiste  en  :  «  individuation  de  l'acte, 
vacuité  du  cœur  (sirb),  indétermination  momentanée,  ressources  préa- 
lablement fournies,  et  cause  incitant  l'agent  à  l'acte». 

(3)  Shahr.,  I,  64. 

(4)  Ibn  Karràm  dit  fort  bien  :  le  jabr  (déterminisme  théologique) 
consiste  à  ne  faire  intervenir  Vistifâ'ah  qu'au  moment  de  l'acte  (Moqad- 
dasî).  Cfr.  Ibn  al  Dâ'l,  419  ;  Sabziwarî,  121  ;  farq,  170,  201. 

(5)  C'est  là,  précisément,  la  part  que  Bishr  réservait  à  Dieu  (Hazm, 
III,  54). 


6l4  CHAPITRE    XII 

fruits  au  dehors  :  Aboû  Hanîfah,  Aboù  Hâshim.  Il  y  a  «  asso- 
ciation »,  dit  ïsfara'înî,  des  deux  pouvoirs  (divin  et  humain) 
pour  celte  production.  —  7°  Dirâr,  Ibn  Karrâm,  Toslarî  et 
Hallâj  :  c'est  la  même  grâce  divine  qui,  modalisée,  intervient 
avant,  pendant  et  après  l'acte  du  cœur.  Le  concours  de  Dieu 
et  de  l'homme,  dans  l'acte  humain,  n'est  pas  la  réalisation, 
laissée  à  notre  choix  [qadar],  d'un  programme  prévu  par 
[)ieu,  —  ni  la  concomitance  fortuite  d'une  pensée  et  d'un 
geste,  réalisée  en  nous,  impuissants,  par  le  caprice  divin  : 
c'est  une  «  disposition  à  acquérir  >»,  iktisâb,  se  réalisant  in- 
cessamment, une  entente  croissante,  qui  se  resserre  et  mûrit 
ses  fruits  (1)  ;  ce  qui  n'est  satisfaisant,  pour  l'homme  et  pour 
Dieu,  que  par  l'amour  ;  ce  qui  est  la  réalisation  définitive  de 
l'investiture  divine,  et  la  consécration  déifiante  de  la  liberté 
humaine  (2).  Seul,  celui  qui  s'abandonne  à  Dieu  acquiert  la 
puissance  (^or/r«A),  et  cette  puissance  (en  lui)  n'a  d'autres 
limites  que  celles  de  son  abandon  »  (3). 

Le  «  fiat!  »  (Kon  !  =  khitâô  'ijâd)  (4).  1°  Jahm  :  Kon  =^ 
Kalimah  —  'Isa  ;  créé.  —  2°  Aboû  Hanîfah  :  id.  ;  mais  'îjâd 
=  takwîn  =  takhlîq  incréé.  —  3"  'AUâf  :  Kon  =  Kalâm,  hâ- 
dith  la  fî  mahall  (=  Isa,  chez  Ibn  Hâjit)  ;  cfr.  Fakhr  Râzî. 

4°  Ibn  Karrâm  :  Kon  =  qawl  mohdath  fî'l  dhât  (=  ilidâth 

+  i'iâm  +  khalq)  ;  mais  qâ'ilîyah  est  incréé.  —  5°  Ismaéliens  : 
Kon  =  1'"  émanation,  noûr  sha'sha'ânî  =  koûnî  =  takwin, 
état  initial  d'ébranlement  (4)  ;  symétrique  du  tamkîn  [bî  kâr), 

(1)  Ibn  al  Haysam,  Karrâmiyea,  l'explique  en  détail  :  (/)  amnt,  il  y 
a  qadar  ;  {2]  pendant  l'acte  du  cœur,  le  kasb  accordé  est  une  qodrah 
moathlhirah,  qai  produit,  (3)  après  l'acte  du  cœur,  une  fa'idah,  grâce 
nous  faisant  remplir  les  conditions  du  laklif  (Shahr.  I,  153).  —  Syn.  : 
fiH,  'anial,  son\ 

(2)  Tostarî,  tafsîr,  p.  47  ;  Tahànawî,  s.  v. 

(3)  Ibn  lîanbal,  rndd  'aliil  zanâtiqah,  f.  il''.  Guyard,  fragm.  ismaë- 
liensy  229. 

(4)  Inbithâlh  al  ashiyâ,  inverse  de  VinbVàlh  al  'oîoûni  (écrit  Druze  : 
taqstm  al  'oloûm). 


THÉOLOGIE  DOGMATIQUE  6l5 

arrêt  final.  —  6**  Ibn  Kollâb  :  Kon  =  Kalâm  nafsî,  incréé  ; 
mais  non  pas  amr  (créé).  — 7°  Ibn  Hanbal  :  Kon  =  amr 
azalî,  incréé  (mais  ce  n'est  pas  'Isa,  créalurej.  — 8"*  Ash'arî. 
Kon  =  Kalàm  nafsî  incréé  =  amr  azalî.  —  O*"  Hallàj  :  incréé 
=  'îjâd  (in  Qor.  X,  82  ;  XXXVï,  82);  le  fidèle  peut  y  unir  son 
bismillah.  —  IC  Ibn  'Arabî:  A  la  fois,  incréé,  en  Dieu,  et 
créé,  en  tant  qu'exercice  du  pouvoir  créateur  confié  à 
l'homme,  par  le  moyen  de  la  «  spiritualité  de  Jésus  »  (i). 

Textes  hallagiens  ; 

'Othmân-ibn  Abt  Mo'awiyah  dit  (2)  «  Halluj  passa  la  nuit 
dans  la  grande  mosquée.  àDînawar;  il  y  avait  du  monde 
avec  lui,  et  l'un  d'eux  lui  demanda  :  0  shaykh  !  que  dis-tu 
de  la  parole  (athée)  de  Fir'a^vn  ? —  C'est  une  parole  véritable 
[kalimathaqq).  — Et  que  dis-tu  de  la  parole  (monothéiste)  de 
Moïse  ?  —  C'est  une  parole  véritable  (elle  aussi)  :  toutes  deux 
sont  des  paroles  dont  le  cours  prééternel  (=  prescience)  (3) 
est  conforme  à  leur  cours^postélernel  (  —  sanction)  ». 

—  «  Hallàj  dit  à  un  d'entre  les  disciples  d'fAboû  'Alî]  Job- 
bâ'î,  le  mo'tazilite  (4)  :  tout  ainsi  que  Dieu  a  convenu  de  créer 
les  corps  sans  (y  être  incité  par  une)  cause,  —  de  même  II  a 
convenu  d'y  créer  leurs  attributs  sans  (y  être  incité  par  une) 
cause;  tout  ainsi  que  le  serviteur  (—l'homme)  ne  possède 
pas  en  propre  le  fonds  de  son  acte,  — de  même  il  ne  possède 
pas  en  propre  (5)  son  acte  lui-même.  » 

—  «  0  Dieu,  d'abord  Tu  nous  a  créés,  et  ce  fut  par  la  bonté,  et  ta 

[générosité  {joûd)  elles-mêmes. 

(1)  Farq,  205,  260-2G1  ;  Ibn  'Arabî,  fosoûs,  257- 2o8,  fotoûhât,  III, 
328,  331  ;  Arendonk,  Zeidiet.  Imam.,  305  ;  Hazm  IV,  197. 

(2)  Akhb.  33. 

(3)  Contre  les  mo'tazilites,  niant  la  science  divine  desfufurs  libres. 

(4)  Sol.  tab. 

(5)  Contre  la  lliéorie  de  l'investiture  réelle  ;  vers  quoi  Hasan  Basrî 
avait  incliné.  Gfr.  P.  Lombard  et  Suarez. 


6l6  CHAPITRE  XII 

Puis  Tu  nous  a  indiqué  la  bonne  voie,  et  ce  fut  par  ta  grâce  elle-même. 
Maintenant  Tu  nous  convoques  au  Paradis,  Toi-même. 
Ah  !  cela  ne  nous  suffit  pas.  Si  c'est  bien  ainsi  que  tu  as  ajri,    dès 

[l'abord. 
Par  ta  grâce  [fadl),  parachève  ta  bonté  (birr)  ! 
Sinon,  l'œuvre  que  Tu  avais  entreprise  va  rester  à  mi-chemin  »  (1). 

3.  L'attitude  de  Dieu  à  regard  des  hommes  :  la  doctrine  mystique 
de  la  souffrance  ;  ses  origines  ;  questions  soulevées. 

—  UaUUude  de  Dieu  à  ï égard  des  hommes.  —  Qor'ân  :  H 
n'a  pas  à  leur  en  rendre  compte,  elle  est  impénétrable  pour 
eux  (2).  —  1°  Jahm,  zâhirites,  ash'arites  :  c'est  l'indifTérence 
d'un  bon  plaisir  souverain,  tamrrof^  tajioîz.  Dieu,  par  un 
libre  jeu,  se  borne  à  appeler  les  hommes  à  l'existence  comme 
des  noms,  sans  se  soucier  de  ce  qu'ils  représentent,  actions 
légales  ou  illégales,  intentions  bonnes  ou  mauvaises,  damnés 
ou  élus  :  là  obdll  :  «  peu  m'en  chaut  ».  Qu'importe  s'il  change 
d'altitude  à  leur  égard?  [badd,  de  certains  Imàmi(es)  (3). 
2°  Puisque  Dieu  a  donné  aux  hommes  une  loi,  c'est  qu'il  ne 
change  pas  sa  manière  déjuger  leurs  actes,  sa  justice,  'adl: 
«  Il  n'aime  pas  le  mal  »  (cfr.  Moghîrah),  i.  e.  l'acte  exté- 
rieurement vicieux,  qui  corrompt  la  loi  (2"  base  mo'tazilite)  : 
là  ijohïbh  al  fasâd  (4).  Certaines  créatures  ont  donc  la  liberté 
créatrice  :  dont  l'ange  peut  se  servir  pour  créer  la  rébellion 
elle  mal,  et  l'homme  pour  créer  l'iiypocrisie  et  le  mensonge. 
Mal  et  mensonge  serontjustement  punis  ;  et  Dieu  fera  régner 
la  justice.  Qor.  XXIX,  10.  —  3"  Objections  synthétisées  par 


(i")  Poème  trad.  en  persan  par  Haravvî,  (ahaqât,  §  .^4. 

(t)  On  sait  seulement  qu'il  n'a  pas  créé  le  monde  par  jeu,  mais  pour 
jeter  la  vérité  sur  l'erreur  et  la  pulvériser  (XXI,  16-17). 

(3)  Hazm  III,  108-109  ;  Malatî,  234. 

('t)  fjor.  II,  201  ;  XXVIII,  77.  Oui,  sans  répugnance  (A'a>7/),  précise 
al  Hallâj  (in  Qor.  H,  o\)  ;  contre  Moghîrah  et  Ibn  Kollâb.  En  revan- 
che l'ash'arite  'Atvvi  ose  dire  que  Dieu  peut  mentir  (Ibn  al  Dâ'î,  434). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  617 

[bii  al  Râwandî  (1  )  :  si  Dieu  ne  crée  pas  toute  chose,  comme  la 
création  peut  lui  être  co-élernelle,  11  n'est  plus  tout  puissant  ; 
et  sa  science  est  bornée;  et  quelle  sottise  d'édicter  sa  loi, 
simplement  pour  l'exposer  au  refus  éventuel  de  notre  liberté 
d'inditîérence.  —  4°  Alors  que  les  premiers  mo'tazilites  res- 
treignaient encore  la  bonté  de  Dieu  à  sa  justice  distributive,au 
don  qu'il  fit  à  l'homme  de  choisir,  parla  liberté,  sa  destinée, 
—  Bishr  établit  qu'en  Soi,  Dieu  est  une  bonté  (lotf)  sans 
limites  (2)  ;  et  que,  ce  qu'en  manifeste  l'exercice  normal  de 
la  liberté  (actes  d'obéissance,  bonnes  œuvres),  n'en  est 
qu'une  limilalion,  à  la  mesure  de  la  capacité  de  chacun  ;  la 
connaissance  de  ce  qui  lui  est  profitable  {adah)  (3),  le  «  meil- 
leur »,  non  pour  Dieu  en  soi,  mais  dans  la  position  de  cha- 
cun. Bishr  croyait  d'ailleurs  que  la  raison  en  elle-même  avait 
l'efficience  voulue  pour  nous  le  faire  élire  [l'i  âyat  al adah){\) . 
Son  disciple  Mordàr,  qui  en  doutait,  chercha  une  solution 
en  mystique  ;  car,  notent  les  mo'tazilites  (5),  le  simple  exer- 
cice de  la  liberté  psychologique  est  une  épreuve  [mihnah), 
cause  une  douleur  [halwâ).  L'école  d'ibn  Karrâm  l'enseigne  : 
«  la  souffrance  et  l'épreuve  ne  font  qu'un  :  c'est  la  liberté  de 
choisir»  (6).  —  5°  Le  problème  de  la  douleur  avait  été  présenté 
de  front  par  les  zanddu/ah,  tels  qu'Ibn  abî'  rA\vjâ(7).  Les 

(1)  Kilâb  na'l  al  hikmah.  Gfr.  aussi  la  critique  de  leurs  XVI  points 
ap.  Hazm  III,  U-2. 

(2)  Gfr.  Ibn  Sînâ. 

(3)  Hazm  lll,  164  (nie  le  wojoûb  al  asiah  pour  Dieu  ;  cfr.  Ghazâlî, 
qistas,  tOl),  Nazzâm  avait  déjà  dit  :  salâhhom  (farq,  116). 

(4)  Gfr.  ici,  p.  o4o.  Shahr.  I,  83. 

(5)  Mas'oùdî,  moroûj,  VI,  21. 

(6)  Ms.  Londres  Or.  8049,  f.  M^. 

(7)  Pourquoi  les  catastrophes,  les  épidémies,  si  Dieu  est  bon,  dit-il  à 
Ja'far  (Mofaddal,  p.  69  seq.).  Et  surtout,  pourquoi  les  enfants  souf- 
frent-ils ?  Bakr  suppose  qu'ils  ne  soulTrent  qu'en  apparence  (Hazm  IV  , 
191).  Ibn  I.Iâyit  croient  qu'ils  expient  (réincarnations.  Hazm  III,    120) . 


6r8 


CHAPITRE    XII 


mystiques  en  acceptent  Tobjection.  Antâkî  (1),  Mohâsibî  et 
Hallâj  maintiennent  que  la  création  s'est  faite  par  pure  bonté 
[lotf,  joûd^  karam)  \}l[o\yà'^\h\^  résumant  avec  force  l'ensei- 
gnement de  ses  maîtres,  affirme  que  u  le  cœur  sait  que  le 
Seigneur,  juste  en  Son  décret,  ne  saurai!  être  suspecté  d'in- 
justice (2)  ;  et  que  le  choix  que  Dieu  fait  pour  le  cœur  est 
meilleur  que  le  choix  propre  du  cœur  ». 

C'est  donc  le  renoncement  qui  est  la  plénitude  de  la  liberté. 
«  Etre  satisfait  de  Dieu,  précise  Ibn  'Atâ,  c'est  reposer  son 
cœur  dans  le  choix  prééternel  fait  par  le  Seigneur  pour  son 
serviteur,  car  II  lui  a  choisi  la  meilleure  part  [afdal]  »  (3). 
Quelle  est  celte  meilleure  part,  selon  Ibn  'Atâ,  suivant  la 
doctrine  de  Hayyân  Qaysî,  Aboû  Hâshim  'Othmân-ibn  Sharîk 
Koûlî  (4)  et  Yahya  Ràzî  (5)  ?  C'est  l'épreuve  (sanctifiante), 
mïhnah,  dont  la  tentation  [fitnah)  n'est  que  l'esquisse  (6)  : 
«  Lorsque  Dieu  aime  son  serviteur,  Il  l'éprouve  ;  et  quand  II 
l'(en)  aime  davantage,  Il  s'empare  de  lui,  ne  lui  laissant,  à 
lui,  ni  bien,  ni  fils  »  (7).  L'épreuve,  tentation,  puis  souf- 
france, est  le  signe  de  la  vocation,  de  l'élection. 

Comme  l'avait  établi  Bishr,  les  actes  d'obéissance  et  bon- 
Or,  le  fait  est  qu'ils  souffrent  et  qu'ils  sont  innocents  :  préfigures,  en 
cela,  de  la  sainteté  parfaite. 

(1)  Daivâ. 

(2)  Ap.  Hilxjah,  s.  n. 

(3)  ' Awârif,  IV,  256.  Gfr.  ici,  p.  45-46;  ahsan^  le  bien,  ce  qui  con- 
vient ;  aslah,  le  meilleur,  ce  qui  est  profitable  ;  afdal,  l'excellent. 

(4)  «  Le  désir  dépasse  la  souffrance  »  (Jâmî,  nafahât,  35).  Cfr.  le  mot 
d'Antâkî,  ici  p.  472. 

(5)  «  Si  pardonner  n'était  pas  la  chose  que  Dieu  préfère,  Il  n'aurait 
pas  éprouvé  par  le  péché  celles  de  Ses  créatures  qu'il  honore  le  plus  » 
(ap.  I/ilyah,  s.  n.  ;  cette  sentence  est  latitudinariste,  morji'te). 

(6)  Sol.  iu  Qor.  XXV,  22. 

(7)  hadîth  al  iqlinâ,  qu'Ibn  al  Jawzî  suppose  avoir  été  falsifié  par 
Yamân-ibn-'Adî  [maivdoû'ât),  et  qui  dérive  d'une  sentence  de  Hasan 
(Sh.  tab.  I,  29)  et  surtout  du  type  de  Job. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  619 

nés  œuvres  de  chaque  homme  ne  manifestent  la  miséricorde 
divine  que  sous  des  limitations  individuelles  ;  mais,  ce  qu'Ibn 
'Atâ  démontre,  c'est  qu'à  travers  les  défaillances  de  la  liberté 
de  quelques-uns,   la  miséricorde  divine,  mise  à  nu,    vient 
s'offrir  à  tous  diins  sa  plénitude.  Dieu  a  créé  et  prévu  tous 
les  actes  humains  avec  sagesse  ;  Sa  miséricorde,  qui  se  mo- 
dalise  visiblement  à  travers  les  actions  conformes  à  Sa  loi 
naturelle,    pour    la  conlirmer    naturellement,    au   moyen 
d'exemples  isolés,  —  vient,  à  travers  les  apparences  exté- 
rieures contredisant  Sa  loi  (mal,  mensonge),  se  livrer  à  tous, 
tout  entière,   d'une  façon  directe,   intime  et  surnaturelle. 
Elle  poursuit,  à  travers  le  mal  commis,  chez  l'agent  comme 
chez  le  patient,  une  expérience  d'ensemble  (1),  une  épreuve 
purificatrice  qui  les  pénètre,  l'un  comme  l'autre,  solidaire- 
ment, jusqu'au  cœur  :  par  l'application  médicale  du  mal- 
heur, delà  souffrance,  balâ.  Telle  est  la  u  science  de  la  souf- 
france »  qui  s'ébauche  chez  Jonayd  (2),  et  qui,  par  l'expé- 
rience quotidienne,  confrontée  à  la  méditation  progressive 
du  type  coranique  de  Job,  s'épanouit  pleinement  chez  Ibn 
'Atâ  et  al  Hallâj  (3). 

Est-elle  sans  racines  en  Islam?  Non  pas.  Croire  à  la  des- 
tinée Çhnân  bil  qadar),  déclare  Obayy-ibn-Ka'b,  suivi  par 

(1)  Inversement,  on  ne  peut  associer  l'intention  de  ceux  qu'on  aime 
au  bien  qu'on  fait,  qu'en  compatissant  à  leurs  chagrins. 

C^)  Lak  lisân  ft 'ilm  al  bald,  lui  écrit  Noùrî  (Sarrâj,  /orna',  354). 
C'est  la  souffrance  qui  lui  enseigna  le  soufisme  (Jonayd,  ap.  Qosh.  22  ; 
Tagr.  II,  17<S)  ;  commandements  et  interdictions  de  la  Loi  sont,  pour 
Dieu,  moyens  d'éprouver  son  serviteur  (id.,  ap.  Baqlî,  in  Qor.  IV,  Qi)  ; 
ft  ce  n'est  [)as  la  souffrance  qui  est  un  malheur,  c'est  la  dureté  du 
cœur,  qaswat  al  qalb,  l'insensibilité»  (id.,  in  id.  XXXIX,  oO).  C'est  la 
pensée  qu'efUeure  Motanabbî,  aux  premiers  vers  de  son  merveilleux 
poème  «  Laki,  yd  mandzilo,  fî'l  qoloûbi...  awldkomd  yabkî...  » 

(3)  Elle  s'U'vit  chez  Makki  (qoût,  II,  51,  53,  109)  et  Shâdhilî  (Sh. 
tab.  I,  7). 


620  CHAPITRE    XII 

Ilasan  Basrî,  Ibn  Hanbal  et  Gholâm  Klialîl,  n'est  pas  faire 
montre  d'un  fatalisme  aveugle  :  c'est  «  croire  que  Dieu  ne  te 
fait  pas  souffrir  pour  que  lu  pèches,  ni  pécher  pour  que  tu 
souffres  »  (1).  11  ne  faut  pas  se  laisser  prendre  à  la  ruse 
(makr)  de  Dieu,  céder  à  la  tentation  (2)  ;  il  faut  «  faire  con- 
(iance  »  [hosn  al  zann)  (3)  à  Dieu. 

Or,  si  la  maladie  est  plus  que  l'accident,  et  la  douleur  plus 
que  la  blessure,  la  souffrance  du  cœur  est  plus  réelle  que  le 
péché  :  c'est  un  appel  de  Dieu,  affirme  un  très  ancien  mys- 
tique, Hayyân  Qaysî  (4).  «  La  pauvreté  est  un  océan  de  souf- 
france, mais  la  souffrance  tout  entière  est  gloire  (divine, 
^izz)  »  (5)  affirme  Jonayd.  «  La  souffrance  est  parfum,  pour 
les  esprits  des  sages  »  (6),  dit  Kîlànî.  C'est  le  germe  de  la 
pénitence  et  le  seuil  de  l'amour,  une  transfiguration  vivi- 
fiante offerte  sous  le  voile  d'un  remède,  dawâ^  d'une  brû- 
lure (7).  Le  malheur  et  la  souffrance  sont  plus  universels 

(1)  Adage  classique  :  isâhah  n'est  pas  khatâ  (Yâfi'î,  marham,  I,  G4  ; 
comparer  aveec  Qor.  IV,  81). D'où  la  longue  discussion  en  Islam  primi- 
tif sur  les  limites  légitimes  de  l'emploi  de  la  médecine.  Etant  malade,  il 
n'est  permis  d'user  de  remèdes  {'aqâgîr),  qu'après  s'en  être  remis  au 
bsn  plaisir  de  Dieu,  qui  est  le  Médecin,  al  Tabib  (Wakî',  tibb,  ap.  Ibn 
alFarrâ,  mo'tamad;  cfr.  Tabarsî,  Z.  c,  116  ;  Makkî,  guûf,,  II,  21-23; 
Kîlânî,  ghonyak,  L  36  ;  Ghazâlî,  ihyd,  IV,  204).  On  y  a  cherché  la  néga- 
tion à  priori  de  l'efficacité  probable  des  ren)èdes,  mais  c'est  simplement 
l'application  d'un  principe  général  :  la  négation  de  l'indépendance  des 
«  causes  secondes  »  vis-à-vis  de  Dieu  (cfr.  pour  la  prévision  des  pluies 
saisonnières,  pour  le  calendrier  des  astres). 

(2)  Cfr.  ici,  p.  528,  541. 

(3)  hadîlh  qodsî  n»  21)  de  la  collection  Nabahânî  {jâmi').  Cfr,  Ibn 
Ammâr  {fihrist,  184). 

(4)  Sarrâj,  masârV,  182. 

(5)  Sarrâj,  /orna',  221. 

(6)  Bahjah,  60. 

(7)  D'où  le  vocabulaire  «  thérapeutique  »  des  premiers  mystiques. 
L'humilité  souveraine  avec  laquelle  Dieu  créa  le  monde  Le  porte  à 
cacher  l'offre  inouïe  qu'il  fait  aux  hommes  de  Son  amour  essentiel  sous 


THÉOLOGIE  DOGMATIQUE  62  I 

que  la  Loi  d'obéissance  naturelle,  et  que  la  Loi  révélée,  puis- 
qu'ils existent  sans  elles  ;  et,  quand  ils  en  sont  issus  (édiction 
d'observances  pénibles,  ou  sanction  de  dérogations  commi- 
ses), loin  de  les  contredire,  elles,  ils  les  confirment  comme 
un  rappel  divin  ;  et  ils  peuvent  nous  servir  à  Iranscendre  la 
Loi,  car  ils  sont  une  vocation  à  l'union  mystique.  La  souf- 
france décape,  elle  présente  au  cœur  Dieu,  tout  seul  ;  car  là, 
on  ne  risque  plus  de  s'attarder  au  cadre  créé  de  la  rencontre, 
comme  cela  arrive  dans  l'élan  de  la  joie.  Telle  est  la  con- 
clusion capitale  qu'ai  Hallàj  donne,  avec  de  grands  détails, 
à  la  doctrine  d'ibn  'Atà  (1)  ;  d'accord  avec  lui  : 

(type  de  Job)  (2):  «  La  bonne  patience,  c'est  rester  pai- 
sible, sous  les  vicissitudes  du  destin,  eu  secret  et  en  public. 
—  L'abandon  à  Dieu,  c'est  garder  la  braise  chaude  (khomoûd^ 
sous  la  cendre),  sousles  vicissitudes  du  destin.  —  La  bonne 
patience,  c'est  que  le  serviteur  jette  son  regard  vers  son 
Maître,  et  qu'il  Lui  livre  son  âme,  parce  qu'il  sait  bien 
(ma'rifah)  Qui  11  est.  Alors,  si  une  de  Ses  sanctions  se  pré- 
sente, il  demeure  à  Lui,  soumis  à  subir  Sa  sanction  ;  sanction 
qui  ne  lui  cause  plus  aucune  affliction.  —  Dieu  irradia  dans 
la  conscience  de  Job,  lui  révéla  les  clartés  de  Sa  bonté,  et  la 
souffrance  perdit  pour  Job  son  amertume.  Alors  il  s'écria 

le  voile  dédaigné  de  la  souffrance  ;  et  Ses  élus,  pour  qui  tout  a  été  créé, 
sont  ceux  là  qui  i/y  reconnaissent  ;  et  ils  n'arrivent  à  Le  payer  de 
retour,  en  L'aimant,  qu'au  moyen  de  la  soufTrance,  à  l'école  de  l'iiumi- 
lité.  Le  divin  ne  peut  se  découvrir  que  là  où  les  créatures  défaillent. 
«  L'unique  gloire  des  créatures,  c'est  leur  rapport  (gratuit)  à  l'acte  qui 
les  a  créées,  c'est  qu'elles  sont  créées  »  (Hallâj,  in  Qor.  XXXIX,  63). 

(1)  Synthétisée  dans  le  hadlth  al  ihtilâ.  «  Les  hommes  qui  ont  le  plus 
durement  soutfert  ont  été  les  prophètes...  »  (cfr.  ici,  p.  46,  70,  311)  : 
Hodhayfah  (in  Mottaqî,  Kanz,  V,  164;  ;  Sarràj,  loma  ,  2îi8,  353  ;  Kalâ- 
bâdhî,  akhbâr,  \^^  ;  Ivharkoùshî,  -231^  ;  xMakkî,  qoût,  II,  24,  51,  53, 
10U  ;  Qosh.  173  ;  Hojwîri,  kashf,  388-389  ;  Ghazàlî.  ap.  Sobkî,  IV, 
171,  177  ;  Ibn  al  Jawzî,  maivdoû'âl. 

(2)  Ilailâj    ap.  BaqIÎ,  in  Qor.  XI,  117  ;  XII,  83  ;  XIV,  Ui  ;  XXI,  83. 


622  CHAPITRE    Xtl 

«  Le  malheur  m'a  touché  !  (Qor.  XXI,  83);  je  n'ai  plus  de 
récompense  à  espérer  de  ma  souffrance  et  de  mon  malheur, 
puisque  la  souffrance  esl  devenue  ma  patrieet  mon  bonheur.  » 

(L'union  mystique  expose  à  la  souffrance)  (1)  :  «  Celui  qui 
révèle  le  secret  de  Dieu  aux  créatures,  et  désire  faire  durer 
en  soi  cet  instant  (d'union),  ressent  une  souffrance  qui  dé- 
passe les  forces  de  la  nature  créée  [kawn).  S'il  ne  ressent 
rien,  c'est  signe  que  cet  instant  (d'union)  lui  est  retiré.  »  De 
même  que  c'est  par  la  tentation  que  Dieu  provoque  notre 
cœur  à  Lui  faire  une  vraie  déclaration  d'amour,  avec  preuve  ; 
—  de  même,  cette  déclaration  d'amour  ne  saurait  être  agréée 
par  Dieu  qu'avec  la  souffrance  comme  signe  (2).  Tel  est  le 
thème  de  ses  Riwàyât,  II,  VI  et  XIV. 

«  La  souffrance,  c'est  Lui-même,  —  tandis  que  le  bonheur, 
cela  vient  rfe  Lui  »  (3). 

—  Orîdoka.,.  (4)  : 

«  Je  te  désire,  je  ne  te  désire  pas  pour  la  récompense  (des  Elus), 
Non,  mais  je  te  désire,  pour  le  supplice  (des  damnés). 

(1)  Kalâbâdhî,  tà'arrof.  Et  à  la  persécution  :  voir  le  dizain  d'al  Hallâj, 
en  shln,  commençant  ainsi  :  Man  sàdaroûho...  «  Celui  qu'ils  ont  enthou- 
siasmé, et  qui  divulgue  ce  qu'ils  cachent,  sans  craindre  de  leur  être  con- 
fronté, passe  pour  un  trompeur...  »  (Solamî,  ghalatât,  f.  67»  ;  il  est 
cité  par  Baqlî,  Ibn  al  Jawzî,  Ibn  'Arabî,  Ibn  al  Sâ'î,  Shattanawfî). 

(2)  De  même  Nâbolosî  {radd  matin),  répond  à  l'objection  :  «  Pour- 
quoi Dieu  fait-Il  souffrir  ses  saints,  s'il  les  aime  ?  L'amant  ne  torture 
pas  Tobjet  aimé  »  :  «  La  souffrance  n'aurait  pas  lieu,  s'il  n'y  avait  pas 
(eu)  déclaration  publique  d'amour  {laivlâ  al  da'wà,  ma  ivaqa'a'l  balâ). 
C'est  à  celui  qui  déclare  aimer  qu'incombe  la  charge  de  le  prouver.  La 
gloire  éternelle  prouve  la  sincérité  de  l'amour  de  Dieu  pour  ses  saints, 
et  la  soufFroncc  qu'il  leur  envoie  éprouve  la  sincérité  de  leur  amour 
pour  Lui  ». 

(3)  Hallâj,  in  Baqlî,  shalh.,  f.  124  ;  cfr.  in  Qor.  XXXVII,  106.  Gha- 
zâlî,  lui,  ne  choisit  pas  la  douleur  {ihyâ,  IV,  98). 

(4)  Distique  célèbre  (Khatîb,  iaWîkh  Baghdâd,  s.  n.)  ;  Ibn  'Arabî, 
qui  le  commente,  l'attribue  par  erreur  à  Bistâmî  {/otoûhdl,  I,  78^2  ;  II, 
4o2,  732). 


Miniature  persane  du  XVI«  siècle 


nis.  Londres  India  Office  n»  1138  i°  40'> 


Planche_XXI.  —  Lapidation  d'al  Haliàj(pp.  e±2-Q'2ô). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  023 

Tous  les  biens  qui  m'étaient  nécessaires,  oui,  je  les  ai  reçus, 
Sauf  Celui  qui  réjouirait  mon  extase,  par  les  tourments  (1)  !  » 

<(  Cela  exprime,  commente  Ibn  'Ata,  le  tourment  grandis- 
sant du  désir,  le  transport  de  l'affection,  l'incendie  de  la 
passion,  le  désir  de  rAmour.Quand  il  s'est  purilié  et  parfait, 
il  s'élève  jusqu'à  cette  citerne  d'onde  pure,  où  Dieu  pleut, 
perdurable,  l'eau  vive  [sakab).  » 

«  Celui  qui  considère  sa  contrainte  (passive)  (2)  ne  lui  est 
plus  assujetti,  pourvu  qu'il  subisse  cette  contrainte,  en  de- 
liors  de  la  contemplation  de  la  contrainte  en  elle-même,  en 
contemplant  Celui  pour  qui  il  la  subit.  » 

[Péril  de  la  joie  mystique^  qui  risque  de  distraire  de  l'union 
à  Dieu)  :  «  Un  soir,  dit  Ibrahim  ibn  Fâtik  (3),  j'entrai  che/> 
al  Hosayn-ibn  Mansoûr  :  il  priait,  et  récitait  la  sourate  II.  Et 
il  pria  jusqu'au  moment  où  le  sommeil  me  vainquit.  Quand 
je  me  réveillai,  il  en  était,  dans  sa  récitation,  aux  sourates 
XL-XLVI  ;  et  je  compris  qu'il  voulait  aller  jusqu'au  bout. 
Lorsqu'il  eut  terminé  la  récitation  du  Qor'ân,  par  unerak'ah, 
il  me  sourit,  et  dit  «  Tu  penses  que  je  prie  en  vue  de  Le 
satisfaire?  Mais,  celui  qui  s'imagine  satisfaire  Dieu  par  son 
service  [khïdniah),  c'est  qu'il  se  suffit  de  sa  satisfaction 
comme  d'un  salaire  (4)  (de  son  service)  !  »  Et  il  récita  : 

(i)  Gfr.  prière  semblable  de  Shiblî  (Baqiî,  in  Qor.  XXXII,  !3)  :  cette 
souft'rance  du  cœur,  que  les  mystiques  convoitent  (Mohayriz,  Mihirjân, 
Misrî  ;  ap.  Sarrâj,  masâri\  214,  1-43,  178,  180),  et  que  les  damnés,  eux, 
n'ont  qu'imparfaite  (cfr.  Beckford,  Vathek,  1787,  p.  186,  191,  194, 
203). 

(2)  Il  s'agit  de  la  ligature  mystique  de  la  volonté,  idtirdr  fVl  ahicdl 
(Qor.  XXVII,  63  ;  cfr.  in  XXV,  22),  ou  /a5/î/(inQor  XXXII,  16);  que 
les  prophètes  craignent  (Makkî.  qoût,  I,  229  ;  Qosh.  II,  200),  et  que  les 
saints  subissent  (cfr.  ici.  §  VI). 

(3)  Akhb.  49  ;  avec  un  curieux  commentaire  d'Ibn  Taymîyah  sur  le 
distique  final. 

(4)  Cfr.  Tavs'.  146,  sur  le  cœur  «  mercenaire  {ajîr),  que  la  préoccu- 


024  CHAPITRE  XII 

«  Quand  l'amant  arrive  au  plein  élan  de  la  générosité, 

Et  que  l'ivresse  (de  prier)  le  distrait  de  Tunion  avec  l'Ami, 

Alors,  on  peut  constater  la  réalisation  de  ce  que  l'affection  souhaitait  : 

(Continuer  à)  prier  serait,  pour  les  amoureux,  de  l'impiété.  » 

D'al  Hallàj,  également  (1)  : 

«  C'est  Toi,  mon  ravisseur,  ce  n'est  pas  l'oraison  qui  m'a  ravi; 
Loin  de  mon  cœur  l'idée  de  tenir  à  mon  oraison  (dhikr)  ! 
L'oraison  est  la  perle  médiane  (d'un  gorgeriu  orfèvre)  qui  Te  dérobe  à 

[mes  yeux, 
Dès  que  ma  pensée  s'en  laisse  ceindre  par  mon  attention.  » 

Table  des  questions  : 

—  ho/cm  (2),  amr  (3),  irâdah  (4).  h^sanction  (finale,  du  fait, 

pation  de  la  récompense  distrait  de  la  sacro-sainteté  du  précepte  »  (in 
Baqlî,  Qor.  LIV,  50)  ;  Aboù  Hâzim  Madanî  l'avait  déjà  dit  (Makkî,  qoût, 
II,  56). 

(1)  Taw.  170.  Lire  :  mowallih  lî,  et  wâsitatô  ;  cfr.  in  Qor.  XXXVI,  10. 

(2)  Infrà,  §  V  ;  et  Qor.  XXXVI,  82. 

(3)  amr,  commandement  :  1"  marqué  par  le  jazm  grammatical  de 
l'impératif  {sîghah  :  isti'ld)  ;  2°  en  droit  canon,  il  est  d'exécution  immé- 
diate (faivr:  Hanéfites,  Malékites  occidentaux,  Shâfi'ites)  ;  ou  d'obliga- 
tion permanente  {takrâr,  Mâlik)  ;  ou  il  notifie  simplement  [ivaqf)  un 
conseil  (nadb  :  Aboû  Hâshim),  une  idée  divine  [mcCnà  nafsî  :  Ash'arî). 
Contre  les  mo'tazilites,  les  légistes  constatent  qu'amr  n'implique  pas 
irâdah  (Qâsimî,  osoûl,  46,  109)  ;  cfr.  ici,  p.  627,  n.  5. 

(4)  irâdah,  volonté  :  1°  détermination  d'une  acception  exclusive  [min 
wajh  doûn  wajh  :  Mortaçlâ,  'îihâr,  302  ;  Ibn  Kamâlpâshâ,  Khilâ]iyât). 
Les  premiers  théologiens  en  déduisent  que  «  volonté  «  ne  peut  se  dire, 
en  Dieu,  qu'à  l'égard  des  choses  particulières,  créées  ;  Dieu  se  crée  à 
leur  égard  une  «  volonté  »  et  une  «  nolonté  »  [Knrh)  symétriques  ; 
2°  Najjâr  et  Ibn  Kollâb  posent  que  Dieu  se  veut  Lui-même,  d'une 
volonté  simple,  incréée.  De  même  Hallâj  (corr.  Taw.  145-148  et  notam- 
ment p.  145,  1.  15-16,  où  j'ai  supposé  sans  preuves  qu'il  avait  adhéré 
à  la  doctrine,  commune  alors,  de  la  «  volonté  divine  créée  »)  :  Taw.  X, 
11  {irâdah  si  fat  al  dhât)  ;  Sol.  in  Qor.  LVII,  3. 

Pour  Ilallâj,  la  volonté  de  Dieu,  une  et  incréée,  irâdah,  se  notifie  pour 
les  créatures  sous  forme  du  «  dessein  premier  >^  de  Dieu,  mashVah  = 
maHoîhn,  le  donné  de  la  création  telle  que  la  science  divine  le  classe 
pour  la  mise  en  branle.   La  mashVnh,  une  et  simple,  prééternelle,  est 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  626 

en  laquelle  Dieu  se  complaît),  le  précepte  (qu'il  édicté  et 
commande),  et  \q  (léc7et  ((\\\\\  a  voulu  et  prédit)  de  Dieu  sont 
formellement  distincts  pour  l'homme.  1°  Hasan  :  «  Dieu 
ne  punit  pas  pour  donner  (arbitrairement)  cours  à  Sa  sanc- 
tion (hokm)^  Il  punit  pour  une  infraction  à  Son  précepte 
(amr)  (1)  ».  2"  'Amr-ibn-  'Obayd  :  <(  Dieu  ne  décrète  pas 
[qadà]  tel  acte  humain....  et  11  le  punit  !/>:((  Il  ne  commande 
que  ce  qu'il  veut  {là  yamor,  illâ  bimâ  arâd)  »  :  adage  mo'ta- 
zilite  soulignant  la  difficulté  (2).  3°  JaTar  :  u  Dieu  a  com- 
mandé (rtmr)  à  Satan  d'obéir...  et  II  décrète  (masluah)  que 
Satan  n'obéit  pas  !  (3)  ».  4**  Les  mystiques  admettent  aussi  la 
distinction  entre  le  décret  et  le  précepte,  et  font  de  ce  conflit 
apparent  l'origine  de  la  souffrance,  épreuve  du  cœur,  que 
sanctionne  la  sainteté  (4).  «  Le  fidèle  qui  a  pénétré  l'inten- 
tion (divine)  (5)  des  actes  qui  lui  ont  été  permis  (par  Dieu), 

chose  créée  (cfr.  ici,  p.  632).  La  spécialisation  de  ce  terme  paraît  déri- 
ver de  l'adage  «  ma  shâ'a  Allah  kàn,  wa  ma  lam  yasha'  lam  yakoùn  » 
(cfr.  Makkî,  qoût,  I,  128)  ;  noter  que  les  philosophes  rejettent  le  second 
membre  de  cet  adage  comme  impossible  (Tahânawî)  :  car,  pour  eux, 
il  n'y  a  pas  de  futuribles  ;  3°  Ibn  Sâlim,  inversant  la  terminologie  d'al- 
Ilallàj,  appelle  la  volonté  divine,  une  et  incréée,  mashVah  ;  et  il  la  fait 
se  modaliser  en  autant  de  volitions  divines  créées  [irâdâl)  qu'il  y  a  de 
choses  créées  [morâdât,  propositions  XV  et  XI,  incriminées  par  les  han- 
balites  :  Ibn  al  Farrà,  mo'tamad).  Cfr.  Shâdhilî  (ms.  Paris,  1350, 
f.  90  ='-''). 

(1)  Makkî,  goût,  I,  128  ;  cfr.  'Amr-ibn-Fà'id,  ap.  Ibn  Qotaybah, 
mokhtalif,  37. 

(2)  La  solution  mo'tazilite  est  que  Dieu  s'est  privé,  en  créant  l'homme, 
d'une  partie  de  Sa  puissance  ;  en  renonçant  à  actuer  les  actes  libres 
humains. 

(3)  Tabarsî,  ihtijâj,  243.  C'est  resté  la  doctrine  imâmite  (Kolînî,  A'o/î, 
ap.  Dâmâd,  'iqâzât,  119). 

(4)  Jonayd  :  c'est  par  le  précepte  et  l'interdiction  que  Dieu  «  éprouve  » 
le  cœur  {ihiUâ  ;  Baqlî,  in  Qor.  IV,  G2). 

(5)  tâla'a,  litt.  «  en  a  pénétré  le  sens  anagogique  »  {moitala'.  cfr. 
Qâmoûs,  s.  V.),  en  a  compris  et  goûté  la  sagesse  {ma'rifah). 


6a6  CHAPITRE  xn 

et  persiste  à  louer  Dieu,  par  dessus  tout,  Dieu  sanctifie  son 
àme  >\  observe  Kiiarrâz  (1).  Hallâj  :  «  Le  précepte  est  la 
source  de  l'union  mystique  Çai/n  al  janC)  (2),  et  le  décret  est 
la  source  de  la  science  »  ;  puis  «  il  expliqua,  dit  Baqlî,  que 
les  actes  des  hommes  s'accomplissent  conformément  aux 
préordinations  de  Son  harmonisation  et  de  Son  dessein  pre- 
mier, ayant  été  inscrits  dans  les  tablettes  de  Sa  science  et 
les  versets  [zabr)  de  Son  équilibration.  Et  Hallàj  attira  l'at- 
tention des  fidèles  sur  leurs  actes,  pour  qu'ils  épient  le  jail- 
lissement des  sources  de  Ses  secrets,  qu'ils  observent  les 
donations  de  Ses  lumières,  qu'ils  Le  reconnaissent  à  Ses 
signes  et  attributs,  qu'ils  redoutent  Sa  puissance  et  Sa  ma- 
jesté (3)  ».  5°  Ibn  Sâlim,  par  semi-mo'lazilisme,  réduit  la 
souffrance,  balâ,  à  une  atténuation  suspensive  de  la  volonté 
divine  (4)  :  tantôt  Dieu  a  commandé  une  chose  et  décrète  le 
contraire,  parce  qu'il  n'a  pas  voulu  donner  à  Son  comman- 
dement toute  sa  force  (chute  de  Satan)  (5);  tantôt  Dieu  a 
interdit  la  chose  dont  il  décrète  l'existence,  parce  qu'il  n'a 
pas  voulu  donner  à  Son  interdiction  toute  sa  force  (péché 
d'Adam)  (6).  6°  Les  mystiques  monistes  postérieurs,  comme 

(1)  Propositioa  coadamnée  extraite  de  son  Kitâb  alsirr{\h\\  al  Jawzî, 
ndinoûs,  X.  CtV.  Baqlî,  shatli.  60  ;  'Attâr,  II,  40). 

(2)  Gfr.  ici,  p.  260.  369.  Le  terme  est  de  Kiiarrâz . 

(3)  In  Qor.  LIV,  50  (Baqlî,  t.  II,  p.  294). 

(4)  Makkî,  qoût^  I,  129  ;  'Izz  Maqdisî,  taflis,  2. 

(5)  Problème  qui  avait  arrêté  Kharrâz  (Taw.,  p.  171),  et  que  traite  le 
Ta  sîn  al  Azal. 

(6)  Eu  réalité,  Dieu  veut  constamment,  en  plénitude,  et  invariable- 
ment, Son  précepte  et  Son  interdiction.  La  liberté  de  l'homme  ne 
requiert  pas  que  Dieu  s'eli'ace,  pour  qu'elle  se  déploie  ;  bien  au  con- 
traire :  elle  s'arrêterait  net.  La  souffrance  sanctifiante  provient  de  l'ac- 
ceptation, en  plus  du  précepte  appris  et  du  décret  subi,  d'une  aide 
médicale,  d'un  conseil  divin  aidant  à  surmonter  et  à  résoudre  l'appa- 
rente contradiction  pendante  entre  le  précepte  et  le  décret,  corr.  Taw., 
p.  147.  —  Gfr.  ici,  p.  45-46. 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  627 

Ibn  Isra'îl,  préfèrent  adorer,  en  y  cédant,  le  décret,  irrésisti- 
ble, —  que  s'astreindre  avec  elfort  au  précepte,  frangible  (1). 

Le  précepte  est  au-dessus  du  décret  (2)  ;  et  la  sanction 
parfait  le  précepte,  car  elle  seule  satisfait  pleinement  à  Dieu 
[rida).  L'homme  plaît  à  Dieu,  et  Dieu  se  complaît  en  l'hom- 
me (3),  non  pas  dans  la  soumission  brute  au  décret,  ni  même 
la  pure  obéissance  au  précepte,  mais  dans  l'état  de  satisfac- 
tion réciproque  qui  en  résulte:  rida;  selon  les  mystiques, 
dès  Hasan,  Ibn  Hanbal,  Ash'arî,  Sobkî(4);  contre  les  mo'ta- 
zilites,  Aboù  Hanîfah.  Jowaynî  (5). 

—  takiî/  ma  là  yolàq  (6).  L'obligation  qui  surpasse  les 
forces.  Dieu  demande-l-Il  à  l'homme  ce  qui  est  au  delà  de 
ses  forces  naturelles.  Non,  selon  les  mo'lazililes,  hanéfites, 
Isfara'inî,  Ghazàlî,  Ibn  Daqîq  al  '  Id  (pour  qui  yotâq  =  yos- 
tatd').  Si,  selon  Ash'arî  (l'homme  n'a  pas  de  comptes  à  de- 
mander à  Dieu),  et  surtout  selon  al  Hallàj  :  car  Dieu  vient 
surnaturellement,  par  Sa  grâce,  au  secours  de  l'homme,  dès 
que  celui-ci,  se  reconnaissant  impuissant,  le  Lui  avoue,  par 
la  prière  ;  et  s'en  remet  à  Lui  :  ce  qui  lui  est  bon.  C'est  à  al 
Hallàj  qu'il  faut  restituer  le  vers  fameux  (7)  : 

(1)  Ibn  Taymîyah,  kaicàkib,  XXVI-I  qui  dénonce  cet  antinomianisme. 

(2)  Amr,  au-dessus  de  Khalq  (Ibn  Hanbal,  radd  'alà'l  zanâdiqah, 
f.  &^\  'Abd  al  Rahmân  Râzî,  in  Farrâ,  tabaqàt  al  hanâbilah,  s.  v.  ;  Fâ- 
râbî  et  les  philosophes. 

(3)  Qor.  LXXXIX,  28.  Hasan  incriminé  par  les  Iraâmites  pour  sa 
doctrine  de  la  rida  (Tabarsî,  /.  c,  161). 

(4)  II,  265  ;  lY,  256.  Pour  les  trois  derniers  ;  rida  =  amr  csjirâdah. 

(5)  Pour  eux,  rida  =  amr  =  irâdah. 

(6)  Sobkî,  H,  266. 

(7)  A  p.  Ibn  Khallikân,  wafayàt.  C'est  maintenant  un  dicton  classique, 
que  les  manuels  de  théologie  citent,  en  le  préfaçant  d'un  vers  explicatif  : 

«  Impuissance  de  l'homme  !  Les  destins  passent 
Sur  lui,  en  chacun  de  ses  états  ;  regarde  bien.  » 
Ce  dicton,  attribué  à  tort  à  Ma'arrî,  cite  un  proverbe  (Prends  garde, 
etc.)  connu  (Jeliuda  Hallevî,   Ahazari.   trad.   U'Mschïch],  i  10;  Z  DM  G, 
Ll,  472),  que  Motanabbî  a  rappelé  (sous  la  rime  «  balai  »). 


628  CHAPITRE    XII 

«  A Iqâho  fil yamin . . . 

Dieu  a  jeté  l'homme,  les  mains  liées  derrière  le  dos,  dans  l'océan. 
En  lui  criant  :  «  Prends  garde  !  Prends  garde  que  l'eau  te  mouille  t  » 

—  ni'mah  'alal  kâfir  (1).  Dieu  dispense-t-Il  des  grâces  à 
l'impie  qui  sera  damné?  Non,  selon  Ash'arî  (indifférence  de 
Son  bon  plaisir).  —  Si,  selon  les  mo'tazilites,  hanéfites, 
Bâqillânî.  El  selon  Hallâj,  qui  établit  que  Satan  reçut,  avant 
sa  chute,  la  grâce  d'une  contemplation  sublime  (Taw.  VI,  \, 
34). 

—  tadhîb  al  mott  (2).  Dieu  peut-Il  faire  souffrir  celui  qui 
lui  obéit  ?  —  Non,  ce  serait  injustice  [zolm],  selon  les  mo'ta- 
zilites  et  hanéfites.  Si,  selon  les  mystiques  (3),  Ibn  'Atâ  sur- 
tout et  Hallâj  ;  car  c'est  alors  pour  sa  sanctification. 

—  faiiâ  iva  baqâ  idhâ  shaa.  Dieu  peut-Il  prolonger  ou 
clore  une  existence,  si  et  quand  II  veut?  —  Non,  selon  l'avis 
des  mo'tazilites  ;  Sa  justice  L'en  empêche.  Si,  absolument, 
selon  Jahm  et  Ash'arî.  Ibn  Karrâm  précise,  par  la  notion  de 
«  l'extermination  »,  ikhtïrâm  (4).  Dieu,  qui  fait  tout  avec 
ordre,  <*  n'extermine  personne  »,  même  un  enfant  ou  un 
impie,  sans  parfaire  en  cela  un  bien  (mldh)  :1e  sien  propre, 
ou  celui  d'un  autre.  C'est  la  doctrine  d'al  Hallâj  (5)  et  des 
Sâlimîyah  (6). 

thawâb,  fadl  aw  ^adll.  La  récompense  des  élus  est-elle  pure 
grâce,  ou  leur  est-elle  due,  en  rigueur  de  justice  (7)?  Pure 

(!)  Sobkî,  II,  265. 

(2)  Sobkî,  II,  267. 

(3)  Ash'arî  l'admet  aussi,  mais  seulement  par  arbitraire  divin;  aussi 
nie-t-il,  ce  que  les  mystiques  admettent,  la  possibilité  d'un  châtiment 
post  mortem  {'iqâb)  pour  le  croyant. 

(4)  farq,  209  :  contre  le  fand  al  'dlum  en  bloc  des  mo'lazilites. 

(5)  Taw.  I,  10. 

(6)  €  Rien  de  nuisible  (darr),  de  Dieu  envers  Ses  créatures  »  ;  propo- 
sition qui  fit  exiler  Makkî  (Sam'ânî,  f.  541"  ;  Ibn  al  Jawzî,  nâmoûs, 
écrit  par  erreur  adarr.  Cfr.  Taw.  153,  n.  1). 

(7)  Sobkî,  II,  2G7.  De  même  pour  la  punition  des  dauinés. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  629 

gnice,  selon  Jalim,  Mordâr  et  Ash'arî  :  Dieu  pourrait  récom- 
penser les  mauvais.  —  Due,  selon  moHazililes  et  hanéfites.  — 
liallâj  précise  ;  la  récompense  créée,  le  Paradis  créé,  est  une 
grâce  proportionnée  aux  actions  humaines  qu'elle  est  des- 
tinée à  récompenser;  mais  la  récompense  inci'éée,  la  vision 
béatifique,  est  pure  grâce  (1). 

c)  La  genèse  de  la  création  [bad'  al  Khahf). 

i"  Hashwlyah^  Imâmites  modérés:  exposition  (2)  de  la 
succession  des  créations  isolées,  des  «  jours  »  coraniques  : 
inscription  irrévocable  sur  la  Tablette  (laich  =  qadâ  =^oimn 
alkïtâh)  des  actions  et  «  ressources  '>  humaines  ;  au  moyen 
du  Calame  et  de  Y  Encrier  (noiin,  dawât)  ;  création  du  trône, 
des  cieux  et  des  deux  terres  (dans  l'eau),  et  exécution  des 
termes  de  la  Tablette,  confiée  aux  anges  (3)  [taçd/r). 

2**  Imdmites  extrémistes.  Utilisation  d'un  JiadUJi  (attribuée 
JaTar)  :  «  La  première  chose  que  Dieu  créa,  c'est  la  lumière 
de  Mohammad  »  (4)  ;  pour  un  système  d'émanatisme  spiri- 
tualiste  : 

[^)  Noseïris  :  Dieu,  lumière,  émane  une  lumière,  la  «  lu- 
mière mohammédienne  »,  qui  se  dissocie  en  parcelles  lumi- 

(1)Cfr.  ici§  IV. 

(2)  Farq,  127  ;  Mottaqî,  Kanz.  II,  449  ;  Moqaddasî,  èofrf';  Malatî,  /.  c. 

(3)  C'est  là  une  des  objectioDs  des  znnâdiqah  :  od  ne  sait  si  le  Qor'ân 
attribue  le  taivaffl  al  on/os  aux  anges  ou  à  Dieu  (Tabarsî,  /.  c,  122). 
Gfr.  question  controversée  du  baqâ  al  onfos  ;  les  motalvallimoùn,  sui- 
vis par  Gliazâlî  [lahâfol,  I,  79,  84),  en  font  le  résultat  d'une  interven- 
tion divine  surnaturelle  (cfr.  ici  p.  551-553)  incessante,  tandis  que  les 
philosophes  ^  voient  un  phénomène  naturel  (cfr.  ici  p.  558). 

(4)  In  Baqlî.  Qor.  XIJII,  81.  Il  se  peut  que  «  lumière  »  ait,  dans  la 
pensée  de  Ja'far,  désigné  simplement  la  révélation  du  Qor'ân  (cfr. 
(jor.  XXIV,  35)  ;  mais  les  Imâmites  en  ont  fait  une  semence  lumineuse, 
transmise  par  traducianisme,  de  mâle  en  mâle,  jusqu'à  Mohammad. 
Cfr,  qasîdah  dite  d'Abbâs  (Ibn  QotaAfbfh,  mokhtalif,  106),  et  les 
poèmes  postérieurs    du  hanbalite  Yahya  Sarsarî. 


630  CHAPITRE    XII 

neuses,  en  étoiles  :  précipitées,  en  punition  de  leur  orgueil,  à 
travers  les  sphères  obscures  des  émanations  inférieures  : 
ce  sont  les  âmes,  ainsi  emprisonnées  dans  les  corps  :  et  ra- 
menées, à  travers  divers  cycles  de  transmigration,  à  leur 
place  primitive  d'étoiles,  grâce  aux  incarnations  divines,  si 
elles  ne  les  ont  pas  méconnues  à  leurs  apparitions  ;  sinon, 
damnées,  elles  subissent  cinq  métempsycoses. 

(b)  Druzes:  la  première  émanation  de  Dieu,  la  Raison 
universelle,  se  modalise  en  idées  particulières,  les  âmes, 
qu'il  immerge  dans  une  matière  assujettie  à  des  lois  aveugles 
[khalq  awwal)  ;  ces  âmes  conçoivent,  à  travers  leurs  corps 
matériels,  la  Raison  qui  est  leur  origine,  grâce  à  Tillumina- 
tion  initiatique  de  cette  Raison  qui  vient  les  retrouver  (=  se- 
conde création,  khalq  thànt)  ;  et  elles  se  résorbent  en  Dieu, 
cette  Pensée  impersonnelle  dont  le  monde  n'était  que  le 
mirage  discursif,  mulli forme  et  passager  (1). 

3°  Nazzâm,  comme  les  Grecs,  pose  le  problème  de  la  ma- 
teria  prima.  Dieu  a  créé  tous  les  éléments  premiers  [ashyâ^ 
aroiyjïa)  en  une  fois,  avec  science  :  tous  les  êtres  individuels 
qui  apparaissent  au  fur  et  à  mesure  [êohoûr),  se  trouvaient 
dans  ce  début,  en  puissance  (komoûn)  (2).  Dans  quel  ordre 
hiérarchique  (taqdîr)  les  y  a-t-ll  placés  avant  de  les  en  déga- 
ger ?  —  (a)  solutions  émanatisles.  Les  cinq  principes  éternels 
de  Plolin  et  des  Harrâniens  (3)  :  le  créateur,  la  raison  ('aql, 
voûç),  l'âme  (nafs,/7oXy3  i|/ux>7  ;  ou  hayoûlii,  la  matière),  le  vide, 
le  plein.  Ou,  selon  le  médecin  Râzt  :  Bârî,  nafs  kollîyah, 
hayoùlâ,  makân  (  —  malâ),  zamân  (=  khalâ)  (4).  Ou,  selon 
les  Qarmates  :  sâbiq  (=  amr,  'aql,  'illat  arilal),  nafs,  ha- 
yoùlâ, khalâ,  malâ  (5).  (b)  solutions  hellénisantes  ;  système 

(t)Cfr.  ici  p.  481,  508. 

(2)  Farq,  127  ;  cfr.  Khalq  bi'l  qodrah,  d'Ibn  Karrâm. 

(3)  Shahr.  Il,  142. 

(4)  BîroÙQÎ,  nind,  p.  32;   Irad,  p.  163  :   qidmat  al  khamsat  ashyâ. 

(5)  Sacy,  Druzes,  II,  22,  4'^  ;  ou  «  sâbiq,  tâlî,   kalimah,  'aql  (opp. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  63  I 

d'Ahmad  Kayyâl  :  répartition  et  subdivision  des  cinq  prin- 
cipes suivant  trois  aspects,  trois  nmondes  :  les  âfàq,  horizons 
(sphères  d'influence  spirituelle  emboîtées  =  ^oqoûl,  ici  suprà, 
p.  483,  544)  le  monde  matériel,  et,  entre  deux,  les  cinq 
sens(l}.  Fârâbî  :  les  quatre  causes  «  logiques  »  prises  pour 
lypifier  l'ordre  des  êtres  s'engendrant  :  cause  substantielle 
[hayoûlâ)^  formelle  (soû?-ah},  efficiente  ('zV/^^  /â'ilah),  finale 
[tamâm).  Ils  se  classent  en  trois  mondes:  roboûhiyah  (aha- 
diyah,  koUlyah),  ami'  (qalam  =  roûh  ;  lawh  =  nafs  ;  loahdali, 
kathrah)  et  klialg  (trône,  escabeau,  cieux)  (2).  —  Ibn  'Arabî 
et  Farghânî  extraient  la  création  du  Créateur  par  un  mouve- 
ment d'évolution  rationnelle  en  cinq  temps,  imité  des  Qar- 
mates  :  la  monéité  (ivahdah^  ipséité)  ;  l'unité  (ivâ/iUiiyah, 
«■  réalité  mohammédienne  »)  ;  l'unicité  (ahadiyali  :  u  réalité 
humaine  »,  V^  irradiation)  ;  la  2®  irradiation  (science  des 
idées  créées)  ;  et  la  création  des  idées  et  des  corps  (3). 

Avant  d'exposer  la  théorie  d'al  Hallàj,  qui  rappelle  exté- 
rieurement celle  d'Ahmad  Kayyâl,  il  faut  rappeler  qu'en  deux 
livres  capitaux,  l'ex-mo'tazilite  Ibn  al  Râwandî  venait  de 
redémontrer  deux  données  renouvelées  d'Aristote,  savoir  : 
que  le  monde  créé  peut  être  coéternel  au  Premier  Moteur 
[kitâb  altâj)  (4)  ;  mais  que  le  mouvement  doit  avoir  une  fin 
[kïlâh  al  loulouah]  (5).   Ai  Hallàj  paraît  renoncer  à  la  pre- 

didd),  nafs  (opp.  nadd)  »  selon  Seybold,  éd.  desAoç-r//,  69  ;  cfr.  Guys, 
p.  10.  —  Les  néo-israaëliens  de  Hasan  Sabbâh  ont  une  liste  plus  voi- 
sine des  monistes  ultérieurs  :  «  sâbiq,  tâlî,  jadd,  fath,  khayâl  »  (cfr. 
Salisbury,  J.\OS,  1851,  p.  300). 

(1)  Sh'ahrast,  II,  17-21. 

(2)  fosoûs,  68  ;  cfr.  «  théologie  d'Aristote  »,  2. 

(3)  Farghânî,  montaha,  I,  9-107  ;  tajallî  signifie  à  la  fois  «  irradia- 
tion »  et  «  explicitation  »  ;  ce  sont  les  cinq  hadrât  ('amd,  habà,elc.). 

(4)  Contre  la  tendance  générale  de  la  théologie  islamique  à  affirmer 
Dieu  plutôt  par  la  destruction  que  par  la  construction  des  êtres.  Cfr. 
ici,  p.  43,  1.  14. 

(5)  Question  de  la  destruction  du  monde  en  bloc  ;  doctrine  mo'tazilifç 


632  CHAPITRE    XII 

mière  (I),  pour  des  motifs  tirés  de  la  révélation  (2),  mais  il 
reprend  la  seconde  en  son  kïtâbal  sayhoûr.  Il  constate,  pour 
la  première,  que  le  fait  que  le  monde  créé  ait  commencé  ne 
peut  se  déduire  logiquement  de  l'unité  divine  :  <*  Le  Point 
primordial  n'est  apparu  (3)  que  pour  le  triomphe  de  l'argu- 
ment décisif  (Aoy/âiA)  :  en  certifiant  la  marque  d'origine  i^'an) 
de  la  réalité,  —  pour  maintenir  la  preuve  de  l'existence 
propre  (^an)  du  mystère  divin  [khafîyah).  » 

Voici  comment  la  genèse  s'est  opérée,  selon  lui  ;  le  point 
primordial  s'est  modalisé  comme  une  étoile  à  six  rayons  : 

(4)  «  Ce  que  Dieu  a  créé  en  premier,  ce  sont  six  choses 
[ashyâ)  suivant  six  â^.y/^ec^^  [ivofoùh)  (^)^  en  modalisant  par 
cette  opération  l'équilibration  [taqdîr)  [de  l'univers]  : 

[les  6  aspects  :]  Le  premier  aspect  (/)  c'est  le  dessein  pre- 
mier (mashiah)  (6),  qu'il  créa,  [en  tant  que  chose],  lumière 
(noÙ7').  Puis  il  créa  (^)  l'âme  (nafs)  (7),  puis  (S)  l'esprit 
{roûh)  (8).  Puis  II  créa  [4)  la  forme  [soûrah),  puis  (5)  les 
consonnes  (ahrof),  puis  (6)  les  noms  (asmâ). 

[les  6  choses  :  (/)  la  lumière  déjà  nommée  (9)],  puis  (?)  la 

{farq,  102),  réfutée  par  Ibn  Kai-rârn  et  Ash'arî  (Ghazâlî,  tahâfol,  I,  22  ; 
Ihn  Roshd,  id.,  Il,  38). 

(1)  Il  s'en  disculpe,  ici  p.  645. 

(2)  Non  de  la  raison.  C'est  là  une  possibilité  qu'on  ne  peut  exclure  de 
l'infinité  des  possibles  que  Dieu  envisage,  —  et  la  quantification  de  ces 
possibles  par  Dieu  pourrait  être  de  toute  éternité. 

(3)  Akhb.  32. 

(4)  Ap.  Solamî,  lafsîr,  in  Qor.  XXV,  2.  Cfr.  Tmvâsîn,  p.  149. 

(5)  6  X  6  =  36  ;  cf.  les  36  lettres  de  Vism  a'zam  selon  Ibn  Sam'oûn 
(  Taivâsîn,  p.  XV). 

(6)  C'est-à-dire  le  ma'ioâm  (Hallâj,  ap.  Sol.  tafs.  in  Qor.  XLVIl,  21)  : 
notification  de  ce  qu'il  a  connu  et  voulu  être  sa  création. 

(7)  L'individuation  périssable  et  délimitée. 

(8)  La  vie  immortelle  et  dilatable. 

(9)  Ici  nous  passons  de  l'ordre  réel  des  natures  à  l'ordre  formel  des 
quantités  perceptibles  aux  sens  :  ce  premier  sens  est  l'intuition,  puis 
viennent  la  vision,  le  goût,  l'odorat,  l'ouïe  et  le  toucher. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  633 

couleur  (kiwn),  puis  (3)  la  saveur  (Laam),  puis(  /)  le  parfum 
[raihah).  Puis  11  créa  (5)  la  durée  [dahr)  (1),  puis  (6')  l'es- 
pace (2)  {mifjdâr). 

[les  6  modes  tléquiUhration'.].  Puis  II  créa  (/)  la  ténèbre 
{'amâ),  puis  11  créa  (!?)  la  lumière  [noûr]  (:^),  puis  [S]  la  mo- 
bilité [liamkah),  puis  \-i)  le  repos  [sokoûn],  puis  (5)  l'exis- 
tence (i^o/o/ir/),  puis  (tf)  le  néant  ('<2f/«m)  (4).  Puis,  suivant 
cet  ordre,  selon  les  autres  aspects. 

(Et  Von  a  dit  [qlla)  :  ce  que  Dieu  a  créé  en  premier,  c'est  la 
durée  (dahr),  puis  l'énergie  (qoùwah),  puis  la  substance 
{jaivhar),  puis  la  forme  [sovirah),  puis  l'esprit  [roùh),  puis, 
suivant  cet  ordre,  chaque  créature,  l'une  après  l'autre,  selon 
chacun  des  six  aspects)  (5). 

11  les  créa  dans  le  secret  (ghâmid)  de  Sa  science,  connu  de 
Lui  seul,  Il  les  mit  en  équilibre,  et  II  compta  toute  chose  en 
Sa  science.  » 

Autres  fragments  : 

«  Tout  a  été  lié,  par  sa  définition  même,  et  fixé,  en  son 
instant  même.  Ne  s'exilent  de  Sa  dispensation  {qadr),  que 
ceux  qui  passent  à  côté  de  Sa  manière  d'agir  (tawr)  >>  (6). 

«  Le  Trône  (de  Dieu)  est  l'extrême  limite  oi^i  l'allusion  de 
la  créature  puisse  atteindre  ;  après,  l'allusion  s'interrompt, 
et  l'expression  ;  car  Dieu  est  au  delà  de  l'allusion  et  de  l'ex- 
pression... (Qor.  XLVl,  28)...  Les  expressions  ont  leur  ori- 

(1)  Correspond  à  l'ouïe. 

(2)  Var  :  maqddîr  (cfr.  Sohrawardî,  ap.  Tahànawî,  s.  v.). 

(3)  La  lumière  figure  deux  fois  :  comme  explosion  du  décret,  et  comme 
équilibration  de  la  couleur. 

(4)  La  limite  parfaite  est  posée  en  dernier.  Ces  six  modes  sont  de 
l'ordre  virtuel  de  la  pensée. 

(o)  (Ceci  paraît  être  Tinterpolation  d'un  éditeur,  pensant  au  hadith  : 
«  Ce  que  Dieu  a  créé  en  premier,  c'est  ta  durée  »).  —  Voir  TaïuâsUi, 
p.  149,  n.  5. 

(6)  In  Qor.  XIII,  9. 


634  CHAPITRE    XII 

gine  et  leur  terme  en  vous.  Autorisé  à  regarder  le  Trône,  le 
prophète  en  parla.  S'il  avait  regardé  le  Maître  du  Trône,  il 
aurait  été  frappé  de  mutisme  »  (1). 

On  voit  que,  comme  les  mo'tazilites,  Jowaynî,  et  les  Imâ- 
mites,  Hallâj  voit  une  métaphore  dans  le  verset  «  Dieu  est 
assis  [istaivà)  (2)  sur  le  Trône  »  ;  mais,  pour  lui  comme  pour 
Ibn  Karrâm,  elle  contient  une  réalité  mystérieuse  ;  c'est 
plutôt  une  parabole  (3).  Avec  Jahm,  'Allâfet Jobbâ'î,  contre 
les  hashwîyah,  Màlik,  et  le  mo'tazilile  Foiitî  (4),  il  main- 
tient que  Liieu  est  réellement  partout  ;  et  non  pas  seulement 
«  d'un  côté  »  [jihah),  au-dessus  Çoloûw)  de  nous,  contre 
les  hanbalites  et  contre  Ibn  Roshd  (5). 

D'un  autre  côté,  pour  faire  saisir  l'imminence  de  l'omni- 
potence divine,  al  Hallâj  reprend  la  métaphore  d'Ibn  Kar- 
râm (6),  disant  que  Dieu  »  pèse  »  sur  les  cieux  ;  il  parle  de 
Son  «  poids  «  {thiçi)  pour  le  cœur  (7),  de  Sa  «  descente  »  par 
la  grâce  (8),  de  Sa  »  venue  »  au  Jugement  ;  sans  matéria- 
liser Dieu  par  ces  paraboles. 

(1)  la  Qop.  XLVI,  28;  XL,  I.H. 

(2)  Pour  ist.aiv/à  (Sobkî,  III,  263). 

(3)  De  sa  transcendance.  Cf.  Ibn  Kollâb  (Kîlânî,  ghonyah,  I,  83). 

(4)  Pour  qui  Dieu  n'est  omniprésent  que  par  Sa  science  (Ash'arî,  ms. 
Paris,  1433,  f.  49''  ;  cfr.  f.  100''  :  conciliation  des  deux  thèses  par  Zohayr 
Atharî.  Cfr.  Ibn  Hanbal,  radd...  f.  16»^). 

(5)  manâhij,  67. 

(6)  'adhdb  al  qabr,  in  Qor.  LXXXII,  1  (cf.  XIX.  92)  ap.  farq,  206. 

(7)  Cfr.  ici  p.  129,  479. 

(8)  Gfr.  ici  p.  639,  et  Ri  w.  XXII  ;  expression  condamnée  par  'AU  Ri(iâ 
(Tabarsî,  l.  c,  208),  et  employée  déjà  par  Ibn  'lyàd,  métaphoriquement. 


THÉOLOGIE   DOGMATIQUE  636 

III 

Thèodicée  {tawhld,  fifât). 

a)  La  confession  négative  de  la  transcendance  divine. 
1.  L"aqîdah  d'al  f/allâj. 

La  sourate  CXII  du  Qor'àn  contient,  sous  une  formule 
condensée,  la  première  définitio'i  par  voie  négative  de  la 
transcendance  de  l'unité  divine  :  i.  e.  de  l'essence  divine 
Q,Oï\s\({évéQ  ad  extra  {\) .  Et  Jahmestle  premier  théologien  qui 
ait  tenté  de  l'appliquer  dialectiquement,  en  «  balayant»  (2) 
toute  souillure  créée  hors  de  sa  notion  de  Volouhïijah,  divi- 
nité pure:  c'est-à-dire  en  épurant  toute  description,  tout 
adjectif,  sifah.  suspect  de  référer  notre  savoir  {ma'rifah)  ou 
notre  imagination  (tawahhom)  à  une  chose  créée,  shay'  (3). 
Il  établit  que,  tout  ce  que  Dieu  nous  fait  savoir  de  Lui  posi- 
tivement, c'est  que,  pour  le  moment,  Il  n'est  ni  séparé  ni 
uni  (<à  Sa  création),  ni  au-dessus,  ni  en  dessous;  qu'il  se 
L'asservit  souverainement,  qu'il  peut  s'en  délivrer  pour 
rester  seul,  par  la  destruction  finale  (4j  des  créatures,  toutes 
périssables  (fana). 

Les  mo'tazilites,  imitant,  avec  des  restrictions,  son  alti- 
tude, —  mais  faisant,  eux,  du  tawhld  un  acte  libre  de  la  vo- 
lonté seule,  en  dehors  de  Dieu,  —  réduisirent  la  Ihéodicée  à 
l'exposé  didactique  des  résultats  de  la  a  via  remotionis  », 
tanzîh  ;  exigeant  de  chaque  théologien  une  profession  de  foi 
explicite,  'agldah,  répudiant  toute  analogie  par  équivocation 
entre  le  Créateur  et  la  créature  (5).  La  formule  générale, 

(1)  Eq  tant  que  sainte,  note  Tostarî  {tafsir,  21)  ;  cfr.  concile  de  La- 
tran,  1209. 

(2)  takhmîm  (Khashîsh,  ap.  Malatî,  f.  167  seq.)  :  ta' fil. 

(3)  Comme  «  vivant,  ayant  des  mains,  un  trône  ». 

(4)  Même  du  paradis  et  de  l'enfer, 

(5)  nafy  al  tashbîh. 


636  CHAPITRE    XII 

commune  aux  khârijites  et  aux  mo'tazilites,  est  donnée  en 
détail  par  Ash'arî  dans  ses  moqâlâl  [\).  On  la  comparera 
utilement,  ainsi  que  celles  des  Imâmites(2),  des  hellénisants 
comme  Fârâbî  (3),  et  des  Sâlimîyah  (4),  à  celles  d'al  Hallâj, 
qui  vont  suivre. 

Nous  avons  d'al  Hallâj  deux  rédactions  de  sa  profession 
de  foi  dogmatique,  'aqidah,  définissant  son  altitude  tbéolo- 
gique  dans  la  question  de  Tunité  divine,  taivhîd.  On  sait  qu'au 
cours  de  son  procès  (5),  il  eut  à  en  rédiger  une.  L'impor- 
tance des  deux  textes  ci-dessous  est  fondamentale.  Le  pre- 
mier publié,  en  taisant  son  nom,  comme  étant  la  profes- 
sion de  foi  type  des  soûfis,  en  tête  du  ta'arrof  d'^\  Kalâbâdhî 
{+  380/990)  (6),  provient,  au  témoignage  exprès  d'al  Sohra- 
wardî  d'Alep  en  son  commentaire,  du  KilM  JSafy  al  tashlnh 
d'al  Hallâj: 

«  il  n'existe  pas  d'avant  qui  Le  précède  ;  il  ne  saurait  y 
avoir  (7)  d'après  qui  Le  dépasse,  ni  de  du  qui  Le  fasse  avancer, 
ni  de  d'où  qui  Le  rencontre,  ni  de  ve?'s  qui  s'y  accole,  ni  de 
dans  qui  Le  fasse  descendre,  ni  de  lorsque  qui  Le  suppute,  ni 
de  si  qui  Lui  commande,  ni  d'au-dessus  qui  Le  surplombe,  ni 
d' au-dessous  qui  Le  diminue,  ni  d^en  face  qui  L'affronte,  ni 
d'auprès  qui  Le  gêne,  ni  d'en  arrière  qui  Le  blâme,  ni  d'en 
avant  qui  Le  dilate,  ni  d'auparavant  qui  Le  fasse  apparaître, 

(1)  Ms.  Paris,  i4r»3,  f.  49^^  seq.  ;  Mas'oùdî,  moroûj,  VI,  20. 

(2)  Attribuées  à  'Alî  et  JaTar  (Tabarsî,  ihtijâj,  99,  100  ;  Najdî,  radd^ 
256  ;  Kcishif  al  ghitâ,  da'wah  islamîyah,  I,  70  ;  ms.  noseïri,  Paris,  1450, 
f.  31^). 

(3)  fosoûs,  70,  83. 

(4)  Makkî,  qoût,  H,  85  seq. 

(5)  Ici,  p.  260. 

(6)  Cfr.  textes  après  Essai:  Akhb.  20  (comp.  \8). 

(7)  fâ,  avec  l'imparfait  :  au  sens  de  là  lofai.  C'est  la  négation  incon- 
ditionnée de  l'action  ira{»arfaite  (aoriste),  non  sa  négation  condition- 
nelle, lam  yafal,  ni  la  négation  inconditionnée  de  l'action  parfaite 
(parfait). 


THKOLOGIE    DOGMATIQUE  687 

ni  à.\iprès  qui  Le  fasse  disparaître,  ni  de  ^o;// qui  le  concentre, 
ni  à' il  est  qui  Le  fiisse  trouver,  ni  d'i/  nest  pas  qui  en  prive, 
ni  de  symbole  secret  qui  Le  divulgue  (I). 

«  La  préordination  du  contingent  (2),  c'est  Sa  transcen- 
dance, du  néant,  c'est  Son  existence,  et  du  terme,  c'est  Sa 
prééternité.  Si  tu  dis  «  Quand?  »  ;  passons  (3),  Son  être 
[kawn)  a  devancé  l'instant.  Si  tu  dis  «  avant  »  ;  passons, 
cet  avant  dont  lu  parles  est  après  Lui.  Si  tu  dis  «  Lui!  » 
(Howa)^  passons,  le  H  elle  Wsont  Sa  création.  Si  tu  dis 
»  Comment?  »  ;  ah  !  il  n'a  pas  d'analogie  qui  Lui  soit  pro- 
pre, on  ne  questionne  pas  à  propos  de  Lui  par  son^  on  ne 
questionne  pas  par  où,  on  ne  questionne  pas  en  qiwiW  (est)  ; 
qu'on  ne  cherche  pas  en  quoi  II  consiste,  sa  quiddilé  [mâhi- 
yah)  ne  s'appréciant  dans  aucune  chose  d'entre  les  choses, 
car  son  essence  s'est  soustraite  à  la  description.  Si  lu  dis 
«  où?  '),  passons  :  Son  existence  prime  le  lieu  ;  et  si  tu  dis 
«  qu'est-Il?  »  passons  ;  Son  (pséité  ihowiyah)  (4)  s'est  écartée 
des  choses.  Il  n'y  a  que  chez  Lui  que  deux  attributs  soient 
réunis  simultanément  sans  qu'il  se  trouve  mis  par  eux  en 
désaccord,  car  11  demeure  caché  quand  II  apparaît,  et  II  de- 
meure patent  quand  11  se  revoile  (isiitâr),  «  Lui,  le  Patent, 
le  Caché,  le  Proche,  l'Eloigné  »,  mettant  ainsi  sa  création 
hors  d'état  d'en  inférer  l'hypothèse  qu'il  puisse  êlre  partie 
(intégrante)  de  sa  création.  Il  agit  sans  établir  de  contact 
[mobâsharah]  (5),  Il  se  fait  comprendre  sans  qu'on  Le  ren- 
contre, Il  guide  sans  clins  d'œil.  Les  suggestions  ne  Le  tour- 

(1  )  là  yosayyirho  khafâ. 

(2)  taqaddom  al  hadath. 

(3)  faqad  :  soit,  il  suffit,  passons  (formule  de  coupure  à  la  transition). 

(4)  Techn.  les  actions  des  créatures  en  «'•manent,  soit  par  contact 
immédiat  (corps  à  corps)  mobâsharah,  soit  par  intermédiaire,  sabab 
(Qâsinjî  osoùi,  86),  taivlîd  (Tahanawî)  ;  cfr.  Noùrî  (Sarrâj,  lonia',  38). 

(5)  Fârabî  l'identifie  à  la  mâhiynh  {fosoûs,  70). 


638  CHAPITRE    XII 

mentent  pas,  les  pensées  ne  Le  hantent  pas,  il  n'y  a  pas, 
pour  Son  essence,  de  type,  il  ne  pèse  pas  sur  Son  acte  d'hy- 
pothèque. » 

Al  Qoshayrî  donne  le  second  texte,  en  tête  du  chapitre  II 
de  sa  Risâlah  (1),  sous  cette  forme  (2)  : 

«  Il  a  lié  le  tout  à  la  contingence,  car  la  transcendance  est 
à  Lui.  Quant  à  ce  qui  est  manifesté  dans  un  corps,  l'acci- 
dent le  détermine  ;  et  ce  qui  est  rassemblé  par  le  décret  n'a 
de  forces  que  par  Sa  confirmation  ;  ce  qu'un  moment  cohère, 
un  moment  le  dissocie,  —  ce  qu'Un  Autre  fait  subsister  est 
en  proie  aux  nécessités,  —  ce  que  l'imagination  agrippe,  la 
(faculté  de)  représentation  s'y  hisse  ;  ce  qu'une  station  abrite 
est  atteint  par  le  où  ;  ce  qui  est  contenu  dans  un  genre  est 
réclamé  par  le  comment. 

«  Mais  Lui,  Los  à  Lui  !  qu'il  soit  exalté,  il  ne  saurait  y  avoir 
A'au-desms  qui  Le  surplombe, ni  à' au-dessous  qui  Le  diminue, 
ni  de  limite  qui  L'affronte,  ni  d'auprès  qui  Le  gêne,  ni  d'en 
arrière  qui  Le  blâme,  md'en  ava?2tqm  Le  limite,  ni  d'aupara- 
vant qui  Le  fasse  apparaître,  ni  d'après  qui  Le  fasse  évanouir, 
ni  de  tout  qui  Le  concentre,  ni  d'il  est  qui  Le  fasse  trouver,  ni 
d'il  n'est  pas  qui  en  prive.  —  Pour  Le  décrire,  il  n'existe  pas 
d'attribut,  Son  acte  n'a  pas  de  cause  (3),  Son  être  n'a  pas  de 
borne.  Il  se  tient  éloigné  [tanazzaha)  des  états  de  sa  création, 
Il  n'y  a  pas  en  Lui  de  mélange  [imtizâj]  avec  sa  création,  son 
acte  n'admet  pas  d'amendement,  Il  s'est  écarté  d'eux  en  Sa 
transcendance,  comme  eux  s'écartent  de  Lui  en  leur  contin- 
gence (4).  Si  tu  dis  «  Quand  ?  »,  passons,  Son  être  a  devancé 
l'instant.  Si  tu  dis  «  Lui  »  (Howa),  ce  H  et  ce  W  sont  Sa 

(1)  Ed.  Ansârî,  I,  45,  Akhb.,  n°  20.  Cfr.  ici  p.  405. 

(2)  Comp.  le  milieu  avec  la  préc^^dente  {in  medio). 

(3)  Cfr.  Misrî,  ap.  Qosh.  160. 

(4)  Cfr.    V'aqidah   imâmite  :    «    Wojoùdoho    ithbâtoho,    ma'rifaloho 
tawhîdoho  »  (/.  c,  p.  99). 


THEOLOGIE  DOGMATIQUE  63g 

création.  Et  si  tu  dis  «  Où?  »,  passons,  son  absolu  et  son 
existence  priment  le  lieu.  Et  les  consonnes  sont  Ses  signes, 
Son  existence  est  Son  affirmation  [ïthbdt)  même  (qu'il  existe), 
Sa  sagesse  est  son  attestation  (à  Lui-même)  qu'il  est  unique 
[marïfaioho  tawhidoho)  (1),  et  celle  sienne  alleslalion  de 
son  unil('i  est  Sa  distinction  (taniyîzoho)  d'avec  sa  création. 
Quoi  que  rêvent  les  imaginations.  Il  contredit  tout  cela  (2), 
comment  pénétrerait  [yahïll)  (3)  en  Lui  cela  qu'il  a  fait  sur- 
gir, comment  retournerait  jusqu'à  Lui  cela  qu'il  a  fait  croître  ? 
Il  ne  saurait  y  avoir  d'yeux  qui  se  Le  figurent,  ni  de  pensées 
qui  L'afîrontent.  Sa  proximité,  c'est  Sa  prévenance.  Son 
éloignement,  c'est  Son  dédain  [ihânatoho).  Son  élévation 
n'implique  pas  descente,  Sa  venue  n'imj)lique  pas  déplace- 
ment. «  Il  est  le  Premier  et  le  Dernier,  le  Patent,  le  Caché, 
le  Proche,  l'Eloigné,  Lui  à  qui  aucune  chose  ne  ressemble, 
Lui,  l'Audient,  le  Voyant  (4).  » 

On  peut  observer  dans  cette  'aqidah  d'al  Hallâj  :  d'abord, 
sa  forme  :  la  présentation  méthodique  des  négations  succes- 
sives, au  moyen  de  toutes  les  particules  grammaticales 
d'équivocation  (adawdt  al  tashhih)  par  lesquelles  notre  raison 
pourrait  s'ingénier  à  nous  mettre  en  relation  logique  avec 
Dieu  ;  —  généralisation  d'une  thèse  hanbalite  (5)  appliquée 

(1)  Cfr.  ici  p.  548,  n.  2  ;  c'est  la  haynoûnah  azaliyah  (-^  Khald)  d'Ibu 
al  Haysam  (Shahr.  I,  146). 

(2)  Gfr.  Misrî,  ap.  Qosh.  160. 

(3)  Litt.  descendrait. 

(4)  Il  est  intéressant  de  noter  qu'ai  l.Iallâj  applique  la  règle,  énoncée 
ici,  d'éviter  les  particules  d'équivocation  en  parlant  de  Dieu  ;  si  l'on 
examine  les  Tawâsîn,OQ  trouvera  cette  règle  observée  ;  il  évite  l'em- 
ploi de  hattd,  car  ce  qui  suit  doit  être  de  même  genre,  acception  et 
généralité  (Cfr.  ilâ),  et  n'utilise  que  les  «  particules  du  juriste  »,  c'est- 
à-dire  :  fa,  icaw,  faqad,  lianna,  ka'annaho,  famd...  ?,  in,  là...  illâ, 
ma...  siwà  {Cih.  '\c\  p.  470). 

(5)  Voir  p.  640,  n.  3.  Cfr.  Ibn  al  Jawzî,  ro'oûs,  45  ;  Sohrawardî, 
toqà. 


640  CHAPITRE    XII 

ici  en  suivant,  en  détail,  la  classification  des  philosophes 
hellénisants.  Elle  nie  que  Dieu  rentre  sous  aucun  des  cinq 
universaux  (1),  sous  aucune  des  dix  catégories  (2).  Ensuite, 
pour  le  fond  :  l^via  î^emotionis  est  utilisée  ici,  comme  une 
arme  qu'on  retourne,  contre  la  raison  même  qui  Ta  forgée  ; 
montrant  qu'elle  s'expose  ainsi  nue  et  sans  défense,  à  son 
Dieu  ;  l'action  directe  et  incomparable  de  Dieu  sur  ses  créa- 
tures est  affirmée,  ainsi  que  la  pérennité  positive  de  tous  Ses 
attributs  et  Ses  noms  révélés. 

Cette  'aqîdah,  sous  une  forme  originale  et  philosophique, 
est  du  type  des  'aqîdah  hcmbalites  (3)  :  elle  part  du  fait  divin 
révélé,  —  de  Yincomparabilité^  «  balkafiyah  »  (4)  de  Dieu, 
tel  qu'il  s'est  décrit  Lui-même  dans  le  Qor'ân  pour  les 
croyants  ;  tel  quel,  sans  corporéilé  (tajsîm)  (5)  ni  idéalisa- 
tion [tà'wil)  (6). 

(1)  Sauf  peut-être  le  propre  (iakhassos)  :  qui  serait  sa  sainteté,  qods. 

(2)  Sauf  peut-être  la  substance  {jawhar  —  mot  d'Ilyi  Karrâm,  qu'ai 
Hallàj  évite  ici),  qui  répond  assez  à  ses  mots  «  dhât  wâhid  gaim  bi 
nafsi/ii  »  ;  substance  d'ailleurs  incomparable  puisqu'elle  peut  réunir 
simultanément  deux  attributs  opposés. 

(3)  Comparer  surtout  V'agîdah  établie  par  Ibn  Ya'là  alFarrâet  Aboû'l 
Hasan  Qazwînî  (-f  442/1050;  l'ascète,  disciple  d'Ibn  Sam'oùn),  et  édictée 
par  le  khalife  al  Qâ'im  en  432/1040  :  «  Affirmer  les  attributs  de  Dieu, 
c'est  affirmer  qu'il  existe  actuellement  {ithbâl  tvojoûd),  et  non  pas  qu'il 
est  ainsi  effectivement  délimité  ni  comparé  {iahdîd  aiv  kay/îyah)  ;  c'est 
affirmer  les  Noms  et  Attributs,  tout  en  niant  l'équivocation  et  ses  parti- 
cules (=  ka,  ka'anna,  mithl)  »  (Ibn  al  Farrâ,  tabaqât  al  hanâbilah,  ms. 
Zah.  tar.  59).  Cfr.  aussi  Kîlânî,  ap.  bahjah,  177. 

(4)  Posée  par  Mâlik  en  premier  ;  puis  par  'Othmân-ibn-Sa*îd  Dârimî 
contre  Ibn  Karrâm  (Harawî,  dkamm,  109''). 

(o)  Gomme  Moqâtil  ;  ni  équivocation,  comme  Hishâm.  «  Il  ne  faut 
prendre  les  attributs,  note  le  hanbalite  'Awn  al  Dîn  Ibn  Hobayrah,  ni 
au  sens  propre  (haqiqah),  c'est  équivocation,  ni  au  sens  figuré  (w2a;<:îz), 
—  c'est  invention  >>  (Ibn  Rajab,  lab.  hanab.,  s.  v.). 

(6)  Comme  les  nio'tazilites,  qui  inventent  des  concepts  pour  Le 
figurer. 


THBOLOGIE    DOGMATIQUE  64  ' 

Elle  va  plus  loin,  elle  fait  de  la  via  remotionis  une  des  for- 
mes de  la  vie  ascélique,  une  ascèse  de  l'intelligence  la  dé- 
nuant  des  images  créées,  la  purifiant  de  la  nature  charnelle, 
basharîyah,  l'accoutumant,  comme  chez  les  prophètes,  à  la 
méditation  sur  la  nature  divine,  mmaillyah  ;  ce  qui  prépare 
l'union  mystique.  Ce  qui  importe,  puisque  Dieu  existe  sou- 
verainement, c'est,  après  a\oir  reconnu  l'inanité  des  idées 
qu'on  se  forgeait  sur  Lui,  et  qu'il  n'est  pas,  —  c'est  d'écarter 
tout  cela,  —  afin  qu'il  nous  apprenne  Lui-même  ce  qu'il  est, 
qu'il  s'explicite  devant  notre  intelligence,  puisque  nous  ne 
pouvons  vivre  sans  Lui  ;  renonçant  à  étahlir,  de  nous  à  Lui, 
aucune  analogie  par  équivocation  (1),  prions-Le  de  nous 
expliquer  l'analogie  par  proportion  (2^  qu'il  a  posée,  de  Lui 
à  nous,  en  nous  créant. 

«  Quelle  est  cette  Vérité  [Haqq)  dont  tu  nous  parles?lui 
dit-on.  — Celui  qui  causalise  (w2o'i//)  les  êtres,  sans  être  Lui- 
même  causalisé  [ycClall)  »  (3).  «  Le  premier  pas  dans  le 
iawhhU  c'est  cesser  de  s'isoler  (^rt/)76?,  hors  de  Dieu)  (4)  ». 
Tous  les  attributs  révélés  qui  nous  traduisent  directement 
l'action  divine  sur  nous,  bien  loin  d'être  des  voiles  qui  nous 
Le  cachent,  sont  les  moyens  (5)  assurés  d'obtenir  Sa  familia- 
rité, car,  Dieu  ne  changeant  pas,  ils  sont  en  Lui,  essentiel- 
lement. «  Il  n'est  pas,  en  Lui,  d'essence  dénuée  idoùn)  d'altri- 


(1)  tashbîh,  iqtirân  (in  Qor.  XIII,  42). 

(2)  nasab  (in  Qor.  XIX,  57)  qui  peut  devenir  wasilah  (in  Qor.  V,  39). 

(3)  In  Qor.  X,  35.  Noter  qu'il  appelle  Dieu  mo'ill,  non  pas  'illah,  ni 
surtout  'illat  al  'ilal  «  Cause  des  causes  »  ;  Ibn  'Arabî  est  donc  fondé 
à  lui  prêter  une  critique  d'une  invocation  contenant  cette  dénomination  ; 
invocation  hellénistique  que  les  ishrâqiyoûn  faisaient  remonter  h  Pialon 
(Bahâ  'An)ili,  h'nshkoûl,  284,  330).  Rectifier  en  conséquence  notre  n.  2, 
p.  383. 

(4)  Hojwirî,  Kas/if,  281  ;  cfr.  Taw.  VI,  8. 

(5)  Mais  non  des  fins,  comme  pour  Gorpânî  (ici  p.  352). 

41 


6/i2  CHAPITHE    XII 

buts  »  (1).  Us  sont  Sa  qualification  (itlhàf)  (1  his)^  qui  peut 
se  rendre  assimilable  à  notre  iutelligence  par  la  vision  nue, 
La  ((  caractérisation  »>  graduelle  en  nous  des  caractères  divins, 
s'imprimant  sur  notre  raison,  lakhalloq  (2)  hï  akhlâq  Allafi^ 
est  étudiée  par  Hullàj  et  Wàsitî,  à  propos  des  Prophètes  (in 
Qor.  LXVIH,  5)  (3),  comme  la  préfigure  spirituelle  de  l'union 
mystique,  comme  le  «  revêtement  »  par  l'homme  de  la  forme 
glorieuse  sous  laquelle  Adam  avait  été  adoré  (parles  Anges); 
au  moyen  des  «  attributs  du  Seigneur  »  (4). 

Commenl,  d'ailleurs,  le  croyant  pourrait-il  se  dispenser 
un  instant  de  recourir  à  Dieu?«  Prétendre  Le  connaître, 
c'est  de  l'ignorance  ;  s'accoutumer  à  Le  servir,  c'est  de  l'ir- 
respect ;  se  prémunir  contre  Sa  guerre  est  folie  ;  rester  inat- 
tentif à  Sa  paix  est  sottise  ;  discourir  sur  Ses  attributs,  c'est 
divaguer;  s'abstenir  de  L'affirmer,  c'est  se  silencier  ;  cher- 
cher à  rester  proche  de  Lui,  fait  tourner  sur  place  ;  et  se 
contenter  d'être  loin  de  Lui,  décèle  une  âme  vile  »  (5). 

«  Dieu  les  guide  par  son  nom  «  le  Premier  »  vers  le  mys- 
tère qui  les  embrasse  ;  —  par  son  nom  «  le  Dernier  » ,  Il  leur 
fait  comprendre  la  gloire  subsistante  et  pérenne;  par  son 
nom  «  le  Visible  »,  Il  leur  fait  apercevoir  la  belle  et  évidente 
lumière  ;  et  par  son  nom  «  le  Caché  »,  (1  leur  inspire  la  vérité 
et  le  témoignage  »  (6).  «  Premier,  sans  antériorité  ;  Dernier, 
sans  postériorité  ;  Visible,  sans  dehors  ;  Caché,  sans  dedans. 
C'est  par  Lui  que  les  attributs  décrivent,  non  eux  par  qui  II 

(1)  Taw.  X,  18.  Gfr.  in  Qor.  XXIII,  14. 

(1  bis)  Gfr.  la  citation  de  la  page  47fi,  où  l'on  peut  traduire  «...  et 
que  ta  conformation  ne  soit  plus  qu'une  conformii<^.  à  Lui. même  ». 

(2)  Misrî  en  parle  le  premier.  Ce  devient  un  hadîth  [' A.bâaiVi,modkhal). 

(3)  Âp.  Solamî,  Baqlî  ;  cfr.  aussi  Sarràj,  loma',  89,  36G. 

(4)  Ici  p.  006. 
(o)  Akhb.  21. 

(6)  In  Qor.  LVII,  3. 


THléOLOGIE   DOGMATIQUE  643 

est  décrit.  C'est  par  Lui  qu'on  comprend  les  sagesses,  non 
elles  par  qui  II  est  compris  ;  c'est  par  Lui  qu'il  v  a  détermi- 
nation de  la  quantification  (^orf  al  makân),  sans  qu'il  ait 
quantification  ni  détermination.  C'est  par  Lui  qu'existe  le 
A«;/ (=  heccéité  pure)  de  la  création,  sans  que  Sa  création 
(=  Son  acte  la  créant)  ait  d'heccéité  »  (j). 

«  Al  Moznî  (2),  Dieu  l'ait  en  Sa  miséricorde,  dit  (3)  : 
«  Quand  Ibn  Mansoûr,  Dieu  l'ait  en  Sa  miséricorde,  vint  à  la 
Mekke,  on  le  questionna  sur  «  l'attestation  du  genre  humain 
(au  mllhâq)  „  (4)  affirmant  de  Dieu  qu'il  est  unique,  et  sur  le 
tawhid.  Et  il  parla,  si  bien  que  nous  en  oubliâmes  la  formule 
canonique  du  tawhicL  Et  nous  lui  dîmes  :  «  Cette  formule 
convient-elle  à  Dieu?  -  Elle  Lui  convient,  pour  autant 
qu'elle  Lui  plaît,  comme  épithète  (révélée)  (5)  et  précepte 
(édicté)  ;  mais  non  pas  comme  qualification  (6),  ni  comme 
réalité  (Siennes).  Tout  ainsi  que  nofre  gratitude  pour  Ses 
bienfaits  Lui  c<  plaît  >,  (7).  Comment  [annâ)  notre  gratitude 
de  Ses  bienfaits  pourrait-elle  Lui  convenir  (8)  ?  »  Et  il  ajouta  : 
«  Tant  que  tu  te  fabriques  des  expressions,  tu  n'affirmes  pas 
le  Dieu  unique  ;  jusqu'à  ce  que  Dieu  S'empare  de  tes  expres- 
sions, en  te  faisan!  renoncer  à  elles,  et  qu'ainsi  ne  subsis- 
tent plus,  ni  l'énonciateur  (créé),  ni  son  expression  (hu- 
maine) »  (9). 


(1)  In  Quor.  LVII,  3. 

(2)  Il  s'agit  ici  du  traditionniste  Ahmad-ibn'AbdalIâh  Moznî,  mort  à 
Bokharâ  en  341 /9S2  (Sam'ânî,  527«). 

(3)  Sol.  in  Qor.  III,  16. 

(4)  Terme  d'Ibn  Karrâm  (ici  p.  607    I    16^ 
(5)«a7.  '   '      )' 

(6)  wasf. 

(7)  ex  congruo. 

(8)  ex  condigno  ;  cfr.  ici,  p.  302,  n.  3. 

{'à)  Proposition  citée  par  Bîroùnî,  fjind,  I,  43.  Gomp.  ici,  p.  576. 


644 


CHAPITRE   XII 


«  Est-ce  Lui,  lui  (howa  howa)  (1)?  —  Non  !  Dieu  est,  par 
delà  tout  «  lui  »  ;  «  lui  »  désigne  simplement  l'objet  (res- 
treint), qu'on  affirme  ainsi  ne  rien  posséder  d'autre  que  soi- 
même.  Or  Dieu,  parfait  en  Son  essence,  postéternel  en  la 
durée  des  temps,  est  l'Un  qui  existentialise  toute  chose 
qualifiée,  vers  qui  tend  toute  chose  soumise  à  un  maître 
(marhoùh)  ;  II  consume  son  hôte.  Il  renverse  son  agresseur. 
S'il  S'atteste  à  toi  Lui-même,  c'est  qu'il  t'a  devancé  (2)  ;s'll 
te  masque  sa  présence,  c'est  qu'il  t'écoute  »  (3). 

Al  Hallâj  se  sert  ainsi  de  la  voie  négative  pour  introduire 
l'aftirmation  positive,  en  nous,  de  la  divinité  ;  comme  une 
réalité  souveraine,  s'imposant  à  nous,  sans  que  notre  con- 
tingence et  nos  relativités  modifient  en  rien  Son  attitude  k 
notre  égard.  11  réagit  ainsi,  et  très  fortement,  contre  la  doc- 
trine, commune  alors,  du  caractère  cvéé^  à  posteriori,  des 
attributs  divins  «  de  l'acte  »>  ;  établissant  un  tel  parallélisme 
entre  l'attitude  prééternelle  [azal)  et  l'attitude  postéternelle 
[abad)  de  Dieu  à  l'égard  de  Ses  créatures,  qu'on  lui  a  fait 
observer  qu'il  risquait  ainsi  de  faire  supposer  un  monde  créé 
coéternel  à  Dieu  (4)  : 

«  Qu'est-ce  que  le  tawliid  (5)?  —  L'attestation  de  l'Unité 
divine  reste  la  même,  dans  le  vide  comme  dans  le  plein  (6) . 

(1)  Dieu  est-il  simplement  le  sujet  visé  dans  la  prédicatiou  logique  de 
ridcntité  ?  Thèse  moniste. 

(2)  Au  jour  du  Covenant. 

(3)  Sol.  laQor.  GXII.  \. 

(4)Cfr.  suprà,  p.  632.  Ces  objections  semblent  présentées  ici  par  des 
disciples  d"Ibn  Karrâm  ;  elles  atteignent  plutôt  lehallagisme  de  Wâsitt 
que  celui  de  Fêiv\s{taqaddom  al  shawâhid). 

(h)  Texte  frad.  en  entier  par  Baqlî,  Shalh.  132  ;  résumé  ap.  Sarrâj, 
loma\  364.  En  opposition  à  la  théorie  dlbn  Ivarrâm  sur  la  production 
actuelle  d'événements  dans  l'essence  divine  (ici  p.  654)  ;  cfr.  l'expres- 
sion hellénistique  de  l'ash'arite  Simnânî  :  AUàh  hdmil  lisifâtihi. 

(6)  Contre  l'émanatisme  du  médecin  Ràzî  (ici  p.  030).  Ibn  al  Haysam 
posera,  de  même,  Khald  =  baynoûnah  azaliyah. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  6^5 

—  Commente  cela,  nous  ij^norons  ces  termes  d'initiés.  —  Tel 
est  le  tatvlùd:  Dieu,  tel  qu'il  fut  dans  la  préélernité,  et  tout 
ainsi  qu'il  sera  dans  ce  qui  ne  cessera  d'être,  ta  jamais.  — 
Pourquoi  qualifies-tu  Dieu  au  moyen  de  la  «  préélernité  »  et 
de  «  ce  qui  ne  cessera  d'être  »  ?  Soutiens-tu  l'éternité  des 
choses  contingentes  {qidam  al  moliôailiâl)'^.  —  Ta  parole 
contredit  l'entendement  de  mon  savoir;  ces  «  choses  con- 
tingentes »,  c'est  ta  parole  !  » 

(■  Qu'est-ce  que  le  soufisme  (1)?  —  Que  ton  annihilation 
soit  telle  que  tu  n  aies  plus  ni  à  nier,  nia  alfirmer.  —  Expli- 
que-nous cette  phiase.  —  Calcinations  et  éliminations  (2), 
c'est  l'affaire  de  la  divinité.  —  Développe  cette  idée.  —  Elle 
est  inexprimable  ;  la  connaît  qui  la  connaît,  l'ignore  qui 
l'ignore.  — Par  Dieu,  je  t'adjure  de  m'expliquer.  —  Mais  il 
récita  le  vers  : 

«  Ne  t'altaque  pas  à  Nous,  car  voici  un  ào\^\ 

Que  Nous  avons  déjà  teint,  dans  le  sang  des  amants.  » 

b)  Sa  àoctrxne.  des  attributs  divins. 
l .  Leur  classification  en  général. 

sifât,  attributs.  l°Qor'àn:  affirmation,  avec  insistance, 
d'un  Dieu  unique,  omnipotent,  au  terme  de  Son  acte,  dans 
la  conclusion  de  Son  opération  créatrice  elle-même  ;  où  II 
nous  reste  impénétrable  namad  (3),  en  Son  mystère,  ghayh. 

(1)  Ibn  Yazdan^âr,  f.  \1^  ;  trad.  Baqlî,  Shath.  134. 

(2)  tawâmis  ira  raivdmis  :  deux  termes  techniques  graduant  la  «  mort 
mystique  »  (cfr.  Hojwîrî,  Kashf,  s.  v.  ;  et  la  qnsîdah  d'al  Hallâj  : 
«  sokotitô.,.)  ;  comp.  Sarràj,  loma\  357-358. 

(3)  «  man  là  jawfa  laho  »  (Ibn  Hanhal,  Zorârah)  (cfr.  Qor.  XXXIII, 
4,  et  suprà,  p.  549)  ;  ô/oct(J)U|Cov,  ditE.  Zigabenus.  Spiritualisant,  comme 
Ja'far,  cette  impénétrabilité  (samad  =  masmoùd  ilayhi  bil  hawâ'ij 
(Ja'far,  in  Lisân,  s.  v.  ;  Tostarî,  iofs.  200)  =  masmoùd  ilayhi  biltâ'ât 
(Hallâj,  in  Solamî,  tabaqàl)  — ),  al  Hallâj  l'approprie  à  l'Esprit  de  Dieu 
qui  n'est  ni  parent,  ni  enfant,  —  qui  apprend  à  l'homme  a  se  détacher, 


646  CHAPITRE   XII 

Il  s'est  réservé  les  plus  beaux  noms  (1).  Tout  ce  qui  est 
nommable  et  créé  est  sien,  ??îo//:,  'ibn,  etc.  Il  nous  ordonne 
de  dire  au  début  de  nos  actions  «  bismïllâh  al  Rahtnân  al 
Rahtm  »,  «  au  Nom  de  Dieu,  le  Clément,  le  Miséricordieux  », 
pour  reconnaître  que  la  foi  en  Son  mystère  est  notre  seul 
lien  avec  Son  omnipotence  (2), 

V  taHîl^  dénudation  de  l'essence  (par  '(  via  remolionis  », 
tanzih)  :  de  Jahm,  Dirâr  et  Najjâr  (3).  Les  attributs  de  per- 
fection [sifâl  al  nafs)  (4),  imparticipables,  sont  de  simples 
synonymes,  pour  désigner  (awsâf  al  dhât)  l'essence  divine  : 
((  oloûhïyah  :  impénétrable  à  nous,  qui  Lui  sommes  perméa- 
bles par  pure  contrainte  passive  (idtirâ?')^  n'ayant  rien  de 
commun  avec  Elle.  Quant  aux  termes  révélés,  impliquant 
équivocation  avec  les  choses  créées,  ce  sont  les  attributs 
(sifât)  acquis,   créés  :    modalités    descriptives   de   l'action 
créatrice,  sifât  al  fi'l  (5),  aussi  diverses  que  les  catégories 
d'accidents  (6? V«(/)  qu'elles  déclenchent;  elles  seules  nous 
prouvent  Dieu  ;  et  Ses  noms  [asmâ)  ne  sont  que  des  sons 
[aqivâl] . 

3°  tanzil^  maintien  des  données  de  la  révélation,  de  Moqâtil. 
Déjà  Dirâr,  Hafs  et  Aboii  Hanîfah  réagissent  contre  Jahm, 
au  nom  de  la  révélation,  estimant  (6)  que  Dieu  a  positive- 
ment une  essence  (w«A??/«A)  et  peut-être  aussi  une  heccéité 
[annïyah]  découvrables.  Moqàlil,  en  plus,  maintient,  contre 

à  son  exemple,  de  tout  lien  charnel  (ici  p.  488,  1.  5  :  samadi  ai roûk  — 
et  ici  p.  503,  n.  8).  Cfr.  Ibn  al  Dâ'î,  422. 
(i  )  asmâ  hosnà. 

(2)  C'est  la  sihghah  islamique  (Qor.   II,   132),   tenant  lieu  de  la  for- 
mule trinitaire  du  baptême  chrétien  :  Vistithnâ  (cfr.  ici  p.  584). 

(3)  Shahr.  I,  108,  115  ;  Malatî,  167. 

(4)  Ibn  KoUâb  y  met  :  joûd,  karam. 

(5)  Ex.  :  Khalq,  'adl,  rizq,  ihsdn  (Ash'arî,  f.  61'').  Cfr,  'Abd  alMasîh 
Kindî,  risâlah,  34-35. 

(6)  Hazm  II,  174  ;  Shahr.  I,  114. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  647 

Jahm,  raffirmation  dislincte  des  divers  attributs  divins  tels 
que  le  Qor'àn  les  révèle  [ïtlibât:  doctrine  suivie  par  ïhawrî, 
Mâlik,  Ibn  Hanbal,  Ibn  Râhawayh).  Il  pose,  en  outre,  que 
le  principe  de  leur  réalité  en  Dieu,  l'origine  aussi  de  leur 
révélation  en  nous,  c'est  la  «  foi  incréée  de  Dieu  en  Son 
unité  »,  'îmân  qadim  (1),  cette  science  parfaite  de  Lui-même 
où  II  S'atteste  à  Lui-même  qu'il  est  unique;  et  dont  II  im- 
prime en  nous  la  certitude  (partielle)  ;  en  rétablissant  en 
nos  cœurs,  parla  foi.  Cette  thèse  fut  adoptée,  avec  des  va- 
riantes, par  les  hanbalites,  les  sâlimîyah  et  al  Hallâj.  Pour 
lesSâlimîyah,  Dieu  est  Foi,  mân  (i).  Al  Hallâj,  développant 
la  pensée  d'Ibn  Hanbal,  maintient  une  distinction  fornnelle 
(et  non  virtuelle)  entre  la  «  Foi  »  de  Dieu  et  la  nôtre  :  «  Dieu 
S'atteslant  à  Lui-même  qu'il  est  le  seul  efficient  (sâni')  ;  11  a 
cru  en  Lui-ntiême,  en  Son  mystère  ;  avant  qu'on  croie  en  Lui 
selon  ce  qu'il  a  décrit  de  Lui-même  »  (3). 

k""  tawil,  interprétation  rationnelle,  des  Mo'tazilites. 
Contre  Moqâtil  et  les  Hashwiyah,  ils  placent  les  actes  du 
cœur  hors  de  toute  action  divine,  donc  imperméables  à  l'es- 
sence divine  ;  ce  qui  réduit  forcément  la  profession  de  foi 
monothéiste  d'un  chacun,  à  la  construction  intellectuelle 
(iilus  ou  moins  laborieuse)  d'une  définition  négative  de  la 
transcendance  divine,  sans  expérimentation  de  Dieu  dans  le 
cœur.  Leur  tawil  est  une  simple  atténuation  du  tdtil  de 
Jiihm.  Il  n'y  a  que  des  distinctions  virtuelles  entre  les  attri- 
buts de  perfection,  simples  définitions,  plus  ou  moins 
approximatives  (4),  de  l'essence.  Les  attributs  correspon- 

(1)  Ap.  Ibn  al  Farrâ,  molamad. 

(2)  Kilânî,  ghonyah,  I,  71. 

(3)  Sol.  in  Qor.  III,  16. 

(4)  D'où  la  question,  qu'ils  posent,  de  (<■  l'attribut  le  plus  approché  », 
akhass  sifah  :  l'éternité  absolue,  Jobba'î  ;  la  puissance,  Aboù  Hâshim, 
Bâqillânî,  Jowaynî(cfr.  Jahm)  ;  lascibiliié,  A.  H.  Basrî(lbn  al  DA'î,  398). 


648 


CHA.PITRE    XII 


danls,  visant  les  actions  créatrices  (ùfâtal  af'âl)  sont  choses 
créées  :  hor.s  de  l'essence  (1)  et  hors  de  la  création  matérielle 
[là  fimahall)  (2)  :  science  créée  (=  préexistence  des  choses  en 
Dieu,  thoboûL)^  puissance  créée  (=  leur  prédétermination 
en  Dieu,  qadâ)^  etc. 

6°  ibtâl,  annulation  de  l'essence  (réduite  par  «  via  remo- 
tionis  »  à  une  quasi-indétermination)  :  Imâmites  moham- 
madiyah,  MaymoCin  et  les  Ismaéliens.  Le  mystère  prééternel 
et  ineffable,  la  divinité,  lumière  i^otisev'àiue  (lâhoût  =  noûr 
'ohvl)  «  a  pouvoir  exécutoire  et  science  préalable,  elle  est 
vivante  sans  vie,  puissante  sans  puissance,  audiente  sans 
ouïe  et  voyante  sans  yeux,  opérante  sans  membres  ni  ou- 
til »  (3).  Elle  engendre  la  première  émanation,  noûr  sha'sha 
'âni,  lumière  étincelante  et  victorieuse,  noûr  yaq]ih\  dont 
proviennent  les  prophètes  et  imàms  ;  d'où  la  seconde  éma- 
nation, noûr  zolâmi,  lumière  ténébreuse  et  vincible,  noûr 
maqhoûr^  dont  proviennent  les  astres  et  les  créatures  pas- 
sibles, mêlées  de  ténèbres.  Cette  épuration  par  annulation, 
note  Mo'izz  (4),  «  permet  d'accéder  (ta/ml)  à  l'idée  pure  de 
la  divinité,  tandis  que  l'équivocalion  (kishbih)  ne  permet  que 
la  comparaison  [tamthU)  avec  un  symbole  cachant  l'idée  pure 
(ma^nà)  ». 

6°  tashblh,  équivocation  :  Hishâm  (5),  Imâmites 'alawiyah, 

(i)  Ceci  fait  penser  déjà  à  l'application,  en  Dieu,  de  la  distinction 
aristotélicienne  entre  la  «  puissance  »  et  1'  «  acte  »,  essayée  par  Bishr 
(Shahr.  I,  82). 

(2)  Cette  épithôte,  caractéristique  des  substances  (ici  p.  5.^8),  pose  un 
dilemme  :  ou  hion  considérer  ces  attributs  comme  éminemment  k  Uieu, 
convergeant  en  Tessence  divi[ie  (Ibn  Karrâm,  Hallàj)  ;  ou  l)ieu  comme 
étrangers  .\  la  pure  divinité,  fonnellc'nent  distincts  de  l'essence  divine 
(Ibn  Kollâb,  Ash'arî). 

(3)  Ap.  Malatî,  3.")  ;  comp.  fragment  du  pseudo-Bâqir  (Shahr.  II,  29  ; 
et  Salisbury,  JAOS,  1851). 

('f)  Fragm.,  éd.  Guyard. 

(5)  Auteur  du  radd  'aliVl  tanzîh. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  Ô/jQ 

et  Noseïris  (Ivhasîbî).  Selon  llishàm,  Dieu  ne  Se  découvre 
pas  à  nous  par  Ses  k  attributs  de  l'acte  »,  créés,  qui  modi- 
fient les  choses  au  moyen  d'accidents;  mais  II  nous  mani- 
feste de  façon  permanente  Ses  ■(  attributs  de  l'essence  », 
incréés,  dans  la  diversification  même  des  substances  parti- 
culières, et  l'individuation  des  individus  ;  plaçant  en  chacun 
une  ressemblance,  moshâbahah,  entre  eux  et  Lui,  intention- 
nelle, et  perceptible  à  nos  sens,  au  moyen  de  qualités  sensi- 
bles (1).  Celte  formule  risquée  devient  chez  Khasîbî  l'affir- 
mation d'une  interdépendance  esthétique  entre  le  Créateur 
et  la  création  matérielle  :  «  la  forme  (soûrah)  n'est  pas  l'inté- 
gralité du  Créateur,  mais  le  Créateur  n'est  pas  sans  elle  ; 
aucune  forme  ne  L'emprisonne,  mais  nier  la  forme,  c'est 
détruire  la  pureté  divine  (tanzlh),  qu'elle  manifeste  en  image 
[tamthîl)  et  en  individuation  [tashkil)  ;  c'est  renoncer  cà  défi- 
nir le  mystère  [ghayb)  »  (2). 

7° doctrine  conceptualiste  des  yncùànî,  idées  (3).  Par  un 
mouvement  de  pensée  calculé,  essayant  de  faire  cadrer  la 
formule  mo'lazilite  de  l'essence  divine  avec  les  données  révé- 
lées, Ibn  Kollàb  place,  au-dessus  des  «  attributs  de  l'acte  », 
créés,  —  entre  eux  et  l'essence,  y  adhérant,  dix  super-attri- 
buts prééternels  [azaliyah),  essentiels  à  Dieu,  incomplète- 
ment (donc  formellement)  distincts  de  l'essence  (4)  :  puis- 
sance, science,  vie,  stabilité  [baqà],  éternité  [qïdam]^  ouïe, 
vue,  parole,  volonté  [irâdah],  et  nolonté  {/iarh). 

Ash'arî  n'en  garde  que  quatre  (5)  [ma'nawîyah)  :  science, 
puissance,  vie  et  volonté  ;  et  place  les  trois  autres,  ouïe,  vue 

(1)  farq.  49,  216  ;  Ibn  al  Dâ'l,  420.  Dieu,  en  tant  que  type  de  perfec- 
tion du  métal,  est  «  un  lingot  d'argent  »  {sabîkah  faddafi)  ;  en  tant  que 
type  de  perfection  de  l'homme,  «  Il  a  sept  coudées  »,  etc. 

(2)  Dussaud,  iVoseiri5,  100. 

(3)  Sens  des  sifdt  =  sens  des  asmd. 

(4)  Ihn  al  Dâ'î,  396. 

(5)  Il  supprime  Karh.  Bâqillâuî  fait  une  liste  de  quinze. 


65o  CHAPITRE    XII 

et  parole,  un  peu  au-dessous  (dhâtîyah)  ;  au-dessus  des  «  at- 
tributs de  l'acte  »  [fillyah)\  créés,  eux,  mais  co-essentiels, 
selon  lui. 

Ces  remaniements  attestentla  difficulté  que  les  théologiens 
islamiques  trouvaient  àconcilier  l'immuable  simplicilédivine 
avec  le  principe  de  Jahm,  dissociant  à  tout  prix  (1),  en  Dieu, 
les  «  attributs  de  l'essence  »  des  «  attributs  de  l'acte  »,  Son 
attitude  vis-à-vis  de  Lui-même,  d'avec  Son  attitude  vis-à-vis 
de  Ses  créatures.  Ash'arî  concède  à  Ibn  Hanbal  (contre  Ibn 
Kollâb)  que  la  Parole  divine  n'est  pas  seulement  une  idée 
sim|)le,  en  Dieu,  mais  un  commandement  précis,  pour  nous. 

8*  Développant  l'affirmation  de  Moqâtil,  d'une  a  foi  in- 
créée »,  qui  posait  le  problème  de  notre  accès  positif  à  l'ex- 
périmentation de  l'essence  divine,  —  l'école  lianétite,  de 
Marîsî  à  Màtorîdî,  essaie  d'établir  que  tous  les  attributs 
divins,  révélés  et  irrévélés,  ceux  de  «  l'essence  »,  comme 
ceux  de  «  l'acte  »,  sont  également  incréés,  co-éternels  à 
Dieu.  La  première  synthèse  de  celte  doctrine  est  due  à  Ibn 
Karrâm.  Il  affirme  d'abord  que  tous  ces  attributs,  co-éter- 
nels, décrivent  réellement  Dieu  sans  altérer  la  simplicité  de 
Sa  substance  (<'//ia^/«'  aljawhar)  (2)  ;  puis,  que  :  chaque  fois 
que  Tune  de  Ses  créatures  agit.  Dieu  manifeste  intentionnel- 
lement un  de  Ses  attributs  incréés  :  il  y  a  donc  «  production, 
dans  l'essence  divine  (3)  »,  d'un  événement  nouveau,  d'une 
détermination  nouvelle  de  ces  attributs.  Cette  seconde  pro- 
position, déduite  d'une  expérience  mystique  méditée,  intro- 
duisait en  théologie  islamique  l'idée  de  la  présence  réelle  de 
Dieu,  au  dedans  de  chaque  créature,  par  le  moyen  d'une  suc- 
cession de  («  grâces  actuelles  »  multiples  (4).  Mais  sa  formule 

(1)  Pour  mieux  isoler  la  transcendance  di\ine. 

(2)  Ap.  farq,  203. 

(3)  ihdâth  fVi  dhât, 

(4)  On  peut,  en  termes  chrétiens,  dire  qu'il  s'agit  du  nexus  rnysté- 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  65 1 

malsonnante  choquait  le  respect  dû  à  Téminente  simplicité 
divine.  La  rectilication,  tentée  par  Ibn  Sàlirn  (1),  en  identi- 
fiant, comme  Marîsî  (2),  la  multiplicité  de  ces  grâces  actuelles 
à  la  totalité  des  créatures,  à  la  nature  de  l'univers,  aboutit  : 
soit  à  nier  tout  caractère  surnaturel  à  la  grâce,  soit  à  diviniser 
la  nature  comme  un  flux  divin. 

Q"  Al  Hallàj  part  des  deux  propositions  d'Ibn  Karrâm. 
Dieu  dépasse  tout  ce  qu'il  nous  a  révélé  de  Ses  attributs  (3). 
Tous  les  attributs,  révélés  et  irrévélés,  ceux  ".  de  l'essence  » 
[mâhiyah),  comme  ceux  «  de  l'heccéité  »  (annhjah),  sont 
également  incréés,  co-éternels  à  l'essence  qui  Se  décrit  libre- 
ment à  nous  par  eux,  sans  qu'ils  altèrent  Sa  simplicité. 
Quant  à  la  multiplicité  successive  des  grâces  divines,  il 
l'admet,  mais  en  rectifiant  la  seconde  proposition  d'Ibn  Kar- 
râm. Comme  Moqâtil  l'avait  fait  pour  la  super-science  divine 
(=  Sa  certitude  de  ce  qu'il  est  en  soi  ;  qu'il  imprime  par  la 
foi  en  nous,  en  autant  d'exemplaires  qu'il  y  a  de  mémoires 
et  de  croyants),  —  comme  Ibn  Hanbal  l'avait  fait  pour  le 

rieux  qui  unit  la  grâce.à  la  gloire  ;  Ibn  Kollàb  ne  considère  que  la  gloire 
essentielle  de  Dieu,  multiplicité  iinparticipable  d'attributs  simultané- 
ment éternels  ;  Ibn  Karrâm  n'envisage  que  les  réalités  actuelles  et  suc- 
cessives de  la  grrâce,  multiplicité  de  manifestations  pourtant  insépara- 
bles de  Dieu,  sorte  de  gloire  accidentelle  de  Dieu.  Ibn  Sàlim  et  Ibn 
'Arabî  voient  en  ces  deux  gloires  deux  aspects  équivalents  de  l'Un.  Ibn 
Hâyit  (et  Hallâj)  les  différencient  formellement,  et  placent  leur  contact 
dans  le  fiai  divin  s'infondant  en  l'homme  sanctifié  (ici  p.  520  et  p.  614; 
farq,  261,  I.  7). 

(1)  «  Dieu  saisit  par  un  seul  attribut  ce  qu'il  saisit  par  l'ensemble  de 
ses  attributs.  Il  ne  cesse  en  Son  essence  de  considérer  l'univers,  exis- 
tant ou  non.  Il  ne  cesse  de  créer.  L'action  (/?7)  est  chose  créée,  mais 
l'actuation  {taf'îl)  est  chose  incréée  »  (propositions  II,  I,  VIII,  IX  de  la 
liste  d'Ibn  al  Farrâ,  mo'lamad). 

(2)  «  al  takhlîq  'ayn  al  makhloûq  »  (ap.  Nasafî,  jâmi'  ikhtildf  al 
madhâhib,  in  fine). 

(3)  Sol.  in  Qor.  XVIII,  109  ;  VII,  158. 


652  CHAPITRE    XII 

super-attribut  de  la  Parole  (=  Son  attestation  à  Lui-même  ; 
qu'il  édicté,  par  la  Loi  révélée  coranique,  pour  nous,  en 
autant  de  commandements  qu'il  y  a  de  dilemmes,  pour  le 
jugement  de  l'intelligence),  —  al  Hallâj  réduit  à  l'unité,  non 
pas  en  nous  (1),  mais  en  Dieu,  les  divers  aspects  de  la  grâce, 
les  concessions  divines  préméditées,  droits  de  gi'âce  prééter- 
nels, bariyât,  azaliyàt[l)^  fécondant  les  intentions  de  chacun. 
Toutes,  d'un  mot,  ont  été  articulées  d'avance,  au  Covenant, 
dans  le  «  Oui  !  •>  de  l'Esprit  incréé  de  Dieu,  Roùh  nâlïqah. 
Qui  vient,  au  fur  et  à  mesure,  «  articuler  »  (3)  en  nous,  et 
avec  nous,  si  nous  y  consentons,  le  vœu  de  fidélité  à  Dieu 
qu'il  a  déjà  articulé  pour  nous,  avant  nous,  «  sans  nous  », 
par  une  prévenance  exquise  de  l'Amour.  Sous  la  forme 
d'Adam,  l'Ksprit,  au  Covenant,  avait  énoncé  seul  (4)  la 
science,  l'éloquence  et  la  libre  puissance  divines.  Sous  la 
forme  sanctifiée  de  l'élu,  en  son  cœur  consentant,  l'aveu  de 
l'amour  vient  naître,  comme  un  écho  :  reconnaissance  sin- 
cère d'avoir  effectivement  reçu  ces  dots  prééternelles  :  'ïnd 
alqawlmïn  bariyâtî  (5),  dit  al  Hallâj,  la  veille  du  supplice. 

2,  La  science  et  la  puissance  ;  la  "parole  ;  Vesprit. 

'ilm  wa  qodr^ah^  science  et  puissance.  La  scolastique  mu- 
sulmane définit  la  vie,  hayât,  comme  le  plein  exercice  (sih- 
hat)  simultané  de  la  science  et  de  la  puissance  (6)  :  ce  qui 

(1)  Gomme  Ibn  Sâlim. 

(2)  Cfr.  ici,  p.  564  ;  laqaddom  al  shawâhid. 

(3)  L'épithète  ndfiqah  (cfr.  ici  p.  297,  482)  réfère  au  «  Qor'âa  nâtiq  » 
d'Ibn  nanl)al  (ici  p.  659),  et  à  la  qâ'iihjah  qu'lbn  Karrâm  distingue 
expressément  du  Kalâm  (farq,  207)  ;  plutôt  qu'au  Nâiiq  des  Qarmates 
(=  Timâm  qui  reçoit  l'influx  de  la  première  émanation)  ou  qu'à  Igutafs 
nâtiqah  des  médecins  hellénisants. 

(4)  Ici  p.  298,  n.  602. 

(5)  Corr.  trad.  donnée  ici  p.  298,  1.  3-4  :  «  par  l'aveu  de  mes  droits 
de  grâce  préconcédés  ». 

(6)  Tahânawî,  s.  v. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  653 

conslilue,  en  Dieu,  le  secret  de  Sa  suprématie,  de  Son  pou- 
voir suprême.  L'analyse  des  motakallimoûn  s'eflorça  de  les 
dissocier,  pour  les  étudier  séparément  ;  tandis  que  l'initia- 
tion des  Imàmites  extrémistes  prétendait  conférer  cette 
«  suprématie  »  (1),  en  son  unité  inintelligible  mais  réelle. 

Pour  la  science:  Jahm  pensait  que  Dieu  s'était  créé 
d'avance  une  science  des  contingents.  Les  moHazilites  en 
exclurent  :  les  futurs  libres  (actes  humains)  (2)  ;  puis,  géné- 
ralisant :  soit,  tous  les  accidents  avant  leur  incidence  (Mo'am- 
mar  et  'Abbàd),  ne  lui  réservant  que  les  substances  ;  soit  au 
contraire  tous  les  particuliers,  en  ne  lui  réservant  que  les 
universaux  (Nazzâm,  Jowaynî)  (3).'Allàf,  seul,  voyait,  comme 
Jahm,  cette  science  formant  un  /r/?// (limité)  ;  Foûtî  en  affirma 
la  simplicité  et  le  caractère  prééternel  Çilmazalî)  (4).  Trans- 
fuge du  moHazilisme,  Ibn  all^uwandî,  reconnut,  le  premier, 
l'universalité  de  la  science  divine  des  futurs  de  toutes  caté- 
gories, en  tant  que  futurs  Çiim  al  maqdoûrât)  :  ce  qu'ai  Hal- 
làj  et  les  Ash'arites  appellent  le  taqdii\  l'équilibration  (5). 

Corrélativement,  les  mo'tazilites  avaient  limité  la  puis- 
sance divine  aux  événements  matériels  échus  effectivement, 
ne  lui  soumettant  ni  les  futurs  libres,  ni  les  futuribles,  ni 
les  possibles  en  général  ;  seul,  le  dernier  mo'tazilite,  A.  H. 
Basrî,  envisagera  dans  toute  sa  généralité,  la  «  scibilité  éter- 
nelle »  de  Dieu  (6). 

Ibn  Karràm  tenta  de  définir  l'unité  profonde  de  la  vie 

(4)  Ici  p.  138,507. 

(2)  Connus  seulement,  un  à  un,  au  fur  et  à  mesure  de  leur  produc- 
tion. 

(3)  Cfr.  les  Grecs.  Pour  éviter  de  faire  de  la  science  divine  une  con- 
naissance analytique  {lafsil,  singillatim),  ce  qui  impliquerait  déroule- 
ment {istirsdl  ;  comme  d'une  chevelure).  Sobkî,  III,  261. 

(4)  Ash'arî,  S2-53. 

(5)  farq,  108,  208  ;  Ibn  al  Dà'î,  432. 

(6)  Ici  p.  564. 


654  CHAPITRE    XII 

divine,  dans  l'inséparabililé  de  la  science  et  de  la  puissance  ; 
et  pour  dire  que  Dieu  ne  nous  en  révèle  pas  la  plénitude,  à 
travers  Sa  création  {qu'il  possède  et  connaît),  il  figura  Sa 
puissance  comme  un  mystère  réel  et  actuel,  plénitude  in- 
cessante et  infinie  d'actes  nouveaux,  spéciale  à  Son  essence 
[takhsis  al qodrah)  (1).  En  termes  moins  malsonnants,  Tos- 
tarî  entrevoit  le  «  secret  de  la  suprématie  »  {sirr  alroboû- 
biyah),  dont  l'apparition  abolirait  la  m.ission  des  Prophè- 
tes (2).  Hallâj,  de  même,  note  que  la  révélation  des  «  sciences 
de  la  puissance  divine  »  Çoloûm  al  qodrah)  «  affolerait  »  les 
créatures  (3).  Ash'arî  affirme  encore  l'omnipotence  et  l'om- 
niscience  divines  comme  un  bon  plaisir  souverain,  mais  en 
restreint  l'activité  à  la  création  arbitraire  de  notre  univers. 

Kalâm.,  la  parole,  le  verbe.  —  r  Qor'ân.  Le  Qor'ân  tout 
entier  est  une  «  lecture  »  révélant  à  l'homme  la  parole  divine, 
notifiée  sous  l'aspect  de  mots  intelligibles  ;  cette  parole  étant 
le  seul  signe  mettant  en  connexion  Dieu  et  l'homme  ;  signe 
de  séparation  plutôt  que  d'union,  pacte  contenant  les  sanc- 
tions de  la  Loi. 

2°  Jahm  (4),  le  premier,  reconnut  le  caractère  créé  [makh- 
loûq)  de  cette  «•  lecture  »,  se  refusant  à  envisager  la  coéter- 
nité,  en  Dieu,  d'une  multiplicité  de  sons,  de  mots  arabes, 
d'allusions  à  des  créatures.  «  Parole  »,  quand  il  s'agit  de 
Dieu,  ne  peut  être  qu'un  synonyme  ineffable  de  Son  essence 
imparticipable. 

L'argumentation  de  Jahm  convainquit  les  diverses  écoles 
théologiques  :  Khârijites    (notamment   Ibâdites)  (5),   Imâ- 

(1)  farq,  208,  1.  6,  15  ;  thèse  condamnée  par  Ibn  Kollâb(Ibn  alDâ'î, 
396). 

(2)  Ici  p.  31. 

(3)  Sol.  tab. 

(4)  Ibn  Hanbal,  radd...  f.  7»  10»'. 
(.^)  Tina  oùtî,  DalU, 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  655 

miles  (1),  Mo'tazilites  (2),  Hanéfiles  (Aboù  Hanîfah,  son  fils 
Hammful  et  son  petit-(ils  Isma'îl)  (3)  et  même  certains  Ira- 
ditionnisles,  Ibrahîm-ibn-'Olayyah  et  Dûwoûd  (4).  Sur  les 
conseils  du  hanéfite  Bishr  Marîsî,  le  khalife  rendit  en  212/ 
827  un  décret  (rapporté  en  234/848)  (5)  obligeant  tous  les 
docteurs  de  la  Loi  à  souscrire  ta  la  formule  du  «  Qorân  créé  ». 
La  grande  majorité  obéit,  puisque,  comme  le  dit  Jâhiz  (6),  le 
Qor'àn  «  est  un  corps  ijitm),  susceptible  de  prononciation, 
césui-e,  rythme  et  composition,  créé  en  tant  que  substance 
réelle,  isolée,  écoutée  dans  l'air,  perçue  sur  le  papier,  sein- 
dable  et  reliable,  réunissable  et  divisible,  soumise  à  croître 
et  à  décroître,  périr  et  durer  ». 

2°  L'objection  \int  du  côté  des  plus  fervents  «  lecteurs  » 
du  Qorïm.  A  travers  la  forme  créée  de  ces  mots  (7),  Dieu  ne 
leur  faisait-il  pas  saisir  parfois  un  sens  essentiel  ;  et  pouvait- 
on  dire  que  ce  sens  (ma'nà)  fût  créé?  '<  Dieu  irradie  pour  ses 
créatures  par  Sa  parole,  mais  ils  ne  voient  pas  (8).  Le  Qor'ân 
n'est  ni  Créateur,  ni  créature,  mais  c'est  la  Parole  de  Dieu  (9). 
Provenant  de  Lui,  elle  s'en  retourne  à  Lui  »  ;  Sentences  attri- 
buées à  JuTar.  Son  disciple  imâmite  Hishâm  déclare  «  al 
Qorân  sonh  »,  «  le  Qor'ân  est  un  concept  immatériel  »,  «  qui 
a  quitté  les  Compagnons  du  Prophète  pour  remonter  au  ciel, 
quand  ils  ont  apostasie,  instaurant  Aboù  Bakr  au  lieu  de 

(1)  Ibn  al  Dâ'î,  432  :  «  la  parole  de  Dieu  n'est  que  Son  acte  »  (sic). 

(2)  'Allâf  {favq,  lOS). 

(3)  ibn  al  Dâ'î,  390. 

(4)  Fondateur  du  rite  zâiiirite. 

(5)  Patton.  Ibn  Hanbal. 

(())  Jâhiz,  mokhtânit,  II,  123-126, 145  (ttièse  imâmite)  ;  Shahf.1,96. 

(7)  Critiquables  à  bien  des  points  de  vue  {matâ'in)  :  cfr.   Yabya 
YamaDÎ,  tiràz,  III,  4iJ0-465  ;  Tâhir  Jazâ'irlî,  libydn. 

(8)  Ap.  Makki,  qoùt,  I,  47. 

(9)  Ja'far,  selon  Ibn  Hanbal,  ap.  Ibn  Bohioùl,  ama/î,  majm.  Zah.  38  ; 
Yâfi'î,  marham,  II,  190. 


656  CHAPITRE    XII 

'Alî  »  (1).  Mo'ammaret  Thomâmali,  précisant  celte  doctrine 
conceplualiste,  isolent  le  Qor'ân  des  accidents  qu'énumérait 
Jâhiz,  et  ne  le  disent  créé  que  «  métapiioriqiiement  »  (2). 

Maymoûn  al  Qaddâh  (3),  autre  disciple  de  Ja'far,  sans  dire 
le  Qor'àn  coéternel  à  Dieu,  en  fait  une  émanation  divine; 
attaquant  le  fils  d'Aboû  Hanîf'ah  dans  les  cercles  piétistesde 
Basrah,  il  disait  «  Cette  louange  sage,  la  parole  de  Dieu,  lu- 
mière (diyâ)  et  éclat  de  Dieu,  qui  est  sortie  de  Lui  et  revient 
à  Lui,  peut-elle  être  créée?  Avant  de  l'avoir  créée,  Dieu  ne 
parlait  pas?  »  et  il  sema  ainsi  la  thèse  du  Qor'àn  incréé 
parmi  les  sunnites,  dit  une  tradition  ibâdite  (4). 

3°  La  formule  théologique  correcte  de  cette  protestation 
conceptualiste  est  due  à  Ibn  KoUâb  (5)  :  «  Dieu  est,  ab  aeterno  ; 
le  verbe  est  un  sien  attribut,  subsistant  en  Lui  ;  Dieu  est 
éternel  quant  au  verbe,  le  verbe  subsiste  en  Lui,  comme  la 
science  subsiste  en  Lui  et  comme  la  puissance  subsiste  en 
Lui.  Le  verbe  ne  consiste  pas  en  ime  lettre  ni  un  son,  il  ne  se 
divise  ni  ne  se  décompose,  ne  se  morcelle  ni  ne  varie.  C'est 
en  Dieu  une  idée  simple  {ma'?ià  wâhid),  qui  a  pour  vestige 
[rasm)  les  diverses  consonnes  et  la  lecture  du  Qor'ân.  C'est 
une  erreur  de  dire  :  le  verbe  est  identiquement  Dieu,  ou  par- 
tiellement Dieu,  ou  autre  chose  que  Dieu.  Les  expressions 
du  verbe  diffèrent  et  varient,  mais  le  verbe  de  Dieu  n'est  ni 
did'érencié,  ni  varié.  De  même,  notr^  louange  (dhihr)  de  Dieu 
diffère  et  varie,  tandis  que  Celui  qu'elle  loue  (Madhkoûr) 
n'est  ni  difierencié  ni  varié.  On  a  nommé  le  verbe  de  Dieu 

(l)Malatî,  f.  44. 

(2)  Hazm  III,  54. 

(3)  Le  fondateur  de  la  franc-nnaçonncrie  qarmate. 

(4)  ïinâ'oûtî,  Dalil. 

(5)  Texte  in  extenso  ap.  Asli'arî,  woqàliU,  ms.  Paris,  1453,  f.  192'-^. 
'A  bdallali-ibn  Sa'îd-ibn  Kollàb  al  Qi.ttan,  frèic  de  Yahya,  le  grand  tra- 
ditionniste,  est  ce  théologien  anti-mo'tazilite  de  Basrah  dont  Ash'arî 
reprit  les  thèses  maîtresses  (cfr.  /.  c,  f.  99^j. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  657 

'<  arabe  »,  parce  que  le  vestige  l'énonçanl  était  une  lecture 
en  arabe  ;  il  a  été  nommé  «  arabe  »  pour  une  cause  {Hilah)  ; 
»»  hébraïque  »,  de  même,  pour  une  cause  ;  parce  que  le  ves- 
tige l'énonçant  était  hébraïque  (I).  De  même,  on  l'a  nommé 
u  commandement  »  (amr),  pour  une  cause,  et  «  interdic- 
tion »,  pour  une  cause,  et  «  information  »  [kliabar]^  pour 
une  cause.  Dieu  a  toujours  été  parlant,  avant  que  son  verbe 
fut  nommé  «  commandement  »,  et  avant  qu'existât  la  cause 
qui  a  fait  nommer  son  verbe  «  commandement  ».  De  môme 
pour  ses  dénominations  «  interdiction  »  et  «  information  ». 
«  Ibn  Kollâb,  ajoute  Ash'arî,  niait  que  le  Créateur  soit, 
ab  aeterno^  u  Informateur  »  et  «  Interdisant  »  (2),  et  disait 
«  Dieu  ne  crée  rien  sans  lui  dire  :  fiât  !  [kon  !),  et  il  est  im- 
possible que  ce  kon  !  soit  créé.  Il  soutenait  que  :  ce  qu'on 
entend  réciter  aux  lecteurs  du  Qor'ân  est  une  expression 
('ibdrah)  exprimant  la  parole  de  Dieu  ;  ce  que  Moïse  a  écoulé, 
c'est  Moïse  exprimant  la  parole  de  Dieu  (3)  ;  le  sens  du  ver- 
set (IX,  6)  :  [Si  un  infidèle  te  demande  l'hospitalité,  re- 
cueille-le afin  qu'il  écoute  la  parole  de  Dieu]  est:  «  afin  qu'il 
compre7ine\^  parole  de  Dieu  »  ;  et  selon  sa  doctrine,  on  peut 
admettre  aussi  le  sens  «  afin  qu'il  entende  les  lecteurs  (du 
Qor'àn)  la  réciter  »  (4). 

(1)  Wâsitî  reprend  cet  argument,  mais  oppose  la  «  diversité  des  lan- 
gages »  à  l'immutabilité  du  commandement  qu'ils  traduisaient  (Baqlî, 
tafsîr^  t.  II,  p.  25). 

(2)  Cfr.  Hallâj,  in  Qor.  XXIII,  14  :  «  Dieu  s'est  imposé  à  Lui-même 
le  nom  de  Créateur  lorsqu'il  a  créé  ;  ses  noms  ne  Lui  ont  pas  été  inno- 
vés alors,  Il  était  décrit  par  la  capacité  de  faire  paraître  la  création,  et, 
lorsqu'il  les  a  créées  (=  les  créatures),  Il  a  manifesté  et  publié  le  nom 
«  Créateur  »  devant  les  créatures.  Cenom  était  caché  et  replié  (mrtd'own) 
en  Lui,  en  Sa  prééternité...  » 

(3)  Cfr.  I.Iallâj  sur  l'état  de  ligature  Çoqdah)  de  la  langue,  obtenu 
alors  par  Moïse  (Sol.  in  Qor.  XX,  26  ;  Baqlî,  in  Qor.  YII,  139  ;  senten- 
ces et  vers  ap.  Ibn  Khamîs,  manàqib). 

(4)  Cfr.  Sobkî,  II,  51  ;  et  l'anecdote  du  fihrist,  I,  180,  qui  est  une 
calomnie  de  mo'tazilite.  42 


658  CHAPITRE    XIÎ 

Cette  mise  au  point  du  conceptualisme  de  Mo'ammar, 
adoptée  par  les  shâfi'ites  Karâbîsî,  Mohâsibî  et  Qalànisî,  par 
Tostarî(l),  par  des  hanéfîles  comme  Aboù  'Ismah  (2),  est 
devenue  classique  avec  Ash'arî  et  Ibn  Foûrak  (3),  qui  la 
retouchent  sur  un  point  signalé  par  Ibn  Hanbal,  ïamr. 

La  théorie  d'ibn  Kollâb  offrait  la  parole  incréée  de  Dieu, 
seulement  comme  une  «  idée  simple  »,  à  la  contemplation  de 
l'intelligence  humaine:  Dieu  s'attestant  à  Lui-même,  réel, 
unique.  Est-ce  là  le  seul  fruit  que  le  fidèle  puisse  tirer  de  la 
lecture  du  Qor'ân  ?  N'est-il  pas  le  principe  de  vie  de  la  Com- 
munauté islamique? 

4°  Au  cours  des  poursuites  engagées  contre  les  docteurs, 
traditionnistes  surtout,  qui  refusaient  de  souscrire  au  formu- 
laire officiel  du  u  Qor'ân  créé  »,  Ahmad  Ibn  Hanbal  avait  été 
traduit  en  justice,  flagellé  et  emprisonné,  il  n'avait  rien  d'un 
professionnel  de  la  scolastique,  Jàhiz  le  remarque  (4)  dans 
le  compte-rendu  ironique  (5)  qu'il  nous  a  laissé  de  cette 
cause  célèbre.  Les  formules  d'Ibn  Hanbal  n'en  sont  que  plus 


(l)Ms.  Kôpr.  727. 

(2)  Iba  al  Dâ'î,  390. 

(3)  «  Le  Qor'âa  est  une  expression,  une  métaphore  de  la  parole 
divine  »  (Hazm  IV,  209).  D'où  la  théorie  ash'arite  de  Vincomparabilité 
(i'jâz)  du  Qor'ân.  Ce  n'est  ni  les  histoires  qn'W  renferme  {qisas  ;  théorie 
traditionnelle),  ni  sa  structure  p;ramraaticale  (iiazvi  :  critiquée  par  Naz- 
zâm,  Mordâr,  Ibn  al  Râwandî  ;  cfr.  ici,  p.  58),  c'est  Vidée  divine  qu'il 
exprime  {ma'nà),  déclarent  Ash'arî  et  BâqillAni  (Hazm  III,  15,  16,207). 
De  même  Hallâj  (Taw.  I,  9  ;  et  ici  p.  595). 

(4)  «  Je  ne  suis  pas  un  molakallim  »  aurait-il  répondu  aux  dilemmes 
du  qâdî  Ihn  ahî  Dowâd. 

(5)  Mokhlârâl,  II,  132-139  :  il  n'eut  pas  à  affronter  «  le  glaive  nu,  ni 
beaucoup  de  coups  de  fouet  ;  trente  seulement,  et  d'un  fouet  aux  nœuds 
usés,  aux  bouts  effilochés  ».  Devant  la  lâcheté  des  uns,  le  silence  (u'a^/) 
des  autres,  et  l'incertitude  [shakk)  de  quelques-uns  (Najjâriyah),  Ibn 
Hanbal,  très  vieux  alors,  confessa  hautement  sa  foi  dans  la  révélation 
aux  hommes  de  la  Parole  divine. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  b50 

intéressantes  à  étudier,  car  la  ferveur  de  leur  défenseur,  en 
commençant  la  déroute  du  mo'tazilisme,  vint  attester  en 
outre  au  public,  d'accord  avec  la  conscience  intime  de  la 
Communauté  islamique  :  que  le  Qor'ân  était  pour  elle  plus 
qu'une  a  expression  »  conceptuelle  de  la  Parole  incréée, 
offerte  à  la  pure  méditation  des  intelligences  ;  qu'il  était  pour 
les  mémoires  et  les  volontés  une  7-évélation  :  une  )'ègie  de  vie, 
signe  de  salut  et  de  réprobation,  amr,  —  une  source  surna- 
turelle d'oraisons,  permettant  de  s'entretenir  avec  Dieu, 
«  ^ai/nâ  yash^ab  bihâ  'ibâd  Allah  »  (1  ). 

Voici  les  formules  d'ibn  Hanbal,  telles  que  les  donne  Ta- 
barî  (2),  son  consciencieux  adversaire  : 

«  I.  Le  Qor'àn  s'articule  [nâtiq]  (3)  par  la  langue  des  im- 
pies comme  par  celle  des  croyants  ;  pour  les  uns,  il  est  misé- 
ricorde, pour  les  autres,  sanction. 

II.  La  langue  récite  le  Qor'ân  et  les  langues  sont  créées  ; 
l'oreille  l'entend  et  les  oreilles  sont  créées  ;  le  cœur  [qalb)  le 
retient  et  les  cœurs  sont  créés  ;  mais  le  Qor'àn,  au  fond  des 
cœurs,  est  incréé  (4). 

III.  Les  consonnes  qui  font  notre  prononciation  du  Qor'ân 
sont,  comme  telles  {^),  mcvéées  (lafèi  bïl  Qor  an  ghayr  makh- 
loûq). 

IV.  Quiconque  dit  que  a  Dieu  »  et  les  autres  noms  men- 
tionnés dans  le  Qor'ân  (cheval,  mulet,  jinn,  homme,  chien, 
porc)  sont  créés,  est  un  associateur  et  un  impie. 

(1)  Ibn  Hanbal,  radd  'alal  zanûdiqah,  f.  40^  :  Qor.  LXXIII,  G. 

(2)  En  sa  radd  'alal  Harqomlyah  (Ibn  Hanbal,  né  à  Koùfah,  était 
de  la  tribu  des  Awlàd  Zohayr-ibn-Harqoùs)  ;  ouvrage  utilisé  par  Ibn  al 
Dà'î  (433,  392,  395)  d'après  le  shâfi'ite  Mohammad-ibn  al  Fadl  Kâzarînî 
Fârisî  (in  hidâyah). 

(3)  Cfr.  le  roûk  nâtiqah  d'al  Ilallâj. 

(4)  C'est  une  voix,  saivt  (Kîlânî,  ghonyah,  I,  53). 

(5)  Il  ne  s'agit  pas  des  consonnes  isolées  de  leur  sens  (cfr.  'aqîdah 
d'Ibn  Qodàraah,  ap.  majm.  1328,  p.  555-556). 


660  CHAPITRE    XII 

V.  Quiconque  dit  que  la  foi  Çhnân)  tout  entière  est  créée 
est  un  impie. 

VI.  Vistithnâ^  pour  exprimer  qu'on  est  un  croyant,  est 
d'obligation  (1).  » 

La  même  alfirmation  de  la  réalité  permanente  d'une  grâce 
divine,  inhérente  au  Qor'ân,  s'esquisse,  moins  hardie,  dans 
la  doctrine  d'Ibn  Kàrvêim  {qaiiîi/ah  incréée)  ;  de  même,  Tos- 
tarî,  conservant  un  vocabulaire  semi-mo'tazilite, exhorte  tout 
fidèle  à  «  comprendre  o  que  c'est  Dieu,  en  réalité,  qui  parle 
par  «  sa  langue  de  lecteur  »  (lisân  al  qârî)^  quand  il  se  récite 
(tilâwah)  le  Qor'ân  (2). Ce  vocabulaire  des  Sâlimîyah  conduira 
tout  naturellement  Ghazâlî  (3)  à  la  doctrine  philosophique 
de  l'union  à  la  pensée  divine  par  le  moyen  d'une  opération 
intellectuelle  normalement  à  notre  portée.  Cette  thèse  des 
Sâlimîyah,  condamnée  par  les  hanbalites,  est  contraire  à 
l'enseignement  d'al  Hallâj  : 

«  L'homme  qui  «  unifie  »  Dieu  (=  qui  croit  réaliser  (en  la 
récitant)  la  formule  du  tawhîd),  s'affirme  soi-même  ;  s'affir- 
mer soi-même,  c'est  s'associer  implicitement  à  Dieu.  En 
réalité  Dieu  S'unifie  Lui-même,  par  la  langue  de  celle  qu'il 
veut  d'entre  ses  créatures.  Et  il  ne  S'unifie  pas  par  ma  lan- 
gue (indigne).  Lui  dont  la  demeure  est  avec  Sa  gloire  1  Sinon, 
qu'aurais-je  à  faire  du  iawhid'l  »  (4). 

5°  Mohâsibî,  développant  et  rectifiant  la  fervente  protes- 

(t)  Pour  ces  deux  formules,  cfr.  ici,  p.  585.  La  formule  III,  d'une 
ferveur  naïve,  était  théologiqucment  insoutenable  de  tout  autre  qu'un 
saint  (cfr.  I.Iallâj,  in  Aklib.  48)  ;  Moliâsibl,  Karâbîsî,  Bokbârl,  Ibn  'Atâ, 
en  le  prouvant,  se  firent  poursuivre  comme  (/ri't/own  6i/ /a/i;  par  d'obsti- 
nés tradifionnistes  (Sobkî,  I,  252  ;  II,  44  ;  Harawî,  dhamm  al  kalâm, 
H5--118-''). 

(2)  Proposition  XIV  de  la  liste  d'Ibn  al  Farrâ  (=  proposition  X  de  la 
liste  de  KîlAnî,  (/honxjah,  I,  84). 

(3)  iliijâ,  H,  199,  200.  Cfr.  Makkî,  qoût,  I,  47,  II,  85. 

(4)  Àidib.  48.  Comp.  Wâsitî,  ap.  Baqlî,  t.  II,  p.  256. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  66 1 

talion  d'Ibn  llanbal,  considère  surtout  le  Qor'ân  comme  une 
source  surnaturelle  d'oraisons,  apprenant  à  l'âme  comment 
s'entretenir  avec  Dieu  ;  sans  l'astreindre  à  répéter  toujours 
la  lettre  même  de  ses  versets.  Il  y  voit  un  avant-goût  delà 
vie  éternelle,  —  et,  précisant  ce  qu'avait  laissé  entendre 
Mi^rî  (1),  enseigne  «  qu'au  Paradis,  Dieu  parlera  aux  élus, 
de  Sa  voix  même,  kaldm  bï^awt  »  (2).  Delà,  ïirmidliî  tire  la 
notion  du  A«t/?/A  mystique  (3),  conversation  avec  Dieu,  des 
saints  mohaddithoûn,  «  admis  à  converser  »  avec  Dieu,  à  Lui 
parler  en  Son  langage  (4).  JNolion  reprise  paralHallâj  en  ses 
((  Rïwâyât  » . 

mas'alat  alroûh,  la  question  de  l'inspiration,  de  l'Esprit. 

1°  Qor'ân,  versets  XVII,  87  (cfr.  XCVII,  4),  VI,  98,  XXXII, 
8.  Ces  versets,  le  premier  surtout,  furent  interprétés  par  les 
Hashioiyah  comme  une  interdiction  formelle,  pour  les  hom- 
mes, de  scruter  l'opération  divine  qui,  comme  un  souffle  de 
vie,  va  de  Dieu  à  l'homme  ;  mais  non  pas  comme  justifiant 
l'identification  mo'tazilite  de  V Esprit  [àW\u,  ou  angélique) 
avec  son  homonyme,  Vesprit  humain.  Ibn  Hanbal  résume 
parfaitement  le  statut  paradoxal  de  ce  terme  coranique 
mixte  :  «  Quiconque  dit  :  l'Esprit  est  créé  [makhloûq)  est  un 
hérétique  ;  quiconque  le  dit  éternel  (qadîm)  est  un  infi- 
dèle »  (5).  En  effet,  pour  les  créatures,  la  grâce  divine  n'ap- 
paraît comme  féconde  quà  parte  post  (6). 

2°  Pour  les  imâmites  extrémistes,  l'Esprit  est  la  marque, 
le  scel  de  la    première  émanation   divine  ;   son  signe   est 

(1)  Récitation,  par  David,  du  psautier,  en  Paradis  (Mohâsibî,  mahab- 
bah).  Ibû  Hanbal  n'avait  osé  parler  que  de  la  vision. 

(2)  Proposition  incriminée  (Dhahabl,  ms.  Leyde  Or.  1721,  f.  SS'^). 

(3)  Sens  spécial  du  mot  hadilh.  Cfr.  ici,  p.  64,  510. 

(4)  Quest.  54,  57,  66,  71  de  son  khatam  al  aiuliyd. 

(5)  Ibn  al  Dâ'î,  433.  Même  théorie  que  pour  la  foi. 

(6)  Les  privilèges  prééterneis  ne  sont  conférés  que  dans  la  postéter- 
nité (cfr.  ici,  p.  563). 


602  CHAPITRE    XII 

l'amour  d"Alî  (1),  gendre  du  Prophète,  et  de  ses  descen- 
dants. Cette  marque  de  reconnaissance  qui  se  transmet 
inicLcle  [(andsokh) ,  d'initiateur  à  initiateur  (2),  est  un  secours 
surnaturel  pour  l'initié.  Certains  poêles  à  tendances  imàrni- 
tes,  comme  Kotliayîr  et  Qays,  généralisent,  et  font,  de 
l'amour  qui  les  unit  à  leurs  bien-aimées,  la  marque  du  lien 
prééternel  de  prédestination,  l'origine  commune  et  divine 
de  leurs  esprits  (3). 

3"  Pour  certains  sunnites  pieux^  la  roûhâniyah,  Y  «  inspi- 
ration spirituelle  »,  est  le  don  que  David  obtint  de  Dieu,  pour 
L'aimer,  par  une  contrition  fervente,  des  oraisons  jacula- 
toires fréquentes  et  un  genre  de  vie  renoncé,  sans  abandonner 
la  scrupuleuse  observance  de  la  loi.  C'est  la  doctrine  expresse 
de  Wohayb-ibn-Khâlid  (4-  165/781)  (4),  un  des  maîtres  selon 
Mohâsibî  ;  de  Rabâh  al  Qaysî,  Kolayb,  Fath  Mawsilî.  D'où  le 
nom  de  «  Roùhâmyoûn  »,  «  spirituels  »,  donné  à  ces  pre- 
miers mystiques  sunnites  par  l'hérésiographe  Khashîsh  al 
Nisa'î  (5).  '<  L'un  d'eux  »,  Nibâjî  (6)  probablement,  résuma 
leur  doctrine  en  cette  thèse  :  il  y  a  deux  esprits  dans  le  cœur 
du  mystique  qui  aime  Dieu  :  son  esprit,  muable,  créé,  —  et 
l'Esprit  de  Dieu,  immuable,  incréé,  roûh  qadîmah  (7).  11 
invoque,  entre  autres  arguments,  un  hadith  «  Mes  yeux  dor- 
ment, mais  mon  cœur  veille  »  (8),  tiré  du  Cantique  des  Can- 
tiques (0).  Cette  thèse,  que  Kharrâz  semble  écarter  (10),  ne 

(1)  Signe  de  prédestination  (Moglilrah,  Ibn  al  Hakam). 

(2)  Héréditairement  ou  non  :  dans  une  cérémonie  (cfr.  ici,  p.  507). 

(3)  Cfr.  ici,  p.  177. 

(4)  Mohâsibî,  mahabbak. 
(.n)  Ap.  Maiatî,  f.  162-167. 

(6)  Sarrâj,  loma\  222. 

(7)  Cité  ap.  Solamî,  ghalatât,  78»»  ;  Bîroûnt,  Hind,  34. 

(8)  Cfr.  Kalâbâdhî,  akhbâr,  105»'. 

(9)  V,  2. 

(lO)Baqll.  in  Qor.  XVII,  87. 


THÉOLOGIE   DOGMATIQUE  663 

fut  positivement  définie  et  théologiquement  soutenue  que 
par  al  HailAj.  «  H  croyait,  dit  un  adversaire,  Ibn  alQàrili  (1), 
que  le  sage  est,  par  rapport  (2)  à  Dieu,  dans  la  situation  du 
rayon  du  soleil,  qui  en  sort  et  y  revient,  et  dont  la  lumière 
est  un  flux  venu  du  soleil.  » 

Voici  ce  qu'avait  écrit  al  Hallàj  (3)  :  «  Le  flux  (madad)  de 
la  lumière  du  soleil  vient  du  Trône,  et  le  flux  de  la  lumière 
de  l'esprit  vient  de  Dieu.  Si  le  Trône  cessait  de  communiquer 
son  flux  à  la  lumière  du  soleil,  il  s'assombrirait  du  haut  de 
son  ciel  {falak)  ;  et  si  Dieu  cessait  de  communiquer  son  flux 
à  l'esprit,  l'esprit  s'assombrirait;  et  c'est  le  sens  du  hadith 
du  Prophèle  a  Dieu  lance  chaque  jour  trois  cent  soixante 
œillades  dans  le  cœur  de  chaque  croyant  »  (4). 

Fâris  est  le  seul  à  le  suivre  en  cela  ;  Wàsilî  est  moins  for- 
mel (5)  ;  Nasrâbâdhî  se  rétractera  (6).  Hallàj  distingue  for- 
mellement l'esprit  humain,  créé,  de  l'Esprit  incréé  de 
Dieu  (7).  Mais  d'autres  les  identifient  à  priori  :  tel  Aboû  Bakr 
Qahtabî  :  «  l'esprit  n'entre  pas  sous  l'humiliation  du 
((  fiât  !  »  (8)».  «  Et  telle  fut  peut-être  la  doctrine  d' Aboû 
Holmân  (9),  car  telle  est  la  tendance  sàlimiyenne  »  (10). 

(1)  risâlah,  351  ;  cfr.  Amîr  Hosayn  Maybodhi,  ms.  As'ad  1611,  f.  74"  ; 
Sadr  Shirâzî,  asfâr,  454^. 

(2)  Lire  min,  au  lieu  de  bn. 

(3)  A  p.  Kalâbâdiiî,  ta'arrof,  ms.  Oxf.  44^.  II  s'agit  du  déclenchement 
de  la  conscience  morale  (syndérèse). 

(4)  Cf.  Riw.  XXVII  :  Ghazâlî,  ladonnhjah,  31  ;  Sohrawardî  d'Alep, 
ap.  'Àmilî,  Kashkoûl,  272.  Ibn  Jorayj  ap.  Mohàsibî,  rVdyah,  S&^. 

(o)  In  Qor.  V,  109  ;  XVI,  102;  XVII,  87  (aricâh  azaliyah), 

(6)  Cfr.  ici,  p.  407. 

(7)  Cfr.  ici,  p.  o1o-320. 

(8)  Kalâbâdhî,  /.  c,  suprà.  Comp.  ici,  p.  485. 

(9)  Ici  p.  362.  Cfr,  Wâsitî,  p.  485,  n.  7. 

(10)  roûh  =  soûrat  al  Rahmân  (Makkî,  qoîU,  I,  168).  Cfr.  ici,  p.  514. 
L'Esprit,  c'est  deviner  hic  et  nunc  l'action  créatrice  ;  toute  chose,  sous 
un  certain  aspect,  est  incréée,  pour  les  Sâlimîyah. 


664  CHAPITRE    XII 

La  tradition  du  rite  hanbalite  tolère  qu'on  admette  en 
quelque  manière  l'éternité  de  l'Esprit  de  Dieu  (1).  Mais  la 
thèse  a  surtout  été  reprise  par  les  mystiques  monistes,  sous 
l'influence  des  Ismaéliens.  Pour  eux,  l'Esprit  (2),  ro^/A,  c'est 
l'opération  (tafwid)  de  la  deuxième  émanation  divine,  la 
Raison  ('aql)^  sur  la  troisième  (w«/^),  l'âme.  Aleur  exemple, 
Ibn  Qasyî  (3)  parle  de  l'Esprit  comme  d'une  empreinte  per- 
manente (soûrak  qâ'imah)^  opération  de  la  «  Lumière 
mohammédienne  »  (=  'aql).  Son  disciple  Mosaffar  Siblî 
fait  (4)  de  l'Esprit  un  attribut  divin  inhérent  à  l'essence  ; 
doctrine  qu'il  enseigne  à  Ibn'Arabî. 

'Izz  al  Dîn  Maqdisî,  mêlant  la  tradition  hanbalite  au  mo- 
nisme hellénistique,  à  l'imitation  de  Sohrawardî  d'Alep, 
pose  les  deux  formes  du  macrocosme,  l'incréé  (malakoût^ 
tamkin,  amr),  —  et  le  créé  [molk,  takwîn,  khalq),  comme 
constituant  le  dualisme  du  microcosme  de  l'homme  :  Esprit, 
et  corps  (5)  ;  ce  qui  s'accorde  avec  la  doctrine  d'Ibn  Sâlim, 
mais  non  pas  avec  celle  d'al  Hallâj. 

IV 

Eschatologie  [ivdd^  wa^id). 

a)  La  promesae  et  la  menace  divines. 
i.  La  notion  du  repentir  (tawbah). 

La  loi  coranique  énonce  des  prescriptions  et  annonce  des 
sanctions  divines,  promesses  pour  ceux  qui  obéissent,  me- 


(1)  Taraqî  (ap.  Sam'ânî,  370»'). 

(2)  A  la  fois  humain  et  divin. 

(3)  KhaV  al  na'layn,  ins.  Shahîd  'Alî,  1174. 

(4)  En  son  madnoûn  sagh'ir,  souvent  attribué  à  Ghazâlî  (Ihn  al  Dà'î, 
399). 

(5)  Ms.  Berlin,  3492,  f.i^^. 


THÉOLOGIE   DOGMATIQUE  665 

naces  pour  ceux  qui  se  rebellent.  Comment  obtenir  les  pro- 
messes et  échapper  aux  menaces  ? 

l^'Lanolion  fondamentale,  posée  juridiquement  parles 
Khàrijites,  est  celle  du  repentir,  tawbah,  litl.  retour,  mouve- 
ment de  conversion  vers  Dieu.  Avouer  publiquement  sa  mé- 
fiance de  soi  et  sa  crainte  de  Dieu,  proclamer  son  abandon  à 
Dieu  [tawakkol]  et  sa  renonciation  à  tout  esprit  propre  {ia- 
barrî'analhawlwa'lqowivah)  (l),en  reconnaissantque  Dieu 
seul  a  puissance  et  force  [hawqcdah)  (2)  ;  chaque  fois  que 
l'on  s'est  trompé  dans  un  acte  public,  dans  une  observance 
légale  (il  s  agit  de  renier  sa  faute  extérieure,  non  de  regretter 
son  péché).  — Telle  est  la  primitive  doctrine  des  Khàrijites  ; 
origine  de  la  confession  publique  toute  formaliste  qui  est 
encore  de  règle  chez  les  Ibàdites.  —  2"  Cette  notion  est 
négligée  (3)  parla  majorité  des  premiers  croyants,  sunnites 
et  imâmites  ;  confiants  que  la  simple  continuation  convain- 
cue de  leurs  pratiques  cultuelles  doit  sulfire  pour  a  faire  dif- 
férer (<  {iria)  et  abolir  par  Dieu  Ses  menaces.  —  3°  Hasan 
Basrî  approprie  le  vocabulaire  juridique  khârijite  (4)  aux 
actes  du  cœur  :  tawbah  devient  chez  lui  l'attrition,  retour  du 
cœur,  motivé  et  volontaire,  à  Dieu  ;  regret  de  L'avoir  offensé, 

{])  ii  Khotbah  de  Tâhert  »,  éd.  Motylinski  {Congres  Orient.  Alger, 
1905),  repris  par  mystiques  (Tostarî,  tafsîr,  46  ;  Kîlâuî,  ap.  balijah, 
84).  —  Cfr.  Uor.  III,  129  ;  IX,  lÛ.S  ;  IV,  81. 

(2)  Les  Khàrijites  dirent  avoir  obtenu  d'  "Ayishah,  mourante,  qu'elle 
confesse  :  «  C'est  Dieu  qui  a  tué  'Othraân  ». 

(3)  Ash'arî,  par  déterminisme  divin,  la  supprime,  en  invoquant  le 
hadith  d'Ibn  Mas'oùd,  que  Nazzàm  traitait  d'apocryphe  :  «le  damné  est 
damné  dans  le  ventre  de  sa  mère,  comme  l'élu  est  élu  dans  leventrede 
sa  mère  »  (al  shaql  shaql.  .)  :  on  ne  peut  «  renverser  »  son  destin 
{inqilâb  :  contre  Aboù  Hanîfah  :  Sobkî,  H,  265).  Pour  Ash'arî,  Dieu 
prémédite,  avec  la  même  prédilection,  sur  le  même  plan,  les  damnés  et 
Ses  saints  [mowâfâh). 

(4)  fiqh,  nifâq  (ici,  p.  189)  ;  cfr.  Shamraâkhî,  trad.  Masqueray, 
p.  182. 


666  CHAPITRE    XII 

Lm(hozn).  —  4°  Ses  élèves  mo'tazilites  l'éludient  au  point 
de  vue  théorique  ;  comme  un  examen  de  conscience  scienti- 
fique, une  récognition  de  la  pensée  qui  revient  sur  les  actes 
extérieurs  pour  leur  mise  au  point  historique  :  un  regret 
[nadm),  sans  ferme  propos  Ça::,m)  (1).  La  foi  n'étant  chez 
eux  qu'une  pratique  sincère  de  la  Loi,  se  vérifiant  dans  les 
actes  extérieurs,  à'mdl,  —  ce  retour  sur  soi-même  après 
l'action  est,  pour  Jobba'î  comme  pour  Aboû  Hàshim,  chose 
indispensable  :  après  l'analyse  intellectuelle  [nazar)^  dentelle 
est  une  application  particulière  (2).  —  5°  Les  sunnites  Mor- 
ji'tes  (cfr.  n°  2)  approfondissent  leur  fidéisme  :  Moqâtil  et 
Mâlik  maintiennent  que  le  cœur  possède,  dans  la  foi,  'îmân, 
non  seulement  un  gage  de  salut,  mais  la  grâce  efficace  des 
prédestinés:  «  Aucune  action  mauvaise  ne  nuit,  avec  la 
foi  »  (3).  Les  actes  passent  et  varient,  la  foi  demeure  im- 
muable ;  elle  les  précède  et  les  prime;  elle  seule  est  indis- 
pensable. —  6°  Entre  ces  deux  positions  extrêmes,  la  majo- 
rité des  sunnites  pieux  [ahlalhadîlh)  constatent  que  la  foi, 
pourtant,  ne  subsiste  pas  sans  les  œuvres.  Ils  se  divisent  en 
deux  tendances  suivant  leur  définition  de  la  foi  (Ibn  Hanbal 
et  Mohâsibî).  Pour  la  première,  «  il  .y  a  lieu  »  de  faire  péni- 
tence pour  la  faute  commise,  mais  ce  n'est  pas  indispensable 
au  salut  (4).  La  seconde  seule  admet  la  nécessité  absolue  du 
repentir,  intérieur,  souverain  et  universel  ;  —  Yahya  Râzî 
montre  admirablement  que  ce  repentir  est  une  grâce  qu'il 
faut  demander  par  la  prière  (5)  ;  Tostarî  définit  le  repentir 
comme  un  devoir  d'obligation  (/«/•(/)  permanent  (6)  ; 'Amr 

{{)  Sauf  pour  Aboû  Hâshitn  et  "Abd  al  Jabbâr  {shâmil,  f.  130 «-''). 

(2)  Hazm  IV,  218  ;  de  même  Bâqillâni. 

(3)  Moqâtil,  selon  Hazm  IV,  205  (contra  :  Ibn  ai  Dâ'î,  434)  ;  Qalhâtî. 

(4)  Gholûm  Klialîl,  sharh  al  sonnah. 

(5)  Prières  ap.  Hilyah;cfv.  Sh.  tab.  I,  81. 

(6)  Ici,  p.  30.  Cfr.  les  Bakrîyah. 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  667 

Makid  comme  une  nécessité  canonique  (wâjib)  (1).  Hallâj, 
contre  les  hashwiyah  et  les  mo'tazilites,  montre  (cà  l'exemple 
de  JaTar)  (2)  que  ce  devoir  doit  passer  avant  le  rite  cérémo- 
niel  et  la  recherche  intellectuelle  ;  et  que  c'est  le  point  de 
départ  pour  trouver  Dieu. 

«  La  conversion  [inâhah)  vient  avant  la  sagesse  ;  les  créa- 
tures qui  se  sont  le  mieux  converties  et  retournées  vers  Dieu 
sont  celles  qui  L'ont  le  mieux  compris  «(l). —  u  Le  gain  (rizq)^ 
pour  ce  monde,  c'est  être  et  jouir  ;  puis  désirer  et  subsister. 
Le  gain,  pour  l'autre  vie,  c'est  être  pardonné,  et  agréé  ;  en- 
suite,après,  viennentles degrés  »  (2).  —  «  La  mortdes obéis- 
sants, c'est  le  péché  :  quand  ils  savent  Qui  ils  ont  offensé  (3).  » 
—  ((  La  pénitence,  c'est  la  destruction  de  ce  qui  est  charnel 
grâce  à  l'affirmation  de  la  divinité,  le  meurtre  de  notre  esprit 
propre  devant  les  créatures  et  devant  Dieu,  afin  de  nous 
ramener  à  cet  état  primitif  où  Dieu  demeure,  ainsi  qu'il  sera 
toujours  »  (4).  —  '(  Celui  qui  veut  goûter  quelque  chose  de  ces 
grâces,  qu'il  place  son  âme  en  l'un  de  ces  trois  états-ci  : 
comme  lorsqu'il  était  dans  le  ventre  de  sa  mère,  aménagé 
sans  pouvoir  rien  y  faire,  nourri  sans  mAme  le  savoir;  ou 
comme  il  sera  dans  la  tombe  ;  ou  comme  il  sera  au  Juge- 
ment »  (7). 

(1)  'Abdallah  ibn-Hayyân  [tahaqâl  mohaddithhi...  Isfahân,  s.  n.) 
donne  son  opinion  en  détail. 

(2)  Baqlî,  in  Qor.  IX,  113  ;  Akhb.  38  ;  Sol.  103,  147. 

(3)  In  Qor.  XXXIX,  55. 

(4)  In  Qor.  XXX,  39  ;  cfr.  Riw.  XX. 

(5)  In  Qor.  XXIII,  15. 

(6)  In  Qor.  11,51. 

(7)  Sol.  Jawâmi',  189«.  Id.  p.  158''  :  «  La  pénitence  de  ce  que  tu  ne 
connais  pas  t'incitera  à  la  pénitence  de  ce  que  tu  connais  ;  et  la  grati- 
tude pour  ce  que  tu  ne  connais  pas  t'incitera  à  la  gratitude  pour  ce  que 
tu  connais  ;  car  il  est  défendu  au  fidèle  de  se  mouvoir  ou  de  s'arrôler, 
sinon  pour  un  motif  le  reliant  au  commandement  de  Dieu.  » 


668  CHAPITRE    XII 

2.  Le  rôle  de  la  foi  ;  la  condition  de  la  menace  divine. 

taklîf  (al  wa'd)  :  la  condition  requise  par  la  promesse 
divine.  C'est  être  croyant  [mo^imin]  au  monothéisme,  dit  le 
Qor'ân,  qui  vise  aussi  des  actes  {a  mal)  :  prescrivant  des 
observances  légales  (tcfâl)  et  conseillant  des  bonnes  œuvres 
{§âlihât).  —  r  Hodhayfah  et  Hasan  sont  d'accord  pour  re- 
connaître que  le  cœur  du  croyant  est  inconstant  (1),  que  sa 
récitation  de  la  formule  de  foi  [qawï]  est  intermittente  ;d'où 
nécessité  d'en  raviver  la  mémoire  par  la  pénitence  ;  soit  acte 
externe  (confession  publique);  soit  intention  interne  (atlri- 
tion  convaincue),  ce  qui  est  plus  efficace  (2),  note  Hasan. 
Pour  eux,  la  foi,  'îmân  =  qawl  +  ^amal  (avec  niyali).  — 
2°  Jahm  :  la  foi  est  une  évidence  nue,  un  aveu  de  la  cons- 
cience (tasdiq),  un  savoir  simple  [marifah^  fahasb)  que  Dieu 
nous  imprime,  attestant  Sa  transcendance.  Cette  évidence 
intellectuelle,  don  imperdal)le  et  prédestiné,  suffit;  sans 
formule  explicite,  ni  œuvres.  —  3°  Imâmites  :  la  foi  est  de 
deux  sortes,  profession  externe  [hokmî  —  ^ilm  na&arî  = 
qawl  4-  'amal)^  et  réalité  interne  [haqiqi  _=  ta^dîq  —  ma^ri- 
fah,  qui  fixe  la  profession  externe)  ;  cette  dernière,  issue 
d'une  illumination  de  l'intellect  par  la  grâce  (=  initiation 
chez  les  extrémistes)  préserve  de  l'apostasie  (3).  —  4°  Hané- 
fites  et  Mâlik  :  'îmân  =  islam  =  ^ilni  ^=  qawl  -\-  tasdlq.  La 
foi  est  formule,  et  conviction  inculquée  par  Dieu  (sans  les 
œuvres)  ;  c'est  une  directive  incréée  [hidâyah  qadîmah),  qui 
ne  varie  pas  (Jowaynî)  (4).  —  5°  MoHazilites  :  'îmân  =  islam 
(—  sharî'ah  =  tawhîd).  La  foi  est  un  nom  qui  définit  l'en- 
semble variable  des  actes  cultuels  externes:  formule  de  foi 

(1)  Hanbal,  V,  383,  395. 

(2)  al  nîyah  ablagh  min  al  'amal  (Makki,  qoût,  II,  152). 

(3)  Ibn  al  Dâ'î,  434. 

(4)  Nasafî,  /.  c.  ;  Ibu  al  Dâ't,  389-390. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  669 

et  œuvres  des  membres  ;  l'intelligence  a,  par  un  retour  sur 
elle-même  [tasdlq),  k  apprécier  librement  si  elle  a  réalisé 
l'accord  requis  entre  sa  formule  de  foi  et  ses  œuvres  (1).  — 
6<^  Hashwiyah  :  La  foi  est  formule,  puis  œuvre  Çamal)  ;  et 
inversement  (Gholâm  Khalîl)  (2).  —  7°  Ibn  Hanbal  essaie  de 
maintenir  le  nom  de  «  foi  »  à  l'ensemble  des  conditions  né- 
cessaires au  salut  (3).  «  Foi  »  signifie  pour  lui,  tout  ensemble 
islam  (gestes  extérieurs),  sharfah  (observance  des  préceptes 
et  interdictions)  et  surtout  din  (dévotion  de  notre  observance 
à  Dieu)  (4)  ;  elle  varie.  C'est  un  développement  (5)  de  la 
définition  indécise  deSbâfi'î:  la  foi  est^rt^^^du  cœur,i|/m/'de 
la  langue,  et,  accessoirement,  \imal  des  membres  (donc  va- 
riable) (6).  —  S*'  ïostarî  essaie  aussi  de  maintenir  le  seul  nom 
d'  'imân  (7).  La  «  foi  »  est,  pour  lui,  qawl  +  'amal[=  islam) 
-\-  niyah  ;  bien  plus,  elle  est  celle  certitude  incréée  (yaqta) 
du  cœur,  qui  est  Dieu  même.  —  9°  L'école  mystique  sunnite 
renonce  à  faire  delà  foi  seule  la  condition  suffisante  du  salul. 
Ibn  Karràm  dislingue  à  cette  condition  trois  modalités  :  a)  la 
formule  monothéiste  [qawl,  fitrah)  invariable,  commune  à 
tous  les  hommes  raisonnables  sauf  à  ses  apostats  (=  athées), 
qu'il  appelle  'imân,  foi  ;  b)  l'obligation  légale  [fardaVamal  = 
sharfah  =  islam)  ;  c)  la  sagesse,  mcCrifah  {=  \iqdalqalb)  (8). 

(t)  sUmxl,  f.  1161^  ;  Hazm  III,  188. 
{V)  sharh  al  sonnait. 

(3)  Ibn  al  Farrâ,  moHamad  ;  Soyoùtî,  dorar,  112. 

(4)  Ce  qu'il  appelle  aussi  millah  (sens  bien  dérivé  du  sens  usuel). 
Sharî'ah,  pour  lui,  englobe  les  faraid,  et  dîn  les  sonan  et  naioâfil 
{ridd,  taslhn).  La  foi  est  en  partie  chose  incréée  (Ibn  Shâqîlà  ;  cfr. 
ici  p.  660). 

(o)  Comme  chez  Ibn  lyâd,  Bishr  Hâfî  et  Aboù  Hamzah  (liojwîrî, 
Kashf,  286). 

(6)  Ghazâlî,  ihya,  I,  90  ;  Rùgbib  pàshâ,  102  ;  Sh.  lab.,  I,  177  ;  Ibn 
al  Dâ'î,  392. 

(7)  Ms.  Kopr.  727,  §  V. 

(8)  «  Qui  n'est  pas  de  la  foi  »  (ap.  Dhahabî,  ms.  Leyde  1721 ,  f.  74-75  ; 
eî  Dhahabî,  i'tiddl,  s.  v.). 


676  CHAPITRE   Xh 

—  Antâkî,  Mohâsibî  et  Jonayd  ont  une  classification  ana- 
logue {\)  :a)\3.  formule  monothéiste  {hanifiyah,  /?/r«A) qu'ils 
appellent  tawhîd,  ce  qui  est  plus  exact,  et  dont  Yisiâm  (=  mil' 
lah)  n'est  qu'une  des  formes  de  profession  extérieure  ;  b)  la 
«  réalité  de  l'observance  des  devoirs  canoniques  »,  qu'ils 
unissent  au  ta^diq  sous  le  nom  de  c  foi  »  ;  etc)  la  certitude 
surnaturelle,  fruit  et  essence  de  la  foi  agissante,  yaqin^  ou 
ma^rïfah  (-=  aussi  la  conscience  de  la  prédestination). 

Al  Hallâj  déduit  de  cet  enseignement  un  ordre  de  classe- 
ment ;  la  condition  du  salut  [taklif)  a  deux  aspects  :  wasâ'it, 
rites  intermédiaires  obligatoires  (=  fard  =;-  'îmân  =  sha- 
rfah),  eihaqâ'iq  (==  ma'rïfah)^  réalités  finales  de  ces  rites, 
dont  l'observance  doit  être  spiritualisée,  envisagée  comme 
une  règle  de  vie  (sonan):  carie  second  aspect  seul  estle  but  (2). 

9°  Qarmates.  Les  rites  (aussi  bien  farâ'id  que  sonan)  ne 
doivent  être  considérés  que  comme  des  actions  de  grâces, 
facultatives  (nâfllah),  à  laisser  au  libre  choix  de  l'individu  (3)  ; 
ils  n'interviennent  pas  comme  condition  du  salut;  l'initia- 
tion, en  elle-mAme,  est  résurrection  et  certitude  de  rejoindre 
immédiatement,  à  la  mort,  la  Lumière  divine. 

10"  Ash'arites  :  La  foi  est  une  évidence  totale,  imposant  à 
la  conscience  l'aveu  [ta^dlq)  de  la  science  que  Dieu  grave  en 
elle,  explicitement,  et  point  par  point,  des  données  corani- 
ques ;  grâce  indestructible,  et  qui  peut  s'accroître  (4). 

Tout  ce  travail  de  pensée,  malgré  les  divergences  de  for- 
mules, aboutit  à  la  distinction  d'usage,  qui  discerne,  dans  la 
communauté,  Ommah  (5),  et  parmi  les  croyants  :  (a)  le  mu- 

(1)  Antâkî,  Ûawâ  ;  ici,  p.  888-589. 

(2)  Ici,  p.  277. 

(3)  Malatî,  35. 

(4)  Ibn  al  Dâ'î,  391  ;  Qalhâtî,  Kashf,  164*. 

(5)  L'école  d'Ibn  Karrâm  (cfr.  Ka'bî)  y  maintient  tous  les  moslimîn, 
contre  l'école  ash'arite  qui  n'y  accepte  que  les  mou^minîn  (cfr.  la  dis- 


THEOLOGIE   DOGMATIQUE  éjt 

sulnian,  mosiim,  celui  qui  fait  profession  extérieure  d'Islâm, 
par  ses  paroles  et  par  ses  gestes  (opp.  /îâ/i)\  infidèle,  impie). 

(b)  le  croyant,  moiimin^  celui  dont  la  profession  d'Islam 
est  sérieuse  et  convaincue  (opp.  tnoshrik,  celui  qui  associe, 
mélange, en  son  adoration,  le  Dieu  unique  avec  les  créatures). 

(c)  le  dévoué,  mo/chlis,  celui  qui  adhère  de  tout  son  cœur  à 
Dieu  dans  sa  profession  d'Islam  (opp.  monâfiq^  hypocrite)  ; 
synonyme  :  'âr'if. 

Ces  différents  concepts  sont  constamment  mis  en  cause 
par  ai  Hallàj  (1). 

—  Wdld^  la  menace  divine.  1°  La  majorité  des  premiers 
sunnites  pense  que  celte  menace  ne  vise  que  les  infidèles  (2), 
les  sommant  de  se  convertir  ;  et  ne  concerne  pas  les  croyants. 
Car,  selon  Moqâtil^  la  foi  est  quelque  chose  d'incréé,  eu  eux, 
qui  doit  forcément  les  sauver  des  atteintes  du  feu  de  l'en- 
fer ;  c'est  l'origine  de  «  l'intercession  du  Qor'àn  »  pour  qui 
l'a  récité  (3),  de  «  l'intercession  du  Prophète  »  (4),  pour  qui 
lui  a  obéi  ;  l'intercession  des  Imâms  joue  le  même  rôle  chez 
les  Imâmites  extrêmes.  L'essentiel  est  donc  de  multiplier 
non  pas  les  œuvres,  mais  les  actes  de  foi,  la  shahddah^  sur- 
tout à  l'article  de  la  mort. 

2"  Hashwîyah  :   la  menace  du  feu  concerne   aussi   les 

cussioQ  da  pape  Calliste  et  de  Tertullieu  sur  l'Eglise)  ifarq,  220.  Quant 
aux  degrés  d'iatimité  sociale  à  entretenir  avec  le  croyant  suspect  d'hé- 
térodoxie, il  yen  a  deux  bien  marqués  pour  les  Ash'arites  (farq,  220- 
223,  348-351). 

(1)  Ici,  p.  123,  25G,  etc. 

(2)  Les  raorji'tes  devraient  même  dire,  sous  peine  d'inconséquence, 
que  :  «  Satan  est  un  croyant,  car  il  a  affirmé  [iqrdr)  et  énoncé  {qaivl)  la 
foi  (monothéiste)  »,  dit  Makkl,  qoiU,  II,  134). 

(3)  Kalâbàdhî,  akkbâr,  333''  ;  Tostarî,  tafsîr,  4  ;  Ibn  Jonayd,  shadd, 
20.  Cfr.  l'inscription  des  tombes  turques,  demandant  au  passant  l'au- 
mône d'une  «  Fàtihali  ». 

(4)  Voir  infrà. 


672  CHAPITRE    XII 

croyants  ayant  commis  des  péchés  graves  {/cabâ'i?-)  ;  mais 
temporairement  {iva'id  mowaqqat  ;  sorte  de  purgatoire)  ; 
aucun  croyant  ne  peut  être  damné.  «  Celui  dont  le  cœur 
contient  le  poids  d'un  atome  de  foi  sortira  de  l'enfer  »,  af- 
firme Mâlik  (1).  «  Le  croyant  mort  en  état  de  péché  grave, 
sans  repentance,  ne  peut  rester  éternellement  en  enfer  », 
dit  Gholâm  Khalîl  (2).  C'est  aussi,  explicitement,  la  doctrine 
des  Imâmites  modérés.  Dieu  finit  par  pardonner  au  croyant: 
directement  ou  par  intermédiaire.  D'oii  l'adage  communé- 
ment adopté  en  Islam,  et  que  Shâfi'î,  Ibn  Karrâm,  Tostarî(3) 
et  Ash'arî  (4)  onl,  les  premiers,  énoncé  :(*  Il  n'est  pas  per- 
mis de  dire  d'un  musulman  qui  prie  [min  ablal  qïblah),  qu'il 
est  damné  (5)  ». 

3"  Ni  les  Khârijites  (6),  ni  la  minorité  pieuse  des  premiers 
Sunnites  ne  pensaient  ainsi.  Hasan  Basrî,  Yazîd  Raqâshî 
prient  et  font  pénitence  a  pour  ne  pas  rester  éternellement 
en  enfer  »  (7).  Bakr,  fidèle  interprète  de  la  pensée  de  Hasan, 
enseigne  que  tout  croyant  mort  en  état  de  péché  grave,  sans 
repentance,  est  damné  éternellement  (mokhallad)  ;  sans  pér- 
il) Qalhâtî,  Kashf,  164b. 

(2)  Sharh  al  sonnah  ;  comp.  Ibn  al  Dâ'î,  434. 

(3)  farq,  212  ;  ms.  Kôpr.  727.  'Amr  Makkl  {loc.  cit.,  p.  571)  dit 
aussi  :  «  on  ne  peut  excommunier  un  croyant  pour  une  faute  (rf/mnô)  ». 

(4)  Ici,  p.  183. 

(5)  Pour  Ibn  Karrâm  et  Tostarî,  l'adage  signifie  simplement  que  tous 
les  moslimoûn  font  partie  du  «  corps  »  de  la  communauté  (en  ce  monde). 
Pour  les  autres,  le  sens  est  plus  grave  :  «  Il  suffît  à.  Mon  serviteur  de 
savoir  qu'il  a  un  Maître  qui  pardonne,  pour  être  pardonné  (JiadUh  selon 
Moslim  ;  ap.  Nabahânî,  jami,  n"  24)  ;  telle  est  l'iVjd'  que  le  laxisme 
roâlikite  et  ash'arite  identifie  à  la  rahmah.  Mais  il  s'agit  de  savoir  si, 
dans  le  Qor'ân,  la'all  {=  peut-être)  signiiie  likay  (=  afin  que),  selon 
l'exégèse  rassurante  innovée  par  MoqAtil  (règle  III  de  son  tafsîr  fi  mo- 
tashâhih...  ;  Malatî,  122). 

(6)  tabrîyat  al  fossâq. 

(7)  Jâhiz,  bayân,  III,  81. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  678 

dre  pour  cela  la  foi  ;  c'est  un  hypocrite  et  un  adorateur  de 
Satan  (1).  Telle  est  aussi  la  doctrine  d'al  Hallaj  :  Satan, 
quoique  croyant  monothéiste,  est  damné  (2).  Zajjâjî  soutient 
encore  le  dam  éternel  [abadi)  du  croyant  non  repenti  (3). 

4°  Les  moUazililes  suivent  l'opinion  de  Hasan  Basrî,  en 
théorie,  avec  des  atténuations  dans  la  pratique  et  l'applica- 
tion :  n'osant  trancher  la  question  de  culpabililé,  donc  de 
damnation,  entre  l'un  ou  l'autre  parti  des  Compagnons  du 
Prophète,  au  cours  des  guerres  intestines  des  années  36/656 
—  41/661.  Peut-on  respecter  et  admettre  indistinctement 
leur  autorité,  leur  témoignage  en  fait  de  droit  canon,  s'il 
faut,  en  morale,  absoudre  ou  condamner  ^é;j«rem^n/ les  mo- 
tifs de  leurs  dissensions  personnelles,  péché  grave  dont  ils 
n'ont  pas  manifesté  de  repentir  avant  leur  mort?  'Amr-ibn 
'Obayd  s'y  refusait  absolument.   Wâsil,   'Allàf  et  Jâhiz  se 
résignent,  dans  le  doute,  à  admettre  ce  qui  leur  est  égale- 
ment attesté  par  deux  témoins  de  chaque  parti  (4).  Mais 
pour  Hasan,  dont  la  doctrine  est  précisément  née  du  contre- 
coup de  ces  guerres  fratricides,  les  deux  problèmes  sont 
indépendants.  L'essentiel,  c'est  la  paix  des  cœurs,  la  bonne 
santé  morale  de  la  Communauté  musulmane  ;  pour  cela,  il 
se  doit  d'exprimer  sans  hésiter  le  jugement  privé  de  sa  cons- 
cience sur  tel  ou  tel  péché  de  ses  chefs  (5),  mais  il  refuse 
d'imiter  les  khàrijites,  et  de  s'insurger  contre  ses  chefs  (6), 
sous  prétexte  de  redresser  ou  de  punir  leurs  fautes.  Dieu 

(1)  farq,  200-201. 

(2)  Taw.  VI. 

(3)  Qosh.  209  ;  ce  que  nie  l'ash'arite  So'loûkî. 

(4)  farq,  306-307. 

(5)  Ibn  I^hallikân,  I,  140  ;  Aghânî,\y,  74  ;  Sam'ânî,  397^. 

(6)  Ibn  Sa'd  {tabaqàt,  VII,  103,  119)  a  des  citations  décisives  :  «  Ne 

vas-tu  pas  te  révolter,  pour  changer  ce  gouvernement  injuste  ?  —  C'est 

Dieu  qui  le  changera,  en  nous  faisant  faire  pénitence  ;  non  pas  tirer 

l'épée  »  (VII,  12S).  Cfr.  Hodhayfah  (in  Ibn  Qotaybah,  mokhtalif,  25,  47). 

43 


674  CHAPITRE   XII 

veut  à  la  fois  qu'il  respecte  l'ordre  politique  dont  ils  ont  la 
garde,  et  qu'il  réprouve  leur  conduite  privée  quand  ils 
pèchent.  Cette  judicieuse  distinction  de  Hasan  entre  ce  que 
l'Occident  chrétien  appelle  le  spirituel  et  le  temporel  n'a  pas 
triomphé  (1)  ;  en  voulant  faire  coïncider  la  Communauté  des 
croyants  d'ici-bas  avec  la  Communion  des  élus,  les  zeïdites 
(venus  du  shî'isme)  et  les  mo'tazililes  (venus  du  sunnisme) 
ont  appris  aux  docteurs  islamiques  à  préjuger  de  l'unité 
morale  et  réelle  des  cœurs  au  moyen  d'un  phénomène 
externe,  le  «  consensus  »  juridique  et  politique  (2). 

—  Quelle  est  la  condition  requise  pour  la  menace  divine? 

1^  Kofi\  l'infidélité;  selon  les  Khârijites,  Imâmites,  et 
morji'les  (hanéfites).  Ce  critère  est  insullisant.  S'il  signifie 
«  l'absence  de  la  profession  de  foi  monothéiste  »,  il  conclu- 
rait au  salut  de  tous  les  monothéistes  [honafâ)^  «  kitâbîs  » 
(juifs,  chrétiens,  sabéens),  mazdéens,  et  même  tous  les  hom- 
mes, prédisposés  à  la  religion  naturelle,  comme  le  montra 
Ibn  Karràm  (3),  et  n'excommunierait  que  les  apostats 
explicites  {ridda/i),  et  les  adorateurs  du  mal  {zandaqah)  (4). 
Si,  d'autre  part,  il  signifie  «  désobéissance  à  une  autorité 
musulmane,  juridique  ou  politique  »,  la  multiplicité  et  l'inef- 
ficacité des  excommunications  fulminées  par  les  Khârijites 
et  Mo'tazilites  (5)  prouva  :  que  ce  terme  de  kofr  ne  pouvait 
s'appliquer  dûment  aux  croyants,  et  qu'il  y  avait  pourtant 
des  croyants  en  péril  de  damnation. 

2**  shwk^  l'associationnisme  (6),  mentionné  dans  le  Qor'ân 

(1)  C'est  celle  des  mystiques  anciens,  y  compris  IJallâj. 

(2)  Cfr.  infrà,  §VI  ;  Dirâr  [farq,  202)  et  Nazzâra  ont  critiqué  ce 
préjugé,  première  ébauche  de  Vijinâ'. 

(3)  Cfr.  suprà,  p.  607. 

(4)  Cfr.  mprà,  p.  487. 

(3)  Cfr,  ici,  p.  185  et  n.  6,  Nazzâm  est  le  premier  à  l'avoir  osc(Kîlânl, 
ghomjah,  I,  82). 
(6)  Cfr.  ici,  p.  167. 


THIROLOGÎE    DOGMATIQUE  67 B 

(IV,  51,  H6).  Ce  terme  est  malaisé  à  délimiter  ;  les  «/?/-«/- 
hadlth  (shùti'ites,  hanbaliles)  qui  le  préconisent  y  voient, 
non  seulement  Tidolàtrie  polythéiste  reprochée  à  certains 
juifs  et  chrétiens,  mais,  chez  les  musulmans  tièdes,  la  négli- 
gence et  l'oubli  du  «  Dieu  premier  servi  ».  L'expérience  des 
mystiques,  et  notamment  d'al  HallAj  (I),  leur  montra  que, 
dans  la  vie  contemplative,  comme  dans  la  vie  active,  Dieu 
était  bien  rarement  l'objet  unique,  immédiat,  des  pensées 
les  plus  ferventes  et  des  actes  rituels  les  plus  convaincus  ; 
puisqu'entre  Lui  et  nous,  il  y  a,  forcément,  ces  pensées  et 
ces  actes  interposés,  d'où  péril  d'associationnisme  implicite 
[shirk  khafi)  (2).  On  sait,  d'ailleurs,  que  le  néo-hanbalisme 
d'Ibn  Taymiyah  et  le  wahhabisme  condamnent  l'immense 
majorité  des  musulmans  comme  «  rnoshrikoûn  »  h  cause  de 
leur  confiance  excessive  en  l'intercession  du  Prophète  et  des 
saints.  Le  shirk  qu'ai  Hallâj  condamne,   c'est  le   mauvais 
usage  des  moyens  d'aller  à  Dieu,  des  œuvres  d'obligation  ; 
lorsqu'on  les  prend  pour  le  but,  pour  leurs  réalités  finales. 
T  nifdq  (nyâ),  l'hypocrisie,  mentionnée  dans  le  Qor'ân 
(IV,  142).  Etat  d'incertitude,  analysé  par  Hodhayfah  (3),  et 
qui  mène  à  la  perversion  de  la  conscience.  Le  Qor'ân  n'en- 
seigne pas  de  moyen  normal  pour  la  discerner  et  la  com- 
battre. Les  Imàmites  croient  trouver  un  signe  de  discrimi- 
nation sûr  et  irrévocable  dans  l'amour  pour  'Alî  et  ses  des- 
cendants, et  excommunient  [tabarri)  ceux  qui  sont  privés 
de  ce  privilège  (4).  Mohâsibî  le  trouve  en  «  ceux  qui  fon  t 
aimer  Dieu  {tahabbob)  »  en  faisant  pratiquer  la  Loi  (5)  non 
pour  elle-même,  mais  pour  Lui. 

(1)  Akhb.  4â,  48  :  sur  le  shirk  khafl  ;  cfr.  Ibn  'Arabi,  fotoûhâl, 
chap.  CXGVIII  (et  glose  de  Sha'râwî,  yawàqit^  132). 

(2)  Cfr,  supràt  sur  «  dhikr  », 

(3)  Mottaqî,  Kanz,  1, 120. 

(4)  Cfr.  ici,  p.  349,  139. 

(5)  Cfr.  ici,  p.  618. 


676  CHAPITRE    XII 

Combinant  les  trois  critères  coraniques  précités,  les  théo- 
logiens essayèrent  de  construire  une  liste  des  péchés  capi- 
taux, kahair.  Le  Khârijite  Asfar  (Sofrîyah)  (1)  énumère 
quatre  péchés  d'obéissance  à  Satan,  contraires  à  la  Sonnah 
et  punis  par  la  Loi  {hodoûd)  comme  signes  «  d'infidélité 
secondaire  )^  (2)  (kofrni'mah,  far')  :  l'adultère,  la  détraction, 
le  vol  et  le  meurtre.  Les  élèves  mo'tazilites  de  Hasan  en 
donnent  neuf  (3)  d'après  'Alî  et  Ibn  'Omar  :  associalion- 
nisme,  meurtre,  détraction, hypocrisie  (riya), manger  le  bien 
de  l'orphelin,  s'enfuir  du  rang,  s'expatrier  (après  l'hégire), 
magie,  colporter  un  secret  défendu.  Les  «  faridàt  »  mys- 
tiques attribuées  à  Hasan  en  donnent  quatre  (4)  :  «  se  fier  à 
la  ruse  {amn  min  makr)  de  Dieu  (5),  Lui  associer  quelque 
chose,  désespérer  {yasah)  de  Sa  miséricorde,  être  désabusé 
{qonoût)  de  l'inspiration  de  Dieu  »  ;  cette  liste  des  péchés  (plu- 
tôt irrémédiables  que  capitaux)  est  utilisée  par  al  Hallâj  (6). 
Il  définit  le  per\ers,  khadith  :  «  celui  qui  considère  les  choses 
perverses  avec  l'œil  pur  de  la  candeur  »  (7). 

Liste  des  questions  : 

qahoûl  al  tawhah^  acceptation  à  résipiscence.  1°  Par  la 
Communauté  :  le  pécheur  qui  a  subi  la  sanction  légale  [hadd) 
est  réadmis  ipso  facto.  Les  khârijites  exigent  en  plus  la  taw- 

(l)Shahr.  I,  \^o\farq,  70. 

(2)  Par  opposition  à  l'infidélité  principale  {kofr  millah,  asl),  crime 
d'idolâtrie,  contre  Dieu  et  le  devoir  canonique,  réprouvé  par  la  Loi. 

(3)  Shâmil,  112'':  les  deux  derniers  ajoutés  par  Ibn  'Omar.  Gomp. 
la  liste  zâhirite  (Hazm,  IV,  224)  :  cinq  capitaux  :  infidélité,  adultère, 
sodomie,  rébellion  (baghy),  vol  ;  trois  véniels  :  meurtre  et  exposition  de 
femmes,  tafkhîd. 

(i)  Ms.  Paris.  780,  §  6,  37,  39,  31. 
(.^))  Céder  à  l'épreuve,  succomber  à  la  tentation, 
(('))  Glr.  ici,  p.  528.  Les  SAlimlyah  ont  une  liste  de  dix-sept  (MaUkî, 
qoûl,  II,  148),  qui  donne  ces  quatre  péchés  «  des  cœurs  »  en  tète. 
(7)  Sol.  in  Qor.  XXIV,  26. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  677 

bah,  sorte  de  pénitence  publique.  Certains  crimes  retran- 
client  définitivement  de  la  Communauté,  selon  les  écoles 
rigoristes:  l'apostasie  publique  {riddah)  ou  secrète  [zanda- 
qah  :  Thawrî,  Màlik  ;  contre  les  hanéfites),  l'assassinat  pré- 
médité (Bakr)(1). 

2°  Par  Dieu  :  pour  les  kbârijites,  mo'tazilites  et  mysti- 
ques (2),  tout  pécbé  est  une  offense  à  Dieu,  une  infidélité 
(/o/r)  nécessitant  taivbah.  Dieu  est-Il  «  tenu  »  de  pardonner 
(ivoojûb),  à  qui  se  repent?  non  (Ash'arî)  —  ;  si,  en  rigueur 
de  justice  (Zaydites,  Jobba'î)  —  ;  oui,  mais  pure  générosité, 
joûd  (A.  Q.  Ka'bî)  (3). 

Le  repentir  partiel  (coexistant  avec  Fimpénitence  partielle) 
est-il  valide?  (4)  Oui,  selon  la  doctrine  commune  (lianba- 
liles,  mo'tazilites,  ash'arites).  Non,  l'altrition  doit  être  uni- 
verselle ('Alî,  'Alî  Rida,  Qâsim  le  zeïdite,  Hasan  Basrî,  Wâsil, 
Ja'far-ibn  Mobâshir,Bishr,  Tostarî,  AboûHâsbim  (5),'Abd  al 
Jabbàr). 

Comment  un  menteur  peut-il  avouer  son  repentir  du 
mensonge?  —  Sophisme  de  l'Epiménide, étudié  par  Sobkî  (6)  : 
l'idée  de  la  tromperie  ne  déçoit  pas  celui  qui  la  conçoit,  mais 
celui  qui  s'y  assujettit,  par  un  nexus  illusoire,  comme  à  une 
règle  rationnelle.  —  .  'Imân  al moçaiiid {!)  :  La  foi  de  celui  qui 
s'en  remet  à  l'autorité  d'un  autre  est-elle  valide?  —  Oui: 
hanéfites,  Màlik,  mo'tazilites  et  Ghazâlî  (car  il  y  a  acte  libre 
et  raisonné).  Non,  selon  Ash'arî  (car  il  doit  y  avoir  détermi- 
nation divine  directe  de  la  foi  en  chaque  croyant)  ;  Bàqillânî 
cède, et  reconnaît  que  l'illettré  doit  recourir  au  juriste  (â'/'^«A). 

(1)  Gfr.  ici,  p.  279-280  ;  Strothmann,  Zeidit. 

(2)  Contre  la  majorité  (ici,  p.  381). 

(3)  shâmil,  133i'-136''  ;  cfr.  shafâ'ah. 

(4)  shâmil,  138^  ;  Kîlânî,  ghonyah,  I,  82,  H9. 
(ïï)  farq,  175,  176. 

(6)  II,  199.  Cfr.  le  cas  du  shâkk  fVl  shdkk  (infrà). 

(7)  Hazm  IV,  226  ;  Sobki,  II,  206  ;  Qàsimî,  osoûl,  70,  139-142. 


678  CHAPITRE    XII 

b)  Les  fins  dernières. 

1.  Ce  qui  survit  de  l'homme  après  la  mort. 

Selon  le  Qor'ân,  la  mort  totalise  les  gains  [arzâq)  ou  délies 
du  mourant,  au  terme  fixé  («;'a/).  Ce  qui  leur  revient  défini- 
tivement, dot  (hazz)  ou  expiation  [wizr)^  sera  proclamé  à  la 
fin  du  monde,  et  d'ici  là,  ne  concerne  çuei(x{l).  —  1''  On  en 
conclut  d'abord  à  la  non-solidarité  entre  les  générations  et 
les  individus  dans  la  Communauté  (2).  Les  âmes  des  morts 
meurent  et  ressuscitent  avec  leurs  corps  ;  d'ici  là,  inutile  de 
s'occuper  d'elles  et  de  leurs  aksâb.  C'est  la  doctrine  du  fana 
d'ibn  'Abbâs  (3)  et  d'Ash'arî  (4)  ;  Jâbir  et  Ibn  'Oyaynah  y 
opposent  celle  du  haqâ^  survie  spirituelle,  attestée  par  le 
Qor'àn  pour  Jésus  ;  les  Imâmites  et  certains  shâdhilites  font 
partager  à  'Alî  (5)  ce  privilège  d'avoir  été  ravi  au  ciel.  Elles 
sunnites  admettent  aujourd'hui  la  survie  corporelle  de  Mo- 
liammad  dans  sa  tombe,  à  Médine  (6). 

2"  Hasan  Basrî  observe  que  la  mort  intervient  singulière- 
ment pour  certains:  l'assassin  ne  frustre-t-il  pas  sa  victime 
(magtoûl)  de  certains  «  gains  »,  ne  le  fait-il  pas  périr  avant 
son  «  terme  »  normal?  Il  paraît  l'avoir  cru  un  moment,  puis 
se  rétracta  devant  Yazîd  Raqâshî(7),  car  les  moHazilites, 
reprenant  cette  thèse,  en  concluaient  que  la  volonté  de  l'as- 
sassin avait  primé  la  volonté  divine,  en  retirant  à  la  victime 

(1)  Cfr.  ici,  p.  3135.  Principe  coranique  de  la  responsabilité  indivi- 
duelle devant  Dieu  :  là  tazir  wâzirah  ivizra  'okiirâ,  si  souvent  répété 
(11,  135  ;  LUI,  39,  etc.). 

(2)  Et  à  l'impossibilité  de  la  substitution  mystique.  Cfr.  farq,  170-174. 

(3)  Ibn  Qotaybah,  mokhtalif,  187-188. 

(4)  Qui  admet  tout  au  plus  l'oppression  physique  du  corps  dans  la 
tombe. 

(5)  Sh.  tab.  IT,  44. 

(0)  Samhoùdî,  wafû  al  imfâ. 
(7)  Malalî,  333. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  67^ 

certains  gains.  Aa  delà  de  celte  solidarité  complexe  qu'il 
renonçait  à  scruter,  Hasan  préféra  reporter  son  regard  sur  ce 
jour  de  «  demain  >*  (=  Jugement),  où  II  verra  Dieu,  où  il  ne 
sera  plus  question,  entre  Dieu  et  lui,  de  «  gains  »  ni  «  d'ac- 
tes »  (\). 

3*^  L'expérience  simultanée  des  Imâmiles  pieux  (2)  et  des 
disciples  mystiques  de  Hasan  les  amena  à  considérer  (3) 
qu'il  y  avait  des  morts  «  mal  tués  »  (4),  effectivement  lésés, 
qui  pouvaient  revenir  (rafah)  parmi  lès  vivants,  et  apparaî- 
tre :  pour  demander  instamment  que  leurs  arzâq,  laissés  en 
suspens,  soient  réglés:  vindicalion  de  leurs  créances  ou 
extinction  de  leurs  dettes  (5).  —  Les  Hashwîyah  expliquè- 
rent cela  par  une  survie  charnelle  (6)  du  corps  dans  la  tombe, 
où  le  corps  comprimé  [daghtah)  «  souffrait  »  avant  d'être 
entièrement  consumé.  C'est  dans  la  tombe  qu'on  localisa  le 
débat  de  l'âme  et  des  deux  anges  (so'alMonkiriva  Nakîr)  (7), 
—  et  l'on  plaça  sous  terre  deux  salles  d'attente  (8)  pour  les 
esprits  des  morts  {maqaiT?i\  arivâh),  pour  les  justes  à  Rid\\â 
(ou  Jàbîyah),  pour  les  coupables  à  Borhoût. 

4°  C'est  la  doctrine  du  supplice  de  la  tombe,  ^adhdb  al 
qabr  ;  admise  par  les  Imâmiles  et  Sunnites,  BishreiJobba'î  ; 
nié  par  les  autres  mo'tazilites,  Najjàr,  les  Khârijites  et  les 

(1)  Makkî,  qoût,  II,  8. 

(2)  Partisans  fidèles  d'une  cause  infortunée,  d'un  légitimisme  cons- 
tamment vaincu. 

(3)  Apparitions  citées,  ap.  Ibn  Jonayd,  shadd  al  izûr,  16  seq. 

(4)  maqtoid  talafâ. 

(.5)  L'aumône  (Qor.  IX,  105). 

(6)  Proposition  très  crue,  attribuée  aux  Sàlimîyah  par  Ibn  al  Dà'î,  391. 

(7)  «  Qui  est  ton  Seigneur  ?  ton  culte,  ton  prophète  ?  ton  livre  ?  » 
(Samarqandî,  qorrat  al  'oyoûti,  34,  37)  ;  les  trois  bashârah.  Les  deux 
anges  sont  figurés  par  les  deux  pierres  «  témoins  »,  dressées  à  chaque 
bout  de  la  tombe. 

(8)  Les  deux  barzakh  des  Zâhirites  (Hazm  IV,  69). 


680  CHAPITRE    XII 

Qarmates  (1).  Les  mystiques  la  spiritualisèrent:  Ibn  Karrâm, 
dont  le  livre  fondamental  porte  ce  titre,  affirma  que  la  souf- 
france des  morts,  ^^  privés  de  l'Esprit  ^>,  était  réelle  (2)  ;  de 
même  Tirmidhî,  sous  le  même  titre  (3)  ;  il  ne  s'agit  plus  ici 
de  lésions  physiques,  mais  de  l'agonie  de  ses  attaches  char- 
nelles, soufferte  par  l'àme  séparée  tenue  à  distance,  de  son 
cadavre  (4). 

5°  Les  Qarmates  introduisent  immédiatement  leurs  adep- 
tes morts,  «  esprits  délivrés  de  l'ordure  des  corps  »  (5),  dans 
une  immortalité  bienheureuse  purement  spirituelle  :  délivrés 
des  «  cinq  tyrans  »  (hokkàm),  le  Ciel  [falak]  qui  fait  alterner 
la  nuit  avec  le  jour,  la  Nature  {tabiah)  qui  donne  désirs  et 
regrets,  la  Loi  {nâmoûs)  qui  commande  et  interdit,  l'Etat 
(soltân)  qui  contrôle  et  punit,  la  Nécessité  qui  contraint  au 
travail  de  métier  quotidien  (6). 

6°  Les  Imâmites  modérés  posent  une  distinction  entre  la 
a  compensation  »  et  le  «  pardon  »  (7).  Quiconque  a  lésé  le 
prochain  doit  demande)*  pardon  à  Dieu,  et  fournir  une  com- 
pensation temporaire  déterminée  (iwad)  au  prochain  en  ce 
monde  ou  dans  l'autre  ;  s'il  ne  peut  s'en  acquitter  (ù/^/^), 
c'est  Dieu  qui  fournit  au  prochain  la  compensation  (8).  On 

(1)  Hazm  IV,  6fi  ;  cfr.  Qor.  LU,  47  ;  XL,  H ,  49. 

(2)  Ibn  al  Dà'î,  383. 

(3)  Hojwîrî,  Kashf,  141. 

(4)  Comme  la  souffrance  persistant,  le  membre  amputé.  Cfr.  la 
«  chanson  des  10  ah  !  du  mort  »  (Luxor,  10-4-1910)  :  «  Le  quatrième 
ah  !  la  nuit  solitaire,  où  le  mort  isolé,  dans  sa  tombe  étroite,  doit  se 
familiariser  avec  la  formule  du  taivhîd  1  » 

(5)Malatî,  37. 

(6)  Ikhwân  al  safd,  II,  88-89,  91. 

(7)  Ibn  al  Dâ'î,  435  ;  cfr.  Shahr,I,  105-106. 

(8)  Au  contraire,  selon  les  sunnites,  la  distinction  ne  se  pose  pas  : 
le  «  pardon  »  et  la  «  compensation  »  sont  définitifs  ;  le  montant  de  la 
compensation  due  est  prélevé  sur  la  part  de  Paradis  de  l'un  et  ajouté  à 
celle  de  l'autre,  si  le  lésé  est  sans  péché  ;  si  le  lésé  est  un  pécheur,  le 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  68l 

remarquera  que  cette  tliéorie  considère  la  survie,  entre  la 
mort  et  la  résurrection,  comme  stérile,  pour  la  compensa- 
lion. 

7°AlHallrij,  dont  la  doctrine  s'inspire  de  Tirmidhî,  en- 
seigne qu'il  faut  user  en  ce  monde  des  «  arzkq  »  (!)  ;  mais  à 
condition  de  ne  pas  s'y  attacher,  car  ce  sont  des  moyens, 
non  des  fins.  '<  L'abandonné  à  Dieu  ne  connaît  pas  «  son 
gain  »,  ne  le  décompte  pas  ;  il  n'en  fait  pas  l'objet  de  sa  re- 
quête »  (2).  Après  avoir  décrit  les  deux  états  mystiques,  ^ïlm 
al  yaqin  et  \iyn  al  yaqin^  il  ajoute  (3)  :  «  Je  ne  me  rends  plus 
compte  s'il  me  reste  à  atteindre  un  terme  [ajaï)  ni  un  gain 
[rizç),  nécessitant  que  je  me  meuve  vers  lui  ;  il  n'y  a  plus 
d'obligation  à  se  mouvoir  (ainsi),  pour  celui  qui  n'a  plus 
d'espérance  à  placer  en  sa  prochaine  respiration  ».  Car  ce 
que  l'union  mystique  procure,  dès  celte  vie,  dépasse  infini- 
ment tout  «  gain  »  et  tout  «  terme  o,  toute  «  dot  »  (4)  créée. 
C'est  la  mise  au  point  de  la  thèse  mystique  de  l'  «  indifférence 
aux  dots  personnelles  »  condamnée  par  Bàqiîhinî  (5)  comme 
usurpation  d'un  attribut  divin  imparlicipable.  Al  Kallàj,  d'un 
motsaisissant.ti-aduil  raveuglement  de  Satan, disant, damné, 
de  Dieu  :  «  Je  Le  sers  maintenant  plus  purement...,  je  Le  ser- 


raoûtaQt  est  prélevé  sur  sa  part  de  tourments,  et  ajouté  à  celle  de  son 
oppresseur  (Ibn  al  Dâ'î,  435). 

(1)  In  Qor.  V,  3  :  contre  la  «  renonciation  aux  gains  »  quiétiste,  sou- 
tenue par  Shaqîq  et  Ibn  Karrâm  ;  en  mitipjeant  l'obligation  à  «  gagner  », 
enseignée  par  Thawrî,  Tostarî  et  Ibn  Sàlim  (iklisâb). 

(2)  In  Jawâmi',  139''. 

(3)  In  Qor.  Cil,  7. 

(4)  hatz,  pi.  hozoùz  ;  opp,  à  haqq,  pi,  hoqoûrj  (cfr.  Sarrâj,  in  Gha- 
zàlî,  ihyâ,  IL  206).  Le  hazz  est  la  «  dot  personnelle  »  convoitée  par 
l'esprit  propre  (Hallâj,  in  Qor.  LXXII,  7),  par  lame  mercenaire.  Ce 
n'est  pas  à  elle,  mais  à  Dieu,  qui  l'a  préparée  et  la  donnera,  qu'il  faut 
songer  ;  et  à  ses  «  droits  o,  hoqoûq,  sur  nous. 

(5)  Ghazâlt,  iJpjâ,  IV,  273. 


682 


CHAPITRE    XII 


vais  avant  pour  ma  dot,  et  maintenant  je  Le  sers  pow  la 
Sienne  !  (i)  », 

2.  Les  Assises  du  Jugement  :  le  Juge  ;  ses  assesseurs. 

Thèmes  coraniques  et  traditionnels  sur  la  Bésurrection  (2)  : 
Après  la  destruction  préalable  (3)  de  toute  chose  créée 
(fana),  durant  un  certain  laps  de  temps,  résurrection  [baHJi] 
des  hommes  et  de  certains  animaux  ;  Isrâfîl  souffle  dans 
la  trompette  ;  les  morts  apparaissent,  dans  Faffre  (4)  du 
lever  (hawl  al  matla'^),  eu  corps  et  en  esprit  (5),  dans  la 
nudité  de  leurs  corps  suants  et  de  leurs  consciences  (kashf  al 
sâq  ;  iéhâr  alasrâr)  (6) .  Dans  la  balance  (mîzchi)  a  lieu  la  pesée 
des  actions  individuelles.  Les  élus  passent  sur  le  pont  (sirât) 
à  sept  arches,  répondant  à  sept  questions;  ils  se  déploient 
en  rangs,  puis  s'immobilisent  {woqoùf),  chacun  seul  avec 
soi-même,  recueilli  [khalwah).  Alors,  sous  la  forme  transfi- 
gurée d'un  Juge,  Dieu  se  laisse  entrevoir  {nazar)  un  instant, 
questionne  IVime  (mosaalah)  (7)  et  lui  compte  son  dLV\{hïsàh). 
Les  élus,  lavés  dans  un  bassin  de  purification  {hawd',  ch. 
kawthar)^  sont  mis  en  possession  des  joies  du  Paradis,  où  ils 

(1)  Comme  si  Dieu  «  convoitait  »  l'obéissance  de  Satan  par  «  esprit 
propre  »... 

(2)  Liste  des  thèmes  d'après  As'ad-b-Moûsà  (+  212/827),  Kiiàh  al 
zo/id,  éd.  Leszinsky,  Heidelberg,  1909  (corr.  suivant  Dhahabî,  i'iidâl, 
s.  n.),  et  la  collection  d^acjîdah  hanbalites  réunies  par  Malatî  (in  fine 
tanbîh...). 

(3)  Obligatoire  :  sauf  pour  enfer,  paradis,  Trône,  Escabeau,  Tablette, 
Galame  et  Trompette  (Gholâm  Khalîl,  /.  c). 

(4)  Littérature  spéciale  là-dessus. 

(5)  Ibn  Sâlim  (Sarrâj,  loma\  223). 

(6)  Aboû  Hamzah  (Sarrâj,  masâri',  15)  ;  Qor.  LXYIII,  42  et 
LXXXVl,  9. 

(7)  Qor.  XLIII,  68.  Shibli  exprimait  son  désir  de  faire  durer  cet  ins- 
tant (rawd  Z(1khir,  87'^)  ;  cfr.  «  l'éternel  doux  reproche  »  d'Ibn  'Atâ 
(ici,  p.  693). 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  683 

retrouvent  certains  animaux  purs(1).  D'autre  part,  les  dam- 
nés, que  Dieu  a  jugés  d'une  nuée  (2),  subissent  dans  le  feu 
de  l'enfer  divers  tourments  (3),  étreintes  d'animaux  impurs, 
reptiles  et  scorpions,  breuvages  amers,  froid  de  glace  {zam- 
harir). 

Trois  problèmes  se  posent,  pour  les  élus  :  la  forme  trans- 
figurée du  Juge  ;  la  récompense  suprême,  renouvellement  de 
la  vision  de  Dieu,  pour  l'élu,  en  Paradis  ;  l'adjonction  aux 
élus,  après  le  Jugement,  des  «  grands  pécheurs  de  la  nation 
de  Mohammad  »,  morts  sans  repentir  :  sur  l'intercession  so- 
lennelle [shafaah)  du  prophète  (4). 

La  forme  transfigurée  du  Juge  ;  ses  assesseurs. 

La  doctrine  simpliste  de  la  corporéilé  divine,  qui  faisait 
de  l'essence  divine  elle-même,  sous  forme  humaine,  le  a  3Iâ' 
lik  yawm  alDîn  »,  le  Juge  des  Assises,  devenait  insoutenable 
avec  les  progrès  de  la  théologie.  Grâce  à  l'étude  du  mithàq  (5) , 
la  théorie  d'une  Image  intelligible  de  Dieu,  compréhensible 
pour  chaque  créature,  l'apparition  d'un  être  humain  trans- 
figuré manifestant  au  Jugement  l'accomplissement  parfait 
du  Covenant  articulé  par  l'Esprit  sous  la  forme  d'Adam,  se 
précisa.  Elle  est  en  germe  dans  la  règle  d'exégèse  précitée 
de  Moqâtil  (6),  d'accord  avec  Qor.  IV,  157,  eilehadît/i  de 
Hasan  Basrî  :  «  Tl  n'y  aura  d'autre  mahdî  que  Jésus  (7)  », 
qui  viendra  confirmer  la  vérité  de  l'Islam  (8).  Elle  apparaît, 

(1)  Ibn  Qotaybab,  mokktalif,  310. 

(2)  SaQs  qu'ils  Le  voient.  Cela  est  contredit  par  les  Sàlimîyah. 

(3)  Une  opinion  très  répandue  les  fait  réduire  simplement  en  pous- 
sière inerte  (Gholâm  Khalîl,  /.  c.  ;  et  ici  p.  130). 

(4)  Ici  §  VI  c  3. 

(5)  Ici  p.  599. 

(6)  Gfr.  ici,  p.  520. 

(7)  Mâlinî,  arba'in  ;  Huart,  Arabes,  II,  322  ;  Asin,  Abenmesarra,  23. 

(8)  Ce  «  retour  de  Jésus  »  pose,  en  mystique  musulmane,  le  même 


684  CHAPITRE    XII 

complètement  formée,  dans  le  credo  des  écoles  théologiques 
les  pins  dissemblables,  dès  le  lï-III''  siècle  de  Thégire  :  Imâ- 
mites  comme  Aboû  Mansoûr  Mostanîr  'Ijlî  (1),  sunnites 
comme  les  Bakrîyah,  disciples  de  Hasan  (2);  mo'tazilites 
comme  Ibn  Hâyit  et  Hadathî  (3),  mystiques  comme  les  Kar- 
ràmîyah  (4)  el  Sâlimîyah  :  «  Dieu  sera  vu,  au  jour  de  la 
Résurrection,  sous  la  forme  d'un  être  humain  mohammé- 
dien  (5).  11  s'y  transfigurera,  ce  jour-là,  pour  toutes  les  créa- 
tures, génies  et  hommes,  anges  et  animaux,  et  chacun 
acquiescera  à  sa  signification  »  (6). 

Même  doctrine  chez  al  Hallâj  (7)  :  «  Par  le  mois  de  Rajab, 
par  le  maître  du  voile,  par  le  serviteur  de  la  Bayt  Ma'moûr  (8), 
par  le  maître  de  l'ultime  rideau  (9), par  l'envoyé  suprême  (10)! 
Dieu  réunira  les  esprits  sanctifiés  lorsque  Jésus  reviendra 
sur  la  terre  (H).  Il  y  aura  sur  terre  un  trône  placé  pour  lui, 

dilemme  que  le  «  rè^ne  de  mille  ans  »  pour  les  millénaristes  chrétiens. 
De  même  que  les  millénaristes  chrétiens,  Yoûsof-ibn-Hosayn  Râzî  et 
Sohrawardî  y  voient  la  rénovation  sociale  (de  l'Islam)  avant  le  Juye- 
mPïit  Çaivârif,  II,  96  ;  Baqlî,  shath.  f.  64  ;  Jésus  se  mariera,  etc.  ;  cfr. 
Nâbolosî,  ghâyat  al  matloûb,  f.  81).  Mais  pour  Tbn  Sâlim  et  Hallàj, 
cette  rénovation  sociale  sur  terre,  pour  les  «élus  de  la  terre»,  sous 
l'autorité  de  Jésus,  s'opère  simultanément  avec  la  proclamation  du  Juge- 
ment et  l'accession  de  tous  les  «  élus  du  ciel  »  à  la  vision  transformante 
(cfr.  plus  loin,  les  «  deux  récompenses  »,  p.  692). 

(1)  Friedlânder,  Shiites,  s.  v. 

(-2)  farq,  200. 

(3)  farg,  260. 

(4)Shahr.  I,  J52. 

(5)  Non  pas  Mohammad  ;  mais  le  Sceau  des  Saints. 

(6)  Propositions  IlI-IV  de  la  liste  d'Ibn  al  Farrâ  {mo'tamad  ;  cfr. 
Kîlânî,  ghonyah,  I,  8). 

(7)  Riw.  XXIII. 

(8)  Jésus,  ou  Gabriel  (Baqlî), 

(9)  Azraël  ou  Michel  (id.). 

(10)  Isrâfîl  (id.). 

(H)  Baqlî  signale  le  hadîth  expliquant  que  tous  les  esprits  prêteront 
alors  serment  à  Jésus,  pour  l'Islam  (cfr.  note  8  de  la  p.  t)83). 


THÉOLOGIE   DOGMATIQUE  685 

et  dans  le  ciel  un  trône  placé  pour  lui.  Dieu,  qui  a  écrit  un 
livre  contenant  la  Prière,  la  Dîme,  le  Jeûne  et  le  Pèlerinage 
définitifs  (I),  lui  remettra  ce  livre  parle  Héraut  des  Anges  (2), 
en  disant  u  Irradie  [iajallï]  !  (3)  au  Nom  du  Roi  Eternel  ». 

Le  choix  de  Jésus  comme  Juge  n'est  pas  dCi  à  son  caractère 
de  prophète,  mais  à  son  exemple  de  sainteté  mystique  ;  la 
théorie  du  u  Sceau  des  Saints  »,  due  à  Tirmidhî,  sera  signa- 
lée plus  loin  (4).  Elle  n'est,  quelque  étrange  que  cette  affir- 
mation puisse  paraître,  nullement  due  à  une  «  infiltration 
chrétienne».  Elle  provient  de  la  méditation  du  Qor'ân,  V, 
108-1 20,  confronté  à  une  analyse  expérimentale  très  délicate 
du  concept  de  la  >}ïdq,  sincérité,  que  nous  allons  essayer 
d'exposer. 

Immédiatement  avant  le  Jugement,  Dieu  réunit  les  Pro- 
phètes, et  leur  pose  la  a  question  de  la  sincérité  »,  soâl  al 
ûdq^  les  interroge  sur  le  «  pourquoi  »  de  leur  mission  (5). 
Les  Prophètes  se  taisent,  car  ils  ne  peuvent  répondre  ;  la 
sincérité  de  leur  langue  a  été  «  empreinte  d'un  seul  côté  »  (6) , 
purement  externe  comme  audition  et  comme  message  ;  ils 
n'en  peuvent  rendre  compte,  et  avouent  leur  impuissance, 
comme  les  anges  au  |)remier  temps  de  leur  épreuve  (7), 
Alors  Dieu  s'adresse  à  un  seul,  à  Jésus  fils  de  Marie  ;  Il  lui 
rappelle  toutes  les  grâces  dont  U  l'a  comblé  ainsi  que  sa 
mère,  et  le  signe  suprême,  décisif  et  sans  pardon  (8),  delà 

(1)  Noter  la  suppression  du  Uuvhld,  qui  figure  daas  la  liste  parallèle 
de  Haytamî  {fatâwd...  128), 

(2)  Michel  (B.). 

(3)  <  Explicite,  transfiguré,  le  Jugement  ». 

(4)  Ici  §  VI  d-J. 

Œ)  Sur  leur  Covenant  (Qor.  III,  7.5  ;  XXXHI,  7-8). 

(G)  Théorie  de  Tirmidhî,  citée  ici,  §  VI  ;  dillerenoe  du  siddlq  et  du 
wali  ;  le  siddiq  a  la  ro'yat  al  'ibâdahma'  al  ^açf*r(Kalabcàdhî,  taarrof, 
Oxf.  f.  1S«,  17«). 

(7)  Qor.  II,  30. 

(8)  Signe  de  la  tomanînah  (V,  113  ;  cfr.  ici,  p.  500-501). 


686  CHAPITRE   XII 

«  table  miraculeuse  »,  demandé  par  ses  apôtres;  et  11  Tin- 
terroge  sur  sa  sincérité  personnelle  :  «  As-tu  dit  aux  hommes, 
«  prenez-moi  avec  ma  mère,  pour  deux  dieux,  à  défaut  de  (1  ) 
Dieu  »  ?  » 

On  peut  lire  en  détail  dans  le  Qor'ân  la  réponse  de  Jésus  ; 
Jésus  pouvait  répondre  (2),  lui,  caria  pure  sincérité  du  cœur, 
chez  le  saint,  est  «  empreinte  des  deux  côtés  »  à  la  fois,  du 
côté  externe,  vers  les  auditeurs;  eien  dedans  du  cœur,  du 
côté  de  la  venue  de  l'inspiration.  Hallâj,  Tirmidhî  et  Ibn 
'Arabî  (3)  voient  dans  sa  réponse  le  type  parfait  de  l'humi- 
lité sainte,  sans  dénégation,  ni  rétractation,  ni  ruse.  «  Eût-il 
confronté  son  Maître  avec  sa  sincérité  à  lui,  ignoré  le  com- 
mandement de  son  Maître,  et  réclamé  à  son  Maître  sa  dot 
{hazz),  en  remboursement  de  Sa  promesse,  —  que  Dieu  eût 
exigé  de  lui  la  preuve  de  sa  sincérité,  l'eût  spolié  de  son 
rang  et  éloigné  de  son  but.  La  sincérité  est  profitable  à 
celui-là  seul  qui  va  à  Sa  rencontre  spolié  de  tout  [iflâs], 
conscient  d'avoir  été  activé  par  Lui,  soumis  à  Ses  décisions 
et  à  Son  emprise  »  (4).  Cette  réponse,  note  Roûdhbàrî,  ma- 
nifeste u  la  suprême  maîtrisedans  le  suprême  servage  »  (5). 
«  Tu  connais  ce  qui  est  dans  mon  moi^  car  c'est  Toi  seul  qui 
l'as  constitué  »  {'ijâd),  et  «  je  ne  connais  pas  ce  qui  t'appar- 
tient dans  mon  moi  »,  et  je  ne  connais  pas  «  Ton  moi,  car 
l'essence  est  éloignée  de  la  perception  »,  paraphrase  al  liai- 
làj.  Entendez,  comme  le  dit  Qoshayrî,  que  Jésus  est  le  seul 

(1)  Pour  le  sens  de  «  min  doûn  »,  voir  ici,  p.  568.  On  a  vu  ici  une 
allusion  du  Qor'ân  aux  GoUyridiens  ;  je  soupçonne  qu'il  s'agit  plutôt 
du  culte  des  Nabatéens  pour  «  Dhoù  Shara  »  (Dusarès)  et  sa  mère,  dont 
l'iconographie  et  la  légende  ont  un  si  curieux  rapport  avec  Matlh.  Il,  11. 

(2)  Explication  de  Tirmidhî  :  ici,  §  VI.  Ibn  'Atâ  et  Baqlî  essaient  de 
ne  pas  le  mettre  au-dessus  de  ceux  qui  se  taisent  (in  Qor.  V,  116). 

(3)  f'otoûhât,  III,  299,  311  ;  IV,  215. 

(4)  I.lallâj,  in  Qor.  V,  116. 

(5)  Baqlî,  in  Qor.  V,  109. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  oS'J 

homme  né  absolument  pauvre  de  lui-même^  vis-à-vis  de 
Dieu,  puisque  lui  seul  n'a  jamais  eu  d'autre  agent  d'indivi- 
duation  que  TEsprit  de  Dieu  (1);  ce  que  les  autres  saints 
deviennent,  avec  la  transformation  et  renaissance  graduelles 
de  leur  moi  [na/s)  charnel  en  moi  spirituel  {roûh)^  à  l'aide  de 
l'Esprit  qui  les  sanctifie,  —  Jésus  l'a  été  dès  sa  naissance 
même,  du  premier  jet  ;  un  pur  /lOn  !  «■  fiai  »  ;  Lui  seul  n'a 
cessé  d'avoir  l'Esprit  pour  unique  «  organisateur  »  de  son 
corps,  comme  Wâsitî  le  dit  (2)  pour  la  création  d'Adam. 

C'est  en  déformant  cette  théorie  de  Tirmidhî  et  d'al  Hallâj, 
reprise  par  Ibn  'Arabî,  que  Ibn  Sîma'oùnah  retrouvera  la 
thèse  docète  du  corps  de  Jésus,  simple  «  phantasme»  (3), 
que  beaucoup  d'Occidentaux  croient  être  une  idée  coranique 

Cette  «  question  de  la  sincérité  »,  posée  par  Dieu,  est  une 
épreuve  destinée  à  faire  éclater  la  gloire  des  saints  au  Juge- 
ment «  en  ce  jour  où  leur  sincérité  sera  profitable  aux  sin- 
cères »  (Qor.  V,  119)  (4).  u  Rien,  dit  ïbn 'lyâd,  n'embellit 
les  hommes  de  façon  plus  parfaite  [afdal)  que  la  sincérité. 
Dieu  questionnera  sur  leur  sincérité  les  sincères,  entre  autres 
Jésus,  fils  de  Marie.  Et  alors,  que  fera-t-il  des  menteurs,  pau- 
vres gens  !  —  Et  il  pleura.  Puis  il  dit  :  Et  savez-vous  quel  est 
ce  jour  où  Dieu  questionnera  ainsi  Jésus?  C'est  le  jour  où  II 
réunira  les  anciens  et  les  modernes,  Adam  et  tous  les  autres. 


(1)  Iq  Qor,  Ht,  43  :  «  Dieu  a  spécialisé  Adam  et  Jésus  en  dispensant 
leur  âme  du  traducianisrae  généalogique  ;  Adam  seul,  en  le  façonnant 
de  sa  main  ;  Jésus  seul,  en  spécialisant  en  lui  l'insufflation  de  l'Esprit 
avec  prédilection,  i'zâz.  » 

(2)  taswiyah^  in  Qor.  XV,  32  ;  terme  repris  par  Ibn  'Arabî,  fosoûs, 
257  ;  cfr.  Baqlî,  in  Qor.  LXVI,  12. 

(3)  Ap.  'Alî  Uehdeh,  Khawâtlm  al  hikam,  f.  248. 

(4)  Jîlî  en  tire  sa  doctrine  de  la  shafâ'ah  de  Jésus  pour  les  chrétiens 
{insân  kâmil,  I,  77,  82)  ;  Baqlî  sa  théorie  de  la  cessation  de  l'enfer 
{tafsîr,  in  loco). 


688  CHAPITRE    XII 

Puis  il  dit  :  Ah  !  Combien  de  gens  abominables  seront  décelés 
par  le  Jugement,  demain  !  »  (1). 

Le  Juge  aura  des  assesseurs  (2),  ceux  dont  la  sincérité  se 
sera,  comme  la  sienne,  justifiée  dans  l'humilité  :  les  «  esprits 
sanctifiés  »,  les  saints,  maqarraboûn^  qui  n'ont  pas  à  être 
jugés,  étant  préalablement  justifiés.  Ce  sont  là,  selon  la  doc- 
trine expresse  de  Hasan  Basrî,  de  Tostarî  et  de  Qoshayrî  ces 
mystérieux  ahl  al  a'râf  (Qor.  YII,-  44-46),  qui,  spécialement 
doués  de  discernement  et  de  choix,  juchés  sur  un  lieu  élevé 
dominant  à  la  fois  le  Paradis  et  l'Enfer,  expriment  leur  dé- 
sir (3)  de  l'un  et  leur  horreur  de  l'autre,  et  prononcent,  tant 
sur  les  élus  que  sur  les  damnés,  la  sentence  même  de  Dieu. 

Ce  sont,  selon  Hasan,  les  martyrs  et  les  ascètes  (4)  ;  Tos- 
tarî précise  :  les  saints  mystiques,  ahl  al  ma^ ri f ah  (5).  Contre 
l'opinion  sunnite  commune  (6),  qui  y  voit  les  prophètes  (7) 
et  les  khalifes  (8),  et  la  thèse  imâmite,  qui  y  reconnaît  les 
prophètes  et  les  XII  imâms.  Ils  viennent,  dans  un  certain 
ordre,  revêtus  de  vêtements  d'honneur. 

La  sentence  séparant  les  élus  des  damnés  est-elle  absolu- 
ment irrévocable  ;  c'est  le  sentiment  de  Bistâmî  (9)  et  de 

(1)  Ap.  Hilyah,  s.  n. 

(2)  ahl  al  manâbir  (Asin,  Logia  D.  Jesu,  n»  57). 

(3)  d'y  venir  régner,  comme  des  rois  parmi  leurs  peuples  (Baqlî,  in  v.). 
C'est  ce  mot  yalma'oûn,  isolé  du  contexte,  qui  a  donné  lieu  à  l'opinion 
popularisée  par  Ghazàlî,  d'un  A'ràf  peuplé  d'êtres  neutres  et  impar- 
faits =  les  Limbes. 

(4)  Haytamî,  fatâwà,...  130. 

(5)  Ibn  al  Dâ'î,  436  ;  Baqlî,  /.  c,  t.  I,  p.  237. 

(6)  Ibn  al  Dâ'î,  436. 

(7)  Ordre  discuté  :  pour  Ibn  Mas'oùd,  Rabâh  et  Kolayb,  Abraham 
passe  en  tète,  avant  Mohammad  ;  d'autres  mettent  Adam  (Khashîsh, 
ap.  Malatî,  231  ;  cfr.  164  ;  comp.  Ibn  al  Dà'î,  435). 

(8)  Ordre  discuté  :  les  hanbalites,  rangeant  les  quatre  premiers,  dans 
l'ordre  tiistorique,  tendent,  ainsi  qu'lbn  Karrâm,  à  en  ajouter  nommé- 
ment un  cinquième,  Mo'awîyah  (Malatî,  376). 

(9)  Attâr,  I,  158. 


THÉOLOGIE   DOGMATIQUE  68t) 

Hallâj  (1);  ïoslarî,  Ibn  ^\rabî  (2),  et  plus  tard  Jilî  (3) 
poussent  le  respect  de  l'arbitraire  divin  ji>squ'à  admettre 
la  réhabilitation  gratuite  des  damnés,  même  de  Satan. 

3.  Les  deux  récompenses,  en  Paradis, 

l°Qor'ân:  Les  ressuscites  sont  divisés  en  trois  groupes 
(LVl,  7  seq.)  ;  à  droite  les  élus  du  Paradis,  à  gauche  les  dam- 
nés de  l'Enfer,  et  en  avant,  les  «  Rapprochés  ».  Une  distinc- 
tion s'ébauche  entre  leur  liesse  et  celle  des  élus  ordinaires, 
qu'ils  partagent  :  ils  ont,  en  plus,  la  coupe  [kas]  et  la  salu- 
tation divine  [salâm).  La  distinction  est  soulignée  par  de  très 
anciennes  traditions  affirmant  des  martyrs,  qu'en  dehors 
de  leurs  corps  ressuscites,  leurs  esprits  (arwâh)  voleront,  en 
Paradis,  sous  forme  d'oiseaux  verts  (4). 

2°  L'interprétation  purement  littérale  des  versets  sur  les 
jouissances  sensuelles  des  élus,  tout  en  flattant  les  appétits 
grossiers  de  la  foule  des  croyants  médiocres,  conformément 
aux  tendances  Zàhirites,  satisfît  encore  certains  théologiens, 
comme  Jahm  et  l'école  d'Ash'arî  :  pour  qui  l'homme, créature 
de  chair,  n'aura  dans  la  vie  future  que  des  joies  exactement 
proportionnées  â  sa  nature  :  sensuelles,  sans  fatigue  pour  le 
corps,  ni  laideur  pour  l'intelligence  :  un  échange  incessant, 
entre  égaux,  déplaisirs  momentanés  et  inféconds,  manger 
et  boire  sans  assimilation,  coït  avec  défloration,  sans  géné- 
ration ;  offerts  et  acceptés  sous  des  figures  nouvelles.  Ils  se 
fondent  sur  le  hmeux hadîth  «  Tanâkahoû\  tanâsalou  ,  obâhî 
bïkom  al omam  yawm al qiyâmah^  walaw  bïl  saqat  ■»  (5),  qui 

(l)Taw.  VI  (^n). 

(2)  fotoûhât,  II,'  737  ;  Ibn  al  Dabbâgh,  ibrîz,  II,  43. 

(3)  insân  kâmil,  II,  35  ;  nâmoûs  a'zam,  t.  XI. 

(4)  Gfr.  Ibn  al  Farrâ,  mo'tamad  ;  Bâqillânî,  ap.  ïlazm,  IV,  in  fine  ; 
cfr.  Qor.  II,  262. 

(5)  Ibn  al  Jawzî,  nâmoûs,  X  ;  variantes  ap.  Sohrawardî,  'awârif,  II, 

96  ^selon  Ibn  Mâjah)  ;  Kîlànî,  ghonyah,  I,  38. 

44 


6 go  CHAPITRE    XII 

inspire  à  certains  mystiques  conciliants  comme  Dârânî,  Ibn 
abî'l  Howwârî  et  Shiblî,  leurs  récits  de  fiançailles  et  de  ma- 
riages consommés  ctvec  des  hoûris  (1),  en  Paradis. 

3°  Le  danger  de  celte  interprétation  littérale  ressortit 
bientôt  :  elle  suggéra,  dans  certains  cercles  initiatiques 
d'Imâmites  extrémistes,  l'idée  d'interpréter  le  changement 
défigure,  par  un  changement  de  sexe,  à  volonté,  pour  les 
élus  ressuscites.  Cette  doctrine  s'esquisse  chez  les  Noseïris, 
pour  qui  l'initiation  est  nikâh^  et  pour  qui  tous  ceux  qui  res- 
susciteront seront  mâles  (Fâtimah  deviendra  «  Fâtir  »)  (2)  : 
cela  investit  les  croyants  et  croyantes  de  la  secte  d'un  her- 
maphrodisme actif,  mis  également  à  même  de  déflorer  deux 
sortes  de  virginités  (3),  «  perles  non  percées  »,  êtres  mâles 
et  femelles,  créés  exprès,  les  hoûrîs  et  les  ghilmàn.  Inverse- 
ment, chez  les  Qarmates,  certains  initiés  préconisent,  dès 
cette  vie,  l'inversion  passive,  comme  préfigure  de  l'herma- 
phrodisme passif,  qu'ils  jugent  «  supérieur  »  (afdcd),  puis- 
que c'est  l'apanage  des  hoûrîs  et  ghïlmân^  le  privilège  para- 
disiaque des  «  bienheureux  »  (4).  Ces  déviations  dans  la 
morale  se  déduisent  logiquement  d'erreurs  dogmatiques, 
d'exégèses  littérales  trahissant  certainement  le  texte  cora- 

(l)Qosh.  IV,  198-202  ;  Ibshayhî,  moslatraf,  s.  v.  ;  'Attâr,  trad . 
Pavet,  165.  Ces  hoûrîs  personnifient  des  «  vertus  ».  Asin  pense  trou- 
ver là  le  germe  de  la  théorie  dantesque  de  la  «  Béatrice»  (Escatologia... 
173).  Gfr.  Sarrâj,  masâri',  113-121.  Ces  concessions  n'ont  pas  duré  : 
Bistâmî  dit  «  Celui  qui  voit  Dieu,  que  lui  font  les  hoûris  ?  »  (Qosh.  138  ; 
imité  en  vers  par  Niyâzî,  diwân,  20). 

(2)  Gfr.  ici,  p.  321,  n.  7. 

(3)  Qor.  LU,  24  :=:  LVI,  22.  La  doctrine  pointe  dans  une  objection 
des  zanâdiqah  à  Ja'far  sur  les  versets  coraniques  (Tabarsî,  /.  c,  122), 
mélangeant  a  yatâmà  »  et  «  nisà  »  (Qor.  11,  219-220  ;  IV,  3,  126). 

(4)  D'où  la  formule  de  souhait  «  Toûbâk  1  »,  accompagnant  chez  eux 
l'acte  (Malatt,  37.  Cfr.  ici,  p.  .500).  C'est  peut-être  l'origine  de  la  satur- 
nale  shî'ite  dite  u  'Omar  Koshân  »  (V.  Minorsky,  ap,  Drevnosti  VostOr 
Ichniya,  Moscou,  1904). 


THiêOLOGIB   DOGMATIQUE  6^1 

nique  :  il  n'y  est  pas  dit,  surtout  à  propos  des  moqarra- 
boûn  (1),  que  les  «  perles  »  doivent  être  «  percées  »  (2); 
Foûtî  l'avait  remarqué  (3)  ;  et  les  dons  réciproques  de  fleurs 
et  de  fruits  (mofâkahah),  pendant  le  banquet  où  se  consom- 
ment tous  les  animaux,  peuvent  être  la  figure  intelligible 
d'un  don  réciproque  et  chaste  des  volontés,  entre  ces  élus 
et  les  êtres  angéliques  qui  les  servent. 

4°  Une  atténuation  sentimentale,  encore  indécise,  de  ces 
excès  littéralistes,  u  lamour  platonique  v  (avec  toutes  ses 
faiblesses  inavouées),  est  professée  par  un  rite  juridique 
sunnite,  les  zâhirites.  Le  Paradis  est  pour  eux  le  lieu  où  ces 
affinités  intellectuelles,  purifiées  par  la  piété  et  le  «  martyre  » 
de  la  continence  (4),  seront  admises  à  se  consommer  dans 
une  amitié  passionnée,  et  permise.  Far  condescendance  pour 
les  zâhirites,  le  mystique  Aboù  Hamzah  décrit  le  jour  du 
Jugement  comme  «  le  jour  où  les  amants  se  saisiront  des 
êtres  bien-aimés  »  (5). 

5°  La  réaction  énergique  du  spiritualisme  contre  l'exégèse 
littérale,  la  tradition  des  écoles  mo'tazilites  et  hellénisantes 
tend  à  interpréter  les  récompenses  créées  du  Paradis  comme 
de  simples   symboles   d'une  contemplation    intellectuelle 


(1)  LVI,  35  vise  les  élus  ordinaires,  et  n'est  pas  décisif  ;  XXXVI,  b6 
s'applique  ;iux  croyantes  ;  XLIV,  54  est  imprécis. 

(2)  «  Lam  yatmithhonna  »  (LV,  66,  74)  est  le  mot  qui  a  induit  l'exé- 
gèse matérialiste  en  ces  excès  ;  Moqâtil,  Tha'lab  et  al  Farrâ  l'identifient 
avec /omd'  ;  mais  ce  sens  est  discuté  (Tabarî,  ap.  Shiblî,  âkâm,  23),  et 
même  s'il  était  confirmé,  la  question  ne  serait  pas  tranchée. 

(3)  tarq,  150. 

(4)  Ici  p.  170-182  ;  cfr.  les  œuvres  d'Ibn  Hazm  {tawq  ai  hamâmah 
éd.  Petrov),  Ibn  Tâhir  Maqdisî  (risâlah  fi  j'awâz  al  nazar  ilal  mord, 
citée  ap.  Ibn  al  Jawzî,  ndmoûs,  X),  et  Ibn  'Arabi  {dhakhair),  tous  zâhi- 
rites. Asin  a  comparé  ce  dernier  livre  au  «  Comnto  »  de  Dante. 

(5)  Sarrâj,  masâri\  88  ;  cfr.  143)  ;  cfr.  Qor.  XLIII,  67  ;  et  ici,  p.  452, 
B.  6. 


692  CHAPITRE    XII 

immobile  1)  ;  non  pas  de  Dieu,  qui,  transcendant,  reste 
inaccessible,  mais  de  concepts  représentant  ses  perfections  ; 
cette  science,  imprimée  dans  le  cœur  ('Allâf)(2),  est  la  jouis- 
sance suprême  pour  la  nature  humaine,  dans  sa  raison 
(Fârâbî). 

6°  Entre  temps,  une  tradition  sunnite  persistante,  soute- 
nue par  Hasan  Basrî  (3),  Tliâbit  Bonânî,  Rabâh  (4)  et  Ibn 
Hanbal,  maintenait  qu'il  y  a  (/ei/^  récompenses  pour  les  élus  : 
l'une  créée  et  proportionnée  à  leurs  œuvres,  la  liesse  créée 
du  Paradis  ;  l'autre  incréée  et  gratuitement  accordée,  la 
vision  de  Dieu.  «  Quand  les  élus  seront  installés  au  Paradis, 
dit  Ibn  Hanbal  (5)  d'après  Bonânî,  un  crieur  criera  :  «  0  gens 
du  Paradis  !  Dieu  vous  dispense  la  surabondance  ['-iyâ- 
dah)  (6)  »  ;  et  le  voile  se  lèvera,  et  ils  verront  Dieu  (7),  ce 
«  Lui,  hormis  lequel  il  n'y  a  pas  de  dieu  »  —  ».  Bistâmî,  d'un 
ton  déçu,  remarque  que  Dieu,  par  une  tromperie  {khad'ah)^ 
ne  maintiendra  pas  alors  à  tous  Ses  élus  cette  vision  que 
tous  avaient  entrevue  au  Jugement.  <<  Les  sages  Çârifoûn), 

(1)  farq,  102. 

(2)  Ash'arî,  f.  50^ 

(3)  D  après  'Abd  al  wâhid-ibn-Zayd  :  «  Si  les  fidèles  savaient  qu'ils 
ne  verront  pas  Dieu  dans  l'autre  vie,  leurs  cœurs  en  ce  monde  fon- 
draient de  chagrin  »  (Kalâbâdhî,  akhbâr,  f.  155^,  SSi^'). 

Ce  que  redit  Bistâmî  :  «  Si  Dieu  ne  prenait  pas  soin  de  cacher  Son 
visage  aux  élus  en  Paradis,  ils  y  auraient  soif,  comme  les  damnés  en 
enfer  »  (Sohrawardî,  'awârif,  IV,  279). 

(4)  in  hilyah,  s.  n. 

(5)  radd,  f.  iS^. 

(6)  On  pourrait  lire  «  ziydrah  »  ;  mais  le  yawm  al  ziyâdah  est  un 
thème  connu  :  Ibn  Adham,  Misrî  et  Tirmidhî  {Khatam,  quest.  74)  le 
décrivent  comme  le  jour  de  la  glorification  des  saints  (Mohâsibî, 
mahabbah;  et  ^Mvioxii  lawahhom^  f.  169'»-i70^  recueil  de  méditations, 
où  ce  thème  se  trouve  dégagé  des  prémisses  un  peu  sensuelles  de  la 
tradition,  par  une  progression  lente  et  concertée,  avec  une  force  admi- 
rable). 

(7)  Kathf  al  waj%,  chanté  par  Dârânî  (Qosh.  18). 


THÉOLOGIE   DOGMATIQUE  698 

dans  l'autre  vie,  seront,  quant  à  leur  visile  à  Dieu,  rangés 
en  deux  catégories  :  l'une  qui  Le  visitera,  quand  et  autant 
qu'elle  voudra  (  i  )  ;  l'autre  ne  Le  visitera  qu'une  fois.  —  Com- 
ment?—  Lors(]ue  Dieu,  pour  la  première  fois,  se  fera  voir 
des  sages  (2),  Il  leur  montrera  un  soûq  (marché),  où  il  n'y 
aura  à  vendre  et  à  acheter  que  des  effigies  (sowar)  d'hommes 
et  de  femmes  (3)  ;  et  celui  (d'entre  eux)  qui  entrera  dans  ce 
soûq  ne  reviendra  jamais  plus  visiter  Dieu.  Ah  !  Dieu  te 
trompe  en  cette  vie  sur  le  marché,  et  dans  l'autre  sur  le 
marché  ;  tu  es,  et  pour  toujours,  l'esclave  du  marché.  »  Ce 
texte  classe  les  élus  musulmans  en  deux  catégories,  et  oppose 
de  façon  paradoxale  ce  qu'en  termes  chrétiens,  on  pourrait 
appeler  les  élus  des  vertus  naturelles,  et  les  élus  des  vertus 
théologales  (4)  :  ahlaljannah  et  ahl'al Hadrah,  ditNasrâbâ- 
dhî  (5). 

Ibn  'Atâ  montre  qu'il  n'y  a  pas  opposition,  mais  hiérarchie 
entre  les  deux  catégories  et  les  deux  récompenses  ;  héritages, 
l'une  des  œuvres  (a'mâl),  l'autre  de  la  sanctification  {istifa- 
iyah)  (6).  Hallâj  achève  de  mettre  en  ordre  cette  doctrine  : 

(1)  Cela  sent  1'  «  ancien  mo'tazilite  »  (Bistâmi  l'avait  été). 

(2)  Cfr.  la  vision  d'  'Alî-ibn-Mowaffaq  sur  les  sorts  différents  d'Ibn 
Hanbai,  Bishr  Hâfî  d'une  part  et  de  Ma'roûf  (Makkî,  qoût,  II,  56). 

(3)  hadîlh  célèbre  (cfr.  Qor.  LXXXVI,  9  ;  Râghib  pâshâ,  safînah, 
114  ;  Ki^kzi,  dîw an,  l'a). 

(4)  Ou  encore,  si  l'on  veut,  élus  des  Limbes  et  élus  de  la  vision 
béatifique. 

(5)  Baqlî,  in  Qor,  XVI,  21. 

(6)  Baqlî,  tafsîr,  f.  335^.  Les  élus  de  la  vision  partagent  la  vie  com- 
mune au  Paradis  «  où  leur  occupation  est  d'être  mis  en  état  {islislâh) 
d'accéder  à  la  contemplation  divine  (Baqlîj  in  Qor.  XXXVI,  55),  de  rece- 
voir de  Dieu  ce  salârn  direct,  qui  sonnera  pour  leur  humilité  amou- 
reuse, comme  un  perpétuel  et  suave  «  reproche  »  {'itâb  :  Qosh.  473  ; 
Hojwîrî,  Kashf,  23),  Et  le  hadith  de  la  ghihtah  (ici  §  VI)  montre  que 
les  autres  élus,  sans  jalousie,  proclament  cette  catégorie  privilégiée 
«  bienheureuse  ». 


CHAPITRE  XII 

ft  Dieu  restitue  le  fantôme  au  fantôme,  la  créature  à  la  créa- 
ture. Comme  leurs  actes  sont  créés,  et  leurs  louanges  cau- 
salisées,  Il  en  place  la  récompense  dans  «  les  fruits  d'entre 
ceux  qu'ils  préfèrent,  les  chairs  d'oiseaux  qu'ils  savourent, 
les  vierges  aux  yeux  noirs  »  (Qor.  LVI,  23)  et  choses  sem- 
blables. Mais,  comme  Sa  bonté  et  Son  bienfait  (ihsân)  (1) 
envers  Ses  serviteurs  sont  choses  nécessairement  {bidcliya) 
incréées,  11  en  place  la  liesse  et  la  récompense  en  ce  qui  y 
correspond:  «  Quelle  peut  être  la  récompense  du  bienfait, 
sinon  le  Bienfait  (incréé)  (LV,  60)?  »  —  «  Au  bienfait  de 
Dieu,  indénombrable  et  illimité,  ne  saurait  convenir  une 
action  de  grâces  (shokr)  limitée  (1  bis)^  en  un  instant  limité  ; 
si  Dieu  leur  a  demandé  l'action  de  grâces,  c'est  pour  les 
ravir  à  l'action  de  grâces  (2).  » 

Selon  al  Hallâj,  le  Paradis  contient  à  la  fois  deux  sortes 
d'élus  :  le  «  commun  »  des  croyants  Çâmmah),  que  le  culte  de 
la  shahâdah  maintient  à  l'écart  des  «  amis  intimes  »  de 
Dieu  (3)  )  :  ils  ont  fidèlement  pratiqué  les  prescriptions  de  la 
loi  naturelle,  et  ne  jouissent  que  des  joies  du  Paradis  d'Adam 
retrouvé.  Et  les  bien-aimés,  les  '(  amis  pinvilégiés  »  [khâssah]  : 
ils  jouissent  avec  les  autres  du  Paradis,  où  Dieu  les  fait  cir- 
culer avec  les  hoûrts  ei  gkilmân,  pour  l'entretenir,  comme 
l'eau  vive  de  la  grâce  {m,a  maskoûb)  et  de  la  vie  éternelle 
{hayât  bâqiyah),  qu'il  y  fait  ruisseler  sous  «  l'ombre  éten- 
due »  ;  mais  ils  ont  en  plus  le  privilège  unique,  surnaturel, 
de  la  vision  béatifique  [ro'yah).  Nou  pas  à  des  intervalles  à 
leur  choix,  comme  le  disait  Bistâmî, Hallâj  rectifie  (4)  :  «  C'est 

(1)  Théorie  de  Thawrî,  citée  par  Ibn  Haubal,  radd.,  f.  13*». 

(1  bis)  Comme  l'est  la  nôtre. 

(i)  Hallâj,  ap.  Baqlî,  ia  Qor.  XIV,  37  :  comp.  in  XLIX,  3  (/am'). 

(3)  Àkhb.  42. 

(4)  In  Qor.  XXXVI,  55.  La  jouissance  épurée  du  regard  passant  sur 
les  formes  matérielles,  exprimée  de  façon  encore  charnelle  par  les 
hadîih  cités  par  Solamî  [rokhsat  al  nazar  ilal  wajh  al  hasan,  extr.  de 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  698 

Dieu  qui  interrompt,  par  Son  irradiation,  les  élus  du  Paradis 
dans  leur  jouissance  du  Paradis.  11  les  ravit  hors  d'elle  par 
Son  irradiation,  pour  que  ce  plaisir  créé  ne  dure  pas,  et  que 
l'ennui  ne  les  prenne.pas;  c'est  leur  retour  à  eux-mêmes, 
succédant  à  l'irradiation  de  Dieu  pour  eux,  qui  répand  sur 
eux  la  jouissance  ;  car,  en  Dieu,  on  ne  peut  prendre  jouis- 
sance »  (1). 

Liste  des  questions  : 

ro'yah,  la  vision,  la  perception  de  Dieu.  l°Niée  absolu- 
ment, pour  les  yeux  comme  pour  les  cœurs,  par  Jahm,  les 
Imâmites,  l'ash'arite  Ibn  FoCirak,  et  de  nombreux  mo'tazi- 
liles,  'Abbàd  et  Foûtî.  'Allâf  l'admet,  comme  une  science 
infuse  [daroûrt)  au  cœur,  dans  l'autre  vie  ;  de  même  Najjâr, 
Ash'arî  et  l'imâmite  Sayrafî  (2).  —  2°  Désirable  dès  ici-bas, 
et  obtenue  après  la  mort,  par  une  modalité  inexplicable 
(Moqatil  (3),  Mâlik)  (4)  :  sixième  sens  (Dirâr,  zâhirites,  Shal- 
maghânî)  ;  transfiguration  des  sens  par  la  grâce  trans- 
formante :  <a/«/^',  dit  Rabâh  (5),  mot  qui  devient  classique 

ses  Sonan  ap.  Ibn  al  Jawzî,  nâmoû$,X),  est  exprimée  ainsi  par  Wâsitî  : 
«  Les  choses  sourient  aux  sages,  comme  les  lèvres  de  l'omnipotence, 
que  dis-je,  comme  les  lèvres  du  Seigneur...  ;  comme  dit  le  hadîth  : 
Celui  qui  veut  voir  la  gloire  de  Dieu,  qu'il  regarde  la  rose  rouge  »  (Baqlî, 
in  Qor.  XLI,  53);  cfr.  Matth.  VI,  29,  qui  vise  l'anémone  rouge  de 
Judée. 

(1)  Cfr.  autre  fragment  hallagien  (citation  de  «  ba'd  al  kobâr  »,  ap. 
Kalâbâdhî)  :  «  L'amour  est  jouissance,  mais  en  Dieu  on  ne  saurait 
prendre  jouissance,  car  les  stades  de  la  réalité  sont  :  l'étonnement, 
l'extinction  (de  la  dette),  le  ravissement  »  (copié  par  Daqqâq,  Qosh. 
171).  «  Dieu  ravit  à  la  sagesse  sa  jouissance  »  {id.,  ap.  Kalâbâdhî, 
ta'arrof)  ;  cfr.  Sayyârî  (Ibn  'Arabî,  fotoûhât,  III,  441).  C'est  contre  la 
théorie  hellénistique  («  Théologie  d'Aristole  »,  180  ;  Fârâbî,  fosoits, 
70,  §  17). 

(2)  Ash'arî,  f.  5(t«  ;  Tusys  list.,  48. 

(3)  lafsîr  :  conciliation  de  Qor.  VI,  103  et  LXXV,  22  (ap.  Malatî,  103). 

(4)  "lyâd,  shifâ,  I,  162. 
(o)  Ap.  Hilijah,  s.  n. 


696  CHAPITRE    XII 

et  qu'ai  TIallâj  adopte  avec  prédilection  (tiré  de  Qor.  VIT, 
139).  —  3"  Obtenable  «  aujourd'hui,  pour  le  cœur,  comme 
un  mystère  ;  et  demain  (dans  l'autre  vie),  pour  les  yeux, 
contemplation  »  (Sâlimîyah)  (1).  Obtenue  en  rêve  (manâm, 
opp.  yaqzah\  c'est-à-dire  pour  le  cœur,  opp.  aux  yeux)  (2) 
dès  Roqbah-ibn  Masqalah  (3),  qui  vit  une  fois  le  u  Seigneur 
de  la  Gloire  »  [rabb  aVizzah)  (4).  'Abdal  wâhid  ibn  Zayd 
précise  :  cette  vision  divine  est  accordée,  proportionnelle- 
ment aux  bonnes  œuvres  (5).  C'est  l'accès  à  une  familiarité, 
sorte  de  vie  commune  où  Dieu  manifeste  à  ses  saints  ses  joies 
et  ses  tristesses  (Aboû  Sho'ayb  Qailâl  Borâlhî)  (6),  les  fait 
converser  avec  les  habitants  du  Paradis  (Rabàh  ;  Dârânî  ; 
l'imâmite  Bazîgh)  (7). 

C'est  une  anticipation  du  Paradis,  transfigurant  leur  vie 
quotidienne  par  «  l'amour,  qui  est  l'infusion  des  touches 
divines  [holoûl al  fawaidmïn  AUâh)  dans  les  cœurs  de  Ses 
intimes  ».  Cette  dernière  formule,  recueillie  par  Mohà- 
sibî)  (8),  fît  accuser  les  mystiques  de  professer  le  holoûl,  de 
croire  que  l'essence  divine  pouvait  s'infondre,goutte  à  goutte, 
dans  une  créature,  au  moyen  de  ses  belles  actions  (holoûl  fil 
mostahsanât)  :  doctrine  reprochée  à  Modar  al  Qârî,  Kahmas 
Tamîmî  (-[-  149/766),  Ahmad  Hajîmî  et 'Abd  al  wâhid  ibn 
Zayd  (9). 

(1)  Makkî,  qoût,  II,  85. 

(2)  Gfr.  ici,  p.  513,  525.  Gfr.  la  vision  da  Prophète  obtenue  par  Ibn 
'Okkâshah  selon  la  méthode  de  Zohrî  (Malatî,  27-30). 

(3)  Elève  d'Aboû  Dharr  'Omar  Marhabî  (+  153/771),  qâssde  Koùfah 
(Jâhiz,  baydn,\\,  156,  III,  75  ;  Harawi,  dhamm.,î.  116»'. 

(4)  Au  sujet  de  Solaymân  Taymî  (Aah'arî,  f.  72*)  ;  cfr.  ici,  p.  318,  n.  4. 

(5)  Ash'arî,  f.  97^ 

(6)  A«h'arî,  maqàlât,  f.  97^  ;  Hazm,  IV,  226  ;  Sarrâj,  Loma\  s.  v. 

(7)  Sbahr.  II,  16;  Ibn  al  Jawzî,  nâmoûs,  X  ;  Khashîsh,  /.  c. 

(8)  Ap.  mahabbah  (in  Jlilyah). 

(9)  Ash'ârî,  mai/d/df,  f.  97'';  plus  tard  le  moi  niostahîanât  désigne 
aussi  les  formes  physiques  «  jugées  belles  ». 


THIÊOLOGIE   DOGMATIQUE  697 

Misrî,  Tostarî,  Jonayd,  Ibn 'Atâ,  ïlallàj  et  Aboû 'Amr  al 
Dimishqî  durent  s'en  disculper  explicitement  par  des  for- 
mules que  Solamî  nous  a  conservées  (1)  ;  Hallâj,  détinissant 
dans  la  sienne  la  personne  humaine  (2),  ajoute  :  «  Les  attri- 
buts de  Dieu  diffèrent  de  ces  qualifications  à  tous  points  de 
vue  ;  comment  serait-il  possible  que  Dieu  Se  manifeste  dans  ce 
qu'il  a  créé  et  astreint,  ainsi,  à  cette  impuissance  (3)  et  àcetle 
causalité  (4)  ?  Impossible  !  Loin  de  lui  cela  !  »  On  remarquera 
que  cette  justification  réserve  précisément  (5)  le  cas  d'une 
transfiguration  assimilatricede  l'homme  par  une  prévenance 
de  la  grâce.  La  doctrine  d'al  Hallâj  insiste  spécialement,  note 
l'imàmite  Ibn  Bâboûyeh,  sur  le  rôle  de  la  piété  (6)  dans  cette 
transfiguration.  Al  Hallâj  appuie,  en  effet,  sur  l'importance 
des  actes  de  piété,  non  seulement  pour  l'âme,  qu'ils  exercent, 
mais  pour  le  corps,  qu'ils  brisent,  le  préparant  ainsi  à  être 
glorifié,  à  la  résurrection  :  «  Dieu  ne  permet  pas  aux  mem- 
bres de  suspendre  (en  eux  l'œuvre  de)  Sa  transformation 
Iransfiguratrice  [tajalli)  en  interrompant  leurs  bonnes  ac- 
tions ;  telle  est  la  manifestation  de  Sa  suprématie  sur  notre 
obéissance  ;  c'est  pourquoi  11  dit  :  v(  Prosterne-toi,  rapproche- 
toi  (ainsi,  de  Moi)  »  (Qor.  XCVI,  19)  (7). 

—  L'avant-goût  du  Paradis  et  de  l'Enfer,  jannah  wa  nâr. 
Les  mo'tazilites  le  recherchent,  dès  cette  vie,  par  la  certitude, 
l'évidence  intellectuelle.  Les  mystiques,  par  la  purification 
morale  :  «  le  Paradis,  c'est  louer  Dieu,  savoir  Dieu  ;  l'Enfer, 
c'est  pécher,  se  satisfaire  de  sa  concupiscence  »,  dit  Wohayb 

(1)  ghalatât,  f.  79  ;  Qosh.  160. 

(2)  Ici  p.  484-483. 

(3)  La  dépendance  de  l'esprit,  soumis  à  un  corps  mortel, 

(4)  Du  corps  périssable,  réagissant  sur  l'esprit. 

(5)  Cfr.  son  'aqidah,  ici  p.  639. 

(6)  'ibâdah,  opp.  à  favâ'id,  observances  externes  {Vtiqâdât,  24*). 

(7)  In  Qor  s.  v, —  Cfr.  ici,  p.  97  et  p.  298.  Il  y  a  inversement  défigu- 
ration graduelle,  inaniraation  matérialisante  du  damné  (in  Qor.  III,  25). 


CHAPITRE  XIÎ 

Ibn  al  Ward  (4-  153/770)  (1).  «  Les  damnés,  ce  sont  les  gens 
des  formes  (rosoûm)  et  des  accoutumances  Çâdât)  ;  les  élus, ce 
sont  les  gens  des  réalités  [haçaig)  et  des  intuitions  o  (2),  dit 
al  Hallâj  ;  «  le  Qor'ân  est  la  Résurrection  (3),  le  monde  est 
le  signe  du  Paradis  et  de  l'Enfer.  Heureux  celui  que  la  con- 
naissance du  Créateur  distrait  de  celle  du  créé  »,  dit-il  en  sa 
Biwâ7/ahX\. 

Les  mystiques  postérieurs  raffineront  là-dessus:  il  y  a, 
selon  Zarroûq  (4),  trois  résurrections  et  trois  réunions  avec 
Dieu  (5)  :  Tune,  celle  du  vulgaire,  au  Jugement  ;  la  seconde, 
celle  des  ascètes  [ahl  al  qoloûb)^  l'extase,  après  la  mort  mys- 
tique volontaire  ;  et  la  troisième,  celle  des  témoins  (ahl  al 
shohoùd),  l'accès  suprême  [wasilah  ^ozmâ)  à  l'Ipséité  divine. 
Cette  thèse  mystique  tend  à  rejoindre  le  monisme  intellec- 
tualiste des  Qarmates  (6),  pour  qui  l'initiation  est  la  résur- 
rection réelle. 

V 

Juridiction  [bayn  ;  asmâ  wa  ahkâm). 

a)  Le  «  voile  du  nom  ». 
1.  La  définition  du  mot  comme  nom  (7). 

La  question  a  été  déjà  effleurée  à  plusieurs  reprises  dans 
les  pages  précédentes,  notamment  à  propos  des  divers  pro- 

(1)  Baqlî,  tafs,  f.  387^. 

(2)  Baqlî,  tafs,  in  Qor.  LXXIV,  31. 

(3)  Le  réciter,  c'est  se  mettre  en  présence  de  Dieu  comme  de  son 
Juge. 

(4)  rav)d  zâkhir,  293»',  295». 

(5)  Correspondant  à  trois  avènements  distincts  de  Jésus,  pour  ces 
trois  catégories  :  selon  Mohammad-ibn  Hâmid  Tirmidhî  (ap.  Sho'aybî, 
jaivhar  farîd,  majm.  Caire  229,  f.  32^). 

(6)  Déjà  l'imâmite  'Ijlî  place  le  Paradis  et  l'Enfer  sur  terre  {farq,  23.5)  ; 
ce  qui  est  une  doctrine  qarmate  (Malatî,  36). 

(7)  Du  lafz  comme  ma'nà,  disent  les  grammairiens. 


THiloLOQIE    DOGMATIQUE  Cq^ 

blêmes  que  l'étude  expérimentale  de  la  grammaire  arabe 
posa  aux  théologiens  musulmans:  le  scel  du  nom,  wad\ 
l'existence  des  homonymes  [um  moshtarik),  l'invention 
(i^tïldh)  des  synonymes.  Il  nous  reste  à  appliquer  ici  ces  don- 
nées à  l'étude  des  origines  du  droit  islamique:  comment 
emi3loyer  les  noms  coraniques  pour  constituer  théorique- 
ment un  «  corpus  juris  »  musulman  ;  et  pour  organiser  une 
juridiction  légitime  réglant  la  vie  sociale  de  la  Communauté. 

Selon  le  Qor'ân,  c'est  Dieu  lui-même  qui  a  enseigné  à 
Adam  tous  les  noms  propres  aux  choses  matérielles  (Qor. 
Il,  29)  ;  science  des  particuliers  que  la  science  (des  univer- 
saux),  synthétique  à  priori,  des  Anges,  n'implique  pas  for- 
cément ;  si  bien  que  l'acceptation  par  les  Anges  de  la  possi- 
bilité d'une  telle  science  fut  le  premier  temps  de  l'épreuve  à 
laquelle  Dieu  soumit  leur  obéissance,  le  second  étant  l'ado- 
ration d'une  humanité  intelligible,  soûrak^  sous  la  figure 
d'Adam.  —  Les  noms  propres  désignent  à  l'homme  les  créa- 
tures dont  il  peut  disposer,  pour  autant  que  l'usage  lui  en  a 
été  concédé.  Ils  les  lui  présentent  comme  différentes  de  lui, 
isolées  de  Dieu,  séparées  les  unes  des  autres  ;  individuées, 
existences  interdépendantes;  ils  ne  lui  en  fournissent  pas 
immédiatement  toute  la  réalité,  —  la  nature,  ilsla  lui  voilent, 
il  faut  qu'il  la  cherche.  De  la  méditation  du  Qor'ân,  aidée  du 
vocabulaire  imaginé  par  certains  Imâmites  {!),  al  Hallâj  tira 
sa  théorie  sur  le  «  voile  du  nom  »,  hijâb  al  ism  : 

«  Il  les  a  revêtus  (en  les  créant)  du  voile  de  leur  nom,  et 

(1)  Pour  les  Noseïris,  le  nom  est  la  «  matérialisation  »  de  la  chose 
invisible,  décelée  à  nos  yeux  par  sa  précipitation  dans  un  mélange, 
comme  le  vin  opalise  l'eau  où  on  le  verse  (comme  un  courant  d'air  chaud 
vibrant  dans  l'atmosphère),  hijâb  =  izhâr  al  shay*.  —  Pour  les  Druzes, 
au  contraire  {risd/ah  dâmighah),  hijâb  =  sitr  al  shay',  «  ce  qui  cache  »  la 
chose,  comme  l'allégorie  cache  l'idée  pure  :  le  mot  n'est  qu'un  mirage 
mental  iaterposé,  —  désespérant  et  inassimilable  {snrâb.  Qor.  XXIV,  39, 
utilisé  par  les  Druzes,  laqsim  al  'oloûm). 


700  CHAPITRE    XII 

ils  existent  ;  mais  s'il  leur  manifestait  les  sciences  de  Sa 
puissance,  ils  s'évanouiraient  ;  et  s'il  leur  découvrait  la  réa- 
lité, ils  mourraient  (1).  » 

«  Les  noms  de  Dieu  ?  Du  point  de  \ue  de  notre  perception, 
ils  sont  synonymie  (lilt.  ismo)  ;  du  point  de  vue  de  Dieu,  ils 
sont  la  réalité  (2).  » 

u  Le  voile?  C'est  un  rideau,  interposé  entre  le  chercheur 
et  son  objet,  entre  le  novice  et  son  désir,  entre  le  tireur  et 
son  but.  11  est  à  espérer  que  les  voiles  ne  sont  que  |)our  les 
créatures,  non  pour  le  Créateur.  Ce  n'est  pas  Dieu  qui  porte 
un  voile,  ce  sont  les  créatures  qu'il  a  voilées.  »  Et  il  ajouta  : 
«  Ton  voile,  c'est  ton  infatuation  !    (i'jdôo/ca^  hijdboka)  (3).  » 

Puis  il  récita  :  «  'ajibto  mïnka  waminni...  » 

c  Je  m'étonne,  et  de  Toi,  et  de  moi,  —  ô  Vœu  de  mon  désir  ! 
Tu  m'avais  rapproché  de  Toi,  au  point  —  que  j'ai  cru  que  Tu  étais 

[mon  «  moi  », 
Puis  Tu  T'es  dérobé  dans  l'extase,  —  au  point  que  tu  m'as  privé  de  mon 

[«  moi  »,  en  Toi. 
0  mon  bonheur,  durant  ma  vie,  —  ô  mon  repos  après  mon  ensevelisse- 

[ment  ! 
Il  n'est  plus  pour  moi,  fors  que  Toi,  de  liesse,  —  si  j'en  juge  par  ma 

[crainte  et  «la  confiance, 
Ah  I  dans  les  jardins  de  Tes  intentions,  j'ai  embrassé  toute  science, 
Et  si  je  désire  encore  une  chose,  —  c'est  Toi,  tout  mon  désir  !  » 

{\)  Solamî,  tabaqât  ;  Akhb.  4  (texte  à  retouches).  —  Cfr.  risâlah 
druze  taqsîm  al  'oloûm  «  s'il  leur  manifestait  ce  qu'est  leur  créateur, 
sans  les  apprivoiser  ni  graduer,  Sa  puissance  les  ferait  crier  et  s'éva- 
nouir »  [dr.  Mo'i/.z,  risalah  masîJiiyah,  ms.  Paris,  131,  f.  88-89).  «  Si 
la  Puissance  était  manifestée,  la  forme  créée  disparaîtrait  (ms.noseïri, 
Paris,  1450,  f.  53«). 

(2)  <(  Dieu  n'a  pas  plusieurs  noms,  mais  un  seul  Nom  »  (Asii'arites  : 
contre  Hanbalites,  Zâhirites,  ïïoroûfîs)  (Hazm  IV,  214,  V,  32). 

(3)  Ms.  Londres  888,  f.  326"^.  —  Solamî  rapporte  {JawâmV,  ms. 
Laléli,  159^)  :  «  On  a  rapporté  d'Ibn  Mansoùr  qu'il  dit  :  «  Quand  le 
fidèle  dit  «  C'est  moi  »,  Dieu  dit  «  Tu  bronches,  non,  c'est  Moi  !  »>  — 
Mais  si  le  fidèle  dit  «  Non  ;  c'est  Toi,  ô  mon  Maître  !  »,  le  Maître  dit 
«  Oui,  c'est  toi,  mon  serviteur  »,  et  voici  que  son  désir  devient  le  désir 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  7OI 

Si  c'est  Dieu  qui  a  enseigné  les  noms  aux  hommes,  peu- 
Tent-ils,  sans  Lui,  les  définir,  et,  sans  Lui,  les  appliquer  aux 
choses?  —  Tels  sont  les  trois  problèmes  que  la  théologie 
musulmane  se  posa  successivement  :  le  problème  de  la  défi- 
nition (tasmîyah)^  celui  de  Facception  [hokm)  et  celui  de  la 
prédication  légitime  [dcCivli)  du  nom. 

Du  nom  (ism)  à  la  chose  [mof^ammà)  y  a-t-il  une  différence  ? 
1°  Les  Khârijites,  et  Jahm  le  nient.  Les  uns  par  fidéisme 
réaliste,  l'autre  par  déterminisme  subject'wïste.  L'usage  du 
nom  coranique  nous  fait  posséder  ipso  facto  la  chose,  soit 
elle-même,  en  soi  (Khârijites,  'Abbâd-ibn-Solaymân)  (1), 
soit  ce  seul  aspect  que  Dieu  nous  permet  d'en  posséder 
(Jahm  ;  cfr.  Ash'arî).  Cette  première  solution  se  résume  ainsi: 
ism  ^=  mosammà,  par  tanzîl  immédiat  ;  ou  par  ta'itm  de 
l'imam  ;  ou  par  ^«7^/ logique.  —  2"  Les  premiers  Imâmites, 
étudiant  la  politique  d"Alî,  constatent  qu'il  a  dû  marquer 
une  différence  entre  le  nom  coranique  et  la  chose  (actes  de 
rébellion),  en  faire  varier  l'accord.  Ils  en  concluent  que  cet 
accord  n'est  pas  nécessaire,  mais  intermittent  et  arbitraire  ; 
et  qu'il  ne  s'établit  que  grâce  à  une  inspiration  divine,  sug- 
gérant à  certains  êtres  privilégiés  qu'il  faut  vénérer,  le  sens 
[ma'nd),  la  définition  variable  que  Dieu  veut  qu'on  donne 
conventionnellement  à  tel  mot  pour  qu'il  désigne  telle  chose  : 
ûwn:  ma'nâ  s:  niosammâ  (2).  —  3°  On  remarqua  bientôt  (3) 
que  ce  qu'ils  avaient  cru  être  le  privilège  du  chef  légitime 
pour  la  conduite  de  sa  politique  était  l'apanage  de  chaque 
croyant  pour  la  direction  de  sa  pensée.  La  définition  ne  res- 
sort pas  immédiatement  de  l'impression  du  nom  lui-même 

même  de  Dieu  à  son  endroit  ».  C'est  de  là  que  Roùmî  a  tiré  l'apologue 
cité,  p.  532,  n.  1 . 

(1)  Soyoùtî,  mozhir,  10. 

(2)  Cfr.  Tabarsî,  ihtijdj,  171. 

(3)  Ici  p.  507. 


jàà  CHAPITRE    XII 

dans  la  mémoire.  L'idée  ne  jaillit  pas  de  Tenregistrement 
mécanique  du  nom,  mais  est  issue  d'un  travail  conceptuel. 
Paris  ?  =  capitale  (de  la)  France.  L'entendement,  pour  conce- 
voir l'idée,  a  besoin  d'au  moins  deux  mots,  et  d'un  choc 
extérieur  (sensation,  rappel  du  nom). 

L'intelligence  humaine,  discursive,  doit  commencer  par 
se  diviser  elle-même,  en  deux  (1),  par  se  fendre,  pour  fonc- 
tionner; par  s'entr'ouvrir,  comme  une  fleur  s'épanouit,  au 
clioc  extérieur,  pour  qu'il  la  féconde,  et  qu'elle  en  conçoive 
l'idée.  «  L'entendement  a  (deux  dimensions),  extension  (toûi) 
et  compréhension  ('ard)  ;  les  actes  d'obéissance  ont  (deux 
aspects),  règle  de  vie  [sonan)  et  rite  obligatoire  (fard)  ;  toutes 
les  créatures  sont  réparties  en  (deux  demeures),  ciel  et 
terre  (2).  •>  Cette  théorie  d'al  Hallâj  est  fort  remarquable, 
et  Ibn  'Arabî  en  a  justement  signalé  l'importance  (3).  Elle 
se  trouve  en  germe  chez  Jâhiz,  dans  la  curieuse  risâlak  (4) 
où  il  compare  toûiei  'ard,  comme  deux  aspects  irréductibles 
de  l'idée  :  «  Extension,  selon  la  réalité  (haqîqah)  »  :  délimita- 
tion linéaire,  <«  comme  d'un  carré,  tarbf  » —  «  Compréhen- 
sion, selon  la  puissance  [liokoûmah)  »  :  possession  centrale, 
«  comme  d'un  cercle,  tadwîr  w.LesDruzes  ont  une  théorie 
particulière  sur  ces  deux  termes.  «  En  toute  chose,  le  toûl 
est  supérieur  (5)  à  V'ard\  le  toûl^  c'est  la  raison  universelle, 
^aql  kollî  ;  V'ard^  c'est  l'âme  passive,  nafs,  charnelle,  qu'il- 
lumine Y'aql  (Q).  » 

(4)  Gfr.  les  recherches  de  Brianchon,  Poncelet  etChasIes  sur  la«  loi 
de  dualité  de  l'espace  ».  Et  les  théories  de  Russell  et  Whitehead  sur  les 
«  deux  catégories  fondamentales  »,  en  logique. 

(2)  Bostân  al  ma'rifah. 

(3)  Ici  p.  378. 

(4)  mokhlârât,  I,  45. 

(5)  C'est  l'inverse  delà  théorie  de  Jâhiz,  qui  se  fonde  sur  Qor.  LVII,  21. 

(6)  risâlat  al  zanâd  ;  suivie  par  Ibn  "Arabî,  qui  en  fait  un  hylémor- 
phisme. 


THEOLOGIE   DOGMATIQUE  7o3 

Le  passage  précité  d'al  Hallâj,  et  ce  que  dit  Ibn  'Arabî  (1  ) , 
montrent  que  celte  nécessité  de  la  dichotomie,  du  recoupe- 
ment, qui  bande  l'activité  de  noire  pensée  comme  la  con- 
trainte d'un  ressort,  et  lui  impose  un  cerlain  lemps  pour 
achever  son  travail,  ne  nuit  pas,  selon  lui,  à  l'exactitude 
objective  du  résultat  final,  à  sa  connaissance  des  choses, 
puisqu'elle  est  la  marque  môme  du  classement  où  le  décret 
divin  a  réparti  les  êtres  et  les  lois. 

11  n'en  ressort  pas  moins  que  la  conception  de  l'idée  chez 
l'homme  est  complexe,  —  que  la  définition  [tasmiyah)  est 
formellement  distincte  :  et  du  nom  [ïsm)  qu'elle  emploie,  et 
de  la  chose  [mosammà)  qu'elle  fait  reconnaître.  La  preuve  en 
est  que  le  même  nom  est  susceptible  de  plusieurs  définitions, 
dans  le  même  verset  coranique.  C'est  le  fait  de  l'existence 
des  homonymes.  Nié  par  les  hanéfîtes  et  malékites,  qui  ne 
voient  dans  celte  pluralité  que  les  étapes  d'un  progrès  dans 
la  précision,  Auèâhi?'  (opp.  khafi),  au  nass  (opp.  moshkil),  au 
mofassa?-  (opp.  mojmal)  et  au  mohkam  (opp.  motashâbih)  (2). 
Reconnu  par  Moqâtil,  Shàfi'î,  Jobba'î  et  Bâqillânî,  ce  qui 
leur  permit  de  construire  une  exégèse  coranique  indépen- 
danle,  à  la  fois,  du  littéralisme  servile  des  Hashwiyah  (3),  du 
rationalisme  discutable  des  grammairiens,  Khârijites,  Mo'la- 
zilites  et  Hanéfites,  et  de  l'allégorisme  fantaisiste  des  Imà- 
mites  (4).  Contre  les  rationalistes,  Shâfi'i  prouva  la  légitimité 
du  sens  allégorique  {majâz},  au  même  titre  (5)  que  celle  du 
sens  propre  [haqîçak)^  à  propos  du  mot  «  yosalloûna  »  (Qor. 

(1)  foloûhât,  I,  188. 

(2)  Qâsimî,  osoûl,  tO. 

(3)  Rejeté  de  bonne  heure  :  il  faut  trouver  à  tout  mot  coranique  un 
sens  intelligible,  si  le  sens  littéral  ne  rend  rien  :  principe  du  tawil, 
reconnu  par  des  sunnites  modérés  comme  Fakhr  Râzî,  Nawawî, 
Sobkî  (Aloùsî,  julâ,  234-236). 

(4)  tâghoùt  =  Aboû  Bakr,  etc. 

(5)  Simultanément,  et  en  liaison. 


704  CHAPITRE    XII 

XXXÏII,  56),  (^  ("Dieu  et  les  anges]  prient  [sur  le  Prophète]  »  : 
prière,  pour  Dieu  signifie  «  pardon  »,  mais  pour  losanges 
u  intercession  »  (1)  ;  Tostarî  adopte  celte  distinction  (2),  et 
poussant  plus  loin  l'analyse,  déclare  que  tout  verset  du  Qor'ân 
a  quatre  (3)  sens  simultanés  (4)  :  «  littéral  (zâhir)  =  le  texte 
récité  (tilâwah)  -;  allégorique  (bât'm)  =  le  sens  à  en  retenir 
(fahm)  ;  moral  [hadd)  =  la  prescription  légale,  permissive 
ou  interdictive,  qu'il  édicté  [halâl,  harâm)  ;  et  anagogique 
(mottala)  =  l'accès  [maiad)  du  cœur  àl'intention  (maîtresse) 
du  verset,  par  un  don  divin,  un  discernement  (fiqh)  ». 

Cette  thèse  de  Tostarî  sur  la  pluralité  des  sens  du  texte 
inspiré  mérite  qu'on  s'y  arrête  ;  elle  se  trouve,  presque  dans 
les  mêmes  termes,  chez  les  talmudistes,  et  chez  les  scolas- 
tiques  chrétiens  (5).  Et  malgré  la  défaveur  dont  elle  est 
actuellement  l'objet,  elle  s'impose  à  quiconque  veut  revivre, 
dans  son  intégralité,  la  méditation  d'un  croyant  sur  le  texte 
qu'il  vénère  comme  sacré. 

Le  sens  littéral^  il  faut  le  reconnaître,  est  le  seul  qui 
convienne  à  la  plupart  des  textes  courants  parmi  les  hommes, 
tel  ce  compte  d'hôtelier  écossais,  dont  Carlyle  célébrait 
rinofîensive  véracité  documentaire  ;  simples  agenda  com- 
merciaux, dont  toute  la  valeur  meurt  avec  la  transaction 
momentanée  qu'ils  connotent  ;  ils  ne  nous  paraissent  indis- 

(1)  Tahànawî,  s,  v.  ishtirâk. 

(2)  tafsîr,  21-22. 

(3)  Cfr.  la  distinction  commune  (Qâsimî,  osoûl,  9-12)  entre  :  sens 
propre  {hoqîqah),  allégorique  {majàz),  apodictique  {sanh)  et  allusif 
(kinâyah)  ;  les  trois  catégories  de  majâz  admis  par  Ibn  Fâris  :  synec- 
doque {ittisd'),  métonymie  (tawkîd)  et  métaphore  (tashbîh). 

(4)  Ce  texte  de  Tostarî  est  devenu  un  /«arfî</i(GhazâIî,  ladonniyah  16, 
37,  —  mishkât  35-36;  Maytham,  ap.  'Amilî,  KashkoûlfSiA;  Qâmoûs, 
s.  V.  <i  tala'  »)  ;  Tostarî,  tafsîr,  3,  6. 

(5)  Doctrine  des  quatre  sens  de  la  Bible.  Jalâl  Roùmî  proposera  sept 
sens  {mathnawî,  trad.  Whinfield,  169). 


THléOLOGIE    DOGMATIQUE  705 

cutés  que  parce  que,  seul  leur  squelette,  leur  lettre  morte 
subsiste,  et  les  confronte  à  notre  mémoire. 

D'autres  textes  du  passé,  en  plus  de  leur  sens  littéral, 
nous  retiennent,  grâce  à  des  artifices  de  style,  se  gravent 
dans  notre  mémoire  ;  ils  conservent  pour  notre  intelligence 
un  attrait  permanent  de  symboles^  ils  l'alimentent  dans  son 
fonctionnement  même,  en  lui  fournissant  des  schèmes^  phi- 
losophiques, scientifiques,  artistiques. 

D'autres,  pénétrant  encore  plus  profondément  en  nous, 
attaquent  nos  désirs,  mobilisent  notre  volonté,  lui  proposant 
des  règles^  des  choix,  qu'elle  peut  faire  siens  ;  ce  sont  les 
textes  plus  ou  moins  impératifs  des  législateurs,  des  mora- 
listes. 

Enfin  certains  textes,  fort  rares,  et  dont  le  Qor'ân  fait  par- 
tie, ont,  en  plus  des  trois  sens  précités,  le  privilège  d'un 
caractère  spécial,  leur  attirant  la  vénération  d'un  grand 
nombre  ;  quand  leurs  rédacteurs  s'affirment  (et  affirment  au 
lecteur)  que  leur  œuvre,  ces  phrases,  symboles,  règles  énu- 
mérées,  se  sont  imposées  à  eux,  au  fur  et  à  mesure  de  leur 
conception  et  notation  ;  qu'elles  leur  ont  été  «  inspirées  », 
comme  on  dit,  d'un  journal,  un  article  <(  inspiré  »,  pour 
désigner  un  article,  où,  sous  la  personnalité  infime  du  signa- 
taire, transparaît  l'intention  maîtresse  d'un  autre;  —  ici, 
Dieu.  Ces  textes  sont  avant  tout  «  anagogiques  »,  c'est-à-dire 
qu'ils  amènent  à  penser,  d'une  certaine  manière,  à  Dieu. 
C'est  ce  dernier  sens  qui  intéresse  le  plus  les  mystiques  ;  si 
«  parler  »,  pour  les  hommes,  «  n'a  trait  à  la  réalité  des  cho- 
ses que  commercialement  »  (1),  —  ce  dernier  sens  est  le 
seul  qui  les  unit  «  commercialement  »,  familièrement  et 
personnellement,  avec  Dieu. 

L'exégèse  hallagienne  du  Qor'ân  est  presque  constamment 

(1)  Mallarmé. 

4b 


706  CHAPITRE    Xïl 

anagogique:  ex.  :  Qor.  LU,  1  «  Par  le  loûr..  »  ;  «  c'est-à- 
dire,  par  le  tayrân  (l'envol)  de  ta  conscience  vers  Nous,  et 
vers  toi  en  Nous,  —  et  par  ton  évasion,  hors  de  ce  qui  n'est 
pas  Nous  (1)  ». 

2.  L'acception  du  nom,  comme  statut  juridique. 

Entre  la  déKnition  (tasmïyah)  et  la  chose  (mosammà),  y 
a-t-il  passage  immédiat  (2),  ou  hiatus  ?  Dès  les  origines  de 
l'Islam,  la  question  se  posa,  avec  le  problème  du  statut  juri- 
dique [hokm)  du  croyant  criminel  [fâsïq),  c'est-à-dire  du 
musulman  coupable  d'un  péché  grave  autre  que  l'hérésie  : 
meurtre,  vol,  adultère,  détraction,  etc. La  Communauté  mu- 
sulmane f^î  scinda.  Le  rigorisme  des  M4ri/z7e5  demandait  à 
l'autorité  politique  d'ajouter,  aux  peines  corporelles  [hodoûd) 
prévues  parleQor'ân,  une  mise  hors  la  loi  An  fàsiq  (syn. 
bâghï)  obstiné  ou  relaps,  déclaré  infidèle  [kâfïr)  ;  et  d'inter- 
venir officiellement  pour  provoquer  et  recevoir  sa  rétracta- 
tion publique.  Le  laxisme  des  Morjites  (3),  qui  restera  la  doc- 
trine commune  des  sunnites,  s'en  tenant  aux  peines  cor- 
porelles (4),  considérait  le  fâsïq  comme  maintenu,  après 
correction  pénale,  en  pleine  possession  de  tous  ses  droits  de 
croyant,  moumin  (fonctions  sociales,  participation  à  tous 
les  rites  du  culte  ;  et  salut  éternel). 

Hasan  Basrî,  améliorant  la  définition  d'un  khârijite  mo- 


(i)  Ap.  Baqli,  <a/sir,  i.  C. 

(2)  Oui,  selon  les  mo'ta?!ilite8  (mosammâ  =  *ayn  al  tasmiyah)  ;  et 
selon  les  Hashwiyah,  Karramiyah  et  Ash'arites  {ism  =  'ayn  al  mo- 
sammâ). C'est  le  naql  al  asmâ,  l'opération  de  «  l'application  du  nom  » 
au  cas  concret  ;  considérée  comme  découlant  uniquement  :  de  l'intelli- 
gence selon  les  rao'tazilites,  d'une  grâce  arbitraire  selon  les  Ash'arites, 
BàqillAoî  et  Râzî  {shâmil,  f.  H9»').  —  Cfr.  Kalabâdhî,  ta'arrof,  f.  26". 

(3)  Ibn  al  Hanafiyah  et  son  fijs  Hasan  {Raysâniyah),  Mâlik,  etc. 

(4)  Seule  expiation  socialement  contrôlable. 


THÉOLOGIE  DOGMATIQUE  *J0*J 

déré(J),  AboûBayhas  Hay§am(4-  94/712),  montra  (2)  que 
le  croyant  coupable  s'était,  en  péchant,  placé  dans  une 
situation  contradictoire,  participant  à  deux  statuts  juridiques 
opposés  ;  et  qu'il  fallait  assimiler  le  fâsiç  à  l'hypocrite, 
monâ^ç. 

En  effet,  on  devait  avouer  :  1°  que,  vis-à-vis  des  membres 
de  la  Communauté,  le  criminel  conservait  son  statut  [hokm) 
de  croyant,  puisqu'une  fois  les  peines  corporelles  subies  (si 
le  péché  avait  été  public  et  en  impliquait),  il  restait  croyant 
pratiquant,  et  qu'on  ne  pouvait  pas  plus  l'exclure  (3)  des 
autres  rapports  sociaux  que  de  la  prière  commune  ;  —  2°  que, 
vis-à-vis  du  Législateur,  de  Dieu,  le  criminel  avait  perdu  son 
nom  [isni)  de  croyant  par  son  crime,  qu'il  s'excluait  morale- 
ment de  la  Communauté,  pour  l'éternité,  tant  qu'il  ne  se 
serait  pas  retourné  vers  Dieu  en  son  cœur,  tant  qu'il  ne  se 
jugerait  pas  comme  un  hypocrite,  pi?'e  qu'un  infidèle,  puis- 
qu'il avait  transgressé  la  loi  qu'il  entendait  continuer  à  pra- 
tiquer. La  conclusion  de  Hasan,  c'est  que  le  nom  apparent 
de  cet  homme  (croyant)  ne  correspondait  plus  à  son  statut 
réel  (damnation)  ;  —  que  l'autorité  humaine  restait  impuis- 
sante à  réduire  cette  contradiction,  qui  échappait  à  sa  juri- 
diction, provenant  d'un  certain  état  secret  du  cœur  de  cet 
homme,  en  suspens  dans  l'entre-deux  (èa?jn),  vis-à-vis  de 
Dieu  (4). 

C'est  la  doctrine  de  Qalâdah,  Mohâsibî,  Ibn  Karrâm  et 
Hallâj  (5)  ;  et  c'est,  à  peu  de  chose  près,  la  doctrine  imâmite 
modérée  (6). 

(i)  Reprise  telle  quelle  parles  Ibâdites. 

(2)  Ibn  Sîrîn,  par  une  démarche  de  pensée  inverse,  appelle  les  nova- 
teurs (ahl  al  bida')  des  «  rebelles  »  [Khaivàrij). 

(3)  Officiellement,  tout  au  moins  (mosquée,  cimetière). 

(4)  Makkî,  qoût,  I,  234  ;  shâmïl,  f.  126^;  Hazm  111,229;  Shahr.  1,155. 

(5)  taklîf  bi'i  bayn  (Taw.  XI,  13). 

(6)  Ibn  al  Dâ'î,  434. 


708  CHAPITRE   XH 

Un  des  disciples  de  Hasan,  Wâsil,  tira  de  cette  notion  de 
l'entre-deux  [hayn]^  de  cette  liberté  diminuée  et  déchue  (1), 
miséricordieusement  laissée  au  pécheur,  sa  doctrine  de  la 
liberté  purement  psychologique  ;  autonomie  étanche  du 
cœur,  par  rapport  à  Dieu  qui  lui  a  révélé  sa  loi,  comme  par 
rapport  à  ses  membres  qui  lui  ont  servi  à  pécher  et  qui  ont 
été  punis  ;  «  solitude  volontaire  »  {iHïzàï)  du  cœur,  qui  a 
donné  son  nom  au  moHazilisme  (2).  Pour  Wâsil  (3),  le  croyant 
coupable,  en  péchant,  s'est  placé,  non  dans  une  situation 
contradictoire,  participant  à  deux  statuts  juridiques  opposés, 
comme  l'avait  vu  Hasan,  l'assimilant  à  Thypocrisie  ;  mais 
dans  une  situation  d'équilibre  neutre,  échappant  aux  deux 
statuts  juridiques  opposés,  —  lui  conférant  liberté  d'indiffé- 
rence plénière  (4).  Son  état  participant  à  la  fois,  par  certaines 
caractéristiques  [khisâl),  à  la  croyance  et  à  l'incroyance,  le 
croyant  coupable  est  libre  de  lui  donner  le  sens  voulu,  de 
créer  sa  destinée. 

Wâsil,  maintenant  au  coupable  le  nom  pur  et  simple  de 
fâsiq^  n'établissait  qu'une  différence  virtuelle,  qu'une  dis- 
tinction de  (notre)  raison,  entre  le  choix  de  la  volonté  qui 
dénomme  [Iiokm),  le  discernement  de  l'intelligence  conce- 
vant la  définition  (tasmiyah)  et  le  nom  révélé  (wm),  scel  de 
la  chose.  Or,  nous  avons  vu  que  la  définition  n'est  déjà  pas 
le  nom,  puisqu'il  y  a  des  homonymes.  Et  la  chose  ne  porte 

(t)  Semblable  à  l'irrésolution  {tadhabdhob)  de  l'hypocrite  (Qor. 
IV,  142). 

(2)  Telle  est  Tétymologie  véritable  de  ce  nom  (Mas'oûdî,  moroûj^W, 
21)  ;  Malatî  propose  «  ceux  qui  ont  fait  retraite  »  de  la  vie  publique,  à 
la  mort  d'  "Alî,  ne  voulant  pas  prendre  parti  (f.  62)  ;  l'étymologie  usuelle 
n'est  qu'une  dérision  d'adversaires.  —  Gfr.  Jonayd,  ap.  Kharkoûshî, 
f.  160%  et  ici  p.  122,  n.  3. 

(3)  Ibn  al  Mortaçlâ,  23  ;  Malatî,  62. 

(4)  D'où  la  critique  de  Wâsitî  :  «  Les  mo'tazilites  ont  revendiqué  de 
façon  déguisée  lepouvoir  suprême  que  Pharaon  avait  revendiqué  ouver- 
tement ;  disant  «  Ce  que  tu  veux,  tu  le  fais  ».  »  (Qosh.  6). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  709 

pasforcémenf  telle  dénomination  que  nous  lui  appliquons, 
puisqu'il  y  a  des  synonymes.  La  théorie  de  Wasil,  qui  dé- 
barrassait en  pratique  les  tribunaux  canoniques  de  la  pour- 
suite des  crimes  privés,  paralysa  l'essor  delà  science  des 
«  fondements  du  droit  »  [osoûl)  ;  laissant  la  pensée  individuelle 
rechercher  indéfiniment  quelle  qualification  morale  attri- 
buer à  l'acte,  envisagé  comme  manifestant  à  la  Communauté 
l'état  de  la  conscience  intime  du  croyant.  Or,  si  la  chose, 
déjà,  n'est  précisable  qu'au  moyen  de  plusieurs  synonymes 
(épithètes), —  à  fortiori  l'acte  du  croyant  ne  peut  être  soustrait 
aux  diverses  acceptions,  aux  divers  statuts  juridiques, a/îX«w?, 
que  la  révélation  de  la  Loi  divine  lui  assigne.  La  pensée 
ne  conclut  pas  d'elle-même  ;  le  jugement  ne  se  formule  que 
sur  l'invite  du  Commandement  de  la  loi  iistiftâ). 

Shâfi'î,  le  premier,  mit  en  ordre  la  question  (1),  par  sa 
liste  des  «  cinq  acceptionsjuridiques  »  (2)  de  l'actedu  croyant. 
Elles  correspondent,  établies  du  point  de  vue  externe  et 
social,  —  à  ce  que  la  théologie  chrétienne,  du  point  de 
vue  interne  de  l'examen,  nomme  les  «  divers  genres  de 
consciences  ».  En  voici  le  tableau  ;  avec  les  (^  genres  de 
consciences  »  correspondants,  selon  l'école  de  Mohâsibî: 

wâjib  (3),  l'acte  obligatoire  ;  œuvre  de  la  conscience  droite, 
honnête  [tayib). 

masnoûn  (4),  l'acte  recommandé  ;  œuvre  de  la  conscience 
scrupuleuse,  probable  (siddiç). 

(1)  Et  la  classincation  subjective  des  hanéfites,  basée  sur  les  degrés 
de  l'intention  personnelle  dans  l'acte  :  'azîmah,  pour  les  actes  légaux 
(fard,  sonnah,  tatawico\  nafal),  —  eirohhsah  (dispense)  pour  les  déro- 
gations légères. 

(2)  Baghdâdî,  farg,  337  ;  Jowa^nî,  ap.  Qâsimî,  osoûl,  28  ;  Ghazâlî, 
mihakk,  130.  Cfr.  l'usage  philosophique  qu'en  fit  Ibn  Roshd  (ap. 
Gauthier,  La  théorie  d'Ibn  Rochd,  37  seq.). 

(3)  Syn.  :  fard. 

(4)  Syn.  :  nafal,  tatawwo\  mostahabb,  mandoûb. 


TIO  CHAPITRE  XII 

hîobâh,  l'acte  indifférent,  neutre  ;  œuvre  de  la  conscience 
indélibérée,  obscure  {éânn)  (\). 

makroiik,  l'acte  déconseillé,  blâmable  ;  œuvre  de  la 
conscience  perplexe,  sceptique  (shcikk)  (2). 

mahzoàr  (3),  l'acte  interdit  ;  œuvre  de  la  conscience  erro- 
née, malhonnête  (khabîth)  (4). 

Shâfi'î,  en  énonçant  ces  cinq  ahkâm^  s'est  fort  explicite- 
ment contenté  de  s'en  servir  pour  qualifier  la  valeur  sociale 
des  actes,  à  l'égard  de  la  Communauté  ;  sans  s'en  servir  pour 
préjuger  du  sort  éternel  de  ceux  dont  les  actes  tombaient  sous 
l'une  ou  l'autre  de  ces  «  acceptions  »  (5).  Cette  dernière 
question,  qui  est  pourtant  inévitable  dans  une  Communauté 
religieuse,  aspirant  à  une  unité  réelle,  est  celle  de  la  u  pré- 
dication légitime  »  du  nom  comme  jugement  pratique. 

3.  La  'prédication  légitime  du  nom  comme  jugement  pratique  (6). 

Suffit-il  que  le  nom  soit  présent  dans  la  mémoire,  comme 
exactement  prononçable,  et  que  l'idée  conçue  se  formule 
pour  l'intelligence  en  un  jugement  correct,  pour  que  la 
volonté  ait  le  droit  de  l'élire,  hic  et  nunc,  comme  le  seul  sta- 
tut juridique  s'appliquant  immédiatement  et  réellement  à  la 

(l)Taw.,  11,6. 

(2)  D'où  la  question  célèbre  qui  sépara  les  mo'tazilites  de  Bagdad  de 
ceux  de  Basrah  :  le  statut  juridique  de  «  celui  qui  doute  «  de  l'infidé- 
lité d'un  infidèle  est  Vinfidélilé  {Jtofr),  puisqu'il  ne  sait  pas  discerner 
la  foi  (tous  sont  d'accord  là-dessus)  ;  mais  quel  est  le  statut  juridique 
de  «  celui  qui  doute  »  de  l'infidélité  de  m  celui  qui  doute  »,  etc.  {ad  infi- 
nitum)  ?  kofr  (Bagdadiens  :  Mordâr)  :  fisq  (Basriens).  Gfr.  Malatî, 
70-71. 

(3)  Cfr.  Hallâj,  pièce  citée,  p.  93,  v.  2,  syn.  :  harâm. 

(4)  Ici  p.  676. 

(5)  Leur  vérité  relative,  humaine  ;  non  leur  réalité  devant  Dieu.  Gfr. 
ici,  p. 388-389.  Ghazâlî,  monqidh,  24. 

(6)  G'est  en  germe  la  question  de  la  sanction  ;  «  commander  (aux 
autres)  les  préceptes...  » 


THEOLOGIE  DOGMATIQUE  Jlt 

chose  que  nous  examinons?  —  Le  nom  ne  nous  met  pas  en 
jouissance  de  la  chose,  du  fait  même  que  notre  volonté  élit 
le  jugement  correct  conçu  par  l'intelligence,  pour  l'appli- 
quer h  celte  chose.  La  justesse  du  raisonnement  n'est  pas 
une  preuve  suffisante  en  fait  de  jugements  pratiques  ;  c'est 
ce  que  Nazzâm  prouva,  contre  'Anbarî  (1).  Le  problème,  tel 
que  l'envisage  la  métaphysique  islamique,  est  celui  de  la 
manière  dont  Dieu  a  concédé  à  l'homme  «  l'usage  des 
noms  ».  Cette  concession  a-t-elle  été  faite  une  fois  pour  tou- 
tes, ne  vnrielur'^Cesi  la  thèse  du  tawçîf,  de  la  donation  cons- 
tituée comme  un  bien-fonds  transmissible  (2),  mais  inalté- 
rable: soutenue  par  le  grammairien  Ibn  Fâris,  suivant  Ibn 
'Abbâs  et  les  Khârijites  (3). 

Or,  l'expérience  des  grammairiens  (Ibn  Jinnî)  leur  prou- 
va (4)  que,  loin  d'être  fixe,  le  vocabulaire  de  chacun  et  de 
tous  s'améliorait  constamment,  qu'il  y  avait  invention 
incessante,  foisonnement  de  sens  par  hybridations,  pour 
une  racine  fondamentale  ;  appropriation  de  spécifications 
secondaires,  de  plus  en  plus  adaptées  aux  cas  particuliers, 
istilâh:  amendement  du  bien-fonds  commun  aux  descen- 
dants d'Adam.  C'est  la  thèse  soutenue  parles  mo'tazilites, 
Isfarâ'inî,  Jowaynî,  Ghazâlî  (5),  Fakhr  Râzî  (6). 

D'où  venait  Yistiiâh  :  de  l'activité  autonome  de  la  rai- 
son (7),  dirent  les  mo'tazilites  et  les  philosopht-s  helléni- 
sants. Les  mystiques  y  reconnurent  l'intervention,  conti- 

(1)  Qâsimî,  osoûl,  73,  138. 

(2)  Ou  intransmissible,    momentané,   pour    chacun    (Ash'arî,    Ibn 
Foùrak). 

(3)  Soyoùti,  mozhir,  5. 

(4)  Id.,  7.' 

(5)  Soyoùtî,  mozhir,  10. 

(6)  iafsîr'kabh',  V,  223. 

(7)  Ou  la  coopération,  simultanée  (Aboù  Hâshim),  ou  successive 
(Isfarâ'inî),  de  Dieu  et  de  la  raison. 


712  CHAPITRE    XII 

nuée,  de  la  même  grâce  divine,  qui  avait,  à  l'origine,  fourni 
les  premiers  éléments  du  vocabulaire  ;  rappel,  discret  et 
secret  comme  un  conseil,  du  pouvoir  souverain  de  Dieu. 
Dieu  ne  permettant  pas  qu'on  jouît  jamais,  hors  de  Lui,  de 
la  réalité  de  la  chose  sous  son  vrai  nom  ;  ne  nous  laissant 
pas  nous  satisfaire  du  voile,  mais  nous  demandant  dépasser 
outre  vers  Lui.  Deux  récits  coraniques  étaient,  à  ce  point  de 
vue,  suggestifs.  La  »(  faute  d'Adam  »,  étudiée  par  Bistâmî  (1), 
Makkî,  et  Jîlî  (2),  et  la  «  chute  de  Satan  »,  étudiée  par  al 
Hallâj  dans  le  Ta  Sîn  al  Azal.  Le  premier  récit  prouve  que 
l'homme  ne  possède  pas  complètement  les  choses  par  leurs 
noms,  puisqu'on  lui  enseignant  les  noms  des  choses  maté- 
rielles. Dieu  lui  en  avait  signalé  une  :  dont  le  nom  lui  était 
concédé  (connaissance),  mais  dont  la  jouissance  lui  était 
interdite. 

Le  cas  de  Satan,  tel  que  le  montre  al  Hallâj,  est  encore 
plus  caractéristique.  Satan,  investi  par  Dieu  du  droit  suprême 
d'énoncer,  devant  les  Anges,  que  Dieu  est  unique,  tombe, 
parce  qu'il  s'obstine  à  garder  devant  l'humanité  comme  sien 
propre,  comme  dot  (3),  — ce  droit  de  u  prédication  légi- 
time »,  da'wd^  qui  n'appartient  qu'à  Dieu,  et  que  Dieu  ne 
concède  que  par  usufruit  précaire.  Peu  importe  que  sa  for- 
mule soit  exacte,  et  que  son  jugement  soit  vrai  ;  Satan  se 
damne,  parce  que,  se  considérant  comme  propriétaire  du 
Nom  de  Dieu,  il  en  use  à  son  heure,  et  prétend  L'attester  à 
sa  guise,  dans  la  désobéissance  comme  par  l'obéissance.  La 
prédication  légitime  (da'wa)  d'un  jugement,  son  application 
impeccable  au  fait  immédiat,  dépend,  non  de  la  nature,  ni 
de  la  raison  seules,  mais  d'un  privilège  divin,  puisqu'elle 

(1)  Sha'râwî,  lataif  al  minan,  I,  127  :  «  Adam  vendit  la  Présence 
divine  pour  une  bouchée.  » 

(2)  insân  kdmil,  II,  38.  Makkî,  qoût,  1, 128. 

(3)  Taw.,  p.  xi-xn,  47. 


THÉOLOGIE  DOGMATIQUE  7x8 

dérive,  en  son  principe,  d'une  investiture  divine  de  l'auto- 
rité souveraine  :  l'usurper,  par  présomption,  c'est  s'en  pri- 
ver, c'est  le  dam  ;  s'y  soumettre,  par  humilité,  c'est  la  rece- 
voir, c'est  la  sainteté. 

Table  des  questions  : 

da'wà  (ou  clahvah),  prédication  légitime  :  1°  mot  de  passe, 
cri  de  guerre  commun  à  toute  la  tribu,  qui  excite  les  contri- 
bules  à  la  rescousse  (1).  2°  prédication  légitime  de  la  phrase 
(en  logique  :  hoiva  howa).  3°  juridiquement  :  action  préjudi- 
cielle, pour  constater  un  fait^  et  judiciaire  pour  revendiquer 
un  droit  (2).  4°  annexion  au  «  moi  »  de  ce  qui  ne  lui  appar- 
tenait pas  (et  inversement)  (3)  ;  prédication  publique  de 
la  parole  divine  (4),  propagandisme,  apostolat.  — Elle  n'est 
justifiable  (5)  alors  que  s'il  y  a  shath  (litt.  <»  mouvement  »  = 
harakah),  a  effusion  d'une  grâce  illuminante,  dans  le  cœur 
(6)  »  :  donnant  momentanément  «.  droit  »  sur  la  vérité  (7). 

—  degrés  d'intimation  d'un  ordre  révélé  (8)  : 

—  khms:  détermination  simple,  décisive  et  spéciale  de 
l'ordre  (isolé  ;  ou  relié  à  une  exception,  istithnd,  condition, 
shart,  ou  restriction,  taqyUl)  :  ne  visant  que  ce  cas-ci,  où  nous 
sommes,  sans  échappatoire  à  sa  sanction. 

—  'âinm  :  détermination  simple,  décisive  ;  mais  générale, 
visant  d'autres  cas  avec  le  nôtre. 


(1)  Lammens,  Ziyâd,  37. 

(2)  D.  Santillana,  projet  de  Code  commerc.  tunis.,  1899,  p.  194. 

(3)  Kharkoùshî,  f.  230»^. 

(4)  Ici  p.  138.  Cfr.  les  «  ahl  al  da  'vvah  »  Khârijites  ;  'abbàsides.  Cfr. 
Ibn  al  Dà'î,  435. 

(5)  Tostarî  :  «  Le  premier  voile  (à  retirer),  c'est  la  da'ivà  !  »  (ms. 
Kôpr.  727). 

(6)  Kharkoùshî,  f.  230^  ;  Solamî,  ghalatâl,  79^. 

(7)  Par  mandat  extraordinaire  d'un  Dieu  personnel. 

(8)  Qâsimî,  osoûl^  8,  31. 


yi4  CHAPITRE   XII 

—  moshtarik'.  détermination  complexe,  nous  laissant  li- 
bres de  discuter  s'il  nous  concerne  effectivement. 

—  mo'awival,  résultat  de  la  discussion  personnelle,  déter- 
minant jusqu'à  quel  point  cet  ordre  nous  concerne  [ta'ivîi  (\), 
condamné  par  les  hanbalites  et  les  mystiques). 

Au  lieu  de  cette  classification  externe,  hanéfite  et  mo'ta- 
zilite,  —  les  mystiques  usent  de  l'échelle  suivan  te  de  termes, 
exprimant  les  degrés  de  soumission  (interne)  de  la  conscience 
à  l'ordre  :  mokhlh^  l'homme  franc,  dévoué  ;  moshfiq, 
timide,  faible  (2)  ;  maftoûn^  batb\  bavard,  cynique  (3)  ;  mo- 
nâfiq,  hypocrite,  pervers. 

Voici  des  vers  d'al  Hallâj,  très  expressifs,  sur  l'initiative 
divine  perpétuellement  requise  pour  la  dahvà  (4)  : 

«  Le  raccordement  (rokovb)  de  la  réalité  à  Dieu  est  œuvre  divine, 

Et  le  sens  de  cette  expression  est  ténu  à  saisir  ; 

J'ai  raccordé  l'existence  à  la  Source  de  l'existence 

Et  mon  cœur  n'est  plus  serf  de  l'endurcissement.  » 

«  La  réalité  de  Dieu,  comme  un  éclaireur  {mostanîr). 

Pousse  un  cri  d'alarme,  présage  d'un  événement  sûr  ; 

Puis  (toutes)  les  réalités  de  Dieu  se  démasquent, 

Et  la  part  de  celui  qui  les  désirait  est  de  se  trouver  spolié.  » 

b)  Tableau  des  preuves  préconisées  au  IIP JIX^  siècle  (5) . 

A.  Preuves  mnémotechniques  [nass),  aboutissant  à  l'iden- 
tité, par  «  suppression  de  l'hiatus  »  [tanqîh  al  manât)  :  \°  tex- 

(1)  Des  mo'tazilites,  hanéfites,  KoUâbîyah,  ash'arites  (Gholâm  Khaltl, 
shai'h  al  sonnah  ;  Harawî,  dhamm). 

(2)  Gfr.  Qor.  XLII,  17. 

(3)  Akhb.  15  ;  Sol.  in  Qor.  XXXIX,  23. 

(4)  Sol.  in  Qor.  X,  39  ;  et  fragments  de  la  Genizah  hébraïque  du 
Caire  {16  74-a).  Gfr.  Hallâj  (ap.  Baqlî,  in  Qor.  X,  36)  :  «  La  vérité  se 
dit  de  Dieu  et  d'une  cause,  posée  par  Dieu  comme  Son  attestation  per- 
manente (qâ'im),  en  union  avec  Lui  ;  et  rien  n'est  au-dessus  de  cela 
que  la  vision  immédiate  de  Dieu.  » 

(5)  Les  termes  employés  par  Hallâj  sont  marqués  d'un  astérisque*  ; 
voir  Qâsimî,  osoûl,  73  seq. 


THEOLOGIE  DOGMATIQUE  71B 

tes  coraniques  (naim)  :  à  force  probante  (dalâlah)  immédiate 
[na^^],  ou  par  l'expression  {Hbârah*},  l'allusion  [ishârah* , 
'îma*),  le  sens  (mafhoûm*)  ou  le  contexte  (i(]lidâ)  :  d'où  pro- 
blème du  naskh,  abrogation  d'un  verset  par  un  autre  {!); 
V  textes  de  hadîth  [khabar*)  :  leur  force  probante  est,  en 
outre,  subordonnée  à  la  continuité  de  leur  chaîne  de  trans- 
mission (/««^ya^or  ;  vocabulaire  technique  fort  étendu)  et  au 
nombre  des  premiers  témoins  (question  des  traditions  re- 
montant à  un  seul  :  akhhâral  âhàd^  qawlalsahâhi  :  Mâlik,  Ibn 
Hanbal,  Ibn  Râhawayh  ;  niées  par  Dirâr,  Khayyât  ;  délaissées 
par  Shâfi'î,  Dâwoûd)  (2)  ;  3°  faut-il  s'en  tenir  uniquement 
(istishâb)  à  ce  que  fournissent  les  textes,  sans  recevoir  aucune 
source  ultérieure  (iMâlik,  Shâfi'î,  Ibn  Hanbal).  En  cas  de 
conflit  entre  1°  et  2',  le  Qor'àn  prime  le  hadîth  (Ibn  Hanbal, 
contre  Shâfi'î)  (3)  ;  4°  comment  lire  le  texte:  l'énoncé  brut 
prime-t-il  l'explicitalion  ;  le  sens  propre,  le  sens  figuré;  le 
sens  divisé  (ifrâd),  le  sens  composé  [ishtirâk)  ;  la  succession 
donnée  des  mots,  l'ordre  syntactique  (4)  ? 

B.  Preuves  intellectuelles  (dalîl),  établissant  un  (^  nexus  » 
(iqtirân*)  (5)  :  1°  L'effort  juridique  personnel  (ijtihâd).  Le 
Prophète  n'en  a  pas  eu  :  Jobba'î,  Aboû  Hàshim  ;  contre  pen- 
sée implicite  d'Aboû  Yoûsof  et  Shâfi'î  (6)  :  sous  forme  de 
raisonnement   (çii/âs),   même  par  induction   [istïqra]   (7)  : 

(1)  Qâsimî,  13. 

(2)  Id.,  94. 

(3)  Id.,  Ho. 

(4)  Id.,45. 

(5)  Notion  déduite  de  Vigtidâ  par  les  hanéfites  Moznl  et  Aboù  Yoùsof 
(id.,  75  n.).  Gfr.  ici,  p.  528.  C'est  le  lien  logique  (entre  majeure  et  mi- 
neure), non  l'inséparabilité  grammaticale  (molâbasah).  Ghazâlî  nia 
d'abord  l'existence  de  Viqtirân  {tahâfot  1,  65  :  cfr.  glose  marginale, 
II,  71). 

(6)  Id.,  70,  138. 

(7)  Qâsimî,  l.  c,  74. 


7l6  CHAPITRE   XII 

cherchant  la  solution  satisfaisante  [istihsân)  pour  la  raison  : 
concluant  au  discernement  du  meilleur  [lakhayyor]  ou  à 
l'abstention  [tawaqqof)  ;  ou  au  discernement  du  préférable 
[larjlh],  ajoute  Shàfi'î  (1)  ;  2°  comment  interpréter  le 
<(  nexus  »  sur  lequel  se  fonde  l'énoncé  du  statut  juridique  : 
la  généralité  théorique,  formulée  (tamis  al  ' àmm)  prime-t- 
elle la  spécification  positive  (toA/?^*')  (2)  ;  l'absolu  [motlaq), 
le  conditionnel  (moqayyad)  (3)  ;  la  notification  exclut-elle 
toute  possibilité  de  statut  contraire  (dalil  al  khitâb)  (4)  ;  ce 
qui  est  non  spécifié  (=  loi  non  écrite)  est-il  à  priori  inexis- 
tant [barâ'ah  asliyah  de  Màlik,  nafy  aslî  d'Ibn  Hanbal)  (5)  ; 
le  licite  (ihâhah)  antécède-t-il  l'illicite  [haèr]  (6)  ;  peut-on 
suivre  l'opinion  autorisée  des  gens  compétents  [taqlîd)  (7)  ? 
C.  Preuves  morales  (qiyâm  alhojjah),  entraînant  l'action  : 
1°  se  guider  sur  la  découverte  d'un  avantage  [istinbâf  bïl 
monâsabah)  (8)  ;  2°  restreindre  l'emploi  individuel  [sadd  al 
dharaï\  Mâlik)  (9)  des  moyens,  en  considération  de  leurs  fins 
(sociales)  ;  3°  suivre  la  coutume  (^âdah),  reçue  depuis  tou- 
jours [maslahah  morsalah  =^  ^orf)  dans  un  milieu  social  mo- 
dèle ;  d'où  :  ijmâ'  des  gens  de  Médine  (Mâlik),  ou  de  Koûfah 
(Thawrî?)  ou  des  descendants  du  Prophète  (Imâmites)  (10); 

(i)ïd.,68. 

(2)  Mâlik,  contre  Aboù  Hanîfah  (id.,  49). 

(3)  Aboù  Hanîfah,  contre  Mâlik  ;  'Allâf,  contre  Nazzâra  (id.,  54,  57). 

(4)  Mâlik,  Shâfi'î,  Ash'arî,  Isfarâ'inî  ;  contre  les  mo'tazilifes,  Aboù 
Hanîfah,  Ibn  Sorayj,  Jowaynî  (la  suppression  d'une  sifah  ne  supprime 
pas  le  mawsoûf),  Bâqillânî  (shart)  ;  (id.,  55). 

(5)  Id.,  H7.  Cfr.  les  Qarmates  ;  et  Jonayd,  contre  Ibn  'Atâ  (la néces- 
sité suspend  la  règle). 

(6)  Id.,  86.  Ibn  Mas'oùd,Aboù  Hanîfah,  Thawrî,  Yahya  Râzî  ;  contre 
Ibn  Hanbal,  Antâkî,  'Izz  Maqdisî. 

(7)  Id.,  69,  J39;  supra,  p.  677. 
(8)Id.,  127. 

(9)Id.,74. 
(10)  Id.,  75. 


THÉOLOGIE  DOGMATIQUE  7I7 

4°  se  ranger  à  ropinion  dominante,  au  «  consensus  »  des 
jurisconsultes  de  rislàm  à  toute  époque  :  principe  de  Vijmd  ' 
(Dirâr,  Hafs  al  Fard,  Kollhoûm,  Shàfi'î,  Jowaynî)  (1);  au 
a  consensus  »  universel  des  nations  antiques  (Isfarâ'inî)  (2)  ; 
5°  suivre  le  «  consensus  »  théorique  des  quatre  premiers 
khalifes;  des  X  compagnons;  de  tous  les  compagnons  du 
Prophète  (Dàwoûd)  ;  ou  leur  «  consensus  »  pratique  (Ibn 
Hanbal)  (3)  ;  6"  se  conformer  en  sa  vie  [taassi)  (4)  aux  exem- 
ples (,9o/2«;2)  du  Prophète  (Mohâsibî)  ;  7°  suivre  l'avis  de  gens 
vénérés,  réputés  infaillibles  (désirable  selon  'Allâf,  Nazzàm  ; 
Imâmites  ;  Shàh'î  s'abstient)  (5)  ;  8°  suivre  la  voix  de  l'ins- 
piration intérieure  [ilhâm,  /lâli/  des  mystiques  (6)  ;  tankltal 
haqlqah  Aq  Dârânî,  contrôlé  par  preuves  A,  l'^-2''  (7);  cfr. 
Aboû  Hamzah)  (8)  ;  9"  se  rendre  au  signe  catégorique 
[shâhid)  attestantla  volonté  divine  à  la  conscience,  en  restant 
soumis  à  la  Loi  (Hallâj)  (9)  ;  10°  comment  s'appliquer  à  soi- 
même  la  preuve  morale  :  selon  le  plus  dur  [an'ab)  ou  le  plus 
aisé  [alihaff)  (10)  ;  comme  une  obligation  légale  ou  une  con- 
vention rationnelle  ;  suivant  le  sens  grammatical  ou  l'usage 
reçu  {'orfî)  ;  à  titre  définitif,  ou  à  titre  provisoire  (11)? 

D.  Ordre  hiérarchique  d'intervention,  dans  la  réflexion, 
des  quatre  sources  de  preuves  (12),  suivant  les  écoles  :  Han- 

(1)  Qâsimî,  /.  c,  s.  v.  ;  Shahr.  I,  IIS  ;  fihrist.,  s.  n.  ;  Ilazm,  IV,  192. 

(2)  Qâsimî,  /.  c,  75. 

(3)  Id.,  id. 

(4)  Id.,  19,  33,  58  (règles  pour  cette  imitation). 

(5)  Id.,  75,  n.  2. 
(6)Id.,  id. 

(7)  Ms.  Damas,  tas.  161. 
(8)Sh.  tab.  1,98.' 

(9)  Cfr.  ici,  p.  495  ;  et  p.  56  ;  et  in  Qor.  VI,  148  (hojjah). 

(10)  Cfr.  ici,  p.  70;  Qâsimî,  75. 
(M)  Id.,  45. 

(i2)Qor'ân,  Hadîth,  Ijmâ',  Qiyâs.  Dans  les  Tawâsin,  Hallâj  se  sert 
équivalemment  des  deux  premières. 


^lê  CHAPITRE   XII 

balites  :  QR  —  HD  —  IJ  —  QI.  —  Shâfi'ites  :  IJ  —  Q[  —  HD  — 
QR.  —  Zâhirites  :  IJ.  HD.  QR.  —  Hanéfites  :  QI.  HD.  QR.  — 
Malékites  :  HD,  Q[,  QR. 

Pour  les  mystiques, —  Kalâbâdhî  dit  même  (1  )  «  l'unanimité 
des  mystiques  »,  —  Dieu  seul  est  la  «  preuve  »  (dalil)  décisive. 
C'est  donc  par  communication  directe  de  Lui,  «  attestation  » 
divine,  qu'une  preuve  décisive  se  présente  à  l'homme,  même 
au  prophète.  C'est  là  ce  que  les  mystiques  déduisent  de  l'en- 
tretien coranique  où  Moïse  est  rappelé  à  l'ordre  par  al  Khidr 
(Qor.  XVIII,  64-80).  AlHallâj  ledit  nettement  (in  Qor.  XXV, 
60)  :  «  Voilà  ceux  que  Dieu  a  dressés  dans  les  pays  comme 
des  preuves  testimoniales  pour  les  fidèles.  L'un  indique 
quelles  pratiques  observer  dans  les  routes  qui  mènent  à 
Dieu  ;  un  autre  indique  les  règles  pour  cette  pratique.  Un 
autre  indique  Dieu-même,  et  c'est  lui,  la  preuve  testimoniale, 
en  réalité  ;  car  tous  ont  besoin  de  lui,  et  lui  n'a  pas  besoin 
d'eux  ;  ils  recourent  à  lui  par  des  questions,  et  lui  n'en  ques- 
tionne aucun  ;  comme  al  Khidr  et  ses  pareils,  à  qui  la  science 
«  de  devant  Dieu  »  (ladonnî)  est  donnée  »  (2). 

Cette  science  «  de  devant  Dieu  »,  dont  le  concept  s'élabore 
dès  Misrî,  s'atténue  chez  Tostarî,  se  reforme  chez  Jonayd, 
est  définie  par  Ibn  'Atâ  (3)  «  science  apparaissant  sans  moyen 
terme,  et  sans  avoir  subi  le  moule  (talqîn)  des  lettres,  directe- 
ment fournie,  par  la  contemplation,  aux  esprits  »  ;  Qâsim 
Sayyârî  note  «  la  science  de  l'élucidation  (istinbât)  est  sou- 
mise à  une  assiduité  (kolfah)  et  à  des  moyens  termes  ;  la 
science  «  de  devant  Dieu  »  n'en  a  pas  ». —  «  L'élucidation  du 
Qor'ân  s'opère  pour  le  fidèle  en  raison  de  sa  piété,  externe 
et  interne,  et  de  la  perfection  de  sa  sagesse:  c'est  le  plus 
haut  degré  de  la  foi  (in  Qor.  IV,  85).  —  La  science  ladonnî 

(1)  ta'arrof,  f.  44^,  1.  15  ;  ici  p.  228. 

(2)  In  Baqlî,  s.  v.  ;  cfr.  les  ahl  al  Kahf(fityân). 

(3)  Citations  groupées  par  Baqlî,  d'après  Solamî,  in  Qor.  XVÎII,  64, 


THléoLOGIB  DOGMATIQUE  jl§ 

est  une  inspiration  que  Dieu  éternise  pour  les  consciences, 
et  qui  n'est  pas  susceptible  de  disparaître  »  (  Hallâj). 

VI 

Politique  [amr  wa  nahy) . 

a)  La  Loi  {sharVah). 
1.  Origine  divine  de  l'autorité  :  le  bay'ah. 

La  Loi,  shaîfah,  c'est  la  mise  en  vigueur  et  le  maintien  en 
exercice  des  prescriptions  du  Qor'ân,  par  ordres  venant  de 
Dieu,  dans  la  «  nation  »  (1  )  [millah^  pi.  milal)  islamique,  dans 
la  Communauté  [ommah)  de  Mohammad  (2).  Le  magistère 
législatif  (amr)  est  réservé  au  Qor'ân  seul  ;  le  ministère  judi- 
ciaire (fiqh)  appartient  à  tout  croyant,  qui,  par  la  lecture 
assidue  et  fervente  du  Qor'ân,  acquiert,  avec  la  mémoire  des 
définitions  et  l'intelligence  des  sanctions  qu'il  édicté,  le  droit 
de  les  appliquer.  Reste  le  pouvoir  exécutif  (Jiokm),  imperium 
à  la  fois  civil  et  canonique  ;  il  n'appartient  qu'à  Dieu,  comme 
le  répéteront  les  Khàrijites  (3),  —  et  il  ne  peut  être  exercé 
que  par  un  intermédiaire,  un  chef  unique.  La  Communauté 
des  Croyants  prête  serment  d'obéir  à  Dieu  [bay'ah),  entre  les 
mains  de  ce  délégué,  tuteur  que  Dieu  se  subroge  pour  elle, 
dépourvu  d'initiative  législative  et  d'autorité  judiciaire  (4). 

(1)  Au  sens  diplomatique  oriental  de  <■<  confession,  groupe  cultuel  » 
(cfr.  l'anglais  dénomination). 

(2)  Chaque  prophète  est  chargé  de  reconstituer  une  nation  sur  les 
bases  de  la  religion  naturelle,  pour  un  temps  donné  (Qor.  VII,  32  ;  X, 
48  ;  XII,  109  ;  XVI,  86)  ;  les  nations  sont  distinctes  (XI,  120).  L'his- 
toire est  discontinue. 

(3)  Là  hokmillâ  lïLlâh  \  cfr.  Qor.  VI,  57  ;  XLII,  8. 

(4)  Gela  éclate  dans  Mohammad  :  seul  contre  tous,  avec  sa  mission 
de  simple  avertisseur  (nadhîr)  ;  sans  influence  héréditaire  ni  caisse  de 
secours,  ce  réfugié,  garanti  par  ses  hôtes  «  comme  leurs  femmes  », 
arrivera  à  obtenir  de  chacun  un  acte  d'obéissance  au  Dieu  unique  ; 


720  GHA.PITRË    XII 

L'autorité  executive,  imamat,  n'est  que  l'agent  d'exécu- 
tion de  Tordre  prescrit,  se  levant  en  avant  des  rangs  pour 
régler  la  prière  commune  et  passer  en  revue  les  combat- 
tants, et  intervenant  pour  faire  respecter  ostensiblement  la 
Loi  dans  les  diverses  transactions  sociales.  Historiquement, 
la  Communauté  musulmane  a  été  fondée  par  une  série  de 
contrats  conditionnels,  impliquant  en  premier  l'obéissance 
à  Dieu  ;  dans  les  deux  pactes  d"Aqabah  et  dans  la  sahîfah 
de  Médine  (1),  Mohammad  n'apparaît  que  comme  un  admi- 
nistrateur délégué  (2),  préposé  au  maintien  des  règles  accep- 
tées par  lui  en  premier  (3);  c'est  Dieu  seul  qui  maintient 
«  unis  »  les  cœurs. 

L'idée  imâmite  d'une  investiture  de  droit  divin,  d'une 
onction  transmissible,  d'une  légitimité  héréditaire,  n'est 
fondée  ni  sur  le  texte  du  Qor'ân,  ni  sur  les  maximes  poli- 


pour  cela,  il  n*a  que  les  moyens  les  plus  empiriques  ;  politique  com- 
merciale et  consultative,  alternatives  de  diplomatie  et  de  guerre,  harcè- 
lement de  caravanes,  le  tout  mené  avec  la  simplicité  et  la  prudence  de 
l'homme  qui  ne  tient  qu'à  son  idée  maîtresse.  Sans  méthode  de  gouver- 
nement rigide,  ni  procédure  d'exécution  uniforme.  Il  n'alla  jamais  jus- 
qu'à appliquer  les  sanctions  prévues  pour  l'adultère  (Qor.  V,  42)  et  le 
vol  :  lapidation  et  mutilation  ;  et  n'établit  pour  les  coups  et  blessures 
qu'un  tarif  de  compensations  (Shâfi'î,  0mm.,  VII,  295).  Toute  sa  politi- 
que est  une  réflexion  très  courte  {ra'y,  fatwà),  où  il  compare  le  cas 
concret  à  résoudre  avec  ce  que  sa  foi  dicte  à  son  cœur  ;  n'hésitant  pas  à 
suivre  l'avis  d'autrui  (institution  de  Vâdhân  ;  avis  d"Omar  après  Badr). 
C'est  un  homme  plein  de  mansuétude  et  de  finesse,  de  ressources  et  de 
modération  (cf.  le  hadîth  :  «  onassî  liosannî,  j'oublie,  afin  de  me  reformer 
(expérimentalement)  une  méthode  »);  dénué  de  toute  autre  autorité  que 
sa  foi. 

(1)  En  48  articles  (Caetani,  Annali,  I,  39  ;  cfr.  Wellhausen,  Skiz- 
zen,  IV,  87)  ;  comp.  Qor.  IX. 

(2)  Qor.  LXXXVIII,  21-22  ;  VI,  50  ;  VII,  188  ;  XLV,  17  ;  VIII,  64  ; 
VI,  107  ;  XLI,  5  ;  III,  138  ;  LXXII,  21. 

(3)  Deux  mitigations  lui  sont  consenties  (nikâh,  tahârah). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  721 

tiques  de  Mohammad  (1).  Tout  son  droit  divin  de  comman- 
der se  réduit  à  la  consigne  qu'il  savait  avoir  reçue  avec  le 
Qor'àn,  selon  le  hadîth  (2)  :  «  J'ai  reçu  commandement  de 
faire  la  guerre  aux  hommes  jusqu'à  ce  qu'ils  proclament 
ostensiblement  «  il  n'y  a  pas  de  divinité,  excepté  Dieu  »  ; 
lorsqu'ils  le  déclarent,  disait-il,  leur  sang  et  leurs  biens 
me  deviennent  sacrés,  sauf  à  titre  de  créance,  et  leur 
jugement  n'appartient  qu'à  Dieu  ».  Il  n'a  pas  à  sonder  les 
cœurs,  mais  à  rappeler  les  sanctions  qu'encourent  les  traces 
externes  et  sociales  du  péché  (3)  ;  l'adultère  (non  le  désir 
impur);  le  dol(nonle  mensonge)  ;  la  détraction  (non  l'envie). 
Cette  autorité,  le  fer  (4),  l'épée  mise  au  service  de  la  Loi 
coranique,  a  été  recueillie  et  exercée  en  plénitude  après  lui 
par  Aboû  Bakr,  au  nom  de  la  Communauté  ;  et  Aboû  Bakr 
en  était  digne.  On  peut  seulement  concéder  aux  shî'ites  :  que 
le  dévouement  passionné  (et  d'abord  dénué  de  toute  visée 
politique)  voué  par  des  Compagnons  comme  Aboû  Dharr  (5) 
aux  héritiers  alides  du  Prophète,  n'est  explicable  que  par 
certains  actes  privés,  dont  ils  auraient  été  les  témoins.  Cet 
ardent  désir  d'avoir  un  successeur  de  sa  main,  cette  humaine 
faiblesse  (6)  à  laquelle  Mohammad  s'était  entendu  formelle- 

(1)  Aboû  Kârail,  le  premier  théoricien  de  l'imâmisme,  s'en  est  aperçu 
[farq,  39). 

(2)  Cfr.  Dalîl  ibâdite  ;  Ghazâlî,  iqtisâd,  113  ;  Ibn'Arabî.  fosoûs.  Certains 
y  ajoutent  la  zakât.  Cfr.Qor.  YI,  50,  52.  Mohammad  reconnaît  le  droit 
à  l'existence  des  autres  «  nations»  [milal)  monothéistes:  juive,  chré- 
tienne, sabienne.  Les  états  musulmans  leur  confient  certaines  professions 
indispensables  (ici  p.  226)  ;  Mohammad  a  personnellement  introduit 
une  juive  et  une  chrétienne  en  son  harem^  —  traité  avec  des  cités 
juives  (Khaybar)  et  chrétiennes  (Najrân). 

(3)  Cfr.  le  «  témoignage  des  membres  »,  au  Jugement. 

(4)  Qor.  LVII,  25. 

(5)  C'est  un  des  témoins  les  plus  irrécusables  (Hanbal,  V,  144-181). 

(6)  Qui  n'est  pas  d'ailleurs  le  fond  de  son  âme.  Son  secret,  sirr,  c'est 
Hodhayfah  qui  disait  l'avoir  compris  :  une  certaine  tristesse  d'être  ira- 

46 


ment  sommer  de  renoncer  en  révoquant  son  adoption  dé 
Zayd  (1  ),  ce  désir  de  ne  pas  mourir  tout  entier,  comme  un 
ablar  (2)  et  un  intestat  (3),  se  serait  peut-être  reporté  tardi- 
vement sur  les  deux  fils  de  son  gendre,  'Alî  (4),  par  certains 
legs  personnels,  par  une  bénédiction  [mlàm),  comme  celle 
que  Jâbir  Ansàrî,  un  Compagnon,  répétera  à  Bâqir  (5). 
Certes  le  cadre  siiî'ite  du  hadith  al  ghadir  est  apocryphe  (6)  ; , 
mais  les  querelles  de  succession  pour  l'oasis  de  Fadak  sup- 
posent quelque  chose.  Ce  désir  temporel  n'a  pas  été  exaucé: 
jamais  lesAlides  n'ont  pu  diriger  la  Communauté  islamique  ; 
le  seul  privilège  que  Moliammad  ail  peut-être  réussi  à  léguer 
aux  Ahl  al  baijt,  c'est  cette  saine  appréciation  des  possibi- 
lités politiques,  ce  m'y  (7),  ce  prudent  contrôle  de  leur  liberté 
individuelle,  qui,  sans  leur  permettre,  après  'Alî,  de  garder 
le  pouvoir,  a  servi  à  maintenir  leurs  adeptes,  les  Imàmites, 
à  mi-chemin  entre  les  excès  opposés  du  liberlarisme  et  du 
déterminisme,  où  ont  oscillé  les  autres  écoles  théologiques 


puissant  contre  rhypocrisie  (nifâq)  des  faux  croyants  ;  comp.  Qor. 
XVIII,  5,  avec  ce  mot  échangé  avec  Fâtimah  en  mourant  «  wâ 
karbâh  I  »  (Mohâsibî,  ri'âyah,  Se*»  ;  Sarrâj,  loma\  114). 

(1)  Qor.  XXXIII,  4,  5,  40  :  annulation  dont  son  mariage  avec  Zaynab 
(id.,  XXXIII,  37)  paraît  avoir  été  la  sanction,  plutôt  que  le  prétexte 
(thèse  des  polémistes  anti  musulmans).  On  sait  l'affection  indémentie  de 
Mohammad  pour  Zayd-ibn-Hàrithah,  et  pour  son  fils  Osâraah  («  hobb- 
ibn-hobb  Rasoùl  AUâh  »)  ;  Nâbolosî,  qui  a  réuni  le  «  corpus  »  des  tra- 
ditions à  ce  sujet,  au  chapitre  IV  de  son  ghàyat  al  matloûb,  y  voit  la 
justification  de  sa  doctrine  sur  l'amour  platonique. 

(2)  Qor.  CVIII,  3. 

(3)  hadith  sur  les  Prophètes  intestats  (Ibn  Qotaybah^,  mokhtalif, 
384-391). 

(4)  Non  pas  sur  'Alî. 

(5)  Baghdâdî,  farq,  45  (compléter  lacune  avec  Isfara'inî,  f.  14''),  354. 

(6)  Ici  p.  507. 

(7)  Qu'il  avait  enseigné  à  ses  Compagnons  ;  et  que  Nazzâm  critique 
chez  'Alî  et  Ibn  Mas'oùd  (ap.  farq,  134  ;  Ibn  Qotaybah,  mokhtalif,  25). 


THléOLOGlE  DOGMATIQUE  ^20 

de  rislâm(l);  el  celte  patience  dans  l'altenle  d'un  avène- 
ment final  de  la  justice  (2),  ici-bas. 

bay^ah^  allégeance  contractuelle  (du  chef)  ;  liU.  le  «  serre- 
ment de  mains  ».  L'autorité  n'appartenant  qu'à  Dieu,  cette 
cérémonie  est  un  symbole  du  droit  éminent,  imprescripti- 
ble, de  [)ropriété,  dont  Dieu  jouit  sur  tous  les  hommes,  et 
spécialement  sur  les  croyants.  L'école  mystique  de  Mohàsibt 
pose,  comme  premier  fondement  de  la  «  règle  de  vie  »,  la 
méditation  de  cette  vérité  «  sache  que  tu  es  un  serviteur, 
soumis  à  un  Maître  ['abdmarboûb)  (3)  ».  Se  soumettre  à  l'au- 
torité politique,  première  condition  de  la  pratique  de  la  Loi, 
en  Islam,  est  aussi  le  premier  pas  vers  cette  renonciation 
entière  de  soi  qu'il  faut  réaliser  avant  d'atteindre  Dieu. 
Hallâj  marque  cela  avec  force  (4)  :  «  Dieu  frappe  de  caducité 
les  instruments  intermédiaires  [wasâ'it)  lors  de  la  réalisa- 
tion des  réalités  finales  (du  culte)  ;  il  ne  fait  alors  subsister 
d'eux  que  leurs  traits  apparents  (rosoitm),  en  les  séparant 
de  leurs  réalités  (finales)  (5).  Ainsi,  ceux  qui  prêtent  allé- 
geance au  Prophète  :  s'ils  la  prêtent  réellement,  leur  allé- 
geance est  prêtée  à  Dieu,  car  la  main  du  Prophète,  en  cette 
prestation  d'allégeance,  n'est  qu'une  main  substituée  {yad 
^ârii/ah)  (6)  ». 

La  soumission  publique  la  plus  stricte  aux  rites  et  à  la  Loi 

(1)  Ici  p.  613  :  sentences  des  Vl«,  VIÎP  et  Xf  imams  (Tabarsî). 

(2)  Deuil  annuel  en  souvenir  du  drame  de  Kerbéla  ;  mahdisme  ; 
ghaybah  (ici  p.  i59). 

(3)  ri'âyah,  ms.  Oxf.  611,f.  8^ 

(4)  In  Qor.  XLVIII,  10  ;  voici  son  début:  «  Dieu  ne  manifeste  l'union 
immédiate  à  personne  sans  interposition,  sinon  aux  plus  intimes  et  aux 
plus  honorés  d'entre  les  vivants  »,  et  c'est  le  sens  du  verset:  «  Ceux  qui 
te  prêtent  allégeance,  prêtent  allégeance  à  Dieu.  » 

(5)  Ici  p.  278. 

(6)  Mot  même  de  la  phrase  citée  ici,  p.  260,  1.  3  :  désignant  le  prête- 
nom,  qui  agit  par  procuration. 


724  CHAPITRE    XII 

est  requise,  puisque,  parle  moyen  de  ces  injonctions,  de  ces 
créatures  interposées,  c'est  Dieu  Lui-même  qui  y  réclame 
de  nous,  et  pour  Lui  seul,  l'obéissance.  Comme  au  pèleri- 
nage, priant  devant  la  Ka'bah,  le  croyant  doit  se  détacher 
réellement  de  la  forme  interposée  de  cette  pierre  ;  «  alors, 
contemplant  la  destruction  du  temple,  en  toi,  tu  auras  la 
présence  réelle  de  son  Fondateur  »  (1). 

«  Celui  qui  veut  la  liberté,  qu'il  s'en  aille  trouver  l'obéis- 
sance »  (2).  ((  Lorsque  le  fidèle  s'est  conformé  à  tous  les  as- 
pects de  l'obéissance,  il  devient  libre,  il  s'acquitte  des  pres- 
criptions de  l'obéissance  sans  fatigue  et  sans  gêne  ;  c'est  là 
l'état  des  Prophètes  et  des  sïddîqin  »  (3). 

«  Servir,  en  entier,  c'est  la  Loi  ;  être  souverainement  libre, 
en  entier,  c'est  la  réalité  (=  l'assimilation  de  cette  même 
Loi,  par  l'obéissance)  »  (4).  «...  Acquiers  la  cerlitude  que  tu 
ne  Le  sers,  que  nul  ne  Le  sert  du  service  dont  11  est  digne, 
d'un  bout  à  l'autre  ;  mérite  ce  qui  t'est  nécessaire,  comme 
récompense  de  sa  part.  »  «  Dieu  n'a  pas  d'état  de  grâce  (5), 
ni  d'attention  à  son  appel,  ni  de  concentration  dans  la  sur- 
prise, ni  de  distraction  due  à  sa  Majesté,  qui  puisse  suppri- 
mer pour  nous  l'obligation  morale  de  la  Loi  [âdâb  al sha- 
rfah)  (6).  Dieu  n'a  pas  d'état  de  grâce  où  11  fasse  faire  halte 
aux  vrais  croyants.  Il  leur  a  attesté  la  Loi,  afin  que  son  em- 
pire sur  eux  soit  un  signe  de  ralliement,  pour  les  autres,  non 
pour  eux-mêmes.  Et,  entre  autres  preuves  de  cela,  il  y  a  le 
verset  «  Quand  tu  es  au  milieu  d'eux,  lève-toi  pour  la  prière  » 
(IV,  \  03) .  Dieu,  du  geste  du  Prophète  se  levant  pour  la  prière, 

(1)  Ici  p.  278. 

(2)  Cfr.  Tostarî,  tafsîr,  47  ;  et  Hasan. 

(3)  Qosh.  III,  152. 
(4)Baqlî,  in  Qor.  XV,  99. 

(5)  Id.,  in  IV,  103. 

(6)  Contre  Druzes  (cfr.  noqat,  éd.  Seybold,  44). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  726 

fait  une  règle  de  vie  pour  eux  ;  car,  en  réalité,  iMohammad 
en  était  au  point  môme  d'arrivée  à  Dieu  {^ ayn  al  hoHOÙl) ^  il 
ne  recourait  qu  à  Dieu  en  ses  décisions  (1  ),  et  ne  trouvait  que 
Lui  au  terme  de  ses  efforts  »  (2). 

2,  L imamat. 

imamat  (3),  pouvoir  exécutif.  Il  peut  y  avoir  doute  sur  la 
personne  de  celui  qui  doit  diriger  la  Communauté.  Le  doute 
se  posa  en  premier  en  36/656,lors  de  l'assassinat  de  'Othmân. 
On  connaît  les  deux  thèses  rivales  ;  celle  des  premiers  khâ- 
rijites,  réclamant  pour  les  croyants  le  droit  divin  de  tuer 
Vimâm  disqualifié,  et  d'élire  à  sa  place  celui  d'entre  eux  qui, 
notoirement,  convient  ;  soit  le  plus  qualifié  [afdal),  soit  l'un 
des  qualifiés  [mafdoûl)  pour  commander:  thèses  que  préci- 
seront les  Zaydites  et  mo'tazilites  (4)  en  restreignant  l'éligi- 
bilité, d'un  croyant  quelconque  (5),  à  un  qorayshite,  ou  à  un 

(1)  Remarquer  que  la  voix,  qui  lui  notifie  son  rang  inattendu  (Qor. 
XXVIII,  86  ;  XXIX,  47),  souligne  implacablement  ses  manques  (VI,  35  ; 
XVII,  76),  même  les  plus  secrets  (Qor.  XLVII,  21  ;  LXXX,  1  ;  XXXIII , 
37  ;  XGIII,  7). 

(2)  On  accuse  Mohammad  d'avoir  fait  attaquer  en  pleine  trêve, 
d'avoir  dépêché  des  assassins  à  ses  adversaires  politiques  ;  mais  il  était 
un  chef  d'Etat,  sans  autres  moyens  d'action  que  ceux  de  ses  contribu- 
les  et  contemporains.  Quant  à  sa  politique  de  harem,  où  l'on  a  vu  de  la 
faiblesse,  elle  nous  paraît  aussi  continue  que  nuancée  ;  le  cas  Zaynab 
est  généralement  mal  compris  en  Occident  (cfr.  ici,  p.  722)  ;  et  quant 
à  l'affaire  d'  'Âyishah,  sans  doute  innocente,  la  temporisation  de 
Mohammad  est  expliquée  avec  grande  clarté  par  Qor.  XXIV,  11  seq. 

(3)  Question  préalable  :  est-il  d'obligation  {wojoûb^  niée  par  Ibn  Kay- 
sân)  ;  divinement  décrétée  {nass),  légale  (shar')  et  rationnelle,  selon  les 
Imâmîyah,  Tostarî,  Hallâj  ;  seulement  légale  (Ash'arites)  ;  légale  et 
rationnelle  (Zeïdites,  Mo'tazilites)  ;  seulement  rationnelle  (Qarmates, 
philosophes). 

(4)  En  définissant  ses  quatre  qualités  sociales  (Jâhiz,  mokhtârât,  II, 
291)  ;  cfr.  aussi  Qalânisî,  Bâqillânî  (farq,  344).  —farq,  23. 

(5)  Dirâr. 


726  CHAPITRE    XII 

alide  (1)  seulement.  Et  celle  des  Imâmites,  précisée  par  les 
philosophes  hellénisants  (2),  estimant  indispensable  que 
l'imam  ait  reçu,  avec  un  droit  de  naissance  à  l'autorité,  une 
investiture  individuelle  préalable  le  spécifiant  doué  d'un 
privilège  surnaturel  u  l'impeccabilité  »,  Hsmah,  sorte  d'in- 
faillibilité arbitraire  (3),  lui  garantissant  l'immunité  vis-à-vis 
de  Dieu,  l'irresponsabilité  devant  les  hommes. 

Entre  ces  deux  extrêmes,  le  bon  sens  des  sunnites  a  cons- 
tamment maintenu  que:  tout  pouvoirde  faitvenant  de  Dieu, 
il  faut  obéir  à  tout  chef  musulman  non  apostat,  aller  à  la 
prière  et  à  la  guerre  sous  ses  ordres,  sans  s'enquérir  de  ses 
vertus  ni  de  ses  vices  [hdyhi,  fâjir)^  pourvu  qu'il  honore  et 
fasse  respecter  publiquement  la  pratique  des  observances 
coraniques.  C'est  ce  qu'établit  et  pratiqua  Hodhayfah  (4) 
sous  'Othmân,  Hasan  Basrî  sous  d'autocratiques  vice-rois 
omayyades  (5),  Ibn  Hanbal  subissant  l'inquisition  d'Etat 
mo'tazilite  (6),  Tostarî  le  bannissement  (7);  et  Hallâj  de 
même,  comparaissant  devant  Moqtadir  (8). 

(1)  Imâmites.  zeïdites.  Ibn  al  Râwaudî,  seul,  soutient  la  légitimité 
héréditaire  des  'Abbâsides. 

(2)  Cfr.  Hâzî.  ap.  fihrùt,  301.  1.  9,  20,  21 . 

(3)  Infusion  en  son  âme  de  l'Intellect  Actif  (Qarmates,  Râzî,  Fârâbî, 
Ibn  Sînâ). 

(4)  Ibn  Qotaybah,  mokhtalif,  23,  47.  Contre  Aboù  Dharr  et  contre 
les  Khârijiles.  Et  à  la  dilïerence  des  m  abstentionnistes  »,  dits  mo'tazi- 
lali,  Sa'd,  Osâmah,  Aboù  Ayyoûb,  Qays,  Ibn  'Omar  et  Ibn  Maslamah, 
des  années  656-H61  (Lammens,  Mo'awîya.  II,  4;  Shahr.  I,  185;  Ibn 
'Arabî,  mohâdarâl,  I,  174).  Môme  dilierence  entre  l'attitude  absentéiste 
de  ces  abstentionnistes,  et  l'attitude  de  dévouement  civique  de  Hodhay- 
fah et  Hasan,  —  qu'entre  la  «  résistance  passive  »,  et  la  «  revendication 
civique  du  vrai  »  du  bloc  indo-musulman  actuel  {sntyagraha  de  Gandhi). 

(5)  Ici  p.  673. 

(6)  Ici  p.  6.^7. 

(7)  Ici  p.  30. 

(8)  Ici  p.  728. 


THÉOLOGIE   DOGMATIQUE  7^7 

Tous  enseignent  que  le  contrôle  d^.  l'autorité  par  les 
membres  dft  la  Commiinanté,  le  «  rappel  à  l'ordre  »,  'amr{\) 
bilma'roùf  wal  nahy  (2)  'an  al  monknr,  ne  consiste  pas  à 
confondre,  comme  les  mo'tazilites  «  jçuerre  sainte  »  et  «  ré- 
pression des  péchés  »  (3).  La  tyrannie  d'un  chef  musulman 
n'accule  pas  les  croyants  au  dilemme  simpliste:  se  révolter 
[khoroûi),  on,  si  l'on  ne  peut,  «  rester  assis  »  {qo'oûd),  en 
masquant  ses  sentiments  par  la  dissimulation  méthodique 
(taqhjah  des  Imàmites)  (4),  —  ou  en  cachant  ses  préparatifs 
(A«!^wm«)ju?qu'au  moment  propice  pour  la  lutte  (shirâ\  daf 
ei  zo/wiir  khàrijites)  (5).  l,es  sunnites  sont  tenus  de  rester 
soumis  à  l'autorité  musulmane  même  tyrannique,  Hasan 
Basrî  l'a  dit  el  répété  ;  mais  en  même  temps,  il  leur  est  inter- 
dit de  faire  taire  leur  conscience,  leur  dégoût  explicite  (6)  et 
motivé  [katmân  alnaûhah)^  devant  ses  crimes. 

«  11   nous   est    parvenu    (7)  qu'ai   Hosayn-ibn-Mansoûr, 

(1)  Ici  p.  624,  n°  3. 

(2)  dar\  tahrîm  ou  ifsâd  (Qâsimî,  osoûl,  43,  47  ;  Gaulhier,  /oc,  37). 

(3)  Mas'oûdî,  moroûj,  VI,  21  ;  sauf  à  rencontre  de  soi-même  (Ibn  al 
MoqafïV  :  Rk^\ï\h,inohâdarât,20^). 

(4)  Déduite  de  Qor.  III,  27  ;  XVI,  108  ;  XXI,  64  ;  des  lettres  de 
Mohanimad  à  Sohayl,  et  de  'AU  à  Mo'awiyah  —  icàjU/ (Ihn  ■à\  Dâ'î,  430) 
pour  les  Imàmites  ;  seule,  la  fraction  des  'Ahdakîynh  avoue  son  loya- 
lisme en  se  réduisant  à  vivre  de  légumes,  cessant  toute  activité  sociale, 
tant  que  l'imâm  légitime  n'est  pas  intronisé  yKhashîsh  Nisa'î.  ùliqâ- 
mah...  s.  V.  «  Roùhâuiyoùn  »  ;  Mohàsibî,  makâsih,  f.  87),  Ibn  Hanbal 
n'admet  la  taqlyah  qu'en  pays  d'idolâtres. 

(5)  Gfr.  Aboù  Zakariyâ  Shammâkhî,  chronique,  trad,  Masqueray, 
272,  35o. 

(6)  Peuvent-ils  le  manifester  par  des  coups  légers  (de  savate,  sic  ; 
cfr.  ici,  p.  261)  ou  simplement  par  des  paroles?  {.a  question  est  dis- 
cutée. 

(7)  Ce  fragment  anonyme  (ms.  Londres  888,  330^-331*)  est  donné  en 
tête  d'un  récit  sur  la  mort  d'al  Hallâj,  dont  l'ordre  est  différent  de  ceux 
comparés  ici  p.  313,  et  dont  la  caractéristique  est  de  contenir  le  mot 
«  Yâ  rno'în...  »  (cfr.  ici,  p.  3'5,  n.  4),  rapporté  par  un  certain  Yâqoùtî, 
sur  lequel  Sam'ânî  donne  des  détails  (ansâO,  596^). 


728  CHAPITRE    XII 

comparaissant  devant  le  khalife  al  Moqtadir,  lui  dit  :  «.  Celui 
qui  obéit  à  Dieu  (=  le  saint),  toute  chose  lui  est  soumise  (î). 
Mais,  si  l'on  ne  tient  pas  compte  de  ce  qu'il  fait  (=  de  ses 
miracles)  ?  —  H  y  a  Celui  qui  prononce  la  sentence  [hâkim  = 
Dieu),  celui  qui  la  reçoit  (—le  saint),  et  puis  le  «  moyen- 
terme  »  (wâsitak)  (2),  c'est-à-dire  la  cause  seconde  qui  trans- 
fère la  sentence  de  Celui  qui  la  prononce  sur  celui  qui  la 
reçoit.  Si  cette  application  s'exécute  iniquement  avec  l'illu- 
sion de  l'équité,  elle  est  attribuée  extérieurement  au  «  moyen 
terme  »,  car  Dieu  est  excepté  d'être  caractérisé  par  cette 
iniquité.  Quant  à  toi,  (khalife),  tu  es  ce  moyen  terme  qui  exé- 
cute les  sentences  de  Dieu,  le  décret  de  Dieu,  sur  tel  de  Ses 
serviteurs  qu'il  Lui  plaît,  en  ce  qui  Lui  plaît,  comme  il  Lui 
plaît.  Pour  moi,  je  suis  un  serviteur  d'entre  les  serviteurs 
de  Dieu,  prêt  à  accepter  [mostasim)  Son  décret  [qadâ),  à 
endurer  (^a/^z'r)  Sa  sentence,  et  à  accepter  (ra(/)  (3).  Fais  donc 
ce  pour  quoi  tu  es  mû,  agis  en  vue  de  l'œuvre  qui  s'opère 
par  toi,  mais  sois,  avec  cela,  plein  de  circonspection  en  ce 
que  tu  entreprends  et  décides,  considère  les  fins  dernières 
de  ta  charge  (4),  pèse  ce  que  ton  entendement  tiendra  pour 
assuré,  et  ce  qu'il  y  a  dans  ta  pensée  ;  alors,  si  tu  vois  le  bien 
commun  (salâh)  (5)  dans  ce  qui  s'est  formulé  en  toi,  va,  selon 
le  jugement  de  ton  équité.  Pour  moi,  je  ne  te  critiquerai,  ni 
te  blâmerai,  pour  ton  acte,  mais  je  dis  avec  Abraham  :  «  J'ai 
tourné  mon  visage,  vers  Celui  qui  a  formé  les  cieux  et  la 
terre,  en  m'inclinant  (harûfa)  (6),  et  je  ne  Lui  associe  pas 

(1)  Mot  d'Ibn  'lyâd  (ici  p.  472).  Gfr.  Akhb.  40,  et  le  motâ"  ;  phrase 
calquée  sur  celle  de  Hasan  (Ibn  'Abd  Rabbihi,  Hqd,  I,  267).  Même 
formule  à  propos  d'un  exorcisme  d'Ibn  Hanbal  (Shiblî,  âkâm,  115), 

(2)  Doctrine  connue,  ici  p.  277. 

(3)  Ici  p.  510  ;  et  Sol.  in  Qor.  XI,  3. 

(4)  Gfr.  Qor.  XX,  75. 

(5)  Gfr.  ici  p.  311,  n.  7  ;  et  infrà,  §  VI-d-2. 

(6)  Sur  hanîf,  ici  p.  99,  607. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  729 

d'idole  »  (Qor.  Vï,  79).  «  Alors  al  Moqtadir  ordonna  de  l'in- 
carcérer, réunit  les  juristes  elles  soût'îs  en  son  conseil  ;  et 
leur  demanda  avis  sur  ce  qu'il  convenait  de  faire  de  lui  (1)  ; 
les  juristes  prononcèrent  sur  lui  l'excommunication  [takfîr)  ; 
les  soûfîs  s'en  abstinrent  (2),  sans  reconnaître,  d'ailleurs, 
que  ce  qu'ai  Hallâj  avait  prêché  fût  leurs  états  mystiques 
(ahivdl)^  ni  que  ce  qui  avait  été  relevé  contre  lui  fût  leurs 
maximes  pratiques  [af'âl]  ». 

tafdll  al  râshidln  wa  l ashàb  al mobashsharah  :  primauté  (3) 
des  quatre  premiers  khalifes  et  des  six  autres  compagnons 
privilégiés.  Il  s'agit  des  dix  privilégiés,  des  dix  «  orthodoxes  » 
de  rislàm.  Dans  la  discussion,  longtemps  indécise,  sur  leur 
privilège  et  leur  ordre  de  primauté,  al  Hallâj  est  d'un  sun- 
nisme  particulièrement  tranché.  Il  admet  leur  privilège 
exclusif,  avec  Thawrî  (4),  Ibn  alMobârak  (5)  et  Ibn  'Atâ(6)  ; 
contrairement  aux  Imâmites,  qui  n'admettent  comme  kha- 
life qu' 'Alî,  et  comme  0  Compagnons  orthodoxes  »  que  les 
quatre  «  arkân  »  :  Aboû  Dharr  Jondob,  Miqdâd,  Salmân  et 
'Ammâr-ibn-Yâsir  ;  et  contrairement  aux  khârijites,  qui 
n'admettent  comme  khalifes  que  les  deux  premiers  (shay- 
khayn),  rejettent  les  deux  ^<  gendres  »  [khatanayn)  pour  leurs 
fautes,  et,  comme  «  Compagnons  orthodoxes  »  n'agréent 
que  'Ammâr-ibn- Yâsir  (7) ,  Mohammad-ibn-Abî  Bakr  et  leurs 
amis. 

Quant  à  leur  ordre,  il  considère,  comme  Ibn  'Alâ,  qu'il 
est  identique  à  leur  succession  historique.  Comme  Hasan 

(1)  Ici  p.  258,  260,  275. 

(2)  Ici  p.  260. 

(3)  Non  pas  sainteté,  mais  orthodoxie  ;  cfr.  ici  p.  282  ;  leur  liste. 

(4)  Ibn  Battah,  /.  c. 

(5)  Gholâm  Khalîl,  /.  c. 

(6)  Ici  p.  44. 

(7)  Sur  son  inimitié  pour  Sa'd,  cfr.  Ibn  Qotaybah,  ma'ârif,  273. 


7^0  CHAPITRE    XII 

Basrî  (1),  les  Bakrîyah  (2)  elles  Sâlimîyah  (3),  il  place  en 
tête  Aboû  Bakr;  comme  successeur  explicitement  désigné 
et  institué  {naM  jali  wa  ishârah)  (4)  du  Prophète,  parce  que 
seul  témoin  àwmi'râj  (5)  ;  avant 'Omar,  préféré  par  certains 
mystiques  ^omariyoûn  (6),  tels  qu'Aboû  Hàshim  Koufî  (7). 
Et  'Ait  ne  vient  qu'en  quatrième  rang,  avant  (8)  les  six  sim- 
ples Compagnons,  qui  complètent  le  nombre  des  Dix  Privi- 
légiés du  pacte  dit  «  bay'at  alrïdwân  (9)  ». 

b)  Les  reiat\on&  politiques  d'al  Hallàj  avec  les  Qarmates. 

Comment  se  fait-il  que,  professant  une  doctrine  politique 
aussi  nettement  sunnite,  d'accord  avec  l'idéal  mystique  de 
renoncement  qui  lui  faisait  enseigner  le  respect  de  la  Loi 
jusqu'au  désir  de  l'expiation  et  de  l'anathème,  al  Hallâj  ait 
pu  être  impliqué,  d'aussi  près  que  nous  l'avons  vu  (10),  dans 
des  conspirations  imâmites  contre  le  khalifat? 

(1)  Comp.  Mas'oùdî,  tanbîh,  3:i7. 

(2)  Hazm. 

(3)  Makkî,  qoût,  II,  78  :  il  a  été  le  premier  qotb,  note  Makiit. 

(4)  Ici  p.  336  ;  cfr.  Kîlânî,  ghonyah,  I,  68. 

(5)  Donc  type  des  siddîqoûn  (Taw.  I,  4). 

(6)  Parce  qu'il  fit  changer  le  Prophète  d'avis,  ?i  Badr  (cfr.  Taw.  p.  xx, 
1.  7  ;  Hazm  IV,  22). 

(7)  Bahbahânî,  f.  241*. 

(8)  Pour  les  Zeïdiles  Botrîyah,  'Alî  vient  en  tête  des  quatre  râshi- 
doûn  {farq,  24)  ;  ce  qui  est  l'avis  des  mo'tazilites  de  Bagdad  (Bishr, 
etc.).  'Alî  est  placé  en  tête,  ex  seqiio  avec  Aboû  Bakr,  par  les  mo'tazi- 
lites de  Basrah  ('Allâf,  etc.  ;  Malatî,  71).  —  Hasan  Basrt,  Mâlik  et  Ibn 
Kaysân  incriminent  'Alî  {conjointement  avec  ses  adversaires,  Talhah, 
etc.)  pour  avoir  ouvert  les  hostilités  à  la  «  guerre  du  Chameau  »  et  avoir 
accepté  l'arbitrage  à  SilTîn  ;  et  ils  l'approuvent  d'avoir  exterminé  les 
Shoràt  à  Nokhaylah  (Mobarrad,  Kâmil,l\,  U4,  145,  154).  Tandis  que 
les  mo'tazilites  posent  Valternative  :  ou  'Alî,  ou  Talhah  (et  consorts)  eut 
tort  dans  le  premier  cas  ('Amr-ibn-'Obayd,  Wâsil  et  "Allâf.  Cfr.  Hazm, 
IV,  153). 

('J)Ici  p.  75. 

(10)  Malgré  l'invraisemblance  psychologique  d'une  rupture  ouverte 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  781 

La  première  explication  à  examiner  (1)  est  celle  qui  sup- 
pose que  :  de  283/896  à  290/902,  sans  cesser  d'être  mystique 
fervent,  al  Hallàj  a  franchement  adhéré,  au  temporel,  à 
l'imâmisme  ;  escomptant  le  succès  d'un  mahdî  'alide,  destiné 
à  préparer,  avec  la  fin  des  temps,  le  triomphe  de  cet  Islam 
mystique,  dont  le  u  retour  de  Jésus  »,  imminent  pour  cer- 
tains Qarmates,  est  resté,  en  soufisme,  le  signe  (2)?  En  ce 
cas,  al  Hallâj  a-t-il  reçu  r initiation  de  la  franc-maçonnerie 
qarmate  ;  et  si  oïd^  jusqu'à  quel  degré  (3)  ? 

En  faveur  de  cette  hypothèse,  on  peut  invoquer  :  1"  le  mo- 
tif policier  de  sa  première  arrestation  (4)  ;  2°-3°  la  missive 
d'al  Râsibî  l'inculpant  en  301/913,  —  et  la  pancarte  de 
même  style  «  Voici  l'apôtre  des  Qarmates  »,  dont  il  le  fit 
affubler  pour  son  entrée  à  Bagdad  (5)  ;  4°  deux  circulaires  (5) 
versées  à  l'instruction  en  309/922  ;  5°  le  panier  de  «  pain 
consacré  »  et  de  résidus  (6),  conservés  comme  purs,  saisi 
chez  Sâmarrî  ;  6°  deux  passages  des  «  Riwâyât  »  d'al  Hallâj, 

avec  les  soùfîs,  coïncidant  avec  une  adhésion  secrète  au  qarmatisme, 
qui  conservait  soigneusement  les  liens  sociaux  de  ses  nouveaux  adhé- 
rents, pour  activer  sa  propagande  ilkhivân  al  safâ  IV,  194,  207,  214). 

(1)  Ici  p.  73. 

(2)  Comp.  méthode  des  six  premiers  grades  (farq,  282-287)  avec  ici, 
p.  72,  254. 

(3)  Ici  p.  75. 

(4)  Ici  p.  229-230  ;  l'émir  druze  Haydar  Shihâbî  {tarîkh,  I,  238) 
n'hésite  pas  à  voir  en  lui  un  martyr  de  l'initiation  ismaëlienne. 

(5)  Ici  p.  2o3-25i  :  «  fî  koU  ard  bimâ  yazkoiV  fîhâ  »,  trad.  iitt., 
p.  254,1.  I,  signifie,  en  symbolisme  qarmate  {farq,  283)  :  «  en  tout 
cœur,  selon  le  rôle  qu'il  consent  à  te  prêter  »  ;  il  s'agit  de  ces  titres  imâ- 
mites,  énumérés  dans  la  première  circulaire,  et  qu'on  lui  prêtera  plus 
tard  comme  une  revendication  graduée  (Ici  p.  115  ;  etMaqrhi,  Khitat, 
I,  460,  ap.  Nawfal). 

(6)  Ici  p.  264.  Malatî  {tanbih,  36)  explique  que,  pour  les  Qarmates, 
tout  ce  qai  sort  du  corps  d'un  d'entre  eux  est  pur,  «  si  bien  que  cer- 
tains mangent  le  rajV  de  certains  autres,  sachant  que  c'est  un  aliment 
pur  et  net  ».  Cfr.  le  «  jardin  enchanté  »  (ici  p.  108,  228). 


782  CHAPITRE    XII 

l'un  daté  de  290-902  (XVIIl,  XXV),  qui  prouvent,  atout  le 
moins,  qu'ai  Hallâj,  prêchant  à  un  public  pro-alide(t),  était, 
comme  lui,  au  fait  du  soulèvement  qarmate  qui  éclata  cette 
année-là  (2)  ;  7°  ses  relations  personnelles  avec  al  Jannâbî, 
un  des  chefs  aftiliés  à  ce  soulèvement  (3)  ;  8°  ses  citations 
des  traditions  des  imâms  alides,  «  abl  al  Bayt  »,  expression 
reçue  pour  désigner  le  tafsîr  de  Fimâm  Ja'far. 

Contre  cette  hypothèse  (4),  on  doit  retenir  que  :  l"*  l'incul- 
pation de  qarmatisme,  tombant  comme  les  insinuations  rap- 
portées par  Zanjî,  fut  abandonnée  définitivement  au  cours 
du  dernier  procès  (5)  ;  2"  et,  bien  auparavant,  négligée  par 
Ibn  Sorayj, spécialiste  en  matière  d'initiations  qarmates  (6); 
3°  le  ta  fur  de  l'imâm  Ja'far,  utilisé  par  al  Hallâj,  authenti- 
que ou  non,  a  des  tendances  mystiques  plutôt  que  shî'ites, 
et  si  Bokhârî  et  Yahya  Qattân  en  ont  systématiquement  rejeté 
les  hadith^  d'autres  sunnites,  comme  Ibn  'Atâ,  les  Sâlimiyah, 
Solamî,  et  même  le  qâdî  'lyâd,  en  ont  recueilli  d'assez  nom- 
breux fragments  pour  nous  fixer  sur  ce  point  (7)  ;  4°  la  ver- 


(1)  Ici  p.  72-74. 

(2)  Il  dit  même  plus  :  «  l'an  VII  de  la  mission,  mab'ath  »  ;  or,  on  sait 
qu'à  la  première  nuit  du  premier  mois  de  Tan  VII  du  mab'ath  du  Pro- 
phète (616),  Mohammad  se  retrancha,  avec  les  Hâshimites,  dans  le 
ShVb  Abl  Tâlib  (à  la  Mekke),  où  il  fut  boycotté  et  bloqué.  N'est-ce  pas 
faire  allusion  à  la  fondation  d'une  «  maison  de  refuge  »  {dâr-al-hijrah) 
de  la  propagande  fâtimite,  fondée  en  Khorâsân  (Tâliqân),  comme  en 
Yémen  dès  270  ('Adan-Lâ'ah),  en  'Iraq  dès  277,  en  Maghreb  dès  280 
(îkijjân).  en  Ahsâ  dès  282-286  ? 

(3)  Hojwîrî,  Kashf,  s.  v.  ;  'Attâr,  tadhkirah,  id.  ;  ici  p.  71.  Jannâbî 
élabora  en  Bahreïn  une  constitution  représentative  qui  dura  plusieurs 
siècles. 

(4)  Et  contre  le  rapprochement  proposé  avec  un  certain  Ghiyâth 
(ici  p.  78-80). 

{n)  Ici  p.  257. 

(6)  Ici  p.  164,586. 

(7)  Sur  la  question  de  ce  tafsîr,  que  Makkî  cite  comme  une  source 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  733 

sien  hallagienne  de  la  tradition  célèbre  où  Adam,  devant 
qui  Dien  découvre  les  privilèges  et  grâces  destinés  à  ses 
descendants,  s'étonne  du  merveilleux  «  chatoiement  « 
\yatalala)  qu'irradient  les  saints  {khawdss)  (1),  contredit 
expressément  la  version  imàmite  parallèle  (2),  où  Adam 
admire  le  «  chatoiement  »  de  Fàtimah  et  de  ses  fils  ;  5°  la 
maîtrise  exceptionnelle,  du  vocabulaire  technique  (3)  et  des 
thèmes  préférés  des  Qarmates  (4),  qu'attestent  effectivement 
les  œuvres  d'alHallâj,  y  est  déployée  dans  un  but  exclusif 
A' apologétique  mystique^  directement  opposé  (5)  aux  buts 
philosophiques  de  la  propagande  qarmate  ;  6°  ce  programme 
d'apologétique  appliqué  avec  persévérance  pendant  des 
années  d'apostolat  suffit  à  expliquer  les  sympathies  et  rela- 
tions personnelles  nouées  dans  certains  milieux  qarmates. 
Deux  points  sont  à  souligner  ;  le  fait  qu'ai  Hallâj  n'a  pas 
seulement  osé  fréquenter  les  «  gens  du  monde  »  [abnâ  al 
donyâ)^  ce  qui  est  une  mauvaise  note  (6J  auprès  des  sunnites 
stricts,  surtout  dessoûfis;  mais  que,  transgressant  la  mise 
à  l'index  prononcée  par  tous  les  traditionnistes  depuis 
Shâfi'î  (7)  contre  la  secte  imàmite  initiatique  des  Khattà- 
biyah  (disciples  hétérodoxes  de  Jaïar,  et  ancêtres  des  Qar- 

écrite  (rawaynâ  mo5«0!rfà  min  tarîq  ahl  al  Bayt)  en  son  qoûl  (II,  117, 
120,  etc.),  et  que  les  Ibâdites  dénoncent  justement  comme  un  recueil 
de  marâsil  de  JaTar  {dalil),  voir  Moharamad  Bitkr,naqd  'ayn  al  mîzdn, 
1331,  p.  47-51. 
(l)Sol.  inQor.  IX,  H2. 

(2)  Texte  ap.  Dhahabî,  i'tiddl,  II,  n°  523. 

(3)  Ici  p.  471. 

(4)  Qor.  II,  262  (Taw.  IV,  5  ;  cfr.  Ikhtvân  al  safâ,  IV,  383)  ;  XXVIII, 
30  (Taw.  III,  6  ;  Makkî,  qoût,  I,  47  ;  cfr.  farq,  288  ;  noqat,  éd.  Sey- 
bold,  92  ;  Râghiib  pâshâ,  safînah,  100)  ;  LVII,  13  (Taw.  IV,  10  ;  cfr. 
farq,  287)  ;  IX,  40  (Taw.  I,  4  ;  cfr.  farq,  285). 

(5)  Cfr.  ici,  p.  67. 

(6)  Cfr.  pour  Zohrî,  Moqâtil. 

(7)  shahâdât  (ap.  farq.  351)  ;  cfr.  Ghazâlî,  mostasfî. 


^âi  CtiAPlTRB    Xii 

mates),  convaincue  d'autoriser  le  taux  témoignage  (disci- 
pline de  l'arcane),  —  al  Hallâj,  qui  acceptait  l'invitation 
de  mazde'ens,  n'a  pas  hésité  à  entrer  en  relations  avec  ces 
réprouvés  (1).  Un  point  de  départ  commun  réunissait  ce 
mystique  avec  ces  révoltés,  une  idée  de  justice  sociale  :  tous 
les  hommes  étant  doués  de  raison,  tous  sont  appelés  au 
bonheur:  à  jouir  de  ce  monde,  disaient  ces  anarchistes  ;  à 
aimer  Dieu,  leur  disait  ce  mystique  [mîthâq)  (2). 

Et  :  le  fait  que  ce  mouvement  qarmate,  qui  avorta  en 
290/902,  le  seul  auquel  al  Hallâj  paraisse  s'être  intéressé, 
est.  nettement  distinct  du  mouvement  «  néo-fatimite  »  de 
297/909,  qui  triompha  en  Maghreb,  puis  en  Egypte.  Le  chef 
de  ce  premier  mouvement,  le  Hâhlh  alnâqah  (3),  avait  été 
installé,  dès  261  /874,  à  Tâliqàn  (4)  par  son  père  (le  sâhih  al 
zohoûr)  (5),  sous  les  pseudonymes  de  «  shaykh  Yahya  ^),  «  fils 
du  mahdî  »,  «  fils  d'Ibn  Maymoûn  »  (6)  ;  il  fut  proclamé  en 
289/901  chez  les  Banoû  'Olays  de  Koûfah,  par  les  soins  de 
son  pseudo-père,  le  dâ'î  Aboû  Mahmoud  Zikrawayh  Din- 
dânî  (7),  sous  le  nom  de  règne  ismaëlien  d'Aboû  'Abdallah 
Mohammad,  comme  fondateur  de  la  u  dynastie  Fâtimite  (8)  »  ; 
mais  il  ne  put  revenir  à  Tâliqân  en  290/902,  car  il  fut  tué 

(1)  Ici  p.  128,  71  ;  réprouvés  des  mazdéens  eux-mêmes  (farq,  347). 

(2)  Ici  p.  607. 

(3)  Personnalité,  entrevue  par  Sacy  (I,  201-203,  211)  méconnue  par  de 
Gœje  {Carmathes,  61)  ;  il  convertit  Jannâbî  (Athîr  VIII,  341)  ;  il  est 
peut-être  identique  à  l'écrivain  qarmate  Ahmad-ibn  al  Kayyâl. 

(4)  fihrist,  I,  187. 

(5)  Qui  envo-ya  Ibn  Hav^^shab  au  Yémen  (266/879),  et  le  sâfyib  al  badkr 
au  Maghreb  (270/883). 

(6)  'Âbdailah-ibn-Maymoùn  est,  ici,  hors  de  Cause,  étant  mort  en 
prison  à  Koûfah  sous  Ma'moùn  (voir  sur  l'erreur  de  Goeje  à  ce  sujet 
notre  Bibliographie  qarmate). 

(7)  farq,  267  ;  Maqrîzî,  itii'âz,  107,  115  ;  sur  Dindân,  voir  Bibliogr. 
qarmate. 

(8)  Protocole  ap.  Jabarî,  2218  ;  Athîr,  VIII,  353. 


THEOLOGIE   DOGMATIQUE  'JSd 

cette  année  même,  au  siège  de  Damas.  Son  frère  et  succes- 
seur, le  §âhib  al  /chai,  «  Hasan  »,  proclamé  sous  le  nom 
d'Aboû 'Abdallah  AlHnad(l),  fut  pris,  amené  à  Bagdad,  et 
coupé  en  morceaux  avec  ses  amis  sur  un  écliafaud  [dïkJiah) 
en  291/903;  etQâsim,  le  dernier  frère,  périt  à  Habir,  en 
294/906,  avec  sa  mère  Mou'minah  et  Zikrawayh. 

Après  cette  date,  les  Qarmates  n'avaient  plus  de  chef  légi- 
time. Un  personnage  singulier,  qui  s'était,  dès  286/899  (2), 
institué  directeur  local  de  la  secte,  à  Salamiyah,  le  futur 
mahdi  'Obaydallâh  (né  259  -f  321),  fondateur  des  Fâtimiles 
d'Egypte,  réussit  à  reprendre,  alors,  les  principaux  fils  de 
la  conspiralion  qarmate  ;  avec  l'aide  d'un  faussaire  avéré, 
l'ex-mâlikiteNo'mân-ibn  Hayyoïin  ïamîmî  (né  259  -j-  363), 
son  futur  dcùî-al-ddâl,  qui  rédigera  sur  ses  vieux  jours  une 
histoire  mensongère  des  débuts  delà  dynastie  (3)  ;  récit  dont 
les  livres  druzes  (4)  s'inspireront.  'Obaydallâh  s'en  va  au 
loin,  en  Maghreb,  profiter  des  travaux  du  mhïh  al  badhr, 
puis,  quand  celui-ci  perce  à  jour  son  usurpation,  il  le  fait 
assassiner.  En  Khorâsân,  il  gagne  les  dâ'îs  Aboû  Hâtim  Râzî 
et  Aboû  Sa'îd  ShaVânî  ;  mais  les  Qarmates  du  Bahrayn,  ses 
coreligionnaires  au  point  de  vue  doctrinal,  paraissent  avoir, 
jusqu'au  bout  (5),  méprisé  'Obaydallâh  et  ses  successeurs, 
comme  des  usurpateurs,  issus  d'une  bâtardise  ou  d'une  sub- 
stitution (6)  ;  et  préféré  attendre,  contre  toute  espérance, 

(l)Tabarî,  2241  ;  itii'âz,  116. 

(2)  Epoque  à  laquelle,  accusé  d'usurpation  par 'Ahdân  (prédécesseur 
de  Zikrawayh),  il  décida  le  sâhib  alnâqah  à  le  faire  tuer  [itti'âz,  115). 

(3)  Voir  Bibliographie  qarmate  (ap.  «  Mélanges  Browne  »). 

(4)  Y  copiant  une  généalogie  dumahdî,  qui  est  fantastique  (Sacy,  I, 
25  ;  Dastoûr  al  monajjimîn,  f.  333). 

(5)  Correspondance  avec  le  druze  Moqtana*. 

(6)  'Obaydallàh  s'est  dit  successivement  le  neveu  adoptif,  puis  le 
cousin  éloigné  des  trois  frères  chefs  de  la  révolte  de  290/902  ;  suivant 
deux  généalogies  différentes  :  la  plus  connue,  celle  d"Obaydallî,  appelle 


736  CHAPITRE    XII 

soit  un  rescapé  authentique  du  désastre  de  291/903  (t),  soit 
l'arrivée  finale  du  Messie,  dont  parle  la  qasidah  de  leur  chef, 
AboûTâhir  (2). 

c)  La  mission  prophétique. 
1 .  Le  rôle  d'envoyé  [rasoûl). 

Les  prophètes  sont  des  avertisseurs,  chargés  de  notifier 
de  façon  décisive  la  Loi,  en  proclamant  son  autorité  sur 
ceux  à  qui  Dieu  la  destine.  Le  Qor'ân  indique  nettement  que 
cette  mission  éminente  dont  ils  sont  investis  ne  les  garantit, 
ni  des  méprises  privées,  puisqu'ils  racontent  les  faiblesses  de 
certains,  ni  même  des  reproches  de  Dieu,  dont  les  répri- 
mandes ouvertes  les  visent,  notamment  Mohammad  (3). 

11  y  avait  là  une  difficulté,  que  les  zanâdiqah  soulevèrent 
de  bonne  heure  (4).  Les  croyants  évitèrent  d'abord  de  la 
méditer,  affirmant  sommairement,  avec  Moqâtil  (5),  que 
ces  «  fautes  »  des  Prophètes  n'étaient  «  mauvaises  »  qu'en 
apparence,  bénies  en  réalité  par  Dieu,  puisqu'il  les  avait 
préméditées  pour  eux.  Puis  d'autres  les  admirent,  comme 
des  imperfections  de  novices,  adoptant,  avec  Râzî,  Ibn  Ma- 
ie sàhib  al  nâqah  «  Aboû  Sha'la'Ia'  Mohammad  al  Habib  »  ;  la  seconde 
fait  du  mahdi  l'oncle  d'un  certain  Ja'far,  mort  au  Caire  en  293/903, 
tige  des  Banoù'l  Baghîd  (Ibn  Hazm,  mashdhir,  ap.  itli'âz,  p.  6  seq.). 

(1)  Cfr.  leur  déconvenue  en  319/931  avec  un  sodomite,  Aboù'l  Fadl 
Zakarî  Tammâmî  {farq,  270  ;  Bîroùnî,  âlhâr,  213). 

(2)  Ap.  Bîroùnî,  214  ;  Tagrib.  II,  239  ;  Gœje,  Carmalhps,  113.  Cfr. 
la  thèse  anonyme  (peut-être  de  Ja'far  ;  parallèle  au  «  Pas  àejihdd...  »)  : 
«  Pas  de  pèlerinage  à  la  Ka'bah,  avant  que  le  Mahdi  ne  paraisse,  et  que 
Jésus,  fils  de  Marie,  ne  descende  (sur  terre)  »  (Malatî,  f.  378)  ;  com- 
parée à  leur  destruction  de  la  Ka'bah. 

(3)  Qor.  VI,  50  ;  VII,  188  (et  XI,  33)  ;  XXXIII,  40  ;  LXXX,  2  ; 
XCIII,  7  ;  XGIV,  3  ;  XLVIII,  2  ;  Ibn  Hazm  IV,  3-32. 

(4)  Tabarsî,  ihtijâj,  122,  183. 

(5)  Malatî,  111-112.  Cfr.  Jobba'î  (Shahr.  1,  107). 


THéOLOGIE    DOGMATIQUE  737 

sarrah,  Ro'înî(l),  la  thèse  concevant  la  prophétie  comme 
une  sanctification  philosophique,  une  illumination  purifi- 
catrice (2),  résultat  d'un  entraînement  d'ascèse  (3). 

Par  une  réflexion  plus  attentive,  qui  s'ébauche  aussi  chez 
Ibn  al  Hakam,  Ibn  Karrûm,  Bâqillûnî  et  Ibn  Foùrak  (4), 
Técole  mystique  sunnite  de  Thawrî ,  Dârânî  (5),  Khar- 
râz(6)  et  Tostarî  (7),  établit:  que  les  «  défaillances»  des 
Prophètes  (hafawât,  zallât,  'oyoûb)  coexistaient  réellement 
avec  leur  mission .  Et  que,  prévues  dans  le  plan  divin  comme 
profitables  pour  les  autres,  elles  servaient  effectivement, 
sinon  à  les  purifier  eux-mêmes  par  le  repentir,  du  moins  à 
les  contenir  dans  les  limites  assignées  à  leur  rôle  ;  au  moyen 
de  réprimandes  divines  (tanîb),  alternant  avec  des  gracieu- 
setés divines  {tanis),  note  Hallâj .«  Les  capacités  individuelles 
des  Prophètes  sont  proportionnées  à  leurs  rôles,  chacun 
suivant  la  situation  qui  lui  a  été  réservée.  Chacun  a  été  lié  à 
sa  dot  [hazz),  sous  condition  d'agir  conformément  à  une 
règle  de  conduite,  à  l'égard  de  Dieu,  et  chacun  a  été  répri- 
mandé quand  il  y  a  manqué  (8).  Il  en  est  qui  ont  été  fami- 
liarisés avec  Dieu  après  en  avoir  été  réprimandés.  Quant  à 
Mohammad,  il  a  été  familiarisé  avant  la  réprimande  (9).... 

(1)  Hazm  IV,  198. 

(2)  Epanchée  de  l'Intellect  Actif  (Gauthier,  Ihn  Rochd,  131-138). 

(3)  Ce  qui  avait  le  défaut  de  mettre  en  cause  et  de  nier  un  des  traits 
caractéristiques  de  Mohammad,  sa  vie  de  harem  (Ibn  Hâyit,  ap.  Hazm  I, 
78  ;  IV,  197,  223). 

(4)  Cfr.  sur  le  hadîth  al  gharânîq  (Qor.  LUI,  20  bis)  ;  farq,nO  ;  Ibn 
al  Dâ'î,  435  ;  Hazm  IV,  164,  224,  225). 

(5)  Baqlî,  in  Qor.  VII,  21  :  «  felix  culpa  »  d'Adam. 

(6)  Id.,  in  Qor.  XXX VIII,  23  ;  David,  repentant,  est  rapproché  de 
Dieu  davantage. 

(7)  tafsîr,  17-18.  Thèse  d'Ash'arî,  contre  Aboù  Hanîfah  et  Mâlik 
(Sobkî.  n,  268). 

(8)  Ap.  Sol.  in  Qor.  IX,  43. 

(9)  Dieu  lui  dit  «  XXIV,  62  »,  avant  «  IX,  43  «  ;  tandis  qu'il  dit  à 

47 


738  CHAPITRE    XII 

(Noé,  au  contraire,  le  ^ui  après).  Telle  est  la  situation  faite 
à  Noé,  et  le  pardon  qu'il  reçut  ainsi  ne  le  rend  pas  inférieur 
à  Mohammad,  chaque  prophète  restant  à  son  rang  devant 
Dieu  ». 

Cette  étude  amena  Hallâj,  après  Ibn  Ibâd  (1),  Jâhiz  (2)  et 
Ibn  Karrâm,  à  mettre  à  part  une  définition  importante,  celle 
de  la  risâlah^  «  mission  d'Envoyé  »  (3).  La  plénitude  du  rôle 
de  prophète,  ce  n'est  ni  la  voyance,  ni  les  miracles,  c'est  sa 
m\s?>\Oïi  A' apostolat  {^).  Or  «l'envoyé  ne  sait  que  ce  qu'on 
lui  a  commandé  ou  montré  »  (5)  ;  la  seule  qualité  person- 
nelle requise  d'un  messager,  c'est  la  siddîqîyah.,  la  parfaite 
sincérité,  dans  la  transmission  [iblâgh)  (6)  du  message  qui 
lui  est  confié.  Extérieurement  cette  mission  est  une  investi- 
ture glorieuse,  prééternellement  réservée  (7),  un  titre  de 

Noé  «  XI,  48  »  après  lui  avoir  fait  dire  «  XI,  47  ».  Ce  passage  contient 
divers  termes  techniques  curieux  ;  Hallâj  compare  le  travail  de  Dieu 
sur  les  âmes  à  la  panification  :  Il  «  pétrit  »  (ma'joûnah,  in  Qor.  XIX, 
13),  et  leur  pâte  ne  doit  ni  «  durcir  »  (tafattara),  ni  «  fondre  »  {dhâba). 

(1)  farq,  210. 

(2)  mokhtârât,  II,  299-301  :  tout  rasoûl,  par  là  même  qu'il  annonce 
la  loi  (sharVak),  est  aussi  nabî  (=  fondateur  de  nation,  millah)  et  imâm 
(=  coordination  des  volontés,  talqîn)  ;  le  nabî,  lui,  n'est  que  nabî  et 
imâm  ;  et  Vimâm  n'est  qn' imâm. 

(3)  Au  contraire,  le  traditionniste  Aboû  Hâtim  ibn  Hibbân  (-|-  345/ 
956)  se  fait  condamner  par  les  Karrâmîyah  et  Hanbalites  (Harawî, 
dhamm,  113^)  pour  avoir  réduit  la  noboûwah  h  a  'ilm  +  'amal  ». 

(4)  Elle  est  indispensable  à  la  vie  de  la  Communauté  (Khârijiles  :  ahl 
al  dawah)  ;  aussi  peut-elle  être  transmise  :  aux  imâms  ('Ijlî  :  Shahr. 
II,  15),  ou  à  tous  les  croyants  sincères  (Khârijites  ;  Ibn  Hibbân)  ;  ou 
aux  siddîqoûn  :  Aboû  Bakr,  d'abord,  puis  les  saints  (Sâlimîyah  ;  Ibn 
'Atâ,  ap.  Sh.  tab.  I,  95  ;  Misrî,  id.  I,  68). 

(5)  Sol.  in  Qor.  HI,  138. 

(6)  tablîgh  d'Ibn  Karrâm. 

(7)  Taw.,  p.  160  :  «  Après,  nous  en  viendrons  au  rasoûl  et  à  sa  mis- 
sion, auwaôîetà  son  prophétisme....  Pour  le  moment,  que  ne  t'oc- 
cupes-tu, plutôt,  de  cette  mention  {dhikr),  de  cette  ipséité...  que  Dieu 
même  lui  a  réservées...  » 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  7^9 

juridiction  qui  se  confère  dans  le  temps  (1)  et  le  caractéri- 
sera à  jamais  (2)  ;  niais  sans  le  transformer  à  priori. 

La  risâlah,  mission  d'Envoyé,  est  distincte  de  la  nohoû- 
wah  (3),  état  de  \oyance  prophétique,  ainsi  que  des  mo'jizât^ 
miracles  ;  l'une  la  précède,  par  une  illumination  de  l'intel- 
ligence de  l'envoyé  (4)  ;  les  autres  la  confirment,  aux  yeux 
des  hommes  (5).  Ni  l'une  ni  les  autres  ne  sont  des  grâces 
sanctifiant  l'Envoyé.  Al  Hallâj  est  très  formel  à  cet  égard: 
Shiblî  lui  demandant  quelle  différence  il  y  a  entre  les  pro- 
phètes et  les  saints,  il  répondit  (6)  :  «  Les  prophètes  ont  reçu 
pouvoir  sur  les  grâces,  ils  les  ont  en  leur  possession,  ils  en 
disposent  (=  pour  les  distribuer),  sans  que  ces  grâces  dis- 
posent d'eux  (.—  pour  les  transformer)  ;  —  quant  à  d'autres 
(=  les  saints),  les  grâces  ont  reçu  pouvoir  sur  eux,  ce  sont 
les  grâces  qui  disposent  d'eux  (et  les  transforment),  non  pas 
eux  qui  disposent  d'elles  o  (7).  C'est  ce  que  Tirmidhî,  selon 
Ibn  'Arabî,  avait  déjà  exprimé  sous  une  autre  forme  (8),  en 
montrant  la  supériorité  de  Jésus,  ivalî^  sur  Aboù  Bakr,  sïd- 

(1)  Contre  Ibn  Karrâm  et  Tostarî  :  pour  qui  il  se  confère  prééternelle- 
raent  (ici  p.  601). 

(2)  Zâhirites,  Hanbalites,  Hallâj  ;  contre  les  Ash'arites,  pour  qui  le 
rasoûl  cesse  de  l'être,  en  mourant  (thèse  d'Ibn  Foùrak,  ap.  Maqâlât  Ibn 
Kollâb  wal  Ash'arî  :  cfr.  Najdî,  389  ;  Harawî,  129''  ;  Hazm  IV,  215  ; 
Sobkî,  III,  53  ;  Goldziher,  Zâhiriten,  170,  n.  1). 

(3)  Thèse  d'Ibn  Ibâd,  Ibn  Karrâm  et  Imâmites  (Dâ'î,  435)  ;  contre 
l'identification,  thèse  sunnite  commune  :  Ghazâli,  ladonmyah,  29.  Le 
nabi  n'est  pas  morsal  à  priori  ;  sur  les  124.000  prophètes,  360  seule- 
ment ont  été  morsal  (Dâ'î,  /.  c,  313,  selon  Sanoûsî).  Distinction  du 
rasoûl  et  du  morsal  ap.  Miskawayh  (faivz,  114-115). 

(4)  Ici  p.  567. 

(5)  Ici  p.  365  (tahaddî). 

(6)  Solamî,  tabaqât.  Ibn  al  Dâ'î,  401.  Comp.  Fâris,  in  Qor.  XVIII,  65 
(ap.  Baqlî). 

(7)  Ici  p.  117. 

(8)  Rectifiant  la  théorie  de  T 'açrfa/^a/ôdeMohammad  Çlykd,  shifâ, 
II,  88)  ;  d'ailleurs  elle  est  contredite  par  Qor,  X,  94. 


yio  CHAPITRE    XII 

dîq  \  l'asservissement  où  sa  mission  (de  témoin  véridique, 
héritage  du  Prophète)  place  Aboû  Bakr  vis-à-vis  de  Dieu 
n'est  qu'  «  unilatéral  »,  limité  à  son  extérieur,  relatif  à  sa 
langue  seule,  astreinte  à  ne  répéter  que  ce  qu'il  a  entendu 
[ùddîqiyah]  ;  tandis  que  l'asservissement  de  Jésus,  non  seu- 
lement prophète  (=  témoin  véridique)  mais  saint,  est 
«  bilatéral  »,  liant  simultanément  son  cœur  (soumis  à  l'ins- 
piration permanente)  et  ses  membres. 

2.  U enchaînement  des  missions. 

Ce  que  le  croyant  peut  apprendre  en  méditant  les  exem- 
ples des  Prophètes  (1),  leurs  attitudes  envers  les  hommes, 
c'est  la  permanence  de  leur  sincérité  intellectuelle  à  l'égard 
de  Dieu  (2)  ;  c'est  pratiquer  l'ascèse  du  sens,  le  renoncement 
aux  images  (3),  la  .5iû?(/ï(7«y «A,  l'asservissement  de  la  langue, 
transparente  interprète  de  la  perception  pure  de  l'Unité  di- 
vine. Au  terme  de  cette  préparation,  Dieu  peut  la  compléter 
par  le  don  du  renoncement  intérieur,  l'asservissement  du 
cœur,  son  «  expatriement  »,  ghorbah. 

De  bonne  heure,  les  mystiques  renoncèrent  à  classer  les 
Prophètes  suivant  leurs  mérites  respectifs  ;  déjà  Dirâr  en- 
seignait que  tous  étaient  égaux  (4).  De  même  Misrî  (5), 
Jonayd,  qui  en  propose  huit,  sur  le  même  plan,  comme 

(1)  Leurs  shama'U  (Jâhiz,  mokhtârât,  II,  144)  :  générosité,  bonté 
(cfr.  livres  de  Borjolâûî,  Ibn  abîUDouyâ). 

(2)  Suprà,  p.  641. 

(3)  Cf.  le  sermon  d'un  qâss  sur  le  tanzîh  hallagien,  noté  par  Jbn  'Aqîl 
(ibn  al  Jawzî,  qossâs^  f.  134)  :  c  0  vous,  qui  vous  forgez  du  Créateur 
une  effigie  fixe  dans  vos  cœurs,  ce  n'est  pas  là  Dieu,  c'est  une  idole... 
L'hiatus  entre  la  divinité  et  le  contingent  doit  maintenir  les  âmes  dans 
la  crainte,  à  Le  vénérer...  (Qor.  VIII,  2)...  Quant  à  ces  hantises  ima- 
ginaires, il  est  obligatoire  de  les  extirper  de  nos  cœurs,  comme  il  est 
obligatoire  de  briser  les  idoles  (A'asr  al  asndm)  ».  Comp.  ici  p.  643. 

(4)  Ibn  al  Dâ'î,  435. 

(5)  Sh.  tab.  I,  98. 


THKOLOGIE   DOGMATIQUE  ']^I 

modèles,  à  ses  disciples,  et  Ibn  'Atâ,  qui  fait  de  quatre 
d'entre  eux  les  «  sources  divines  »  sur  la  terre  (1).  L'impor- 
tant, pour  eux,  est  de  construire,  au  moyen  des  données 
coraniques  sur  les  Prophètes,  une  sorte  de  manuel  progressif 
pour  les  méditations  du  sâlik,  un  «  llinerarium  mentis  ad 
Deum  »  (2)  ;  d'établir  un  enchaînement  entre  les  diverses 
démarches  des  Prophètes  vers  la  vision  divine. 

Le  Qor'ân  n'est  pas  sans  prêter  à  cette  conception  ; 
Mohammad  y  est  invité  à  se  conformer  aux  exemples  des 
Prophètes  précédents  ;  spécialement  à  Abraham  (3)  et  à 
Moïse  (4),  dans  son  ascension  vers  la  vision  divine  :  en  pas- 
sant par  les  mêmes  phases  qu'eux. 

Les  principaux  mystiques  musulmans  ont  travaillé  à  cette 
synthèse  dynamique  du  Qor'ân  ;  Tostarî  (5),  Jonayd  (6) 
avaient  précédé  Hallâj  dans  cette  voie  ;  en  attendant  Gha- 
zâlî(7),  Kîlânî  (8),  Ibn  'Arabî  en  ses  fosoûs,  Roûmî  (9)  et 
Jîli  (10). 

L'originalité  de  la  construction  hallagienne  n'est  pas  dans 
le  classement  des  versets  et  hadith  invoqués;  classement 
identique  à  celui  de  ses  maîtres  (11),  Tostarî  et  Jonayd.  Elle 
est  dans  la  conclusion  qu'il  en  tire  ;  il  pose  ces  différentes 
physionomies    de    Prophètes,   Abraham    méditant    sur  la 

(1)  Baqlî,  tafsîr,  f.  357^ 

(2)  Un  manuel  de  l'ascension  mystique,  mVrâj,  comme  Bistâmî  ose 
le  dire. 

(3)  Sa  conversion  (Qor.  VI,  75-83). 

(4)  Cfr.  suprà,  p.  503. 

(5)  tafsîr,  29. 

(6)  JDawâ  al  arwâh  Çoloûw,  donoûw). 

(7)  ihyâ,  IV,  178  seq. 

(8)  Àp.  bahjahy  53-70.  Cf.  Ibn  al  Jawzî,  ro'oûs,  52-53. 

(9)  mathnawi. 

(10)  insân  kâmil. 

(11)  Et  même  à  celui  d'un  fyadîth  ibâdite  {Daiîl). 


7^2  CHAPITRE    XII 

Résurroction  (1),  Moïse  au  Buisson  Ardent  et  demandatlt  la 
vision  (2),  Mohammad  au  mïràj  (3),  non  comme  des  types 
de  sanctification  croissante,  mais  comme  de  simples  préfi- 
gures, de  plus  en  plus  translucides,  de  la  vision.  De  même 
qu'en  Adam  fut  montrée  aux  Anges  une  préfigure  matérielle 
de  la  convenance  adorable  de  l'union  mystique,  de  même^ 
en  Moïse  et  Monammad  est  signifiée  aux  croyants  la  vocation 
abrahamique  à  la  sakînah  (4),  l'accession  de  la  raison  à  cette 
vision  pure  de  l'essence  divine,  qui  est  la  préfigure  spirituelle 
du  dénuement  humain  dans  l'union  mystique  (5). 

Les  commentaires  et  réflexions  dont  il  accompagne  (6)  ses 
descriptions  de  leurs  états  sont  caractéristiques  ;  ce  sont  des 
exhortations  appelant  les  siddlqoûn,  ceux  qui  ont  réalisé  en 
eux  la  position  intellectuelle  de  ces  Prophètes,  leur  takhal- 
loq  ai  akhlàq  Allah  (7),  à  passer  outre,  vers  l'union,  par  cette 

(i)Qor.  11,262. 

(2)  VII,  139,  140. 

(3)  XVII,  1  ;  LUI,  1-18  ;  XGIV. 

(4)  Qor.  VI,  162-163  ;  qui  rapprocha  Aboù  Bakr  de  Mohammad  (cfr. 
Qor.  IX,  40),  puisqu'  «  entre  le  siddiq  et  le  rasoûl  il  n'y  a  que  la  pré- 
séance de  la  noboûwah  »,  disent  les  Sâlimîyah  (Makkî,  qoûi,  II,  78  ; 
cf.  66)  ;  c'est  ce  qui  explique  la  plaisanterie  racontée  ici  p.  336  ;  Aboû 
Bakr  est  le  successeur  spirituel  de  Mohammad. 

(5)  sidq  :  loyauté  de  la  langue,  d'où  tasdîg,  assentiment,  consente- 
ment de  la  pensée  :  1°  en  grammaire,  convenance  du  jugement,  appli- 
cation de  l'attribut  au  sujet  ;  2°  en  droit  :  s'acquitter  rigoureusement 
d'un  contrat  (Kharrâz,  ap.  Sarrâj,  loma',  216)  ;  3°  en  mystique  :  «  l'épée 
de  Dieu  sur  terre  »,  la  base  permanente  de  tous  les  états  mystiques 
(Mohâsibî,  ap.  l.  c,  217)  ;  consentir  à  Dieu  en  toute  situation  (Jonayd, 
id.).  «  Le  siddîq,  c'est  celui  qui  reste,  avec  Dieu  »,  dans  le  statut  même 
que  Dieu  a  prescrit  ;  sur  sa  conscience,  les  choses  créées  ne  laissent 
pas  de  trace,  «  il  y  a  pour  lui  avec  Dieu  un  rapport  [nasab),  par  lequel 
il  reçoit  les  grâces...  »  (Hallâj,  in  Qor.  XIX,  55,  51  ;  cfr.  ifci  p.  300, 
1.  2).  Wâsitî  dit  que  la  siddîgiyah  est  le  début  et  le  terme  des  états  mys- 
tiques (Sarrâj,  /.  c,  70). 

(6)Taw.  IV,  5;  m,  7-11  ;  V,  21. 

(7)  Qor.  LXyiII,  5  ;  ici  p.  642  ;  cfr.  Ibri  'Arabt,  ffilyat  al  abdâl. 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  7^3 

transposition  transformante  dont  nous  avons  déjà  parlé.  De 
nombreux  textes  hallagiens  étudient  comment  Moïse  obtint 
d'entrer  en  dialogue  avec  Dieu  (moAdiamak)  (i)^  mais  non 
d'accéder  à  la  vision  de  l'essence  pure.  La  première  question 
avait  élé  longuement  discutée  :  Jahm,  les  mo'tazilites  et  Ibn 
Kollâb  prétendent  que  Moïse  n'avait  pu  entendre,  en  elle- 
même,  la  Parole  incréée  ;  contre  Ibn  Hanbal  (2). 

La  solution  d'al  Hallâj  pour  la  seconde  est  conforme  à 
celle  de  Hasan,  de  Ja'far  et  des  Sàlimîyab  (3);  Moïse  ne 
put  apercevoir  qu'une  approximation  transfiguratrice  de  la 
vision,  sous  forme  d'une  masse  illuminée  de  créatures  (4)  : 
sa  mission  étant  de  prêcher  le  «  Daill  »,  Dieu,  comme  Légis- 
lateur. 

La  vocation  de  Mohammad  l'amena  plus  loin  ;  Hasan  jurait 
qu'il  avait  «  vu  son  Seigneur  «  (5).  Après  Ja'far  (6)  et  Ibn 
'Atâ,  Hallâj  montre  aussi  que  Mohammad,  par  une  grâce 
spéciale,  fut,  en  son  isrâ,  suspendu  à  l'horizon  extrême  du 
créé  ;  et  que  son  regard,  détaché  un  instant  des  créatures  (7), 
de  Gabriel,  et  même  de  la  forme  entrevue  d'Adam  (8),  plon- 
gea directement  dans  une  Essence  immense,  incompréhen- 


(1)  Références  ap.  Taw.,  p.  463  ;  corr,  ligne  pénult. 

(2)  «  Celle  qui  parla  à  Moïse,  Celle  qui  questionnera  Jésus  au  Juge- 
ment »  (ap.  radd.,  ms.  Londres  supp.  169,  f.  13''). 

(3)  Taw.  III,  8,  10  ;  Hasan,  ap.  Baqlî,  tafsir,  f.  119*. 

(4)  Ja'far,  Bâqillânî  (contre  Ash'arî)  ap.  'lyâd,  shifâ,  I,  457,  162  ; 
proposition  X  des  Sàlimîyab  ap.  Ibn  al  Farrà  [moHamad;  résumée  ap. 
Kîlànî,  ghonyah,  I,  82)  ;  Moïse  est  ainsi  puni  de  s'être  trop  complu  au 
dialogue  divin  ;  cette  vision  est  la  sîmorgh  (trente  oiseaux)  des  Persans 
('Attâr).  Taw.,  p.  164. 

(o)  'lyâd,  shifâ,  I,  159.  Thèse  dTbn  'Abbâs  et  d'Asmâ,  fille  d'Aboù 
Bakr,  contredite  par  'Ayisbab  (controverse  fameuse). 

(6)  Baqlî,  tafs.,  XVII,  1  ;  'lyàd,  /.  c,  I,  164,  165. 

(7)  Taw.  II,  7. 

(8)  Sol.  in  Qor.  LUI,  3. 


7^4  CHAPITRE   XII 

sible,  qu'il  dut  s'avouer  impuissant  à  louer  dignement  (1). 
Cette  vision  simple  et  négative  purifia  définitivement  sa  foi, 
lui  donna  la  saklnah  (2),  sans  l'unir  à  Dieu,  sa  mission  étant 
de  prêcher  le  «  Madloûl  »,  le  Juge  qui  isole  la  divinité  d'avec 
les  créatures,  non  l'Esprit  qui  unit  l'humanité  avec  Dieu  (3) . 

3.  Salât  'alàH  Nahî;  shafâ'ah. 

Cela  nous  aide  à  comprendre  la  position  d'al  Hallâj  dans 
deux  questions  célèbres  :  la  «  prière  sur  Mohammad  »,  salât 
^ala  Mohammad,  et  l'u  intercession  de  Mohammad».  «Ibn 
Mansoûr  dit  à  un  homme  :  témoignes-tu  que  Dieu  est  unique, 
quand  tu  entends  l'appel  à  la  prière  ?  Certes  non,  tu  schisma- 
tises  [alhadta!],  tant  que  tu  unis  (4),  dans  ton  témoignage, 
ton  attestation  de  Dieu  avec  ton  attestation  du  Prophète  ;  et 
tant  que  tu  ne  les  sépareras  pas,  attestant  Dieu,  quanta  Sa 
majesté  unique,  puis  le  Prophète,  quant  au  dépôt  qu'il  a 
reçu  (balâgh)  et  au  salut  que  tu  lui  dois  ;  c'est  ainsi  que  les 
consciences  s'égarent  dans  l'au  delà  de  la  difféi'ence  ;  alors 
que  Dieu  seul  est  »  (5)  —  Wâsitî,  son  interprète,  précise  : 
«  Prie  sur  le  Prophète,  quand  tes  membres  peinent  sous  des 
fardeaux  [awqdr)  (6),  mais,  en  ton  cœur,  ne  lui  réserve  pas 
de  mesure  spéciale  [mïqddr]  (7)  » . —  La  salât  'alà  al  Nabi  n'est 

(1)  Taw.  II,  8  ;  thèse  reprise  par  Haykal  (Kalâbâdhî,  ta'arrof,  f.  37^) 
et  'Abdallah  Qorashî  (sharh  al  tawhîd,  extr.  ap  Hilyah,  s.  v.). 

(2)  Baqlî,  in  Qor.  IX,  26'. 

(3)  In  Qor.  XXVIII,  85  ;  cfr.  ici  p.  635. 

(4)  Les  Darqâoua  font  encore  une  pause,  en  cet  endroit  de  la  sha- 
hâdah. 

(5)  Sol.  in  Qor.  III,  16. 

(6)  Ainsi  font  encore  les  hommes  de  peine,  aujourd'hui. 

(7)  Solamî,  choqué  de  celte  phrase,  en  demanda  l'explication  à  'Abd 
al  Wâhid  Sayyârî,  qui  lui  dit  :  «  Penses-tu  poursuivre  quelque  résultat 
à  son  avantage  en  «  priant  sur  lui  »  I  Tu  ne  fais  que  poursuivre  ton 
avantage  personnel  ;  le  sien  est  trop  haut  pour  que  sa  Communauté 
puisse  espérer  l'accroître...  »  (in  Qor.  XXXIII,  56), 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  745 

donc  pas  nécessaire  (1  ),  et  Shiblî,  récitant  la  shahddaJi,  s'ar- 
rêtait, avant  «  Mohammad  rasoûl  Allah  »,  disant  «  Si  Tu  ne 
me  commandais  pas  de  mentionner  Ton  Envoyé,  il  me  serait 
impossible  de  le  mentionner  ».  Ibn  'Atâ,  de  façon  plus  atté- 
nuée, considérait  (2)  que  la  «  prière  sur  le  Prophète  »  (Qor. 
XXXIII,  56),  attestation  de  son  insertion  dans  la  prescience 
[wadah),  quand  elle  est  de  Dieu,  —  intercession  pour  lui 
obtenir  indulgence  plénière  (raf'ah)  (3),  quand  elle  vient 
des  Anges,  —  ne  pouvait  être,  venant  des  membres  de  la 
Communauté,  qu'imitation  affectueuse  de  son  endurance  de 
la  Loi  (motâbaah).  Insister  sur  elle  distrairait  les  cœurs  de 
Dieu. 

A  ce  moment  même  (4)  la  .<î(2/«^  'alaiNabt  était  introduite  : 
dans  la  prière  publique  par  les  Fâtimites  (5)  ;  dans  la  dévo- 
tion privée  par  les  Malékites  (6),  et  certains  Imâmites  (7)  ; 
en  attendant  les  récitations  collectives  instituées  par  Ha- 
rîrî  (8)  et  Jazoûlî  (9);  quoique  Nawawî  (10)  prétende  que 

(1)  Sha'râwî,  latâ'if,  I,  124. 

(2)  Baqlî,  in  loco  ;  et  in  Qor.  XXIV,  47. 

(3)  Comp.  Shâfi'î,  Tostarî  ;  ici  p.  704. 

(4)  Auparavant,  on  ne  prononçait  sur  lui  (et  sur  les  fidèles  pieux)  que 
des  tahiydl  (formule  selon  Ibn  'Okkâshah  ap.  Malatî  ;  et  selon  Ibn  Kar- 
râm  ap.  Dhahabî,  ta'rîkh). 

(5)  Protocole  des  lettres  du  sâhib  al  khâl  en  290/902  (Maqrîzî, 
itti'dz,  120)  :  l'imitant,  'Obaydallâh  l'introduit  après  Vâdhân  (Ibn  Ham- 
mâd,  trad.  Cherbonneau,  JAP,  1835,  p.  542),  ce  que  Saladin,  en  réa- 
lité, ne  fit  que  conserver,  à  la  chute  des  Fâtimites  d'Egypte  (Idwî, 
boloûgh  al  mosirrât,  chap.  VI). 

(6)  Fadl  al  salât  'aliil  Nabî,  ouvrage  du  qâdi  Isma'îl-ibn-Hammâd, 
oncle  du  qâdî  Aboù  'Omar  (ici  p.  217)  :  éd.  d'Ibn  al  Harrâth  (ras.  Damas, 
raajm  38)  ;  hadîth  recueillis  par  Dàraqotnî  ('Idwî,  /.  c). 

(7)  Qods  al  Tour,  livre  d'Ibn  Jonayd  Iskâfî  (+  381/991)  :  Tusy's 
list...  269. 

(8)  Gfr.  ici  p.  419.  Et  Goldziher,  WZKM,  1901,  p.  43. 

(9)  dala'il  al  khayrât. 

(10)  'Idwî,  /.  c.  ;  comp.  pourtant  Qor.  XXXIII,  42  ;  VII,  188. 


746  CHAPITRE    XII 

cette  dévotion  soit  d'obligation  coranique,  les  néo-hanbaliles 
elles  Wahhabites  en  ont  dénoncé  Taspect  idolâtrique  (1). 

Shafâ'ah^  l'intercession. Mohâsibî, qui  la  décrit  (2), la  place 
après  le  Jugement  ;  Mohammad,  qui  boit  à  la  coupe  avec  les 
autres  prophètes,  entend  les  cris  des  grands  pécheurs  de  sa 
nation,  morts  sans  repentir,  et  suppliciés;  il  quitte  le  ban- 
quet, et  sur  sa  prière,  en  considération  de  leur  foi,  ils  sont 
retirés  des  flammes  ;  ils  apparaissent  d'abord,  avec,  sur  leurs 
fronts,  l'inscription  (3)  :  «  Jahannamiyoû?i ^  ^otaqâ  alRahmân 
mïnalnâr  »,  «  Infernaux,  affranchis  du  feu  parle  Miséri- 
cordieux »  ;  puis  cette  inscription  humiliante  est,  sur  leurs 
instances,  effacée,  et  ils  se  joignent  aux  élus.  Hallâj  observe  : 
«  Qui  donc  intercède  auprès  de  Lui,  sans  qu'il  le  lui  ait  per- 
mis? (Qor.  Il,  256).  Et  qui  pourrait  être  l'Intercesseur,  au- 
près de  Celui  que  nul,  autre  que  Lui-même,  ne  pousse  et  ne 
retient?  (4)  »  —  Wâsitî,  citant  cela,  développe  :  «  Qui  donc 
Me  priera  pour  que  je  l'exauce?  Croira  en  Moi,  pour  que  je 
le  dirige,  M'obéira  pour  que  je  le  préserve,  cessera  de  pécher 
pour  que  je  rimpeccabilise?  (5)  »  —  L'intercession,  propor- 
tionnée au  degré  d'asservissement  volontaire  de  l'homme  à 
Dieu,  n'est  donnée  aux  Prophètes  (6)  que  limitée  en  exten- 
sion et  compréhension.  Celle  de  Mohammad,  corrélative  de 
la  i^alàt  ^aldl  Nabî^  ne  vise  que  les  grands  pécheurs  de  sa 
Communauté,  et  pour  autant  qu'ils  ont  pratiqué  la  Loi,  y 

(1)  Cfr.  le  hadîth,  Lawlàka  (Taw.,  p.  135)  et  Ibn  Hajar,  dorr  mandoûd. 
De  fait  ce  privilège  externe  n'est  accompagné  d'aucune  sanctification 
interne,  ne  procure  aucune  voie  d'accès  à  Dieu,  puisqu'il  est  resté  inac- 
cessible à  Mohammad  au  mi'râj. 

(2)  ba'lh  iva  noshoûr,  ras.  Paris,  1913,  f.  196^  seq. 

(3)  TTtTTaxtov  d'E.  Zigabenus.  Cfr.  Hodhayfah  (Hanbal,  Y,  391). 

(4)  Sol.  in  Qor.,  /.  c. 

(5)  Baqlî,  l.  c. 

(6)  Et  seulement  aux  Saints,  en  plénitude  :  istighâthah. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  «747 

ayant  cru,  sur  sa  parole.  Elle  leur  procure  le  Paradis  créé, 
non  la  vision  transformante.  Telle  est  la  double  restriction, 
qu'après  Bistàmî  (  I  ),  Hallàj  apporte  (2)  à  la  doctrine  de  l'in- 
tercession, formulée  à  propos  de  Qor.  XCIII,  5,  par  Jaïar, 
Tostarî  et  Ibn  'Atâ  ;  comme  définissant  le  «  grand  caractère  » 
[kholoq  \iztm)  (Qor.  LXVIII,  4),  «  l'intention  »  (himmah) 
spécialement  visée  par  Dieu  en  Mohammad  :  sa  mission  de 
miséricorde,  rahmah  {Qor.  XXI,  107):  restreinte  et  limi- 
tée (3). 

d)  La  sainteté. 

1.  Sa  définition  :  la  ghibtah  ;  questions  posées. 

La  pleine  réalisation  de  la  Loi  n'est  requise  ni  du  chef  de 
l'exécutif,  qui  la  fait  observer  (puisqu'en  privé,  il  peut  la 
négliger  et  la  laisser  négliger),  —  ni  même  du  Prophète  qui 
l'édicté  (puisqu'il  n'est,  vis-à-vis  de  Dieu,  responsable  que 
de  sa  publication  devant  tous  ;  non  de  son  application,  inté- 
grale et  universelle).  A  quoi  peut-on  la  reconnaître,  parmi 
les  fidèles  attentifs  à  observer  la  Loi?  A  l'amitié  de  Dieu, 
wilâyah  ;  la  sainteté. 

wildyah.  V  Qor'àn  :  état  surnaturel  des  élus  (4)  posses- 
seurs de  la  tomanînah  ;  nommément  des  «  martyrs  »  (morts 

(1)  <»  Mon  étendard  est  plus  vaste  que  celui  de  Mohiammad  »  ('Attâr, 
I,  176).  Il  prie  pour  tous  les  hommes,  ce  qu'ibn  al  Jawzî  critique  {Nâ- 
mous,  X). 

(2)  Nous  n'avons  pas  retrouvé  l'original  du  texte  qu'ibn  'Arabî  et 
Shâdhilî  incriminent,  d'al  Hallâj,  sur  ce  point  (ici  p.  383,  424). 

(3)  Son  intercession  est  une  partie  de  sa  <.<  dot  »  de  prophète  (cfr. 
Hallâj,  suprâ,  in  Qor.  XXIV,  62)  ;  il  n'a  pas  à  prier  pour  les  infidèles 
(Qor.  IX,  81).  Bien  plus  :  ni  la  prière  de  Noé  pour  son  fils  (Qor.  XI, 
47),  «  ni  celle  d'Abraham  pour  son  père  (Qor.  IX,  114-H,^  ;  LX,  4),  ni 
celle  de  Mohammad  pour  sa  mère  »  (Ibn  al  Jawzî,  l.  c,  ap.  note  1)  et 
pour  son  oncle  Aboù  Tàlib  n'ont  été  agréées  de  Dieu. 

(4)  Ici  p.  500. 


748  CHAPITRE   XII 

à  la  guerre  sainte).  2°  Khârijites  :  état  (1)  de  ceux  qui  refu- 
sent de  tolérer  un  gouvernement  injuste,  et,  même  «  s'ils 
ne  sont  que  trois  »,  s'insurgent  au  nom  de  Dieu,  «  Lui  ven- 
dent leur  vie  »  pour  venger  la  Loi  [shirâ'  des  Shorât  (2),  ahl 
al  da'wah  comme  Aboû  Bilâl  Mirdâs-ibn  Joûdir  Rabfî)  (3). 
3°  Imâmites  :  état  surnaturel  émanant  de  Tinvestiture  reçue 
par  'Alî  au  Ghadîr  (4)  ;  par  le  moyen  d'un  sentiment  de 
dévotion  envers  'Alî  et  ses  descendants,  gage  de  prédesti- 
nation (5)  :  'Alî  seul  a  parfaitement  interprété  la  Loi. 
¥  Sunnites  :  état  privilégié,  shahâdah^  des  croyants  morts 
combattant  à  la  guerre  sainte  (6),  donnant  ainsi  leur  vie  par 
obéissance  à  la  Loi  :  «  porte-flambeaux,  sous  le  Trône  (de 
Dieu)  (7)  ».  Hasan  Basrî  étend  ce  terme  à  «■  celui  qui  meurt 
à  la  fin  àiijeûne^  d'un  ghazw  ou  du  hajj  (8)  »  ;  puis,  l'idée 
de  la  «  guerre  sainte  suprême  »  (=  contre  soi-même)  (9) 
aidant,  on  l'étend  à  «  celui  qui  pratique  la  Loi  avec  patience 
(sabr)  et  componction  (hozn)  ».  Mais  on  y  objecte  que  Dieu 
seul  sonde  les  cœurs,  et  que  les  croyants  ne  peuvent  garantir 
[shahâdah)  ni  l'élection,  ni  la  sainteté  (ni  la  réprobation, 
barà'ah)  de  personne  (10),  en  dehors  de  Hamzah,  Ja'far 
Tayyâr  et  des  Dix  Compagnons. 

Bientôt,  pourtant,  une  certaine  description  objective  delà 
sainteté  se  répandit  parmi  les  sunnites  pieux  ;  c'est  le  liadîtli 
al  ghihtah,  sur  «  ceux  que  les  prophètes  eux-mêmes  envient, 

(1)  Formellement  proclamé  {tawallî)  ;  farq,  73. 

(2)  Repris  au  sens  mystique  par  Habib  'Ajamî  {Hihjah,  s.  n.). 
,    (3)  Shammâkhî,  trad.  Masqueray,  272,  355. 

(4)  ici  p.  507. 

(5)  amdnah  de  Moghirah. 

(6)  Ash'arî,  l.  c,  86^ 

(7)  Ibn  Battah,  /.  c.  ;  cfr.  ici  p.  321,  1.  17  seq. 

(8)  Makkî,  goût,  II,  120  ;  IbnQotaybah,  mokhtalif,  21^. 

(9)  Ibn  al  Moqafîa'  ;  mo'tazilites. 

(10)  Ibn  Battah  "Okbarî,  sharh  wa  ibânah  ;  Malatî,  377,  31. 


THIÏOLOGIE    DOGMATIQUE  7^9 

i.e.  proclament  bienheureux»  (1).  En  voici  la  rédaction 
selon  Yazîd  Raqàshî  (-H  31/748)  :  «  Je  vous  annonce  qu'il  y 
aura  des  gens^,  ni  prophètes,  ni  morts  à  la  guerre  sainte,  que 
les  prophètes  et  les  morts  à  la  guerre  sainte  envieront,  pour 
leurs  demeures  rapprochées  de  Dieu,  et  les  chaires  écla- 
tantes à  eux  seuls  réservées!  Qui  sont-ils?  Ceux-là  qui  Me 
feront  aimer  {tahabbob)  des  fidèles,  et  les  feront  aimer  de 
Moi...  en  ordonnant  les  Commandements  (de  ma  Loi)...  »  (2). 
D'accord  avec  le  A«6/^7A de HasanBasrî  icman^ashiqani...  »  (3), 
cette  tradition,  reprise  par  Ibn  Adham  (4)  et  méditée  par 
Tirmidhî  (5),  annonce  qu'il  y  a  constamment,  parmi  les 
membres  de  VOmmah,  d'humbles  fidèles,  agréés  et  aimés  de 
Dieu,  véritables  «  repères  »  de  la  voie  droite,  piliers  de  la 
société,  qui,  sans  eux,  croulerait  (6).  Commentant  le  hadilh 
«  Faire  mémoire  des  gens  pieux  attire  la  miséricorde  divine  » , 

(1)  ghibtah,  envie,  sans  jalousie  :  c'est  dire  de  quelqu'un  «  Toûbà 
laho  !  Qu'il  est  heureux  !  »  Ces  deux  termes  (appliqués  à  Moharamad 
par  Ibn  Mas'oûd  ;  Malatî,  234)  sont  spécialisés  en  liturgie  chrétienne 
arabe. 

(2)  Makkî,  goût,  l,  222  ;  c'est  le  hadîth  qodsî  n°  31  du  recueil  Nab. 
hânî  ijartiV). 

(3)  Ici  p.  511. 

(4)  Dans  le  texte  fameux  «  Je  serai  son  ouïe  et  sa  vue...  présent  à  sa 
nuit  et  familier  à  son  jour.  0  Yahya  !  Je  serai  l'hôte  de  son  cœur...  Je 
l'investirai  d'une  njission  {mab'a(h)  qui  sera  enviée  des  Prophètes  et 
Envoyés...  Puis  j'ordonnerai  à  un  crieur  de  crier  :  e  Voici  N,  fils  de  Z, 
saint  et  sanctifié  par  Dieu,  Son  élu  entre  Ses  créatures,  qu'il  appelle  à 
Sa  visite  pour  guérir  son  cœur  par  la  vue  de  Son  visage...  »  Et  Je  ras- 
sasierai ton  cœur  de  ta  soif  de  Me  regarder,  et  renouvellerai  ta  sainteté 
chaque  jour,  nuit  et  heure...  »  ;  thème  repris  par  Dârânî  (Qosh.  18)  et 
Fàris  {'aivârif,  IV,  278-279). 

(5)  Khatam,  quest.  146. 

(6)  «  De  tels  hommes  ne  M'oublient  plus  lorsque  les  autres  oublient  ; 
voilà  ceux  dont  la  parole  est  la  parole  même  des  prophètes,  voilà  les 
vrais  héros  {abtâl),  ceux  dont  Moi,  lorsque  je  veux  frapper  les  gens  de 
la  terre,  Je  me  souviens,  pour  écarter  d'eux  cette  calamité  >  (fin  du 
hâdUh  de  Hasan), 


yoO  CHAPITRÉ   Xii 

Wakî'  célèbre  «  ces  fidèles  purifiés,  qu'une  crainte  sainte 
fait  mourir,  leur  conférant  ainsi  la  shahâdah  'ozmd  »  (1  ).  Ce 
sont  eux,  précise  Mohâsibî,  qui  soignent  charitablement  la 
Communauté  dans  ses  maladies  (2)  ;  ils  guérissent  les  cœurs 
de  leur  mal  (3),  en  leur  remémorant  les  grâces  et  la  bonté 
de  Dieu,  leur  faisant  aimer  Dieu  dans  la  persévérance  à 
Le  servir  dans  sa  Loi,  —  et  l'endurance  à  Le  subir  en 
Ses  décrets  ;  parce  qu'eux-mêmes,  ayant  renoncé  à  tout, 
vivent  de  l'amitié  constante  de  Dieu. 

Ainsi  se  posent,  dès  le  second  siècle  de  l'hégire,  les  pro- 
blèmes fondamentaux  de  la  sainteté  en  Islam  :  khoUah^ 
amitié  (de  Dieu)  ;  tafdîl,  primauté  (des  saints  sur  les  prophè- 
tes) ;  istighâlhah,  invocation  (exaucée)  des  saints  [ahdàl^ 
piliers  spirituels  du  monde)  ;  karâmât^  miracles  des  saints. 

khollah,  l'amitié  de  Dieu  (4).  i°  Rabâh  et  Kolayb  :  l'amour 
de  Dieu,  devant  libérer  le  cœur  de  la  préoccupation  des 
jouissances  interdites,  peut  aboutir,  dès  cette  vie,  à  une 
dispense  plénière  de  la  Loi,  ibâhah.  Thèse  condamnée  par 
Khashîsh  (  +  253/867)  (5).2°lbnHayyân  etYahya  Râzî:  après 
un  entraînement  corporel  préalable,  appelé  par  Ibn  Hayyân, 
tadmir  al  maydàn^  entraînement  du  cheval  sur  le  manège, 
continué  jusqu'au  point  d'indifférence  où  la  myrrhe  et  la 
crème  aux  dattes,  le  vinaigre  et  le  miel  sont  également  bons 
pour  la  bouche,  —  le  mystique  est  libre.  La  perfection  de 
l'ascèse,  dit  Yahya  Râzî,  en  atténuant,  est  en  tout  cas  com- 
patible avec  la  jouissance  des  richesses  licites  et  des  plaisirs 
permis.  Thèses  condamnées  par  Khashîsh  (6).  3*  Ces  inter- 

(1)  Tha'Iabî,  qatià  ai  Qor'ân,  ms.  Leide.  f.  4"  ;  cfr,  ici  p.  501,  n.  1. 

(2)  «  Celui  qui  vient  à  vous,  malade,  parce  que  Je  lui  manque  Çalila 
min  faqdî),  guérissez-le  »  (Mohâsibî,  mahabbah). 

(3)  Qor.  XXIV,  49. 

(4)  Terme  bien  expliqué  par  Makkî,  qoûl,  II,  77,  78. 

(5)  istiqâmah,  in  Malatî,  164,  166. 

(6)  Id.,  in  id.,  165-166,   [Jâbir]-ibn-Hayyân  est  seul  nommé.  Mais 


tHEOLOGIE   DOGMATIQUE  7^1 

prétations  excessives  et  imprudentes  étaient  désavouées  par 
la  vie  constamment  renoncée  des  maîtres  en  mystique  :  hozn 
de  Hasan  Basrî,  larmes  des  «  pleureurs  »  (bakkaoàn)  comme 
Sàlih  Morrî,  'Abd  al  Wâhid  ibn  Zayd  (1)  et  Dàrànî.Mohàsibî, 
Jonayd  et  leur  école,  méditent  l'exemple  de  Jésus  «  Timâm 
des  ascètes  en  ce  monde  et  des  sâlikoàn  en  quête  de  la  vie 
future,  dont  les  bénédictions  sont  manifestes  pour  ceux  qui 
suivent  ses  pas  «  (2),  —  «  bénédiction  pour  ceux  qui,  l'ac- 
compagnant et  rimitant,  sont  par  lui  conduits  à  s'écarter  du 
monde  et  à  préférer  la  vie  future  »  (3)  —  et  de  «  certains 
pauvres  d'entre  les  Mohàjiroûn  »  (4)  parmi  les  Compagnons 
de  Mohammad  ;  et  affirment  la  nécessité  d'un  dénûment 
croissant,  jusqu'à  la  mort.  Ibn  'Atâ  y  ajoute  le  signe  delà 
souffrance  désirée.  Hallâj,  à  l'imitation  de  Mohâsibî,  appelle 
cet  état  la  ghorbah,  a  Texpatriement  »  (5)  de  soi-même  par 
un  recours  de  plus  en  plus  constant  à  la  grâce  divine.  Car, 
«  en  ce  monde,  il  n'est  pas  de  métier  [hirfah)  plus  beau  que 
celui  de  demander  l'aumône  »  (6).  «  Le  soûfî,  c'est  celui  dont 

l'autre  thèse  est  bien  connue  pour  avoir  été  reprise  par  Yahya  Râzi  et 
les  Karrâmîyah  {fadl  alghina). 

(1)  Voir  ses  prônes  {Hilyah,  s.  n.). 

(2)  Aboù  'Othmân  Maghribî  (Sol.  in  Qor.  XIX,  32). 

(3)  Jonayd  (Baqlî,  in  Qor.  XIX,  31)  ;  cfr.  vers  deKâshifî,  tafsîr.  Il, 
81  (trad.  Herbelot,  art.  «  Issa  »,  462^).  Cf.  fin  de  Qor.  V,  50. 

(4)  Yoûsof-ibn-Hosayn  Ràzî  (Sol.  in  Qor.  XI,  8)  :  allusion  aux  ahl 
al  soffah,  admis  par  Ibn  Karrâm  et  Tostarî. 

(5)  On  le  surnomme  «  al  Gharib  »  (Taw.  III,  1  ;  VI,  20  ;  cfr.  ms. 
Londres  888,  f.  327^,  331^)  ;  c'est  la  vocation  de  Yahya  (Jonayd,  in 
Hojwîrî,  Kashf,  39)  ;  «  expatrié  »,  comme  le  pèlerin,  qui  a  un  but,  non 
comme  le  cosmopolite,  qui  n'en  a  plus  (cfr.  ici  p.  67,  n.  2).  D'où  le 
hadîth  admis  par  Mohâsibî  :  «  L'Islam  a  commencé  expatrié,  et  il  rede- 
viendra expatrié,  comme  il  a  commencé  ;  bienheureux  les  expatriés  de 
la  Communauté  de  Mohammad,  ceux  qui  se  sont  esseulés  avec  leur  reli- 
gion »  {wasâyâ,  f.  3*).  «  L'ascète  est  expatrié  en  ce  monde,  et  le  sage 
expatrié  dans  l'autre  »  (Yahya  Ràzî,  ap.  Sh.  tab.  I,  80  ;  Nasrâbâdhî  ap, 
Qosh.  66  ;  cfr.  ici  p.  472,  l.  10). 

(6)  Baqlî,  Shath.  141  (cfr.  Asin,  Logia  D.  Jesu,  n"  73). 


752  CHAPITRE    XII 

la  substance  est  unifiée,  que  nul  ne  cautionne,  et  qui  ne 
cautionne  personne.  L'abandonné  à  Dieu,  qui  n'accepte 
(sans  nécessité)  aucun  vivre,  même  dans  la  ville  où  il  y  au- 
rait le  plus  droit  (1).  Celui  qui  n'a  plus  ni  maître,  ni  disci- 
ple, ni  préférence,  ni  appréciation. ..  ;  désert  dans  un  désert, 
sa  détermination  est  d'être  indéterminé  ;  son  indétermina- 
tion c'est  sa  réalité,  son  nom  c'est  sa  voie,  son  signe  distinctif 
c'est  son  incendie, . . .  son  anéantissement  fait  sa  gloire. . .  »  (2) . 
Ainsi  s'accomplit  en  l'homme  la  parole  d'obéissance  jurée 
pour  lui  au  Covenant,  en  un  renoncement  incessant  ;  ce  qui 
fait  cette  permanence  de  la  sainteté,  que  Dârânî  et  Toslarî 
niaient  puisque  révocable  à  la  première  faute  (toujours  pos- 
sible), et  que  Jonayd  et  Tirmidhî  affirmaient  à  priori,  puisque 
marque  d'une  prédilection  prééternelle  (3). 

Tafdil  al  w ail  'alalnabî  ;  précellence  du  saint  sur  le  pro- 
phète. i°  Qor'ân  :  les  deux  caractéristiques  de  l'inspiration 
permanente  du  saint  (4)  :  en  lui,  l'amitié  de  Dieu  {toma' 
ninah)^  —  pour  les  autres,  des  mitigations  apportées  [rokhas) 
aux  prescriptions  légales,  —  sont  les  amorces  du  hadith  al 
ghibtah.  —  V  Rabâh  et  Kolayb  posent  la  question  ;  Dârânî 
essaie  une  conciliation  (5),  mais  son  disciple  Ibn  abî'l  How- 
wârî  se  fait  bannir  de  Damas  pour  avoir  enseigné  cette  pré- 
cellence (6).  3**  Tirmidhî,  qui  l'admet,  concilie  par  sa  théorie 

(1)  Qosh.  IV,  4  ;  III,  53  (comp.  Motarrif,  sur  le  sâ'ih,  in  Sh.  tab. 
1,  33). 

(2^  Taw.  V,  34. 

(3)  Hojwîrî,  Kashf,  225. 

(4)  Voir  al  Khidr,  Jésus,  ahl  al  Kahf. 

(5)  Eu  déclarant  que  Yahya  est  supérieur  à  'Isa  :  comp.  de  Qor.  XIX, 
15  où  le  saldm  divin  est  au  style  indirect,  pour  Yahya  (comme  pour 
Mohammad,  avec  XIX,  34  où  le  saldm  est  au  style  direct,  pour  Jésus  : 
thèse  reprise  par  Baqlî,  in  v.)  :  cfr.  Asin,  Logia  D.  Jesu,  n"  30  ;  Ibn  al 
Jawzî,  narjis. 

(6)  Solamî,  ap.  Ibn  al  Jawzî,  ndmoûs,  X. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  753 

du  «  sceau  »>,  Khâtam{\)  ;  montrant  que  Mohammad,  «  sceau 
des  prophètes  »,  prêche  la  venue  d'un  Jugement  absolument 
général,  le  Jugement  des  «  langues  »,  où  tous  les  hommes, 
prophètes,  siddh/oûn  et  gens  du  vulgaire,  saints  ou  non, 
comparaîtront,  et  rendront  compte  de  leur  pratique  publique 
de  la  Loi  ;  tandis  que  Jésus,  «  sceau  des  saints  »  [Khâtam  al 
awliyd),  appelle  les  mystiques  à  se  préparer  à  subir,  avec  lui, 
un  autre  Jugement  préalable,  celui  des  «  cœurs  »,  réservé  à 
ceux  qui  doivent  rendre  compte  de  leur  usage  personnel, 
intérieur,  de  la  grâce  (so'âl  al sidq)  (2).  4°  Ibn  'Arabî  perfec- 
tionne cette  classification,  dédoublant  le  «  Sceau  delà  sain- 
teté ')  en  «  Sceau  de  la  sainteté  absolue  »  (=  Jésus),  et  «  Sceau 
de  la  sainteté  mohammédieïine  »  (=  le  mahdî)  (3).  5°  La 
précellence  du  saint  est  encore  soutenue  après  lui  (4)  par 
Ibn  Zaghdoûn  (+  882/1477). 

Le  prophète  a  le  wahy  (audition  externe),  et  le  saint  a 
Vilhâm  (inspiration  interne)  (5). 

w^i^;^«^/irt^, intercession.  Puisque  l'intercession  ne  subsiste 
qu'en  Dieu,  «  la  voie  d'accès  (wasîlah)  est  de  Moi  à  vous, 
non  de  vous  à  Moi,  sans  cause  ni  revendication  »  (6),  c'est 
l'union  sanctifiante  seule  qui  en  canalise  à  Son  gré  la  pléni- 
tude, à  travers  les  saints  ;  pour  vivifier  la  Communauté,  qui 
périrait  de  soif  (7),  sans  ces  «  sources  divines  »,  «  les  saints 

(1)  Khâtam  al  aîy/iî/d,quest.  13-15. Théorie  amorcée  par  certains  Khâ- 
rijites,  de  Tâhert,  ralliés  au  mâlikisme  :  concept  du  «  Sitti,  Khâtam  al 
anbiyâ  »  (Ibn  al  Dâ'î,  391). 

(2)  Cfr.  ici  p.  685. 

(3)  Qaysarî,  ms.  Caire,  majm.  320,  f.  162*  ;  Sha'râwî,  Kibrît,  237. 

(4)  Les  Sâlimîyah,y  renoncent  (Makkî,  goût,  11,62).  Hamawî  l'admet 
{+  650/1252).  Cfr.  Sh.  tab.  II,  69;  Râghib  pâshâ,  sa/înah,  121. 

(o)  Etymologiquement,  wahy  =  bruit  sourd  ;  et  ilhâm  =  action  de 
faire  avaler  (Landberg,  Arabica). 

(fi)  Hallâj,  in  Qor.  V,  39  ;  commenté  par  Wàsitî.  Cfr.  Riw.  XXVlI. 

(7j  Hàtim  al  Asamni  et  Bistàmî  apprennent  à  leurs  disciples  à  «  sau- 
ver les  âmes  de  l'enfer  »>  ('Attàr,  tadhkirah,  trad.  Pavet,  175). 

48 


'jbi  CHAPITRE   Xïi 

de  Dieu,  dont  la  terre  est  illuminée,  car  ils  sont  chez  elle  les 
clartés  de  Dieu,  les  lieux  de  Ses  attestations,  les  recours 
(ghiydth)  de  Ses  fidèles,  le  lieu  d'asile  pour  Ses  créatures  », 
dit  QâsimSayyârî(l).  C'est  la  doctrine  des  â!Ôâ?(^/,  ou  «  piliers  » 
cachés  de  la  Communauté  (2)  ;  dès  qu'un  d'eux  meurt,  un 
autre  le  remplace  en  sa  mission  (3).  Doctrine  fort  ancienne, 
selon  les  Sâlimiyah  et  les  Hanbalites  ;  Qatâdah,  qui  en 
comptait  quarante,  disait  espérer  que  Hasan  Basrî  avait  été 
l'un  d'entre  eux  (4).  Diverses  théories  en  multiplièrent  le 
nombre,  en  en  compliquant  la  hiérarchie,  avec  spécification 
des  résidences  ;  le  '<  Pôle  suprême  »,  le  «  ghawth  »  résidant 
à  la  Mekke,  selon  Kattânî  (5). 

karàmât^  miracles  des  saints  (6).  1°  Niés  absolument  par 
les  mo'tazilites,  Aboû  Hanîfah,  Isfara'inî;  parles  imâmites 
(Nawbakhtî)  qui  les  réservent  à  leurs  imams  (7).  2°  Admis 
comme  vérifiés  expérimentalement  par  la  plupart  des  sun- 
nites et  parles  hellénisants  (8).  3°  Ces '(  miracles  »  risquaient 
de  faire  attribuer  à  de  simples  croyants  sans  investiture  le 
privilège  des  mo^jizât^  miracles  publics  péremptoires,  que  le 

(1)  Baqlî,  tafsir,  f.  319''. 

(2^  Pleinement  acceptée  par  les  Sâlimîyah  (Makkî,  qoût,  II,  122). 

(3)  Par  permutation,  badal.  Badr-ibn-Mondliir  Moghâzilî  fut  réputé 
l'un  d'entre  d'eux  {Hilyah,  s.  v.)  et  Ibn  Bashshâr  considéré  «  mostakh- 
lif  »  (=  Pôle)  par  les  hanbalites  de  leur  temps  (Farrâ,  tabaq  hanâb, 
s.  V.). 

(4)  Soyoùtî,  khabar  dâll...  (extr.  ap.  Machriq,  XII,  199). 

(5)  Sh.  tab.  I,  110  ;  Haytaraî,  faiâwà,  232. 

(6)  Pour  Hallâj,  le  miracle  est  une  intervention  surnaturelle,  allant 
jusqu'à  permuter  les  substances  {qalb  al  a'yân  :  in  Qor.  XX,  18)  ;  pour 
les  hellénisants,  Ibn  Sînâ  et  Ibn  Roshd,  c'est  un  fait  naturel,  un  chan- 
gement de  deuxième  espèce  {islihâlah,  cfr.  ici  p.  530)  produit  par 
l'union  de  l'Intellect  Actif  à  la  volonté  humaine  (cfr.  Gauthier,  Ibn 
Hocha,  144,  n.  2). 

(7)  Ibn  al  Dâ'î,  400. 

(8)  Ibn  Slnâ,  ishârât,  135. 


THEOLOGIE   DOGMATIQUE  766 

Qor'ân  paraissait  réserver  aux  Prophètes.  Deux  restrictions 
les  discernant  furent  posées  :  a)  le  saint  n'ayant  pas  de  mis- 
sion officielle,  ses  miracles  ne  pouvaient  «  forcer  »  l'adhésion 
des  croyants  (1);  b)  le  miracle,  chez  le  Prophète,  étant  la 
marque  d'une  investiture  extérieure,  est  un  signe  de  juridic- 
tion sur  autrui  ;  tandis  que,  chez  le  saint,  il  trahit  une 
transformation  intérieure,  un  enivrement  [sokr)  de  la 
grâce  (2). 

2.  La  doctrine  hallagienne  du  dévouement  à  la  Communauté. 

C'est  l'honneur  des  Sunnites  d'avoir  aimé  leurs  frères, 
les  croyants,  membres  de  la  Communauté  musulmane,  plus 
sincèrement  que  les  Khârijites,  qui  les  exterminaient  pour 
venger  la  justice,  ou  que  les  Imâmites,  qui  les  excommu- 
niaient pour  sauvegarder  la  légitimité.  Dès  Hodhayfah  appa- 
raît chez  eux  la  sohôah,  l'esprit  de  fidélité  à  la  Communauté, 
de  compagnonnage,  d'entr'aide  sincère  entre  croyants  ;  dé- 
veloppement du  talifalqoloûb  coranique  (3).  Il  se  marque, 
chez  Hasan  Basrî,  par  la  mise  en  commun  des  aliments  entre 
croyants  sincères  (4),  par  le  refus  de  partager  les  repas  de 
gens  vivant  de  ressources  suspectes  [shobohât]  (5),  ou  propa- 
geant des  innovations  [bida)  condamnables  (6)  ;  c'est  une 
volonté  de«  vivre  ensemble  »  (7),  elle  se  constitue  des  règles, 

(1)  Ici  p.  380. 

(2)  Ici  p.  i33,  136-138  ;  361,  364.  Une  transformation  substantielle 
(de  l'être  humain)  ;  ce  que  les  hellénisants  jugent  contraire  à  l'ordre  du 
monde. 

(3)Qor.  IX,  72  et  V,  56;  VIII,  64. 

(4)  Qor.  XXIV,  59-61. 

(5)  Antâkî,  shobohât  (ms.  Sprenger)  ;  Mohâsibî,  makâsib. 

(6)  Mise  à  l'index  privée,  non  hostilité  déclarée  comme  la  veulent  les 
mo'tazilites  {mojâhadat  al  fâsiq).  Ayyoûb  Sikhtiyânî  met  à  l'index  les 
mo'tazilites. 

(7)  Hasan  vit  avec  Farqad  Sinji  (Sarrâj,  loma\  425  ;  Makkî,  qoût,  II, 


766  CHAPITRE   XII 

ne  veut  se  souvenir  des  Compagnons  du  Prophète  que  pour 
partager  leur  foi  unanime,  sans  entrer  dans  leurs  dissen- 
sions (i);  cette  ((  vie  commune^)  associe  aussi  les  vivants 
avec  les  autres  morls  de  la  Communauté,  incitant  à  prier 
pour  eux  (2),  pour  compenser  leurs  manques,  et,  comme 
'Abd  al  wâhid  ibn  Zayd  le  fit,  payer  leurs  dettes  (3).  C'est 
cette  vie  commune,  plus  forte  que  l'esprit  de  parti,  qui  fonda 
à  Basrah,  parmi  les  disciples  de  Hasan  Basrî,  Ibn  Sîrîn, 
Bonânî  et  Yazîd  Raqâshî,  l'humble  groupement  des  ahl  al 
sonnah  wal  jamôbah  (4),  «  gens  de  la  tradition  et  de  la  col- 
lectivité »,  origine  historique  du  sunnisme  :  avec  Ayyoûb 
Sikhtiyânî,  Yoûnos-ibn  'Obayd,  'Abdallah-ibn  'Awn  et  So- 
laymân  Taymî.  Aux  générations  suivantes,  la  majorité  du 
groupe  s'efforcera  de  préciser  son  unité  sous  forme  juridique 
[ijmâ\  istishâb)  (5),  mais  une  minorité  fervente  y  précise  la 
tradition  d'une  prière  dévouée  à  la  Communauté  tout  entière, 
notamment  à  la  Mekke,  lors  de  la  Fête  des  Sacrifices  (6). 

4  ;  Tagrib.  316).  Bakr-ibn-Khonays  (Dhahabî,  i'tidâl,  s.  v,).  Gfr.  les 
corporations  (ici  p.  409). 

(i)  D'oîi  l'interdiction  de  lire,  copier  ou  réunir  des  récits  sur 
Siffîu,  la  guerre  du  Chameau,  et  le  meurtre  de  'Othmân  :  édictée  par 
Yoùnos-ibn'Obayd,  Hamraâd-ibn  Zayd,  Thawrî,  Ibn'Oyaynah,  Màlik, 
Ibri  abî  Dhayb,  Ibn  al  Mobârak,  Ibn  Asbàt,  Bishr  îlâfî,  Ibn  Haabal 
(Ibn  Battah,  sharh,  in  fine). 

{i)  Visites  dans  les  cimetières  (corpus  des  textes  pour  et  contre  ap. 
Barkawî,  risâlat  al  zhjârah). 

(3)  Ibn  Jonayd,  shadd  al  izâr,  16.  Et  expier  leurs  fautes  (Tostarî, 
tafsîr,  39  ;  Bistâmî  ;  Noûrî). 

(4)  Voir  listes,  ap.  Essai  ;  Ibn  Qotaybah,  mokhtalif,  lOi. 

(5)  Ecoles  des  Dirârîyah  (élèves  de  Yazîd  Raqâshî),  Bakrîy ah  {élèves 
d"Abd  al  Wâhid-ibn-Zayd  et  de  son  neveu),  Âarrâmîyah  (élèves  d'Ibn 
Adham  et  Shaqîq  par  Ibn  Ilarb),  Sàtimîyah  (élèves,  par  Tostarî  et  son 
oncle  Ibu  Sawwâr,  de  Thawrî). 

(6)  Aboû  'Abbâd  Ramlî  s'était  anxieusement  demandé  comment  tous 
les  pèlerins  assemblés  à  'Arafat  seraiont  pardonnes  (Ibn  Arabî,  mosd 
marât,  II,  59)  ;  Misri,  puis  Alî  Ibn  Mowalfaq  {id.,  1,  218  ;  goût,  11,  1:20- 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  767 

Morrah  Hanulânl  avait  muUiplié  ses  raUah  siiréroga- 
toires  pour  la  Communauté  à  mesure  que  s'aggravaient  les 
dissensions  entre  uihàbah^  du  yaivm  al  dur  à  Siffîn  (1). 
Ihn  'lyâd  disait  :  a  Si  ma  prière  était  agréée  (mostajàbah) 
de  Dieu,  je  ne  prierais  que  pour  le  sultan,  puisque  c'est  prier 
pour  le  bien  de  tous  »  (2),  car  <(  la  main  de  Dieu  est  avec  la 
collectivité  »  (3),  dit-il,  reprenantlemot  profond  de //of//?«y- 
fah.  Maroûf  Karkhl  fait  prier  dix  fois  par  jour  ainsi  (4)  :  <i  0 
Dieu,  pacifie  [adih)  la  Communauté  mohammédienne  ! 
Console-la!  Fais-lui  miséricorde!  »  7/;w  Hanbal e\ï^e  que 
«  restant  patiemment  sous  les  drapeaux  du  sultan...  sans  se 
révolter  quand  ils  (5)  pèchent  et  sont  injustes,  — l'on  prie 
pour  leur  bien  [do'âbïl  saiâh),  car  leur  bien  vous  a,  vous- 
mêmes,  pour  fin  »  (6).  Mohâsibl  nous,  montre  comment  sa 
conversion  à  la  mystique  sunnite  naquit  de  sa  douleur  à  la 
vue  des  schismes  déchirant  l'Islam  (7). 

Avec  la  conception  karrâmiyenne  du  Covenant  (8),  cet  es- 
prit d'entr'aide  sunnite  devient  apostolique  et  universel. 
BUtâml,  avec  une  véhémence  paradoxale,  prie  pour  les  juifs, 
pour  tous  les  hommes,  pour  les  damnés  (9)  ;  pour  Adam  (10), 
ce  que  le  hanbalite  7^^  Bashshâr  (-{-  313/925)  fait  égale- 
ment (11). 

121)  admettent  que  tous  les  pèlerins  obtiennent  une  sorte  d'  «  indul- 
gence jubilaire  ))  de  leurs  fautes  (cfr.  Ibn  Hajar,  qowwat  al  hojaj  ;  contre 
Ibn  al  Jawzî),  grâce  aux  mérites  de  quelques-uns. 

(1)  Jàhiz,  bayân,  III,  67. 

(2)  Ap.  Gholâm  Khalîl,  sharh  al  sonnah. 

(3)  Malatî,  143  ;  cf.  Thawrî,  ap.  Ibn  'Arabî,  mosâm,  I,  172. 

(4)  Soyoùtî,  khabar  dâll...,  extr.  in  Machriq,  XII^  204. 

(5)  Sic. 

(6)  Malatî,  370,  389. 

(7)  wasâyâ,  2*^. 

(8)  Ici  p.  607. 

(9)  Dhahabî,  i'tidâl,  s,  v. 

(10)  Sha'râwt,  latâ'if  al  minan,  I,  127;  tab.  I,  76. 

(11)  Farrâ,  tabaqât  al  Hanâbilah,  s.  v.  Cet  universalisme,  affadi  par 


758  CHAPITRE    XÏI 

C'est  chez  al  Hallâj,  semble-t-il,  que  cette  doctrine  atteint 
l'équilibre  de  la  maturité  ;  chez  lui,  le  dévouement  à  la  Com- 
munauté islamique  se  marque,  non  seulement  parla  prati- 
que persévérante  des  préceptes  de  la  Loi,  et  la  soumission  à 
l'autorité  de  fait,  mais  par  l'apostolat  des  cœurs,  et  la  visite 
des  malheureux  (1)  ;  non  seulement  orthodoxes,  maisschis- 
maliques,  et  surtout  Qarmates  ;  non  seulement  musulmans, 
mais  infidèles,  et  idolâtres  ;  dans  ses  prières,  il  intercède, 
non  seulement  pour  ses  amis,  mais  ses  ennemis.  Bien  plus, 
il  en  vient  à  exprimer  publiquement  (2)  dans  Bagdad,  en 
296/908,  l'étonnant  désir  de  mourir  anathème  pour  le  salut 
de  tous.  C'est  là,  sans  doute,  plus  encore  que  ses  assertions 
sur  l'union  transformante,  la  doctrine  que  son  fils  Hamd 
avoue  n'avoir  comprise  qu'à  demi  (3). 

Comment  s'était-elle  formée  en  son  esprit?  Le  recueil  de 
ses  «  Monâjât  »,  «  oraisons  extatiques  »,  probablement 
réuni  par  Fâris  (4),  permet  de  l'entrevoir  (5).  Il  y  a  là  cer- 
tains textes  qui  attestent  un  désir  ancien  et  croissant  d'être 
uniquement  à  Dieu,  de  s'offrir  à  Lui  à  la  place  de  toutes  les 
créatures.  D'autres  le  montrent,  en  pleine  extase  d'union, 
prenant  conscience,  avec  angoisse,  du  conflit  de  la  Loi  isla- 
mique avec  les  grâces  mystiques  :  cette  distinction  entre  le 

Jîlî,  tend  à  se  réduire,  chez  les  modernes,  à  la  simple  négation  de  l'éter- 
nité de  l'enfer. 

(1)  Cfr.  ici  p.  270. 

(2)  Dans  les  marchés  ;  Ibn  'Atâ,  son  ami,  avait  recueilli  un  hadîth  : 
«  Celui  qui  loue  Dieu  dans  les  marchés,  une  seule  fois,  —  Dieu  le  loue, 
cent  fois  »  (cfr.  Mohâsibî,  m'âyah,  OQ^  ;  apocryphe  selon  Ibn  alJawzt, 
maiodoû'àt). 

(3)  P.  H4,  suprà. 

(4)  Ici  chap.  XIV. 

(5)  En  la  jugeant  autrement  qu'un  ésotériste  et  théosophe  anglais 
contemporain,  qui  la  qualifie  «  une  absurde  indiscrétion,  une  manie  de 
charlatanisme  ». 


Miiiiatui-e  persane  du   XVI«  siècle 


is.   Paris  supp .    persan   lôoO  1°  ô3a 


Planche  XXII. —nallàj  au  gibet  (pp.  758  759). 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  769 

précepte  et  le  conseil  divins,  plus  amère  encore  que  celle 
qui  sépare  le  décret  du  précepte.  Il  entrevoit  ainsi  l'éven- 
tualité du  supplice  ;  et,  fidèle  à  sa  doctrine  de  la  sanctifica- 
tion par  la  souffrance,  il  en  conçoit  et  manifeste  le  désir,  de 
façon  croissante  ;  non  pas  seulement  pour  s'unira  Dieu  dans 
la  mort,  mais  aussi  par  respect  et  reconnaissance  pour  Sa 
loi  ;  il  demande  de  mourir,  immolé  par  elle  en  sacrifice, 
comme  les  victimes  légales  de  V'ïdal  Qorhân(\)\  faisant 
ainsi  de  son  respect  envers  la  législation  islamique  la  preuve 
décisive  (2)  de  cet  amour  qu'il  porte  à  toutes  les  âmes  musul- 
manes ;  heureux  de  mourir  de  la  main  de  ceux  qu'il  veut 
sauver  ;  Dieu  ne  pourra  plus  les  maudire,  puisque  lui,  leur 
victime,  leur  pardonne. 

«  Je  vins,  une  nuit,  trouver  al  Hallâj  (3)  ;  il  priait  ;  je  me 
mis  debout  derrière  lui  ;  quand  il  eut  achevé,  il  dit  :  «  0  mon 
Dieu,  c'est  Toi  l'Espéré  en  tout  bonheur,  —  le  Réclamé  en 
toute  angoisse,  l'Invoqué  pour  exaucer  tout  besoin,  —  c'est 
de  Toi  qu'on  attend,  de  ton  vaste  pardon,  toute  absolution, 
toute  rémission.  Tu  sais,  et  nous  ne  savons,  tu  vois  et  nous 
ne  voyons.  Tu  préviens  des  secrets  des  consciences.  —  Les 
personnalités  sont  ta  création,  tu  as  sur  toute  chose  auto- 

(1)  Ici  p.  278. 

(2)  Ceci  est  à  souligner.  En  jurisprudence  islamique,  —  Snouck  Ta 
montré,  —  le  cadi,  très  strict  pour  poursuivre  l'action  civile  et  faire  res- 
pecter les  droits  du  prochain  (hoqoiïq  al  adamî),  —  s'efforce,  par  man- 
suétude (Qor.  XLVIII,  29),  de  rendre  caduque  l'action  canonique  des- 
tinée à  faire  respecter  les  droits  de  Dieu  {hoqoûq  Allah)  :  il  s'abstient 
généralement  d'appliquer  les  sanctions  légales  (hodoûd)  que  le  Qor'ân 
a  prévues,  —  en  tant  qu'inapplicables  au  coupable,  considéré  comme 
irresponsable  canoniquement  au  moment  de  sa  faute  (cfr.  ici  p.  373, 1.  6); 
et  il  n'inflige  qu'une  simple  correction  (cfr.  ici  p.  232,  1.  10  :  ta'zîr). 
Après  Mohâsibî,  qui  avait  rappelé  au  fidèle,  en  privé,  qu'il  doit  d'abord 
se  considérer  comme  responsable  envers  Dieu,  Hallâj  réédite  en  public 
la  même  affirmation,  s'offrant  à  la  prouver. 

(3)  Akhb.  50. 


760  CHAPITRE    XII 

rite.  Pour  moi,  avec  ce  que  j'ai  trouvé  des  effluves  odorantes 
de  Ton  amour,  et  des  fragrances  de  Ton  approche,  je  mé- 
prise les  plus  hautes  montagnes,  je  dédaigne  les  deux  terres 
et  les  cieux.  Par  Ta  vérité  !  Si  Tu  vendais  les  joies  du  para- 
dis au  prix  d'une  seconde  de  mon  temps  ou  d'une  haleine 
de  ma  moindre  respiration,  je  ne  les  achèterais  pas  !  Et  si 
Tu  me  montrais  l'enfer  avec  les  divers  supplices  qu'il  con- 
tient, —  je   ne  pourrais  le  faire  entrer  en  ligne  de  compte 
avec  l'état  où  Tu  me  mets  quand  Tu  Te  caches  pour  moi. 
Ah  !  efface  les  fautes  des  créatures,  et  n'efface  pas  les  mien- 
nes !  Aie  pitié  d'elles,  et  n'aie  pas  pitié  de  moi  !  Je  ne  te  parle 
pas  pour  moi-même,  je  ne  te  parle  pas  de  mon  dû,  fais  de 
moi  ce  que  tu  veux.  »  Puis  il  se  remit  à  prier,  récita  la  Fâ- 
tihah,  puis,  de  la  sourate  XXIV  il  alla  jusqu'au  verset XXV^II, 
25  :  «  Ils  n'adorent  pas  Dieu,  qui  aperçoit  ce  qui  est  caché 
dans  les  cieux  et  sur  la  terre,  et  le  connaît  »  ;  il  poussa  un 
grand  cri,  puis  dit  :  c  C'est  là  le  cri  de  quelqu'un  qui  ignore 
Dieu.  Celui  qui  aime,  l'amant  sincère  et  digne  de  l'aimer, 
n'a-t-il  pas  honte,  tant  qu'il  n'a  pas  rejoint  son  Bienaimé  ?  » 
«  J'entrai,  dit  Ibrahim  al  Holwânî  (1  ),  chez  al  Hallâj  entre 
maghrib  et  'ishâ,  je  le  trouvai  qui  priait...  Puis,  il  s'écria  : 
«  0  Dieu  des  dieux,  Seigneur  des  seigneurs.  Toi  que  ne  saisit 
ni  torpeur  ni  sommeil  (Qor.  II,  256),  rends-moi  mon  «  moi  » , 
pour  que  ces  serviteurs  ne  soient  pas  tentés  à  mon  sujet  ;  ah  ! 
Tu  es  moi-même,  et  je  suis  Toi-même  !  Il  n'y  a  plus,  comme 
différence,  entre  mon  heccéité  et  Ton  ipséité  que  le  contin- 
gent et  l'absolu...  »  Puis  il  me  dit  :  u  0  Aboù  Ishàq  !  Ne  vois- 
tu  pas  comme  mon  Seigneur  imprime  Son  absolu  sur  ma 
contingence,  à  tel  point  qu'elle  se  consume  en  Lui,  qu'il  ne 
me  reste  comme  attribut  que  l'attribut  de  l'Absolu,  —  et  que 
l'articulation  de  ma  parole  (notq'i)  (2)  provient  alors  de  cet 

(1)  Akhb.  12. 

(2)  Cfr.  ici  p.  596,602,  659,  n.  3. 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  76 1 

attribut  (divin)?  Or  toutes  les  créatures,  contingentes,  n'ar- 
ticulent que  le  contingent  ;  si  donc  je  parle  suivant  l'absolu, 
ils  me  l'interdiront,  m'accuseront  de  péchés  capitaux,  m'ex- 
communieront, et  s'efforceront  de  me  faire  exécuter.  Mais, 
de  cela  ils  sont  excusés  ;  et  de  tout  ce  qu'ils  me  feront,  ils 
seront  récompensés.  •> 

Divers  textes  indiquent   qu'ai  Hallâj  aurait  prévu,  et  de 
façon  plus  précise,  l'imminence  des  sanctions  légales  qui 
l'atteindraient  (1).  «  J'entrai,  dit  Ibn  Fàtik,  un  jour,  chez 
al  ïlallâj  (2),  dans  sa  chambre,  à  l'improviste  ;  quelqu'un 
m'y  avait  déjà  précédé. Il  priait, le  front  contre  terre, et  disait  : 
«  0  Toi  dont  l'approche  cerne  ma  peau,  et  dont  le  mystère 
me  refoule  à  la  distance  qui  sépare  l'absolu  du  contingent. 
Tu  irradies  devant  moi  au  point  que  j'infère  que  Tu  es  tout 
(cela),  puis  Tu  te  nies  en  moi  au  point  que  j'atteste  que  lu 
n'es  rien  (de  tout  cela)  !  Et  ce  n'est  là  ni  Ta  distance,  qui  (me) 
maintiendrait,  —  ni  Ton  approche,  qui  (m')aiderait,  —  ni 
Ta  guerre,  qui  (me)  détruirait,  ni  Ta  paix,  qui  (me)  rassure- 
rait !  »  Lorsqu'il  s'aperçut  de  ma  présence,  il  se  redressa  et 
me  dit  :  «■  Entre,  tu  ne  me  déranges  pas.  »  J'entrai  et  m'assis 
devant  lui.  Et  ses  yeux,  brillants  comme  deux   charbons 
ardents,  étaient  injectés  de  sang.  11  me  dit:  «  Cher  fils,  cer- 
tains témoignent  en  ma  faveur  de  ma  sainleté,  et  d'autres 
témoignent,  contre  moi,  démon  impiété.  Or,  ceux  qui  té- 
moignent contre  moi  de  mon  impiété  me  sont  plus  chers,  et 
sont  plus  chers  à  Dieu  que  ceux  qui  maintiennent  que  je  suis 
un  saint.  —  Pourquoi,  maître  ?  —  Ceux-ci  me  disent  saint 
parce  qu'ils  pensent  du  bien  de  moi,  —  tandis  que  ceux-là, 
en  me  déclarant  impie,  le  font  par  zèle  pour  leur  culte.  Or 
celui  qui  est  zélé  pour  son  culte  m'est  plus  cher,  et  est  plus 

(1)  Ici  p.  15,  96  (Akhb.   22,  28),  et  le  récit  d"Abd  al  Malik  Iskâf, 
centenaire,  à  Harawî  (Jâmî,  naf.  170). 

(2)  Akhb.  3. 


762  CHAPITRE   XII 

cher  à  Dieu  que  celui  qui  prend  en  estime  une  créature  )>. 
Puis  il  ajouta  :  «  Et  que  diras-tu,  toi,  Ibraliîm,  quand  tu  me 
verras  accroché  au  gibet,  mis  à  mort  et  brûlé?  Ce  sera  pour- 
tant là  le  plus  heureux  jour  d'entre  tous  les  jours  de  ma  vie.  » 
Puis  il  me  dit  :  «  Ne  reste  pas.  Sors,  à  la  grâce  de  Dieu.  » 

11  en  serait  venu  à  désirer  cette  fin  ignominieuse,  qu'il  en- 
trevoyait.» 0  Aboû  Bakr, dit-il  un  jour  à  al  Shiblî  (1), donne- 
moi  la  main,  pour  la  grande  œuvre  que  nous  aurons  à  faire 
ensemble  ;  travailler  à  me  faire  exécuter.  »  —  «  ...  Quand 
Dieu  aime  un  de  ses  fidèles,  Il  incite  les  autres  aie  haïr  !  (2)... 
Mais  qu'est-ce?...  Voici  que  le  nombre  de  ceux  qui  me  haïs- 
saient diminue  (3),  maintenant...  »  —  Rappelons  sa  prière 
solitaire,  la  nuit,  sur  la  tombe  d'ibn  Hanbal  (4)  :  «  ...  Ne  me 
rends  pas  à  moi-même,  après  m'avoir  ravi  à  moi-même,  ne 
me  remontre  pas  mon  «  moi  »  maintenant  que  tu  me  Tas 
voilé,  multiplie  le  nombre  de  mes  ennemis  dans  Tes  cités, 

—  et  de  ceux  qui  réclament  ma  mort  parmi  Tes  fidèles  !...  » 

—  Aboû[Moûsâ]  'Imrân-ibn  Moûsâracontequ'unBasrien(5), 
jusqu'alors  hostile  à  al  Hallâj,  se  résolut  à  venir  le  supplier 
de  prier  pour  guérir  son  frère  à  l'agonie  ;  al  Hallâj  lui  répon- 
dit en  souriant  :  «  Je  prierai  pour  lui,  mais  à  condition  que  tu 
continues  à  dire  du  mal  de  moi,  même  davantage,  que  tu 
me  taxes  d'impiété,  et  que  tu  excites  à  me  faire  exécuter.  — r 
Stupéfait,  je  restai  silencieux.  —  Ne  fais  pas  attention,  re- 
prit-il, à  ce  qui  ne  te  concerne  pas,  mais  seulement  à  l'accep- 
tation de  la  condition  —  Soit.  »  Et,  après  la  guérison  de  son 
frère,  al  Hallâj  lui  confie  :  «  Si  Dieu  n'avait  pas  dit  ^  Certes, 
J'emplirai   l'enfer  d'anges  et  d'hommes,  tout  ensemble  » 

(1)  'Attâr,  tadhkirah,  II,  140,  I.  18-20. 

(2)  Akhb.  36  ;  ici  p.  125-126. 

(3)  qalla  ;  variante  peut-être  préférable  à  zalla. 

(4)  Akhb.  10  ;  ici  p.  122. 

(5)  Akhb.  54. 


THEOLOGIE   DOGMATIQUE  768 

(XI,  120;  XXXII,  13),  je  jetterais  mon  regard  en  enfer  (l), 
afin  qu'un  parfum  suave  passe  sur  ses  habitants  »...  ». 

Ce  n'est  pas  pour  lui  seul,  ni  par  amour  de  Dieu  seul,  qu'il 
désire  la  mort;  la  mort  qu'il  réclame  est  une  exécution 
légale,  pour  le  bien  des  membres  de  la  Communauté  isla- 
mique. «  Sachez,  annonce-t-il  à  la  foule,  dans  la  mosquée 
d'al  Mansoûr,  à  Bagdad,  que  Dieu  a  rendu  mon  sang  licite 
pour  vous  (2)  ;  tuez-moi  donc  !...  Vous  en  aurez  récompense, 
explique-t-il,  car  vous  aurez  combattu  ainsi  pour  la  foi,  et 
moi  je  serai  mort  martyr  (3)...  il  n'y  a  pas  d'œuvre  plus 
urgente  pour  les  musulmans  que  mon  exécution.  Sachez  que 
mon  exécution  sera  l'accomplissement  des  sanctions  édic- 
tées conformément  à  la  Loi  ;  car,  quiconque  l'a  transgressée, 
doit  les  subir.  » 

Dans  la  nuit  qui  précède  son  exécution  (4),  il  prie  et  se 
plaint  à  Dieu  de  son  sort;  puis,  quand  il  a  compris  et  ac- 
cepté, c'est  «  sur  ces  âmes,  dont  le  témoin  s'en  va...  »,  qu'il 
répand  des  larmes  devant  Dieu  : 

«  Je  Te  crie  :  Deuil  !  Pour  ces  Cœurs,  sevrés  depuis  si  longtemps 
Des  nuées  de  la  révélation  divine,  où  s'amasse  en  océans  la  sagesse...  » 

Arrivé  devant  le  gibet,  il  prie  ainsi  «  ...  Voici  ces  gens. 
Tes  adorateurs;  ils  se  sont  réunis  pour  me  tuer,  par  zèle 
pour  Toi,  pour  T'être  agréable  (5)  ...  pardonne-leur!  Si  Tu 
leur  avais  révélé  ce  que  Tu  m'as  révélé,  ils  ne  feraient  pas 

(1)  Gfr.  Marie  des  Vallées  (1590  +  1656,  Goutances)  et  son  vœu 
(J.-L.  Adam,  Le  mysticisme  à  la  Renaissance,  Goutances,  1893,  p.  73  ; 
d'après  le  B.  J.  Eudes,  1.  111,  c,  8).  Exod.  XXXII,  31.  Rom.  IX,  3. 

(:2)  Gette  phrase  n'est  pas  en  contradiction  avec  sa  protestation  devant 
ses  juges,  en  entendant  sa  sentence  (ici  p.  282)  ;  l'une  est  adressée  à 
la  foule  dont  le  zèle  ignorant  est  excusable,  l'autre  aux  docteurs,  dont 
l'exégèse  perfide  est  condamnable. 

(3)  Akhb.  17  ;  ici  p.  129-130, 

(4)  Ici  p.  298. 

(5)  Gfr.  le  sens  technique  du  mot  qorbah  (Qâsimî,  osoûl^  58). 


764  CHAPITBE    XII 

ce  qu'ils  font,  et  si  Tu  m'avais  caché  ce  que  Tu  leur  as  caché, 
je  ne  subirais  pas  l'épreuve  que  je  subis  (1)  ...  »  En  croix, 
pendant  un  temps,  c'est  l'angoisse  de  l'abandon  :  u  0  mon 
Dieu,  comment  ne  témoignes-Tu  pas  Ton  amour,  à  celui- 
(ci),  à  qui  il  est  fait  tort  en  Toi?  »  ;  mais,  l'instant  suprême 
vient,  et  l'heure  fixée  :  «  Ce  que  veut  l'extatique,  la  solitude 
de  l'Unique,  seul  avec  Lui-même  !  (2)  » 

Il  ne  s'agit  pas  là  de  légendes  enjolivées  plus  tard  ;  c'est 
l'impression  directe  produite  sur  ses  disciples  immédiats 
par  son  martyre,  celle  qui  les  fit  rêver  (3),  et  qu'ils  n'osè- 
rent publier  de  suite  ;  préférant,  par  une  fiction  légale  com- 
mode, insérer  dans  sa  principale  œuvre,  le  Ta  Sîn  al  Azai, 
son  dialogue  supposé  avec  Satan,  puis  Pharaon  (4)  ;  faisant 
d'al  lîallâj  un  de  ces  damnés  (5)  dont  le  Qor'ân  autorise  les 
croyants  à  méditer  les  aveux. 

Nasrâbâdhî  (-|-  372/982)  est  le  premier  qui  formule  l'en- 
seignement contenu  dans  pareille  mort,  il  disait  à  Solamî  : 
('  S'il  y  a  un  amour  (fraternel),  qui  interdit  (au  musulman) 
de  verser  le  sang  (musulman),  — il  y  a  un  amour  (divin) 
qui  commande  (au  musulman)  de  le  répandre  (=  son  propre 
sang),  par  les  épées  de  l'Amour  [asyâf  al  hobb)^  et  c'est  là 
"'amour  suprême  (6).  » 

"^Abd  al  Qâdir  Kîlâni^  en  termes  lyriques,  a  célébré  cet 

(1)  Akhb.  1  ;  ici  p.  303  ;  comp.  l'autre  version,  ap.  ms.  Londres,  888, 
f.  330. 

(2)  Ici  p.  305,  307. 

(3)  Sur  sa  «  générosité  »  :  ici  p.  321  (comp.  Akhb.  3),  et  446,  n.  3 
(thème  étudié  par  Amîn  al  'Omarî,  après  Aboù'l  'Abbâs  Morsî). 

(4)  Taw.  VI,  20-25. 

(5)  Cfr.  la  qasldah  choisie  par  Tbrahîm-ibn  al  Jonayd,  auteur  du  Kitâb 
al  rohhân,  comme  épigraphe  :  «  Sermons  de  moines,  récits  de  leurs 
actions,  —  annonces  véridiques,  venant  d'âmes  damnées...  »  {Hilyah, 
vie  de  Mohammad-ibn  Ishâq  al  Koùfî). 

(6)  Baqlî,  in  Qor.  III,  29  ;  ici  p.  407. 


THÉOLOGIE    DOGMATIQUE  766 

amour  suprême  (1)  :  «  Un  éclair  issu  de  la  Majesté  prééter- 
nelle a  passé  dans  le  ciel  des  cœurs  des  sages,  —  une  brise 
venue  des  jardins  perdurables  a  caressé  l'odorat  des  esprits 
des  extatiques,  —  les  couleurs  florales  de  la  sainteté  ont 
diapré  les  corolles  des  consciences  des  voyants.  Et  leurs  rai- 
sons se  sont  embarquées  sur  la  mer  «  Au  Nom  de  Dieu  », 
pour  en  atteindre  les  rives,  et  aborder  à  la  plage  «  du  Clé- 
ment, du  Miséricordieux  »  ;  a(in  d'en  revenir  enrichies  des 
perles  uniques  de  la  Divinité,  conquérantes  des  trésors  pré- 
éternels, maîtresses  du  don  sollicité  par  Moïse  en  la  nuit  du 
«Montre-moi»,  contemplatrices,  du  haut  du  Sinaï  de  leur 
recherche,  de  la  lumière  des  glorifications  divines  irradiant 
sur  les  foules  rassemblées  des  sages.  Mourir  en  combattant 
pour  conquérir  Son  amour,  cela  vaut  toute  la  vie  !  Vivre,  ne 
serait-ce  qu'un  instant,  avec  un  autre  que  Lui,  c'est  vraiment 
mourir...  S'il  t'exécute  par  fépée  de  Son  amour,  en  ce  monde 
qui  passe,  Il  t'accordera,  au  terme  définitif,  la  rançon  «  Vi- 
vants chez  leur  Seigneur,  qui  les  nourrit  Lui-même  ». 

«  Les  échansons  de  l'éternité  ont  fait  passer,  près  des  es- 
prits de  certains  fils  d'Adam,  les  coupes  du  vin  «  Ne  suis-je 
pas  (votre  Maître)  »,  dans  la  solitude  du  salon  «  si  leur  Sei- 
gneur les  prend  (à  part)  ».  C'est  l'Hôte  qui  les  a  enivrés, 
non  le  vin...  Un  des  sages  but  de  ce  vin  une  goutte,  que 
l'Ange  du  destin  lui  avait  versé  comme  une  confidence  mélo- 
dieuse, et  son  esprit  dansa  de  joie  au  milieu  des  convives, 
le  Sinaï  tressaillit  de  désir  (2)  à  la  lueur  de  l'éclair  de  la 
transfiguration,  il  regarda  le  secret  de  l'Aimé,  et  s'écria, 
dominé  par  la  surabondance  de  sa  tendresse,  «  Ancil 
Haqq\  »,  Un  autre  convive,  pris  d'ivresse,  s'écria  «  Soh- 
hânî\  ».  Et  tout  un  essaim  d'oiseaux  spirituels  quitta  les 

(1)  Ap.  Sbattanawfî,  bahjah,  70-71, 

\^1)  La  terre  sèche  tressaille  sous  l'ondée  (Qor.  XLi,  30). 


7^6  ckAt»lTRE   tti 

cages  des  corps  apparents,  et  plana  des  ailes  du  désir  dans 
le  firmament  de  la  plainte  amoureuse...,  désireux  de  picorer 
sur  le  Sinaïde  l'éternité  les  graines  de  la  vision.  Mais,  contre 
les  colombes  de  leur  désir,  voici  que  les  orfraies  de  la  Toute- 
Puissance  s'écrièrent,  vociférant:  «  Qui  est,  dans  les  cieux 
et  sur  la  terre,  si  Dieu  ne  le  veut...  ?  »  (Qor.  XXVII,  89)  ...  » 
Ou,  selon  la  première  récension  :  «  La  griserie  (1)  posséda 
les  atomes  de  leurs  essences  jusqu'à  ce  que  l'aube  de  la  Loi 
de  Mohammad  se  lève,  et  luise,  à  l'orient  du  ciel  de  son 
apostolat,  averti  de  la  grâce  des  secrets  du  Mystère  par  la 
Majesté  prééternelle.  Et  Mohammad  héla  les  enivrés  de 
l'amour,  et  réveilla  les  magnétisés  de  la  parole,  pour  leur 
remémorer  leur  pacte  avec  Lui,  en  la  solitaire  nuit  du  «  Ne 
suis-je  pas  (votre  Maître)  (2)  ». 

Il  y  a  à  citer  également  divers  passages  d"Izz  al  Dîn  Maq- 
disî  (3)  et  de  Jalâl  al  Dîn  Roûmî  (4).  Nous  donnerons  seule- 
ment, in  extenso,  un  très  beau  chapitre  du  rnir^âd  al  Hbâd 
de  Najm  al  Dîn  Râzî  (-j-  654/1256),  où  le  sacrifice  volontaire 
d'al  Hallâj  est  exposé  avec  pénétration  (5)  :  Livre  111^  cha- 
pitre XX  : 

«  Rejoindre  ta  présence  divine,  sans  s'y  absorber  ni  s'en 
résorber  »  : 

(1)  Suite  de  «  ...  non  le  vin  ». 

(2)  Nuit  du  Covenant. 

(3)  Ici  p.  433. 

(4)  Mathnawi  (comm.  Anqirawî,  II,  p.  113),  lib.  II,  §  22,  v.  79  :  «  le 
baptême  de  Dieu  »  (Qor.  II,  132),  c'est  le  vase  que  colore  la  personna- 
lité divine,  «  Lui  »  ;  celui  qui  y  tombe  dit,  v  je  suis  le  vase  »  ;  ne  le 
blâme  pas;  c'est  dire  «  Je  suis  la  Yérité  ».  11  croit  être  couleur  feu, 
tandis  qu'il  n'est  que  fer  (dans  la  forge),  soit...  Mais  lorsque  l'or  est 
porté  au  rouge,  tout  entier,  son  seul  discours  est  «  Je  suis  le  feu  !  ». 
Subissant  la  couleur  et  la  nature  du  feu,  le  fer  s'écrie  «  Je  suis  le  feu  I 
Je  suis  le  feu  !  ».  Si  tu  en  doutes,  fais  l'expérience. ..  Pose  Son  propre 
visage  sur  mon  visage,  je  ne  fais  qu'un.  Adam,  saisi  dans  la  lumière  de 
Dieu,  fut  adoré  sans  faute  par  les  Anges...  », 

(5)  Gfr.  Farghânî,  montahà,  I,  366. 


tHÉOLOGIE   DOGMATIQUE  767 

<(  L'être  de  l'amant  sincère  produit  un  parfum  de  feu,  si 
bien  que  tout  l'arbre  [i]  humain,  au  dehors  chair,  au  dedans 
royaume  (spirituel)  de  Dieu,  devient  un  encensoir  [bakhoûr- 
dân)  et  flambe.  Alors  le  feu  rend  toutes  les  parties  de  l'être  de 
cet  arbre  lumineuses,  tout  l'être  de  l'arbre  devient  un  feu  in- 
candescent, si  bien  qu'à  présent  voici  tout  ce  qui  était  arbre 
désormais  brasier.  Ici  se  scelle  la  véritable  union  mystique. 

«  En  même  temps  que  l'arbre  vert,  Satan  (2)  aussi  devient 
la  proie  du  Feu  essentiel,  qui  tira  pour  vous  du  bois  vert  le 
feu,  —  Dieu,  —  qui  «  d'un  arbre  vert  vous  donne  le  feu  » 
(Qor.  XXXVI,  80)  (3)  ;  qui  crie,  «  c'est  Moi  qui  suis  le  feu,  non 
l'arbre,  sans  que  l'arbre  le  sache  » .  Le  cri  s'éleva  des  rives  de 
l'ouadi  de  droite,  dans  la  vallée  bénie,  de  l'arbre  «  0  Moïse, 
c'est  Moi,  Dieu  ...  >^  (Qor.  XXVIII,  30). 

«  Pauvre  Hosayn  Mansoùr  !  Tandis  que  le  Feu  divin  cou- 
vait sous  l'arbre  de  son  être,  sans  que  ses  membres  en  fus- 
sent encore  consumés,  les  étincelles  «  Je  suis  la  Vérité!  » 
en  jaillirent.  Comme  d'autres  hommes  (pervers,  ses  ennemis) 
se  trouvaient  alentour,  Hosayn,  qui  était  incendié  de  la  clé- 
mence même  du  Tout-Puissant,  demandait  leur  salut  par 
ces  étincelles  c  Je  suis  la  Vérité!  »,  et  se  faisait  ainsi  leur 
intercesseur.  Car  il  faut  savoir  que  ce  Feu  est  tel  que  tous 
deux,  celui  qui  y  est  plongé,  comme  celui  qui  est  auprès, 
s'en  trouvent  pareillement  bénis.  «  Béni  qui  est  dans  le  feu, 
et  qui  est  alentour  »  (Qor.XXVll,  8).  0  Hosayn!  ce  feu  en  toi 
est  béni  !  Quanta  ceux  qui  sont  alentour  de  toi,  il  n'a  pas 
besoin  de  les  brûler,  il  va  être,  pour  eux  aussi,  bénédiction  : 

«  Pour  mon  ami  ;  je  suis  bénédiction,  et  pour  mon  ennemi  aussi.  » 

«  ...  En  effet,  non  seulement  Hosayn  Mansoûr  se  sacrifia, 

(1)  Symbole  de  l'être  humain  destiné  à  être  le  vase  d'élection,  le 
«  buisson  ardent  »  d'où  s'élève  la  voix  divine. 

(2)  Type,  ici,  de  tous  les  pécheurs,  le  «  bois  sec  »  (Gfr.  Luc,  XXIII,  31). 

(3)  A  propos  de  la  résurrection. 


768  CHAPITRE    XII 

mais,  se  mettant  en  avant  des  méchants,  il  voulut  obtenir 
leur  pardon,  et  plaça  son  être  charnel  dans  l'incendie,  entre 
eux  et  le  feu,  disant  :  «  0  mon  Dieu  !  Puisque  tu  as  consumé 
mon  humanité  en  la  divinité,  par  le  droit  de  mon  humanité 
sur  ta  divinité,  je  te  demande  de  faire  miséricorde  à  ceux-ci, 
qui  ont  travaillé  à  me  faire  tuer  »  (1). 

«  Certes,  ce  n'est  pas  en  tout  arbre  de  l'être  humain  que 
le  feu  du  sacrifice  vient  enflammer  pareil  aloès  (2),  qui 
s'exhale,  ainsi,  parfumé  de  miséricorde,  demandante  être, 
pour  ceux-là  aussi,  bénédiction. 

«  0  Hosayn  !  quand  ce  feu  de  Notre  amour  prit  en  ton  ar- 
bre humain,  et  que  les  étincelles  a  Je  suis  la  Vérité!  »  en 
jaillirent,  — comme  ta  personnalité  n'était  pas  consumée, 
ces  étincelles  n'étaient  pas  sans  en  répandre  la  fumée.  Mais 
quand,  dans  tout  l'arbre  de  ton  être,  tu  devins  la  proie  du 
feu,  et  que  la  forme  de  ton  moule,  la  fumée  de  ton  moi  s'en 
fut  élevée,  et  se  dissipa,  —  quand,  par  le  feu  de  Notre  dou- 
leur, les  cendres  de  ton  corps  furent  brûlées,  —  Nous  avons 
ordonné  qu'elles  soient  jetées  dans  Feau  du  Tigre,  et  Nous 
avons  levé,  alors,  le  voile  ajouré  qui  cachait  la  beauté  de  ta 
perfection.  Sur  la  surface  de  l'eau,  le  feu  sans  fumée  de  ton 
être  écrivit  visiblement  «  Dieu  1  Dieu  !  »  ... 

3.  Les  conformités  d'al  Hallâj  au  type  coranique  de  Jésus. 

Le  Qor'ân  présente  Jésus,  dès  sa  naissance,  comme  iden- 
tifié à  l'Esprit  de  Dieu,  de  qui  Marie  le  conçut  :  c'est  le  type 
de  la  sainteté  par  l'union  mystique,  et  les  seuls  miracles 
vivifiants  que  mentionne  le  Qor'ân  sont,  Ibn  'Arabî  l'a  noté", 
l'œuvre  de  cet  Esprit,  par  Jésus.  Il  est  donc  normal  que  le 
public  musulman  contemporain,  entendant  al  Hallâj  lui 
prêcher  la  vie  d'union  mystique,  ait  cherché  à  retrouver  en 

(I)  Cfr.  Akhb.  1  {suprà,  p.  303j. 

{t)  Cfr.  le  yanjoûj  (suprà,  p.  298  et  11.  4). 


THEOLOGIE    DOGMATIQUE  769 

lui  la  physionomie  coranique  du  Christ.  Celui-ci  donnait  la 
vie  à  des  oiseaux  d'argile  (I),  guérissait  l'aveugle-né  et  le 
lépreux,  ressuscitait  les  morts,  révélait  aux  hommes  les 
vivres  dont  ils  se  sustentaient,  et  ceux  qu'ils  cachaient  dans 
leurs  maisons  (2)  ;  il  confirmait  la  Loi  mosaïque  et  en  miti- 
geait,  par  quelques  dispenses,  l'observance  (3).  Tous  ces 
traits  se  retrouvent  chez  al  Hallâj  (4),  —  avec  trop  de  détails 
inattendus,  et  suivant  trop  de  sources  indépendantes,  pour 
que  cette  configuration  typique  s'explique  par  le  décalque 
postérieur  d'un  faussaire  ingénieux.  Servi  par  des  anges  qui 
lui  apportent,  comme  à  Marie  au  Temple,  «  des  fruits  d'été 
en  hiver  »  (5),  al  Hallâj  éteint  le  feu  sacré  des  mazdéens  (6), 
mission  réservée  au  Messie  ;  et,  venant  à  Jérusalem,  il 
allume  un  instant  les  lampadaires  du  Saint-Sépulcre  (7), 
«  qui  ne  s'allument  qu'à  l'aube  suivante  »,  le  Samedi 
Saint  (8). 

Ces  rencontres  matérielles  reposent,  nous  l'avons  vu,  sur 
une  similitude  doctrinale  explicitement  relevée  ;  c'est  en 
méditant  l'exemple  du  Christ  coranique  qu'ai  Hallâj  avait 
défini  la  sainteté  comme  une  union  permanente  avec  le 

(1)  L'oiseau  est  la  figure  coranique  de  l'âme  ressuscitée  (ici  p.  689). 

(2;  Vivres  =  ressources  du  corps  (et  de  l'âme).  Recelés  dans  les 
maisons  (et  dans  les  cœurs)  ;  cfr.  ici  p.  69,  130  (et  277)  ;  100-111  ;  94, 
98,  264. 

(3)  Qor.  III,  43-44. 

(4)  Ici  p.  238  (et  Taw .  IV,  5)  ;  110  ;  238  ;  106  ;  284. 

(5)  Ici  pp.  238-239  ;  comp.  Ibn  'Abd  Rabbihi,  'iqd,  III,  261. 

(6)  Ici  p.  92. 

(7)  Ici  p.  99.  11  s'agit  du  célèbre  «  feu  sacré  »  des  Grecs,  à  l'aube  du 
Samedi  Saint  (Jâhiz,  hayaivàn,  IV,  154  ;  Jawbarî,  ap.  «  Machriq  », 
XII,  194  ;  Goeje,  S.  Brandan,  p.  55  ;  Sepp,  Jérusalem,  \,  549  ;  Vin- 
cent, Jérusalem,  II,  229;  Asin,  Escatologia....,  274). 

(8)  «  Qanâdîl  qad  awqadoùhâ  min  al  sahar  »  (Sibt  Ibn  al  Jawzî,  ap. 
Ibn  al  Qalànisî,  tarîkh  Dimishq,  éd.  Amedroz,  68). 

49 


*I'J0  CHAPITRB    XII 

«  Kon  w  (fiât)  »  divin  (i)  ;  obtenant  à  force  d'ascèse  et  d'hu- 
milité, cette  onction  croissante  de  grâces  au  dedans.  C'est  ce 
que  la  génération  musulmane  qui  l'avait  connu  a  marqué 
excellemment  par  les  conformités  de  sa  légende,  circons- 
tances relatées,  intentions  prêtées. 

11  y  a  plus  :  ce  qui  a  survécu  d'al  Hallâj  projette  aujourd'hui 
plus  qu'une  ombre  de  ressemblance  extérieure,  découpée  sur 
la  vie  et  les  exemples  de  Jésus.  Le  travail  de  la  méditation, 
chez  certains  musulmans,  en  a  approfondi  les  traits  com- 
muns ;  le  récit,  par  exemple,  où  le  vizir  Hâmid  nous  est 
montré,  se  disculpant  devant  le  condamné,  comme  Pilate, 
et  où  la  foule  des  témoins  à  charge  s'écrie  «  que  son  sang 
retombe  sur  nos  cous  !  »  (2),  —  est  présenté  dans  une  mise 
en  scène  si  originale  que  le  rapprochement  n'en  est  que  plus 
irrésistible  avec  la  Passion  du  Christ,  cet  autre  supplicié 
volontaire  de  la  crucifixion  (3).  Ce  parallélisme  qui  avait  été, 
dès  le  début,  jusqu'à  faire  renouveler,  pour  al  Hallâj,  les 
diverses  hypothèses  de  substitution  (4)  imaginées  pour  le 
crucifié  du  Calvaire,  est  resté  en  honneur  chez  les  Shâdhi- 
liyah  :  sous  la  forme  d'une  sentence  singulière,  commentée 
par     leur     second     fondateur,    Aboû'l   Abbâs     al    Morsî 
(-}-  686/1287),  comme  provenant  d'al  Hallâj.  «  Quant  au 
sens  de  la  phrase  {d'al  Hallâj),  "alà  din  al  salîb  yakoûn 
mawtî,  «  c'est  dans  la  religion  de  la  croix  que  je  mourrai  », 
cela  voulait  dire  qu'  «  il  mourrait  dans  sa  propre  religion  », 
car  il  fut  bien  «  mis  en  croix  »  [mlib  ■=  madoûb).  C'est 
comme  s'il  avait  dit  «  je  mourrai  dans  ma  religion,  qui  est 

(1)  Ici  p.  520,  614. 

(2)  Ici  p.  311. 

(3)  Gomp.  le  verset  Qor.  XLII,  17,  rais  dans  la  bouche  d'al  Hallâj 
mourant,  —  avec  le  verset  XLIII,  61,  faisant  de  Jésus  la  «  Science  » 
dont  la  manifestation  est  réservée  pour  l'Heure  (=  le  Jugement  dernier). 
•    (4)  Gfr.  ici,  p.  315  seq. 


Adaptation  liindoue  d'un  canevas  Lithographie  à  la  p.    96  du 

occidental  faite  en  1302/1887  à  Bombay  Dlwàn  Mansoùr  Hallàj . 

Plancqe  XXIII.  —  Ilosayn-ibn-Maosoùr  al  Hallaj  représenté  sous  les  traits 
du  Christ  en  croix.  N.B.:  en  exergue,  se  lit  le  vers  de  Jalàl  Roùmî  (mathnawi)  : 

(I  Chaque  fois  qu'un  juge  inique  tient  la  plume, 

Il  y  a  un  Mansoùr  (Hallâj)  qui  meurt  sur  le  gibet  ». 

(pp.  770-771). 


THÉOLOGIE    DOGBilATlQUE  'j'ji 

l'Islam  .>  ;  et  il  indiquait  ainsi  (de  plus)  qu'il  mourrait  en 
croix,  ce  qui  arriva  effectivsment  »  (1). 

De  fait,  à  travers  les  linéaments  disjoints  de  cette  biogra- 
phie, repérés  grâce  à  l'inconsciente  curiosité  des  annalistes, 
à  l'aveugle  passion  des  adversaires  ou  des  partisans,  —  les' 
éléments  surgissent,  d'une  conformité  réelle,  d'une  configu- 
ration au  Christ.  Cette  effigie  typique  du  Jésus  coranique 
frappée  par  l'histoire  légendaire,  —  ce  symbole  idéal  de 
martyre  conforme  à  la  christologie  du  soufisme,  -  al  Hallâj 
s'anime  pour  l'observateur  comme  une  image  étrangement 
vivante  du  Christ  réel,   tel  que  nous  le  connaissons  (2)  : 
image  originale,    certes,   avec  son   mariage,  sa  sécession 
d'avec  les  autres  mystiques,  son  apostolat  chez  les  shf  ites 
qarmates  et  chez  les  infidèles,  son  long  procès  si  pharisaï- 
quement  légal.  Image   puissamment  modelée  du  dehors, 
dans  la  dramatisation  concertée  de  sa  vie,  et  la  figuration 
exquise  qui  entoure  sa  mort  :  politiciens  brutaux,  indécis  ou 
sceptiques  (3)  ;  docteurs  de  la  Loi  corrompus,  implacables 
ou  indifférents  ;  disciples  impuissants,  peureux  ou  vendus  (4)  ; 
passants  émus,  femmes  pitoyables,  cœurs  fidèles  (5).  Leur 
simple  groupement,  les  recoupements  de  leurs  gestes  trahis- 
sent les  intentions  intimes  de  ces  figurants,  saisis,  éclairés, 
■visités,  jusque  dans  leurs  recoins,  par  la  flamme  de  cette 
lumière  centrale  ;  qu'ils  regardent  et  qui  les  juge. 
(1)  Sha'râwî,  latâ'if  al  minan,  II   84 

(AoK  if   ^^"/^^"^^^^^^  ^^icie  B.  Francise!  ad  vitam  D.  J.  G  R  N 

{làbù;  en  XL  chap.)  de  Bartolommeo  Albizzi,    de  Pise  (+  1401)    Cfr' 

rate  /lÎ63       L   r'"''"!:''';---  ^^'  '^  ^^'^"^^  '^^^  "^^«^«^  '«  ^or. 
rame  (I5bd  —  ms.  Pans,  fonds  fr.  2il3,  ff.  125»-153a) 

{à)  Hâmid,  Ibn  'Isa,  Moqtadir. 
d2"J^'-  ^'°'  '•'""•  "•"  ^""'"û'  ;  Nasr,  Shiblî,  Qasri, 
^^(3)IbDKhaf!f;Shaghab,  Fâtimah,  Hannoùnah  ;  Ibn  'Atl,  Shâkir, 


CHAPITRE   XIII 

LES  CONSÉQUENCES  JURIDIQUES  ;  ET  LES 
OBJECTIONS  ADRESSÉES  A  CETTE  DOCTRINE 


Sommaire. 

Pages 
I.  —  Les  conséquences  en  droit  canon  (foroû  'al  fiqh)  : 

a)  Subordination  des  rites  prescrits  à  une  règle  de  vie  : 

ses  principes  directeurs 772 

6)  Particularités  rituelles  propres  aux  mystiques.     .     .  778 

c)  Le  symbolisme  des  rites 781 

d)  Réalité  finale  des  rites 783 

1.  La  critique  hallagienne  de  la  s/îa/i(îcfa^    .     .     .     784 
II.  —  Les  critiques  portées  contre  cette  doctrine  : 

a)  Les  notes  d'hérésie  relevées  contre  al  Hallâj  : 

1 .  Par  les  théologiens  (m.o'tazilites) 794 

2.  Parlesimâmites 792 

3.  Par  les  mystiques  sunnites  postérieurs    .     .     .     793 
h)  Les  critiques  générales  touchant  sa  règle  de  vie  : 

i .  Le  pur  abandon  et  l'acte  unique 794 

2.  L'individualisme  anarchique 795 

3.  L'équilibre  mental 795 

4.  La  chasteté  du  regard 796 

c)  Les  critiques  générales  de  son  mysticisme.     .     .     .  800 

I 

Les  conséquences  en  droit  canon  (foroû  'al  fîqh). 

a)  Subordination  des  rites  prescrits  à  une  règle  de  vie  : 
ses  principes  directeurs. 

11  est  d'usage,  aujourd'hui,  de  réduire  la  vie  cultuelle,  en 
Islam,  à  la  simple  exactitude  externe   dans  les  rites,   — 


LES   CONSEQUENCES   JURIDIQUES  773 

à  l'accomplissement  ponctuel  de  certaines  prescriptions 
sociales,  les  cinq  f ara  kl,  ou  (^  devoirs  d'obligation  »  :  profes- 
sion de  foi,  prière  canonique,  jeûne,  pèlerinage,  aumône 
légale. 

On  a  indiqué  plus  haut  (1)  qu'au  début,  le  culte  islamique 
ne  se  présentait  pas,  en  général,  comme  aussi  strictement 
restreint  au  littéralisme  rituel  ;  et  qu'en  particulier,  le  sun- 
nisme  primitif  exigeait,  avant  tout,  l'exercice  d'un  minimum 
de  vertus  morales,  esquissant  ainsi  comme  une  «  règle  de 
vie  »  destinée  à  toute  la  Communauté.  Edictant  explicite- 
ment, sur  le  même  plan  que  certaines  prescriptions  positives 
et  matérielles,  momentanées  et  externes  (=  les  cinq  devoirs 
d'obligation),  —  diverses  restrictions  permanentes  [wara') 
disciplinant  en  commun  le  corps  (vêtements,  silence)  et  le 
cœur  (sujets  de  réflexion  et  de  conversation  exclus),  —  et 
certaines  œuvres  expiatoires  de  bienfaisance  (manâsik)  (2). 
Pour  ces  Sunnites,  l'Islam  était  avant  tout  adab  (3),  «  socia- 
bilité, civilité  »,  au  sens  le  plus  étendu  ;  donc  «■  règle  de  vie  ». 

Ce  caractère  primitif  du  culte  est  resté  bien  marqué,  et 
pendant  longtemps,  chez  les  Hanbalites  ;  ces  hashwïyah  à 
qui  l'intellectualisme  formaliste  des  Hanéfites  reprochait, 
encore  au  vi/xii^  siècle,  de  «  mettre  sur  le  même  plan  fard^ 
sonnah  et  nafal  »  (4),  c'est-à-dire  de  maintenir  l'interdé- 
pendance :  du  rite  extérieur,  de  la  manière  de  le  pratiquer 
et  de  l'intention  surérogatoire. 

Telle  est,  en  effet,  la  note  distinctive  commune  aux  disci- 

(1)  Ici  p.  510. 

(2)  Voir  recueils  de  sonan  énumérés  par  le  fihrist,  notamment  celui 
d'ibn  abî  Dhayb,  -+■  159/775  {fihrist,  225-231)  :  «  salât,  tahârah,  sawm, 
zakât,  manâsik  ». 

(3)  <  L'Islam,  c'est  être  d'un  caractère  naturellement  droit  »,  recti- 
fiait 'Ikrimah,  penchant  ainsi  au  mo'tazilisme  (Ibn  al  Jawzi,  ras.  Paris, 
2030,  s.  V.). 

(4)  Nasafî,  bayân  al  madhâhib,  in  fine. 


77^  CHAPITRE   XIII 

pies  de  Flasan  Basrî  comme  l'école  des  Bakrîyah  (i),  à  Ibn 
'Okkâshah  (2),  Tostarî,  Gholâm  Khalîl  et  aux  premiers 
Hanbalites  (3),  jusqu'au  iv/x"  siècle;  quoique  Shâfi'î  (4)  et 
Bokhârî  aient  mis  hors  de  pair,  dès  le  iii/ix"  siècle  (5),  les 
cinq  devoirs  d'obligation  :  comme  signes  caractéristiques, 
nécessaires  et  suffisants  (6),  de  la  profession  de  musulman. 
L'attitude  de  ïlasan  et  d'Ibn  Hanbal  est  celle  des  premiers 
mystiques,  celle  aussi  d'al  Hallâj .  L'important  pour  eux  n'est 
pas  de  discuter  sur  la  forme  matérielle  des  rites  (7),  quoi- 
qu'ils tiennent  à  certaines  particularités  (énumérées  plus 
bas)  (8),  —  ni  d'insister  sur  leur  signification  initiale,  quoi- 
qu'ils en  étudient  le  symbolisme  (9)  ;  mais  de  vérifier  leurs 
résultats  pour  la  conscience  du  croyant  pratiquant. 

(1)  Les  farîdât  de  Hasan  énumèrent  quatre  des  farâ'id  ;  avec  neuf 
règles  pour  la  pensée,  treize  pour  les  usages  sociaux,  et  vingt-sept  pour 
les  vertus  internes  ;  Hasan  lui-même  énumère  huit  rapports  sociaux  : 
jeûne,  prière,  pèlerinage,  retraite  spirituelle,  aumône,  guerre  sainte, 
troc,  et  arbitrage,  sur  le  même  plan  (Ibn  Battah  'Okbarî,  sharh  wa  ihânah^ 
in  fine.  Cfr.  Ibn  Qotaybah,  mokhtalif,  58  ;  farq,  201. 

(2)  Credo  en  dix-sept  articles  (Malatî,  28-29). 

(3)  Caractère  obligatoire  du  mash  'alâ'l  khoffayn,  etc.  (Malatî,  368, 
374,  383). 

(4)  Aboû  Hanîfah  a  encore  une  liste  hétérogène  de  onze  devoirs  so- 
ciaux. La  méthode  de  Shâfi'î,  toute  formelle  dans  le  choix  des  cinq 
farâ'id,  met  en  revanche  beaucoup  plus  en  lumière  l'importance  des 
«  intentions  »  des  a  consciences  »,  dans  l'étude  des  rites,  que  celle 
d'Aboù  Hanîfah. 

(.5)  Les  Druzes,  dont  les  prédécesseurs  directs,  les  Bûtinlyah,  se  sont 
séparés  du  tronc  commun  avant  cette  époque,  ont  encore  sept  farâ'id  = 
les  cinq  devoirs  classiques.  H-  ridâ^  taslîm. 

(6)  Supprimant,  malgré  Mâlik,  du  culte  l'imitation  des  actes  du  Pro- 
phète qui  n'étaient  que  qorbah  et  adah  (Qâsîmî,  /.  c,  58). 

(7)  Aussi  pratiquent-ils  volontiers,  par  tutiorisme,  le  talfîq  ou  «  mé- 
lange des  rites  »  ;  ce  qu'on  reprochera  plus  tard  à  Ghazâlî  (Mâzarî)  et 
à  Sha'râwt. 

(8)  Infrà,  b. 

(9)  Infrà,  c. 


LES    CONSléQUENCES    JURIDIQUES  776 

Les  rites  du  culte  ne  sont  pas  l'essentiel  de  la  religion,  ils 
en  constituent  les  moyens  (îjjasâ'it)  ;  ce  sont  les  instruments 
que  Dieu  nous  fournit  pour  atteindre  aux  réalités  (haqaiq). 
Telle  est  la  doctrine  excellemment  exposée  par  al  Hallâj  (1). 
La  pratique  des  rites,  la  manière  dont  on  les  exécute  importe 
plus  que  leur  matière  littérale  :  l'intention,  l'esprit  que  l'on 
y  met  prime  leur  dispositif  textuel  ;  et  elle  requiert  l'élabo- 
ration d'une  catéchèse,  le  recours  à  une  méthode  morale, 
ri'àyah  (2)  ;  une  «  voie  »,  larlqah. 

Les  mystiques  n'entrent  donc  pas  à  fond  dans  la  discus- 
sion pendante  entre  jurisconsultes  sur  le  critère  de  discrimi- 
nation des  rites  à  adopter;  soit  Vistishâh  (3),  permanence  de 
l'autorité,  acceptation  pure  et  simple  du  dépôt  traditionnel, 
sans  réflexion  ni  expérimentation,  du  rite  que  l'on  doit  pra- 
tiquer et  maintenir,  parce  qu'on  l'a  reçu,  tel  quel,  comme 
un  décret  arbitraire  (Shâfi'î,  Ibn  Hanbal,  Dâwoûd)  ;  soit 
Yistihsân  (4)  des  Hanéfites,  appréciation  par  la  raison  des 
causes  et  convenances  théoriques  du  commandement  divin  ; 
soit  Vistisidh  (5)  de  Mâlik,  estimation  des  motifs  pratiques  et 
des  bons  résultats  sociaux  (6)  à  attribuer  à  cette  recomman- 
dation coranique.  Certes,  par  traditionnalisme  et  par  tutio- 
risme  (7),  les  mystiques  tendent  à  préférer  le  premier  cri- 

(1)  Ici  p.  277,  670. 

(2)  Ici  p.  510. 

(3)  Comp.  la  recherche  de  Vafdal  (Hazm  III,  164).  Gfr.  farq,  285 
(Aboù  Bakr).  Et  ici  p.  713-716. 

(4)  Cfr.  recherche  mo'tazilite  de  Vahsan  {iahsin,  ici  p.  545), 

(5)  Gfr.  recherche  mo'tazilite  de  Vaslah  (Hazm  III,   165,   171,  181). 

(6)  Idée  de  la  Communauté  :  «  salâh  al  koll  »  (in  Qor.  XXIV,  53)  ; 
mais  sans  irjâ'  (cfr.  ici  p.  665).  La  vraie  jamâ'ah,  invisible,  des  âmes 
droites  (ahl  al  infirâd^  ici  p.  548). 

(7)  Les  mystiques,  al  Hallâj  notamment,  sont  tutioristes  (cfr.  ici 
p.  70)  ;  cfr.  Kalâbâdhî  :  «  pour  les  points  discutés  entre  juristes,  les 
mystiques  adoptent  al  ahivat  ;  par  ex.  si  la  licéité  ou  illicéité  d'une 
chose  est  discutée,  ils  choisissent  l'illicéité  »  (ta'arrof,  vas.  Oxf.  63^). 


776  CHAPITRE    XIII 

tère  ;  mais  ils  recourent  également,  a  posteriori  :  au  symbo- 
lisme, pour  faire  accepter  toutes  les  formes  des  rites  à  la 
raison  ;  et  à  l'ascétisme,  pour  faire  bénéficier  leur  volonté 
de  toutes  les  exigences  rituelles. 

Les  réalités  finales  à  atteindre,  ce  sont  les  «  fruits  »  que  la 
pratique  fervente  des  actes  de  religion  produit  dans  Tâme, 
en  l'exerçant  à  certaines  vertus  (mo'«ma/a^),  — en  la  guidant 
par  certains  signes  (ishârât).  Non  pas  ces  vertus  et  ces  signes 
en  soi,  —  mais  Dieu  à  qui  elles  mènent  l'âme. 

Les  directives  de  cette  méthode,  ébauchée  dès  Mohâsibî, 
très  nette  chez  al  Hallâj,  sont  soulignées  dans  la  liste  de 
précellences  suivantes  : 

—  (a)  Pour  l'accomplissement  des  rites  en  eux-mêmes  : 
khidmah  >  ^ïbâdah  (1).  L'obéissance  est   supérieure  à 

l'observance  (tous  les  mystiques  ;  contre  les  ulémas). 

sonan^  faraid  (2).  La  pratique  du  rite  domine  la  let- 
tre du  rite  (Hasan  et  la  plupart  des  mystiques  anciens  ; 
contre  les  hanbalites). 

niyah  '^^amai  (3).  L'intention  dépasse  l'action  elle-même 
(Hasan  Basrî,  Tostarî,  contre  les  zâhirites). 

—  (b)  pour  la  réflexion  intellectuelle  appliquée  au  culte  : 
ibâhah'^  tahrhn[^).  La  permission  antécède  l'interdic- 
tion :  (Ilanéfites,  Qarmates,  Ibn  Mo'âdh,  Ibn  'Atâ;  contre 
Antâkî  (5),  Ibn  Hanbal,  Jonayd,  'Izz  Maqdisî). 

(1)  Maqdisî  tire  expressément  ce  principe  {safwah,  36)  d'un  hadith  ; 
appliqué  in  Taw.  VI.  Misrî  commande  à  un  de  ses  disciples  de  ne  pat 
faire  sa  prière  ('Attâr,  trad.  Pavet,  109).  Les  ermites  se  dispensent 
d'aller  à  la  mosquée  le  vendredi. 

(2)  Déjà,  «  la  Sonnah  abroge  le  Qor'ân  »  (Shâfi'î  ;  contre  Ibn  Hanbal). 

(3)  Cfr.  ici  p.  668.  La  méthode  shâii'ite  y  est  plus  favorable  que  la 
méthode  hanafite  :  intention,  en  hanafisrae,  signifie  simplement  «  pré- 
méditation du  geste  rituel  »  ;  et,  en  shâtî'isme,  «  orientation  morale  de 
la  volonté  »  (cfr.  waj'h). 

(4)  Ici  p.  716. 

(5)  Uawâ  ;  cfr.Sarrâj,  loma\  424. 


LES   CONSÉQUENCES   JURIDIQUES  777 

'i/m  >  'aqi  {\).  La  science  (révélée)  est  supérieure  à 
l'intellect  (humain).  (Hanéfites,  Hanbalites  et  mystiques  ; 
contre  les  ibâdites,  mo'tazilites,  imâmites  et  philosophes). 

raja  P'  khawf  (2).  L'espérance  est  plus  que  la  crainte 
(Yazîd  Raqashî,  Thawrî,  Ibn  Hanbal,  Ibn  Mo'âdh,  Tostarî  et 
les  «  morji'tes  »  ;  contre  ïlasan  et  les  «  wa'îdites  »). 

khollah  >>  'oboûdiijah  (3).  L'ami  est  plus  que  le  serviteur. 
(Rabàh,  Kolayb,  Qarmates  ;  contre  la  majorité  des  sunnites) 

—  (c)  pour  les  réalités  finales  {haqaiq)  des  vertus  à  acqué- 
rir : 

shokr  >►  mhr.  Rendre  grâces  est  plus  que  se  résigner  (4) 
(Mohâsibî,  Tirmidhî,  Ibn  'Atâ,  Rowaym  —  contre  Jonaydet 
Ibrahîm  Khawwâs). 

mcùrïfah'^^ïlm.  Comprendre  est  plus  que  connaître  (5) 
(Morji'tes,  Ibn  Karrâm,  Mohâsibî,  Imàmites  extrémistes  — 
contre  Jonayd  et  Ibn  Roshd). 

4)  Ici  p.545;  cfr.  Taw.  187,  sentence  d'Aboû  'Alî  al  Kâtib  (corr* 
suivant  Goldziher,  Der  Islam,  IV,  167). 

(2)  Ghazâlî,  ihyâ,  IV,  118  ;  Makkî,  qoûi,  II,  213  seq. 

(3)  Ici  p.  750. 

(4)  Oa,  selon  la  formule  usuelle,  «  le  riche,  qui  rend  grâces,  est 
supérieur  au  pauvre  qui  se  résigne  »  (cfr.  ici  p.  45).  Cette  thèse  n'a 
été  soutenue  que  par  une  vingtaine  de  mystiques  et  de  théologiens 
Karrâmiyah  (Motarrif,  Ibn  abî'l  Howwârî,  Mohâsibî,  Ibn  Karrâm,  Ibn 
Mo'âdh,  Ibn  Qotaybah,  Tirmidhî,  Ibn  'Atâ,  Rowaym,  Ibn  Sam'oûn,  Daq- 
qâq,  Ibn  abî'l  Khayr),  et  plus  récemment  parShâdhili  et  Morsî,  tandis  que 
la  thèse  opposée  a  réuni  la  majorité  des  docteurs  (Aboù  Dharr,  Hasan, 
Sa'îd-ibn-Mosayyib,  Shaqîq,  Ma'roùf,  Bishr,  Bistâraî,  Jonayd,  Ibrahîm 
Khawwâs,  Ibn  Sâlim,  Sâraarrî,  Ibn  Khafîf,Solamî,Sarrâj,  'Abd  al  (jâhir 
Baghdâdî,  A.  N.  Sohrawardî  j  et,  plus  récemment,  'Izz  Maqdisî,  et  Ibn 
Daqîq  al  1d.  Voir  Qot.  208-211  ;  fihrist,  185  :  Sarrâj,  loma\  411  ;  Hoj- 
wîrî,  kashf,  22.25,  etc.  ;  'awârif,  IV,  237  ;  Sobkî  III,  289  ;  Jâmî  43,  89, 
478,  479  ;  Borhânî,  zahrah,  passim  ;  Sh.  tab.  1.75.  Hallâj  note  à  l'appui 
que  «  le  cœur  est  plus  endurci  dans  le  bien-être  que  dans  l'adversité  » 
(in  Qor.  XXXIX,  23  ;  cfr.  Tostarî,  tafsîr,  25-26). 

(5)  Ici  p.  545  ;  et  Taw.  156. 


77^  CHAPITRE    XIII 

mahahbah^  'imân.  Aimer  est  plus  que  croire.  (Hallâj, 
Rïw.  VII  \  contre  le  hadîth  adopté  par  Bokhârî)  (1). 

b)  Particularités  rituelles  "propres  aux  mystiques. 

Sans  donner  naissance  à  une  véritable  «  école  »  juridique, 
parallèlement  aux  quatre  madhâhib  orthodoxes,  comme  la 
tradition  des  Alides  (2),  —  la  tradition  des  maîtres  soûfîs  a 
jalousement  préservé  l'observance  de  certaines  particula- 
rités distinctives  dans  l'accomplissement  externe  des  devoirs 
d'obligation. Mention  nées  dans  les  farîdât  attribuées  à  Hasan , 
dans  le  ta'arrof  de  Kalâbâdhî  et  les  wasâyâ  d'Ibn  Khafîf, 
elles  sont  mises  en  corps  de  doctrine  dans  le  safwat  al  ta- 
sawwof  d'ihn  Tâhir  Maqdisî  (3);  en  voici  l'énumération, 
permettant  la  comparaison  avec  certains  épisodes  de  la  vie 
d'al  Hallâj  : 

(costume)  :  sou/  (4)  —  vêtements  teints,  rapiécés  (5)  — 
babouches.  Comment  se  ceindre  la  tête  et  les  reins  (6)  —  poK 
de  la  barbe  et  des  moustaches  (7). 

(ablutions):  ffhosl ^p^r  \)réca.ui\ou  tutioriste(8):  auparavant. 

(contrition)  :  acte  complet  (9)  —  formule  «  yâRabb  )^  (10). 

(pèlerinage)  :  yalleràpied,mêmesans  viatique(2a(/)nimon- 

(1)  Ici  p.  609  ;  et  Qosh.  éd.  Ansârî,  II,  124. 

(2)  Cfr.  Imâmites  et  rites  ismaëliens  (Ibn  Hammâd,  trad.  Cherbon- 
neau,  JAP,  1855). 

(3)  Voir  aussi  Sha  'râwî  {'ohoûd  wa  mawâthîq),  Haskafî  ;  et  les  atta- 
ques des  juristes  à  Constantinople  au  xvii"  siècle  (contre  Sîwâsî),  et  au 
Caire  au  xix*  siècle  (contre  Sanoûsî). 

(4)  Ici  p.  49-51,  271. 

(5)  Ici  p.  L'O. 

(6)  Shiblî  les  coupait  (Sarrâj,  loma\  148)  ;  cfr.  au  contraire  les 
calenders. 

(7)  Ici  p.  296. 

(8)  Ici  p.  70. 

(9)  Ici  p.  251  ;  Manâr,  t.  XXII,  63  ;  la  formule  est  d'Ibn  Adham 
{ihyâ,  1,  223). 

(10)  Recommandée  par  Ibn  abî'I  Donyâ  (Manâr,  1.  c).  Ici  p.  272. 


LES   CONSÉQUEIfCBS   JURIDIQUES  779 

ture  [râhilah)  (1)  ;  sinon,  kaffârah;  'omrah  obligatoire  (2)  ; 
jeûne  du  jour  d"Arafàt  praticable  en  dehors  d"Arafàt  (3). 

(jeûnes)  supplémentaires  (4). 

[retraité):  ïtxkâf  (évolué  en  khalwah).  A  la  Mecque,  al 
Hallâj  le  pratiqua  pendant  Vomrah  (a)  (type  du  vœu  d'Aboû 
Isra'îl  Mola'î,  critiqué  ap.  Malik,mo?/;a//a',  II,  377  ;  Bokhârî, 
serments^  n°29,  Aboû  Dâwoûd,^owaw,  II,  195  —  Goldziher). 

(prière  normale)  :  les  deux  rak'ah  préalables,  par  précau- 
tion tutioriste. 

Toujours  précédée  de  ghoal  et  wodoû\ 

(schéma  des  prières  facultatives  ;  wird,  pi.  aiorâd)  (6)  : 
àeuxrak'ah  (d'i  verset  chacune), puis .?«/«?/?  (7)  e{rok/isah{8), 
et  do'â  (en  forme  de  qonoût  (9)  +  tashahhod  (10),  sans  men- 
tion du  Prophète  ni .sa/«^  'alalnahi  (U).  En  prose  rimée  (12). 

Dans  la  «  vie  commune  »  (mo'âsharah)^  les  mystiques 
s'attribuaient  en  outre  des  «  dispenses  »  [rokkaç)  tradition- 
nelles, dont  l'origine  remonte  très  haut  (13)  :  nous  les  énu- 

(1)  Noter  que  la  proposition  de  la  p.  275  {supra)  omet,  comme  les 
hanafites,  le  4^  rokn  (sa'ï)  ;  et  qu'elle  ne  spécifie  que  sept  des  trente  et 
un  points  spécifiques  selon  les  hanbalites  (sans  les  4  arkân,  5  wâjibât 
et  15  sonan). 

(2)  Ici  p.  54. 

(3j  Amorce  de  la  théorie  d'al  Hallâj  sur  le  transfert  du  pèlerinage 
(ici  p.  275). 

(4)  Ici  p.  54. 

(5)  Ici  p.  54. 

(6)  Ici  p.  302,  32,  103,  123,  296  (cfr.  prière  du  Prophète  au  î/a«;w  a/ 
Ahzâb  selon  Mozanî  (Sobkî,  I,  242). 

(7)  radd. 

(8)  taslîm.  Ibn  abî  Zayd,  trad.  Fagnan,  38. 

(9)  «  bihaqq  ».  Formules  atténuées  :  Shiblî  (Khark.  213^),  Daqqâq 
(Qosh.  173). 

(10)  <  an  torziqanî  »  (Ghazâlî,  ihtjâ,  I,  216). 

(11)  Gfr.  ici  p.  744.  Gontrà  :  Shiblî  (/.  c.)  et  Ibn  abî  Zayd  (/.  c,  36-37). 

(12)  Usage  réprouvé  en  dehors  des  Khotbah. 

(13)  Ici  p.  752. 


780  CHAPITRE   XIII 

mérons  ici  brièvement,  d'après  les  listes  de  Solamî  et  Maq- 
disî  (4  ),en  référant  aux  traits  correspondants  de  la  biographie 
d'al  Hallâj  : 

tark  al kasb  [2), droit  de  renoncer  à  toutmétier  (3),de  vivre 
en  pèlerinage  perpétuel  [siyâhah)  et  en  mendiant  [so'àl). 

taqsîm^  répartition  entre  «  compagnons  »  des  aumônes  et 
offrandes  ;  elle  portait  le  nom  de  «  qasamah  Tarsoùs  »  (4). 

{repas  en  commun)  :  le  bénir  au  début,  et  dire  l'action  de 
grâces  à  la  fin  (5).  Honorer  particulièrement  le  pain,  qui  est 
un  aliment  «  bénit  »  (6)  ;  et  le  sel  (7).  C'est  le  convive  le  plus 
âgé  qui  commence  (8).  Il  y  a  un  repas  appelé  'ors,  a  festin 
nuptial  »,  à  l'anniversaire  de  la  mort  des  plus  vénérés  d'entre 
eux  (9). 

samâ"  concert  spirituel,  séance  de  récitation  [dhikr),  où  le 
chant  provoque  l'extase  (faqd  al  ihsâs  (10)  et  la  danse  (raq^) 
chez  les  auditeurs  (il)  ;  deux  autres  «  dispenses  »,  nettement 

(1)  Solamî,  jawâmV  adâb  al  soûfiyak  ;  Maqdisî,  safwat  al  tasawwof. 

(2)  Var,  :  inkâr,  tahrîm  al  makâsib. 

(3)  Posé  par  Shaqîq  (Makkî,  qoût.  II,  295),  Aboû'l  'Atâhiyah  (selon 
Soùlî),  les  karrâmîyah  et  les  soùfîs  de  Bagdad  ;  rejeté  par  Mohâsibî,  les 
Sâlimiyah  et  Malâmatiyah.  Cfr.   ici,  p.  614. 

(4)  L'allusion  ici  (p.  lU)  est  si  claire  que  l'étymologie  de  Maqdisî, 
l'attribuant  à  un  cheïkh  de  Jérusalem,  originaire  de  Tarsoùs,  paraît 
fausse.  En  réalité,  le  cas  des  terres  de  Tarsoùs,  qui,  conquises  sans 
capitulation, avaient  été  alloties  en  fiefs  au  lieu  d'être  données  à  la  Com- 
munauté (sous  al  Mahdî  :  voy.  Antâkî,  shobohât),  serait  l'origine  de  ce 
nom.  Signalons  ici  le  transfert  mystique  d'une  maladie,  de  Jonayd,  à 
certains  disciples  de  Noùrî  ('Attâr,  tadhk.,  trad.  Pavet,  205)  ;  cfr.  '01- 
wân,  76. 

(5)  Maqd.  59,  70. 

(6)  Ici  p.  264,  284  et  Maqd.  68. 

(7)  Maqd.,  p.  72  ;  ici  p.  249,  284. 

(8)  Maqd.,  p.  50;  ici  p.  319. 

(9)  Arnold,  India.  Ibn  al  Jawzî,  Nâmoûs. 
(iO)  Ici  p.  126. 

(U)  Ici  p.  313. 


LES    CONSEQUENCES    JURIDIQUES  78 1 

suspectes, le  déchirement  des  vêtements  (^^mz?^)  (i)  elle  nazaî' 
ilàr  mord (2)  ne  figurent  pas  dans  la  biographie  d'al  Hallâj. 

da^wâ,  la  prédication  en  public  de  la  doctrine  mystique  (3) . 

mozâk,  le  droit  de  dire  des  plaisanteries  (4),  de  faire  des 
jeux  de  mots. 

L'ensemble  des  qualités  du  mystique  est  ainsi  décrit  par 
al  Hallâj  (5)  :  «  Celui  dont  le  cœur  est  d'une  piété  éprouvée 
par  Dieu,  a  pour  blason  le  Qor'ân,  pour  manteau  la  foi, 
pour  flambeau  la  méditation,  pour  parfum  la  piété,  pour 
ablution  canonique  la  contrition,  pour  hygiène  du  corps 
l'usage  exclusif  des  actes  licites,  pour  parure  la  continence  ; 
il  n'agit  que  pour  la  vie  future,  il  n'a  souci  que  de  Dieu,  il  se 
tient  constamment  devant  Dieu,  il  jeûne  jusqu'à  la  mort, 
pour  ne  rompre  le  jeûne  qu'en  Paradis;  il  n'épouse  que  les 
bonnes  actions,  il  ne  thésaurise  que  les  vertus  ;  son  silence 
est  contemplation,  son  regard  est  vision.  » 

c)  Le  symbolisme  des  rites. 

Divers  textes  d'al  Hallâj  ont  été  traduits  plus  haut,  tou- 
chant le  symbolisme  du  a  pèlerinage  »  légal  ;  on  peut  leur 

(1)  Ici  p.  303. 

(2)  Ici  p.  691.  Risâlah  spéciale  d'Ibn  Tâhir  Maqdisî,  et  texte  de  So- 
laraî  (cités  ap.  Ibn  al  Jawzî,  Nâmoûs,  XI). 

(3)  Ici  p.  138.  Commencée,  en  très  petit  comité,  par  Ibn  Mo'âdh, 
Misrî  et  Aboù  Hamzah,  puis  Jonayd  (Makkî,  qoût,  I,  J68). 

(4)  Ici  p.  132.  Détourner  les  mots  de  leur  sens. 

(5)  Ap.  Solamî,  in  Qor.  XLIX,  3.  C'est  directement  imité  du  hadîth 
de  Jésus  reproduit  dans  la  risâlah  dite  de  Hasan  Basrî  :  «  Ma  pitance, 
c'est  la  faim,  mon  signe,  la  crainte  (de  Dieu),  mon  vêtement,  le  soûf,  ma 
monture,  ma  jambe  ;  ma  chandelle,  la  nuit,  c'est  la  lune  ;  mon  allume- 
feu,  l'hiver,  ce  sont  les  levers  de  soleil  ;  mon  fruit  et  mon  parfum, 
c'est  ce  que  la  terre  fait  pousser  pour  les  bêtes  fauves  et  les  animaux 
domestiques.  Mis  au  monde  n'ayant  rien  à  moi,  ma  richesse  dépasse 
toutes  les  autres  »  (Hilyah,  s.  v.).  Comp.  la  règle  d'Ibn  Karrâm  (ap. 
Essai)  et  de  Tostarî  (lafslr,  61). 


7o3  ÙHAPtTRE    Xlli 

comparer  deux  longs  passages  fort  curieux,  de  Shiblî  et  de 
Hosrî(l). 

Une  traduction  persane  antérieure  au  XIV*  siècle  donne 
comme  d'al  Hallâj  un  court  texte  sur  le  symbolisme  des 
quinze  attitudes  requises  au  cours  de  la  prière  canonique  : 
«  se  rincer  la  bouche,  c'est  acquérir  la  sincérité  ;  renifler 
l'eau,  c'est  renier  l'orgueil...  former  l'intention  (niyah)^ 
c'est  apercevoir  Dieu  ;  se  dresser  debout  {qiyâm),  c'est  par- 
ticiper à  la  permanence  divine,  au  dedans  des  tentures  de 
Sa  tente;  faire  la  prosternation  (ro/coû'),  c'est  s'isoler  dans 
la  solidarité  divine  ;  lorsqu'on  se  relève  (iUidâl)^  c'est  l'éter- 
nité qui  se  tourne  vers  nous...  »  (2). 

Outre  le  symbolisme,  assez  restreint,  des  rites  canoniques, 
les  mystiques  antérieurs  à  al  Hallâj  avaient  innové  un  sym- 
bolisme fort  nuancé  ;  dont  une  liste,  donnée  par  Tirmidhî, 
nous  a  permis  d'étudier  ailleurs  (3)  la  formation  historique. 
Rappelons  ici  les  thèmes  allégoriques  préférés  d'al  Hallâj  ; 
le  vin  et  la  coupe  (enivrante  de  la  joie  mystique)  (4)  ;  la  vierge 
(=  la  conscience  intime)  (5),  l'oiseau  (=  l'âme  qui  ressus- 
cite) (6)  ;  le  papillon  et  la  chandelle  (7)  ;  la  mer  et  la  perle  (8)  ; 
le  croissant  de  lune  (9). 

d)  Réalité  finale  des  rites. 
Dans  les  rites,  la  manière  réfléchie  de  pratiquer  est  plus 

(1)  Baqlî,  tafsîr,  t.  I,  105-106  (in  Qor.  III,  89)  et  t.  II,  57  (in  XXII, 
27)  ;  Ibn  'Arabî,  mosâmarât,  1, 186-187,  358  ;  Hojwîrî,  3:26,329  ;  'Olwân 
(-{-  936/1531),  yaif/iar  mahboûk,  58. 

(2)  i26ï  =  ms.  Kàpr.  1589  §  XXIX. 

(3)  Cfr.  Essai.  Et  Shabistarî,  golshan-i-râz. 

(4)  Origine:  Misrî;  ici  p.  517. 

(5)  Ici  p.  486. 

(6)  Taw.  IV,  S. 

(7)  Ici  p.  570.  Cfr,  hadith  al  farâsh  de  Ghazâlî  {ihyd  :  extr.  ap.  Mor- 
tadâ,  ithâf,  IX,  94  ;  cfr.  Asin,  tehafot,  191-194). 

(8)  Ici  p.  557. 

(9)  Ici  p.  588. 


LES    COMSéQUENOES    JURIDIQUES  788 

importante  que  la  minutie  littérale  des  gestes;  cette  disci- 
pline de  l'intention  aboutit  à  exercer  l'âme,  à  la  familiariser 
avec  les  vertus  ;  et  ces  vertus  la  guident,  au  moyen  de  cer- 
taines indications,  jusqu'à  Dieu.  En  dernière  analyse,  les 
cinq  rites  aboutissent  donc  à  mettre  l'âme  en  présence  de 
Dieu.  Les  mystiques,  qui  ajoutent  volontairement  à  leurs 
devoirs  d'obligation  des  prières  et  observances  suréroga- 
toires  (72a^^;«/?/),  ont  tendance  à  envisager  même  leurs  devoirs 
d'obligation  comme  de  pures  actions  de  grâces  où  la  liberté 
plénière  du  cœur  reconnaissant  s'offre  à  Dieu  par  vœu  {\), 
suivant  les  moyens  prévus  et  les  heures  prescrites. 

Ils  se  placent  ainsi  dans  une  position  analogue  à  celle  des 
Qarmates  qui  enseignaient  (2)  que  <(  tous  les  devoirs  d'obli- 
gation (faraid)  sont  en  réalité  surérogatoires  [nâfilah)^  non 
obligatoires  ;  car  c'est  un  remercîment  adressé  à  un  Bien- 
faiteur; or  Dieu  n'a  pas  besoin  de  l'asservissement  de  Ses 
créatures  ;  le  culte  est  donc  action  de  grâces,  la  rend  qui 
veut,  ne  la  rend  pas  qui  veut  ;  à  nous  de  choisir  ».  Mais  l'in- 
tention maîtresse  des  mystiques  est  bien  différente  de  celle 
des  Qarmates,  ainsi  qu'il  a  été  dit  plus  haut  (3).  Aussi  la 
critique  formaliste  d'Ibn  Bâboûyeh,  d'Ibn  Hazm  (4)  et  d'Ibn 
al  Jawzî  (5),  accusant  les  mystiques  de  prêcher  la  suppression 
des  cinq  devoirs  d'obligation,  est-elle  tendancieuse;  c'était 
un  appel  au  bras  sécuHer,  puisque  les  écoles  juridiques 
orthodoxes  avaient  préconisé  des  sanctions  contre  l'omis- 
sion de  ces  devoirs  sociaux  (6).  Personnellement,  al  Hallâj 

(1)  HalIâj,  in  Qor.  XXXVI,  61  ;  Wâsitt/inBaqlî,  lafsir,  t.  II,  p.  173. 

(2)  Malatî,  35. 

(3)  Ici  p.  733. 

(4)  160-a,  24i-a. 

(5)  Ici  p.  283-284. 

(6)  Spécialement  Hanbalites  [farq,  133)  et  Zâhirites  (Hazm  III,  229, 
236,  247). 


784  CHAPITRE    XIII 

s'était  montré  exceptionnellement  strict  (1)  dans  Taccom- 
plissement  de  ses  devoirs  d'obligation.  Ce  qui  est  à  retenir, 
et  ce  que  ses  adversaires  ont  exploité  contre  lui,  c'est  que 
son  enseignement  présentait  les  rites  canoniques  du  culte 
islamique  comme  les  signes  externes  d'une  règle  de  vie  com- 
mune, marques  temporaires  d'une  discipline  légale;  à  pra- 
tiquer comme  de  simples  procédés  collectifs  d'ascèse,  n'ayant 
par  eux-mêmes  aucun  caractère  sacramentel,  ne  conférant 
pas  la  grâce,  ipso  facto  ;  et  destinés  à  s'interrompre  (2),  lors 
de  la  consommation  de  l'union  mystique,  et  au  Paradis. 

1.  Critique  hallagienne  de  la  shahâdah. 

L'attitude  d'al  Hallâj ,  déjà  examinée  pour  le  pèlerinage  (3) , 
le  jeûne  (4),  l'aumône  (5)  et  la  prière  (6),  est  à  exposer  en 
détail  relativement  à  un  des  traits  fondamentaux  du  culte 
hldimique,  \di  shahâdah  (1). 

La  remarque  a  été  faite,  plus  haut,  que  la  shahâdah  :  «  [Il 
n'y  a]  pas  de  divinité,  —  EXCEPTÉ  DiEU  (8)  »,  était  à  caracté- 
riser, non  pas  comme  un  jugement  complet  et  homogène, 
mais  comme  une  «  exception»,  istithnâ;  c'est-à-dire  une 
parabole  condensée  ;  —  et  que,  comme  telle,  cette  phrase 
hétérogène  pouvait  avoir  une  utilité  et  un  sens  ;  sans  jouir, 
àpriori^  ni  d'une  force  probante  (logique),  ni  d'une  efficacité 
sacramentelle  (réelle)  intrinsèques. 


(l)Icip.  70,  235,  372,  697,  724. 

(2)  Ou  à  se  transformer.  Wâsitî,  lui,  exagère,  et  dévie  vers  le  qarma- 
tisme  :  al tâ'ât  fawdhish  ;  al  wasa'it  HlalaL  ç?o'/'(Baqlî,  1. 1,  H4  ;  II,  127). 

(3)  Ici  p.  275,  278  ;  qui  devient  vœu  d'immolation. 

(4)  Ici  p.  248,  273,  781  ;  qui  devient  vœu  d'abstinence. 

(5)  Ici  p.  283-284  ;  qui  devient  vœu  de  pauvreté  (faqr). 

(6)  Ici  p.  724-725  ;  qui  devient  vœu  d'obéissance  (khidmah). 

(7)  Ici  p.  256-257  ;  qui  devient  action  de  grâces. 

(8)  Syn.  kalimat  al  iarohtd.  On  appelle  le  premier  membre  «  néga- 
tion »,{nafy)  et  le  second  «  affirmation  »  {ithbdt).  Ici  p.  257,  584. 


LES    CONSÉQUENCES    JURIDIQUES  786 

Divers  khàrijites,  disciples  d'Aboû  Bayhas  (1),  avaient 
constaté  qu'il  ne  suffit  pas  de  réciter  celte  formule  avec 
attention  et  sérieux  pour  être  un  véritable  croyant.  Après 
l'exclusive  de  Shâfi'î,  à  l'encontre  de  certains  tradition- 
nistes  (2),  un  pieux  mo'tazilite,  Mordâr,  déclarait  irrece- 
vable et  vaine  la  shahâdaJt  de  certains  hérétiques  (3).  Et 
Ghazâlî  a  recueilli  un  hadith  où  Jésus,  sommé  par  Satan  de 
réciter  \dishahâdah,  répond  «  Cette  phrase  est  vraie,  mais 
je  ne  la  répéterai  pas  à  ta  suite,  —  car  elle  me  propose, 
sous  une  œuvre  pie,  des  équivoques  (de  ta  part)  (4)  ». 

Les  premiers  grammairiens  de  l'Islam  avaient,  par  posi- 
tivisme fidéiste,  soutenu  que  la  phrase  était  homogène  (5), 
et  prétendu  que  :  ce  que  vise  la  négation  du  premier  mem- 
bre, c'est  l'existence  réelle  (ivowûd)  de  la  divinité,  non  pas 
l'idée  pure  (=  essence,  màhiyali)  de  la  divinité  en  soi  (6)  ; 
ce  qui  donnait  à  la  shahâdah  une  efficacité  rituelle  immédiate  : 
consacrée  par  divers  hadith  cités  dans  Moslim. 

Lorsque  les  mo'tazilites  [osoûliyoûn)  eurent  pris  conscience 
du  travail  d'élaboration  au.  concept  dans  la  pensée  (7),  cer- 
tains reconnurent  que  la  négation  du  premier  membre  ne 
pouvait  viser,  ni  l'existence  réelle  ad  extra,  ni  l'essence  vir- 

(1)  Shahrast.I,  171. 

(2)  Ici  p.  733  ;  cfr.  Ibn  'Asâkir,  sahah  al  zahâdah  fil  shahâdah,  ap, 
Shiblî,  akâm,  21. 

(3)  Shahrast.  I,  88. 

(4)  Asin,  Logia,  n°  17. 

(5)  Avec  une  ellipse;  ils  construisent  :  là  ilaha  fî'l  ivojoûd,  ghayr 
Allah;  «il  n'existe  réellement  pas  de  divinité,  autre  ({ne  Dieu  )),(Râzî, 
§  I,  II,  III).  C'est  déduire  l'existence  de  Dieu  de  la  non-existence  des 
idoles  {moghûxjarah).  En  grec  :  oOx  ïariv  Bd;,  ai  fiyj  o  ôfog  (fiôvoç).  En  turc: 
yogdur  tabâjak,  tchëlëpder  anjeq  ». 

(6)  Une  hypothèse  virtuelle  n'est  pas  à  priori  niable  ;  on  ne  peut  nier 
qu'une  thèse  actuelle. 

(7)  Ici  p.  538.  Je  cite  les  X  paragraphes  deFakhr  Ràzi  ( A srâr  al  tan- 
zil)  et  l'étude  de  Jâmî  d'après  Râghib  pâshâ  (safînah,  7-13,  653-656), 


786  CHAPITRE  Xllt 

tuelle  in  se  de  la  divinité,  hors  de  nous  ;  mais  sa  représenta- 
tion (wae^'soi^/ly^/i)  (1),  sa  concevabilité  dans  notre  esprit; 
que  c'était  là  une  acception  particulière  (2),  un  hâl  de  Fidée 
pure,  un  jugement,  hic  et  mmc. 

Désireux  de  concilier  ce  résultat  avec  la  tendance  popu- 
laire, Zamakhsharî  (3)  soutint  :  que  la  phrase  était  une 
proposition  homogène  (4),  dont  les  deux  membres  présen- 
taient «  la  divinité  )^  sous  un  seul  et  même  aspect,  la  virtua- 
lité (imkân)  ;  l'affirmation  du  second  membre  ne  constatait 
pas  que  Dieu  existât  réellement,  mais  prouvait  que  notre 
esprit  se  Le  représentait  comme  existant  (5). 

Il  aurait  pu  en  conclure  (6)  que,  si  les  œuvres  d'une  foi 
pratique  sont  requises  pour  le  Paradis,  et  que  la  connais- 
sance théorique  des  attributs  divins  ne  suffise  pas,  —  à  for- 
tiori la  shahâdah^  formule  qui  ne  définit  le  Dieu  existant 
qu'en  Lui  déniant  tout  parèdre  virtuel,  ne  saurait  sauver 
ipso  facto  le  croyant  qui  la  récite. 

Les  théologiens  raisonnables  finirent  par  avouer,  avec 
'A(j[od  Ijî  [-\-  756/1355)  (7),  que  «  la  shahâdah  n'est  pas  une 
proposition  grammaticalement  concluante  ».  De  fait,  elle 
est  hétérogène,  sautant,  dans  une  parabole  condensée, 
comme  toute  istithnâ  (8),  de  la  divinité  virtuelle  (de  dieux 

(1)  Réponse  de  Fakhr  Râzî  aux  premiers  grammairieQs  (/.  c,  §  I). 

(2)  Gfr.  ici,  p.  584  ;  le  hokm  s'envisage  avant  le  mahkoûm  bihi. 

(3)  Jâmî,  ap.  Râghib,  l,  c,  p.  654. 

(4)  Et  complète  :  où  le  premier  membre  (ilaha)  était  Khabar  (attri- 
but), et  le  second  (Allaho)  était  mobtadâ  (sujet), 

(5)  La  tendance  mo'tazilite  est  de  n'envisager  les  choses  qu'en  tant 
que  pensables,  dans  le  virtuel,  non  réalisables,  dans  l'actuel  :  selon 
l'intellect  théorique,  non  selon  le  cœur  (ici  p.  708). 

(6)  Râzî  (§  VII)  cite  cette  opinion. 

(7)  Râghib,  /.  c,  p.  656. 

(8)  Contrairement  aux  grammairiens  anciens  ;  ex.  :  lA  nikâh,  illâ  bi 
walî  ;  là  Hzz,  illâ  bVl  mât,  etc.  Cf.  Bergstràsser,  die  negalionen  im 
Aufan,  1911,  p.  56. 


LES    CONSÉQUENCES   JURIDIQUES  787 

hypolliéliques)  à  la  Divinité  actuelle  et  réelle  (de  Dieu)  (1). 
Al  IlallAj  en  convient,  —  et  interdit  à  ses  disciples  de 
perdre  leur  temps  en  récitant  ou  méditant  la  shahcidah  (2), 
car  cela  ne  procure  ni  une  preuve  logique  à  l'intelligence  (3), 
ni  une  grâce  réelle  au  cœur  (4).  Dieu  seul  peut  nous  faire 
articuler,  décomposer  la  sliahâdah  avec  l'intention  de  trans- 
fert qui  la  rend  légitime  (5), en  nous  amenant  à  prendre  cons- 
cience du  mystère  de  Son  Unité,  dans  l'opération  même  de 
Son  acte,  lin  nous  faisant  d'abord  nier,  en  notre  cœur,  notre 
moi, pour  s'y  affirmer  ensuite, Lui-môme,  par  Sa  présence  (6). 
L'extase  nousmoutre,  d'ailleurs,  que  Idishahâdah  n'est  qu'un 
voile  préalable  (7)  ;  c'est  une  sorte  d'interdit  séculier  qui, 
((  occupant  la  foule,  la  prive  de  se  joindre  avec  ceux  qui  sont 
unis  à  Dieu  »,  conformément  à  la  Loi  (interdictive)  portée 
par  la  révélation  coranique  ;  il  tombe,  avec  la  Loi,  quand 
vient  la  Grâce  qui  consomme  l'union.  Al  Hallâj  condamne 
l'illusion  criminelle  de  certains  (8)  qui  s'imaginent,  en  réci- 

(t)  «  lâ  ilaha  momkin,  illà  Allah  maivjoûd  »  (type  écarté  par  Jâraî, 
/.  c,  p.  653).  Cf.  l'argument  d'Ibn  al  Layth  contre  la  sorayjiyah  (ici 
p  586)  ;  le  catégorique  {monjiz)  prime  le  conditionnel  (mo'c^^aç).  Contre 
p.  716,  n.  4. 

(2)  Ici  p.  256-257,  643,  660. 

(3)  Gfr.  la  quasi-preuve  cartésienne  de  l'existence  de  Dieu. —  Contrai- 
rement à  Bokhàrî  et  Moslim  ;  et  surtout  aux  hanbalites,  pour  qui  toute 
récitation  de  la  shahâdah  est  incréée,  puisque  verset  coranique. 

(4)  Contrairement  à  Ja'far  et  aux  Sâlimiyah  (ici  p.  256,  512,  514). 
^5)  Thèse  d"Abd  al  wâhid  ibn  Zayd  (Ibn  'Arabî,  mosâmardt,  II,  354), 

négligée  par  Dârànî  (Baqlî,  t.  1,  74),  insinuée  par  Misrî  (ajouter  à  4//a/i, 
dans  la  shahâdah  ordinaire,  al  haqq  al  mohln  :  selon  Dhahabî,  i'tidâl), 
soutenue  formellement  par  Bistàmî,  Noùrî  et  Ibn  'Atâ  (Baqlî,  t.  I,  73, 
52  et  73  comp.  à  52). 

(6)  «  Nie-toi  toi-même,  et  affirme  l'existence  de  Dieu,  voilà  le  sens  de 
la  shahâdah  I  »  dit,  un  p  eu  trop  brièvement,  Ibn  abî'l  Khayr  (54°  qua- 
train de  l'éd.  Ethé). 

(7)  Akhb.  38,  42,  44,  48  ;  et  ici  p.  524  ;  cfr.  Taw.  XI,  18. 

^8^  Les  Sâlimiyah  ;  thèse  pour  laquelle  Ibn  'Arabî  trouvera  des  cir- 


788  CHAPITRE    XIII 

tant  la  shahâdah,  témoigner  réellement  que  Dieu  est  unique  ; 
c'est  oser  «  s'associer  à  Dieu  »  [moshrik).  Car  s'imaginer 
que  l'on  «  unifie  »  Dieu,  c'est  affirmer  son  propre  moi  (1)  ; 
et,  affirmer  son  propre  moi,  c'est  devenir  implicitement  un 
associateur.La  vérité  est  que  Dieu  Se  proclame  Un  Lui-même, 
par  la  langue  de  celles  de  Ses  créatures  qu'il  choisit.  Dieu 
seul  peut  se  faire  unique. 

Telle  est  la  critique  puissante  que  Harawî  (2)  a  rappelée 
dans  son  tercet  (3)  : 

Personne  ne  témoigne  réellement  de  Dieu  qu'il  est  «  unique  », 
Puisque  quiconque  s'imagine  le  faire  Le  renie. 
La  profession  de  foi  monothéiste  de  celui  qui  énonce  pareille  épi- 

[thète  (4) 
N'est  qu'une  phrase  raine,  nuUifiée  par  l'Unique. 
Dieu  seul  fait  l'Unique  !  C'est  Lui-même  qui  unifie  Son  Unité  ! 
Et  l'homme  qui  s'y  essaie  mérite  l'épithète  d'athée.  » 

constances  atténuantes  :  bien  «  que  Dieu  dure,  avant  qu'aucune  shahâ- 
dah  créée  l'atteste,  en  Sa  divinité,  et  que  cette  durée  L'affirme  suffi- 
samment ;  et  que  le  témoignage  des  créatures  L'atteste  de  façon  bien 
imparfaite,  puisqu'elles  peuvent  aussi  Le  nier  ;  il  est  bon  de  dire  cette 
formule,  simplement,  par  manière  de  récitation,  pour  obtenir  de  Dieu 
la  récompense  promise  »  (Sha'râwî,  yawâqît,  12). 

(1)  Textes  cités,  swprà.  Cf.  Tostarî  et  Nasr  Kharrât(Qosh.lV,183-184). 

(2)  manâzil  al  sairîn,  in  fine. 

(3)  Qu'Ibn  Khaldoùn  n'ose  pas  juger  (trad.  Slane,  III,  106).  Wâsitî 
schématise  ainsi  la  question  :  «  Celui  qui  adore  Dieu  pour  soi-même 
s'adore  soi-même;  celui  qui  L'adore  pour  acquérir  cette  récompense  qui 
est  son  terme  {ajal)  n'a  pas  compris  Qui  est  son  Seigneur  ;  mais  celui 
qui  L'adore  en  sachant  que  l'adoration  (vraie)  est  une  substance  imma- 
térielle, qu'épure  l'omnipotence  divine,  trouve  juste  »  (Baqlî,  t.  II,  173  ; 
in  Qor.  XXXVII,  H).  —  «  Enoncer  la  shahâdah  par  routine  est  le  fait 
d'un  idiot  ;  l'énoncer  avec  complaisance  c'est  s'écarter  loin  de  Dieu  ; 
l'énoncer  par  conviction  de  sa  propre  pureté  d'intellect  est  le  fait  d'un 
associateur,  car  c'est  se  fonder  sur  soi-même  pour  une  évidence  (qui 
nous  dépasse)  ;  l'énoncer  réellement  c'est  avoir  renoncé  (par  vœu)  à 
tout  moyen  de  L'attester  (par  nos  propres  forces)  »  (id.,  t.  II,  25H  ;  in 
XLVII,  21). 

"(4)  <  Dieu  unique  ». 


LES    CONSÉQUENCES    JURIDIQUES  789 

La  solution  d'al  Hallàj,  la  seule  correcte,  ne  put  prévaloir 
à  rencontre  d'un  laxisme  trop  humain,  d'un  latitudinarisme 
(ir/'a)  croissant,  qui  endormit  graduellement  l'Islam;  dans 
la  rassurante  illusion  que  la  miséricorde  divine  n'en  demande 
pas  tant  pour  se  donner  aux  hommes,  qu'elle  s'est  mise  à 
leur  portée,  à  leur  merci,  dans  une  simple  formule. 

L'orientation  de  cette  évolution  parallèle  à  celle  du  mys- 
ticisme post-hallagien  vers  le  monisme  provient  d'un  désir 
de  découvrir  à  tout  prix  un  «  moyen  court»  pour  trouver 
Dieu,  et  de  Le  trouver  dans  la  shahâdah;  en  essayant  d'en 
justifier  la  construction  grammaticale.  Abandonnant  le 
conceptualisme,  et  revenant,  sous  des  influences  gnostiques 
hellénistiques  (1),  au  positivisme  réaliste  des  premiers 
grammairiens,  les  théologiens  mystiques  de  l'école  d'Ibn 
'Arabî  en  acceptèrent  avec  rigueur  les  dernières  consé- 
quences logiques.  Pour  eux,  comme  l'a  montré  Jâmî,  la 
shahâdah  esi  une  Y>rop'os'û\on  régulière  et  homogène  (2),  au 
sujet  unique  (3)  ;  négative  universelle  liée  à  une  particulière 
affirmative,  £'/,  «  il  n'y  a  pas  de  dieux,  en  exceptant  d'eux 
Dieu  »,  celle  proposition  complète  devient  licitement,  sui- 
vant les  règles  de  la  logique,  par  conversion  simple  [dalîl  al 
Khilâf)^  ceci,  AO  :  «  il  y  a  des  dieux,  sans  excepter  d'eux 
Dieu  »  (4).  Pour  ces  Ittihâdiyoûn^  le  seul  tort  des  idolâtres 

(1)  Hermétistes. 

(2)  Où  le  premier  membre  (ilaha)  est  sujet  {mobtadâ),  et  le  second 
(Allaha)  est  attribut  (khaùar). 

(3)  ivahdat  al  luojoûd,  «  monisme  de  l'être  »  ;  de  l'être  virtuel  des 
possibles  {thoboût)  à  l'être  de  l'acception  conceptuelle  {wojoûd  motlaq) 
et  à  l'être  des  réalités  individuelles  {ivojoûdmo'în),  il  n'y  a  qu'une  gra- 
dation de  plus  en  plus  insensible,  d'Ibn  'Arabî  à  Sadr  Roùmî  et  à 
Balabânî  ;  la  tendance  monisteest  de  n'envisager  les  choses  qu'en  tant 
que  réalisables,  dans  l'actuel  :  selon  le  cœur  (AIoûsî,  jalâ,  57  sq.). 

(4)  Conversion  que  Râzî,  par  avance,  avait  notée  d'impiété  (/.  c, 
p.  9,  1.  5).  Cfr.  Eckhart,  ap.  Denzinger,  555. 


790  CHAPITRE   XIII 

est  d'avoir  sélectionné,  parmi  les  choses,  qui  sont,  toutes, 
les  «  lieux  de  l'apparition  divine  »  [mazâhh'),  certaines,  pour 
en  faire  leurs  idoles,  à  l'exclusion  des  autres  ;  toute  forme 
est  adorable,  car  chacune  manifeste  un  dessein  de  l'Uni- 
que (1).  Ibn  Kamâlpâshâ,  Kawrânî  et  Nâbolosî  ont  même 
écrit  qu'il  faudrait  faire  confesser  au  commun  des  croyants 
que  ce  monisme  était  le  seul  sens  recevable  de  la  shahâdah 
canonique  (2). 

Al  Hallâj,  au  contraire,  s'écriait  en  ses  oraisons  :  «  0  mon 
Dieu!  je  Te  sais  transcendant  (^a/?:;?/^)  tout  ce  qu'ont  dit 
de  Toi  Tes  amis  et  Tes  ennemis,  tous  ensemble  (3)  !  Souve- 
rain glorieux,  je  Te  sais  et  Te  dis  transcendant  tous  les  tasbîh 
de  ceux  qui  T'ont  dit  «  Gloire  à  Toi  !  »,  transcendant  tous 
les  tahUl  de  ceux  qui  ont  dit  «  Pas  de  divinité,  excepté 
Dieu  !  »,  transcendant  tous  les  concepts  de  ceux  qui  T'ont 
conçu  !  0  mon  Dieu  !  Tu  sais  mon  impuissance  à  T'offrir 
l'action  de  grâces  qui  Te  conviendrait  (4).  Viens  donc  en 
moi  Te  remercier,  Toi-même  !  Voilà  l'action  de  grâces  véri- 
table !  il  n'y  en  a  pas  d'autre  »  (5). 

(1)  Ici  p.  514. 

(2)  Aloûsî,  jcdâ,  48.  Cfr.  au  xvi"  siècle,  la  polémique  engagée  par  le 
mystique  moniste  Kharroûbî  (+•  963/4556  ;  élève  de  Zarroùq  et  com- 
mentateur de  Solamî),  auteur  de  la  risâlah  dkiliflâs  ilà  Khaivâss  madî- 
nat  Fâs  :  coatre  Yastitni,  qui  reprit  la  thèse  des  premiers  grammai- 
riens (ici  p,  785),  et  Habtî,  auteur  du  Ritâb  al  ishâdak  bi  ma'rifah 
madtoûl  kalimat  al  shahâdah  (Ibn  'Askar,  Dawhat,  trad.  Graulle, 
ap.  Arch.  Maroc,  XIX,  25,  31  ;  Bencheneb,  ap.  Actes  XI V'  Congr. 
Orient.,  Alger,  1905,  n''^21,  23,  314  ;  Salâwî,  istiqsâ,  III,  12-13). 

(3)  Ici  p.  740,  n.  3. 

(4)  Aucun  homme  n'a  prié  réellement  (Sol.  79). 

(5)  Déjà  cité,  p.  116.  Cf.  Mohâsibî,  mahabbah  ;  Tirmidhî,  ap.  Jâmî, 
132. 


LES    CONSEQUENCES    JURIDIQUES  79 1 

II 

Les  critiques  portées  contî'e  cette  doctrine. 

a)  Les  notes  d'hérésie  relevées  contre  al  Hallâj. 
1.  Par  les  théologiens  dogmatiques  [moHazilites). 

Le  texte,  traduit  plus  haut,  de  Balkhî  (1),  comparé  aux 
allusions  contenues  dans  les  Ghalatât  de  Solamî,  nous  per- 
met de  les  énumérer  dans  l'ordre  où  Amîr  Hosayn  Maybo- 
dhî  (2)  les  a  résumées: 

u  1"  Dire  que  l'on  a  perdu  la  nature  humaine  (nâsoûtiyah) 
et  atteint  la  divine  [lâhoûtiyah)  »  =  que,  parvenu  à  la  sain- 
teté, le  mystique  devient  «  celui  à  qui  tout  obéit  »  (motcC)  (3), 
«celui  qui  dit  à  la  chose  :  Soit!,  et  elle  devient  »  (4).  Doctrine 
de  «  l'extinction  >%  delà  «  nature  charnelle  »  [fana  al  bas  h  a- 
riyah)^  ou  des  «  attributs  humains  »,  (awsâf). 

«  2"  Dire  que  nous  voyons  Dieu  en  ce  monde,  de  nos  pro- 
pres yeux  ;  et  qu'il  nous  parle  »  =  doctrine  de  la  ro'yah 
(vision),  mohâdathah  (conversation)  ;  au  moyen  de  F  «  infu- 
sion »  [holoûl]  de  clartés  [anwâr],  attestations  [shawâhid]  et 
inspirations  [arwâh)  (5). 

«  3°  Dire  que  l'esprit  (rowA)  provient  delà  Lumière  divine, 
et  que,  si  cette  lumière  rejoint  la  Lumière,  elles  ne  font  plus 
qu'Un  ».  Déformation  des  thèses  sur  1'  «  Esprit  incréé  », 
la  conformation  [Ittisâf),  et  l'union  essentielle  (6). 

(l)Ici  p.  515. 

{<^)fawâtih,  ms.  As'ad,  16H,  f.  74\ 

(3)  Ici  p.  472.  Miskawayh,  fqwz  asghar,  106-107  (=  'agi)  ;  Ghazâlî, 
mishkât,  5o  ;  Ibn  al  ^ayîm,  madârij,  II,  170  (=  nabî). 

(4)  Clausule  conservée  par  al  'Aynî  Çiqd).  Cfr.  ici,  p.  521. 

(5)  Ici  p.  497. 

(6)  Ici  p.  663. 


792  CHAPITRE    XIII 

Ajoutons  les  accusations,  étudiées  plus  haut,  de  charlata- 
nisme et  d'orgueil  (  1  ) . 

2.  Par  les  Imâmites. 

Leurs  accusations,  développées  par  Ibn  Bâboûyeh  et 
Mofîd(2),  sont  présentées  ici  en  concordance  avec  la  liste 
établie  par  Ibn  al  Dâ'î  (3)  : 

\.°  L'apostolat  doctrinal  {da'wah)  en  public,  usurpation  cri- 
minelle d'un  rôle  réservé  au  seul  imam  'alide. 

2°  L'emploi  d'une  magie  diabolique  (4),  que  lui  avait 
enseignée  'Abdallah  ibn  Hilâl  Koûfî  (5),  formé  par  Aboû 
Khâlid  Kâbilî  (6),  disciple  de  Zorqâ,  élève  elle-même  de  la 
fausse  prophétesse  Sajâh  (7). 

3°  Diverses  propositions  erronées,  dont  les  deux  premières 
sont  extraites  du  Bostân  almdrïfah  : 

—  que  l'homme  ne  peut  se  contenter  de  la  connaissance 
indirecte  de  Dieu,  à  travers  ses  œuvres  (§  8)  ;  —  que  la  par- 
faite connaissance  de  Dieu,  en  nous,  est  une  substance 
divine  (§  15)  (8). 

4*  que  les  prophètes  ne  sont  pas  transformés  par  la  grâce 
comme  les  saints  (=  précellence  des  saints  sur  les  prophètes  ; 
selon  Ibn  Bâboûyeh)  (9). 

(1)  Ici  p.  156. 

(2)  ^60,  179. 

(3)  tabsirat  al  'awdmm,  400-402. 

(4)  Ibn  Bâboûyeh  ajoute:  l'alchimie. 

(5)  Voir  fihrist,  310  ;  Ibn  Moadhir  Harawî,  'aja'ib,  ap.  Shiblî,  akâm, 
101-102  ;  et  AghânK  s.  v.  «  sâhib  Iblîs  »  ;  cfr.  ZDMG,  XX,  487. 

■  (6)  Kaysânite  rallié  à  Zayn  al  'Abidîn  (Shoùshtarî,  mnjâlis...  ms. 
Paris,  supp.  Pers.  190,  f.  102'')  ;  soa  fils  Kankar  est  devenu  le  3^  Bâb 
des  Noseïris  {Bâkoûrali,  13). 

(7)  Cfr.  les  Sâdiqiyah,  satanistes  hindous  du  XVI«  siècle,  invocateurs 
de  Mosaylimah  (Fânî,  Dâhislàn,  III,  p.  8;  comp.  fîhrist,  311). 

(8)  ma'rifah  astnâ  Allah  al  'ozmà,  tajalli  bi'l  'ibâdah  (Iba  Bâboûyeh). 

(9)  Ici  p.  752. 


LES    CONSÉQUENCES    JURIDIQUES  798 

5"  que  la  nature  humaine  du  saint  perd  toute  individua- 
tion  (l)  (—  Dieu  s'imprime  en  elle  ;  selon  Ibn  Bâboûyeh). 

6°  que  toutes  les  paroles  du  saint  sont  de  Dieu:  il  n'est 
plus  qu'une  main  interposée. 

7°  que  Dieu  Se  décrit  à  Lui-même  ab  aeterno,  —  ce  qui 
insinue  la  thèse  du  monde  coéternel  à  Dieu  (2). 

8"  que  Dieu  descend  réellement  parler,  sur  terre,  avec 
Ses  saints,  chaque  nuit  (3). 

3.  Par  les  mystiques  Sunnites  postérieurs. 
L'école  à'Ibn  'Arabl  fait  à  Hallâj  les  critiques  suivantes  : 

(a)  Il  n'aurait  pas  dû  enseigner  publiquement  la  «  pri- 
mauté des  saints  sur  les  prophètes  »  ;  Ghazâlî  l'a  niée,  et 
Ibn  'Arabî  a  biaisé  (4). 

(b)  Il  a  amoindri  la  dignité  éminente  du  Prophète  Moham- 
mad  (5). 

(c)  Dans  ses  descriptions  de  l'union  mystique  essentielle, — 
il  a  affirmé  à  tort  qu'une  distinction  subsisterait  toujours  (6) 
entre  l'âme  sainte  et  Dieu  (7)  (cfr.  sa  critique  de  Y  Anal 
Haqq^  de  VAna^  manahwâ,  et  les  retouches  de  son  école  aux 
vers  «  A  anta  ^>...  et  «  Johoûdi...  »)  (8). 

En  cela,  Ibn  'Arabî  nous  fait  seulement  constater  qu'Hal- 
lâj  n'a  pas  été  moniste  comme  lui. 

Sha^râwî  a  bien  marqué  la  différence  entre  Hallâj,  Kîlânî 
et  Ibn  'Arabî,  en  comparant  leurs  définitions  de  1'  <^  entre- 

(l)Ici  p.  523. 

(2)  Ici  p.  644. 

(3)  hadîth  dont  les  tenants  ont  été  excommuniés  par  l'imâm  'Alî 
Rida  (Tabarsî,  ihtij'd/,  208).  Riw.  XXII. 

(4)  Ici  p.  "o3.  Ghazâlî,  ladonniyah,  p.  29.  Shâ'râwî,  yawâqit,  237. 
(o)  Ici  p.  383,  424. 

(6)  Ici  p.  525. 

(7)  Sans  krypsis  ni  kenosis,  dirait-on  en  langage  chrétien. 

(8)  Taw.  p.  140,  183-184  ;  Jàmî,  nafahât,  568  ;  ms.  As'ad,  3559  ; 
ms.  Wien  III,  508,  n°  4,  f.  IP,  13». 


794  CHAPITRE    XIII 

tien  mystique  »  de  l'âme  avec  Dieu  :  «  Ibn  'Arabî  dit  :  «  Mon 
cœur  m'a  entretenu  [haddatham)  de  mon  Seigneur  ».  —  Kî- 
lânî  :  «  Mon  Seigneur  m'a  entretenu  de  mon  Seigneur  ».  — 
Et  Hallaj  :  «  Mon  Seigneur  m'a  entretenu  de  moi-même  (1)  », 
ce  qui  est  le  degré  suprême  »  (2). 

Ibn  Kamalpâshâ  a  souligné  également  la  différence  en  ses 
«  firaq  dâllah  :  »  [les  deux  dernières  sectes  sont...]  les  Ho- 
loûliyah  et  les  Ittihâdiyah  dont  les  thèses  s'opposent,  mais 
dont  l'exposé  est  malaisé  à  élucider.  Les  Roloûliyah  préten- 
dent que  l'Esprit  Saint  «  informe  »  [holoûl)  leurs  cœurs  lors- 
qu'ils arrivent  à  l'apogée  de  la  connaissance  divine  Çirfân) 
et  de  la  purification  mentale  {tajarrod)  ;  et  l'on  attribue  cette 
thèse  à  al  Hosayn-ibn-Mansoùr  al  HalIâj.  —  Et  l'on  dit  que 
les  Itllhâdiyah  prétendent  que  la  conscience  intime  du  fidèle 
s'identifie  à  son  Dieu,  quand  elle  arrive  à  l'apogée  du  culte 
qu'elle  Lui  rend...  » 

b)  Les  critiques  générales  touchant  sa  règle  de  vie. 
1.  Le  pur  abandon  et  Vacte  unique  (3). 

Rechercher  un  état  de  passivité  intégrale,  se  mettre  en 
état  de  pure  réceptivité  pour  s'abandonner  aveuglément  à 
la  grâce,  c'est,  au  point  de  vue  individuel,  s'enraciner  dans 
une  indécision  absurde  ;  et  au  point  de  vue  social,  donner 

(1)  Cfr.  ici  p.  519  le  vers  2  :  «  Comment  T'aurais-je  invoqué  »  c'est 
Toi  (Qor.  I,  4),  si  Tu  ne  m'avais  dit  «  c'est  Moi  »?  —  Et  p.  327,  525, 
700,  n.  3. 

(2)  Sh a' râwî,  jawd/iir  wa  dorar  (wosta),  ms.  Walî  al  Dîn,  majm. 
1684,  f.  357''.  Noter  qu'Ibn  'Arabî,  contrairement  à  IbnJMo'âdh,  Ibn 
Sînâ  et  Ghazâlî,  déclare  que  le  mot  «  man  'arafa  nafsaho...  »  (Cfr.  ici, 
p,  513,  n.  4)  n'est  vrai  qu'après  sensation  et  connaissance  permanente 
du  monde  extérieur  {fosoûs,  106,  264  ;  cfr.  au  contr.  Hallâj,  Taw.  XI, 

4,  8,  18). 

(3)  Cfr.  Hugel,  The  mxjstical  élément  of  religion,  1908,  II,  141-146, 
16S.  Contra,  ici  p.  620,  626,  676. 


LES   CONSÉQUENCES   JURIDIQUES  796 

l'exemple  de  l'oisiveté.  Shâfi'î  disait  déjà,  au  temps  d'Aboû'l 
'Alàhiyah  :  «  Le  soufisme  a  pour  fondement  la  paresse  (1)  ». 
C'est  l'objection  de  Ghazâlî  à  ses  débuts  (2).  Ibn  al  Jawzî,  la 
reprenant,  après  Aboû  Yoûsof  al  Qazwîtiî,  accuse  al  Hallâj 
d'avoir  enseigné  qu'un  acte  unique  de  renoncement  libérait 
définitivement  de  toute  obligation  religieuse  et  sociale  (3). 

2,  L'individualisme  anarchique. 

Subordonner  graduellement  l'ordonnance  extérieure  et 
sociale  du  culte  aux  critères  internes  d'une  dévotion  indi- 
viduelle, procédant  par  intuitions  irréguiières  et  incontrô- 
lables, même  au  rejet  explicite  de  toutes  les  lois  naturelles 
et  révélées,  à  la  désobéissance  invétérée,  à  la  négation 
totale  de  toute  règle  (4).  C'est  l'objection  d'Ibn  Bâboûyeh, 
Ibn  Hazm  et  Ibn  al  Jawzî  (5).  Elle  est  fréquemment  reprise 
contre  les  soûfîs  sur  deux  points  spéciaux  qu'il  convient 

d'élucider  à  part. 

3.  L'équilibre  mental. 

L'objection  concernant  l'équilibre  mental  vise  les  séances 
de  «  concert  spirituel  »,  samâ\  oratorios,  où  la  récitation, 

(1)  Ibn  al  Jawzî,  nâmoûs,  XI. 

(2)  Ici  p.  370. 

(3)  Ici  p.  283.  En  réalité  Hallâj  (in  Qor.  XII,  67)  suit  la  doctrine  de 
Hasan  «  cessation  de  la  considération  de  l'acte  (comme  fin,  en  soi), 
non  pas  cessation  de  l'acte  »  (ap.  diuoân  en  turc,  ms.  Zuh.,  tas.  161)  : 
«  Renoncer  à  choisir,  mais  utiliser  le  moyen  terme  (olFert  par  Dieu)  ». 

(4)  C'est  l'accusation  de  Kholdî  contre  Hallâj  (ici  p.  403),  citée  par 
Qoshayrî  (ici  p.  57  ;  cfr.  448)  :  la  cause  de  sa  rupture  d'avec  Tostarî 
n'est  pas  connue  ;  il  ne  rompit  pas  entièrement  avec  Jonayd  (son 
taivaqqof  ;  c?r.  ici,  p.  4(Ji),  mais  seulement  avec  'Amr  Makkî  (ici, 
p.  57).  Wâsitî  est  plus  critiquable  (ici  p.  784). 

(5)  Telle  est  efTectivement  la  signification  moniste  donnée  à  une  sen- 
tence d'al  Hallâj  (ici  p.  570,  1.  15.17)  par  Sa'îd  Kâzaroùnî  dans  son  com- 
mentaire d'une  fausse  lettre  d'Ibn  abî'l  Khayr  à  Ibn  Sînâ.  Mais  en  réalité 
Hallâj  disait  «  Quand  le  cœur  contemple  Dieu,  Dieu  préserve  les  mem- 
bres de  tout  péché  »  (Kirmânî,  n.  7). 


796  CHAPITRE    XIII 

soit  de  textes  coraniques,  soit  de  poèmes  profanes,  provoque 
chez  les  assistants  un  état  d'excitation  anormal,  d'exiase 
plus  ou  moins  suspecte.  Al  Hallâj  a  nettement  précisé  le 
cas  (1)  ;  «  Le  samâ'  ;  du  dehors,  c'est  une  commotion,  —  et 
du  dedans,  c'est  un  avertissement  Çibrah)  (t).  Celui  qui  sait 
saisir  l'allusion  (divine,  ishârah)  a  le  droit  de  puiser  dans  le 
sama^  uw  avertissement.  Mais,  à  vouloir  l'imiter  sans  com- 
prendre, on  attire  sur  soi  une  commotion,  on  s'expose  à 
l'épreuve  ;  on  rend  les  rênes  à  une  suggestion  de  délectation  ; 
on  est  comme  celui  qui  se  tue  de  sa  propre  main  ». 

Sur  les  extases  d'al    Hallâj,    nous   avons  peu  de  témoi- 
gnages (3)  :  en  voici  un  (4)  :  «  J'ai  vu  le  cheïkh  Hosayn  al 
Hallâj,  au  moment  où  l'audition  d'un  qârî  l'avait  fait  entrer 
en  extase  :  il  dansait,  ses  pieds  soulevés  du  sol,  et  récitait  : 
«  Quiconque  a  reçu  confidence  d'un  secret,  puis  l'a  publié...  » 

4.  La  chasteté  du  regard. 

Al  Hallâj  s'est  montré  fort  strict  à  cet  égard  (5)  :  nettement 
opposé,  tant  au  laxisme  pénitent  du  soûfî  Abou  Hamzah  (6), 
préconisant  la  délectation  morose,  devant  la  beauté  interdite 
des  clairs  visages  (de  novices),  comme  source  d'atlrition,  — 
qu'au  platonisme  profane  de  l'école  zâhirite  (7)  ;  son  disci- 
ple Wâsitî  disait,  à  l'exemple  de  Fath  Mawsilî,  qu'il  fallait 

(1)  Ibn  Yazdânyâr  ;  texte  repris  par  Shiblî  (Hojwîrî,  Kashf,  trad. 
p.  404).  '  Amr  Makkî  avait  indiqué,  moins  clairement,  que  la  licéité 
dépendait  de  l'antériorité  de  ['ishârah  (Amedroz,  Notes,  562,  n.  1). 

(2)  Ici  p.  489. 

(3)  Ici  p.  127. 

(4)  Extrait  ap.  Ibn  al  Sâ'î. 

(5)  Ici  p.  15  ;  cfr.  Thawrî  :  «  le  simple  regard  est  péché  »  (ap.  Doûrî, 
l.  c,  infrà). 

(6)  Ici  p.  178,  n.  3  ;  d'où  l'hostilité  de  Gholâm  Khalîl  (ici  p.  192), 
qui,  en  ses  sermons,  s'attaquait  de  front  à  la  sodomie. 

(7)  Ici  p.  181.  Cfr.  Modrik  Shaybânî  (Sarrâj,  masdri',  159,  341,400). 


LES    CONSÉQUENCES    JURIDIQUES  797 

fuir  ce  ^enre  d'attirance  impure  :  «  Celui  que  Dieu  veut  avi- 
lir, Il  le  mène  vers  celte  puanteur,  cette  pourriture  »  (1). 

Il  est  malheureusement  avéré  que  les  coutumes  de  la  vie 
sociale,  en  Islam  (2),  —  tant  chez  les  Imâmites,  à  cause 
d'une  exégèse  ésotérique  (3),  que  chez  les  Sunnites,  par 
idéalisme  esthétique  (4),  —  ont  insuffisamment  sauvegardé 

(l)Qosh.  217. 

(2)  Il  faut  noter  ici,  sur  ce  sujet  scabreux,  dont  la  gravité  ne  saurait 
être  celée  au  point  de  vue  social  :  a)  que  le  vice  de  Sodome,  quoi  qu'en 
aient  dit  Burton  et  Nabhânî,  n'est  l'attribut  ni  d'une  zone  cliraatéri- 
que,  ni  d'une  race  ;  Iraniens  et  Grecs,  qui  l'ont  enguirlandé  d'excuses 
philosophiques,  n'en  sont  point  les  inventeurs  ;  il  existe,  à  l'état  brut, 
chez  tous  les  peuples  où  les  maîtres  ont  recouru  à  la  coaction  ou  à  la 
TusQ  {(iablb)  sexuelles  pour  dompter,  comme  des  fauves,  leurs  esclaves  : 
qu'ils  fussent  mâles  ou  femelles,  indifférem-ment  ;  et  ont  été  punis,  en 
retour,  d'un  asservissement  rigoureux  aux  instruments  de  leur  luxure  ; 
b)  ce  vice  est  fort  ancien  en  Arabie  (proverbes  satiriques  sur  diverses 
tribus,  in  Mas'oûdî,  moroûj),  notamment  à  Hîrah,  Ihcât  masculin 
(Labîd  et  Rabi')  elsihâqah  féminine  (Hiud  et  Zorqâ)  ;  de  grands  poètes 
comme  Ibn  Bord,  Aboù  Nowâs  et  Ibn  al  Roûmi  ont  chanté  complai- 
samment  ces  hontes,  sans  même  s'y  plaire  (remarque  de  Mobarrad  sur 
la  psychologie  d'Aboû  Nowâs  ;  l'inimitable  transparence,  toute  voltai- 
rienne,  de  son  style,  se  colore  d'ailleurs,  souvent,  dans  ses  descriptions 
désintéressées  de  l'amour  antiphysique,  d'un  satanisme  plus  que  litté- 
raire) ;  c)  devant  l'extension  de  ce  vice,  au  m*  siècle  de  l'hégire,  des  légis- 
tes, désarmés,  crurent  limiter  le  mal  par  des  concessions  illicites  :  abso- 
lution, sans  sanction  légale,  du  Hwât  des  esclaves  et  des  non-musul- 
mans ['iyâl.  Mâlik,  selon  J070-a,  p.  454  [Qalhâtî,  kashf,  ms.  Londres 
Supp.  202,  p.  164^  seq.,  l'accuse  seulement  de  supprimer  la  kaffârah 
(non  le  qadd)  pour  le  coupable,  si  la  faute  a  eu  lieu  en  ramadan]  ; 
Abîwardî,  in  Sobki,  III,  18),  et  du  tafkhldh  entre  musulmans  (Thomâ- 
mah,  AboûGhaiïâr,  Ibn  Karrâm  :  selon  Ibn  al  Dâ'î,  381  ;  Hazm  IV, 
197)  ;  d)  c'est  l'honneur  des  traditionnistes  sunnites,  surtout  des  mys- 
tiques, d'avoir  attaqué  ce  crime  de  front,  en  s'adressantaux  consciences 
directement  (Ilasan  Basrî  ;  Thawrî  ;  Ibn  Ilanbal  et  Gholâm  Khalîl  ;  selon 
Haytham  Doùrî,  dhamrn  al  liivât,  ms.  Zah.  majm.  9  ;  Ibn  al  Jawzî, 
mawdoû'ât,  s.  v.).  Cfr.  ici,  p.  174,  676. 

(3)  Ici  p.  690,  n.  4,  736,  n.  1. 

(4)  La  théorie  de  l'amour  platonique  (critiquée  dès  sa  naissance  par 


79°  CHAPITRE    XIII 

la  chasteté  du  regard.  Spécialement  dans  les  cercles  initia- 
tiques, noseïris  et  druzes  (1),  —  et  dans  les  cercles  mysti- 
ques de  certains  ordres  sunnites  (2).  Si  les  poèmes  d'al  Hal- 
lâj  sont  purs  de  toute  attache  charnelle  (3),  des  poètes 
mystiques,  qui,  pourtant  se  recommandent  de  lui,  ont 
développé  le  symbolisme  conventionnel  du  tashbîb  (4),  usé 
de  l'évocation  d'une  idole  excitatrice,  pour  laire  penser  à 
l'amour  divin,  célébrant  d'abord  une  présence  charnelle,  la 
beauté  d'un  jeune  visage  admiré  (5)  ;  dans  un  cadre  fort 
inattendu  :  le  Couvent  chrétien,  day7\  symbole  de  la  sainteté 
divine,  de  l'union  à  l'Esprit  divin.  Le  persan  Mahmoud  Sha- 
bistarî  explique  en  détail  ce  qu'est  le  tersâpché  (6)  en  son 
Golshan-i-Bâz^  chapitre  XV.  Et  c'est  exactement  le  symbo- 


Jâhiz,  mokhtârât,  II,  31)  enseignée,  nous  l'avons  vu,  par  l'école  juridi- 
que, zâhirite,  dlbn  Dâwoùd  à  Ibn  Hazm  et  à  Ibn  Tâhir  Maqdisî,  sous 
la  thèse  du  jawâz  al  nazar  ilal  mord  (cf.  ici,  p.  175,  1.  31  seq.),  a  été 
soutenue  par  quelques  autres  théologiens,  surtout  hanafites,  énumérés 
par  Nâbolosî  au  chap.  IV  de  sa  Ghdyat  al  matloûb  (alias  :  Makhvaj  al 
mottaqî),  qui  traite  ex  professa  la  question. 

(1)  Cfr.  suprà,  p.  690.  Accusations  contre  Zakarî  de  Bahreïn,  et 
Shalmaghânî. 

(2)  Accusation  formulée  aux  xiii*-xv^  siècles  contre  les  Rifâ'iyah- 
Haiîriyah,  et  Qalandarîyah-Haydariyah  (Jawbarî  ;  Torkoraânî,  loma\ 
ms.  Caire,  tas.  701  ;  Bistâmî,  faivaih,  XXYIII  ;  cfr.  Léon  l'Africain, 
Bescrittione,  l,  p.  43)  ;  et  au  xix*  siècle  contre  les  'Ammâriyah  du 
Caire. 

(3)  Deux  seuls, /)a/a/,  yâ  habibî...  (trad.  ici,  p.  234)  et  Qdloû'  : 
jafayta,  pourraient  être  suspectés  ;  le  premier,  pour  son  style,  et  le 
second,  à  cause  d'une  anecdote  (ne  visant  pas  Hallâj)  à  laquelle  il  est 
mêlé  (Ibn  'Arabî,  mohâdarât,  II,  338), 

(4)  Cfr.  Quatre  Textes,  p.  27,  n.  6. 

(5)  Cfr.  BMM,  XXXVl,  p.  41. 

(6)  Ou  tersâ-bétché,  le  «  fils  de  chrétien  »  ;  l'idole  offerte  (cfr.  le 
terme  analogue,  en  cours  chez  les  Satanistes  d'Occident  ;  auquel  il  est 
fait  allusion  ap.  Huysmans,  Là-bas,  éd.  1901,  p.  369,  en  bas). 


LE8   CONSEQUENCES   JURIDIQUES  799 

lisme  périlleux  du  shammâs^  cher  à  Aboù'l  Hasan  al  Shosh- 
tarî,  shùdhilite  andalou  : 

«  Eveille-toi  !  Vois,  le  soleil  du  via  s'est  levé  (l),  —  et  sa  lueur  vainc  la 

[clarté  du  jour. 
Ce  jus  de  raisin,  soutiré  et  décanté,  de  toute  éternité,  —  ah  !  passe-le 

[à  la  ronde,  aux  jeunes  et  aux  vieux  I 
Il  n'a  subi  ni  le  pressoir,  ni  le  tonneau,  —  et  le  verre  de  sa  coupe  n'a 

[pas  été  coulé  au  feu. 
Nous  en  avons  bu,  en  un  Couvent,  où  il  n'y  a  —  qu'ai  Hallâj,  qui  n'ait 

[pas  rougi  (d'entrer). 
Primordial  est  le  pacte  qui  nous  élut  pour  cette  ivresse,  —  où  l'homme 

[ne  saurait  déchoir. 
Mais  voici  !  paré  de  perles  en  collier,  un  Diacre  gracieux,  —  traînant 

[sa  robe  avec  grave  décence. 
Sa  vue  les  ravit  hors  d'eux  :  transportés,  —  captivés,  privés  de  leur 

[liberté. 
Déjà,  entrant  au  Couvent,  ils  avaient  jeté  —  leur  bâton,  décidés  à  s'y 

[fixer. 
Ainsi  Moïse  jeta  son  bâton  (2)  — ,  puis,  recula,  craintif,  pensant  s'enfuir. 
Us  ont  rejeté  leur  fortune,  —  bien  loin,  et  choisi  la  Pauvreté. 
Quitter  leurs  biens,  il  le  leur  fallait,  —  comme  (à  Moïse)  de  demander 

[à  être  contraint  (3). 
Le  parler  de  Shoshtarî,  chez  eux,  plein  de  feu,  —  n'a,  loin  d'eux, 

[qu'amertume  à  exprimer.  » 

Le  Diacre,  c'est  Dieu,  le  «  shâbb  mowaqqar  »  du  hadîlh  de 
l'Ascension  nocturne  de  Mohammad,  tel  que  Na'îm-ibn 
Hammâd  le  rapporta  (4)  ;  et  non  pas  aucune  silhouette  créée 
d'adolescent.  Mais  l'usage  de  ce  symbole,  destiné  à  élever 
l'âme  du  désir  charnel  à  l'amour  divin,  peut  aboutir  au  résul- 
tat inverse,  en  scandalisant  les  profanes  :  qui  n'ont  pas  tout 
à  fait  tort. 

(t)  Tanabbah,  qad  badat  shamso'l  'oqâr...  Cf.  aussi  son  Taaddab  bi 
bâb  al  Dayr. . .,  commenté  par  Nâbolosî. 

(2)  Qor.  XX,  70. 

(3)  Qor.  XX,  Tl. 

(4)  Dhahabî,  xHidâl,  s.  v,,  n°  2079  ;  Ibn  Qotaybah,  mokhtalifj  8. 


800  CHAPITRE    XIII 

g)  Les  critiquas  générales  de  son  mysticisme. 

C'est  ici  le  lieu  d'énumérer  brièvement  les  conséquences 
théoriques  et  philosophiques  prêtées  au  mysticisme  en  géné- 
ral, spécialement  au  mysticisme  hallagien  : 

l"*  Quant  à  la  notion  de  Dieu  ;  les  expressions  employées 
par  le  mystique,  pour  décrire  la  présence  réelle  de  Dieu  en 
l'âme  sanctifiée  (1),  aboutissent  à  attribuer  à  l'Etre  Incréé 
une  certaine  composition  assimilable,  perceptible  et  maté- 
rielle (anthropomorphisme)  (2).  D'autre  part,  la  mention 
constante  d'interventions  surnaturelles  «illuminant)'  l'âme 
pour  la  transformer,  induit  à  imaginer  des  symboles  inac- 
cessibles à  la  raison  {illumïnisme)  (3).  Entre  ces  deux  extrê- 
mes, images  sensibles  inadéquates,  et  définitions  abstraites 
mystérieuses,  le  mystique  se  restreint  à  nous  faire  part  d'une 
appréhension  substantielle,  d'un  «  goût  »  divin  qu'il  savoure, 
absolument  inintelligible  et  ineffable  pour  autrui  [agnosti- 
cisme)  (4).  Ces  trois  objections  ont  été  déjà  examinées  sépa- 
rément. 

2°  Quant  à  la  raison  humaine  ;  les  mystiques  aiment 
opposer  l'un  à  l'autre  les  «  deux  aspects  »  des  choses,  l'ap- 
parence extérieure  et  la  réalité  interne.  Cela  peut  amener  à 
la  doctrine  des  deux  vérités  antithétiques  et  ennemies  ;  du 
mot^  qui  est  l'inverse  de  Vidée  (5)  ;  du  dogme,  qui  est  le  con- 
traire de  la  religion  (6)  ;  puis  à  un  universalisme  syncré- 

(1)  Ici  p.  529. 

(2)  Ici  p.  î)27,  648. 

(3)  tajallî,  ici  p.  641. 

(4)  Gfr.  Kierkegaard  «  Dieu  est  diflérent  de  tout,  radicalement  ». 
Cfr.  ici,  p.  640,  648. 

(5)  Thèse  des  Noseïris  et  des  Druzes.  Cfr.  ici,  p.  568,  n,  4,  571,  n.  1, 
577,  n.  2. 

(6)  Ritschl.  Cfr.  le  dualisme  «  sharVah  haqîqah  »,  ici  p.  670,  724. 
Mazdéens,  Manichéens. 


LES    CONSÉQUENCES   JURIDIQUES  8oi 

tisle(i)  posant  Videntité  des  coniradirloires  (2),  etaboulis- 
ssiui  kl'anéanfissentent  de  la  pensée  dans  l'impersonnalilé 
de  l'idée  pure  (3). 

Il  est  référé  en  note  aux  passages  d'al  Hallâj  pouvant 
donner  occasion  à  ces  objections. 

Je  dois,  en  terminant,  répondre  à  une  objection  de  prin- 
cipe. Pourquoi  n'avoir  pas  essayé  d'expliquer  Foriginalité 
d'une  telle  physionomie  en  mettant  en  relief  certains  inci- 
dents de  sa  biographie  ?  En  faisant  intervenir,  pour  la 
formation  de  sa  doctrine,  des  influences  civilisatrices  étran- 
gères à  rislam  :  iranienne^  puisqu'al  Hallàj,  fils  d'un  maz- 
déen  converti,  acceptait  de  rendre  visite  à  des  mazdéens  (4)  ; 
hellénistique^  puisqu'il  a\ait  étudié  le  lexique  technique  des 
philosophes  et  gnostiques  (o)  ;  hindoue,  puisqu'il  serait  allé 
s'instruire  auprès  des  idolâtres  de  l'Inde  (6)  ;  ou  syro-chal- 

(1)  Cfr.  deux  sentences  de  Hallâj  :  «  Toute  vérité  a  sa  réalité  (likolli 
haqq  haqîqah),  toute  créature  sa  voie,  tout  contrat  son  gage  »  (ms. 
Londres,  888,  f.  325"  ;  Baqil,  shath,  p.  123)  qui  est  tirée  d'un  hadith 
(Tirmidhî,  riyddah  ;  Sarrâj,  loma\  337)  et  d'une  sentence  de  Thawrî  : 
likoll  'abd  sharîtah,...  ;  ap.  Makkî,  qoût,  II,  57  ;  «  Tout  avertissement 
(prophétique)  a  un  fondement,  toute  vocation  (apostolique)  implique 
une  illumination  ». 

(2)  Thèse  druze,  identifiant  tawhîd  et  talhîd,  ivojoûdet  'adam  {Kitâb 
al  noqat,  éd.  Seybold,  43).  Thèse  d'Ibn  'Arabî  :  le  seul  tort  des  idolâ- 
tres est  d'avoir  sélectionné  leurs  idoles  ;  car  tout  étant  la  manifestation 
de  Dieu,  tout  devient  idole  pour  le  parfait  moniste. 

«  Les  créatures  ont  admis,  quant  k  la  divinité,  divers  credos. 
Mais  le  a^edo  que  j'admets  est  la  somme  de  tous  leurs  credos  !  » 
(Nâbolosî,  sharh  al  tarîqat  al  mohammadîyah,  I,  169-170). 

Nous  avons  montré  plus  haut  (p.  570)  le  véritable  sens  de  proposi- 
tions qui  pourraient  être  prises,  mal  à  propos,  dans  un  sens  hégélien. 

(3)  Thèse  druze  (ici  p.  571),  acceptable  pour  les  hellénisants  (ici 
p.  566)  et  Jcnayd  (ici  p.  37),  que  Hallâj  a  nommément  rejetée  (ici  p.570). 

(4)  Ici  p.  16,  92,  128. 

(5)  Ici  p.  71,  471  ;  cfr.  Essai,  pour  l'hypothèse  néo-platonicienne,  si 
en  faveur  en  ce  moment. 

(6)  Ici  p.  80  seq. 


8  02  GltAPlTRE    XÏII 

déenne^  puisqu'il  séjourna  près  de  milieux,  chrétiens  à  Jéru- 
salem (1),  et  mandéens  à  Wàsit  (2).  Sans  doute,  il  serait  aisé 
de  dresser  ainsi  diverses  listes  d'items,  permettant  d'envisa- 
ger tour  à  tour,  en  al  Hallâj,  un  conspirateur  nationaliste 
persan,  un  liermétiste  qarmate  (3),  un  yoguî  hindou  (4),  ou 
un  chrétien  secret  (5)  ;  de  même  qu'on  lui  reproctiait,  de 
son  temps,  suivant  les  cas,  d'être  sunnite,  mo'tazilite  ou 
imâmite  ;^6).  C'est  au  lecteur  attentif  de  peser  les  raisons  de 
bon  sens  (7)  qui  m'ont  écarté  de  tels  exercices  d'esprit,  ingé- 
nieux, j'en  conviens,  mais  stériles. 

On  a  montré  ailleurs  (8)  comment  les  vocations  indivi- 
duelles des  premiers  mystiques  musulmans  naquirent,  au 
cœur  même  de  l'Islam,  d'une  méditation  expérimentale  fer- 
vente sur  les  données  scripturaires  contenues  dans  le  Qor'ân  ; 
al  Hallâj  n'a  pas  fait  exception  à  la  règle.  Tout  au  plus  peut- 
on  ajouter  que  cette  méditation  l'a  mené,  plus  avant  que  ses 
maîtres,  dans  une  exégèse  scripturaire,  aussi  opposée  au 
liltéralisme  légal  des  talmudistes  Israélites  que  conforme  au 
spiritualisme  anagogique  des  mystiques  chrétiens.  Rappelant 
à  ce  propos  la  sentence  d'Ibn  'Oyaynah  :  «  Ceux  d'entre  nos 
docteurs  Çolamâ)  qui  ont  mal  tourné  devenaient  semblables 
aux  Juifs,  —  et  ceux  d'entre  nos  ascètes  Çodbâd)  qui  ont  mal 
tourné  devenaient  semblables  aux  Chrétiens  »,  Badr  al  Dîn 
al  'Aynî  ajoute  (9)  :  «  Voilà  comment  al  Hallâj  en  vint  à  être 
accusé  de  hoioûl  ei  dHUihâd.  » 

(1)  Ici  p.  99. 

(2)  Ici  p.  18,  103. 

(3)  Ici  p.  731. 

(4)  Ici  p.  87. 

(5)  Ici  p.  323  ;  et  Essai. 

(6)  Ici  p.  72. 

(7)  Ici  p.  88,  519,  733. 

(8)  Cfr.  Essai  ;  et  ici  p.  609  seq. 

(9)  Hqd  aljomân,  t,  XIV,  anno  309,  maqtal  al  Hallâj,  §  4. 


N 


CHAPITRE  XIV 
LES  ŒUVRES  D'AL  HALLAJ 


Sommaire  . 

Pages 
I.  —  Critique  des  textes  : 

a)  Leur  transmission  orale  primitive 804 

1.  \ a\e\ir  des  isnâd 804 

^.  Liste  des  râwis{tabaqât  al  roivât) 806 

b)  Les  deux  recensions  :  Wâsitî  et  Fâris 809 

c)  Les  catalogues  des  opuscules 815 

IL  —  Histoire  des  textes  conservés  : 

a)  Les  sentences  détachées 822 

b)  Les  Rhuâyât 823 

c)  Le  diivân  des  «  poèmes  et  oraisons  extatiques  »   .     .  824 

d)  Les  longs  fragments  dogmatiques  et  le  recueil  factice 

des  Taiodstn 826 

liï.  —  Traduction  des  Tawâsîn  : 

a)  Chapitre  I" 830 

1.  Note  sur  la  «  clarté  mohammédienne  »...  830 

2.  «  L'Eloge  du   Prophète,   ou   la  métaphore  su- 

prême » 835 

6)  Chapitres  II  et  III 840 

c)  Chapitres  IV  et  Y 846 

1.  Note  sur  l'Ascension  Nocturne 846 

2.  ft  Par  l'Etoile,  à  son  déclin  » 853 

d)  Chapitres  VI  et  VII 864 

1.  Note  sur  le  péché  de  Satan 864 

2.  Tâsin  al  Azal 867 

e)  Chapitres  VIII,  IX  et  X 877 

f)  Chapitre  XI  :  Bostân  al  Ma'ri/ah 885 


8o4  CHAPITRE    XIV 

IV.  —  Traduction  des  Riwdyàt  : 

a)  Riwâyât  I  à  XXVII 893 

V.  —  Originalité  littéraire  de  l'œuvre  hallagienne  : 

a)  Le  style  : 

1.  Le  choix  des  mots  et  la  prosodie  :  denxqasîdahs.  904 

2.  La  période 911 

3.  L'intention  maîtresse  de  la  pensée 914 

4.  Les  emprunts  et  les  imitations 916 

5.  Jugements  portés  par  des  littérateurs  ,     .     .     .  919 

b)  L'influence  sur  la  littérature  islamique  : 

1.  Traces  d'influence  doctrinale 925 

2.  L'interprétation  alchimique 928 

3.  L'interprétation  magique 931 

4.  L'interprétation  satanique 934 

5.  L'iconographie 939-941 

T 

Critique  des  textes. 

a)  Leur  transmission  orale  primitive, 

i.  Valeur  des  isnâd. 

Conformément  à  l'usage  constant  en  Islam,  en  matière  de 
témoignages,  —  où  toute  autorité  probante  est  réservée 
à  la  tradition  orale  [riwâyah),  et  tout  crédit  refusé  au  texte 
noté  (sahif'ah)  (1),  — la  critique  des  textes  hallagiens  com- 
porte en  premier  l'examen  de  la  liste,  classée  par  générations, 
des  témoins  autorisés  qui  ont  assumé  personnellement  la 
responsabilité  de  nous  les  transmettre  ou  de  nous  les 
signaler. 

Cette  méthode  ne  va  pas  sans  inconvénients  ;  certes,  elle 
apporte,  en  regard  de  chaque  fait  précis,  le  nom  d'un  témoin 
direct  comme  garant.  Mais  elle  aboutit  à  pulvériser  toutrécit 

(i)  Dont  le  premier  venu  peut  s'emparer  et  mésuseràsa  guise. 


LES    OEUVRES    d'aL   HALLAJ  8o5 

historique  en  atomes,  tout  texte  continu  en  sentences  (hïkam  ) 
isolées  ;  elle  substitue  à  une  biographie  des  anecdotes  (Jiikâ- 
yâl)  sans  enchaînement.  D'autre  part,  la  rigueur  apparente 
des  règles  édictées  en  hadith  pour  l'admission  d'un  témoin 
direct  au  rang  des  rowat  (sg.  rêbWi)  professionnels,  —  a  pro- 
voqué, en  pratique,  la  confection  artificielle  de  «  chaînes  » 
de  transmission  [isnâd]^  incomplètes  ou  interpolées  (1): 
pour  justifier  dans  les  formes  la  transmission  orale  de  don- 
nées certaines,  dont  on  avait  trouvé  trace  dans  des  sources 
écrites,  que  l'on  se  cachait  (2)  d'avoir  consultées. 

Divers  isnâd  de  Solamî.  déjà,  lui  servent  à  légitimer,  sous 
le  couvert  de  noms  de  témoins  oraux  autorisés,  la  consulta- 
tion de  textes  écrits  qu'ils  nous  masquent  (3).  [bn  Bàkoûyeh 
se  fait  authentiquer  en  bloc  (4),  par  un  sama  obtenu,  nous 
dit-il,  du  fils  d'al  Hallâj,  cinq  témoignages  indépendants, 
dont  le  texte  circulait  bien  avant  lui  ;  et  il  nous  donne,  sous 
l'autorité  de  râwis,  divers  récits  d'Ibn  Abî  Zor'ah,  déjà  pu- 
bliés par  Naqqâsh,  —  etd'fbn  Khalîf,  déjà  édités  dans  sa 
biographie  par  Daylamî.  Enfin,  le  samâ'  de  Solamî,  auquel 
Qoshayrî  réfère  constamment  dans  sa  risàlah^  signifie  sim- 
plement que  Qoshayrî  s'est  fait  dûment  autoriser  par  ce  maî- 
tre à  utiliser  ses  œuvres  écrites  comme  arsenal  de  citations. 

Prenons,  ici  même,  les  récits  hostiles  des  pages  300,  304 
et  106-1 1 1  ;  présentés  comme  des  témoignages  directs,  l'un 
porte  le  nom  d'Ibn  Hayyawayh,  mort  soixante-treize  ans 

(4)  Cette  constatation  ruine  la  critique  purement  formelle  des  mohad- 
dithoûn  :  de  ce  qu'un  isnâd  est  incorrect,  il  ne  s'ensuit  pas  que  l'attri- 
bution du  texte  allégué  soit  inexacte.  Ex.  :  Sarrâj,  loma\  éd.  Nicholson , 
préf.  p.  XL. 

("2)  C'est  ce  qui  montre  l'inutilitc  du  critère  choisi  par  Ibn  al  Jawzî 
pour  expurger  VHilynh  (sa/icah)  et  \'Ihyâl{minhâj). 

(3)  QT.  II,  n"  14,  24  reprennent  deux  témoignages  d'Ibn  Fâtik,  n°23 
un  témoignage  extrait  du  loma'  de  Sarràj  (préf.  Nicholson^  p.  XLI). 

(4)  QT.  III,  n°  1  ;  cfr.  la  discussion,  l.  c,  p.  16. 


8o6  CHAPITRE   XIV 

après,  —  le  second,  d'Aboûl  'Alâ,  mort  cent  vingt-deux  ans 
après  Févénement:  Visnâd  est  coupé.  Le  troisième  groupe 
de  récits,  dû  à  Ibn  al  Azraq,  témoin  contemporain,  mais 
indirect,  réfère  parfois  à  des  anonymes,  et  donne  l'impres- 
sion qu'il  utilise  alors,  sans  l'avouer,  un  pamphlet  mis  en 
circulation  par  Awârijî,  source  éc?ite. 

Quant  aux  récits  favorables:  certaines  raisons  d'oppor- 
tunité dogmatique  font  sauter  un  nom  dans  la  chaîne  des 
témoins  :  le  nom  d'ibn  Fâtik,  quand  il  fut  «  déclassé  »  comme 
râwî;  de  Fâris,  parce  qu'accusé  d'hétérodoxie  ;  de  Shiblî, 
tant  qu'il  jugea  prudent  de  laisser  à  ses  disciples  la  respon- 
sabilité de  colporter  ses  récits.  La  personnalité  notoire  d'un 
contemporain  témoin  indirect,  comme  Ibn  al  Haddâd,  peut 
aider  à  effacer  le  nom  du  premier  témoin. 

2.  Liste  des  râwîs  {tabaqât  al  rowât)  : 

Classe  I  :  contemporains^  témoins  directs  : 
/.  a.  'Abbâs-b-'Atâ  (+  309/922).  —  Sol.  in  Qor.  III,  188, 

VII,  11,  97;  et  ici  p.  43. 
^.  M.  b.  Bishr.  —  Qosh.  lil,  6  —  ici  p.  227,  337. 
3.  Fâris -b-'Isâ  Dînawarî  ;  ici  p.  337. 

»    ses  informateurs  :  4.  Ibr.  b.  Fâtik,  ici  p.  47  (1). 

5.  A.  b.  Fâris-b.Hasarî  —  Sol. 
tab.  ;  ici  p.  123-126. 
»  {cités  à  Kalâbâdhî)  :   6.  a.   'AA.  M.  b.  Sa'dân  ;  ici 

p.  69-70. 
7.  a.  Sawdâ  ;  ici  p.  557. 
»  (sources  du  Dîwân)  (2)  :  8.  a.  Nasr  A.  b.  Sa'd  Isfin- 

jânî.  QTp.  19,  n.3(3). 

(1)  Ne  pas  confondre  avec  Ibn  Mânik  (Jâmî,  300),  source  de  Sho'aybî 
{jaivhar  farîd,  ms.  Caire,  f.  19'',  26^  98'',  etc.). 

(2)  On  ne  donne  ici  que  cinq  des  noms,  les  moins  altérés. 

(3)  Qosh.  I,  453,  II,  166. 


LES    CEUVRES    d'aL    HALLAJ  807 

9.  a.    Ishàq  Ibr.    Holwânî- 
Akhb.  10-12. 
iO.  A.b.Kawkab-b-'OmarWâ- 

sitî-Akhb.  30. 
//.  a.     Bakr    Ibr.-b-Sim'ân- 

Qosh.  m,  235;  ici  p.  130. 
/5.  'A.  Wadoûd-b-Sa'îd-b-'A- 
Ghanî-Akhb.  17,  42  ;    ici 
p.  129. 
i3.  a.  Tayyib  M.  b.  Farrokhân-b.  RoûzbihDoûrî(l). — 

Khatîb  §  15  (Comp.  Qosh.  I,  74). 
i4.  a.  Hy.  'Alî.  b.  'A.  Rahîm  Qannâd  Wâsitî  (2),  vers 

325/936(3).  — Sol.  2  ;  Bak.  8. 
/5.  a.  Bakr  M.  b.  A.  Haddàd  Misrî  (+  345/956).  —  Taw. 

206. 
iô.  a.  M. A.  b'  AA.  Moznî  (+  341  /952,  Bokhârâ).  —  Sol. 

III,  16  ;  ici  p.  80,  n.  3  ;  Sam'ânî,  527\ 
/7.  a.  M.'AA,  b.'Alî  b.'  AA.  b.  Hanash  Yâqoûtî,  imam  de 
la  mosquée  de  Jafïa^  —  ici  p.  315  ;  Sam'ânî,  596'' 
(3o6^  358«). 
i8.  a.  M.  Jaïar-b.M.  Kholdî  (+  348/959)  ;  —  ici  p.  402. 
/P.  a.  Hy.  Mb.  Ya'qoûb-b.  Jondî  (sonni)^ — cfr.  ici  p. 106, 
n.  3  ;  à  rectifier  ainsi  expressément,  suivant  Mâlinî, 
arhcCin, 
20.  a.  Hy  A.  b.  Yoûsof  Ajm^-b.Ya'qoûb-b  Ishâq-b.Boh- 
loûl  Tanoûkhî  ;  mo'tazilite  connu,  élève  d'Aboû  Hâ- 
shim.  —  Mortadâ,  mont/ah,  64  ;  Sâbî  130,  215,  322, 
323,  348  ;  ici  p.  106,  n.  6,  et  p.  273. 

(1)  Râwî  condamné  par  Maqdisl  [Homonyma,  s.  v.)  et  Dhahabî  {i'ti- 
dâl,  s.  V.). 

(2)  Corr.  en  conséquence  la  n.  6  de  la  page  97  :  lire,  au  lieu  de  «  'Alî 
al  Tawwazî  »,  'a/â  al  iawazzî,  ce  qui  signifie  «  au  revoir  !  »  —  Cfr. 
Sam'ânî,  s.  v. 

(3)  Date  de  son  passage  à  Qirqîsâ. 


8o8  CHAPITRE   XIV 

»  et  ses  informateurs  :    9i .  a.  Faraj-b.Roûhân,  ici 

p.  273. 
^S.  a.  Bakr  M.    b.   a.  'Alî 

Qasrî  ;  id. 
23.  a.  Hy.  'AA  b.  'Aypsh 
Khazarî  ;  ici  p.  216,  n.  5. 
34.  a.   Bakr  M.   b.    Ishâq 
Ahwâzî,  ici  p.  107. 
2S    (1).  M.  b.  A.  Isfahânî  Qandîlî  —  Qosh.  IV,  49  ;  Sol. 
-  lab.  ms.  Berlin  9972,  f.  42b. 

Classe  II  :  témoins  au  second  degré. 

26.  a.  Bakr  M.b.M.b.  Ghâlib  Tostarî.  —  Qosh.  III,  53  ; 

ici  p.  258  n.  4  {àe8). 
'27.  a.  Faraj  'A  Wâhid-b.Bakr  Warthânî  Shîrâzî—  144-a* 

(de  5,  via  S). 

28.  a.  Hy.  'A  Bahmân-b.M.  Fârisî—  Sol. lab.  ;  Qosh.  IV, 
4  ;  loma\  40  ;  ici  p.  47  (de  4) . 

29.  'AA.b.  iM.b.'AARâzîNîsâboûrî  (+ 353/964).— Qosh. 

III,  51  (ici  p.  58  n.  3). 

30.  a.  Bakr  M.  b.'  AA  b.  M.  b.  Shâdhân  Râzî  (+  376/986) . 
—  Sol.  3,12  ;  Khatîb§  16  ;  Harawî,  dhamm,  f.  1 12^  ; 
Sam'ânî,  329''  ;  Dhahabî,  i'tidâl,  s.  v. 

31.  à'  AA.M.b.  A.b.M.  Râzî  (moqrî)  (+  366/976).  —  Sol. 
19  —  Sarrâj,  ioma\ 


(1)  Nous  excluons  de  la  classe  I  :  certains  adversaires  comme  Awâ- 
rijî,  Soùlî,  Ibn  Zanjî  et  Ibn  abî  Sa'dân,  dont  les  récits  n'ont  pas  pour 
but  la  transmission  de  citations  exactes  ;  'Abdalmalik  Iskâfî,  que  Harawî 
aurait  connu  centenaire  (comp.  Jâmî,  170)  ;  et  'Abd  al  Rahmân  ibn 
Ahmad  Jabalî,  râwî,  selon  Ibn  FadI  Allah,  de  la  pièce  de  vers  donnée 
ici  p.  93  ;  cet  auteur,  dont  un  ouvrage  mystique,  utilisé  par  Ghazâlî 
{imld)^  est  conservé  à  Hamâh  (ms.  du  shaykh  Na'sân),  me  paraît  appar- 
tenir plutôt  au  XI*  siècle. 


LES    ŒUVRES    d'aL    HALLAJ  809 

S'2.  a.  Qàsim  Jaïar  b.  A.  Razî  (+  378/988)  :  —  ici  p.  403. 
33.  A.  b.  a.  Zor'ah  M.  Fadl  Tabarî  ici,  p.  403. 
34-35  :  disciples  de  Paris  :  'A  Wâhid-b/Alî  Sayyârî,  — 

ici  p.  305. 
a.    Bakr   M.    Kalâbâdhî  — 
143-a*. 
36-37-38  :  disciples  de  Shibli  (1)  :  Mansoûr-b.'AA.  Harawî 

—  ici  p.  305. 
'Isa  Qassâr  Dînawarî,  —  ici 

p.  306. 
Nasrâbâdhî,  —  ici  p.  407. 

Classe  III  :  témoins  au  troisième  degré. 

39.  a.  'Alî  Daqqâq  {+  405/10i4).  —  Qosh  171  ;  Taw. 

p.  138  n.  1  (de  38). 

40.  a.   Nasr'AA.b.'Alî  Sarrâj    {+    377/987)   —   142-a* 

(de  .57). 
41-42  :  disciples   d'Ihn  Khafif  :  consultés  par  Daylamî 
(362-a*)  et  Ibn  Bakoûyeh  (191 -a*). 

43.  a.  Hy.  ^Alî.b.  Jahdam  (+  414/1023)  —  182-a*  ;  source 

de  278-a*,  320-a*. 

44.  a'ARahmàn  M.  b.  Hy.  Solamî(+  41  ^/1Ô21  )  —  170-a-f*; 
source  de  Qoshayrî  (231 -a*)  et  Khatîb  (250-a*  ;  avec  4'2). 

b)  Les  deux  recensions  :  Wâsitî  et  Fârîs. 

L'influence  croissante  de  la  notation  écrite,  dans  la  trans- 
mission soi-disant  orale  des  récits  et  des  sentences,  devenant 

(1)  Sous  l'autorité  directe  de  Shiblî  sont  présentés,  comme  d'al  Hallâj, 
les  textes  suivants  :  distinction  entre  les  saints  et  les  prophètes  (ici 
p.  739)  ;  li  koll  haqq  haqîqah  (ici  p.  801  ;  imité  de Thawrî,  ap.  Makki, 
qoùt  II,  57  ;  Baqli,  shalh.,  f.  123)  ;  second  passage  cité  d'après  BaqIÎ 
ici  p.  -486,  n.  3,  et  commenté  par  les  vers  «  Yâ  mawdi'  al  nâzir...  »  ; 
et  texte  sur  laqsîr  des  Anges  (Kal.  6). 


8 10  CHAPITRE    XIV 

prépondérante  dès  la  seconde  génération  des  râwis,  —  il 
convient  de  recourir  à  la  critique  littéraire  pour  tenter  d'éta- 
blir la  filiation  des  leçons  ;  puisque  la  rareté  et  l'hétérogé- 
néité des  sources  manuscrites  empêchent  de  fonder  Thisloire 
du  texte  des  seniences  hallagiennes  sur  un  examen  paléo- 
graphique. 

L'établissement,  en  vue  de  l'édition  des  Quatre  Textes  (1), 
d'une  table  de  concordance  des  variantes  pour  chaque  sen- 
tence commune  aux  trois  recueils  (Solamî,  Ibn  Bâkoûyeh , 
«  Akhbâr  al  Hallâj  »),  laisse  discerner,  en  dehors  des  simples 
erreurs  de  lecture  ou  de  dictée,  deux  séries  combinées  d'al- 
térations intentionnelles  ;  décelant  une  modification,  soit 
formelle  (revision  grammaticale),  soit  idéale  (précision  dog- 
matisante) apportée  à  la  pensée  de  l'auteur  :  interpolation 
de  gloses^  et  retranchement  de  termes  ;  dans  les  passages  am- 
phibologiques, ou  susceptibles  d'être  pris  mal  à  propos. 

Des  deux  textes  parallèles  de  Yaqidah  (2),  celui  de  Kalâ- 
bâdhî  paraît  à  la  fois  préciser  la  forme  Ihéologique  [howiyah, 
mâhiyah^  tadâdd)  et  atténuer  l'audace  expressive  [wa^foho, 
^oloûwho,  imtizâj,  yohill)  du  texte  d'Isfinjânî  (3). 

Les  cinq  recensions  de  la  «  prière  de  la  dernière  nuit  »  (4) , 
qui  ont  été  trop  de  fois  retouchées  pour  être  aisément  clas- 
sables  par  familles,  présentent  des  variantes  d'une  portée 
dogmatique  évidente  :  shawâhïdika  (sans  le  préfixe  hi  ; 
A,  ^)  ;  al  soûrah  hya  (sic)  allait  afradatho  (5)  {B)  ;  howî- 
yasîr  (ajouté  B  ;  suppr.  C,  ]))  ;  karrât(A,  B  ;  contra,  aghi 
yâb)  ;  abdayta  {A,B  ;  pour  azharta)  ;  suppression  du  §  9  par 

(1)  1695-1. 

(2)  Snprà,  p.  636-639.  Le  texte  parallèle  de  Wâsitî  (in  Baqlî,  tafsîr, 
t.  II,  229-230)  est  à  comparer. 

(3)  Probablement  édité  par  Fâris. 

(4)  Taw.,  p.  202-205. 

(5)  C'est-à-dire  :  «  qui  L'a  proclamé  unique  »  (au  mithâq). 


LRS    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  8iI 

C^D  \  yanjoùj  (précisant  la  pensée  du  §  10,  enA,^)(1). 

De  même  les  recensions  de  la  qasîdali  «  An'î  ilayka  »  (2). 

Trois  sentences  (3)  se  présentent  sous  deux  formes,  et  la 
forme  diluée  et  précise  est  attribuée,  au  moins  une  fois  ex- 
plicitement à  Paris  (4). 

Enfin,  l'analyse  attentive  du  bloc  homogène  de  1 76  senten- 
ces hallagiennescolligées  par  Solamî  en  son  to/izr  nous  permet 
de  serrer  de  plus  près  le  problème  des  recensions.  Solamî  ne 
paraît  pas  s'être  référé  directement  aux  textes  originaux  d'al 
Hallâj,  mais  les  avoir  empruntées  à  deux  auteurs,  AboûBakr 
Wâsitî  (5)  et  Paris  (6)  ;  car  il  les  donne,  —  trop  fréquem- 
ment pour  que  la  coïncidence  soit  accidentelle, —  non  seule- 
ment en  contiguïté  locale,  mais  en  parallélisme  intentionnel, 
avec  des  sentences  de  ces  deux  auteurs,  où  elles  s'encastrent 
d'ailleurs  parfois  comme  des  citations  formellement  dépen- 
dantes (7). 

Aboû  Bakr  Wasitt  (8),  en  qui  Harawî  voyait  le  fondateur 

(1)  Trad.  du  texte  C,  D  :  u  Ce  qui  restera  ainsi,  mis  à  l'écart  de  mes 
souillures  (var  :  flamboyante  intention  spirituelle),  est  une  preuve  (de 
Dieu)  plus  forte  que  la  destruction  des  montagnes  terrestres  I  » 

(2)  Voir  note  du  ms.  Berlin,  3492,  f.  42"  ;  Sarrâj,   loma\  248,  372. 
{S)  wastyah  ;  état  de  Moïse  {mahdoâr  'alayhi)  ;   qiyâmoka   bihaqqî 

(ici  p.  302,  n.  3). 

(4)  La  même  sentence  nous  est  donnée  par  Solamî  (via  Fâris  :  al 
râmî)  et  par  Qoshayrî  {al  motafarris  :  III,  175  ;  comp.  Wâsitî,  inBaqIî, 
t.  I,  515),  sous  deux  formes  assez  divergentes. 

(5)  BaqIÎ,  I,  24,  53,  75,  79,  292,  163,  197,  203,  362,  383  (cfr.  539), 
450-451,  570,  593  ;  II,  11,  25,  26-27,  31,  85,  92,  115,  192,  205,  215, 
229-230,  236,  257,  262,  269,  286,  302,  337,  363. 

(6)  I,  24,  26-27,  162,  367-368,  520.  . 

(7)  Comme  il  n'y  a  pas  encore  d'édition  de  ce  tafsîr,  je  réfère  ici  à  la 
réédition,  malheureusement  assez  remaniée  (pas  au  point  de  vue  qui 
nous  occupe),  de  BaqIî,  qui  a  été  imprimée  à  Cawnpore. 

(8)  Fils  d'un  homme  du  Farghânah  ;  né  à  Wâsit,  élevé  en  'Iraq 
auprès  de  Jonayd  et  de  Noûrî,  il  doit,  encore  shâbb  {=  avant  quarante 
ans),  s'enfuir  devant  la  persécution  des  jurisconsultes  (zâhîrites)  ;  il 


8ia  CHAPITRE   XIV 

de  l'orthodoxie  (osoûi)  mystique,  paraît,  en  effet,  avoir  repris 
l'œuvre  d'Ibn  'Atâ,  et  tenté  la  synthèse  des  définitions  tech- 
niques éparses  proposées  par  certains  grands  maîtres,  de 
préférence  Jonayd  et  Jbn  'Atâ  ;  chose  remarquable,  cette 
synthèse  se  traduit  par  des  sentences  (1)  qui  attestent  la  lec- 
ture la  plus  assidue  des  œuvres  d'al  Hailâj,  l'emploi  le  plus 
suivi  de  ses  termes  techniques,  l'acceptation  la  plus  déférente 
de  ses  thèses  les  plus  originales  (2)  ;  il  cite  al  Haliâj  simple- 
ment sous  son  prénom  «  al  Hosayn  ». 

Observons  que  Wâsitî  n'épouse  pas  pleinement  l'intention 
maîtresse  de  l'œuvre  hallagienne  ;  ses  sélections  de  citations 
l'atténuent  et  ses  commentaires  l'utilisent  surtout  comme 
un  recueil  impersonnel  de  documents  inspirés  d'où  tirer  les 
éléments  d'une  rectification  méthodique  de  la  mystique  sâli- 
miyenne  ;  la  rendant  acceptable  pour  l'orthodoxie  hanbalite. 
Nous  le  verrons  mieux  plus  loin,  en  le  comparant  à  Fâris. 

prêche  à  Abivard,  puis  à  Merv  où  il  meurt  après  320/932  ;  là;  ses  élè- 
ves Qâsim  SayA^ârî  (H-  342/933)  et  Doqqî  fondèrent  l'école  des  Sayyâ- 
rîyah.  Je  soupçonne  cet  Aboù  Bakr-Moliaramad-ibn  Moùsa  Wâsitî 
d'être  identique  à  un. certain  Aboù  Bakr  Mohammad-ibn  Isma'îl  Far- 
ghànt(-|-  331/942),  maître  aussi  de  Doqqi,  et,  par  lui,  de  Warthânî  ; 
c'est  l'opinion  de  Sarwar. 

(1)  Les  phrases  où  Ibn  'Atâ  commente  al  Hailâj  comme  un  maître, 
dès  son  vivant  (cfr.  ici,  p.  623),  sont  prises  par  Solamî  dans  les  œuvres 
de  Wâsitî  (Baqlî,  I,  21,  27,  32,  595). 

(2)  Non  seulement  dans  Sarrâj  et  Solamî,  mais  dans  les  autres  clas- 
siques du  soufisme,  comme  Baqlî  (shathîyât),  'Attâr  [tadhk.  II,  265- 
281),  Jâmî  et  Sha'râwî  (I,  99  :  dhikr  ghaflah).  Comp.  Akhb.  33,  avec 
Wâsitî,  ap.  Sarrâj  [loma\  364,  1.  12-13)  ;  cfr.  sarniad  (ici  p.  557  ;  et 
loma\  364,1.11-12);  makr  (Sha'râwî,^.  c.)  ;  'iwad{So\.  162;  'Attâr, 
II,  276)  ;  anfds  (ici  p.  486,  n.  4  ;  et  loma\  266)  ;  voile  du  nom  (ici 
p.  700  ;  et  loma',  352)  ;  k'^>fr  (ici  p.  570  ;  et  Biiqiî,  shath.  f.  102)  ;  apos- 
trophe aux  disciples  de  Hîrî  (Qosb.  38  ;  cfr.  ici,  p. 59)  ;  qadr  (ici  p.  633 
et  Baqlî,  t.  II,  p.  39,  62)  ;  Kiswah  (ici  p.  485  ;  et  Baqlî,  t.  II,  p.  238)  ; 
iftigâr  (Sol.  132  ;  et  Sh.  tab.  99).  Shahàdah  (ici,  p.  787;  'Attâr,  II, 
268  ;  nhkAQ  Satan  (Baqlî,  1. 1,  244  245). 


LES    OEUVRES    DAL    HALLAJ  8l3 

Telle  quelle, l'œuvre  de  Wàsitî  pose  une  question  :  comment 
se  fail-il  qu'aucun  des  récits  biographiques  étudiés  plus  haut 
ne  fasse  mention  de  ce  disciple  avoué  d'al  Hallâj,  dont  le  Hâ 
Mhn  alqïdam  (au  litre  calqué  sur  le  Ta  Sîn  al  azal)  fut  par- 
fois attribué  à  son  maître  ?  Pareille  lacune  est  invraisembla- 
ble. Aussi  je  crois  Aboù  Bakr  Wàsiti  identique  à  Aboû  Bakr 
Rabî'î,  dit  «  Mohammad  ibn  'Abdallah  Hâshimî  (1)  «,rénig- 
matique  «  prophète  »,  c'est-à-dire  éditeur  deë  dernières  œu- 
vres d'al  Hallàj,  l'éditeur  probable  des  Tawâsîn^  dont  il  a  été 
question  plus  haut  (2).  Une  preuve  de  cette  identification  se 
trouve  dans  sa  théorie  de  la  «  sainteté  de  Pharaon  v,  défor- 
mation si  curieuse  d'une  thèse  hallagienne  (3). 

L'interprétation  atténuée  et  abstraite  de  l'œuvre  halla- 
gienne par  Wàsitî  fut  bientôt  relevée  et  critiquée  par  jp«m 
Dînawari  ;  plus  jeune  que  Wàsitî,  Fâris  n'avait  peut-être  pas 
vécu  personnellement  (4)  dans  l'intimité  d'al  Hallâj,  mais  le 
dévouement  qu'il  portait  à  sa  mémoire  a  fait  de  lui  son  plus 
sincère  et  fervent  disciple.  Le  ton  personnel  des  anecdotes 
qu'il  a  recueillies  sur  lui,  les  poèmes  qu'il  en  a  cités,  indui- 
sent à  penser  que  nous  lui  devons  la  compilation  du  diwàn 
asKar  wamonamt. 

A  propos  de  Qor.LXXXV,3  (Shâhidwamashhoûd)^  «  l'attes- 
tant et  l'attesté  »,  Wàsitî  avait  commenté  :  shâhid  c'est  Dieu, 
et  wa.ç//Aow(;/ c'est  la  création  (5)  (prééternellemenl  attestée 
par  la  science  divine)...  ;  Fâris  riposte  (6)  :  «  Ces  deux  ter- 

{{)  Simple  surnom  destiné  à  l'identifier  complètement  au  Prophète 
(corr.  hypothèse  de  Taw.,  p.  XI,  n.  3). 

(2)  Ici  p.  ^2ol,  n.  3;  335-337. 

(3)  Infrà,  p.  93o. 

(4)  Ici  p.  337-338. 

(5)  Baqii,  tafsir,  in  loco  ;  Sarrâj,  loma',  339. 

(6)  Autres  passages  parallèles  entre  Wàsitî  et  Paris  :  'îmân  (Baqli, 
I,  14  ;  et  Sol.  in  Qor.  II,  2)  ;  Baqli,  I,  24,  53,  209,  520,  565.  —  Comp. 
sur  Satan^  Taw.  VI  avec  Baqlî,  in  Qor.  II,  32. 


8l4  CHAPITRE   XIV 

mes,  à  la  fois,  désignent  Dieu  ;  Il  est  Celui  qui  regarde  et  Celui 
qui  est  regardé,  Celui  qui  atteste  sa  création  et  qui  est  attesté 
par  elle,  vis-à-vis  de  la  foi  et  de  ses  réalités  ;  car  Hosayn 
(=  Hallâj)  a  dit  sur  ce  verset  :  «  Cela  indique  que  Dieu  exis- 
tencie  la  création  sans  s'en  séparer  ni  s'y  annexer.  » 

Comparant  Tinterprétation  de  l'œuvre  hallagienne  par 
Paris  à  celle  de  Wâsiti,  on  peut  dire  que  Paris  a  bien  dégagé 
l'incomparable  exemple  vivant  d'une  vie  sainte,  là  où  Wâsitî 
n'avait  marqué  que  la  notion  impersonnelle  d'une  lucidité 
abstraite;  Paris  préfère  y  étudier  la  jubilation  des  extases 
amoureuses,  et  Wâsitî  recueillir  les  descriptions  de  contem- 
plations pures  et  simples.  Paris  est  plus  près,  quoi  qu'en  dise 
Saydalânî,  de  l'ardente  pensée  d'al  Hallâj,  même  s'il  en  mi- 
nimise un  peu  la  portée  philosophique  (1)  ;  Wâsitî  l'avait 
atténuée  en  un  point  important,  exténuant  la  distinction 
entre  saints  et  prophètes  (2)  ;  Paris  la  rétablit  nettement. 
L'œuvre  sanctifiante  de  l'Esprit,  réduite  par  Wâsitî  à  une 
désignation  prééternelle,  est  replacée  dans  l'actualité  comme 
une  transformation  réelle,  par  Paris.  Si  les  tendances  de 
Wâsitî  vers  le  quiétisme  (3)  et  le  monisme  (4)  sont  indénia- 

(1)  Si  Wâsitî  a  des  tendances  sâlimiyennes  (takhalloq  bi  asmâ  Allah  ; 
azaliyat  al  arwâh  ;  anwâr  shâhid  al  qidam  ;  izâlat  al  vvasa'it),  Fâris  a 
des  accointances  kanâmiyennes  (ittisâf  bi  «  kon  »  ;  Koùh  qadîmah,  sha- 
w^âhid  àniyah,  isqât  al  wasa'it). 

(2)  Wâsitî,  comme  les  Sâlimîyah,  confond  'imân  et  ma'rifah  (cfr.  ici 
p.  538,  n.  4),  qu'Ibn  Karrâm  oppose.  Fâris  les  discerne  mal  (Kal.  23). 

(3)  La  sainteté  consiste  pour  lui  à  prendre  conscience  nette  du  rôle 
prééternellement  assigné  par  Dieu  ;  son  mot  «  ibn  al  azal  »  repris  de 
Tostarî  (Baqlî,  t.  I,  p.  89  ;  t.  II,  p.  25  ;  cf.  I,  379,  568)  :  il  explique 
Ana'l  Haqq  par  Ana'  mou'min  haqqà  (Taw.  VI,  2,  comp.  à  Qosh.  5  ; 
ici  p.  585,  n.  2).  Le  Ana  dlblîs  est  valide.  Ses  tendances  anomianistes 
(ici  p.  784,  n.  2). 

(4)  Baqlî,  lui-même,  marque  le  contraste  avec  Hallâj,  en  citant  le 
commentaire  de  Wâsitî  sur  le  Iiadîth  dit  de  la  «  rose  rouge  »  (=  ané- 
mone? cfr.  ici  p.  695)  ;  «   Les  choses  sourient  aux  sages  comme  si 


LES    ŒUVRES    d'aL   HALLAJ  8i6 

bles,  elles  n'allèrent  pas  chez  lui  le  fond  de  la  doctrine  ;  sur- 
tout si,  comme  nous  le  pensons,  c'est  lui  qui  a  édité  ces 
opuscules  dogmatiques  oîi  la  pensée  atteint  une  puissance 
d'expression  au  moins  égale  à  la  pure  ferveur  des  oraisons 
hallagiennes  réunies  par  Fàris. 

c)  Les  catalogues  des  opuscules. 

Nous  possédons  deux  catalogues  parallèles  des  opuscules 
d'al  HalJâj  ;  l'un  a  été  inséré  par  Ibn  al  Nadîm  en  son  fihrist, 
l'autre  tigure  dans  un  manuscrit  de  «  collectanea  »  référant 
aux  œuvres  de  Soyoûtî  et  Kawrânî.  Leur  comparaison  permet 
d'améliorer  plusieurs  des  lectures  de  Flûegel  (1). 

En  outre,  divers  titres  d'ouvrages  d'al  Hallàj  nous  ont  été 
signalés  par  Maqdisî  (2),  Sàbî  (3),  Bîroûnî  (4),  Qoshayrî  (5), 
Hojwîrî  (6),  Ibn  al  Dâ'î  (7),  Haravvî  (8),  Sohrawardî    d'A- 

elles  étaient  les  lèvres  delà  puissance  divine,  que  dis-je,  du  Seigneur  ; 
les  lions,  les  pétales  de  rose  et  de  jasmin,  les  beaux  visages  ;  les  voix 
de  l'Union  résonnent  dans  la  voix  des  oiseaux  et  des  vents,  selon  le 
hadîth  «  La  rose  rouge  provient  de  la  gloire  de  Dieu  ;  qui  désire  regar- 
der la  gloire  de  Dieu,  qu'il  regarde  la  rose  rouge  »  (Baqlî,  tafsir,  in 
Qor.  XLI,  53).  Voir  Baqlî,  t.  II,  p.  127. 

(1)  Liste  A  :  46  titres  :  éd.  Fluegel  du  fihrisl,  I,  192  ;  revue  et  cor- 
rigée sur  le  ms.  K^opr.  1134,  f.  29''.  —  liste  B  :  39  titres  :  ms.  Berlin 
15  (Spr.  299),  f.  26»^. 

Corrections  au  texte  de  Fluegel  :  subdiviser  en  deux  le  premier  titre. 
Lire  :  sayhoûr  (et  non  :  sayhoûn)  qira'at  al  qor  an  (et  non  :  qor  an...) 
noqtah  (et  non  :  yaqzah),  mawâjîd  (et  non  :  maivâbîdh), 

(2)  1 50-b  :  ihâfafi  tua  forqân. 

(3)  220-a  :  adab  alwizârah. 

(4)  190-a  :  jamm  akbar,  jamm  asghar,  noûr  al  asl. 

(5)  231 -a,  t.  III,  p.  181  :  sayhoûr,  diwân  ash'àr  iva  monâjât. 

(6)  10o5-a,  p.  151  :  «  une  cinquantaine  d'ouvrages  »  ;  et  le  dtwân, 

(7)  1081 -a  :  là  sîn  al  Azal,  Bostdn  al  ma'rifah. 

(8)  10o9-a  :  «  Hallàj  a  dit,  à  la  fin  de  son  livre  [intitulé 'ayn  a/jam', 
précise  Jàmî,  209],  que  «  Quiconque  ajoute  foi  à  ces  paroles  miennes, 
et  les  goûte,  je  lui  obtiens  la  paix  »  (comp.  Riw.  II,  et  XX).  Harawî 


8l6  CHAPITRE    XIV 

lep  (1),  Baqlî  (2),  Monâwî  (3)  et  Hâjj  Khalîfah  (4).  C'est  en 
comparant  ces  indications  diverses  avec  la  liste  précitée 
qu'on  peut  reconstituer  le  «  Corpus  Hallagianum  »  (5)  de  la 
primitive  mystique  musulmane. 

Le  catalogue  de  46  titres,  donné  par  Ibn  al  Nadîm, 
soixante-six  ans  après  la  mort  d'al  Hallâj,  est  fort  important. 
11  ne  représente  ni  une  liste  de  livres  rares  communiquée  par 
un  bibliophile  ou  un  bouquiniste,  ni  la  table  des  matières 
d'un  recueil  de  KoUiyât  qu'Ibn  al  Nadîm  aurait  lu.  C'est  un 
inventaire  dressé,  sinon  par  l'auteur  lui-même,  du  moins 
par  un  de  ses  disciples  immédiats,  et  peut-être  dès  son 
vivant,  selon  l'usage  islamique  courant  ;  inventaire  dont  Ibn 
al  Nadîm  a  eu  la  bonne  fortune  de  rencontrer  un  exemplaire, 
qu'il  a  recopié  (6). 

A  1  =  B  4.  Ta  Sîn  al  Azal  [loaH  iliibâs].  «  Les  lettres  T  et  5  de  la 
prééternité  [et  de  l'équivoque]  ».  Cet  opuscule,  sur  la  chute  de  Satan, 
forme  le  chapitre  Yl  de  la  collection  factice  des  Tawâsîn  (7). 

A  2  =  B  3.  al  Jawhar  al  akbar  wa'l  [shajarat  al]  Zaytoûnah  [al 


remarque,  en  une  phrase  tronquée  par  Jâmî  (474,  l.  6seq.),  «  qu'on  a 
menti  au  sujet  d'al  Hallâj,  lui  prêtant  des  sentences  incompréhensibles 
et  déraisonnables,  et  des  livres  apocryphes  :  ce  sont  ces  faux  qui  ont 
serv-i  de  prétextes  aux  inculpations  des  motakallimoûn  :  dont  il  était  vi- 
siblement innocent  ». 

(1)  363-a,  b  :  Tawâsîn,  nafy  al  lashbîh. 

(2)  109i-a:  Tawâsîn,  Riwâyât,  HâMîmal  Qidam  {(\\i'\\  restitue  à 
Wâsitî). 

(3)  795-a  :  «  œuvres  de  mystique,  cabale,  magie  blanche,  alchimie, 
talismans,  enchantements  »  (sic  :  cfr.  405  a). 

(4)  810-b  :  sayhoûr. 

(5)  Cfr.  le  «  Corpus  Dionysiacum  »  de  la  primitive  mystique  chré- 
tienne. 

(6)  Cfr.  l'inventaire  des  œuvres  de  Ghazâlî  (Scbkî,  IV,  116)  ;  d'Ibn 
'Arabî,  compilé  par  Ibn  Sawdakîn. 

(7)  Certains   numéros  pourraient  être  de  simples  réduplications  : 
ex.  :  A15  et  A38  ;  AlO  et  A19. 


LES    ŒUVRES    d'aL    HALLAJ  817 

mobârakah]  al  noùrîyuli.  «  La  suprême  essence,   et  ['[arbre]   olivier 
[bénit]  lumineux»  (1). 

A  3  =  B  6  [a/  ahrof  ai  mohdathah  iva'l  aza/hjah'  wa']l  asmalkolU- 
yah.  «  Les  lecti  es  coatingencées  et  les  prééternelles,  et  les  «  noms  » 
universaux  »  {t). 

A  4  ;=  B  7.  al  zill  al  mamdoûd  [iva'l  mai  maskoûb]"  wa'l  hâyat  al 
bâqiyah.  «  L'ombre  étendue,  [l'eau  éparse]  et  la  vie  perdurable  »  (3). 

A  3  =  B  8.  haml  al  noûr  (4)  ivaH  hayâi  wa'l  roûh.  «  La  conception 
(passive)  de  la  lumière,  de  la  vie  et  de  l'esprit  ». 

A  6  =:  B  11.  al  sayhoûr  [fi  naqd  al  dohoûr  (n)\.  «  Le  cône  d'om- 
bre (6)  :  sur  la  destruction  des  durées  ».  La  description  qu'en  fait  Hâjj 
Khalifah  (Taw.  p.  142,  n.  2)  fait  penser  aux  formules  du  chap.  X  |  21 
des  Towâsin  (7). 

A  7  =  B  10.  lafsîr  «  Qol  :  Hoiva  Allah  ahad...  ».  «  Commentaire  du 
verset  :  <  Dis  :  c'est  Lui,  Dieu,  l'Unique...  »  —  »  (Qor.  CXIl,  1).  Titre 
repris  par  'Abd  al  Karîm  Jîll. 

A  8  =  B  12.  a/  abad  wa'l  maboûd.  «  La  postéternité  et  le  postéter- 
nisé ». 

A  y  =  B  15.  qira'  at  al  Qor' an  wa'lforqân  —  al  ihâtah  wa'l  forqân, 
«  La  récitation  (=  la  science  exhaustive  (8)  du  Qor'ân  et  la  séparation 
(entre  l'homme  et  Dieu  »),  cfr.  Qor.  Il,  181.  Maqdisî  dit  qu'il  a?  était 
question  du  mahdi  imâmite  et  en  donne  un  extrait  (9). 

A  10  =  B  16.  h'holq  al  imân  wa'l  bayân  (10).   «  Le  caractère  de 

(1)  Titre  confondu  avec  le  précédent  par  Flûegel. 
(2) Ici  p.  375. 

(3)  Ici  p.  694. 

(4)  Cfr.  ici,  p.  479. 

(5)  La  variante  «  dayhoûr  »  me  fait  croire  que  le  mot  primitif  était 
«  dayjoûr  »,  mot  technique  désignant  la  nuit  de  destruction  de  tous  les 
êtres  vivants,  cette  mise  en  suspens  de  la  création  qui  doit  précéder 
immédiatement  la  première  trompette  du  Jugement  [Lisân  al'arab,  V, 
363  ;  comp.  à  Shattanawfî,  bahj'ah,  59). 

(6)  Cfr.  Qor.  XXII,  21  :  yoshar.  C'est  le  terme  technique  désignant 
le  cône  d'ombre  où  s'éclipse  la  lune. 

(7)  Mais  l'allusion  d'Ibn  'Arabt  en  fait  un  exposé  de  la  doctrine  du 
toûl  wa  'ard  (ici  p.  379  et  n.  2). 

(8)  ihâtah  =  Hlm  (opp.  ma'rifah)  selon  Jonayd,  Sayyârî,  Wâsitî  (ici 
p.  543,  n.  4). 

(9)  Suprà,  p.  131. 

(10)  Qor.  LV,  2-3. 

52 


8l8  CHAPITRE    XIV 

l'homme  et  l'élocution  concluante  »,  cfr.  Ghiyâth  (ici  p.  79)  et  son 
«  Bayâa  »  où  l'an  290/902  était  annoncé.  Serait-ce  les  Riwâyât,  qui 
contiennent  la  même  date  (ici  p.  74)  ? 

A  11  =  B  17.  Kaydai  shaytânwa  amr  al  soHân.  «  Le  stratagème  de 
Satan  et  le  commandement  du  souverain  ».  —  Cfr.  Ibn  abî'l  Donyâ 
(makâyid  al  shayiân  loa  haivâtif  (l)  et  Fârâbî  (ara  al  madînatal  fâdi- 
lah,  115),  chez  qui  «  kayd  »  désigne  les  sources  de  corruption  politico- 
sociales. 

A  12^  B  18.  al  osoûl  îva'l  foroû'.  «  Principes  du  droit  et  applica- 
tions pratiques  ».  Allusion  possible  à  cet  ouvrage  ap.  Hojwîrî  [kashf, 
trad.  p.  151,  1.  16,  comp.  ms.  Paris  Supp.  pers.  1086,  f.  87^).  Ces  deux 
mots  ont  un  sens  spécial  chez  Tostarî  (2). 

A  13  =  B  19.  sirr  ai  'âlam  [wal  mab'oûth].  «  Le  secret  de  l'univers, 
et  le  héraut  (divin)  ».  —  C'est  vraisemblablement  \e  fasl  jVlmahabbah 
traduit  ici  p.  602.  —  Comp.  sirr  al  'âlamayn  de  Ghazâlî. 

A  14  =  B  20.  aVadl  wal  taivhld.  «  L'équité  et  l'unité  divines  ». 

Critique  des  deux  premières  «  bases  »  du  mo'tazilisme,  cfr.  ici  p. 615. 

A  15  =  B  21.  a/  siyâsak,  al  kholafâ,  wa'lomarâ.  «  La  politique,  les 
khalifes  et  les  émirs  ».  Probablement  identique  à  VAdab  al  luizârah 
cité  p.  246. 

A  16  =  B  22.  Hlm  al  baqâ  wa'l  fana.  «  La  science  de  la  perséité  et 
de  l'anéantissement  ».  Mise  au  point  de  la  thèse  connue  d'Aboû  Sa'îd 
Kharrâz  (3).  D'où,  probablement,  le  fragment  trad.  ici  p.  521-523  (tan- 
zîh  [an  al  na't  wa'l  wasf), 

A  17  =  B  23.  skakhs  al  zolomât.  «  L'individualité  (factice)  des  om- 
bres »  (4),  c'est-à-dire  «  des  formes  matérielles  (cfr.  ici  p.  482,  1.  4  ; 
488,  1.  4  ;  485,  1.  2).  Comp.  le  mot  d'Aboù  'Amr  Dimishqî  :  «  alashkhâs 
bizolomâtihâ  kainah...  »  (5). 

A  18  =3  B  24,  Noûr  al  noûr.  «  La  Clarté  (créatrice)  de  la  lumière  ». 
Extrait  ap.  Solamî,  tafsir,  in  Qor.  XXIV,  35.  C'est  probablement  le 
noûr  al  asl  cité  par  Bîroùnî,  comp.  Ghazâlî,  mishkât,  p.  16. 

(1)  Ms.  Caire  ;  nbr.  extr.  in  Shibli,  âkâm  al  morjân.  Cfr.  Soyoùtî, 
dorar,  136. 

(2)  tafsîr,  p.  69,  125  ;  cfr.  suprà,  p.  578. 

(3)  Ici  p.  195. 

(4)  Cfr.  les  antithèses  de  ces  deux  racines  in  Qor.  XIV,  43,  XXI,  97. 

(5)  Trad.  «  Les  individualités  (comme  des  silhouettes)  sont  à  la  taille 
de  leurs  ombres,  mais  les  esprits  acquièrent  la  fulgurance  de  leurs  clar- 
tés ;  celui  qui  considère  les  individualités  voit  son  temps  s'enténébrer 
(comme  elles),  et  celui  qui  contemple  les  esprits  dans  leurs  clartés  (di- 
vines) se  voit  mené  (par  elles)  jusqu'à  Celui  qui  les  allume.  » 


LES    ŒUVRES    d'aL    HALLAJ  819 

A  19  =  a/  molajallnjdt.  «  Les  illuminatioDS  transfigurantes  »  = 
B  25  :  al  mi>(ja  alitât  «  les  communications  surnaturelles  ».  A  identifier 
vraisemblablement  aux  Hiwdyât  {cïr.  suprà,  A  10). 

A  20  =  B  26  :  al  hayd/dl  [wal  'âlam  irai  'dlim].  «  Les  enveloppes 
matérielles  (=  sphères  d'action  des  esprits),  l'univers  et  le  savant». 
Cfr.  ici,  p.  482. 

A  comp.  aux  doctrines  de  Sohrawardî  d'Alep  (maqâdir). 

A  21  =:  B.  27  [rnadh  al  Nabi  iva']l  malhai  al  aUd  {{).  «  L'éloge  du 
Prophète,  et  la  parabole  suprême  »  (Qor.  XVI,  62).  Conservé  au  chap.  I 
des  Taivâsîn. 

A  22  =  B  28.  [al\  cjharïb  al  fasih.  1°  (avec  l'article  :)  «  Le  maître 
original  et  éloquent  »  (allusion  au  surnom  d'al  Ilallàj  :  «  Doctor  Singu- 
laris  ^))  {t)  ;  2^  (sans  l'article)  :  «  particularités  (obscures)  de  l'élo- 
quence ». 

A  23  =  B  29.  al  noqtah  (3)  wa  bad'  al  khalq.  «  Le  Point  (primor- 
dial) el  le  plan  cosmogonique  »,  fragment  trad.  suprà,  p.  632-633. 

A  24  =  B  30.  al  qiyâin[ah\  lU'i'l  qiydmât.  «  La  Résurrection  (géné- 
rale) et  les  résurrections  (mystiques)  ».  Les  mystiques  comparent  les 
étapes  de  la  sanctification  de  l'âme  à  la  Résurrection  (cfr.  ici,  p.  8o3). 

A  25  =  B  14,  al  IKibrivarj  'azamah.  «  La  majesté  divine  et  la  preuve 
cosmologique  ».  Mohâsibî,  sous  le  même  titre,  démontre  la  sagesse 
divine  par  l'ordonnance  merveilleuse  de  l'univers.  Titre  repris  par  Ibn 
abî'l  Donyâ  (ms.  KraiTt),  et  Aboù'l  Shaykh  Ibn  Hayyân  ïsfahânî 
(+  369/979  :  Shiblî,  âkdm  ai  morjdn,  i3,  152)  :  pour  le  même  sujet. 

A  26  =  B  31.  al  salât  iva'l  salaivât.  «  La  Prière  (canonique)  et  les 
bénédictions  divines  ». 

A  27  ^  B  32.  [Khazain  al  Khayrâi,  wa  yo'raf  bi]a^  Alif  al  maqtoû* 
ival  Ali f  al  ma'loûf.  «  Les  trésors  des  grâces  »  surnommé  «  L'A  isolé 
et  VA  mis  en  composition  »  (4j  =  le  chap.  VIII  des  Tawâs/n  dont  les 
schémas  (§  4  et  §  5)  expliquent  ces  deux  formes  de  VA  (comp.  aussi 
Taw.  IV,  11  ;  IX,  2-3). 

A  28  =  B  33.  Mawdjîd  al  'àrifln.  «  Les  intuitions  extatiques  des 
sages  ».  Cfr.  ici,  p.  529,  n.  l.  D'où,  probablement  le  fragment  trad. 
ici,  p.  523-525  {raf  alanuiyah).  Cfr.  sous-titre  de  Makki  {qoût  I,  84  ; 
II,  23). 

(1)  Qor.  XXX,  26. 

(2)  Taw.  VI,  20. 

(3)  Gorr.  du  ms.  Shahîd  'Alî  Pâshâ  1934. 

(4)  C'est-à-dire  hamzah  isolé,  ou  placé  sur  un  alif  (Ibn  Mâlik,  Aljîyah, 
éd.  Goguyer,  295»',  26P). 


820  CHAPITRE    XIV 

A  29  =  B  34.  [KhaJq  ktialâ'ig  al  Qor'dn  wa']  li'tibâr.  «  L'appropria- 
tion de  la  Parole  divine  aux  créatures  sous  des  formes  modalisées,  et  le 
rôle  de  la  pensée  discursive  »  (1).  Cfr.  ici  p.  6U0  (théories  de  Nazzâra  et 
d'Ibn  Karrâm)  ;  et  A  21.  11  y  en  a  peut-être  un  fragment  ap.  Taw.  V, 
31-39. 

A  30  =  B  35.  al  sidq  wa'l  ikhlâs.  «  La  sincérité  et  la  pure  énoncia- 
tion  que  Dieu  est  un  ».  Cfr.  sur  la  shahâduli,  Akhb.  44,  48  (2)  ;  ici 
p.  787. 

A  31  =  B  36.  al  amlhâl  [wa'l  abwâb].  «  Les  paraboles  et  les  portes 
(d'enceintes)  ». 

A  identifier  aux  chapitres  IV,  V  (§  1-7)  des  Taivâsîn. 

A  32  =  B  37.  a/  yagîn.  «  La  certitude  »,  Cfr.  ici,  p.  324  ;  et  fragm. 
ap.  Solamî,  tafs'ir,  in  Qor.  II,  5  (3).  Titre  d'Ibn  abî'l  Donyâ  (ms.  Kôpr.  ; 
Damas,  Zah.). 

A  33  (mq.  B).  al  tawhîd.  «  La  formule  d'unité  divine  ».  C'est  peut- 
être  la  risâlah  fVal  tawhld  ['1 261)  analysée  ici  p.  782. 

A  34  (mq.  B).  al  najm  idhâ  hawà.  «  Par  l'Etoile,  quand  elle  se  cou- 
che !  »  (Qor.  LUI,  1)  (4).  Etude  de  l'extase  mohammédienne  du  Qâb 
qaivsayn  =rchap.  V,  §  8-39  des  Towâsîn. 

A  33.  al  dhâriyâti  dhancâ.  =  B  38.  vothârat  al  ma'rifah.  «  Celles 
qui  éparpillent  »  (Qor.  LI,  1  ;  symbole  selon  Qoshayrî,  ta/sir,  in  loco, 
de  la  «  brise  de  rap[)roche  divine  »)  =  v  Miettes  de  la  Sagesse  ».  C'est 
le  Boslân  al  rna'rifah  =  opuscule  XI  de  la  collection  des  Tawâsîn  = 
Le  Verger  de  la  Sagesse. 

A  36  =  B  39.  inna  lladhî  anzala  (5)  'alayka'i  Qor'dn...  «  Certes, 
Celui  qui  t'a  (séparé  de  Sa  contemplation  et  t'a)  injposé  la  prédication 
du  Qor'ân,  va  te  ramener  vers  Lui,  pour  que  tu  Le  rencontres  »  (Qor. 
XXVIII,  85).  Hallâj  commente  :  «  Certes  Celui  qui  t'a  séparé  de  Lui, 
en  l'investissant  {ad  extra)  d'un  message  pour  ses  créatures,  va  te 
ramener  {ab  intra)  devant  l'idée  de  l'union  mystique,  en  te  dérobant  à 
leurs  regards  et  à  tes  entretiens  avec  eux  relatifs  à  ce  message  et  à  ce 
qu'ils  en  saisissent,  ente  plaçant  spécialement  en  un  lieu  très  près  de 
Lui,  et  ente  douant  d'un  mode  d'expression  très  épuré  ».  Il  s'agit  de 

(1)  0pp.  â  Kalâm  nafsî. 

(2)  <'t  Sol.  in  Qor.  XXXIX,  :^2-3^  ;  XLVI,  IS. 

(3)  Cfr.  'Attâr,  ladlik.,  II,  140. 

(4)  t  Symbole  de  l'extase,  quand  elle  aborde  le  cœur  »  (Baqlî,  tafs. 

S.  V.). 

(5)  Sic  :  pour  farada  (cfr.  suprà,  p.  244). 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  82 1 

l'Ascension  nocturne  (1)  et  du  qâb  qa/vsayn   (2),  ce  qui    identifierait 
l'opuscule  avec  le  chap.  II  des  Tawâsîn. 

A  'M  (mq.  R).  al  dorrah.  «  La  Perle».  «  Dédié  à  Nasr  al  Qoshoûrî  '>(3). 
Sur  la  «  perle  »,  voir  Riwàijdt,  XXII. 

A  38  (mq.  B).  al  siyduih.  «  La  politique  ».  «  Dédié  à  Hosayn  ibn 
Hamdàn  »  walî  de  Qomin,  puis  de  Diyâr  Rabî'ah  (i).  CPr.  suprn^  A  15. 

A  39  =  B  9.  Hoiva  howa.  «  L'investiture  divine,  à  un  sujet  humain, 
de  la  prédication  légitime  de  la  phrase  «  (le  droit  de  parler  A  la  première 
personne  n'appartenant  qu'à  Dieu).  Comp.  ap.  Taivâshi,  index  ;  So- 
lamî,  in  Qor.  GXIl,  1;  et  BaqIÎ,  5/^/</^  f.  17hseq.  Gfr.  ici,  A  10  et  A  29. 

A  40  =r  (mq.  B).  Kayf  kdn  wa  kayf  yakoûn.  «  Gomment  Dieu  a  tou- 
jours été,  et  comment  II  sera  toujours  ».  Affirmation  positive  de  Ses 
attributs  immuables.  Cfr.  J'aicâsln,  IX,  §  12  à  X,  §  20  ;  et  ici,  p.  641. 

A  41  =  B  1.  a/  wojoûd  al  awival.  «  Le  premier  mode  d'exister  ». 
Lesciioses  reçoivent  d'abord  de  Dieu  une  modalité  idéale  de  possibles 
^  la  qualification  préalable  de  leurs  essences.  Cfr.  ici,  p.  561. 

A  43  =  B  2.  al  ivojoûd  al  thâni.  «  Le  second  mode  d'exister  ».  Les 
choses  reçoivent  ensuite  de  Dieu  existentialisation,  hic  et  mine,  par  le 
fiai.  Cfr.  aussi  Khalq  aicnval  etRhalq  Ihânî  (Malatî,  41),  des  Qarmates 
et  des  Druzes,  paraphrasant  Qor.  I  ,  14  pour  y  voir  :  la  vie  présente, 
et  la  résurrection)  (.S). 

Il  se  peut  que  Hallâj  ait  aussi  en  vue  cette  exégèse  (cfr.  A  24).  Comp. 
les  deux  titres  donnés  par  Bîroùnî  (ici  p.  815,  n.  4). 

A  42=  B  13.  al  Kihrlt  al  ahmar.  «  Le  soufre  rouge  ».  Ce  titre  d'ap- 
parence alchimique  vise  les  saints  mystiques,  selon  Makkî  {qoût,  J,  109). 
Sha'râw'î  a  repris  ce  titre  [741-b). 

A  43  =  (mq.  B).  Aitâô  al  Sâmarrî  wa  jaivàhoho.  «  Lettre  de 
Sâmarrî  ;  avec  sa  réponse  ».  Cfr.  ici,  p.  255  (lettres  figurant  au  dossier 
du  procès). 

(1)  Wàsitî  glose  «  ilà  mi'âd  »  par  «  ilà  laylat  al  masrâ  »  (Baqiî, 
t.  II,  p.  133). 

(2)  Le  sâlimiyen  Ibn  Barrajân,  en  son  tafsîr  (s.  v.),  explique  à  peu 
près  de  même  le  verset  :  Dieu  qui  t'a  séparé,  dans  Son  absolue  prééter- 
nité,... va  te  ramener...  en  te  confiant  la  mission  de  prophète  ».  Cfr. 
comm.  de  Farghânî  {montahâ,  L  84)  et  de  Sowaydî  {Ku^hl\  122  :  sens 
moniste). 

(3)  Ici  p.  213.  233,  237,  239,  250,  315,  361. 

(4)  Ici  p.  118,  Ibn  Hamdân  ayant  été  emprisonné  en  303/915  (il  mou- 
rut en  306/918),  cet  opuscule  serait  antérieur  à  303/915. 

(5)  Cfr.  Qor.  LUI,  48. 


§22  CHAPITRE    XIV 

A  44  =  B  3.  Z.^  Kayfa  =  Nafy  al  iafhbîh.  «  L'Incomparable  »  = 
«  L'incomparabilifé  de  l'essence  div  îdp  ».  Consct-vé  (peut-être  en  entier) 
=  ["a(/îdah    publiée  par  Kalâbâcihî  (trad.  ici,  p.  636). 

A  -45  =  (mq.  B).  al  Kayfiyah  wa'l  haqiqah.  «  L'analogie  et  le  sens 
propre  ».  Sur  cette  question,  cfr.  ici,  p.  565,  516. 

A  46  (mq.  B).  al  Kay/hjoh  ica'l  (i)  majàz.  «  L'analogie  et  le  sens 
figuré  ».  Sur  cette  question,  cfr,  ici,  p.  588,  566  Même  titre  ap.  Ash'arî, 
bânak,  §  l  (ms.  Kôpr.  836).  Cfr.  Ibn  Khaldoûn,  trad.  Slane,  Ili, 
320-321  (2). 


II 

Histoire  des  textes  conservés. 

a)  Les  sentences  détachées. 

Plus  de  trois  cent  cinquanie  citations  isolées  des  œuvres 
d'al  Hallâj  sont  entrées  dans  le  répertoire  des  sentences 
classiques  de  la  mystique  musulmane  au  cours  du  iv^ix"  siè- 
cle. Nous  avons  donné  plus  haut  les  noms  de  leurs  râwis  ou 
transmetteurs,  jusqu'à  Solamî  et  Qoshayrî,  qui  les  ont  défi- 
nitivement fixées  par  écrit. 

Ces  logia  ont  une  valeur  exceptionnelle  ;  en  tant  (\u  en- 
castrées dans  d'autres  textes,  e'ies  se  trouvaient  désormais 
échapper  aux  retouches  éventuelles  qui  menacent  les  textes 
de  longue  haleine.  C'est  sur  elles  que  nous  avons  basé  notre 


(1)  Ms.  Kôpr,  1134  (le  ms.  Paris  4458,  et  l'édition  Fluegel  portent, 
par  erreur  :  bi'l). 

(2)  Ces  deux  derniers  titres,  qui  discernent  Vanalogie  (méthode  syl- 
logistique  :  cfr.  ici,  p.  578)  à  la  fois  du  sens  propre  (visé  par  les  dialec- 
ticiens) et  du  sens  figuré  (visé  par  les  poètes  :  inverse  de  la  parabole), 
montrent  qu'ai  Ilallâj  avait  pris  parti  contre  les  mo'tazilites,  en  admet- 
tant des  synonymes  (ici  p  576 1  :  majàz,  c'est  le  sens  figuré,  humain  et 
passager,  l'aspect  temporel  des  choses,  celui  qui  nous  importe  vis-à-vis 
des  hommes;  haqiqah,  c'est  leur  sens  propre,  divin  et  définitif,  l'aspect 
prééternel  des  choses,  celui  qui  nous  importe  vis-à-vis  de  Dieu  (ici 
p.  570). 


LES   OEUVRES  d'al  hallaj  8a3 

reconstitution  de  la  terminologie  technique  d'al  Hallaj,  de 
préférence  aux  Tawâsm.  On  trouvera  dans  notre  Essai  de 
plus  amples  détails.  Voici  simplement  la  liste  des  auteurs 
ayant  recueilli  ces  logia  avec  indication  du  nombre  des 
citations  nouvelles  chez  chacun  : 

Kalûbâdhi  (taarrof)  (\)  :  43  —  Sarrfij  (loma')  :  3. 

Solamî  [tabaqât,  18  ;  haqa'iq,  195  (2)  ;  jawâmï\  7  ;  gha- 
lataî,  1  =):  221  — 

Kharkoûshî  :  2  —  Qoshayrî  (risâlah)  :  8  —  Hojwîrî  :  1  — 

Ibn  Yazdânyâr  :  2  —  Harawî  [tabaqâl)  :  1  —  Ibn  Khamîs  : 
2  (dérivant  d'Ibn  Jahdam). 

Kirmânî  [hïkâyah]  :  7  —  Baqlî  [tafsir,  32  ;  shathiyât,  26)  : 
58  (dérivant  vraisemblablement  d'œuvres  perdues  de  So- 
lamî) —  'Attâr  (tadhkïrah)  :  12  —  Fànî  :  1  —  Ibn  'Aqîlah  : 
1  —  Total  :  362. 

b)  Les  Rmâyâi. 

L'histoire  littéraire  de  ces  vingt-sept  «  traditions  »  est 
malaisée  à  établir  (3).  Leur  authenticité  dont  j'avais  d'abord 
douté,  — caria  doctrine  hallagienne  qu'elles  nous  présen- 
tent est  encore  très  rudimentaire,  et  sa  terminologie  appro- 
priée à  un  auditoire  populaire  (4),  —  ressort  du  fait  qu'elles 
sont  exactement  du  même  style  que  les  deux  fragments  in- 

(1)  Indiqué  par  une  périphrase  (voir  infrà,  p.  10*). 

(2)  Cité  sous  le  simple  prénom  «  al  Hosayn  »,  comme  l'observe  Ibn 
al  Jawzî  {nâmoûs,  XI)  ;  ce  qui  amène  Qoûndoùzî  {yanâbi  'al  moîvad- 
dak,  1302,  p.  400)  à  en  attribuer  une  à  al  Hosayn,  le  fils  d"Alî. 

(.S)  C'est,  en  somme,  un  recueil  à'ahâdith  qodsiyah  (cfr.  les  XL  pla- 
cés par  Nabhânî  en  fête  de  son  jâmi'  al  thanâ,  p.  11  seq.),  où  il  n'y  a 
d'insolite  que  les  préambules. 

(4)  Comp.  Riw.  IV,  avec  Taw.  p.  191  ;  XIIÎ  et  XXV  (shahâdah)  avec 
ici  p.  787  ;  XVII  (Mohammad)  avec  sa  distinction  ultérieure  entre  pro- 
phètes et  saints  ;  XXIII  (dorrak)  avec  ici  p.  639;  XXVII  (les  trois  cent 
soixante  œillades)  avec  ici  p.  663  {Madad  al  Roûh). 


824  CHAPITRE   XÎV 

criminés  au  procès  de  301/913:  leur  isnâd  correspond  à 
l'invocation  du  «  Maître  de  la  clarté  scintillante  »,  citée  par 
Ibn  abî  Tâhir  et  Soûlî  ;  et  leur  texte  proprement  dit  de  ha- 
â??//i  ^06/,??,  faisant  parler  Dieu  à  la  première  personne,  cor- 
respond à  l'autre  fragment  conservé  par  Soûlî:  u  Je  suis 
Celui  qui  a  noyé  le  peuple  de  Noé,  —  Celui  qui  a  détruit 
'Âdet  Thamoûd  .)(!). 

Elles  ne  sont  citées  nulle  part  avant  Ibn  al  Dà'î,  qui  traduit 
et  critique  lehadîth  qodslde  la  XXII*.  Baqlî  les  publie,  comme 
les  Tawâsin,  en  traduclion  persane,  mot  à  mot,  avec  un 
copieux  commentaire  qui  paraît  condenser  divers  commen- 
taires antérieurs  :  **  il  y  fallait,  dit-il,  un  commentaire,  pour 
parer  aux  attaques  des  adversaires  ;  car,  seul  parmi  les 
shaykh,  al  Hallâj  s'est  servi  à'isiiâd  extatiques  »  (2). 

L'une  d'elles  est  datée,  au  plus  tard,  de  Tan  290/902  ; 
elles  représentent  donc  la  toute  première  période  de  Facti- 
vité  littéraire  d'al  Hallâj  :  entre  282/894  et  295/907  ;  ce  sont 
des  exhortations  populaires  à  une  vie  intérieure  fervente,  de 
piété  et  de  renoncement. 

c)  Le  diwân  :  des  «  poèmes  et  oraisons  extatiques  ». 

Une  des  caractéristiques  du  style  d'al  Hallâj  (3),  c'est  l'as- 
sociation intime  de  la  prose  rimée  et  de  la  poésie  ;  la  pre- 
mière formant  introduction  explicative,  préparant  au  récitatif 
passionnel  qui  est  en  vers.  Cela  est  particulièrement  net 
dans  la  série  de  ses  discours  publics,  oraisons  sous  forme  de 

(1)  Cfr.  aussi  la  fin  du  Kitâb  'ayn  al  jam'  (trad.  ici,  p.  815)  ;  ici 
p.  231  ;  Qor.  LV,  78  ;  XXV,  1,  H,  62. 

(2)  Ces  isnâd  rappellent  les  serments  des  plus  anciennes  sourates 
coraniques.  Quant  aux  Aa/i/A,  ils  répondent  exactement  à  la  conception 
que  MohAsibî  et  Tirmidhî  {Khâtam,  quest.  9,  54,  57,  66,  71,  146)  se 
font  des  saints  mohaddithoûn.  Cfr.  ici,  p.  57-58. 

(3)  Etudiée  infrà. 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  826 

^7iO//^rtA,  recueillies  pendant  sa  dernière  prédiralion  publique, 
àBagilad.  de  295/907  à  297/909  (1). 

Elles  ont  élé  réunies  de  bonne  heure  en  un  recueil  indé- 
pendant, avec  ses  autres  compositions  poétiques  ;  probable- 
ment par  Fàris  Dînawarî  (2)  :  c'est  le  diwân  anKâr  wa  mo- 
nâjât,  dont  les  copies  étaient  fort  rares.  Ooshayrî,  à  propos 
d'un  curieux  phénomène  de  télépathie,  en  cite  (3)  une  qui 
figurait  «  en  un  petit  volume  carré,  relié  en  rouge  »,  dans  la 
bibliothèque  de  Solamî,  à  NlshàpoCir,  sikkat  al  Noiind  (4). 
Un  autre  exemplaire,  grâce  à  un  second  cas  de  télépathie, 
est  remis  en  cadeau  à  HoJNvîrî  par  Bakr-ibn  al  *Alâ  (5),  de 
Ramleh,  en  Palestine.  Après  cela,  il  n'en  est  plus  lait  men- 
tion :  les  poèmes  se  trouvant  édités  de  préférence  dans  le 
cadre  romanesque  des  «  Visites  »  de  Shibli  et  Ibn  Kiialîf.  Le 
manuscrit  Kôpr.  1620  réfère  peut-être  à  ce  dîwàn  primitif  ; 
mais  les  extraits  d'al  Hamadhânî  réfèrent  plutôt  à  un  recueil 
de  seconde  main. 

Quant  à  la  seconde  partie  du  recueil,  les  oraisons  [inonâjât), 
elles  peuvent  avoir  servi  de  base  au  curieux  opuscule  quibn 
'Aqîl,  le  grand  jurisconsulte  hanbalite,  dut  désavouer  en 
465/1072  (6)  ;  si  c'est,  comme  nous  le  supposons,  cet  opus- 
cule, qui.  réédité  par  Ibn  al  Qassâs,  fbn  al  Ghazzàl  et  Ibn 
al  Sâ'î,  en  des  recensions  maintenant  perdues,  — a  été  la 
source  des  a  oraisons  »  qui  nous  sont  parvenues  en  quatre 
manuscrits  (7),  sous  la  forme  des  Akhbâr  al  Hallâj  ano- 


(1)  Trad.  ici,  pp.  123-126. 

(2)  Il  cite  des  sentences  (Kal.  10),  qu'il  commente  au  moyen  devers 
(cfr.  Sol.  in  Qor.  XXXIII,  72)  ;  il  cite  des  vers  (ap.  Harawî). 

(3)  Qosh.  III,  181. 

(4)  Sam'ânî,  s.  v. 

(5)  Et  non  Zaki. 

(6)  Ici  p.  366-367. 

(7)  Londres  888  ;  Solaymaniyah  1028  :  Tâhir  Jazâ'irî  ;  Berlin  3492. 


826 


CHAPITRE    XIV 


nymes  que  nous  avons  éditées  (l).  Il  se  peut  même  que  le 
ms,  C,  qui  donne,  à  la  suite  des  «  oraisons  »,  quelques 
poèmes  isolés,  soit  basé  sur  le  premier  dîivàn  (2). 

L'état  de  ces  manuscrits,  assez  récents,  atteste,  en  tout 
cas,  que  le  texte  primitif  du  diwàn  ne  serait  parvenu  jusqu'à 
leurs  copistes  qu'à  travers  un  très  grand  nombre  de  copies 
intermédiaires,  avec  de  curieuses  retouches  intention- 
nelles (3)  remontant  peut  être  à  Ibn  'Aqîl  (4). 

Les  «  oraisons  »  ont  été  consultées  et  citées  par  Solamî, 
Baqlî,  'Izz  Maqdisî,  Râshid  al  Dîn,  Farghânî,  Maybodhî,  Amîr 
Dâmâd,  Bahâ  'Amilî  et  Monâwî. 

Nous  avons  pu  réunir,  comme  poèmes  (5)  :  dix  qaddah  (de 
plus  de  sept  vers),  soixante-dix-sept  moqâta'ah  (de  trois  à 
sept  vers)  et  six  yatimah  (vers  isolés),  soit  environ  trois  cent 
soixante  vers  authentiques.  Nous  avons  en  outre  sous  son 
nom  plus  de  six  qasîdah,  douze  moqâtdah  et  trois  yatimah 
apocryphes. 

Oraisons  et  poèmes,  qui  représentent  la  seconde  phase  de 
l'activité  littéraire  d'al  Hallâj,  après  295/907,  —  valent  sur- 
tout pour  l'étude  psychologique  d'un  cas  individuel  :  type  de 
l'ascète  se  disant  parvenu  à  l'union  mystique  ;  et  s'efTorçant 
d'exprimer  les  modalités  de  sa  réalisation  ;  par  certains 
accents,  où  l'élan  d'amour  divin,  ardent  et  humble,  éclate  (6). 

d)  Les  longs  fragments  dogmatiques  et  le  recueil  factice  des  Tawâsîn. 
Il  nous  reste  enfin  d'al  Hallâj  une  série  de  longs  frag- 

(1)  Quatre  Textes,  IV. 

(2)  Au  contraire  l'anthologie  poétique  du  ms.  A  est  fondée  sur  le 
cadre  légendaire  des  «  Visites  ». 

(3)  Ici  p.  298  et  p.   810. 

(4)  Ici  p.  482,  n.  4. 

(5)  Edition  préparée. . 

(6)  (?r.  p.  27-29. 


LES    OEUVRES  d'aL    HALLAJ  827 

ments,  exposés  dogmatiques,  amples  développements  de  sa 
pensée,  qui  nous  ont  permis  de  comprendre  et  d'exposer  sa 
méthode. 

Quatre  d'entre  eux  nous  sont  parvenus  isolés  :  deux  ^aqi- 
dah,  le  f ad  fil  mahabhah,  l'exposé  du  tanzih  'an  al  nat  iva'l 
wa^f^  et  une  risàiah  fil  tawhid  sans  importance. 

Les  autres  ont  été  réunis,  postérieurement  à  l'époque  de 
la  rédaction  du  catalogue  recopié  par  Ibn  alNadîm,  sous 
forme  d'une  collection  factice,  intitulée  «  Kitàb  al  Taivà- 
sin  )'  (i).  Ce  titre  au  pluriel,  inspiré  du  titre  Ta  sin  al  Azal 
(opuscule  n"  /),  apparaît  pour  la  première  fois  au  vi7xii^  siè- 
cle chez  Sohrawardî  Maqtoûl  (2).  Tl  réfère  à  une  collection 
raisonnée  et  graduée  d'au  moins  (3)  onze  opuscules  distincts  : 
le  dernier,  Bostân  al  ma' ri f ah  (opuscule  n°  S5),  copié  isolé- 
ment dans  le  ms.  Solaymaniyah  1028,  manquait  dans  lems. 
dont  Baqlî  (4)  s'est  servi.  Au  milieu  de  la  collection  (5),  on 
repère  aisément,  grâce  à  son  titre  et  à  son  sujet,  le  début  du 
Tâsîn  al  Azal. 

En  dehors  de  ces  points  de  repère,  la  subdivision  de  celle 
collection  est  malaisée  à  établir;  les  rappi'ocliements  que 
certains  passages  suggèrent  avec  certains  titres  d'opuscules 
perdus  sont  insuffisants.  Les  clausules  du  ms.  de  Londres 
qàla  (I,  i),  hadhà  kalàmoho  (III,  7),  qâla  (V,  24,  31  (6)  ;  VJ, 
20  ;  XI,  \   ne  prouvent  généralement  que  l'insistance   du 


(1)  «  loal  Yawâsîn  »,  ajoute  Sadr  Shîrâzî  {asfâr,  454^),  je  ne  sais 
sur  quelle  autorité. 

(2)  Kalimat  al  tasawwof.  —  Ibn  al  Dâ'î  l'ignore. 

(3)  Le  ms.  Londres  888  ignore  les  chap.  IX-X. 

(4)  Il  n'en  a  connu  que  la  première  phrase,   qu'il  commente  comme 
une  sentence  détachée. 

(5)  Chap.  VI  de  notre  édition.  Baqlî  ignore  les  §|  26-29  de  ce  cha- 
pitre. 

(6)  Eu  VI,  I,  sous  le  titre. 


$28  CHAPITRE    XIV 

disciple  qui  édite  le  texte,  à  marquer,  aux  endroits  impor- 
tants, qu'il  écrit  sous  la  dictée  expresse  du  maître. 

J'avais,  pour  établir  l'édition  de  1913,  recouru  aux  cou- 
pures pratiquées  dans  le  texte  par  le  commentaire  de  Baqlî, 
qui  avait  discerné  au  moins  dix  Ta  sîn  distiucls,  auxquels  il 
avait  donné  des  noms  de  son  choix  que  j'avais  fait  corres- 
pondre aux  chapitres  1-X  des  Tawà.un.  Un  examen  plus 
approfondi  m'a  fait  discerner  l'erreur  de  Baqlî,  qui  a  cru 
pouvoir  désigner,  sous  ce  nom  de  «  Ta  sîn  »,  douze  mystères 
principaux,  thèmes  symboliques  distincts,  successivement 
envisagés  par  al  Hallâj,  sous  forme  d'allégories  verbales: 
si?'âj\  fahm,  safâ^  dairah,  noqtah,  azal,  mashtahy  tawhîd^ 
ionzih^  nafy  al  'Ual^  nafy  wa  ïthhâl  (I)  résumés  en  schémas 
géométriques  ou  algébriques  (IV,  1  ;  V,  1 1  ;  VII,  1  ;  VIII,  5  ; 
IX,  1  ;X,  I,  16,21). 

Mais  ce  mode  de  sectionnement  du  texte  est  une  surcharge 
artificielle,  qu'il  soit  ou  non  dû  à  Baqlî  lui-même.  Si  le  cha- 
pitre I  peut  être  considéré  comme  une  péricope  indépen- 
dante (2),  II  (3)  et  III  (4)  ne  forment  pas  clairement  des  touts 
isolés  ;  IV  (5)  débute  de  façon  abrupte,  et  paraît  se  terminer 
par  V,  1-7  (()).  V  est  très  complexe,  et  si  le  §  8  paraît  être 
un  vrai  recommencement,  indépendant  de  ce  qui  précède, 
—  §13  ne  marque  guère  qu'une  reprise  de  la  pensée,  de 
même  que  §  31  :  cependant  §  33  contiendrait  une  sorte  de 

(1)  Baqlî  subdivise  en  trois  le  chapitre  X  (X,  1-15,  16-20,  21-24). 

(2)  A  identifier  avec  le  madh  al  nahî  (op.  n°  21)  :  peut-être  identique 
lui-même  au  ffâ  Mîm  ni  Qidam  de  Wâsitî  (cfr.  I,  §  6,  15). 

(3)  A  rapprocher  du  inna  lladhi  anzaln. ..  (op.  n"  36). 

(4)  Fait  songer  au  jaivhar  akhar  wa  shajarah  (op.  n"  2).  Le  mot  ma- 
fâzah  est  commun  h  III,  3  et  IV,  1. 

(5)  Serait  amthâl  wa  abivâb  (op.  n^  31)  ;  comparable  anx  daiva'ir  iva 
noqat  druzes. 

(6)  Cependant  les  paraboles  des  oiseaux  (IV,  5  ;  V,  8,  21,  33)  le 
relient  avec  V. 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  829 

citation  du  §  23,  si  le  texte  de  Londres  est  à  reclasser  suivant 
l'édition  de  Baqlî  (1  j. 

Le  chapitre  VI  contient,  à  la  suite  du  Ta  sln  al  Azai  [)ro- 
prement  dit  (§1-13),  deux  morceaux  parallèles  (§14-17, 
§  18-36)  (2),  probablement  indépendants  (3)  ;  le  chapitre  Vil 
n'étant  apparemment  que  la  suite  du  second.  VIII  (4)  et  IX 
sont  peut-être  indépendants;  mais  IX,  13-14  se  relie  étroi- 
tement à  X,  dont  rhomogénéilé  reste  incertaine  (5). 

Malgré  la  contexture  factice  de  cet  ensemble  d'opuscules, 
—  les  soudures  sont  si  peu  apparentes,  et  l'ensemble  donne 
une  impression  de  gradation  si  indéniable,  que  la  main  qui 
l'a  construit  se  décèle  comme  la  main  respectueuse  et  dis- 
crète d'un  disciple  convaincu. 

Tous  ces  fragments  semblent  avoir  été  dictés  entièrement 
par  al  Hallàj  lui-même,  au  premier  éditeur  autorisé  (6)  de 
ses  œuvres,  AboCi  'OmàrahHâshimî,  a  lias  Ahoù  Bakr  Rabî'î, 
alias  Wàsitî.  C'est  à  lui  qu'on  peut  attribuer  le  passage 
interpolé  VI,  §  20-25,  expression  d'une  théorie  ^<  satanique  » 
de  la  mystique  d'al  Hallâj,  qui  sera  examinée  plus  loin. 

Mais  il  se  peut  que  l'arrangement  même  du  recueil,  en 
son  état  actuel,  remonte  un  peu  moins  haut  ;  c'est  une  sélec- 
tion, elle  exclut  certains  textes  risqués  favorisant  l'exégèse 
de  Fâris  (7)  ;  elle  peut  donc  n'avqir  été  faite  qu'au  v/xi'  siè- 


(1)  Ce  qui  n'est  pas  sûr.  L'ensemble  du  V  correspond  au  Najm  idhâ 
hawà  (op.  n"  34). 

(2)  Où,  brochant  sur  le  tout,  un  éditeur  a  interpolé  le  fameux  entre- 
tien avec  Satan  et  Pharaon  (§  20-25). 

(H)  Cfr.  le  fragment  publié  ap.  Taw.  p.  XI  ;  comp.  Kaijd  (op.  n''  11). 

(4)  Cfr.  Khazâ'in  al  Khayrât  (op.  n"  27). 

(5)  A  rapprocher  de  sayhoûr  (op.  n°  6). 

(6)  Ici  p.  251. 

(7)  fasl  j  î'I  mahabbak  ;  théories  du  Roûh^  shâhid,  tuûl  wa  ard,  ro'yah 
Moûsà. 


830  CHAPITRE    XIV 

cle  {\),  par  l'école  modérée  d'Aboû  Ja'far  Saydalânî,  qui 
renia  les  commentaires  de  Fàris. 

Les  longs  fiagments,  et  en  particulier  les  Tcnvâsh/,  datent 
de  la  dernière  période  de  la  vie  d'al  Hallàj  ;  l'allusion  du 
chapitre  V,  §  2  peut  indiquer  qu'il  avait  déjà  été  l'objet  d'une 
falivà  le  dénonçant  comme  zlndlq,  ce  qui  en  placerait  la 
composition  après  296/908  :  plus  exactement,  pendant  ses 
années  de  détention  ;  ainsi,  en  309/922,  nous  voyons  al 
Hallâj,  avant  d'être  mis  au  secret,  confier  à  Ibn  'Atà  ses  der- 
niers manuscrits  (2). 

Le  vocabulaire  très  nuancé  et  la  méthode  d'exposition  très 
savante  de  ces  opuscules  construisent  loule  une  apologé- 
tique :  ils  empruntent  à  la  fois  au  vocabulaire  initiatique  des 
gnostiques  shî'ites,  et  au  lexique  rationaliste  des  philosophes 
hellénisants,  les  armes  voulues  pour  les  vaincre  ;  et  ils 
défendent  l'orthodoxie  sunnite,  conformément  à  la  tradition 
mystique  instaurée  par  Hasan  Basrî  et  Mohâsibî  ;  en  se 
tenant  à  égale  distance  du  litléralisme  des  Hashwïyah  et  de 
Fidéologie  des  MoUazilites. 

lïl 

Traduction  des  «  Tawâsîn  ». 

a)  Chapitre  I^'. 

i.  Note  sur  la  «  clarté  mohammédienne  ». 

Le  fait  de  la  révélation  coranique,  le  don  de  prophétie 
dotant  Mohammad  du  dépôt  de  la  Parole  divine,  pouvait  être 
envisagé,  et  rattaché  dogmatiquement,  au  plan  de  prédesti- 
nation prééternel,  de  diverses  manières  : 

(1)  Il  semble  bien  qu'elle  n'existait  pas  encore  au  temps  d'Hojwîrî 
{Kashf,  p.  t5i,  1.  16). 

(2)  Ici  p.  272,  n.  6. 


(oRl^ECTiONi    AU    TEXTE     :PU 

kiTAB  M    TAIMA:iN 

\.lh\l  -        y^                        J^.  3]   A    i           cjty^                '^^:^ 

icb;.    [>j>y              -/  30  4       lIX^    ,     1:1^ 

U  è   ^             (SOj                   •'.r.         yj>  (TO    A       4      in         Cjoj^    O^^     <i*yl^   /!;    D 

ikh^    .u,j^\  ^                «jiuuUL  Ci  A  î       J^^            ^'^ 

■?4  M,  t. M       \'>  j,  y_^  <ti^>s>  <■?  B  4     r"""*^    '  ^A  y^^ 

•?^  A  ?       vc.r.    [ L^-i^t-Jj^  1  ^^^ly^  f^  '"'  ''•'''''  -^  ^>^       d.'-'y 

31  Al]-       ^t                     oU  :)(•  A  ii     xc^^'^y/ji    ■*    jj.r,  l^^l^ 

il  B  1?     <ijU                  ûj^  ^^iî     L^^i^             U>/'- 


Planche  XXIV.  —  Correclions  au  texte  public  du  kilàl)  al  Tawàsîn 

(pp.  830-831). 


LES    ŒUVRES    d'aL    HALLAJ  83 1 

A.  Soit,  comme  le  firent  les  premiers  Sunnites,  par  le 
Qor'ân  seul  ;  à  l'exclusion  de  Mohammad,  simple  créature 
accidentellement  mise  à  contribution  [\]  :  que  ce  Qor'àn  fût 
un  attribut  créé  de  Dieu  [moUazililes) ,  ou  qu'il  fût  un  attribut 
incréé  [^préasKarïles). 

B.  Soit,  comme  le  firent  les  premiers  Imâmites,  par 
Mohammad  seul;  à  l'exclusion  du  Qor'àn,  sinaple  intuition 
personnelle  de  la  Parole  divine,  qui  lui  revenait  de  droit 
[noboÛLvah  hi  istihqâq)  [t)  :  que  Mohammad  (3)  fût,  après 
'Ali,  la  seconde  émanation  divine  [hhâqlyah,  Noséùis),  ou 
qu'il  fût  la  première,  la  raison  universelle  (4)  [Qarmates^ 
Dnizes). 

C.  Certains  sunnites  pieux,  méditant  davantage,  entrevi- 
rent que  cet  élément  prééternel  était  une  relation,  posée,  dès 
l'origine,  par  Dieu,  entre  la  personne  de  Mohammad  et  le 
texte  coranique,  —  comme  entre  une  lampe  et  sa  lumière  : 
quand  celle  lampe,  placée  sous  verre  (5),  posée  en  un  enfeu 
qui  l'abrite,  s'allume  spontanément  (sans  contact  d'un  feu 
humain)  grâce  à  son  huile  (6)  qui  provient  d'un  olivier  (7) 
bénit  (Qor.  XXIV,  35)  (8).  /"Rectifiant  l'interprétation  imâ- 


(1)  hadîth  :  «  un  verset  da  livre  de  Dieu  vaut  mieux  que  Mohammad 
et  sa  famille  »  (Sakhawî,  tamyîz,  s.  v.  âyah).  —  Mohammad  n'était  ni 
circoncis,  ni  monothéiste  de  naissance  (Ash'arites,  contre  Hanbalites). 

(2)  Ibn  al  Dâ'î,  423. 

(3)  Imparfait  messager.  Gfr.  ici,  p.  308-509.  Voir  le  grand  fragment 
Noseïri  sur  Mohammad  (ras.  Paris  1430,  f.  34^-'^). 

(4)  'aql,  motâ\ 

(3)  Le  verre  de  la  lampe,  c'est  le  cœur  de  Mohammad  (Kharrâz)  : 
partant,  de  tout  croyant,  déclare  Hasan  Basrî  (Sol.  tafs.,  s.  v.)  ;  la 
lumière,  c'est  celle  du  Qor'ân,  dit  Thawrî  (id.,  id.). 

(ti)  Gfr.  l'huile  de  miséricorde  des  Séthiens. 

(7)  Abraham. 

(8)  Clermont-Ganneau  {RHR,  1920)  compare  avec  Zacharie  IV,  1-4, 
11-12  (cfr.  Apoc.  XI,  3-4  ;  qu'on  peut  rapprocher  de  Marc  IX,  3). 


833  CHAPITRE    XIV 

mite  de  ce  verset,  Fayyâd  et  Tirmidhî  (1),  encore  imbus  de 
la  supériorité  de  l'essence  de  IViohammad  (sur  Fessence  du 
Qor'ân),  l'appelèrent  «  raison  suprême  »,  'aqlakbar:  Intellect 
Actif  autonome,  émanalion  divine  d'oii  toutes  les  raisons 
humaines  individuelles  [fitrah)  sont  issues  par  scissiparité  ; 
cet  Intellect  conçoit,  de  lui-même,  la  révélation  coranique 
du  monothéisme.  Cette  thèse  semi-qarmate,  réduisant  l'ins- 
piration de  l'Esprit  (roùh)  au  mécanisme  fatal  d'une 
impression  de  l'Intellect  actif  ['aql)  imprégnant  les  âmes 
passives  des  prédestinés,  sera  reprise  par  Ibn  Masarrah,  Ibn 
Qasyî  et  Ibn  'Arabî  (2)  ;  elle  est  très  proche,  aussi,  des 
«  espèces  impresses  »  selon  Ibn  Sînâ  et  Ibn  Roshd. 

5°  Rectifiant  un  peu  plus  (suivant  Thawrî),  Tostarî 
dénomme  l'essence  de  Mohammad  'amoûd al noûr{=  colonne 
de  clarté)  (3)  :  cette  masse  subtile  de  foi  émanée  de  Dieu 
même,  qui  s'est  prosternée  devant  Lui  un  million  d'années 
avant  (4)  le  Covenant  adamique,  et  qui  a  été  disséminée  en 
parcelles  de  certitude  incréée  [yaqin)  dans  un  certain  nombre 
de  cœurs,  ceux  des  élus  intimes  (5)  ;  germes  de  certitude  qui 
«illuminent»  leur  lecture  du  Qor'ân.  Conséquence:  Moham- 
mad «  connaissait  »  l'essence  du  Qor'ân  avant  la  première 
visite  de  l'ange  (6). 

S"  Rétablissant  la  primauté  du  Qor'ân  (sur  Mohammad), 
les  If anèaiites^  d'accord  avec  de  vieux  hadiih,  admettent  que 


(1)  nawâdir  al  osoûl  (ap.  Nabhânî,  jawâhir  al  bihâr,  I,  62). 

(2)  Cfr.  Ibn  al  Fârid,  tâ'iya/t,  v.  639. 

(3)  ta f sir,  62,  146  ;  cfr.  manichéens  (Alfaric,  Ecritures,  II,  50). 

(4)  «  L'autre  fois  »  de  Qor.  LUI,  13  (Jona^d,  daicâ).  Cfr.  Noseïris 
(Dussaud,  l.  c,  102).  D'où,  selon  Tostarî,  création  de  deux  sortes 
d'hommes  :  adamiques  et  mohammédiens. 

(5)  Cfr.  Obayy  (ap.  Makkî,  qoût,  I,  118). 

(6)  Proposition  condamnée  des  Sâlimiyah  (n°  XIII  d'Ibn  al  Farrâ  = 
n»  IX  de  Kîlânî). 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  833 

Dieu  forma,  au  début,  une  parcelle  lumineuse  (\)^  destinée 
au  seul  cœur  de  Mohammad,  sceau  matériel  d'une  vocation 
le  vouani  à  la  purification  du  cœur,  placée  par  Dieu  dans  le 
coips  d'Adam,  véhiculée  de  mâle  en  mâle  (traducianismé)  par 
l'hérédité  jusqu'à  Mohammad  (2).  Mais  c'est  la  venue  du 
Qor'ân  en  son  cœur  (3)  qui  a  réalisé  sa  vocation  de  prophète, 
par  une  action  surnaturelle. 

</"  Hallâj  développe  ce  dernier  point,  avec  les  ressources 
du  vocabulaire  noseïri,  déjà  exploité  par  Toslarî  et  Tirmi- 
dhî  ;  il  définit  l'élément  prééternel  (noûr  =  clarté)  à  envisa- 
ger en  Mohammad  comme  étant  son  rang  de  prophète,  sa 
causalité,  le  7nim,  son  «  nom  »  ;  la  «  clarté  mohammédienne  » 
est  un  cas  particulier  du  takhmir  (4),  de  la  «  fermenta- 
tion »  (5)  des  essences  spirituelles  individuelles  (des  Pro- 
phètes) sous  l'action  de  modalisations  particulières  de  la 
Lumière  Incréée  du  Mystère  (Noûr  al  Ghayb),  dite  a  lumière 
fermentante  »  [Noûr  Mokhammir)  (6),  investissant  ainsi  telle 
individualité  humaine  du  «je  »  de  la  mission  prophétique  (7). 
Le  cas  de  Mohammad  est  le  plus  simple  de  tous  (donc  le 
plus  anciennement  envisagé  par  Dieu)  ;  son  mîni^  son  «  nom  » 
illustre,  «  vêtement  de  Réalité  »,  le  voue  irrévocablement  à 
une  dénudalion  intellectuelle  intense,  réduisant  son  «  moi  » 

(1)  Le  sirâj  (Bistàmî).  Cfr.  théorie  de  l'Incarnation  chrétienne  pro- 
posée (et  réfutée)  par  Ibn  al  Torjomân  {lohfuh,  41),  et  qui  fut  celle  des 
Abyssins  partisans  de  V onction  (^onos/a/eowos) aux XVII'-XVIIP siècles. 

(i)  Cfr.  Yahya  Sarsarî  ap.  Nabhânî,  madaih.  II,  20  (contra  :  Taw. 
II,  11).  Qoshayrî,  généralisant  pour  toutes  les  âmes  des  croyants,  n'ex- 
cepte du  traducianismé  que  deux  âmes,  celles  d'Adam  et  de  Jésus. 

(3)  holoûl,  expression  qu'Ibn  Hanbal  essaie  d'éviter  (employée  par 
Mohâsibî),  selon  Ibn  Taymiyah,ya2/.'a6  sahîh,  II,  176. 

(4)  takhmir  al  arwâh  bit  anwâr. 

(5)  In  Sol.  tafs.  de  Qor.  XIX,  13. 

(6)  Riw.  XIII(= /?oû/i). 

(7)  Ibn  'Arabt,  shajarah,  6-7, 


834  CHAPITIIB   XIV 

(na fs)  k  un  éiai  de  pure  heccéité(a?2«^),  investie,  seule  parmi 
les  hotnines,  du  droit  de  prédication  logique  [da'wà)  de 
l'identité  de  la  transcendante  Unité  divine  :  personnalisation 
purement  externe  d'une  énonciationgénéralisatrice  de  l'om- 
nipotence divine, héraut  de  la  première  science  adamique(l), 
un  <.i  howa  howa -» ^  a  un  lui,  lui!  »  Hallàj,  célébrant  cette 
investiture  glorieuse,  dénomination  incomparable,  prééter- 
nellement  énoncée  par  l'Esprit  divin,  —  distingue  explici- 
tement ce  takhmîr  prééternel,  du  talMs  postéternel,  de  la 
sanctification  ab  mt?'â  à  laquelle  le  takhmîr  ne  voue  pas  obli- 
gatoirement. Cette  sanctitication  nécessite,  pour  se  réaliser, 
de  la  part  de  ce  «  lui  »,  comme  de  tout  «  moi  »,  une  harmo- 
nisation volontaire,  une  adéquation  croissante, par  le  dedans, 
de  son  intention  [hïmmah)  à  toute  l'étendue  des  exigences  de 
son  rang  [mansab]  (2)  ;  une  conformation  de  sa  finalité  (3)  à 
sa  causalité  ;  une  vérification  [tahqîq]  à  recommencer  cons- 
tamment, pour  goûter  et  garder  le  sens  intérieur  de  l'inspi- 
ration divine  ;  dont  toute  carrière  humaine,  et  surtout  toute 
mission  publique,  n'est  que  le  signe,  irrévocablement  posé, 
comme  l'invite  de  la  grâce. 

Ce  qu'ai  Hallâj  examine  de  Mohammad,  en  ce  chapitre  P', 
c'est  sa  causalité  externe,  non  sa  finalité  interne,  qui  reste 


(1)  Un  pur  iatellecfc  possible  (non  pas  l'Iatellect  Actif),  une  pure 
mémoire.  Comp.  le  texte  d'al  Ilaliâj  cité  ap.  Taw.  p.  160.  Et  rectifier 
la  comparaison  proposée  là  entre  la  conception  prééternelle  de  Moham- 
mad, —  et  rimmaculée-Gonceptionde  Marie  (p.  160-161)  ;  pour  pren- 
dre le  lexique  mystique  musulman,  —  l'une  le  destine  à  la  vision  externe 
de  l'Essence  en  son  intatlect  seul,  —  l'autre  la  voue  à  la  recevoir  par 
l'union  mystique  en  son  cœur.  —  Ilaliâj  précise  que  Mohammad  n'a 
manifestement  pas  atteint  l'union  transformante  (Taw  II,  4  ;  III,  7, 10, 
H  ;  IV,  lu,  11  (cfr.  V,  1)  ;  V,  6,  13,  33  ;  VI,  5).  —  Contre  I^harrâz, 
les  Sâlimiyah  et  Ibn  "Arabî  {fosoûs,  94  ;  cfr.  Baqlî,  /.  c,  t.  II,  p.  85). 

(2)  Ici  p.  .383. 
(.3)  Ici  p.  875. 


LES    CEUVRE8   DAL   H  ALLA  J  835 

libre,  tant  qu'il  vit.  Et  cette  causalité  (sa  mission  prophé- 
tique) le  sépare  de  toute  créature  :  celte  séparation  est  com- 
pensée par  la  grâce  de  la  vision  nue  de  l'Essence,  à  la  «  dis- 
tance des  deux  jets  d'arc  ». 

2.  «  L'Eloge  du  Prophète,  ou  la  métaphore  suprême  ». 

(/).<  Un  flambeau  a  jailli, allumé  à  la  Clarté  dur  Mystère  (  1  ). 
Il  est  apparu,  puis  il  est  reparti,  surpassant  les  flambeaux, 
Lune  reine,  irradiante  enlre  toutes  les  lunes,  astre  dont  la 
mansion  zodiacale  est  sise  au  ciel  supérieur  (2).  Dieu  L'a 
nommé  «  communautaire  »  vu  la  concentration  de  sa  solU-r 
citude  [himmah)^  a  Consacré  »  vu  l'altitude  de  son  privi- 
lège «  Mecquois  »  [makkl)  vu  son  immobilisation  (tamkln)  en 
Sa  vicinilé. 

("2).  Dieu  a  dilaté  sa  poitrine,  construit  sa  puissance,  équi- 
libré son  fardeau  (3),  décrété  son  commandement.  Comme 
Dieu  a  fait  paraître  son  «  Badr  »  (4),  sa  «  pleine  lune  »  [badr) 
a  surgi  de  la  nuée  du  Yamâmah,  son  soleil  s'est  levé  du  côté 
du  Tihâmah,  son  flambeau  a  été  allumé  au  briquet  de  la  mi- 
séricorde divine  [karâmah). 

[S).  Il  n'a  annoncé  que  suivant  la  constatation  (visuelle) 
qu'il  avait  été  admis  à  faire,  il  n'a  commandé  par  la  "règle  de 
son  exemple  que  selon  la  réelle  pratique  qu'il  avait  été  con- 
duit à  suivre.  Il  a  été  mis  en  présence  de  Dieu,  puis  il  a  fait 
comparaître  (les  autres)  ;  il  a  constaté,  puis  il  a  annoncé  ;  il 
a  été  constitué  avertisseur,  puis  il  a  enjoint  des  prescrip- 
tions. 

(1)  Sirâj  =  la  torche.  Exégèse  classique  de  Qor.  XXXIII,  45  (Gha- 
zâlî,  mishkât,  33  ;  Ibn  'Arabî,  shajarat  al  kawn). 

(2)  Litt.  ;  au  ciel  supérieur  «  où  s'accrochent  les  piquets  centraux  de 
la  tente  du  monde  »  (azrâr)  ;  ou  bien,  si  on  lit  ihtizdz,  «  au  ciel  supé- 
rieur que  le  Trône  fait  trembler  »  (^Ibn  'Arabi,  /.  c). 

(3)  Qor.  XCIV,  3. 

(4)  Lieu  de  la  première  victoire  de  Mohammad. 


836 


CHAPITRE    XIV 


(^).Nul  n'a  été  à  même  de  constater  sa  loyauté  (1)  qu'Aboû 
Bakr  le  Véridique  (2)  ;  qui  lui  donna  raison,  puis  lui  tint 
compagnie,  sans  que  nul  tiers  les  séparât. 

(5).  Aucun  sage  ne  l'a  connu,  qui  ne  se  soit  mépris  sur  sa 
qualité  véritable  ;  sa  qualité  n'apparaît  qu'à  ceux-là,  à  qui 
une  révélation  de  Dieu  en  donne  mandat  :  «  Les  gens  à  qui 
nous  avons  donné  le  Livre  ne  le  reconnaissent  pas  plus  qu'ils 
ne  reconnaissent  (si)  leurs  fils  (ont  vraiment  droit  à  ce  ti- 
tre) (3)  ;  seuls,  quelques-uns  d'entre  eux,  qui  cachent  la  vé- 
rité, la  connaissent  à  son  sujet  (4)  ». 

(6).  Les  clartés  de  la  prophétie  ont  germé  de  sa  clarté  ;  et 
ses  clartés  sont  issues  de  la  Clarté  du  Mystère.  Pas  de  clarté, 
entre  les  clartés,  plus  claire,  plus  patente  et  plus  antérieure 
à  l'absolu  (5),  que  la  clarté  du  Héraut  de  la  clémence. 

(7).  Le  dessein  (assigné  à  cette  clarté)  a  précédé  les  (autres) 
desseins  (6),  l'existence  (préparée  pour  elle)  a  précédé  le 
néant  (7),  le  nom  (à  elle  destiné)  a  précédé  le  calame,  car 
elle  a  été  envisagée  (par  Dieu)  antérieure  aux  communautés 
(monothéistes). 

(1)  Lors  du  mVrâj. 

(2)  Gela  sépare  nettement  al  Hallâj  de  l'alidisme  des  Imâmites  ;  cfr. 
Wâsitî  ;  et  Makkî  (goût,  II,  78). 

(3)  Dieu  seul  peut  trancher,  comme  pour  le  fils  (damné)  de  Noé,  ou 
le  fils  adoptif  (répudié)  de  Mohammad, 

(4)  Qor.  II,  141.  Cette  exégèse  mystique  a  été  reprise  par  les  Ash'ari- 
tes,  à  la  grande  indignation  d'Ibn  Hazm  (III,  198,  202  ;  IV,  206). 

(5)  Ici  p.  637,  643. 

(6)  Cfr.  fragment  publ.  ap.  Taw.  p.  160.  —  Interrogé  sur  le  quand 
et  le  comment  de  la  désignation  de  Mohammad,  il  répond  :  «  Après, 
nous  en  viendrons  à  l'envoyé  et  à  sa  mission  (effective),  au  prophète  et 
à  sa  vocation  (personnelle).  Où  te  places-tu,  en  ce  moment,  pour  poser 
des  termes  comme  Dieu  seul  peut  réellement  les  poser. . .  Où  en  était 
le  piopliète  de  sa  mission  quand  le  calame  écrivit  «  Mohammad,  pro- 
phète de  Dieu  »...  Où  en  es-tu,  vis-à-vis  du  Réel  et  de  la  réalité...  ». 

(7)  Cfr.  ici,  p.  633,  1.  7.  Avant  le  «  caiame  »,  car  il  doit  aller  au  delà 
du  premier  m  jet  d'arc  »  (Taw.  Y,  25). 


LES    CEOVRBS    d'aL   HALLAJ  887 

Jamais,  sur  les  plans  cosmogoniques  (  1  ),  ou  au  delà  ou  en 
deçà,  personnage  (2)  ne  fut  combiné  plus  gracieu^^,  plus 
noble,  plus  sage,  plus  juste,  plus  doux,  plus  redoutable  et 
plus  attirant  que  le  titulaire  de  ce  rôle  (de  flambeau);  hé- 
raut titré,  comme  tel),  a  prince  de  la  création  »,  pourvu  d'un 
n  om  «  glorieux  »  [Ahmad),  d'une  caractérislique  «  glorifié  » 
[M ohammad) ^  d'un  commandement  «  très  efficace  »,  d'une 
essence  «  très  généreuse  »,  d'une  qualité  «  illustre  »,  d'un 
dessein  u  isolé  ». 

[8)  0  merveille  que  ce  rôle  (préparé,  de  héraut)  !  Quoi  de 
plus  éclatant,  visible,  magnifique,  patent,  brillant,  puissant 
et  apparent  !  Il  est  ;  il  fut  publié  dès  avant  les  événements  et 
les  existeiitialisations,  il  sera  toujours  commémoré  avant 
l'avant  et  après  l'après,  les  substances  et  les  accidents  ;  (rôle  ) 
dont  la  substance  devait  être  toute  purifiée;  le  parler,  pro- 
phétique ;  la  science,  supernelle  (olivi)  ;  l'élocution,  arabe  ; 
la  tribu,  «  ni  orientale,  ni  occidentale  »  (3)  ;  la  généalogie, 
patriarcale;  la  mission,  pacificatrice;  le  personnage,  «  com- 
munautaire »  (4). 

(9).  Ce  sont  les  allusions  le  visant  (à  l'avance)  qui  ont  des- 
sillé les  yeux, c'est  son  «  il  »  (5)  (=  heccéité)  qui  a  déterminé 
la  connaissance  de  soi-même  dans  les  consciences  intimes  et 
dans  les  personnalités.  Car  c'est  Dieu,  qui,  Vérité,  l'a  fait 
articuler  des  paroles,  et  qui,  Preuve,  a  garanti  le  sens  de  ses 

(1)  '0/9  ;  cfr.  ici,  p.  598  ;  ferme  technique  duqarmateKayyâl,  repris 
par  Miskawayh  {faicz  asghar,  iî5,  H6)  :  lilt.  <  horizon  ». 

(2)  «  Persona  »  au  sens  latin,  personnage,  masque  ;  pure  causalité 
externe. 

(3)  Qor.  XXIV,  35  :  abrahamique. 

(4)  Cfr.  Taw.  I,  d.  Le  mot  «  ri/â  »  réfère  au  \œu  des  noces  «  bi'l  rifâ' 
wa'l  banîn  ». 

(5)  Je  mets  «  il  »  entre  guillemets  ;  c'est  son  heccéité  prééternelle,  la 
«  clarté  mohammédienne  ».  son  rôle  de  personnage  historique,  non  pas 
sa  personnalité  intime. 


838  CHAPITRE    XIV 

paroles.  C'est  la  Vérité  divine  qui  l'a  investi,  de  façon  abso- 
lue,de  son  ((  lui  »  ;  son  <<  il  »  a  été  constitué  ainsi,  à  la  fois  su- 
jet et  objet  de  la  Preuve  (1)  ;  «  lui  »,  qui  décape  la  rouille  (2) 
de  la  poitrine  altérée  ;  «  lui  »  qui  est  le  héraut  de  la  Parole  in- 
créée, ni  contingencée,  ni  phrasée,  ni  façonnée,  unie  à  Dieu 
sans  séparation  (3),  et  surpassant  le  concevable;  «  lui», 
celui  qui  annonce  la  fin,  et  les  fins,  et  les  fins  de  la  fin. 

(iO).  «  Il  »  a  écarté  le  voile  de  la  nuée  (4)  (qui  couvrait  l'es- 
sence divine),  il  a  indiqué  l'Enceinte  consacrée  (5),  il  est 
venu  pour  tout  terminer,  en  guerrier  (6),  c'est  lui  qui  a  reçu 
précepte  de  briser  les  idoles  (7),  c'est  lui  qui  a  été  envoyé 
pour  l'exténuation  et  l'extermination  (8)  (des  hommes  mor- 
tels), 


(1)  Contre  la  thèse  des  Noseïris  :  «  Mohammad  est  le  sujet  delà 
Preuve,  uni  à  son  Objet  ». 

(2)  Le  pseudo-Mohâsibî,  auteur  de  la  ri'dyah  fî  iahsîl  al  maqâmât 
(ms.  Caire,  II,  87  :  dîbâjah),  imite  cette  phrase  en  la  transformant  «  qui 
a  secouru  la  soif  des  poitrines  altérées  »  ;  cf.  Qor.  VII,  41,  XV,  47  ;  et 
Aboû  Dharr  (Hanbal,  V,  154). 

(3)  Expression  reprise  par  Ibn  Qasyî  pour  le  Noûr  azalî. 

(4)  (//mmam  (Qor.  II,  206  ;  XXV,  27).  Contre  les  Noseïris  :  «  Il  est 
l'ombre  universelle  de  Dieu.  » 

(5)  Non  seulement  la  Ka'bah,  mais  l'ensemble  des  lieux  du  hnjj,  et 
spécialement  'Arafat,  le  plus  ancien  autel  de  l'humanité,  lieu  de  la  pre- 
mière rencontre  d'Adam  et  d'Eve  après  l'expulsion  du  Paradis.  Et  sym- 
boliquement, l'enceinte  consacrée  signifie  ici  l'enceinte  des  «  deux  jets 
d'arc  »  (ici  p.  854). 

(6)  Cf.  le  hadilh  «  omirto  an  oqâiil  al  nâs...  ».  Et  le  vers  de  Ka'b- 
ibn-Zohayr  (bânat  So'âd,  v.  7)  : 

«  Le  prophète  est  un  glaive  étincelant,  bien  fourbi, 
Un  d'entre  les  glaives  de  Dieu,  tiré  du  fourreau  !  » 

(7)  Et  les  corps  (ici  p.  482). 

(8)  ikhlirâm,  terme  technique  d'Ibn  Karrâm  {farq,  20C*),  pour  indi- 
quer la  mise  à  mort  de  celui  dont  le  compte  est  épuisé  (ni  l'enfant  qui 
pourrait  croire,  ni  l'impie  qui  pourrait  se  convertir).  —  Comp.  Qor. 
LVII,  25  {hadîd)  avec  Apoc.  VI,  2-8  et  Joann.  VIII,  50. 


LES    ŒUVRES   D*AL   HALLAJ  889 

(//).  Au-dessus  de  lui  la  nuée  tonnait,  sous  lui  l'éclair  ful- 
gurait,  foudroyait,  faisait  pleuvoir  et  fructifier.  Toutes  les 
sciences  sont  une  goutte  de  son  océan,  toutes  les  maximes 
une  gorgée  de  son  fleuve  (1),  toutes  les  époques  une  heure 
de  son  temps. 

(/5).  Dieu  est  avec  lui,  et  avec  lui  la  réalité  (2);  lui,  le 
«  premier  »  à  avoir  été  inclus  dans  la  prescience  divine  (3), 
lui,  le  «  dernier  »  à  avoir  été  missionné  comme  prophète  (4), 
—  dont  la  réalité  est  tout  interne  (=  indiscernable),  et  la 
sagesse  tout  externe  (5). 

[13-14).  Nul  savant  n'a  atteint  à  sa  science,  nul  sagace 
n'a  pénétré  sa  compréhension.  Dieu  n'en  a  pas  commis  le 
secret  à  la  création.  Analogue  seulement  à  soi-même,  c'est 
un  «  c'est  moi  »  (=  une  heccéité  humaine  toute  simple)  (6j, 
constitué  l'organe  légitime  (7)  de  la  prédication  logique  de 
l'imparticipable  unité  divine. 

(15).  Nul  n'est  sorti  de  VM  de  MHBID,  ni  entré  dans  son 
H  \  son  H  équivaut  à  son  second  Ai,  etleZ)  à  son  premier  i/. 
(Son  D  est  sa  pérennité,  son  premier  M  son  rang  (devant 
Dieu)  ;  son  H  est  son  état  spirituel,  comme  son  second  M  (8). 

(1)  Cfr.  Noseïris  :  «  Il  est  la  sagesse  de  Dieu  à  laquelle  on  recourt  ». 
{'!)  Contre  Noseïris  :  «  Il  est  la  réalité  de  la  sainteté  de  Dieu  ». 

(3)  waslah  :  rectification  de  la  «  colonne  de  clarté  »  de  Tostarî  :  cfr. 
aussi  Noseïris. 

(4)  Ibn  'Arabî  modifie:  <»  le  premier  formulé,  le  dernier  extériorisé  » 
{shajarah,  6). 

(5)  A  rencontre  du  saint. 

(6)  annî  :  voir  les  emplois  coraniques. 

(7)  Sans  aucun  tasarrof,  ni  participation,  ni  responsabilité  (Qor.  VI, 
107,  LXXII,  21,  III,  138,  XVII,  76). 

(8)  Réduction  du  caractère  prééternel  de  la  «  clarté  mohammédienne  » 
au  mîm,  à  un  simple  nom.  Gomme  les  Noseïris,  HaUâj  symbolise  Moham- 
mad  par  un  simple  mîm  :  contrairement  à  la  doctrine  qarmate  qui  fait 
du  quadrilitère  MIJMD  la  caractéristique  divine  S'^pr^m^,  scellant  l'effi- 
gie d'Adam  d'un  sceau  adorable,  du  Type  divin  de  l'Homme  parfait. 


84o  CHAPITRE   XIV 

(/^).  Ce  que  Dieu  a  rendu  perceptible  (de  Mohammad), 
c'est  sa  syntaxe,  ce  qu'il  a  fait  grandir,  c'est  sa  notification 
(de  la  révélation  coranique),  se  répandre,  c'est  son  argumen- 
tation. Il  l'a  investi  de  sa  puissance  séparatrice  ;  Il  a  rendu 
sa  langue  adéquate  ;  Il  a  fait  étinceler  son  cœur;  Il  a  rendu 
ses  contemporains  incapables  (de  lui  résister)  (1)  ;  Il  a  exalté 
sa  gloire. 

(/7).  Si  tu  t'enfuis  de  ses  hippodromes,  quelle  route  trou- 
veras-tu, en  te  privant  du  guide,  ô  égaré?  Les  maximes  des 
philosophes  croulent,  devant  son  expérience,  comme  une 
dunes'effuse  », 

b)  Chapitres  II  et  III. 

{n-i).u  Lesintellectionsdes  natures  créées  n'adhèrent  pas 
à  la  réalité  ;  et  la  réalité  n'adhère  pas  à  la  nature  créée.  Les 
pensers  sont  des  adhérences,  et  les  adhérences  des  natures 
créées  ne  c  collent  )^  pas  aux  réalités.  Déjà  la  «  science  de 
la  réalité  »  est  difficile  (à  acquérir),  mais  la  «  réalité  de  la 
réalité  »  est  encore  plus  difficile.  Et  le  Réel  est  encore  au 
delà  de  la  réalité  ;  car  la  réalité  n'implique  pas  le  Wéel  (2). 

(S).  Le  papillon  volette,  autour  de  la  lampe  (3),  jusqu'à  ce 

[Doctrine  des  Mohnmmadiyah,  remontant  à  Moghîrah  {farq,  229),  for- 
mulée par  Kayjâl  (Shahrast.  II,  20i  et  les  premiers  Qarmates  (Nowayrî, 
ap.  Sacy,  Druzes,  p.  GCIII  ;  cit.  Blochet,  Messianisme,  133),  par  les 
Ikhwân  al  Safâ,  admise  par  Kîlânî  (ici  p.  41:2,  u.  2)  et  Ibn  'Arabî  {Sha- 
jarah,  p.  7).] 

{i)  iahaddî  (ici  p.  365). 

(2)  Voir  suprà,  p.  568,  570. 

(3)  Ce  magnifique  apologue  est  la  transmutation  d'un  hadith  «  al 
farâsh  al  motahâ/it  »  que  Ghazâlî  rappelle  {inishkât,  39-40  ;  cfr.  ihyâ, 
IV,  227,  78  ;  et  Asin,  in  Rev.  Africaine,  1906.  p.  191,  193)  :  Hallâj 
fait  d'un  symbole  de  mort,  un  symbole  de  résurrection.  Comp.  le  sym- 
bole de  la  mort  du  ver  à  soie  (Makkî,  qoût,  I,  85),  qui  se  retrouve, 
amalgamé  avec  celui  du  papillon  incendié,  transmué  comme  lui  en 
symbole  de  résurrection,  par  Sainte  Thérèse  de  Jésus  [Moradas,  V,  2  ; 
Vil,  2). 


LES    OEUVRES    D  AL    HALLAJ 


SAt 


que  vienne  l'aube.  Alors  il  revient  vers  ses  pareils,  pour  leur 
faire  part  de  son  état,  au  moyen  des  phrases  les  plus  suaves. 
Puis  il  repart  jouer  avec  la  familiarité  de  la  grâce  (—  de 
la  flamme),  dans  son  désir  d'arriver  à  la  joie  parfaite. 

(3).  La  lueur  de  la  chandelle,  c'est  la  «  science  de  la  réa- 
lité »  ;  la  chaleur  de  la  chandelle,  c'est  la  «  réalité  de  la  réa- 
lité »  ;  rejoindre  la  chandelle  (brûlante),  c'est  le  Réel  de  la 
réalité. 

(4).  Il  ne  se  satisfait  pas  de  sa  lueur,  ni  de  sa  chaleur,  il 
se  précipite  tout  entier  en  elle.  [Pendant  ce  temps],  ses  pa- 
reils attendent  sa  venue  ;  qu'il  leur  explique  ce  qu'il  a  vu 
lui-même,  puisqu'il  ne  s'est  pas  satisfait  des  récils  qu'on  lui 
avait  faits.  Mais  lui-même,  à  ce  moment,  se  consume  (1), 
s'amenuise,  se  volatilise  (dans  la  flamme,  y)  demeure  sans 
traits,  sans  corps,  sans  nom,  sans  marque  reconnaissable. 
Et  puis,  dans  quelle  intention  s'en  retournerait-il  (2)  vers 
ses  pareils,  et  dans  quel  état,  maintenant  qii'il  possède  ! 

Lorsqu'il  était  devenu  «  celui  qui  a  vu  »  {:=  qui  sait),  il 
s'était  passé  (dès  lors)  d'entendre  des  récits  (3).  iMaintenant 
qu'il  a  rejoint  «  Celui  qu'il  regardait  »,  il  ne  se  soucie  plus 
de  regarder  (4). 

(5).  Ces  pensées  n'appartiennent  légitimement,  ni  à 
l'homme  nonchalant,  ni  à  l'insouciant,  ni  au  pécheur,  ni  à 
quiconque  suit  ses  penchants  ;  comme  moi,  (hélas  !)  ;  comme 
quiconque  dit  «  c'est  moi  »  ;  celui  qui  disant  «  c'est  moi  », 
s'institue  (de  lui-même)  le  sujet,  «  il  »,  de  la  prédication  lo- 
gique légitime  ;  dont  r«  il  »  pose  (=  affirme)  l'heccéité.  Ne 

(1)  Passage  que  Ghazâlî  semble  viser  {muhkât,  56  ;  cfr.  39-40). 

(2)  Gfr.  le  mot  de  Misrî  (ap.  Kalâbâdhî,  ta'arrof)  :  «  On  ne  revient  sur 
ses  pas  que  si  Ion  est  allé  à  mi-route  ;  les  arrivés,  eux,  ne  reviennent 
pas  ». 

(3)  Types  de  Moïse  et  Mohammad. 

(4)  En  se  replaçant  à  distance  de  son  but. 


8^2  CHAPITRE    XIV 

t'exclue  donc  plus  (1)  hors  de  Moi,  si  tu  crois  pouvoir  dire 
«  c'est  moi  ». 

(6*).  0  loi,  qui  restes  incertain  (et  choqué)  devant  cette 
pensée,  ne  t'en  va  pas  identifier  pour  cela  le  «  c'est  moi  » 
(de  l'homme  simplifié)  avec  le  «  Je  »  (divin),  ni  maintenant, 
ni  dans  l'avenir,  ni  dans  le  passé  (2) .  Si  même  le  «  c'est  moi  » 
était  d'un  sage  consommé  (3),  si  tel  était  mon  état,  l'identité 
ne  serait  pas  aussi  incolore  (4).  Et  si  j'étais  celui-là  !  Mais  je 
ne  le  suis  pas. 

(7).  Si  tu  as  saisi  ce  qui  précède,  comprends  maintenant 
que  ces  intentions  n'ont  été  concédées  (5)  à  personne,  qu'à 
Mohammad.  En  effet,  (seul)  «  Mohammad  n'a  pas  d'adoption 
légale  (6)  à  se  conférer  vis-à-vis  d'aucun  d'entre  vous,  [hom- 
mes, —  car  il  est  l'envoyé  de  Dieu  et]  le  sceau  des  prophè- 
tes^). Il  s'absenta  donc  des  deux  mondes  (créés),  il  cligna 
son  œil  hors  du  «  où  »  (7),  afin  que  cet  œil  ne  contînt  plus  ni 
saleté,  ni  mensonge. 

(8).  Or  il  y  avait  «  une  distance  de  deux  jets  d'arc  [ou  un 
peu  moins]  (à  parcourir)  ».  Quand  il  atteignit  le  désert  de  la 
«  science  de  la  réalité  »,  il  fit  mention  de  l'extérieur  de  son 
cœur  (fou  âd)  et  en  sonda  l'intérieur  [sawâd)  (8).  Quand  il 
arriva  à  la  «  réalité  de  la  réalité  »,  il  laissa  là  le  Désir  (9)  et 
s'en  remit  à  la  Gratuite  générosité  (10).  Et  quand  il  arriva  au 

(1)  toûqa  (Qor.  LXIV,  16). 

(5)  Erreur  des  Qarmates  et  de  Sohrawardî  (ici  p.  571). 

(3)  ajlad  :  cfr.  Hodhayfah  (ap.  Hanbal,  V,  383). 

(4)  r=  aussi  simple.  Car  il  y  aurait  talbîs  (union  sans  confusion  dans 
les  personnes). 

(5)  En  principe  ;  mais  il  n'en  a  pas  usé  [infrà^  n.  9). 

(6)  Qor.  XXXIII,  40  ;  cfr.  ici,  p.  7i2. 

(7)  Mot  célèbre,  imité  de  Ja'far  (ici  p.  472)  ;  repris  par  Wâsitî  (ap. 
Sarrâj,  loma\  79,  1.  9,  372,  1.  14)  et  Al.où  'Amr  Dimishqt(ici  p.  919). 

(8)  Il  dit  c«  Ra  ayto  Rabhî  »  ;  cfr.  Makkî,  çoû/,  Il,51  sur  foiiâd  ei  sawâd. 

(9)  Dieu  en  tant  qu'Objet  désiré. 

(10)  Dieu  en  tant  que  créateur  (cfr.  Hallâj,  in  Sol.  ap.  Qor.  LXII,  14). 


LES   OEUVRES   dVl   HALLAJ  843 

Réel,  il  rebroussa  chemin  (I),  disant:  ('L'intérieur  de  mon 
cœur  (2)  s'est  prosterné  devant  Toi,  l'extérieur  de  mon  cœur 
a  cru  en  Toi.  ^) 

Il  (re)  vint  alors  aux  limites  extrêmes,  et  dit  :  «  Je  ne  puis 
Te  louer  autant  qu'il  le  faut  »  (3)  ;  puis,  revenant  à  la  «  réa- 
lité de  la  réalité  »,  il  ajouta  :  «  Tu  es  bien  Celui  que  Toi  seul 
peux  Te  louer  d'être  ». 

II  renia  son  désir  (de  posséder  Dieu)  et  suivit  sa  vocation 
(d'homme  mortel  destiné  à  la  Prophétie)  :  [l'extérieur  de]  son 
cœur  n'a  pas  forgé  ce  (4)  qu'il  a  vu,  »  durant  sa  station  près 
de  la  haie  de  jujubiers  ». 

[Et  l'intelligence  de]  Mohammad  n'a  porté  son  regard  (5) 
(en  mesurant  les  deux  jets  d'arc)  ni  à  droite,  vers  la  réalité 
des  choses  (6),  ni  à  gauche,  vers  la  «  réalité  de  la  réalité  »  (7)  : 
«  sa  vue  ne  s'est  pas  émoussée,  et  n'a  pas  forcé  (8)  (l'enceinte 
interdite,  qu'elle  survolait)  (9)  ». 

(1)  Ne  voulant  pas  être  brûlé  par  les  sobohât  al  waj'k,  selon  le  hadith 
(Ghazâlî,  mishkât,  47  ;  Sohrawardî  d'Alep,  ap.  Yâti'î,  marham,  III,  2lo  ; 
Ibn  'Arabî,  shajarah,  17  ;  Kâshifî,  lafsir,  f.  513). 

(2)  Laissé  là,  en  arrière,  près  du  jujubier. 

(3)  Là  ahsî  (Makkî,  qoût,  l,  12  ;  Sarràj,  loma',  113  ;  Ibn  Qayîm, 
madârij,  lll,  148).  C'est  bien  un  aveu  d'impuissance,  modelant  (indû- 
ment) la  renonciation  de  la  volonté  sur  la  limitation  de  l'intelligence. 
Ghazâli  le  note  :  «  Si  la  lang^ue  n'a  pas  libre  cours  pour  Ta  louange  plé- 
nière,  comment  le  cœur  pourrait-il  persister  à  désirer  Ta  sagesse?  » 
(ihyd,  IV,  178  ;  iljâm,  10  ;  cfr.  Ibn  'Arabî,  shajarah,  18). 

(4)  Les  âyât,  les  ghnrânîq  :  les  anges  des  astres. 

(5)  Scission  entre  ro'yot  al  qalb  et  nazar  al  basar  ;  la  première  con- 
cernant ici  la  volonté,  et  la  seconde  l'intelligence.  Comp.  i/Aam  (pour 
cœur)  et  ivahy  (pour  intellect).  Cfr.  Ibn  'Arabî,  shajarah,  17  ;  Ibn  al 
Qayîm,  madàrij,  lll,  3,  2Bi,cf.  Kal.  5. 

(6)  Cfr.  Taw.  VI,  2. 

(7)  Var.  B  :  «  sa  réalité  propre  ». 

(8)  Elle  survole,  sans  le  fixer,  l'entre-deux  interdit  (cf.  Akhb.  34), 
l'espace,  qui  est  un  hiatus,  entre  la  chose  et  son  idée,  entre  Dieu  et  le 
concept  pur  de  la  divinité  :  cet  hiatus  qui  est  «  l'océan  de  la  réflexion  » 
[bahr  al  fahni.)  où  il  ne  faut  pas  se  noyer. 

(9)  Comp.  Hallâj,  analysant  la  vocation  à  l'état  prophétique  :  «  J'avais 


844  CHAPITRE   XIV 

[Ill-i).  La  réalité  est  chose  menue  à  deviner;  ses  voies 
d'accès  sont  étroiles,  et  l'on  y  rencontre  des  feux  (1)  qui 
jaillissent,  à  côlé  de  déserts  qui  se  creusent. 

L'expatrié  les  a  suivies,  et  il  nous  avertit  de  ce  qui  vieiit 
clore  les  étapes  de  la  Quarantaine  (2)  ;  étapes  de  la  conve- 
nance, continence,  fatigue,  recherche,  surprise,  courbature, 
exaltation,  avidité,  détente  ;  —  sincérité,  camaraderie, 
émancipation,  départ  pour  le  désert,  retour  du  soir  ;  discer- 
nement, attestation,  découverte,  décompte,  labeur,  restitu- 
tion, secours,  préparatifs,  esseulement,  captivité,  attraction, 
présence,  macération,  pourvoiement,  regret  (de  l'objet  per- 
du), battement  du  briquet  qui  ne  donne  pas  de  feu  ;  —  prê- 
ter attention,  s'étonner,  réfléchir,  patienter,  émettre  son 
avis  ;  se  désolidariser,  critiquer  ;  choisir  une  méthode,  pren- 
dre un  guide,  et  (enfin)  commencer.  Cette  dernière  étape 
est  celle  des  gens  de  la  Paix  du  cœur  et  de  la  purification. 

[^).  Or  chaque  étape  correspond  à  un  donné  de  connais- 
sance, dont  une  part  est  saisissable,  et  l'autre,  pas. 

[S).  Ensuite  l'expatrié,  ayant  achevé  la  traversée  du  dé- 
sert (3),  en  embrasse  l'ensemble,  —  et  il  n'y  trouve  rien  qui 
lui  soit  familier  ou  utile,  dans  la  montagne  et  dans  la  plaine. 

[4).  «  Lorsqu'échut  pour  Moïse  le  terme  du  temps  prévu  », 
il  laissa  là  les  siens,  car  la  réalité  allait  le  prendre  pour 
«  sien  »  ;  et  pour  consommer  ce  don  plénier  de  soi,  il  se  dit 


traversé  tous  les  voiles  (me  séparant  de  Dieu),  il  ne  restait  plus  que  le 
voile  de  la  Majesté  Çazamah)  Il  me  dit  alors  «  Sacrifie-toi,  toi-même  !  » 
Et  comme  je  lui  disais  «  Je  ne  me  sacrifierai  pas  »,  11  m'a  restitué  aux 
créatures,  et  II  m'a  missionné  auprès  d'elles  »  (comme  prophète,  note 
Baqlî,  shath.,  133).  —  Kîlâaî  reprendra  cet  apologue,  pour  célébrer  le 
sacrifice  plénier  :  ici  p.  414. 

(1)  Le  Buisson  Ardent. 

(2)  Ici  p.  502.  Cfr.  le  voyage  mystique  selon  Jîlî  [insân  kâmil,  II,  27). 

(3)  Mafâzah  :  de  la  «  science  de  la  réalité  ». 


LES    OEUVRES    DAL    HALLAJ  84o 

satisfait  d'aller  recueillir  une  information  (indirecte)  à  dé- 
faut de  vision  (directe)  :  de  façon  qu'il  y  eut  ainsi  une  diffé- 
rence entre  lui  et  «  la  meilleure  des  créatures  charnelles  »(\). 
Il  dit  «  quant  à  moi,  je  m'en  vais  recueillir  pour  vous  quel- 
que information  (sur  ce  feu,  là-bas  »)  (2). 

{5).  Si  le  H  bien-dirigé  »  s'est  ainsi  contenté  d'une  infor- 
mation (indirecte)  pour  se  mettre  en  route  (vers  Dieu),  — 
comment  «  celui  qui  cherche  sa  voie  »  (3)  ne  se  suffirait-il 
pas  d'un  indice  (direct)  (4)  pour  se  mettre  en  roule  ? 

{6).  Vers  le  Buisson  Ardent,  vers  la  pente  du  Sinaï.  Et  là, 
ce  qu'il  entendit  parler,  ce  n'est  pas  le  Buisson,  ni  sa  semence 
originelle  (5),  mais  Dieu  (6). 

(7).  «  Mon  propre  rôle  est  de  représenter  ce  Buisson  >», 
remarque  ici  l'auteur  (7). 

[S).  Or  la  réalité  est  réalité,  et  la  nature  créée.  Rejette 
donc  loin  de  toi  la  nature  créée,  pour  que  toi,  tu  deviennes 
Lui,  et  Lui,  toi,  dans  la  réalité  ! 

{9).  Car,  si  notre  «  je  »  (humain)  est  un  sujet  exprimant 
(un  objet),  l'Objet  exprimé  est  aussi  un  sujet  exprimant  (un 

(1)  Moharamad. 

(2)  Moïse,  plus  tard,  désirera  davantage  la  vision  Çarinî),  note  Baqlî 
(in  §  ^  2). 

(3)  moqtasid  (cfr.  Hallâj,  ap,  Baqlî,  tafslr,  t.  II,  p.  168). 

(4)  athar  ;  cfr.  ici,  p.  889. 

(5)  Ici  p.  470,  n.  4. 

(6)  Doctrine  hanbalite.  Non  pas  une  parole  divine  créée  exprès  dedans 
(théorie  mo'tazilite  ;  Fakhr  Râzî  ;  Ibn  al  Torjomân,  55). 

(7)  Le  Buisson  =  Mohammad,  selon  les  Noseïris  (ms.  Paris,  1450, 
f.  54*)  =  Mohammad-ibu  Isma'îl  selon  les  Qarmates  (/"ar^,  288)  =  Jésus 
selon  Paul,  évêque  de  Sidon  (ap.  Ibn  Ta^miyah, /oM^aô  salnh,  II.  264, 
270)  =  tout  croyant  attentif  selon  les  Sàliiniyah  (Ja'far,  ap.  Makki, 
qoûl,  I,  47).  A  propos  de  ce  mot,  Baqlî  et  'Attâr  rapportent  le  hadith 
relatif  à  «  la  vérité  parlant  par  la  bouche  de  'Omar  »,  ce  qui  peut  être 
l'indice  de  Tutilisation  commune  d'un  commentaire  antérieur  des  /"a- 
Wàsîn. 


846  CHAPITRE    XlV 

objet).  Or  si  le  sujet  (humain),  ce  faisant,  peut  exprimer  son 
objet)  selon  la  réalité,  à  fortiori  l'Objet  l'exprimera  selon  la 
réalité! 

[iO).  Dieu  lui  dit  (à  Moïse)  :  «  Tu  guideras  (les  tiens)  vers 
la  preuve  (1),  non  vers  l'objet  de  la  preuve  (2)  ».  Pour  Moi, 
Je  suis  la  preuve  de  toute  preuve  : 

(/  /).        Dieu  m'a  fait  passer  par  ce  qu'est  la  réalité 

Grâce  à  un  contrat,  un  pacte  et  une  alliance. 

Ce  que  j'ai  constaté   (alors,  en  moi)  (3),  c'est  mon  subcons- 

[cient,  mais  non  plus  ma  personnalité  (créée). 

Cela  (=  ce  subconscient),  c'était  toujours  mon  subconscient; 

[mais  celle-ci  (:=  cette  personnalité  nouvelle),  c'est  la  réalité. 

(iS).  Dieu  a  énoncé  avec  moi,  venant  de  mon  cœur,  ma 
science  :  par  ma  langue  (4).  Il  m'a  rapproché  de  Lui  après 
que  j'étais  resté  loin  de  Lui.  Il  m'a  rendu  son  intime,  et  II 
m'a  choisi  »  (5). 

c)  Chapitres  IV  et  V. 
1.  Note  sur  r Ascension  Nocturne  et  les  deux  jets  d'arc. 

Il  y  a  eu  un  fait  surnaturel  invoqué  parMohammad  pour 
corroborer  sa  mission  (6), quoi  qu'on  en  ait  dit  :  un  seul  signe 


(1)  Vers  la  Loi  révélée  (rôle  de  Moïse). 

(2)  Vers  la  réalité  divine  des  choses,  l'acte  créateur  (rôle  de  Moham- 
mad). 

(3)  Revoir  ce  qui  est  dit  p.  oi21,  486. 

(4)  Accord  de  la  langue  et  du  cœur,  ici  p.  506,  509. 

(5)  Cfr.  son  distique  :  {qad)  ijtabdnî,  iva'dnânî,  wa  sharrafanî  : 

«  Il  m'a  choisi,  rapproché,  honoré 

Et  son  Tout,  par  toute  chose,  m'atteint,  et  se  fait  reconnaître  ; 
Il  ne  reste  plus  à  mon  cœur  ni  à  mes  entrailles  de  membre 
Par  lequel  je  ne  Le  ressaisisse  et  II  ne  me  ressaisisse.  » 

(6)  Vis-à-vis  de  ses  premiers  adhérents,  car  une  vision,  comme  me 
le  fait  observer  le  D''  Snouck,  ne  pouvait  être  présentée  comme  preuve 
qu'à  .des  convaincus .  A  l'égard  des  autres,  la  seule  preuve  invoquée 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  8^7 

miraculeux,  plutôt  mystique  que  physique  :  c'est  VAscemion 
Nocturne  [isrd)  ,  le  Ravissemenl  [mïrâj]  qui  le  transporta, 
d'abord,  de  la  Mekke  à  Jérusalem,  puis  le  mit,  là,  en  présence 
de  Dieu  (27  rajab)  (1).  Le  récit  de  cette  extase,  où  se  parfit  sa 
vocation,  confirma  Aboù  Bakr  dans  sa  conviction  ;  elle  fut 
l'occasion  de  l'institution  des  cinq  prières,  —  c'est  à  cause 
d'elle  que  le  Sakhrah  de  Jérusalem  a  été  la  première  (2),  et 
sera  la  dernière  qïblah  (3)  de  l'Islam  (4). 

V  Ascension  Nocturne  est  le  nœud  de  la  vocation  religieuse 
de  Motiammad,  et  tout  l'elFort  des  croyants  s'est  porté  sur  la 
reconstruction  mentale  dans  leur  for  intérieur,  de  celte  scène 
décisive  (5).  ÎSouslaisserons  de  côté  ici  le  fatras  de  folklore  ma- 
térialiste des  Hashwlyah^  dont  le  Kilâb  al  isrâ  de  Maysarah  (6) 
paraît  avoir  été  la  source,  où  l'on  décrit  le  pelage  du  cour- 
sier ailé  Borâq,  les  dialogues  échangés  en  chacun  des  sept 

dans  le  Qor'an,  c'est  la  concordance  troublante  des  révélations  d'an  il- 
lettré, avec  les  livres  des  prophètes  antérieurs. 

(1)  Saladin  reprendra  Jérusalem  le  27  rajab  (reprise  prédite  par  Ibn 
Barrajân  :  Sobki,  V,  '210). 

(2)  Pendant  dix-huit  mois,  du  16  moharram  au  13  sha'bân  {laytat  al 
Barâ'ah). 

(3)  Lors  du  Jugement  (Ibn  'Abd  Rabbihi,  'iqd  farid,  \\\,  262), 

(4)  Cfr.  iMojîr  al  Dîn  'Olaymî,  ons  jalil,  I,  263  ;  rêve  d'al  Bazzâz  en 
341/952  :  Jérusalem  est  le  «  point  de  jaillissement  de  la  miséricorde  », 
qui  «  retombe  »  à  la  xMekke  (comme  en  une  vasque). 

C5)  Qui  a  préoccupé  fort  tôt  les  théologiens,  comme  l'indique  le  ha- 
dîlh  al  gharâniq  (nom  sous  lequel  les  Qorayshites  adoraient  les  anges 
des  astres)  rapporté  par  Wàqidî  ;  d'où  Ibn  Karràm,  troublé,  inféra  une 
défaillance  momentanée  du  Prophète  {farq,  ±[{))  ;  et  où  la  plupart  des 
orientalistes  du  siècle  passé  ont  cru  voir  une  «  apostasie  »  de  Moham- 
mad  par  opportunisme  politique.  S'il  y  a  eu  duel,  à  ce  moment-là,  au 
fond  de  l'âme  de  Mohaminad,  ce  n  a  pas  été  à  cause  d'une  concession  sus- 
pecte faite  par  sa  foi  monothéiste  à  son  intérêt  profane,  mais  à  cause 
d'une  scission  mystérieuse  entre  sa  volonté  et  son  intellect,  durant  cette 
extase. 

(6)  Dhahabî,  i'tidâl,  III,  222  ;  cfr.  Asîn,  Escatologia,  s.  v. 


848  CHAPITRE   XIV 

cieux,  —  le  vase  qui  trébucha,  et  les  pantoufles  enlevées. 

Nous  ne  saurions,  non  plus,  tirer  parti  des  ingénieuses 
conjectures  philologiques  de  Bevan  et  Schrieke,  sur  une 
théorie  «  nouvelle  »  [sic]  de  l'Ascension  Nocturne  ;  nous  ne 
pouvons  substituer  ainsi  un  schéma  individuel,  quelque 
ingénieux  qu'il  soit,  construit  par  ces  orientalistes,  au  fait 
sociologiquement  attesté  d'un  dogme  engendré  lentement 
par  la  méditation  collective  d'une  société  de  croyants  à  l'aide 
du  texte  coranique  ;  ce  serait  nous  mettre,  par  définition, 
en  dehors  du  point  de  vue  qui  seul  importe  ici  :  V introspection 
de  la  méditation  islamique  du  Qor'ân. 

Nous  bornant  à  l'examen  des  théologiens,  surtout  mysti- 
ques, qui  tentèrent  de  reconstruire,  en  leur  for  intérieur, 
l'état  mental  de  Mohammad,  en  cet  instant  solennel,  où  sa 
première  extase  (1)  de  Yiqra  se  trouva  complétée  et  par- 
faite. 

Les  sources  coraniques  sont  :  Qor.  XVII,  1  ;  LUI,  i-18; 
avec  lesquelles  on  bloqua  de  bonne  heure  XCVI,  I  et  19.  En 
outre,  divers  hadîth,  d"Âyishah,  Ibn  'Abbâset  Sharîk.  Ceux 
d"Ayishah  nient  qu'il  y  ait  eu  transfert  corporel.  Cette 
nuit-là,  Mohammad  appelé  trois  fois  par  la  voix  de  l'Ange, 
sortit  à  sa  porte,  et  ne  vit  rien,  dans  l'obscurité,  près  de  lui  ; 
un  autre  hadîlh  lui  fait  apercevoir  alors,  sur  l'horizon  qu'il 
couvrait  tout  entier  de  ses  ailes,  l'Ange  transfiguré  !  Ce  qui 
est  plus  important,  ce  sont  les  sentences  qu'un  fort  ancien 
hadîth  —  admis  tant  parles  Khârijites  que  par  Ibn'Oyaynah 
et  M  oslim  et  dans  le  même  ordre  —  place  dans  la  bouche  de 
Mohammad  pour  jalonner  les  étapes  de  l'extase  qui  s'ensui- 
vit :  (/)0  Dieu,  je  cherche  en  Ton  pardon  refuge  contre  Ton 
châtiment  1  (i^)  0  Dieu,  je  cherche  en  Ta  satisfaction  refuge 
contre  Ta  colère  !  [3)  Je  cherche  en  Toi  refuge  contre  Toi  1 

(I)  Du  27  ramadan. 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  S^Q 

Je  ne  puis  ïe  louer  dignement  !  C'est  â  Toi  de  Te  louer  en 
Toi  comme  Tu  veux  (1)  ». 

L'exégèse  commune  voit  là  (2)  :  d'abord  (/)  la  contempla- 
tion de  l'univers  créé;  puis  (?)  l'intuition  de  la  science  des 
attributs  divins  ;  puis  (3)  un  aveu  d'impuissance  (3)  de  son 
intellect  qui  lui  fait  défaut  pour  saisir  la  majesté  de  l'essence 
divine. 

Comment  combiner  ces  données  avec  les  détails  du  texte 
coranique  ?  Mohammad  y  semble  appelé  à  revivre  l'expé- 
rience religieuse  (4)  où  Abraham,  constatant  que  les  astres 
«  déclinent  »  et  passent,  reçut  en  son  âme  l'intuition  pure 
d'un  créateur  transcendant  (Qor.  VI,  75-84),  d'une  lumière 
indéfectible.  Dans  la  sourate  LUI,  le  point  culminant  (5)  de 
l'extase  est  nettement  marqué  par  la  phrase  des  versets  8-9  : 
«  thomma  danà  fatadallà  ;  fakâna  qâba  qawsayni  aw  adnà  ». 
«  Puis  il  alla,  puis  il  revint,  auprès  ;  c'était  une  distance  de 
deux  jets  d'arc  ou  un  peu  plus  près  (6)  » .  —  Quel  est  le  sujet 

(1)  Là  ahsî...  (Hanbal,  VI,  501  ;  Dalil  de  l'ibâditeTina'oùtî  ;  Makkî, 
qoût,  I,  12  ;  Shams  Jazarî  (H-  833/1429)  en  son  hisn  al  hasîn  observe 
qu'il  est  admis  par  Moslim,  Aboù  Uawoùd,  Tirmidhî  et  Nisa'î  en  leurs 
5onan  classiques  (comra.  Seferjelani). 

(2)  VoirTabarî,  tafsîr  kabîr,  t.  XXVII,  p.  24-31  ;  Halabî,  sîrah,  I, 
442,  450  ;  Moslim  I,  64  ;  'lyâd,  shifâ,  I,  157-165  ;  Ibn  'Arabî,  shajarat 
al  kaion,  15-18. 

(3)  Cfr.  suprà,  p.  843,  n.  3.  Comparable  au  ro'yak  bi'l  taqsîr  des 
Anges,  inférieurs  en  cela  aux  saints  Çârifin)  selon  Hallâj  (Kalab.,  ms. 
Oxf.  f.  17*)  et  Wâsitî  (Baqlî,  tafsîr,  t.  I,  p.  141). 

(4)  Ici  p.  741,  u.  3. 

(5)  L'extase  commence  par  une  admonition  intellectuelle  de  l'Ange 
(LUI,  5),  qui  l'enlève  au  bord  du  khatt  al  istiwà,  au  cercle  de  base  du 
Trône  (ici  p.  597),  qui  est  l'horizon  suprême  (LUI,  6-7)  où  sa  clarté 
d'Ange  steijaire  «  décline  »,  où  son  étoile  [qu'il  meut]  pâlit  en  s'effaçant 
devant  le  rayonnement  du  Trône.  Là,  Mohammad,  fait  en  deux  temps, 
«  en  deux  jets  d'arc  »,  le  «  tour  »  du  cercle  de  base  du  Trône. 

(6)  Cfr.  Luc,  XXII,  4L  La  mise  sous  forme  cyciî^-Me  de  cette  distance 

54 


850  CHAPITRE    XIV 

de  la  phrase?  A)  Gabriel  qui  se  rapproche  de  Mohammad, 
qui  le  voit  ;  selon  Ibn  al  Qayîm  { 1  ) .  B)  Dieu  qui  se  rapproche 
de  Mohammad  ;  selon  Sharîk,  Makî,  Hasan  Basrî,  Harawî. 
C)  Mohammad  ;  selon  Ibn  'Abbâs,  Hallâj.  D)  U  y  a  deux  su- 
jets, successifs  (2)  (Mohammad  et  Gabriel  ;  selon  îFakhr 
Râzî)  (3)  ou  simultanés  (rapprochement  réciproque  de  Dieu 
et  de  Mohammad  ;  selon  Jaïar)  (4). 

Quel  est  V objet  de  la  phrase  ?  L'Ange  (selon  Ibn  al  Qayîm)  ; 
ou  plutôt  Dieu,  aperçu  à  travers  cette  nature  angélique  illu- 
minée, transparente. 

Quel  est  le  sens  de  la  phrase?  Il  ressort  des  versets  18  et 
23  ;  les  natures  angéliques,  que  l'idolâtrie  des  Qorayshites 
vénère  comme  maîtresses  absolues  des  astres  {gharânîq)^  ne 
sont  que  des  noms  stériles,  impuissants  à  nous  unir  à  l'es- 
sence divine  inaccessible.  L'extase  mohammédienne  a  donc 
consisté  à  «  faire  le  tour  »  de  l'inaccessibililé  de  Dieu  (5). 
C'est  ce  qu'exprime  déjà  Bistamî,  le  premier  mystique  mu- 
sulman, dont  la  méditation  puissante  ait  réussi  à  reconsti- 
tuer cette  extase  (6),  et  c'est  ce  qu'ai  Hallâj  établit  de  façon 
décisive  dans  le  présent  opuscule. 

Une  dernière  question  est  à  poser  :  de  quel  genre  fut  cette 

dérive  d'un  hadîth  d'Anas  :  «  aivtir  qawsî,  je  tends  mon  arc  »  (à  pro- 
pos delà  salât  aliuiir)  ;  elle  est  formulée  par  Mojâhid  :  «  Mohammad 
se  trouva,  par  rapport  à  Dieu,  comme  la  corde  vis-à-vis  de  l'arc  qu'elle 
sous- tend  ». 

(1)  madârij,  III,  205-207. 

(2)  Le  changement  est  marqué  par  fa. 

(3)  as'as,  204. 

(-4)  Ap.  'lyâd,  shifâ,  1.  c.  Le  sens  de  tadallà  est  «  redescendre  », 
comme  on  dit  d'un  acteur,  sur  la  scène,  qu'il  «  redescend  »  vers  le 
spectateur,  quand  il  revient  vers  lui.  Gfr.  Ibn  'Arabî,  fot.  III,  25t). 

(5)  Mohammad  a  donc  vu  la  pure  essence  divine,  déclare  le  hallagien 
Haykal  (ap.  Kalâbâdht,  ta'arrof). 

(6)  Voir  son  mi'râj,  ap.  Sarrâj,  loma\  384,  387  (texte  dilué  et  affai- 
bli par  'Attâr,  tadhkirah,  I,  172-176). 


LES    OEUVRES    D  AL    HALLAJ 


85i 


extase  de  Mohammad.  En  dehors  des  Hashwiyah  et  des  mo- 
takallimoûnvciwiévi^Xhi^^,  l'idée  d'un  ravissement  en  chair 
et  en  os  fut  écartée  de  plus  en  plus,  et  celle  d'un  ravissement 
spirituel,  insïlâkh  (1),  adoptée. 

L'analyse  des  premiers  mystiques,  notamment  Ibn'Alâ  et 
Qoshayrî,  nous  permet  de  pousser  plus  loin  (2).  Ils  admettent 
trois  genres  (qui  sont  trois  degrés)  dans  Tintervention  sur- 
naturelle de  l'Ktre  transcendant  : 

a)  pM  saisissement  de  la  nature  corporelle  de  l'individu  : 
simple  emprise  superficielle  sur  sa  chair,  ses  sens  externes 
(vue,  ouïe,  langue...)  ;  audition  de  paroles  extérieures,  appa- 
rition de  phantasmes  corporels. 

b)  par  ravissement  de  la  nature  spirituelle  de  l'individu 
(c'est,  suivant  l'intensité,  songe  ou  extase),  qui,  la  dissociant 
des  sens  externes,  provoque  une  ligature  de  la  mémoire  et 
de  la  volonté,  laissant  l'intellect  discursif  seul  apte  à  fonc- 
tionner, comme  une  «  intelligence  séparée  -»  (3)  :  intuition 
de  paroles,  illuminations  Imaginatives  (=  visions). 

c)  p?iV  jaillissement  divin  incendiant  le  nœud  même  de  la 
personnalité  ;  prise  centrale  embrayant  le  servo-moteur  hu- 
main, embrasant  le  cœur  :  inspiration  génératrice  d'unlan- 

(1)  Mot  hellénisant.  —  Cfr.  Ibn  Dihyah  (+  633/1235  :  Khasais)  et 
Kamâl  Ibn  al  Hamâm  (+  861/1457). 

(2)  Gfr.  Baqll,  tafsîr,  in  Qor.  XVII,  i  ;  et  ici  p.  405-406. 

(3)  :=  angélique.  C'est  l'extase  de  Bistâmî,  si  bien  caractérisée  par 
Hallâj,  en  sa  critique  du  fameux  mot  «  Sobhânî  »  !  Los  à  Moi  !  »  : 
«  Pauvre  Aboû  Yazîd  !  Il  était  arrivé  au  seuil  de  l'élocution  inspirée. 
C'est  bien  de  Dieu  que  lui  venaient  ces  paroles  (aux  lèvres).  Mais  il  ne 
s'en  rendait  pas  compte,  aveuglé  qu'il  était  encore  par  sa  préoccupation 
de  «  Bayézid  »  (zr  son  moi,  qu'il  voyait  encore  se  dresser  comme  un 
obstacle  imaginaire)  dans  l'entre-deux  (entre  Dieu  et  lui).  Tandis  que  le 
sage,  qui  écoute  Dieu  former  des  paroles  (en  son  cœur),  ne  considère 
plus  «  Bayézid  »  (=:  son  moi),  —  et  ne  se  préoccupe  plus,  ni  de  rétrac- 
ter ces  paroles,  ni  de  s'effrayer  de  leur  énormité  »  (ce  que  Bistâmî  fai- 
sait) (Baqlî,  shath.  131  ;  corr.  trad.  de  Taw.  p.  177). 


85î  CHAPITRE    XIV 

gage,  conformation  en  un  exemple,  union  transformante 
par  compréhension  immédiate,  synthétique  à  priori  (1). 

Ce  dernier  genre  d'intervention  surnaturelle,  par  union 
transformante,  peut  s'accompagner  également  des  phéno- 
mènes caractéristiques  des  deux  premiers  genres  :  spiritua- 
lisation  des  cinq  sens  charnels  (2),  et  illumination  des  «sens 
internes  »  (3)  propres  à  l'âme  séparée. 

Auquel  de  ces  trois  genres  rattachent-ils  l'extase  moham- 
médienne  ?  Au  second  (4)  :  en  effet,  la  vision  de  Mohammad 
au  mi^râj  est  définie  comme  une  vision,  triplement  imper- 
sonnelle, de  la  nature  divine  (en  tant  que  sainte)  par  la 
nature  spirituelle  d'un  homme,  grâce  à  l'intermédiaire  d'une 
w«^wre  angélique  illuminée.  Ibn  'Atâ  observe  qu'au  mïrâj^ 
la  chair  [naf's],  la  nature  spirituelle  (roûh)^  et  la  conscience 
intime  [sirr)  du  Prophète  se  sont  trouvées  dissociées,  exta- 
siées simultanément  en  des  perceptions  indépendantes  (5). 
Hallâj,  précisant  Jonayd,  montre  que  Mohammad,  après 
avoir  renoncé  (/)  à  ses  sens  charnels  (6),  a  annihilé  son  dé- 
sir de  voir  Dieu,  s'est  volontairement  mis  en  suspens,  a  laissé 
en  arrière  [2)  sa  conscience  intime,  son  cœur  (7)  ;  seul,  son 

(1)  Cfr.  ici,  p.  91o. 

(2)  Goût,  vue,  odorat  spirituels. 

(3)  Sens  commun  {hiss  moshtarîk),  phantasie  (khayâl),  Imaginative 
[ivâhimnh),  estimative  (motakliâyilah)  et  mémorative  {hdfiiah). 

(4)  Avis  unanime  d  Ibn  'Arabî  {shajarat  al  kaivn,  18)  et  Jîlî  {insân 
kâmil,  II,  37,  §  8)  ;  Gcha/âlî,  qui  l'admet  dans  ïihyâ  (IV,  178),  insinue 
dans  le  mUhkâl  (p.  56)  qu'Abraham  et  Mohammad  sont  arrivés  à  l'in- 
cendie spirituel,  à  l'extase  transformante  (cfr.  Makkî,  qoût,  II,  78). 

(5)  Ap.  Baqlî,  tafsîv,  in  Qor.  XVII,  1. 

(6)  Taw.  II,  7. 

(7)  Taw.  II,  8,  V,  14.  Il  s'est  spolié  de  son  cœur,  pour  recevoir  im- 
passible, la  vision  nue  de  l'idée  pure  en  son  intellect.  I.es  théologiens 
musulmans  critiquent  précisément  le  récit  évangélique  de  l'Agonie  du 
Christ  au  jardin  des  Olives  coniuie  attestant  la  démarche  inverse  ;  accep- 
ter en  son  cœur  la  souffrance,  voulue  de  Dieu,  humblement,  tout  en 


^Qf\^  Qh^sm  _ 


LUS    ETAfE^D^^/s      L  INVESTi^^ATi  on 
-PE  LA  REALiT/ 


i^j'xJ-  «/ Vc  =  SCI) 
û  '  MÇQ  AL  /JÀp'fiA// 


,ïï,    LE  HADE  T)E  LA  "DbTAWcE  DE  TEUX  JETs  D'ARC  ' 
JE  LAN  /L    HALLAJ-. 


^-:^  L  ii;i  )  E 


f^iM 


pLAXcnE  XXV   —  Qâh  qawsayii  (|.|»    H52-853). 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  853 

«  œil  spirituel  (ôasar,  nazar),  poussant  au  delà,  a  parcouru 
et  mesuré  (3)  le  cycle  complet  des  <«  deux  jets  d'arc  »,  a 
«  situé  M  l'inaccessible  Essence  divine  à  l'intérieur  de  ce 
cercle,  en  deçà  de  toute  science  du  créé. 

2.  [«  Par  l'Etoile,  à  son  déclin  !  »]  (1). 

(/).  «Le  premierb  (2), qui  est  inscrit  au  seuil  de  l'enceinte 
extérieure,  représente  celui  qui  atteint  l'enceinte  de  la  Réa- 
lité, (sans  arriver  à  la  Réalité  elle-même).  Le  second  bre- 
présente  celui  qui  l'a  atteinte,  puis,  qui  y  a  pénétré,  et  se 
heurte  à  une  porte  close  qui  le  sépare  (de  la  Réalité).  Le  troi- 
sième b  représente  celui  qui,  s'étant  heurté  en  vain  à  cette 
porte, s'en  va  errer  dans  le  désert  de  la  «réalité  de  la  Réalité  ». 

(:^). Arrière  !  pour  quiconque  pénètre  dans  l'enceinte  !  Car 
le  passage  est  muré,  et  le  visiteur  éconduit.  Le  point  en  haut 
représente  son  projet,  le  point  en  bas  son  rebroussement 
vers  son  point  de  départ,  et  le  point  intermédiaire  son  irré- 
solution. 

(3).  Car  l'enceinte  (intérieure)  n'a  pas  de  porte,  et  le  point 
qui  est  en  son  centre,  c'est  la  Réalité. 

(4).  Or  «  Réalité  »  veut  dire  :  celte  chose  à  laquelle  n'échap- 
pent ni  les  dehors,  ni  les  dedans  (des  êtres),  et  qui  ne  tolère 
pas  de  parèdre. 

(5).  Si  tu  désires  comprendre  ce  que  je  viens  de  l'indiquer, 
saisis  les  quatre  oiseaux,  et  serre-les  (le  bec  tourné  par  de 

renonçant  à  comprendre  (Ibn  Hazm,  II,  61  ;  Ibn  al  Torjomân,  tohfah, 
2f  25  ;  Ibn  Qotaybah,  mokhtalif,  351  ;  Ibn  Taymiyah,  jawâb  sahih,  II, 
224-230). 

(1)  Tel  est,  vraisemblablement,  le  titre  manquant,  à  restituer  ;  Baqlî 
dit  simplement  en  guise  de  prologue  :  «  il  est  dit,  dans  un  des  Tawâsîn 
[der  ba'd  Tawâsîn)  ». 

(2)  Voir  les  trois  lettres  arabes  BÂ,  marquées  sur  le  schéma  de  Taw. 
p.  25  ;  remplacées  sur  la  planche  ci-contre  par  les  capitales  droites  A, 
B,  D. 


854 


CHAPITRE    XIV 


vers  toi...  »  (1)  (=  cesse  de  te  disperser  au  dehors,  et  concen- 
tre-toi en  dedans)  (2),  car  Dieu  ne  plane  pas  (3). 

(6).  C'est  le  zèle  jaloux  (4).  (de  Dieu,  à  l'égard  de  la  Réalité) 
qui  nous  la  fera  apparaître,  en  nous,  après  nous  l'avoir  ca- 
chée (hors  de  nous)  ;  c'est  la  timidité  (à  son  égard)  (5)  qui 
nous  en  tenait  écartés,  c'est  la  stupeur  qui  nous  en  tenait 
privés. 

(7).  Telles  sont  les  significations  que  prend  (pour  nous)  la 
Réalité.  Et  il  y  a  plus  fin  à  saisir  que  cette  enceinte  :  des  pro- 
fondeurs, des  désignations  de  régions.  Plus  délié  encore,  à 
saisir,  est  le  fonctionnement  interne  de  l'entendement,  à 
cause  de  l'invagination  de  l'imagination  (que  cela  requiert). 

{S-9).  Car  l'observateur  (auquel  je  m'adresse)  observe  l'en- 
ceinte du  dehors  ;  non  du  dedans.  Quant  à  la  «  science  de  la 
science  »  (6)  de  la  Réalité,  il  ne  la  connaît  pas  ;  et  il  n'y  arri- 
verait pas  ;  car  toute  science  dénote  un  observateur,  et  toute 
enceinte  dénote  un  «  lieu  interdit  »,  Haram. 

(iO-11).  Aussi  a-t-on  nommé,  à  cause  de  cela,  le  Prophète 


(1)  Qor.  II,  262.  Verset  célèbre,  réponse  de  Dieu  à  Abraham  lui  de- 
mandant comment  II  ressusciterait  les  morts  (cFr.  Gen.  XV,  9-10).  La 
fin  est  :  «  pose  ensuite  sur  chacune  des  quatre  montagnes  (=  les  quatre 
points  cardinaux)  Tun  d'entre  eux,  et  puis,  appelle-les  ;  ils  viendront  à 
toi  en  hâte  ».  —  C'est  la  parabole  de  la  «  résurrection  spirituelle  », 
mVâd  'aglî,  selon  les  Ikhtvdn  al  safâ,  IV,  383  ;  Fakhr  Râzî,  'ismah, 
f.  163^  (cit.  Goldziher)  ;  Jalâl  Roûmî,  mathnaivi,  V,  1. 

(2)  Dans  ta  nullité,  afin  d'y  trouver  Dieu  :  qui  est  la  Résurrection. 
Baqiî  commente  :  si  tu  veux  rejoindre  Dieu,  mets  à  mort  tes  oiseaux, 
coupe  les  ailes  de  ta  science,  renonce  à  toutes  tes  qualités  créées  ;  les 
oiseaux  sont  les  «  quatre  éléments  ». 

(3)  I.Iallâj  amorce  ici  la  parabole  de  Taw.  V,  9. 

(4)  Ba(|lî  commente  :  «zèle  jaloux  »  veut  dire /aroJane^a/i  (solitarité) 
quand  il  s'agit  de  la  Réalité. 

(5)  Gfr.  sa  sentence  :  «  Haya  al  Rabb  ». 

(6)  'ilm  'ilm  =  fahm  fahm  =  ma'rifahy  compréhension  (par  le  de- 
dans) de  la  Réalité. 


LES  OEUVRES  d'al  hallaj  855 

Harami^  car  lui  seul  est  ressorti  de  Tenceinte  de  l'Inter- 
dit (  I  ).  Il  était  plein  de  crainte  et  d'émoi  ;  revêtu  de  la  robe 
de  la  Réalité,  il  sortit,  criant  à  toute  la  création  :  «  Ah!  »  (2) . 

(F-/).  Plus  menu  encore,  à  saisir,  est  le  récit  concernant 
le  Point  (primordial),  lequel  est  l'Origine,  qui  ne  croît,  ni 
ne  décroît  (3j,  ni  ne  se  consume, 

(5).  Celui  qui  ne  le  repère  pas  est  représenté  par  celui 
qui  se  tient  dans  l'enceinte  extérieure.  Il  nie  Mon  état,  puis- 
qu'il ne  m'aperçoit  pas  ;  aussi  me  nomme-t-ii  zïndiq.  (1  tire 
contre  moi  la  flèche  du  mal,  puis  il  appelle  à  la  rescousse, 
voyant  ma  gloire  (qu'il  juge  usurpée)  (4)  ;  et  c'est  vers  l'En- 
ceinte Interdite,  qui  est  derrière  l'au-delà,  qu'il  appelle  à  la 
rescousse  (5),  en  criant. 

(5).  Celui  qui  est  arrivé  à  la  seconde  enceinte  s'imagine 
que  Je  suis  le  (6)  «  maître  inspiré  »  (7). 

[4).  Celui  qui  est  arrivé  à  la  troisième  enceinte  pense  que 
Je  suis  au  fond  de  ses  penchants  (8). 

(5).  Enfin,  celui  qui  atteint  l'enceinte  de  la  Réalité  M'oublie, 
son  attention  est  distraite  de  Moi  (9)  (=  il  s'absorbe  dans  sa 
science  vaine  de  cette  arrivée). 

(1)  Image  probablement  inspirée  par  le  tawâf  autour  de  la  Ka'bah. 
Cfr.  image  analogue  de  S.  Bernard  {Serin.  In  Cant.,  62),  à  pro- 
pos des  trois  contemplations  :  des  creux  de  la  pierre  (humanité  du 
Christ),  du  mur  d'enceinte  (gloire  divine)  et  de  la  pierre  vive  (Essence 
divine). 

(2)  Cfr.  Taw.  V,  2  ;  IX,  3. 

(3)  Cfr.  discussion  classique  pour  la  foi  (Kal.  23). 

(4)  Une  grâce  m'a  fait  transcendre  l'enceinte  d'interdiction,  et  je  suis 
arrivé  à  l'union. 

(5)  feryâd,  traduit  Baqlî.  Cfr.  la  légende  de  l'intervention  de  Mohara- 
mad,  ici  p.  451. 

(6)  Ce  n'est  peut-être  pas  le  mot  d'Ibn  Khafîf  (cfr.  Taw.  p.  x),  qui 
appelle  Hallâj  :  «  un  maître  inspiré  ». 

(7)  11  Me  confond  avec  la  créature  que  J'inspire  (ici  p.  522). 

(8)  11  M'identifie  à  ses  désirs  (ici  p.  740.  n.  3,  643). 

(9)  Commentaire  de  Baqlî  publié  ap.  Taw.  p.  84,  n"  7  :  «  son  atten- 


856  CHAPITRE    XIV 

(6).  «  Et  pourtant  !  Non  !  Il  n'y  a  pas  de  décharge  à  faire 
valoir  !  C'est  auprès  de  ton  Seigneur  (seul)  qu'il  faut  aujour- 
d'hui que  tu  te  tiennes  !  Tandis  qu'il  tance  l'homme  (==  toi- 
même)  sur  ses  actes,  prématurés  et  différés  !  »  (1  ). 

(7).  Mais  l'homme  se  rejette  sur  le  témoignage  indirect  de 
l'ouïe,  recourt  en  hâte  à  la  [responsabilité  d'un  tiers  à  faire 
valoir  commej  décharge  ;  pris  de  peur  devant  les  étincelles 
(du  feu),  son  attention  biaise  et  plane  (à  côté). 

[8).  Ainsi  ai-je  vu  un  oiseau  (spirituel  =  une  âme)  d'entre 
les  oiseaux  (mystiques),  —  un  oiseau  à  deux  ailes  (2),  —  il 
niait  ma  gloire  (=  mon  état  d'union),  aussi  persistait-il  à 
planer  (3). 

[9).  Et  il  me  demanda  où  (aller  pour)  trouver  la  paix  (du 
cœur).  Et  je  lui  dis  :  «  Coupe-toi  l'aile  (4)  avec  les  ciseaux  de 
l'anéantissement,  sinon  lu  ne  pourras  me  suivre.  » 

(iO).  Et  il  me  dit:  «  Avec  mon  aile,  je  vole  vers  mon  Ami  !  » 
—  «  Malheur  à  toi  !  lui  dis-je  (5).  Nul  n'est  semblable  à  Lui, 

tion  s'absorbe  dans  la  scieace  vaine  de  la  surface  et  de  la  rive  ».  Gfr, 
ici,  p.  468,  n.  4,  1.  6  ;  —  Taw.  II,  8. 

(1)  Qor.  LXXV,  11-13  (cfr.  LXXXII,  5). 

(2)  Ce  mot  souligne,  croyons-nous,  une  allusion  au  mVrâj  de  Bis- 
tâmî,  ainsi  conçu:  «  La  première  fois  que  j'allai  vers  Son  unicité,  j'allai 
comme  un  oiseau  dont  le  corps  est  moneïté,  et  les  deux  ailes  pérennité  ; 
et  je  ne  cessai  de  voler  dans  l'air  de  l'analogie,  dix  ans,  si  bien  que  j'y 
repris  dix  mille  fois  conscience  de  moi-même...  et  je  ne  cessai  de  voler 
jusqu'à  l'esplanade  de  la  péiennité  où  il  y  avait  l'Arbre  môme  de  la 
monéïté  [  ;  puis  il  décrivit  sa  terre,  sa  racine,  son  tronc,  ses  branches 
et  ses  fruits  (c'est  \&  jujubier  ultime,  le  buisson  ardent),  puis  il  ajouta  :] 
et  je  compris  que  tout  cela  n'était  que  duperie  (Khad'ah)  ».  —  On  se 
rappelle  le  jugement  sévère  d'al  Hallâj  sur  le  Sobhànî  de  Bistâmî  (ici 
p.  851). 

(3)  Les  deux  ailes,  des  deux  sciences  {himmah,  hâlah)  selon  Baqlî. 

(4)  Cfr.  p.  416. 

(5)  C'est  par  Dieu  seul  que  tu  arriveras  à  Dieu.  Corr.  coram.  Baqlî 
(Taw.  84,  n°  10)  par  Taw.  84,  n"  12. 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  867 

l'Audient,  le  Voyant.  »  Et,  de  fait,  il  chut  alors  dans  l'océan 
de  la  réflexion,  où  il  se  noya. 

(//-/5).  On  peut  représenter  ainsi  (l'océan  de)  la  réflexion. 
Un  seul  point  unique,  d'entre  les  points  de  cette  enceinte, 
qui  figurent  les  (divers)  pensers  de  la  réflexion,  —  est  la 
Vérité  ;  tous  les  autres  sont  l'erreur. 

Et  voici  comment  s'exprime  la  réflexion  (1  )  : 

Je  vis  mon  Seigneur,  avec  l'œil  de  mon  cœur, 

Et  Lui  dis  «  Qui  es-Tu  ?  »  Il  me  dit  «  Toi  !  (2)  >. 

Mais,  pour  Toi,  le  «  où  »  ne  sait  trouver  un  lieu, 

II  n'y  a  pas  de  «  où  »  repérable,  du  moment  qu'il  s'agit  de  Toi  ! 

Et  il  n'y  a  pas  d'image  venant  de  Toi,  dans  la  durée, 

Qui  permette  d'apprendre  «  où  »  Tu  es  ! 

Puisque  Tu  es  Celui  qui  embrasse  tout  lieu, 

Et  passe  au  delà  de  tout  lieu,  où  donc  es-Tu,  Toi  ?  »  (3) 

[IS).  «  ïl  alla  près  (de  Dieu)  »  en  s'élevant,  «  puis  il  revint 
vers  Lui  »  en  remontant  ;  il  alla  près  de  Lui  par  la  recherche, 
puis  il  revint  vers  Lui  (en  planant)  de  contentement  ;  il  laissa 
là  son  cœur  et  il  s'approcha  de  son  Seigneur  (4)  ;  son  atten- 
tion cessa  dès  qu'il  M'aperçut  (5),  sans  qu'il  fût  réellement 

(1)  Critique  du  hadîth  de  la  vision  de  Mohammad. 

(2)  C'est  là  le  mot  que  Jorayrî  déclarait  être  l'explication  de  l'extase 
inachevée  de  Bistàmî,  qui  n'avait  pas  su  se  le  formuler  (Sahlagî,  noûr). 
Hallâj  le  critique  (cf.  ici,  p.  547,  vers  cités). 

(3)  Ce  quatrain  a  été  systématiquement  déformé  par  l'école  d'Ibn 
'Arabî  (Qaysarî  ;  Nâbolosî,  hatk,  36  ;  Ibu  'Ajîbah),  'qui  lui  fait  dire  que 
Dieu  est  n'importe  où  ;  alors  qu'ai  Hallâj  veut  dire,  au  contraire,  que 
Dieu  ne  se  trouve  éminemment  que  par  cette  vision  de  la  transcendance 
que  Mohammad  n'a  eu  qu'à  la  station  dite  «  de  la  distance  des  deux  jets 
d'arc  »  (cfr.  Taw.  p.  167). 

(4)  Mohammad  est  représenté  comme  un  oiseau,  dans  l'envol  de 
l'extase.  Cfr.  su/îrà,  p.  842  et  p.  854. 

(3)  Cfr.  Taw.  V,  5.  Il  y  a  là  un  planement  par  oscillation  circulaire, 
un  va-et-vient  :  allant  vers  le  but  (en  s'éloignant  du  spectateur),  puis 
revenant  du  but  (en  se  rapprochant  du  spectateur).  Cfr.  'Askarî, 
sinâ'atayn,  210  ;  Ibn 'Arabî,  fot.  III,  255-256. 


858  CHAPITRE    XIV 

absent.  Comment  exprimer  sa  présence,  inconsciente,  —  et 
son  regard,  qui  ne  regardait  rien. 

(/^).  De  l'éblouissementil  passa  à  la  lucidité  ;  et  de  la  luci- 
dité à  l'éblouissement  ;  attesté  (par  Dieu),  il  attesta  (Dieu)  ; 
Le  rejoignant,  il  En  fut  séparé  ;  il  fut  rejoint  à  son  Désir,  en 
restant  sevré  de  son  cœur  (1)  ;  «  son  cœur  n'a  pas  inventé 
(=  forgé)  ce  qu'il  a  vu  ». 

(/5).  Dieu  le  cacha,  puis  le  rapprocha  ;  l'abrita,  puis  le 
pacifia  ;  le  désaltéra,  puis  le  nourrit  ;  l'écréma,  puis  le  dé- 
canta ;  l'interpella,  puis  l'appela  ;  l'affligea,  puis  le  secourut  ; 
l'équipa,  puis  le  mit  en  selle  (2). 

(/&').  Or  il  y  avait  une  dislance  évaluable  (de  Dieu  à  lui)  (3) 
quand,  revenant  sur  ses  pas,  il  compléta  son  trajet  ;  quand, 
interpellé,  il  répondit  ;  ayant  regardé,  il  s'effaça  ;  ayant  bu, 
il  se  satisfit  ;  s'étant  approché,  il  prit  peur  ;  s'étant  écarté 
des  cités  et  des  camarades,  il  se  sépara  des  consciences  et 
des  regards,  et  des  traces  créées. 

(17).  a  Votre  compagnon  n'a  pas  dévié  en  Nous  contem- 
plant :  il  n'a  pas  passé  outre  (en  Nous  visitant),  et  il  ne  s'est 
pas  insurgé  (en  Nous  prêchant)  (4).  Il  ne  Nous  a  pas  compa- 
rés à  d'autres  que  Nous-mêmes  en  traitant  avec  Nous.  Il  n'a 
pas  dévié  en  visitant  le  jardin  du  souvenir  (dhi.kr).,  il  n'a  pas 
passé  outre  en  suivant  le  périple  du  penser  [fiJa-)  (5). 

(1)  Il  n'y  a  pas  eu  union  mystique,  et  donc  pas  d'accord  vital  entre 
la  langue  et  le  cœur  (cfr.  ici,  p.  499  et  p.  92i2).  Jonayd  le  note  :  Moham- 
mad,  au  rebours  de  Moïse,  n'a  pas  désiré  la  vision  (Hojwîrl,  Kashf, 
332). 

(2)  Double  mouvement,  déjà  soulifçné,  de  va-et-vient. 

(3)  Par  pure  appréciation  intellectuelle  ;  en  deux  temps. 

(4)  Un  symbole  littéraire  de  ce  mouvement  d'oscillation  intellectuelle 
est  donné  parce  que  Chesterton  appelle  le  topsy-turvydi>m  de  l'espace 
[Bail  and  Cross,  p.  314)  :  le  fait  que,  lorsque  celui  qui  croit  monter 
vers  un  astre  s'en  est  rapproché,  il  se  voit  tomber  dedans  (spirale). 

(5)  Ici  p.  540. 


LES    OEUVRES    D  AL    HALLAJ  869 

{18).  <(  Voire  compagnon  n'a  pas  dévié  :  il  ne  s'est  ni  dé- 
tourné, ni  délassé  ;  il  n'a  pas  détourné  l'œil,  vers  un  «  où  », 
il  ne  s'est  pas  délassé,  par  un  «  quand  »,  de  la  durée  pure. 

(19-W).  Mais  il  a  fait  mémoire  de  Dieu  en  ses  (moindres) 
respirations  et  clins  d'œil  ;  il  s'est  résigné  à  Lui  dans  les  cha- 
grins, et  L'a  remercié  pour  Ses  dons  ;  «  n'étant  plus  qu'une 
inspiration  docile,  allant  et  venant  de  la  Lumière  à  la  Lu- 
mière »  (1). 

[91).  «  Change  ton  parler  (2)  !  disparais  d'entre  les  chimè- 
res !  Lève  les  pieds  hors  des  créatures  et  des  hommes  !  Mets 
à  part  de  Dieu  la  mesure  et  l'harmonie  (du  langage)  !  Pas- 
sionne-toi (pour  Lui),  éperdu,  poursuis  ton  amour...,  saisis 
le  sens  anagogique,  prends  ton  essor  d'entre  les  montagnes 
et  les  collines  (3),  montagnes  de  la  réflexion  et  collines  de  la 
sécurité  :  pour  considérer,  enfin.  Ce  que  tu  regardes  ;  alors, 
tu  ferais  descendre  cette  nuit  pleine  (4),  qui  doit  mettre  fin 
au  jeûne  légal,  en  descendant  sur  l'Enceinte  Consacrée.  » 

(5^).  Ensuite,  il  alla  près  (de  Dieu),  semblable  à  celui  qui 
va  entrer  dans  l'intention  (de  l'idée  qu'il  veut  faire  compren- 
dre) ;  puis  il  revint  (=  se  retourna),  (annonçant  qu'il  était) 
interdit  de  pénétrer  (5)  :  pareil  à  une  digue  bâtie  pour  arrêter 
(nos  désirs  d'union),  plutôt  qu'à  une  humilité  saisie  d'im- 
puissance (6)  ;  passant  du  degré  des  Egards  au  degré  de  la 

(1)  Qor.  LUI,  10. 

(2)  Hallâj,  en  état  d'union  mystique,  contemple  Mohammad  et  l'exhorte 
à  passer  outre  pour  arriver  à  l'union  (cfr.  Taw.  V,  9). 

(3)  Les  deux  voies,  cfr.  suprà,  p.  540. 

(4)  samsâmah.  Cfr.  Lisàn  al  'arah,  s.  v.  SMM. 

(5)  Lire  hdjiz  (cfr.  ici,  p.  867  ;  Qor.  XXVII,  62,  LXIX,  47)  ou  'âjir, 
termes  synonymes 

(6)  Wâsitî  fait  de  cette  rétroversion  de  Mohammad  la  caractéristique 
de  toute  vision  de  l'essence  divine  :  «  Celui  qui  s'imagine  s'être  rappro- 
ché de  Dieu,  soi-même,  met  entre  Dieu  et  lui  une  distance  ;  quedis-je? 
quiconque  s'est  rapproché  de  Dieu,  s'écarte  {tadallà)  forcément  de  la 
perception  de  Sa  réalité  »  ('lyâd,  shifâ,  I,  167). 


S60  CHAPÎTHE    XIV 

Réprimande, puis  du  degré  de  la  Réprimande  (  1  )  au  degré  de 
la  Vicinité  (2).  Il  était  ailé,  en  clierclieur  ;  il  revint,  en  fugi- 
tif. Il  était  allé,  invocateur  ;  il  repassa,  héraut  (proclamant 
Dieu  inaccessible).  11  était  allé,  exaucé  ;  il  revint,  investi  de 
la  «  vicinité  »  divine.  11  était  allé,  témoin  offert  (=  martyr)  ; 
il  revint,  contemplateur  (3). 

(55).  «  La  distance  parcourue  (auprès  de  Dieu)  étant  alors 
de  deux  jets  d'arc  »,  il  visa  le  but  ^(  Où  »  avec  la  flèche  de 
r  «  entre-deux  »  ;  et  il  constata  qu'il  y  avait  bien  :  a  deux 
arcs  »,  pour  préciser  le  lieu  exact,  «  ou  »,  [hésitant]  à  cause 
de  l'imperceptibilité  de  l'Essence  (4),  «  un  peu  plus  près  », 
dans  l'essence  de  l'Essence  (5). 

(24^8).  Je  pense  que  notre  phrase,  ici,  ne  sera  compré- 
hensible que  pour  celui  qui  est  parvenu  au  second  jet  d'arc 
lequel  est  au  delà  delà  Tablette  (6).  Là,  les  lettres  qu'on  em- 
ploie ne  sont  plus  les  lettres  de  l'alphabet  arabe,  sauf  une 
seule,  le  mîm  (  —  le  nom)  ;  laquelle  désigne  le  «  Dernier  »  nom 
divin  (7). 

(W-SO).  Or,  ce  mîm  se  trouve  être  aussi  la  corde  fquisous- 
tend  l'arc]  du  nom  divin  «  le  Premier  »  (8)  pour  celui-là  qui 


(1)  Ici  p.  737. 

(2)  Gfr.  p.  8.59,  n.  6. 

(3)  Ces  différentes  aatithèses  marquent  les  deux  stades  de  l'extase, 
les  deux  jets  d'arc.  A  partir  de  ce  paragraphe,  Baqii  classe  ainsi  :  §§  22, 
31-33,  23-30,  34-39.  J'ai  conservé  ici  le  classement  du  ms.  de  Londres. 
Le  sens  reste  d'ailleurs  le  même. 

(4)  En  dedans  de  l'aire  circonscrite  par  ces  deux  arcs. 

(5)  A.  l'intérieur  insondable  de  cette  aire  interdite  (Harawl,  ap.  Ibn 
al  Qayîm,  III,  207). 

(6)  Au  delà  du  décret,  dans  le  précepte  ;  au  delà  de  la  nécessité, 
dans  la  liberté. 

(7)  Signe  connu  dajafr,  conservé  chez  les  Noseïris  =  la  finalité  de 
l'individu. 

(8)  La  causalité  de  l'individu. 


LES    CE0VRE8    D  AL    HALLAJ 


$6l 


(par  sa  flèche  =  l'étincelle  delà  révélation  coranique)  (1)  a 
éclairé  à  nu  l'Emplacement  Interdit  (circonscrit  par  les  deux 
jets  d'arc  =  l'Essence  divine). 

{3i).  La  forme  adéquate  du  discours  (2)  est  celle  dont  le 
sens  aboutit  à  un  rapprochement  (3)  (de  la  pensée  avec  l'Objet 
du  discours).  Or  le  sens  n'appartient  en  plénitude  qu'à  la 
Réalité  de  Dieu  (4),  non  à  la  méthode  des  créatures,  et  ce 
rappi'ochement^  donc,  ne  s'obtient  qu'en  se  maintenant  dans 
le  cercle  de  l'exactitude  rigoureuse  (5). 

{3'2).  Celte  Réalité  (de  Dieu)  (6),  qui  vérifie  les  réalités 
(créées),  se  trouve  :  grâce  à  la  précision  des  distinctions,  aux 
expériences  antérieures,  aux  sanglots  dans  la  captivité;  en 
recourant  à  un  antidote  composé  par  un  médecin  qui  nous 
aime  ;  par  la  considération  d'une  rupture  d'avec  toutes  nos 
attaches  ;  dans  les  coussins  de  selle  de  ceux  qui  arriveront  en- 
semble au  gîte  d'étape  ;  grâce  à  la  persistance  des  calamités 
et  au  discernement  des  distinctions.  (La  Réalité  se  manifeste 
à  nous)  par  une  parole  de  délivrance  (7),  libérant  des  itiné- 
raires individuels,  lesquels  diffèrent  suivant  les  personnes. 
Et  le  rapprochement  s'envisage  alors  comme  une  perspective 

(1)  tajalli  khdss  (Baqiî).  —  C'est  de  Mohamraad  qu'il  s'agit  :  Hallâj, 
en  termes  voilés,  exprime  ici  que  la  finalité  interne  de  Moharamad,  vis- 
à-vis  de  sa  causalité  externe,  n'a  été  que  comme  la  corde  par  rapport  à 
l'arc  (cfr.  ici,  p.  383). 

(2)  sîghal  al  kaldm  {wad'  koll  shay'  fi  mawdi'ihi  :  'Askarî,  sinâ'atayn, 
120).  Pour  Ibn  Kollâb  et  Ash'arî,  la  Parole  divine  n'a  pas  de  sighah 
exprimable  parmi  les  hommes  ;  pour  Ibn  Hanbal,  cette  sîghah  est  le 
Qor'ân  ;  pour  Hallâj,  c'est  l'inspiration  imprévisible  ;  pour  les  Sâlimiyah, 
la  concentration  de  l'attention  fervente  suffit  à  la  réaliser. 

(3)  donoûiv,  commente  «  aw  adnà  »  ;  cela  que  Mohammad  n'a  fait 
qu'indiquer. 

(4)  Cfr.  Ja'far  (ap.  'lyâd,  /.  c,  I,  166-167). 

(5)  L'enceinte  circouscrile  par  les  deux  jets  d'arc. 

(6)  Ici,  le  texte  est  douteux  (un  waiv  de  trop  chez  Baqlî). 

(7)  La  «  résurrection  intellectuelle  »  de  Qor.  II,  262, 


862  CHAPITRE    XIV 

nue,  librement  ouverte  (1)  devant  la  con) préhension  du  mys- 
tique qui  a  suivi  jusque-là  (±)  les  sentiers  frayés  par  la  tra- 
dition prophétique. 

(33).  CsiV  le  Maître  d'Yathrib  Ta  proclamé:  la  gloire  de 
Celui  qui  possède  la  plus  excellente  des  gloires,  inviolable, 
est  enclose  «  dans  un  livre  scellé  »  (Qor.  LVI,  77)  (3)  ;  et  il 
nous  Ta  rappelé  dans  un  livre  ouvert,  et  «  noté  par  écrit  » 
(Qor.  LII,  2),  sur  les  sens  du  «  langage  des  oiseaux  »  :  quand 
il  nous  a  amenés  (pour  contempler  Dieu,  en  volant)  jusqu'à 
cette  station,  dont  «  la  distance  est  de  deux  jets  d'arc  ». 

(34).  Comprends  donc,  si  tu  as  compris  cela,  ô  captif  !  que 
le  Seigneur  n'entre  en  dialogue  qu'avec  les  Siens  (4),  et  les 
amis  des  Siens. 

(3o).  Etre  l'un  des  siens,  c'est  être  celui  qui  n'a  plus  ni 
maître  ni  disciple,  sans  préférence  ni  difl'érenciation,  sans 
distraction  ni  rappel  ;  n'ayant  plus  rien  «à  lui»,  ni  «de 
lui  »,  rien  I  En  lui,  il  y  a  ce  qui  est  (5)  :  c'est  en  lui,  mais  sans 
qu'il  ait  d'  <•  en  lui  »  :  comme  un  Désert  sans  eau  dans  un 


(1)  Et  non  plus  interdite  (cfr.  ici,  p.  517). 
(2)Gfr.  ici,  p.  522. 

(3)  Allusion  aux  versets  LVI,  76-80  :  «  ce  Qor'ân  précieux,  enclos 
danaun  livre  scellé^  que  seuls  les  purifiés  peuvent  ouvrir,  —  révélation 
que  leur  adresse  le  Maître  des  mondes  ».  —  Hallâj  suit  ici  l'exégèse 
d'Ibn  Karrâm  (Ibn  al  Dâ'î,  381  ;  mentionnée  par  Shahrast.  I,  143-144)  : 
que  les  motashâbihât  coraniques  ne  sont  pas  de  simples  allégories  péné- 
trables  pour  une  raison  humaine  quelconque  (opinion  mo'tazilite, 
ash'arite),  —  mais  des  paraboles  recelant  un  sens  réel,  mystérieux,  que 
seules  les  âmes  moralement  purifiées  peuvent  goûter  (Hallâj,  in  Qor. 
L,  i  ;  Baqiî,  t.  II,  p.  304  ;  et  le  «  mokhâtab  al  Qor  an  »,  id.  II,  209). 

(4)  C'est  ainsi  que,  dans  le  Qor'ân,  Dieu  déclare  à  Noé  que  son  fils 
(noyé)  n'est  pas  un  des  siens  [ahl)  ;  à  Abraham,  que  son  père  n'est  pas 
un  des  siens  ;  à  Mohammad,  que  son  fils  adoptif  n'est  pas  un  des  siens. 
—  Cfr.  Taw.  I,  5. 

(5)  Jalâl  Roùmî  a  repris  ce  mot  comme  titre  :  fihi  ma  fîki. 


LES  cfEUVREs  d'al  hallaj  863 

désert  sans  eau,  —  comme  un  Signe  dans  ce  signe  (de  Dieu, 
qu'il  est  déjà). 

{36).  Les  déclarations  publiques  (des  autres)  traduisent 
ses  pensées  (intimes),  leurs  pensées  traduisent  ses  vœux  (1). 
Son  vœu  vise  au  loin,  sa  règle  est  dure,  son  nom  glorieux, 
son  aspect  incomparable  ;  sa  sagesse  est  son  non-savoir,  son 
non-savoir  est  sa  seule  réalité,  c'est  son  péché  qui  lui  donne 
confiance.  Son  nom,  c'est  sa  règle  de  vie  ;  son  signe,  c'est  qu'il 
brûle  d'un  incendie  ;  son  attribut  (essentiel),  c'est  le  désir  ! 

(37).  L'observance  légale  est  sa  caractéristique,  —  les 
soleils  sont  son  hippodrome,  les  âmes  son  parvis,  Satan  son 
instructeur  ("2)  ;  tout  être  sociable  devient  son  animal  fami- 
lier ;  l'humanité  est  son  secret,  l'écroulement  sa  gloire, 
l'abaissement  son  sujet  de  méditation,  la  «  fiancée  »  (3)  son 
jardin,  les  décombres  son  palais  ! 

{38).  Ses  maîtres  font  Mon  refuge,  ses  principes  Mon 
alarme,  sa  volonté  Ma  requête,  ses  secours  Mon  abri,  ses 
chagrins  Mon  angoisse  !  Son  feuillage  abrite  Mon  aiguade, 
les  franges  de  ses  manches  couvrent  Ma  pauvreté. 

[39).  Ses  alentours  sont  stérilité,  et  ses  approches  ne  sont 
que  cendre  ;  sa  doctrine  est  la  pierre  angulaire  de  son  état 
de  conscience  ;  et  son  état  n'est  qu'impuissance.  Mais  tout 
autre  état  serait  objet  de  colère  pour  Dieu.  Voilà  donc  qui 
est  suffisant  !  Et  ainsi,  à  la  garde  de  Dieu  !  » 


(1)  C'est  le  motcV. 

(2)  D'où  l'apologue  apocryphe  de  Taw.  VI,  20-23. 

(3)  La  terre  sacrée  des  élus,  à  Jérusalem  selon  le  hadîlh  :  «  au  jour 
du  Jugement,  le  Paradis  piquera  (en  volant),  vêtu  comme  une  fiancée, 
vers  Jérusalem. . .  >>  (Ibn  'Abd  Rabbihi,  'igd  farid,  III,  262  ;  cfr.  Apoc. 
XXI,  2). 


864  CHAPITRE    XlV 

d)  Chapitres  VI  et  VII. 

1.   Note  sur  le  péché  de  Satan. 

Le  sujet  du  Ta  Sin  al  Azal  est  la  chute  de  Satan  ;  due,  se- 
lon le  texte  exprès  du  Qor'ân,  à  ce  qu'il  se  tît,  contre  Dieu 
lui-même,  le  champion  irréductible  du  monothéisme  isla- 
mique ;  en  se  refusant  (lorsque  Dieu  invita  les  Anges  à  se 
prosterner  devant  Adam)  à  adorer  «  un  autre  que  Dieu  »  (1) 
(Qor.  II,  37;  VII,  10  seq.). 

L'étude  de  ce  cas  ardu  fît  introduire  des  distinctions  dans 
le  péché  de  Satan  :  I""  Il  ne  fit  pas  de  prosternation  (trans- 
gression, ma'siyah)  ;  T  il  déclara  «  je  vaux  mieux  qu'Adam  » 
(orgueil,  isûkbâr)  ;  car  »  je  suis  de  feu,  et  Adam  de  limon  » 
(raisonnement  (2),  qïyâ!i)\  donc  <?"  son  intention  a  été, 
croyant  connaître  Dieu  à  fond,  de  déférer  à  Son  décret  plu- 
tôt que  d'obéir  à  Son  commandement. 

A.  MoUazilïtes  et  Zàhïrites  (3),  plaçant  la  responsabilité 
individuelle  dans  l'actee  xterne  (et  non  la  pensée,  ni  l'inten- 
tion), restreignent  le  péché  de  Satan  à  son  geste  de  refus  (/°)  ; 
les  mo'tazilites  justifiant  en  soi  la  pensée  libre,  le  ^i?/«^,  et 
les  zâhirites  l'interdisant  en  soi  comme  invinciblement 
erroné,  la  question  de  son  raisonnement  (5°)  ne  se  pose  pas  ; 
ni  celle  de  la  légitimité  morale  de  son  refus  {S°),  les  zâhirites, 
comme  les  mo'tazilites,  nevoyant  d'autre  intention  compré- 
hensible que  celle  qu'y  attache  Dieu.  Ange  très  haut,  et  aimé 
de  Dieu,  Satan  Qsi  devenu  «  Kâfir  »  (Ibn  'Abbâs,  Ibn  Mas 
'oûd). 


(1)  S.  Paul,  Hebr.  \.  Voirie  grand  commentaire  de  Tabarî. 

(2)  Ce  fut  le  premier  qiyâs,  note  Awzâ'î  ('Okbarî,  sharh  iva  ibânah  ; 
Râgliib  pâshâ,  safînah,  108). 

(3)  Jâhiz,  hayawân,  VI,  86.  Hazm.III,  198  ;   Râghib  pàshâ,  85-86  ; 
Mortadâ,  monyah,  48-49. 


LES    OEUVRES    D  AL    HALLAJ 


865 


B.  Hanhalites,  mysûques  b-aditionnalistes,  morjites  et 
asKarïtes  (I),  plaçant  la  responsabilité  dans  la  pensée,  en 
dehors  de  racle  externe  (et  de  l'intention),  restreignent  le 
péché  de  Satan  à  un  faux  raisonnement  (:^''),  attestant  de  sa 
part  un  simple  manque  à  deviner  l'intention  divine  (5°), 
faisant  de  la  forme  d'Adam  une  «  image  »  synthétique  des 
perfections  divines  ;  son  péché  d'ignorance  [jakï]  s'est  tra- 
duit par  une  phrase  dérisoire  (istihzâ).  Il  n'a  jamais  été  ange, 
mais  simplementym?2  (2)  ;  et,  même  s'il  a  été  ange,  il  a  tou- 
jours été  Âïf^r.  IN'a-t-il  pas  été  pourtant  'an/?;  Mâzarî  et 
Haylamî  refusent  de  poser  la  question  (3). 

C.  Trois  hanéfites  morji'tes,  Yofinos  Samarrî,  Ghassan  et 
Ibn  Shabîb,  Técole  de  Mohàsibî,  Toslarî,  et  les  imâmites, 
surtout  extrémistes  (4),  doivent  s'avouer  que  Satan  est  77îoû' 
min  et  'ârif;  ils  placent  son  péché  dans  un  revirement  de  sa 
volonté,  intention  perverse  (5°);  envie  conçue  à  l'égard  de  la 
sanctification  ['ismah)  ou  a  parcelle  sanctifiante  »  (Bayân), 
destinée  à  Adam  :  donc  reniement  en  son  cœur  delà  sainteté 
divine  elle-même,  par  refus  de  s'humilier  amoureusement 
devant  Dieu  (Ibn'Atâ,  Wâsitî,  Qannâd,  Maghribî).  D'Ange, 
et  de  mou'min^  il  est  devenu  «.  kâfir  »  (Imâmites)  ;  ou  restant 
«  mou'min»,  s'est  damné  (Samarrî). 

jD.  Développant  ce  thème,  après  Tostarî  (5),  Hallâj  mon- 
tre que  le  quiélisme  obstiné  de  Satan,  posant  au  parfait 
gnostique,  et  se  vantant  d'aimer  Dieu,  aboutit  à  l'exclure  de 
l'union  divine  (4*  «  Non  !  »),  après  lui  avoir  fait  transgresser 
le  décret  (l"'"  Non:  /*»),  blasphémer  la  sagesse  (2"  Non  :  S°) 

(i)  Hazm.  ni,  200  ;  ÎV,  206.  Shiblî,  âkâm,  154-156. 

(2)  Hasan  :  hanhalites,  notamment  Ibn  Shâqilà  et  Ibn  al  Farrâ,  contre 
Ibn  'Aqîl  ;  Ibn  abî'l  Donyâ  le  croyait  un  Ange. 

(3)  Haytamî,  fatâivà  hadîthiyah,  91. 

(4)  Shahr.  I,  187,  204  ;  Kîlânî,  ghonyah,  1,  80  ;  Hazm.  IV,  206. 
5)  tafsîr,  37. 

9$ 


866  CHAPITRE    XIV 

et  minimiser  l'omnipotence  divine  (S"  Non:  5°)  (1).  Le  culte 
de  l'observance  ['ibâdah)  l'a  coupé  de  la  règle  d'obéissance 
{rï^âyah)  [2).Sesprélentions  restent  extérieurement  (de  moins 
en  moins  fortement)  exactes  et  valides,  mais  ses  intentions  se 
vicient  intérieurement,  de  plus  en  plus.  Satan  assiste,  im- 
puissant, à  la  disparition  graduelle  (par  dépérissement  in- 
terne) des  incomparables  dignités  extérieures  dont  il  avait 
été  revêtu,  croyant  unitaire  (mowahhid),  sage  Çârif),  véri- 
dique  [siddîq)  et  saint  [walî)  :  il  se  damne,  à  jamais . 

D.  Les  mystiques  postérieurs,  explicitant  dans  un  sens 
moniste,  la  tendance  latitudinariste  de  Toslarî  admise  par 
les  Sâlimîyah  (3),  considèrent,  qu'au  fond,  Satan  n'a  pas  eu 
tort  de  pécher,  et  que  le  dam  de  ce  parfait  amoureux  de 
l'Unité  divine  n'est  qu'une  apparence  temporaire  (4),  qui 
cessera  au  jour  du  Jugement  :  il  a  eu  raison  de  préférer  être 
aveuglé  par  amour,  de  subir  le  décret  de  Dieu  plutôt  (5)  que 
d'obéir  à  Son  commandement  (/"),  de  dire  le  feu  supé- 
rieur (6)  au  limon  (:^*'),  il  a  été  et  redeviendra  le  premier  des 
Anges,  il  est  toujours  en  plénitude  croyant  unitaire,  sage, 
véridique  et  saint. 

Ë.  Fragment  d'al  Hallâj  probablement  antérieur  au  Ta 
Sîn  al  Azal  (7)  :  Lorsqu'il  fut  dit  à  Satan  :  «  Adore  Adam  !  », 

(1)  Voir  Taw.  VII  ;  sous-titre  de  VI,  et  |§  30-36. 

(2)  Wâsitî,  ap.  Baqll,  tafûr,  t.  I,  p.  244. 

(3)  fol.  II,  737.  Gfr.  VP  proposition  (sojoûd  fVl  ihâniyah)  selon  Ibn 
al  Farrâ  =  IV*  prop.  ap.  Kîlânî  {ghonyah,  I,  83).  Et  VIP  prop.  (n'est 
pas  entré  en  Paradis).  Makkî,  officiellement,  reste  orthodoxe  (goût, 
II,  134). 

(4)  Ibn  'Arabî,  d'abord  orthodoxe  en  apparence  [tadbirât,  éd.  Nyberg, 
197  ;  shajarah,  11  ;  fot.  III,  328),  cède.  Gfr.  Kîlânî,  fotoûh  al  ghayb, 
XXI.  Jîlî,  insân  Kâmil,  II,  40  (atténue  en  son  'oynlyah,  p.  198). 

(5)  Théorie  du  harîrî  Najm  ibn  Isra'il  Shaybânî  (+676/1277). 

(6)  Ibn  Bord  [farq,  39).  Jîlî,  l.  c,  II,  39,  en  bas  ;  'Alî  Dédé,  Khawâ- 
tim  al  hikam. 

.(7)  Ce  fragment,  conservé  par  Ibn  'Atâ,  serait  la  première  esquisse 


LES    ŒUVRES    d'aL    HATXAJ  867 

il  adressa  la  parole  à  Dieu  :  Le  poste  d'honneur  de  l'adora- 
tion est-il  donc  retiré  à  ma  conscience?  Ne  te  la  doit-elle 
plus(1),  s'il  me  faut  maintenant  adorer  Adam  ?  Ce  que  ïu 
m'ordonnes  là,  c'est  ce  que  Tu  m'avais  interdit  !  —  Je  vais 
te  supplicier  pour  toujours.  —  N'est-ce  pas  que  Tu  me  ver- 
ras, tandis  que  Tu  me  supplicieras?  —  Oui  !  —  Alors  Ton 
regard  dirigé  vers  moi  m'aidera  à  supporter  la  vision  de  mon 
supplice  !  Fais  de  moi  selon  Ton  vouloir.  —  Je  vais  faire  de 
toile  ((  lapidé  ».  —  N'est-ce  pas,  que  «  ne  plus  avoir  d'en- 
ceinte protectrice  »  (2)  n'arrive  qu'à  ce  qui  est  autre  que 
Toi-même?  Fais  donc  de  moi  selon  Ton  vouloir  ». 

2.  Ta  sîn  al  Azal. 

—  «  Le  Ta  Sîn  de  la  jmélernité  [,  et  l'équivoque  (pour  qui  se 
sait  comprenant)  relative  aux  prédications  publiques  (de 
l'inaccessibilité  de  l'Unité  divine)  qui  demeurent  légitimes^ 
au  rebours  des  intentions  de  leurs  auteurs  (lesquelles  péri- 
clitent) ]»  (3). 

(  Vl-i).  «  Il  n'y  a  pas  eu  de  prédications  légitimes,  excepté 
celles  de  Satan  (4)  et  de  Mohammad  (5).  A  cette  différence 

de  l'œuvre.  Je  l'ai  publié  ap.  Taw.  p.  xi-xu  ;  j'en  améliore  ici  le  texte 
grâce  à  l'édition  impr,  du  tafslr  de  Baqlî,  t.  I,  p.  21,  1.  6-9. 

(1)  a  là  lak  fil  sojoûd. 

(2)  awa  laysa  tam  yohâjiz...  (cfr.  Taw.  V,  22).  Variante  :  mva  laysa 
lamyohâmid...  «  ne  plus  recevoir  d'hommages  »  ;  allusion  à  son  humi- 
liante lapidation,  par  euphémisme. 

(3j  Ce  prologue,  évidemment  contemporain  de  l'œuvre,  est  décisif 
pour  l'interprétation  de  l'œuvre.  —  Pour  les  deux  lettres  TA  et  6ViV,  je 
renvoie  au  commentaire  de  Baqlî  (Taw.,  p.  1-2  ;  comp.  Mobarrad, 
Kâmil,  II,  294  ;  Mohsin  Fa^çl,  (afsîr  al  sdfî,  t.  I,  p.  124,  t,  II,  p.  65). 
J'y  vois  l'inversion  voulue  de  SHÏ  TÂN  avec  permutation  vocalique. 
Cfr.  dans  le  Qor'ân,  a  'ISA  »  pour  «  YlStiOU'  »,  «  BM  J»  pour 
«  MH[MT)]  )>,  etc.. 

(4)  Iblîs. 

(5)  Ahmad.  Tostarî  avait  esquissé  la  comparaison  [tafslr,  37). 


86^  CHAPITRE    XIV 

près  (que  pour  la  formuler),  Satan  se  précipita  hors  de 
rEssence(i),  tandis  qu'Ahmad  perçut  (en  dehors  de  lui- 
même)  l'essence  de  l'Kssence. 

(3).  Il  fut  dit  à  Satan  «  Prosterne-toi  !»  et  à  Mohammad 
«  Regarde  !  (2)  ».  Mais  Satan  ne  se  prosterna  pas,  et  Moham- 
mad ne  regarda  pas  (3).  «  Il  n'a  porté  son  regard  ni  à  droite, 
ni  à  gauche  ;  la  vue  de  son  intellect  ne  s'est  pas  émoussée  et 
n'a  pas  forcé  (l'enceinte  sacrée).  » 

[3).  Satan,  lui,  énonça  prédication,  puis  ne  revint  pas  sur 
sa  détermination  première. 

(4-5).  Tandis  que  Mohammad  énonça  prédication,  puis 
revint  sur  sa  détermination  première  (4),  disant  (à  Dieu)  : 
«  C'est  en  Toi  que  je  me  transporte,  et  sur  Toi  que  je  me 
jette  !  »  (5)  ;  et  «  0  Toi  qui  retourne  les  cœurs  I  »  (6)  ;  et  «  Je 
ne  saurais  Te  louer  dignement  ». 

(6-7).  Il  n'y  avait  pas,  parmi  les  habitants  du  ciel,  de  mo- 
nothéiste (mowahhid)  (7)  comparable  à  Satan  :  l'Essence  lui 
apparut  dans  toute  sa  pureté  ;  il  s'interdit,  par  timidité,  à 
son  égard,  aucun  clin  d'œil,  et  se  mit  à  vénérer  l'Adoré  dans 
l'isolement  ascétique  (8). 

(l)Maqdisî  paraphrasîé  :  «  Si  je  me  suis  précipité  hors  de  l'Essence, 
je  suis  tombé  dans  l'essence  de  l'Essence  »  {taflîs,  p.  23,  1.  12-13). 

(2)  Gfr.  ici,  p.  743,  et  p.  845  (Moïse). 

(3)  La  négation  est  sûre  :  cfr.  Ja'far,  sur  Qor.  XVII,  1  (Baqlî)  ; 
Taw.  II,  7.  Hallaj,  ap.  Kal.  5  et  Sol.  56. 

(4)  Renonçant  à  maintenir  contre  Dieu  Vidée,  quand  Dieu  en  eut 
changé  Vinlention  ;  il  cessa  de  s'en  croire  propriétaire  (cfr.  ici,  p.  615, 
n.  5). 

(5)  hadîihal  do'â  {Lisân  al  'arab^  s.  v.  soûl  ;  Sarrâj,  loma\  347). 
(6j  Fin  :  «  fixe  mon  cœur  dans  Ton  culte  !  »  (Hanbal,  VI,  91,  251  ; 

Moslim,  ap.  Fakhr  Râzî,  as'as,  165  ;  Mottaqî,  Ranz,  III,  67). 

(7)  Cfr.  Shiblî,  âkàm,  i53. 

(8) /aj'rtûî  ;  dont  l'enivrement  risque  d'empêcher  d'atteindre  l'union 
mystique.  «  Celui  qu'enivrent  les  feux  de  l'isolement  ascétique...»  (Sol. 
tab.). 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  869 

(<?).  Il  encourut  malédiction,  quand  il  atteignit  l'esseule- 
ment  plénier  [tafrld]  (1),  et  fut  mis  à  la  question,  quand, 
réclamant  davantage,  il  demanda  la  solitarilé. 

(P).  Dieu  lui  dit  (2)  alors  «  Prosterne-toi  (devant  Adam)  ? 
—  Pas  devant  un  autre  (que  Toi)  !  —  Même  si  Ma  malédic- 
tion tombe  sur  toi  ?  —  Elle  ne  me  nuira  point  !  »  Et  Satan  dit 
[Johoûdî...)  (3)  : 

{iO)  Je  renie  (Ton  ordre)...,  c'est  pour  T'affirmer  (4)  Saint  ! 

Ma  pensée  veut  rester  folle  de  Toi  ! 
Qu'est-ce  qu'Adam  ?  Rien,  sans  Toi  ! 

Qui  suis-je  donc,   moi,  Satan,  pour  le   difîerencier  (5)  de 

[Toi  (6)  ! 

(1)  Auquel  il  faut  renoncer  pour  l'union  (ici  p.  641).  Wâsitî  :  «  Celui 
qui  se  voue  à  l'observance  stricte  (nosk)  pour  cette  vie  et  pour  l'autre, 
l'ignorance  est  son  entendement,  l'esprit  de  contradiction  est  son  point 
d'honneur,  il  est  incité  à  s'éloigner  de  Dieu  ;  (en  tout  cas)  il  ne  s'en 
rapproche  pas,  car  la  dévotion  extérieure  ('ibddât)  nous  isole  de  la  règle 
de  vie  (ri'âydt),  et  garder  lintuition  de  sa  propre  dévotion,  c'est  garder 
intuition  de  ses  propres  actes,  de  son  esprit  propre  ;  or  nul  n'attaque 
Dieu  plus  violemment  que  celui  qui  se  considère  lui-même  d'un  œil  de 
satisfaction  ;  aussi,  lorsque  Dieu  interrogea  Satan  avec  autorité  royale, 
11  l'investit,  de  par  Sa  question  même,  d'une  capacité  de  Lui  répondre  ; 
si  Dieu  ne  l'en  avait  pas  investi,  Satan  serait  resté  béant  »  (Baqiî,  tafs., 
t.  I,  p,  244).  Wâsitî  :  «  Celui  qui  endosse  la  bure  de  l'observance  est 
induit  au  «  Je  »  ;  tel  Satan  »  {id.,  I,  245). 

(2)  Ibn  'Aqîl  nie  que  Dieu  lui  ait  parlé  Kîfdhà  (Shiblî,  âkâm,  156). 
—  Comp.  J^  9-12,  13-17,  27-29. 

(3)  Distique  célèbre.  Comparer  la  version  d'Akhb.,  18  :  «  Ma  folie, 
c'est  de  vouloir  T'affirmer  Saint  !  —  Mon  illusion,  c'est  de  tourner 
autour  de  Toi  !  —  Déjà  l'Amant  m'a  transporté,  —  et  Son  œil.  qui 
s'arque  de  désir.  Le  guide  de  l'amour  nous  avait  bien  avertis,  —  Que 
l'approche  nous  livre  à  l'équivoque  ». 

(4)  Préférer  le  décret  au  précepte. 

(5)  i.  e.  l'adorer  à  part. 

(6)  Qoshayrî  a  fortement  altéré  le  sens  du  distique  {lolaif,  in  Qor. 
XV,  42  ;  XXIII,  99)  :  «  Je  renie  (mon  existence)  [lour  Te  proclamer 
Saint  !...  Et  que  ferait  Satan  pour  nous  séparer  ?  »  (le  distique  est  mis 
dans  la  bouche  d'un  saint,  non  plus  de  Satan). 


870  CHAPITRE    XIV 

(//).  Il  [chut  dans  l'océan  de  la  Majesté,  il  y  perdit  la  vue, 
et]  dit  alors  :  «  Moi,  qui  ne  veux  plus  de  route  (vers  Toi)  que 
passant  par  toi  (1),  me  voici  donc  un  amoureux  dédai- 
gné (2)  ?  —  Tu  l'es  enorgueilli.  —  N'y  aurait-il  eu  entre  nous 
qu'un  regard,  qu'il  me  siérait  déjà  d'être  orgueilleux  et  im- 
périeux ;  mais  je  suis  celui  qui  T'ai  connu  dès  la  prééternité, 
«  je  vaux  mieux  que  lui  (=  Adam)  »,  car  je  Te  sers  depuis  le 
plus  long  temps!  Et  nul,  dans  les  deux  catégories  de  créa- 
tures, qui  Te  connaisse  mieux  que  moi  !  Il  y  a  une  intention 
mienne  qui  Te  pénètre,  et  il  y  a  une  intention  tienne  qui  me 
pénètre  (3)  ;  toutes  deux  sont  antérieures  (à  Adam).  Que  je 
me  prosterne  devant  un  autre  que  Toi,  ou  que  je  ne  me 
prosterne  pas,  il  me  faut  revenir  à  mon  origine.  Or  Tu  m'as 
créé  de  feu,  et  le  feu  retourne  au  feu,  selon  une  équilibration 
et  un  choix  que  Tu  as  fait  tiens  (4)  : 

{12)    Il  n'est  plus,  pour  moi,  d'éloignement,  depuis  que 

J'ai  constaté  que  rapprochement  et  éloignement  ne  font  qu'un. 
Pour  moi,  si  je  suis  délaissé,  c'est  encore  Ton  délaissement  qui 

[me  tient  compagnie  ; 
D'ailleurs,    comment    ce    délaissement    s'opérerait-il,     puisque 

[l'amour  fait  trouver  ? 
«  Gloire  à  Toi  1  En  Ta  providence  !  En  l'essence  de  Ton  inacces- 

[sibilité 
Pour  ce  serviteur  pieux  (=  moi),  qui  ne  se  prosterne  devant  nul 

[autre  que  Toi  !  » 

(iS).  Moïse  rencontra  Satan,  sur  la  pente  du  Sinaï  (5),  et 
lui  dit  :  «  0  Satan  !  Qu'est-ce  qui  t'a  empêché  de  te  proster- 


{\)  Non  par  les  créatures, 

(2)  Majnoùn  finissant,  excès  de  platonisme,  par  se  séparer  de  Laylâ. 

(3)  Nuance  de  vanité  soulignée. 

(4)  Que  Tu  ne  peux  changer  [sic). 

(5)  Où  Mohammad  n'était  pas  (Qor.  XXVIII,  46,  48).  Comme  au 
chap.  III,  Moïse  est  ici  le  type  du  contemplatif  qui  cherche  l'union 
mystique. 


^  t^^>  }  i^Jj>j  Cji^yj,  j^  J^Jj  />^ 


Miiiiati.re  persane  du  XVl"  siècle 


iiis.  Paris  supp.  persan  1559  1"  lOl^ 


Planche  XXYI.  —  Satan  refuse  d'adorer  Adam  (pp.  870-871). 
N.B.  —  Satan,  la  figure  noircie,  est  accroupi  à  droite  sur  son  tapis  de  prière. 


LES    ŒUVRES    d'aL    HALLAJ  87 1 

ner?  —  Ce  qui  m'en  a  empêché,  c'est  ma  prédication  d'un 
Unique  Adoré  (I);  si  je  m'étais  prosterné,  je  serais  devenu 
ton  semblable.  Car  toi,  on  ne  t'a  crié  qu'une  fois  «  Regarde 
vers  la  montagne  !  »  et  tu  as  regardé  (2)  ;  tandis  que  moi,  on 
m'a  crié  mille  fois  «  Prosterne-toi  !  »  et  je  ne  me  suis  pas 
prosterné,  étant  donné  que  ma  prédication  devait  maintenir 
l'intention  qui  me  l'avait  fait  émettre  (3). 

{i4).  «  Tu  as  mis  de  côté  un  Commandement  (de  Dieu)  ?  — 
C'était  (de  Sa  part)  épreuve,  et  non  Commandement  (4)  — 
Sans  péché?  Ta  figure  (5) en  a  été  pourtant  déformée.  —  0 
Moïse  !  ce  que  tu  me  dis  là  n'est  qu'allusion  (6)  à  l'ambiguïté 
des  apparences  ;  tandis  que  l'état  de  conscience, même  frappé 
de  déception,  reste  inchangé.  La  Sagesse  acquise  persiste, 
telle  qu'elle  était  au  début,  même  si  l'individu  (qui  l'a  reçue) 
se  trouve  déformé. 

(/5).  «  Fais-tu  mémoire  de  Lui,  à  présent  (7)  ?  —  0  Moïse  ! 


{])  Jonayd  avait  déjà  fait  cette  remarque  (Hojwîrî,  Kashf,  130  ;  Sa- 
fadî,  commentaire  sur  Ibn  Zaydoùn,  84  ;  cfr.  Sha'râwî,  tab.  84). 

(2)  Cfr.  Taw.  III,  6-8  ;  ce  que  Mohammad  refusa  de  faire  (Taw.  VI,  2). 
Ahmad  Ghazâlî  a  donné  les  §§  i3-i5  dans  un  sermon  à  Bagdad  (Ibn 
al  Jawzî.  qossâs,  f.  117^  seq.,  d'après  son  autographe).  Nous  indique- 
rons ici  ses  variantes. 

(3)  Var.  d'Ahmad  Ghazâlî  :  «  Tu  as  dit  :  'arinî,  et  puis  tu  as  regardé 
la  montagne  ;  je  suis  plus  sincère  que  toi  en  tawhid.  »  Glose  d'A.  G.  : 
«  Celui  qui  ne  s'instruit  pas  auprès  d'Iblls  en  tawhid,  n'est  qu'un 
zindîq  !  »  Mot  qui  indigne  Ibn  al  Jawzî. 

(4)  'Izz  Maqdisî  précise  la  réponse,  suivant  la  théorie  des  Sâlimiyah 
(ici  p.  626)  :  «  Il  ne  m'a  rien  commandé.  — Ne  t'a-t-Il  pas  dit  «  Adore 
Adam  »  i?  —  Il  me  l'a  commandé  pour  m'éprouver.  non  pour  que  j'exé- 
cute effectivement  Son  décret.  Si  c'avait  été  un  commandement  de  dé- 
cret, je  me  serais  prosterné  »  {tnftis,  25),  Cfr.  Jobba'î,  ap.  Ibn  al  Mor- 
tadâ,  monyah,  48. 

(5)  «  d'ange  est  devenue  de  démon  »  (A.  G.). 

(6)  «  Qu'état  qui  passe  et  rechangera  »  (A.  G.). 

(7)  Ce  que  le  Qor'ân  (XX,  123)  nie. 


87  a  CHAPITRE   XIV 

La  pensée  pure  n'a  pas  besoin  de  mémoire.  Par  elle,  je  suis 
commémoré,  comme  II  est  commémoré  (1)  : 

Son  mémento  (2)  est  mien,  et  mon  mémento  sien 
Comment,  se  souvenant  à  deux,  pourrions-nous,  tous  deux,  ne  pas 

[être  ensemble  ? 

Je  Le  sers  maintenant  plus  purement,  dans  un  instant 
plus  vide,  en  un  mémento  plus  glorieux  ;  car  je  Le  servais, 
dans  l'absolu,  pour  mon  lot  de  bonheur,  et  voici  que  je  Le 
sers,  maintenant,  pour  le  Sien  (3)  ! 

(i6).  Nous  avons,  (à  nous  deux)  (4),  soustrait  le  désir  à 
tout  ce  qui  défend  ou  préserve,  au  dommage  comme  à  l'in- 
térêt. Il  m'a  isolé,  unitié,  ébloui,  expulsé,  pour  que  je  ne  me 
mêle  pas  aux  saints  ;  —  il  m'a  écarté  loin  des  autres  vu  mon 
zèle  (pour  Lui  seul),  Il  m'a  déformé  parce  qu'ébloui.  Il  m'a 
ébloui  parce  qu'expatrié.  Il  m'a  expatrié  parce  que  serviteur, 
11  m'a  mis  en  interdit  parce  que  commensal,  11  a  montré 
mon  indignité  parce  que  je  louais  Sa  gloire,  Il  m'a  réduit  au 
seul  vêtement  de  Vihrâm  à  cause  de  mon  hégire  (5),  Il  m'a 
délaissé  parce  qu'il  S'était  découvert  à  moi.  Il  m'a  mis  à  nu 
parce  qu'il  m'avait  fait  inhérent  (à  Sa  prescience)  (6),  Il  m'a 
fait  inhérent  (à  Sa  prescience)  parce  qu'il  m'avait  JifFérencié , 
Il  m'a  différencié  parce  qu'il  avait  (d'avance)  frappé  mon 
désir  de  caducité. 

(/7)  Eh  bien,  par  Sa  vérité,  non,  je  n'ai  pas  fauté  àl'égard 
de  Son  décret,  je  n'ai  pas  récusé  le  destin  !  Et  je  ne  me  suis 

(1)  A.  G.  interpole  :  «  0  Moïse  I  Plus  II  en  aime  un  autre,  plus  je 
Le  désire,  Lui  !  » 

(2)  A.  G.  explique  ce  mot  par  Qor.  XXXVIII,  79. 

(3)  Fatuité  de  Satan  (cfr.  ici,  p.  682). 

(4)  Même  nuance. 

(5)  Saisissante  antithèse.  Vihrâm  est  l'unique  vêtement  du  pèlerin 
entrant,  pour  le  sacrifice,  dans  le  territoire  sacré. 

(6)  waslah  ;  cfr.  ici,  p.  839. 


LES   ŒUVRES    d'aL    HALLAJ  87$ 

pas  soucié  de  la  déformation  de  ma  figure.  Je  garde  mon 
équilibre  à  travers  ces  sentences.  Me  supplicierait-ll  de  Son 
feu  pour  l'éternité  de  la  postéternité,  je  ne  me  prosternerai 
devant  personne,  je  ne  m'humilierai  devant  rien,  individu  (1) 
ni  corps,  car  je  ne  Lui  reconnais  ni  parèdre  ni  fils!  Ma  pré- 
dication est  celle  des  gens  sincères.  Moi,  je  suis  sincère  en 
amour  !  »(2) 

(iS).  Les  états  de  conscience  d'Azâzîl  (3)  ont  fait  l'objet  de 
diverses  théories.  L'une  dit  qu'il  a  été  chargé  d'une  double 
prédication,  au  ciel  et  sur  la  terre.  Qu'au  ciel  (d'abord)  il 
prêcha  aux  Anges  en  leur  indiquant  les  bonnes  œuvres 
(=  tawJild)  ;  et  que  sur  terre  (ensuite),  il  prêcha  aux  hom- 
mes (4),  en  leur  indiquant  les  mauvaises  actions  (pour  les 
éprouver). 

{19).  Parce  qu'on  ne  reconnaît  les  clioses  qu'en  ayant 
connu  leurs  contraires,  et  que  la  mince  broderie  de  soie  ne 
se  peut  coudre  qu'en  la  tissant  d'outre  en  outre,  au  travers 
d'un  feutre  noir.  L'ange  (ensuite)  peut  montrer  à  l'homme 
les  bonnes  actions,  et  lui  dire  symboliquement:  «  Si  tu  les 
accomplis,  tu  seras  récompensé»;  oui,  mais  s'il  n'a  pas 
connu  (auparavant)  le  mal,  l'homme  ne  peut  reconnaître  le 
bien. 


(1)  Individualité  immatérielle  ;  cfr.  ici,  p.  136  (et  Sacy,  Druzes,  LVI, 
LVII,  n.). 

(2)  Le  trait  est  corsé  à  dessein  ;  Hallâj  dit  ailleurs  :  «  Il  n'est  pas  de 
protestation  affichée  d'amour  qui  ne  cache  une  faute  de  convenance.  » 

(3)  'Azâzil,  premier  nom  de  Satan  avant  sa  chute  (cfr.  déjà  Bonânî, 
ap.  Hojwîrî,  Kashf,  412).  C'est,  dans  le  Lévitique  (XVI,  8,  10,  26),  le 
nom  du  bouc  émissaire,  —  et,  dans  le  Livre  d' Hcnoch,  déjà  le  premier 
nom  de  Satan,  qui,  relégué  au  désert,  prêche  aux  Arabes  et  est  détruit 
par  Raphaël  (X,  6  ;  iJII,  5).  —  'Azaz-îl,  en  syriaque  «  Dieu  rend  fort» 
(=  Pancratios  en  grec  ;  cfr.  M  acier,  St-Azazaël,  Bibl.  Ht.  Eludes, 
CXU,  1902). 

(4)  'Izz  Maqdisî  corrige  :  «  les  Anges  »  (sic). 


§7^  CHAPITRE    XIV 

{S6)  {{).  Le  nom  de  Satan,  IblU,  est  dérivé  de  son  (pre- 
mier nom,  'Azâzti,  où  furent  changés  (2)  : 'â5y?2,  représen- 
tant r  «  amplitude  »  de  son  dessein  ;  zâ,  la  croissante  «  fré- 
quence »  de  ses  visites  (à  Dieu)  ;  aiif,  son  viatique  en  Son 
i'  intimité  »  ;  zâ  (second),  son  «  ascèse  »,  nonobstant  son 
rang  ;  i/â  sa  marche  «  errante  »  vers  son  agonie  ;  lâm,  son 
«  obstination  »  dans  son  malheur. 

(^7).  11  lui  fut  dit:  «  Tu  ne  prosternes  pas,  ô  humilié?  — 
Dis  plutôt  «  amoureux  »,  car  l'amoureux  est  un  humilié.  Tu 
me  dis  «  humilié  »  ?  Mais  j'ai  lu,  en  un  «  livre  évident  »,  ce 
qui  devait  m'advenir,  ô  Puissant,  ô  Fort  !  Comment  m'abais- 
serais-je  devant  Adam,  Tu  m'as  créé  de  feu, et  lui  de  terre  (3)  ; 
ces  deux  contraires  ne  peuvent  s'accorder  (4).  Et  puis,  je  te 
sers  depuis  plus  longtemps,  j'ai  une  vertu  plus  haute,  et  une 
science  plus  vaste,  et  une  activité  plus  parfaite  ».  — {^8}.  Dieu 
lui  dit  :  «  Le  choix  est  à  Moi,  non  à  toi.  —  Tous  les  choix,  et 
mon  choix  même,  sont  à  Toi,  puisque  Tu  as  déjà  choisi  pour 
moi,  ô  (notre)  Inventeur  !  Si  Tu  m'as  empêché  de  me  pros- 
terner (devant  Adam),  Toi-même  en  as  été  cause  ;  si  je  T'ai 
manqué  en  Te  répondant,  Tu  ne  m'as  pas  quitté,  puisque 
Tu  m'écoutes  ;  si  Tu  avais  voulu  que  je  me  prosterne,  je  suis 
Ton  sujet  soumis  ;  je  ne  connais  personne,  parmi  les  Sages, 
qui  Te  connaisse  mieux  que  moi  : 

Ne  me  blâme  donc  pas,  le  souci  d'être  blâmé  m'est  si  étranger  ; 

Récompense-moi  plutôt,  Maître,  puisque  je  suis  solitaire. 

Si,  en  fait  de  promesse,  Ta  promesse  est  vraiment  la  vérité  même, 

En  son  principe,  le  principe  de  ma  vocation  fut  amer. 

Que  celui  qui  veut  l'enregistrer  note  cette  mienne  déclaration, 

Lisez-la,  et  sachez  que  je  suis  un  martyr  ! 

(i)  Pour  l'interpolation  numérotée,  §20-25,  cfr.  ici,  p.  935. 

(2)  Il  ne  semble  pas  que  la  permutation   soit  suivie  terme  à  terme, 
entre  Iblîs  et  'Azâzîl,  même  en  y  supprimant  l'alif. 

(3)  Sur  la  validité  de  ce  raisonnement  (qiyâs),  voir  Hasan,  et  'A.bd  al 
Jabbâr  le  mo'tazilite  (ap.  Shiblî,  âkâm,  174,  12,  157-160). 

(4)  Théorie  grecque  des  tempéraments,  assimilés  aux  quatre  éléments. 


LES    CEUVRES    d'aL    HALLAJ  876 

{30).  0  frère  !  Il  fut  nommé  'Azdzll,  car  il  fut  «  révoqué  » 
Çoziia)  ;  révoqué  de  sa  sainteté  primitive.  Il  n'est  pas  re- 
venu de  son  origine  vers  son  terme  (comme  les  élus)  ;  car  il 
n'est  pas  sorti,  damné,  de  son  terme  (1)  ;  il  est  sorti,  maudit, 
de  son  origine. 

{3f).  Son  essai  de  sortie  (de  son  origine  vers  son  terme)  (2) 
fut  contrecarré  par  la  fixité  de  ses  amarres  ;  Satan  se  trouva 
pris  entre  le  feu  incendiant  sa  propre  bàlisse  et  la  clarté 
divine  de  sa  prédestination  (3). 

{S3).  La  source  (où  il  aspire)  est  un  étang  bas,  sucé  par  la 
sécheresse  (4)  ;  il  agonise  du  ralgue  au  lieu  même  où  coule 
l'abondance  (5)  ;  l'ombrage  verdoyant  qu'il  convoite  n'est 
que  le  cerne  qui  embue  ses  yeux  (6)  ;  le  couteau  de  chasse 
ébréché  (qu'il  croit  tirer)  n'est  que  le  zigzag  de  l'éclair  (7), 
sa  fureur  léonine  n'est  que  l'immobilisation  de  son  regard 
dompté  (8),  ses  sabres  tranchants  sont  imaginaires  (9),  son 

(1)  Son  dam  n'était  pas  sa  fin. 

(2)  De  sa  causalité  initiale  vers  sa  finalité.  Le  critérium  des  actions 
ne  sera  pas  seulement  leur  intention  causale  (nîyah,  hadîth  n°  1  de 
Bokhârî),  —  mais  leurs  fruits  (kkawdtîm,  selon  Tostarî,  iaf'sîr,  70). 

(3)  Gomm.  Baqlî  :  «  En  s'esquivantdu  feu,  il  fut  trahi  par  sa  lumière. 
Sa  lumière  devint  interposée  (entre  lui  et  son  but).  Alors,  ressortant  de 
la  lumière  (:=  rebroussant  chemin),  il  buta  contre  la  lumière,  et  fut 
incendié  par  le  feu  de  son  bivouac  ». 

(4j  Est-ce  le  zamharîr  (Asin,  Escatologia...,  138, 142)  ?  Le  texte  Baqlî 
porte  :  «  Son  équilibre  n'est  que  son  garrottement  permanent  dans  l'er- 
reur, d'un  lien  solide  et  serré.  » 

(5)  Id.  ap.  texte  Baqlî. 

(6)  Et  l'aveugle  (Qor.  XX,  124).  Même  image  ap.  Taw.  XI,  22. 

(7)  Baqlî  :  «  Son  état  interne  est  le  contraire  de  son  aspect  externe  ; 
briquet  usé,  il  lance  des  étincelles.  » 

(8)  farâhimoho  horhamiyah.  Y  a-t-il  une  allusion  à  Jorhom,  nom  de 
la  tribu  où  se  maria  IsmaëL  qui,  fils  d'Abraham,  était  borhamî  ?  Baqlî 
paraphrase:  «  Ses  foudres  le  foudroient.  » 

(9)  Baqlî  paraphrase  :  «  Ses  séparations  d'avec  Dieu  ne  sont  qu'un 
phantasme.  » 


876  CHAPITRE    XIV 

équipage  de  bêtes  carnassières  (pour  la  chasse)  est  inexistant, 
sa  nuit  obscure  est  un  abîme  béant  [ses  répugnances  sont  des 
façons  et  des  vanités,  ruse  et  mensonge  ;  ah  !  «  le  »  voilà]  (1)  I 

(33).  0  frère  !  si  tu  as  compris,  tu  as  considéré  le  défilé 
étroit  dans  son  étroitesse  même,  tu  t'es  représenté  l'imagi- 
nation dans  son  irréalité  même,  et  t'en  voici  revenu  (vers  la 
réalité)  à  force  de  chagrin,  consumé  d'anxiété. 

(34).  Les  plus  diserts  des  mystiques  sont  restés  muets  sur 
Satan,  et  les  sages  n'ont  pas  trouvé  la  force  d'exprimer  ce 
qu'ils  en  avaient  appris.  Satan  est  plus  ferré  qu'eux  sur  l'ado- 
ration, il  est  plus  proche  qu'eux  de  l'Etre,  il  a  sacrifié  davan- 
tage au  zèle  de  Le  servir,  il  a  tenu  plus  qu'eux  son  serment, 
il  s'est  rapproché  plus  qu'eux  de  l'Adoré  (2). 

(35).  Les  (autres)  Anges  se  sont  prosternés  devant  Adam 
parce  qu'ils  ne  tenaient  plus  debout,  et  Satan  a  refusé  de  se 
prosterner  parce  qu'il  contemplait  (3)  depuis  très  longtemps. 

(36).  (Et  pourtant,  hélas  !)  son  cas  s'embrouilla,  il  cessa 
de  faire  confiance  à  Dieu,  il  dit  «  Je  vaux  mieux  que  lui  (= 
Adam)  !  »  Il  resta  en  deçà  du  voile  (4),  il  se  vautra  dans  la 
poussière,  et  s'accola  à  la  damnation,  pour  la  postéternité 
des  postéternités. 

(VILi).  Voici  la  représentation  du  dessein  premier  (5)  de 

(1)  [Recensiou  de  Baqlî]. 

(2)  Gfr.  Shiblî,  âkdm,  196,  l.  8,  218  ;  Dàrânî  avait  déjà  indiqué  que 
Qâroûn,  après  avoir  atteint,  par  son  ascèse,  un  rang  sublime,  s'était 
damné.  —  Jîiî  [insân  kâmil,  II,  39)  se  proposant  d'établir  que  Satan  a 
eu  raison,  accentue  le  trait  :  «  Satan  est  la  plus  savante  des  créatures 
sur  l'attitude  à  prendre  en  la  Présence  divine,  et  le  meilleur  connaisseur 
d'entre  elles  pour  la  question  que  Dieu  pose,  et  la  manière  dont  il  faut 
y  répondre.  »  'Izz  Maqdisî,  au  contraire,  recopie  ce  §  34  en  l'insérant  à 
la  suite  du  §  27,  comme  exprimant  l'origine  de  l'orgueil  de  Satan. 

(3)  Le  Royaume,  non  l'Essence  divine,  complète  prudemment  Baqlî. 

(4)  Expression  noseïri  ;  —  cela  signifie  peut-être  simplement  ici  :  il 
ne  vit  pas  ce  que  cachait  la  silhouette  d'Adam. 

(5)  Ici  une  flgure  représentant  quatre  enceintes  séparée». 


LES    ŒUVRES    d'aL    HALLAJ  O'J'J 

Dieu  :  (parmi  ces  enceintes  éparses),  la  première  c'est  le 
dessein  premier  de  Dieu  (=  les  futurs),  la  seconde  Sa  sagesse 
^=les  fuluribles),  la  troisième  Sa  puissance  (=  les  possi- 
bles), la  quatrième  le  donné  de  Sa  science  prééternelle  (= 
les  dots  des  saints). 

(2).  Satan  (se)  dit  :  «  Si  je  m'engage  dans  la  première,  je 
subirai  l'épreuve  de  la  seconde  ;  si  j'accède  à  la  seconde,  je 
subirai  l'épreuve  de  la  troisième  ;  si  je  me  suffis  de  la  troi- 
sième, je  subirai  l'épreuve  de  la  quatrième...  eh  bien,  non, 
non,  non,  non  et  non  [LA)  ! 

(3).  «  Même  en  m'en  tenant  à  mon  premier  «  non  »,  je 
serais  maudit  jusqu'à  ce  que  je  prononce  le  second,  et  rejeté 
jusqu'à  ce  que  je  dise  le  troisième,  et  que  m'importe  le 
quatrième  (1)  ? 

('^).  Si  encore  j'avais  su  que  me  prosterner  m'eût  sauvé  l 
Mais  je  savais  qu'après  la  première  enceinte  venaient  les 
(trois)  autres.  Dans  ces  conjonctures,  je  me  suis  dit  : 
«  Supposons  que  je  ressorte  sauf  de  celle  })remière  enceinte  ; 
comment  sorlirai-je  de  la  seconde,  delà  troisième  et  de  la 
quatrième  ?  »> 

(5)  Or,  VA  du  cinquième  LA,  «  c'est  Lui,  le  Dieu  vivant  ». 

e)  Chapitres  VIII,  IX  et  X  (2). 

(VJIl-9).  «Dieu  est  un,  unique,  seul,  attesté  un. 

{3-4).  L'un,  et  l'attestation  de  l'un,  sont  <(  en  Lui  »  et  .<  de 
Lui  ».  Et  c'est  de  Lui  que  provient  le  dislancement  (3)  (qui 
sépare  les  unités  d'avec  Son  unité).  11  peut  être  représenté 
ainsi  (4)  : 

(1)  Les  quatre  «  non  »  :  nafy,  johoûd.  nahy,  nakirah  (Baqlî) . 

(2)  Le  début  est  à  rapprocher  des  Khuzain  al  Khayrât  ;  la  fin,  du 
f^ayhoûr. 

(3)  baynoûnah.  Cfr.  Ibn  al  Haysam. 

(4)  Taw.,  p.  58  :  un  grand  alif,  couché  horizontalement,  surchargé 
de  plusieurs  dâl. 


878  CHAPITRE    XIV 

(5).  La  science  de  l'attestation  qu'il  est  un  (1)  est  une  con- 
naissance autonome,  abstraite.  En  voici  la  représenta- 
tion (2). 

(6).  L'énonciation  (Iiumaine)  attestant  qu'il  est  un  est  un 
attribut  du  sujet  (créé)  qui  l'atteste  ;  ce  n'est  pas  un  attribut 
de  l'Objet  attesté  un  (3). 

(7).  En  effet,  si  [moi,  créature],  je  dis  «je  »,  Lui  fais-je 
aussi  dire  «  Je  »  ?  Mon  attestation  vient  donc  de  moi,  non 
de  Lui. 

(S).  [Mais  alors,]  si  je  dis  :  l'attestation,  que  Dieu  est  un, 
provient  du  sujet  qui  l'atteste,  je  fais  de  cette  attestation  une 
chose  créée  (4)? 

[9).  Et  si  je  dis  :  [Non],  l'attestation  que  Dieu  est  un,  pro- 
vient de  l'Objet  qu'elle  atteste  un,  —  alors,  quiconque 
énonce  cette  attestation,  quelle  relation  le  rattache  à  cette 
attestation  (supposée  incréée)  (5)  ? 

(/(?).  Et  si  je  dis  :  [Justement,]  l'attestation  (que  Dieu  est 
un)  est  une  relation,  qui  rattache  l'Objet  attesté  un  au 
sujet  qui  L'atteste,  —  alors  je  fais  de  cette  relation  (6)  une 
définition  logique  (7)? 

(IX-i).  Les  consciences  intimes  procèdent  de  Lui,  retour- 
nent à  Lui,  opèrent  en  Lui,  mais  elles  ne  Lui  sont  pas  (logi- 
quement) nécessaires  ! 

(S).  Le  vrai  pronom  sujet,  de  la  proposition  (attestant  que 

(1)  Toute  la  discussion  portant  sur  le  sens  du  mot  taivhîd,  je  snis 
obligé  de  le  remplacer  ici  par  cette  périphrase. 

(2)  Taw.,  p.  58  :  un  grand  alif,  couché  horizontalement,  distinct  de 
plusieurs  petits  a^i/"  verticaux. 

(3)  Comm.  B  :  Dieu  transcende  le  «  je  »,  le  geste  de  dire  «  je  », 
et  mon  attestation  qu'il  est  un. 

(4)  Nominalisme  mo'tazilite. 
(5;  Réalisme  hanbalite. 

(6)  Simple  analogie  de  proportion,  au  fond. 

(7)  Monisme  conceptualiste  d'Ibn  'Arabî. 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  879 

Dieu  est  un),  se  meut  et  circule  (1  )  à  travers  la  multiplicité 
(créée)  des  sujets  (apparents  de  cette  proposition).  11  n'est 
inclus  (en  réalité),  ni  dans  le  sujet,  ni  dans  l'objet,  ni  dans 
les  affixes  de  cette  proposition  ;  son  suffixe  pronominal  (2) 
appartient  en  propre  à  son  Objet  ;  son  h  [»ossessif,  c'est  Son 
«  Ah  !  »  à  Lui  (Dieu)  !  Et  non  pas  cet  autre  h,  lequel  ne  nous 
rend  pas  croyants  monothéistes. 

{S-5).  Si  je  dis  (de  ce  dernier  h)  «  Wâh  !  »  (3),  —  «  hé- 
las !  ')  medira-t-on,  nous  ne  savons  exprimer  que  des  épi- 
thèles  etdes  spécifications  (vaines).  Aucune  allusion  démons- 
trative (nôtre)  (4)  ne  perce  de  fente,  pour  que  nous  voyions 
(Dieu)  à  travers  le  substantif  conditionnel  (.i).  Toutes  les 
individualités  humaines  sont  [opaques  les  unes  aux  autres], 
comme  fies  parois  de]  «  l'édifice  hermétiquement  join- 
toyé »  (6). 

(5).  Notre  allusion  démonstrative  pose  une  définition  ;  or, 
en  fait  de  définition,  l'unicité  de  Dieu  ne  peut  faire  exception 
(aux  règles  générales)  ;  mais  toute  définition  est  ime  limita- 
tion, et  les  attributs  d'une  limitation  s'appliquent  à  un  objet 
limité  ;  d'autre  part,  l'Objet  de  l'attestation  que  Dieu  est  un, 
ne  souffre  pas  limitation. 

[6).  La  vérité,  elle-même,  n'est  que  l'habitat  de  Dieu  (dans 
la  conscience),  ce  n'est  pas  (essentiellement)  Dieu  (7). 

(1)  sâ'ir. 

(2)  Cet  indice  qui  le  décèle  dans  la  phrase. 

(3)  Jeu  de  mots  sur  ce  terme,  qui  est  une  exclamation  de  mépris,  — 
et  qui  est  aussi,  chez  les  traditionnistes,  l'épithète  technique  visant  un 
traditionniste  «  débile,  sans  autorité  ». 

(4)  ishdrah,  en  gramm.,  c'est  :  dhî,  dhâka,  honâ,  honâlika  :  ceci, 
cela,  ici,  là. 

(5)  manqoûs,  en  gramm.,  c'est  :  ayyo,  man,  ayn  :  quel,  qui,  où. 
(Goguyer,  éd.  de  ÏAlfhjah  d'Ibn  Mâiik,  323). 

(6)  Qor.  LXI,  4  (cfr.  exégèse  de  Makkî,  qoût,  II,  51). 

(7)  Cfr.  ici,  p.  566. 


88o  CHAPITRE    XIV 

(7).  Le  fait  de  «  dire  «  l'attestation  que  Dieu  est  un,  ne 
«  réalise  »  pas  en  soi  cette  attestation  ;  car,  si  le  rôle  syntac- 
tique(l)  d'un  terme  et  son  sens  propre  ne  se  confondent  déjà 
pas  quand  il  s'agit  d'un  terme  molhaq  (2),  [à  fortiori]  com- 
ment se  confondraient-ils  quand  il  s'agit  du  terme  vrai  par 
excellence  {=  Dieu)? 

{8).  Si  je  dis  :  l'attestation,  que  Dieu  est  un,  émane  de  Lui, 
je  dédouble  l'essence  divine  (3),  j'en  fais  une  émanation 
d'elle-même,  coexistant  avec  elle-même,  étant  et  n'étant  pas 
cette  essence. 

(9).  Si  je  dis  :  elle  était  cachée  en  Dieu,  puis  11  l'a  manifes- 
tée (4)  ;  mais  comment  était-elle  cachée,  puisqu'il  n'y  a  (en 
Dieu)  ni  comment^  ni  que^  ni  ce;  et  qu'en  Son  dedans,  il  n'y  a 
pas  de  lieu. 

(10).  Car  «  en  cela  »  est  une  création  de  Dieu,  et  «  où  », 
également. 

(//).  Ce  qui  supporte  un  accident,  n'est  pas  sans  avoir  une 
substance  ;  ce  qui  n'est  pas  séparé  d'un  corps,  n'est  pas  sans 
avoiruncorps;cequi  n'estpasséparéd'un  esprit, n'estpas sans 
avoir  un  esprit  ;  l'attestation  (que  Dieu  est  un),  est  donc  (sim- 
plement) un  suc  digestif  (5)  spirituel  (hadmah  roûhâniyah), 

(lK-1^).  Revenons,  en  deçà  de  tout  cela,  vers  le  dedans 
profond  (de  notre  Objet),  et  isolons-Le  des   adjonctions, 

(1)  maqât^  en  gramm.,  c'est  l'ensemble  des  réactions  syntactiques 
d'un  terme  vis-à-vis  de  son  contexte  (opp.  à  haqîqah,  signification 
propre). 

(2)  Un  terme  est  dit  molhaq,  «  adventice  »,  lorsqu'il  contient,  ajou- 
tées aux  consonnes  de  sa  racine,  des  consonnes  adventices  l'adaptant  à 
un  paradigme  (ivazn),  sans  que  cette  adjonction  ait  particularisé  le  sens 
de  sa  racine  (opp.  mazîd).  Cfr.  Goguyer,  /.  c,  318,  284. 

(3)  Thèse  émanatiste  des  Qarmates. 

(4)  Ceci  peut  viser  certains  disciples  de  Ibn  Karrâm. 

(5)  Ferment,  Théorie  de  Hallâj  et  de  Wâsiti  sur  le  «  pétrissage  »  et  la 
«  fermentation  »  des  substances  spirituelles  (ici  p.  738j. 


LES    ŒUVRES    DAL    HALLAJ  88l 

assimilations,   qualifications,    pulvérisations,    attributions. 

(i3).  Le  premier  cercle  (1)  comprend  les  actions  (de  Dieu, 
ad  extra),  le  second  leurs  traces  (et  conséquences)  ;  ce  sont 
les  deux  cercles  concentriques  du  créé. 

{i4).  Le  poini  cenWdil signifie  le  tawhîd,  ce  nest  pas  le  iaw- 
hîd.  Sinon,  comment  serait-il  dissociable  (en  pensée)  du  cer- 
cle? 

[X-i).  Voilà  donc  le  cercle  de  Tallégorie  (2),  voilà  la  figure 
qui  représente  le  tawhid. 

(5).  C'est  là  tout  ce  que  peuvent  (nous)  donner  les  phrases 
et  les  sentences,  des  adeptes  des  cultes  et  sectes,  doctrines  et 
méthodes. 

{3).  Le  premier  cercle,  c'est  le  sens  littéral  ;  le  second,  le 
sens  allégorique  ;  le  troisième,  c'est  le  sens  tropologique  (3). 

{4).  Voilà  l'ensemble  des  choses,  créées  et  actionnées,  — 
retournées,  foulées  et  sassées,  —  contredites,  déçues  et  stu- 
péfiées (par  Dieu). 

(5). [Transcendant,  son]  «  Il  »  circule  (4)  dans  les  pronoms 
sujets  des  personnes  (vivantes  et  parlantes)  ;  (comme  une 
flèche)  Il  les  pénètre,  les  surprend,  les  renverse  ;  les  frôle  et 
les  éblouit,  en  les  traversant. 

[6).  Voilà  (5)  l'ensemble  des  substances  créées,  et  des  qua- 
lités créées  ;  Dieu  n'a  que  faire  de  ces  chimères  ! 

(7).  Si  je  dis,  «  pour  attester  que  le  Dieu  unique  est  trans- 
cendant) :  «  Lui,  c'est  Lui  !  »  (6)  ;  on  ne  peut  considérer  cette 

(1)  Taw.,  p.  63.  Figure  composée  de  trois  cercles  concentriques. 

(2)  Ici,  selon  Baqlî,  commence  l'étude  du  tanzih  :  affirmation  de  la 
transcendance  divine. 

(3)  zâhir,  èâtin,  ishârah  (cfr.  ici,  p.  704). 
(4)sair  ;  cfr.  p.  846,  879. 

(5)  (Comment  II  traite). 

(6)  hoiva  hoiva  :  le  signe,  en  logique,  de  la  prédication  identique  (Gha= 

zâlî,  maqâsid,  116). 

5Ç 


882  CHAPITRE    XIV 

prédication  d'une  identilé  logique  comme  un  énoncé  attes- 
tant que  Dieu  est  un. 

(8).  Si  je  dis  :  cette  prédication  d'une  identité  logique  ex- 
prime que,  par  devers  Dieu,  l'attestation  (que  Dieu  est  un) 
conserve  toute  sa  valeur  ;  —  on  me  dira  :  sans  doute  I 

(9).  Si  je  dis  :  (Il  est  «  un  »),  «  hors  du  temps  »  (1)  ;  —  on 
me  dira:  pour  attester  (que  Dieu  est  un),  vous  inventez  une 
comparaison  (2)?  Mais  une  comparaison  ne  convient  pas 
pour  caractériser  Dieu.  De  plus,  votre  phrase  n'établit  un 
rapport  (réel)  (3)  ni  avec  le  Créateur,  ni  avec  la  création. 

Car,  le  fait  d'exprimer  (4)  le  nombre  de  fois  (5)  auxquelles 
l'attribut  se  rapporte,  introduit  pour  le  concept  envisagé  une 
condition  limitative.  Ce  faisant,  vous  avez  ajouté  au  sens  du 
radical  (6)  du  terme  taw/ud(=^  attestation  que  Dieu  est  un)  ; 
comme  si  cette  attestation  était  contingente.  Or  le  contingent 
n'est  pas  un  attribut  de  Dieu  ;  Son  essence,  en  Lui-même,  est 
unique,  réellement;  et  ce  qui  est  irréel  (=  le  contingent) 
n'en  peut  émaner. 

[iO).  Si  je  dis:  cette  attestation,  que  Dieu  est  un,  c'est  la 
Parole  divine  elle-même  !  —  On  me  dira  :  mais,  la  Parole  est 
un  attribut  de  l'essence  divine. 

(//).  Si  je  dis  :  cette  attestation  signifie  que  Dieu  veut  être 
unique  !  —  on  m'objectera  :  la  Volonté  est  un  attribut  de 
l'essence  divine  ;  mais  ses  volitions  décrétées  (7)  sont  choses 
créées. 

(1)  bild  zamân  ;  expression  classique  pour  la  définition  d'un  concept 
pur,  renonciation  d'une  idée  abstraite  [Ikhivân  alsafâ,  II,  107). 

(2)  tashbîh,  littéralement  :  analogie  par  équivocation. 

(3)  nisbah. 

(4)  J'ai  dû  paraphraser  ici  la  phrase  laconique  :  at  'add  hadd,  qui 
réfère  à  des  termes  techniques  de  grammaire,  et  revient  à  ceci  :  almas- 
dar  m  ta'dâd  mahdoûd  [dv.  Goguyer,  /.  c,  300,  321,  271). 

(5)  Ici  c'est  une  fois. 

(6)  mazîd,  opp.  à  molhaq  (cfr.  ici,  p.  880). 
(.7)  morâdât  :  cfr.  ici,  p.  625. 


LES  OEUVRES  d'al  hallaj  883 

(/:?).  Si  je  dis  :  Dieu  est  raltestation  (d'être  une)  que  TEs- 
sence  se  rend  à  elle-même  !  —  on  me  répondra  :  alors  t'Es- 
sence,  c'est  l'attestation  (énonçable  par  nous)  que  «  Dieu  est 
un  »  ? 

(iS).  Si  je  dis  :  Non,  l'attestation  (que  Dieu  est  un)  n'est  pas 
l'Essence  divine!  J'affirme  alors  que  cette  attestation  (tout 
entière)  (1)  est  chose  créée. 

(/^).Sije  dis:  ici,  le  nom  et  l'Objet  dénommé  ne  font 
qu'un  !  — Alors,  quel  sens  pouvons-nous  bien  garder  au  mot 
tawhid  (=  attestation  que  Dieu  est  un)  ? 

{15).  Et  si  je  dis  (2)  :  (Pourtant),  Dieu  est  Dieu  !  —  Alors, 
j'en  reviens  à  dire  que  Dieu  est  «  l'essence  de  l'essence  »,  et 
que  «  lui,  c'est  lui  !  » 

[16).  [Voici  l'exposition  de  l'exclusion  des  causes  secon- 
des :  ces  circonférences,  avec  ces  LA  (Non  !)  exinscrits,  la 
représentent]  (3). 

(/7).  Le  premier  cercle,  c'est  la  prééternité  ;  le  second, 
c'est  l'ensemble  des  possibles  ;  le  troisième,  celui  des  accep- 
tions (—  futuribles)  ;  le  quatrième,  celui  des  futurs  (4). 

(18).  L'Essence  n'est  pas  sans  attributs  (5). 

(19).  Le  premier  chercheur  ouvre  la  porte  de  la  Science, 
et  ne  voit  pas  (Dieu.  Non  !).  Le  second  ouvre  la  porte  de  la 
Pureté  de  cœur,  et  ne  voit  pas.  Le  troisième  ouvre  la  porte 
de  la  Compréhension,  et  ne  voit  pas.  Le  quatrième  ouvre  la 
porte  de  la  Signification,  et  ne  voit  pas  (6).  (Nul  n'a  vu  Dieu), 

(1)  C'est  une  arguraentatioa  voisine  de  celle  d'Ibn  Hanbal  (et  d'ibn 
Shâqilâ)  pour  la  foi  (ici  p.  6tJ9).  Cfr.  p.  497  ;  et  p.  513,  n.  5,  l'argu- 
mentation de  Tostarî,  qui  est,  elle,  suspecte  de  monisme. 

(2)  Pour  en  finir. 

(3)  Figure  ap.  Taw.,  p.  66. 

(4)  Cfr.  ici,  p.  563,  571,  n.  1.  Comp.  suprà,  Taw.  VIT,  §  1. 

(5)  Cfr.  ici,  p.  642-643.  Nous  De  pouvons  l'envisager,  dénuée  d'attri- 
buts. 

(6)  Cfr.  ici,  p.  468,  n.  4. 


SB^  CHAPITRE    XIV 

ni  dans  l'heccéité,  ni  dans  la  chose,  ni  dans  le  vocable,  ni 
dans  la  quiddité. 

(20),  Gloire  à  Dieu,  qui  est  Saint,  inaccessible  à  toute  mé- 
thode des  gens  d'expérience,  à  toute  intuition  des  gens  de 
sentiment  ! 

(^/).  [Voici  l'exposition  de  la  «  négation  et  affirma- 
tion »]  (1)  : 

[2^).  La  première  formule  traduit  la  pensée  des  profanes 
{'âmmah),  et  la  seconde  celle  des  (mystiques)  professionnels 
[kkâssah)  (2).  Mais  l'enceinte,  qui  représente  la  science  de 
la  réalité  divine  (3),  est  sise  entre  elles  deux,  et  les  LA  (= 
Non  !)  qu'elle  enclôt  expriment  négation  de  toutes  les  accep- 
tions. 

Les  deux  H  (4)  ont  été  dressés, comme  deux  piliers  des  deux 
côtés  de  l'attestation  (que  Dieu  est  un),  pour  la  soutenir.  Au 
delà  d'eux,  commencent  les  choses  créées. 

(23).  Ainsi,  la  pensée  des  profanes  plonge  dans  l'océan 
des  (vaines)  images,  et  la  pensée  des  professionnels  plonge 
dans  l'océan  des  (irréels)  possibles  (5).  Mais  ces  deux  mers 
sécheront,  et  la  voie  qui  y  menait  sera  effacée  ;  ces  deux  pen- 
sées disparaîtront,  ces  deux  piliers  s'écrouleront,  ces  deux 
mondes  périront,  avec  leur  argumentation  et  leur  savoir. 

(i)  Gfr.  ici,  p.  784.  Ici  se  place  une  figure  composée  de  deux  formu- 
les conventionnelles,  sur  deux  portées  (cfr.  ici,  p.  589)  ;  puis,  en  des- 
sous, trois  LA  inscrits  dans  un  cercle,  et  deux  ff.  M.  Casanova  a 
montré  qu'il  faut  lire  la  première  formule  :  26431532841532814  -r?-  bis- 
millâhtl  Rahmânil  Rahîm,  «  au  nom  de  Dieu,  le  Clément,  le  Miséri- 
cordieux »  ;  et  la  seconde,  dont  je  n'avais  déchiffré  que  la  moitié  ; 
28195-91615  =  bihaqq  Taha  iva  Ta  Sîn,  «  par  le  droit  [restreint]  que 
confère  l'apostolat  de  Mohammad  (Taha)  et  celui  de  Satan  (Ta Sîn)  ». 

(2)  Cfr.  ici,  p.  fi92.  Harawî  reprendra  cette  distinction  {manâzil). 

(3)  Cfr.  ici,  p.  8o4. 

(4)  Les  deux  apostolats  (Mohammad,  Satan)  jalonnant  le  seuil  de 
l'essence  divine. 

(5)  Cfr.  ici,  p.  522-523,  540. 


LES   OEUVRES    d'aL    HALLAJ  885 

[24).  De  Son  côté,  en  sa  pure  divinité  (1),  Dieu  subsiste, 
transcendant  toutes  les  contingences.  Los  à  ce  Dieu,  qu'au- 
cune cause  seconde  ne  conditionne,  Sa  preuve  est  forte,  Son 
argument  glorieux,  Lui,  le  Seigneur  de  la  splendeur,  de  la 
Gloire  et  de  la  Majesté!  Indénombrablement  un,  non  pas 
un  (2)  comme  l'unité  arithmétique  !  Ni  délinition_,  ni  dé- 
compte, ni  début,  ni  terme  ne  L'atteignent.  Son  existence 
est  une  merveille,  car  II  n'a  pas  de  mode  d'existence  !  Lui 
seul  Se  connaît.  Maître  de  la  Splendeur  et  de  l'Hommage 
(Qor.  LV,  27,78),  Créateur  des  Esprits  et  des  Corps  !  » 

f)  Chapitre  XI  :  Boslân  almaWifah. 

(Xl'i).  «  [En  grammaire],  le  nom  déterminé  (3)  se  trouve, 
dans  le  sous-entendu  du  nom  indéterminé,  dissimulé  ;  et  le 
nom  indéterminé  se  trouve,  dans  le  sous-entendu  du  nom 
déterminé,  dissimulé.  Aussi  la  non-détermination  doit-elle 
être  le  signe  distinctifet  la  physionomie  même  du  sage,  et 
son  attitude  doit  être  l'ignorance. 

Quant  à  l'aspect  externe  de  la  sagesse,  (disons  qu')elle  se 
dérobe  au  sage,  dans  les  compréhensions  mêmes  d'où  elle 
vient  à  lui.  Comment  Le  connaîtrait-il  ;  il  n'y  a  plus  de  com- 

(1)  oloûhîyah.  Cfr.  définition  d'Ibn  al  Haysam  pour 'o/oîiw  = /amaA"- 
kon  bVl  dhât. 

(2)  Cfr.  X,  9. 

(3)  ma'rifah  ;  c'est-à-dire,  le  «  nom  propre  »,  le  Nom  Suprême  de 
Dieu  ;  lequel  n'est  autre  que  la  Sagesse,  qui  permet  de  Le  reconnaître 
sûrement.  Pour  comprendre  ce  paragraphe,  il  faut  se  reporter  (cfr.  ici, 
p.  571,  n.  2)  à  l'étude  des  sens  du  mot  ma'rifah  (pp.  545-5i7,  540, 
542),  Hallâj  développe  ici  un  thème  entrevu  par  Tiiawrî  (wasîyah, 
ap.  Tawhîdî,  adab,  6),  discuté  par  Jonayd  et  Ibrahim  Khawwâs,  en  son 
Kilâb  ma'rifat  al  ma'rifah  :  «  Dieu,  lorsqu'il  paraît,  n'assume  aucune 
modalité  caractéristique...  »  (Sarrâj,  loma\  362).  Mais  Hallâj,  tirant 
parti  de  la  distinction  posée  par  Ibn  Karrâm  entre  'îmdn,  'ilm  et  ma'rifah, 
peut  conclure  positivement  (cf.  infrà,  passage  indécis  de  Jonayd,  en 
note  du  §  20). 


886 


CHAPITRE    XIV 


ment.  Où  Le  connaîtrait-il  ;  il  n'y  a  plus  de  où.  Comment  Le 
rejoindrait-il;  il  n'y  a  plus  de  trait  d'union  (1).  Comment 
s'En  dissocierait-il  ;  il  n'y  a  plus  de  ponctuation.  Cette  pure 
détermination  (2)  ne  saurait  être  le  fait  d'aucun  sujet  déli- 
mité, dénombré,  ayant  besoin  d'être  soutenu  ou  incité. 

(?).  La  sagesse  est  par  delà  le  donné  actuel,  par  delà  la 
borne  spatiale,  par  delà  l'intention  (de  l'intellect),  par  delà 
les  consciences,  par  delà  les  traditions  reçues  et  par  delà 
l'aperception.  Car  tout  cela,  c'est  chose  (créée),  qui,  avant 
d'être,  n'était  pas,  et,  donc,  se  modalise  en  un  lieu.  Or  Celui 
qui  n'a  jamais  cessé.  Qui  est,  dès  avant  les  acceptions,  les 
causes  principales  et  les  causes  instrumentales,  comment 
des  «  orientations  »  mentales  (3)  L'impliqueraient-elles, 
comment  des  «  limitations  »>  le  comprendraient-elles  ? 

(3).  Celui  qui  dit  (4):  «  Je  connais  Dieu,  parce  qu'il  me 
manque  (=  parce  que  j'en  ai  besoin)  !  »  —  Comment  celui 
qui  se  manque  à  lui-même  connaîtrait-il  Celui  qui  se  trouve 
être  toujours? 


(1)  wasl  (opp.  qat")  :  c'est  dans  la  rhétorique  de  la  diction,  le  fait  de 
lier  les  finales. 

(2)  Mise  au  point  de  l'objection  de  Bistâmî  :  «  On  ne  peut  dire  qu'on 
sait  reconnaître  Dieu,  car  le  savoir  (ma'rifah)  ne  se  dit  que  d'un  objet 
délimité.  »  Bistâmt  confond  ici  le  contenant  et  le  contenu,  la  définition 
et  le  sens,  le  sujet  connaissant  et  l'Objet  connu.  Hallâj  dit  plus  juste- 
ment :  ma'rifah  ne  peut  se  dire  d'un  ^w/ef  délimité,  soit  ;  mais  l'Objet 
est  aussi  un  sujet  s'exprimant  (Taw.  III,  9  :  transposition  des  rôles).  — 
Gfr.  la  question  grammaticale  posée  par  Bahâ  'Âmilî  [Kashkoûl,  272)  : 
le  pronom  (complément)  référant  à  un  sujet  indéterminé  est-il  déter- 
miné ou  non?  Ex.  :  «  un  homme  est  venu,  et  je  /'ai  frappé  »  :  /'est-il 
déterminé? 

(3)jf/<d/:  ici  p.  571,  n.  i. 

(4)  Argument  prêté  par  le  khârijite  Aboû  Noùh  Sa'îd-ibn  Zinghil  au 
Khalife  fâtimite  Mo'izz  :  «  La  preuve  qu'il  y  a  un  Créateur,  c'est  la 
question  même  que  l'on  en  pose  !  »  (Tina'oûtî,  Dalîl).  Preuve  par  le 
doute  (ici  p.  131).  Cfr.  pari  de  Pascal. 


LES    OEUVRES    d'aL   HALLAJ  887 

(4).  Celui  qui  dit  :  «  Je  Le  connais,  parce  quej'existe  »  (1)  I 
—  Deux  absolus  ne  sauraient  coexister. 

(5).  Celui  qui  dit  :  a  Je  Le  connais,  parce  que  je  L'igno- 
re !  (2)  >)  —  L'ignorance  n'est  qu'un  voile  ;  si  la  Sagesse 
n'était  que  l'au-delà  de  ce  voile,  elle  serait  sans  réalité. 

{6).  Celui  qui  dit  :  «  Je  Le  connais,  par  Son  Nom  »  (3)  !  — 
Le  nom  n'est  pas  séparable  du  dénommé  quand  ce  dénommé 
est  incréé. 

(7).  Celui  qui  dit:  «  Je  Le  connais,  par  Lui-même  !  »  — 
C'est  confondre  (4)  d'une  même  désignation  (allusive)  deux 
objets  de  connaissance  différents  (le  Sien  et  le  tien). 

(8).  Celui  qui  dit:  «  Je  Le  connais  par  Son  œuvre!  — 
C'est  se  suffire  (5)  de  l'œuvre  sans  (rechercher)  le  Maître 
Ouvrier  (6). 

{9).  Celui  qui  dit:  «  Je  Le  connais,  de  par  mon  impuis- 
sance (7)  même  à  Le  con  naître  !  »  —  S'il  est  impuissant,  c'est 

(1)  Preuve  «  ontologique  »  des  Sâlimiyah,  d'Ibn  'Arabî  (cfr.  S.  An- 
selme, D.  Scot,  Descartes). 

(2)  Argument,  que  reprendra  Maimonide  ;  présenté  alors  par  les 
Ismaéliens  :  les  Noseïris  le  repoussent  :  «  Celui  qui  prétend  connaître 
Dieu  par  ses  voiles  est  un  moshrik  »  (ms.  Paris,  1450,  f.  3^). 

(3)  Gnosticisme  cabalistique,  déduit  par  certains  Hanbalites,  de  pro- 
positions de  Ja'far  et  d'Ibn  'Oyaynah  (Kîlânî,  ghonyah,  I,  54;  Cfr.  ici, 
p.  593). 

(4)  Enoncer  un  jugement  indéterminé,  qui  ne  conclut  pas  ;  comme 
Misrî  disant  :  «  Je  connais  mon  Seigneur  par  mon  Seigneur  »  (ap.Manâr 
t.  XIX,  698).  D'où  l'idolâtrie  ésotérique  et  initiatique  du  dissyllabe 
Howa  (Lui  !)  dont  s'enivrent  les  derviches  :  expressément  condamnée 
par  Hallâj  comme  une  duperie  verbale  (ici  p.  638). 

(5)  Et  réduire  l'Etre  transcendant  à  son  rôle  accidentel  d'insaisissa- 
ble Premier  Moteur,  comme  le  font  les  hellénisants  et  les  Qarmates. 
Cfr.  ici,  p.  566,  n.  2. 

(6)  Car  l'homme  ne  peut  trouver  son  souverain  bien  dans  la  considé- 
ration des  choses  créées.  Proposition  condamnée  par  les  Imâmites. 

(7)  "o/z.  Mot  célèbre,  traditionnellement  prêté  au  Khalife  Aboû  Bakr 
(Taw.,  p.  193,  n.  3),  repris  par  Jonayd  (Qosh.  éd.  1318,  p.  160)  et  par 


888  CHAPITRE   XIV 

qu'il  est  coupé  (  1  )  (d'avec  Dieu)  ;  or,  comment,  restant  coupé 
(d'avec  Dieu),  peut-il  L'atteindre  et  Le  connaître? 

(ÏO).  Celui  qui  dit:  «  Tout  ainsi  qu'il  m'a  connu,  je  Le 
connais  !  »  —  C'est  faire  allusion  à  la  science  (divine  de  la 
création),  — c'est  référer  au  donné  du  décret  créant  (2);  or 
puisque  ce  donné  a  été  posé  hors  de  l'Essence  divine,  com- 
ment espère-t-il  saisir  l'Essence  divine  grâce  à  cela  qui  en  a 
été  posé  distinct  (3)? 

(//).  Celui  qui  dit:  «  Je  Le  connais,  tel  qu'il  S'est  décrit 
Lui-même  (dans  la  révélation)  (4)  !  »  —  C'est  se  suffire  de 
l'autorité  traditionnelle  sans  (en  goûter)  la  confirmation  im- 
médiate (5). 

(iS).  Celui  qui  dit  :  u  Je  Le  connais,  par  Ses  paires  d'attri- 


Ghazâlî  {iljâm,  10  ;  ihyd,  IV,  178).  —  Ce  renoncement,  indu  s'il  s'agit 
delà  vision  de  rintelligence,  qui  est  finie,  —  est  admis  par  Hailâj  s'il 
s'agit  de  l'action  de  grâces  de  la  volonté,  la  volonté  étant  de  capacité 
infinie  (cfr.  ici,  p.  116).  —  Remarquer  la  confusion  des  deux  points  de 
vue  dans  le  commentaire  de  Shahrastânî  sur  ce  mot  fameux  (II,  111- 
112  ;  passage  tout  ismaëlien,  extrait,  sans  le  dire,  des  fosoûl  arba'ahde 
Hasan  Sabbâh). 

(1)  monqatV  =  discontinu  (en  gramm.). 

(2)  Il  s'agit  ici  de  la  science  que  Dieu  a  de  Ses  créatures  :  noîi  pas  en 
tant  que  possibles  (scientia  simpllcis  intelligentiae  :  in  Se  ipso),  ni  en 
tant  que  futuribles,  mais  en  tant  que  futures  (scientia  visionis  :  in  se 
ipsis). 

(3)  C'est  la  position  des  motakallimoûn,  des  théologiens  purs  :  se 
suffire  de  la  possession,  par  la  foi,  de  l'idée  de  Dieu  :  sans  désirer 
l'union  mystique. 

(4)  Thèse  des Hashwiyah  {ic\  p.  646).  Bistàmî  leur  avait  riposté  encore 
plus  durement  :  «  Celui  qui  dit  avoir  la  science  de  ce  qu'est  Dieu  (Hlm) 
est  un  impie,  car  il  n'y  a  science  que  d'un  acte  entièrement  arrêté 
(ma'loùm).  » 

{o)kh'ibar  [\\\.t.  hadllh  marfoû\  tradition  dont  la  chaîne  précise  les 
intermédiaires  jusqu'au  Prophète  :  àona  indirecte),  opp.  selon  Isfara'înî, 
h  athar  {Iht.  ha  lîlh  mawqoûf,  tradition  tellement  sûre  qu'on  en  peut 
couper  Visnâd  ;  donc  immédiate).  —  Cfr,  ma'thoûr,  ce  dont  on  a  cens- 


LES    OEUVRES   d'aL   HALLâJ  SSq 

buts  antiihétiques  (l)  »!  —  L'objet  à  connaître  est  chose  une 
(et  simple),  qui  ne  souffre  ni  développement  en  série,  ni 
morcelage  par  parties. 

(i3).  Celui  qui  dit  :  «  L'Objet  à  connaître  Se  connaît  Lui- 
même  (2)  !  »  —  C'est  avouer  que  le  sage,  lui,  est  posé  diffé- 
rencié, conditionné  par  l'entre-deux  (3),  car  Dieu  seul  est  le 
Sage  qui  n'ajamais  cessé  de  Se  connaître  en  Soi-même. 

{14).  0  étonnement!  L'homme  ne  sait  même  pas,  devant 
un  poil  de  son  corps,  comment  il  a  été  planté,  noir  ou  blanc  ; 
comment  connaîtrait-il  Celui  qui  fait  exister  les  choses? 
Puisqu'il  ne  connaît  ni  la  synthèse  ni  l'analyse  (de  l'univers), 
—  ni  le  dernier,  ni  le  premier,  —  ni  les  changements,  ni  les 
causes  (4),  —  ni  les  réalités,  ni  les  énergies,  —  il  ne  sied  pas 
qu'il  ait  (normalement)  connaissance  (adéquate)  de  Celui  qui 
ne  cesse  pas  d'être. 

(i5).  Los  à  Celui  qui  les  a  voilés,  par  le  nom,  la  définition 
et  le  caractère  !  Il  les  a  voilés  sous  le  mot,  l'acception,  la  per- 
fection (5)  et  la  beauté,  —  en  leur  cachant  ainsi  Celui  qui  a 
toujours  été  et  sera  toujours  ! 

Le  cœur  est  un  viscère  de  chair  ;  aussi  la  Sagesse  ne 
saurait-elle  s'y  fixer  à  demeure,  car  elle  est  (chose)  substan- 
tiellement divine  (6). 

(/^).  L'entendement  a  deux  dimensions  (logiques),  com- 
préhension et  extension  (6),  —  la  vie  religieuse  a  deux  as- 


cience  ;  athar,  chez  les  hellénisants  (traduit  Trx%;).  Cfr.  Taw.  III,  5  ; 
YI,  23;  ici,  p.  56. 

(1)  Ses  doubles  définitions  «  Premier,  Dernier...  »  (ici  p.  637).  C'est 
la  thèse  de  Kharrâz  (Ibn  'Arabî,  fosoûs,  94). 

(2)  i.  e.  :  est  le  seul  Sujet  connaissant. 

(3)  bayn  :  entre  le  sujet  et  l'objet. 

(4)  Litt.  :  ni  les  flexions,  ni  les  particules  (gramm.),  ' 

(5)  kamâl,  p.  ê.  entéléchie. 

(6)  Proposition  condamnée  par  les  Imâmites(ici  p.  792  ;  cf.  740,  n.  3). 


SgO  CHAPITRE   XIV 

pects,  règles  des  mœurs  et  rites  d'obligation,  —  la  totalité 
des  créatures  est  au  ciel  et  sur  la  terre. 

(/7).  Mais  la  Sagesse  (de  Dieu),  Elle,  n'a  ni  compréhension 
ni  extension,  elle  ne  siège  ni  au  ciel,  ni  sur  la  terre,  elle  ne 
se  caractérise  ni  par  des  formes  externes,  ni  par  des  inten- 
tions internes,  comme  les  règles  des  mœurs  et  les  rites 
d'obligation. 

(iS).  Celui  qui  dit  :  a  Je  connais  Dieu,  en  (constatant)  (1) 
Sa  réalité  même  !  »  pose,  par  cette  prétention,  son  existence 
comme  supérieure  (en  dignité)  à  celle  de  l'Objet  (=  Dieu) 
qu'il  dit  connaître.  Car  quiconque  constate  une  chose  «  selon 
sa  réalité  même  »,  devient  plus  puissant  que  cette  chose, 
simple  objet  dont  il  a  pris  parfaitement  connaissance. 

{19).  0  homme  !  Rien,  dans  la  création,  n'est  plus  humble 
que  l'atome,  et  tu  ne  le  perçois  pas.  Comment  celui  qui  ne 
connaît  pas  l'atome  pourrait-il  connaître  Celui  dont  la  réalité 
est  plus  menue  à  saisir  que  celle  de  cet  atome  ? 

Le  sage,  c'est  «  celui  qui  voit  »  ;  la  Sagesse,  elle,  réside  en 
«  Celui  qui  subsiste  »  (2).  Car  la  Sagesse  a  été  stabilisée,  du 
point  de  vue  de  la  prédestination  (qui  l'assigne  aux  sages), 
—  et  il  y  a  en  elle  quelque  chose  de  spécialisé  (et  de  décisif), 
comme  le  tracé  du  cercle  qui  enclôt  l'œil  (3). 

{W).  Ce  qui  est  exclu  (à  la  périphérie)  va  du  côté  de  ce 
qui  périt,  ce  qui  est  enclos  (dans  le  cercle)  demeure  du  côté 
de  la  science  essentielle. 

Le  sens  de  la  Sagesse  transcende  son  nom  même  (4),  et  sa 

(1)  Cela  vaut  contre  l'interprétation  de  Wâsitî  (cfr.  sa  théorie  sur 
Pharaon),  ici  p.  937. 

(2)  Voir  §  24. 

(3)  dd'iraf.  al  'ayn  :  ce  qui  peut  aussi  s'entendre  de l'^'ncemfe  Inter- 
dite de  l'essence  divine  (ici  chap.  V). 

(4)  Litt.  son  'ayn  s'absente  de  son  mîm  :  ce  sont  là  les  sigles  ànjafr 
pour  ma'nà  et  ism  (décomposés  du  mot  ma\  «  avec  »). 


LES    ŒUVRES   d'aL   HALLAJ  89 1 

propre  heccéité  ;  Elle  en  reste  disjointe  et  scindée.  Les  ins- 
pirations qii'Elle  envoie  suggèrent  à  Son  égard  une  distrac- 
tion (1),  qui  devient  de  l'oubli  (2). 

Celui  qui  la  désire  y  renonce  (par  chaste  respect),  celui  qui 
y  renonce  s'en  expatrie  (dans  l'ombre  du  couchant,  loin 
d'EUej.  Et  c'est  en  s'expatriant  ainsi  d'Elle  (vers  Son  cou- 
chant) qu'il  La  voit  surgir  et  briller  (à  son  orient)  (3),  c'est  en 
sombrant  loin  d'Elle  qu'il  devient  Son  orient  même.  Car  Elle 
n'a  rien,  au-dessus  d'Elle,  qui  la  puisse  exhausser  ;  ni  au- 
dessous,  qui  la  puisse  abaisser  (4). 

['21).  La  Sagesse  se  tient  à  l'écart  des  choses  existentiées, 
Elle  demeure  constamment  avec  la  permanence  divine.  Ses 
voies  sont  closes:  il  n'y  a  pas  de  route  qui  y  accède.  Ses 
significations  sont  claires:  il  n'y  a  pas  de  preuve  qui  les 
établisse.  Les  sens  ne  La  perçoivent  pas,  les  adjectifs 
qu'emploient  les  hommes  ne  L'atteignent  pas. 

{^2).  Celui  qu'elle  accueille  devient  solitaire,  celui  qu'elle 
exténue  trouve  sa  route  aisée  ;  la  corde  qu'elle  enroule  se 
dévide  (bien)  de  la  poulie  ;  les  yeux  qu'elle  tuméfie  (de  lar- 
mes) s'assoupissent  et  les  yeux  qu'elle  rafraîchit  (de  sa  ver- 
dure) se  cernent  ;  son  embrassement  a  l'amertume  de  l'ab- 
sence, et  l'éclair  de  sa  foudre  fait  sourdre  un  puits  perpétuel  ; 
son  congé  comble  et  son  détour  captive  ;  quand  elle  renverse 
(le  feu)  à  terre,  elle  le  couve  sous  la  cendre,  quand  elle  har- 
cèle, elle  encourage  ;  du  peureux  qu'elle  terrifie,  elle  fait  un 

(1)  Qor.  XXI,  3. 

(2)  Qor.  CVIl,  5. 

(3)  Antithèses  rappelant  Vumileed  alla  dantesque.  Le  soleil  se  levant 
à  l'Occident  sera  le  signe  du  Jugement  (Qor.  Il,  260). 

(4)  Transposition  d'une  pensée  de  Jonayd  sur  tawhîd  (Sarrâj,  lama', 
361-362)  :  «  Elle  est  Elle-même,  elle  paraît  sans  [dire]  «  c'est  Elle  », 
et  fait  disparaître  ce  par  quoi  elle  paraît  ;  elle  consume  l'objet  qu'elle 
signale  ;  celui  qui  s'en  rapproche  en  est  loin,  celui  qui  s'en  éloigne  en 
est  proche,  celui  qui  s'en  rapproche  tombe  dans  l'incertitude  ». 


$9  a  CHAPITRE    XIV 

ascète;  du  nonchalant  qu'elle  secoue,  elle  fait  un  guet- 
teur (1). 

Ses  cordes  de  tente  deviennent  les  bordures  de  soutien  de 
sa  toile  (2)  ;  et  ceux  à  qui  elle  donne  sa  tente  en  deviennent 
les  piquets  (3). 

(23).  La  Sagesse  n'est  analogue  qu'à  (4)  Elle-même  [ter), 
et  II  n'est  analogue  qu'à  Lui-même  {ter)  !  Elle  n'est  analogue 
qu'à  Elle-même  [bis),  et  II  n'est  analogue  qu'à  Lui-même 
{bis)  !  Il  n'est  analogue  qu'à  Lui-même,  et  Elle  n'est  analogue 
qu'à  Elle-même!  Il  n'est  analogue  qu'à  Lui-même  {bis),  et 
Elle  n'est  analogue  qu'à  Elle-même  [bis)  ! 

Ses  édifices,  à  Elle,  ce  sont  ses  assises,  et  ses  assises  sont 
ses  édifices.  Ses  possesseurs  sont  (uniquement)  cela,  ses 
édifices,  en  Elle;  — à  Elle,  en  Elle.  —  Elle  n'est  pas  Lui 
{—  Dieu),  et  II  n'est  pas  Elle  !  Et  il  n'y  a  de  Lui  qu'EUe,  et  il 
n'y  a  d'Elle  que  Lui  !  Il  n'y  a  pas  d  Elle,  excepté  Lui  ;  —  et 
il  n'y  a  pas  d'il  excepté  Lui  (5)  ! 


(1)  Série  de  savantes  allitérations  que  je  ne  puis  rendre  que  par  une 
paraphrase  ;  pour  le  texte-base  de  cette  paraphrase,  j'ai  procédé  par 
contaminatio  des  diverses  recensions,  désirant  ne  rien  omettre  des 
divers  reflets  de  la  pensée  maîtresse,  entrevus  par  les  reviseurs. 

(2)  De  simples  attaches,  elle  en  fait  une  partie  intégrante. 

(3)  C'est-à-dire  :  elle  n'emprunte  rien  au  dehors,  et  aucune  composi- 
tion interne  ne  la  nécessite. 

(4)  Litt.  :  «  son  tout  ainsi  que  «  {ka'anna)  lui  est  propre  (cfr.  Qor. 
XXVII,  42). 

(5)  Passage  audacieux,  où  Hallâj  fait  de  la  distinction  formelle  entre 
Dieu  et  la  Sagesse  divine  le  sceau  de  leur  unité  essentielle  ;  cette  gra- 
dation aboutissant  à  la  shahàdah  emploie  une  formule  «  là  ffya  Howa 
wa  là  Hoiva  Hya  »  qui  fait  penser  au  dhikr  signalé  ici  p.  342.  —  Gha- 
zâlî  cite  la  formule  finale  Là  Howa  illâ  Howa  (mishkât,  22-23)  comme 
étant  la  profession  de  foi  monothéiste  des  «  initiés  d  (Khawâss),  l'oppo- 
sant ainsi  à  la  profession  de  foi  islamique  ordinaire  o  des  profanes  ». 
Et  il  l'interprète  comme  signifiant  que  Dieu  est  éminemment  le  vérita- 
ble «  il  »,  sujet  de  toute  phrase  quelconque  (Hallâj,  lui,  insiste,  aucon- 


LES   ŒUVRES    D^AL   HALLAJ  §9^ 

{S4).  Le  sage  est  «  celui  qui  voit  »  ;  et  la  Sagesse,  Elle,  ré- 
side «  en  Celui  qui  subsiste  ^>.  Le  sage  en  reste  à  son  acte  de 
connaissance  (1),  il  devient  (à  la  limite)  cet  acte  de  connais- 
sance lui-même  ;  mais  la  Sagesse  est  au  delà  de  cela,  et  Son 
Objet  (=  Dieu)  encore  au  delà. 

(55).  Au  surplus,  la  table  est  l'affaire  des  conteurs,  et  la 
Sagesse  l'affaire  des  élus  ;  la  politesse  sied  avec  les  person- 
nalités (en  vue),  et  l'exorcisme  (2)  avec  les  possédés  ;  le  res- 
souvenir plaît  aux  gens  qui  se  familiarisent,  et  l'oubli  aux 
gens  qui  s'assauvagissent. 

{^6).  Car  le  vrai  Dieu  est  dieu,  et  le  monde  (n'est  que)  Sa 
création  ;  —  et  il  n'y  a  aucun  mal  (3)  à  cela  ». 

IV 

Traduction  des  Riwâyât. 

a)  Riwâyât  1  à  XX  VU. 

].  «[Ceci  m'est  annoncé  :]  par  l'esprit  vivifiant,  la  lueur  de 
l'ouïe  et  la  vision  de  l'homme,  toutes  deux  de  la  part  de 
l'Absolu,  du  mystère,  du  Nom  évident,  de  Dieu  (4)  :  «  que 
la  race  d'Adam  ne  M'offre  pas  de  culte  plus  agréable  que  la 
prière^  pi^osternée  à  terre^  au  moment  de  la  fin  de  la  nuit  »  (5). 

IL  Par  le  ciel  et  la  terre,  par  la  caractérisation,  par  la 

traire,  sur  ce  fait  :  que  Dieu  ne  devient  le  sujet  de  la  phrase  que  nous 
disons  qu'en  un  état  de  grâce  surnaturel  :  'at/n  aljam'). 

(1)  'irfân  (cfr,  ici,  p.  567). 

(2)  notq,  litt.  l'orthoépie,  l'épel  des  articulations.  En  Islam,  la  pos- 
session est  essentiellement  «  ce  qui  fait  fourcher  la  langue  »  (ici  p.  505). 

(3)  Cfr.  le  mot  de  Makkî  :  t  Le  Créateur  ne  fait  à  sa  Création  aucun 
tort  »  (ici  p.  628,  n.  6). 

(4)  Comm.  B  (cfr.  ici,  p.  316)  :  toutes  deux,  Aboù  Bakr  et  'Omar  ; 
absolu,  la  sagesse  absolue  ;  mystère  =  nul  Haqq. 

(o)  hadîth  connu,  lié  à  celui  de  la  Riw.  XXII,  comme  l'a  noté  Gha- 
zâlî.  Cfr.  Makkî,  qoût,  I,  31  ;  Fakhr  Râzî,  as'as,  125, 


894  CHAPITRE    XIV 

puissance,  par  la  gloire  de  la  proximité, de  la  part  de  Dieu  (  1  )  : 
«  Moi^  Je  suis  avec  mon  serviteur,  quand  il  ne  se  souvient  que 
de  Moi,  et  quand  i/  médite  sur  ma  grandeur,  7na  puissance, 
ma  douceur  et  ma  miséricorde.  Et  Moi,  je  suis  proche  de  l'an- 
goissé ;  quand  il  M'invoque,  je  l'exauce,  s'il  croit  en  Moi.  Et 
Moi,  je  suis  avec  l'orphelin  enfant,  quand  Je  lui  enlève  sa  mère 
et  son  père,  et  jusqu'à  ce  quil  devienne  grand.  Et  Moi,  J'ai  un 
Royaume  pour  celui  qui  fait  mémoire  de  ma  gloire,  de  ma 
puissance,  de  ma  violence  et  de  ma  grandeur.  Et  Moi  je  suis 
près  du  cœur  de  ceux  qui  M'aiment  ;  lorsqu'ils  regardent  de 
mon  côté.  Moi,  je  sais  regarder  de  leur  côté  ;  mo7i  attention  et 
mon  accueil  leur  sont  ouverts  quand  ils  prêtent  l'oreille  à  ma 
parole  »  (2). 

III.  Par  le  siècle  qui  doit  juger,  par  le  commandement 
évident,  par  le  grand  Ange  (3)  :  «  //  n'advient  jamais,  en  ce 
monde,  de  jour,  sans  qu'avec  lui  un  Ange  vienne  (4),  et  appelle 
les  gens  de  cette  terre  à  répondre  à  l'appel  de  Dieu  :  «  Hâtez- 
vous,  auprès  du  Roi  Vivant  et  Perdurable,  car  ce  qui  n'a  pas 
été,  à  jamais,  ne  sera  pas,  à  jamais  !  »  —  » 

IV.  Par  la  caractérisation  étincelante  (5),  par  la  sagesse 
primordiale,  par  la  parole  culminante,  par  l'opération  glo- 
rieuse, de  la  part  de  Dieu  (6)  :  «  Moi,  je  n'accorde  jamais 

(1)  Comm.  B  :  ciel  et  terre,  qui  n'ont  pu  «  porter  »  Vamânah  ;  ou 
esprit  et  cœur  ;  ou  jabroût  et  malakoût  ;  ou  roboûblyah  et  'oboûdiyah. 

(2)  C'est  le  hadîth  «  ana  jalîs  man  dhakarani  »  (Ibn  Adham,  ap. 
Mohâsibî,  mahabbah,  extr.  in  Hilyah  ;  Kalâbâdhî,  akhbâr,  8^,  37*  ; 
Fakhr  Râzî,  as'as,  lOi  ;  Soyoûtî,  dorar,  45-47)  :  développé  et  renforcé. 
Qor.  XXVII,  63. 

(3)  Comm.  B  :  siècle  où  l'on  ne  pourra  plus  désobéir  ;  ou  jour  du 
Jugement,  ou  siècle  de  l'hégire. 

(4)  Seule  rédaction  admise  par  l'imAm  'Alî  Rida  du  hadîth  XXII  ;  cfr. 
Tostarî,  tafsîr,  31  ;  Shattanawfî,  bahjah,  180. 

(5)  fiJrah  sdti'ah. 

(6)  Comm.  B  :  parole  =  proclamation  par  Dieu  même  de  Son  unité. 


LES    ŒUVRES   d'aL    HALLAJ  896 

à  mon  serviteur  de  faveur  plus  haute  que  la  connaissance  de 
soi-même^  et  la  contemplation  de  soi-même  et  l'audition  de  son 
propre  discours.  Alors ^  je  fais  paîTenir  mon  serviteur  à  la 
majesté,  à  la  grandeur  et  à  la  gloire  (1  ).  » 

V.  Far  la  vision  assurée,  par  la  vérité  suprême,  par  l'uni- 
que illustre,  par  la  limite  posée  entre  le  Rokn  et  le  Maqâm, 
de  la  part  de  Dieu  (2)  :  «  Le  Croyant  est  Sa  maison  (3)  ;  cette 
maison  est  la  demeure  de  Ses  signes,  la  Ra'bah  où  II  réside  et 
où  Ses  signes  résident  :  lieu  de  paix  et  d'oraison  pour  les  habi- 
tants de  ce  monde.  » 

VI.  Par  la  foi  avérée,  par  la  certitude  trouvée,  par  la 
science  absolue  :  «  Dieu  soumet  Ses  créatures  à  l'épreuve  de 
ce  bas  monde.  Quiconque  déclare  y  renoncer,  et  s'en  montre 
capable.,  recevra  en  paradis  le  décuple  (4).  » 

VII.  Par  le  rêve  véridique,  par  Tange  sage,  par  le  grand 
Kéroub,  par  la  Tablette  bien  gardée,  par  la  Science  (5)  : 
«  Nul  11  adore  Dieu  par  un  acte  qui  Lui  soit  plus  agréable., 
qu  en  L'aimant  (Q).  » 

VIII.  Par  le  désert  de  l'aube,  par  l'aurore,  par  la  sainteté, 
par  le  paradis  suprême,  par  l'Eden  adoré,  par  la  Coupole 

(1)  Cfr.  ici,  p.  794.  C'est  le  hadîth  cité  suprà,  p.  513. 

(2)  Comm.  B  :  vision,  Ange,  inspiration  ou  Pierre  Noire  ;  vérité, 
c'est  la  shahàdah  ;  unique  =  sirr  al  sirr,  oiseau  du  voyage,  Ismaël  ; 
limite,  c'est  le  lieu  où  l'on  prêtera  serment  au  mahdî,  à  la  Mekke  (cfr. 
Moghîrah,  selon  favq.,  44,  et  poèmes  noseiris  ;  Ibn  Khaldoûn,  trad. 
Quatremère,  I,  148,  11,  168). 

(3)  «  Le  cœur  est  la  demeure  du  Seigneur  »,  selon  Tostart  (Makkî, 
goût,  i,  231)  ;  cfr.  ici,  p.  277  ;  Qor.  XXII,  27. 

(4)  Corap.  hadîth  qodsî  ap.  Moslim  (Nabhânî,  jâmi',  n°*  3  et  21)  ; 
cfr.  le  centuple  évangélique  (Marc,  X,  ïi9  ;  raillé  par  Ibn  al  Torjomân, 
toh/ah,  §  VII).  Sur  ïibtitâ,  suprà,  p.  621.  Comm.  B  :  foi  externe,  ou 
pacification  du  cœur  ;  certitude,  illumination  du  cœur.  —  Voir  Makkî, 
goût,  II,  109. 

(5)  Comm.  B  :  Kéroub,  c'est  Isrâfîl,  ou 'Azraël. 

(6)  Sentence  «  D'un  des  anciens  »  =  (Ja'far)  selon  Makki,çoM^,II,51. 


Sgô  CHAPITRE    XIV 

prééternelle  (1)  «  Dieu  fait  (naître)  chaque  jour  quarante 
mille  merveilles  aux  jardins  du  paradis  ;  et  chaque  merveille 
[correspondant  à  un  désir  des  élus  en  ce  monde]  se  multiplie 
suivant  les  bonnes  œuvres,  les  intuitions  extatiques  et  les  dots, 
jusqu'à  tout  jamais  (2)  ». 

IX.  Par  l'intellect  agréé  de  Dieu,  par  l'ultime  jujubier,  par 
la  vie  éternelle,  par  l'Esprit  impénétrable  (3)  «  Dieu  se  [ait 
comprendre  par  des  signes^  commémorer  par  des  œuvres,  attes* 
ter  par  des  clartés,  adorer  an  moyen  de  paroles.  Nul  œil  ne  L'a 
vu,  et  Lui,  Il  voit  tout  œil  [A)  ;  Il  est  prééternel,  Il  embrasse 
tout  ». 

X.  Par  la  maison  de  Dieu,  par  l'arc  de  Dieu,  par  le  lieu 
vaste  où  Dieu  réside  [il  dit  aussi]  (5)  :  «  Les  miséricordes  de 
Dieu  n  admettent  pas  dénombrement.  Quiconque  a  été  honoré 
d'un  seul  de  Ses  regards  (a  parte  ante),  Il  le  rend  bienheureux 
pour  une  éternité  de  liesse  (a  parte  post)  »  (6). 

XI.  Par  le  nuage  amoncelé  (7),  par  l'éclair  qui  ravit,  par 

{i)Comm.  B  :  désert,  c'est  le  lieu  des  Assises  du  Jugement,  ou 'Ara- 
fat, ou  le  lieu  du  Buisson  Ardent,  ou  la  poitrine,  ou  le  cœur  «  car  ce 
sont  des  terres  saintes  »  ;  aurore  de  l'inspiration  ;  sainteté,  c'est  le 
Buisson  Ardent,  ou  Jésus,  ou  le  voile  d"Illiyoûn  ;  paradis  =  l'aque- 
duc de  la  lumière,  d'où  s'écoule  l'inspiration,  goutte  à  goutte,  —  ou  le 
jardin  des  suggestions  divines  ;  Eden,  l'inspiration  de  Dieu  ;  Coupole 
du  Trône. 

(2)  Cfr.  p.  563  :  actualisation  de  la  grâce. 

(3)  Cvmm.  B  :  agréé,  c'est  Y'aql  fa''dl,  ou  le  roûh  ndfiqak  ;  le  juju- 
bier qui  va  du  Trône  au  Siège,  ou  la  sagesse  ;  vie  éternelle,  lac  devant 
le  Trône. 

(4)  Qor.  YI,  103. 

(5)  Comm.  B  :  maison  =  Ka'bah,  ou  le  cœur  ;  l'arc  en  ciel,  qui  sauve 
de  la  perdition  (Noé  ;  passage  de  la  Mer  Rouge),  ou  l'un  des  «  deux 
arcs  »  du  rni'râj  ;  lieu  vaste,  Jérusalem,  proximité,  la  Résidence  visitée 
(le  kiosque  du  Paradis,  où  Dieu  vient). 

(6)  Cfr.  ici,  p.  608.  Qor.  XXI,  101. 

(7)  motârakim.  Cfr.  Qor.  LU,  44,  utilisé  par  l'imâmite  Aboù  Man- 
soûr  'Ijlî. 


LES    CEIJVRE8    DAL    HALLAJ  897 

le  tonnerre  sacré,  par  Tange  de  la  grâce,  —  par  celte  éner- 
gie tenue  en  réserve,  dont  les  cataractes  bruissenl  (I)  dans 
le  mystère,  à  l'horizon  (2)  de  la  lumière,  entre  le  soleil  et  la 
lune  (3)  :  «  Le  Qorsin  est  la  résurrection,  et  le  monde  est  le 
signe  du  paradis  et  de  l'enfer.  Heureux  celui  que  la  connais- 
sance du  Créateur  détache  de  celle  du  créé  !  » 

XII.  Par  le  covenant,  par  la  preuve,  par  la  source  (4)  du 
Qor'ân  :  «  Dieu  est  le  maître  des  signes^  le  rassembleur  des 
ossements  brisés,  et  le  ressusciteur  des  morts  ;  Il  serre  les 
prééternités  dans  Sa  dextre,  et  les  postéternités  se  cassent 
devant  Lui.  Dieu  dit  :  J)lous  montrerons  au  jour  de  la  résuii'ec- 
tion  que  Moi,  je  suis  le  roi  des  rois  ;  ce  jour  où,  alors,  tous  les 
jours  de  ceux  qui  s'en  sont  allés  {en  arrière,  dans  le  passé)  ^ 
reviendront.  » 

XIII.  Par  le  rubis  rutilant,  par  la  lumière  qui  fait  fermen- 
ter, par  la  forme  qui  fait  exister,  par  la  gloire  (divine)  attes- 
tée (5),  Dieu  dit:  «  Je  suis  le  Compatissant,  je  suis  le  Bien- 
faisant, je  suis  l  Ami,  pour  mon  serviteur.  Et  (qui  est)  mon 
sei'viteur  ?  c'est  celui  qui  est  loué  en  mon  souvenir,  mon  nom 
et  mon  amour  »  (6).  Et  11  dit  aussi,  en  cette  Riwâyah  (7)  : 
Quiconque  dit  «  Il  n'y  a  pas  de  divinité  excepté  Dieu,  et  MO' 

(1)  monhamir. 

(2)  'ofq  =  plan  cosmogonîque, 

(3)  Comm.  B  :  amoncelé,  au-dessus  des  sept  cîeux  ;  énergie  ■=.  flots 
de  la  révélation  divine. 

(4)  majma\  Comm.  B  :  Covenant  =  définitions  de  la  sagesse,  ins- 
crits sur  la  Tablette. 

(5)  Comm.  B  :  rubis,  disque  du  soleil,  planète  Mars,  ou  le  cœur  ; 
lumière  du  Trône  ;  gloire,  l'Esprit  suprême,  qui  est  l'acte  de  Dieu. 

(6)  Cfr.  ici,  p.  608. 

(7)  Cette  addition  insolite,  dont  la  teneur  est  à  la  rigueur  conciliable 

avec  la  doctrine  hallagienne  ultérieure  de  la  shahddah  (ici  p.  787),  est 

peut-être  une  interpolation  ancienne,  amenée  par  la  mention  de  Moham- 

mad  au  paragraphe  suivant, 

57 


898  CHAPITRE    XIV 

hammad  est  l'envoyé  de  Dieu  »  avec  pureté  (1  ),  reçoit  de  droit 
le  paradis^  avec  des  grâces^  des  miséricordes  et  des  bienfaits 
perdiirables  ». 

XIV.  Par  le  discernement  évident,  par  le  Qor'ân  glorieux, 
par  Mohammad,  l'envoyé  de  Dieu,  par  Gabriel,  de  la  part  de 
Dieu  (2)  :  «  Quiconque  connaît  ce  monde  périssable  ne  Me  con- 
naît point.  Quiconque  se  familiarise  avec  les  créatures  ne  peut 
être  Mon  ami.  Celui  qui  est  Mon  ami  ne  connaît  ni  f  agré- 
ment^ ni  la  peine  que  ce  monde  procure.  Quand  Je  regarde 
mon  serviteur  fidèle^  Je  le  vois  une  lumière^  comme  un  de  mes 
anges  (3).  » 

XV.  Par  le  Sinaï,  par  le  rubis  de  la  lumière,  par  le  maître 
de  la  balance  (il  dit)  (4)  :  «  Le  Royaume  et  la  Royauté  ont  été 
manifestés  sous  la  forme  d'Adam  et  de  sa  postérité  (5)  ;  Dieu 
a  manifesté  Adam  au  moyen  de  Ses  opérations  et  de  Ses  noms  ; 
//  a  fait  descendre  sur  lui  Ses  bénédictions,  en  créant  le 
Royaume  en  présence  du  Qor'ân  de  Sa  majesté;  «  à  Adam 
[dit-Il],  la  puissance  et  les  bonnes  œuvres  ».  » 

XVI.  Par  le  verdissement  des  herbes,  par  les  teintes  colo- 
rant les  fleurs,  par  la  vie  de  la  Sainteté  (divine)  (6)  :  «  Le 
Paradis  se  rapproche  pendant  une  journée  de  la  terre  sacrée^ 
une  fois  par  an  (7).  » 

(1)  ikhlâs. 

(2)  Comm.  B:  discernement,  élucidation  de  rintellect  grâce  au  Qor'ân 
et  au  hadîth,  ou  inspiration. 

(3)  Cfr.  hadîth  ap.  Qosh.  173,  Makkî,  goût,  II,  56  ;  Fâris,  in  Sohra- 
wardî,  'awdnf,  IV,  278-279.  et  Baqh%  tafsîr  de  Qor.  XX,  43  (recopié 
par  Mâjid  Kordî,  in  Sh.  tab.  I,  147). 

(4)  Comm.  B  :  Sinaï,  ou  mont  Mastabah,  ou  monts  de  la  Mekke  ; 
rubia,  soleil,  ou  vision  de  Moïse  ;  maître...,  c'est  Isrâfîl. 

(5)  au  jour  du  Govenant.  Cfr.  I.Iallâj,  in  Qor.  XXIII,  12, 

(6)  Comm.  B  :  herbes  tendres,  floraison  fraîche  du  cœur  ;  teintes  de 
l'inspiraiion  ;  vie  =  brises  extatiques  ;  terre  sacrée  =  Jérusalem  «  lieu 
d'ascension  du  Prophète,  d'assomption  des  âmes,  escalier  d'Azraëletde 
Jésus  ».  Cfr,  Qor.  V,  24,  et  Makkî,  qoût,  1,  123. 

(7)  Il  s'agit,  soit  du  15  sha'bân  {laylat  al  Bar â' ah  ;  Mottaqî,  Kanz, 


LES    CEUVRES    d'aL    HALLAJ  899 

XVH.  Par  le  Nom  souverain,  par  lEspril  incréé  (1),  parla 
signification  lolale,  Dieu  dit  :  «  Mon  EspiiL  cCïnlmïtéeslpour 
ceux  qui  aiment;  )non  salon  glorieux  pour  ceux  qui  acquiescent  y. 
ma  puissance  efficace  pour  ceux  qui  s'abandonnent  »  (2). 

XVIII.  Parla  nature  (de  l'homme)  (3),  par  l'ombre  éten- 
due, par  le  témoin  exalté,  par  la  clarté  incomparable  (4)  : 
<(  Dieun  a  jamais  créé  de  nature  humaine  plus  affectionnée  par 
Lui  que  [celle  de]  Mohammad  et  [de]  sa  descendance  :  leur 
nature  a  été  toute  façonnée  pour  le  Paradis  »  (5). 

XIX.  Par  le  malheur  et  le  bonheur,  par  le  décret  et  la  pré- 
destination, par  le  pilier,  par  le  Maître  du  pilier  et  du  ser- 
ment (6)  :  «  Dieu  a  fait  tm  covenant  avec  les  Banoû  Adam 
sept  mille  ans  avant  (7)  qull  créât  le  corps  d'Adam  ;  alors  ils 
n  étaient  que  des  spiritualités,  et  ils  se  sont  expjrimés  au  ynoyen 
des  lettres  du  Royaume  et  de  la  Royauté.  Dieu  transcende  le 
((  comment  »  et  la  dé  finition  ;  aucune  analogie  ne  Lui  convient, 

V,  378),  soit  de  la  nuit  du  9-10  dhoù'I  hijjah  à  'Arafat,  selon  unhadîth 
de  Thawrî,  adopté  par  les  Sâlimîyah  (Ibn  abîl  Donyâ,  fada  il  iO  dhî'l 
hijjah,  ms.  Leide,  Warn.  998,  f.  3^  ;  Yàqoùt,  orfaèd,  III,  173). 

(1)  roûh  qadim  (cfr.  Qor.  XLlI,  52),  «  transfiguration  de  l'apparition 
divine  »  (Baqlî). 

(2)  Comm.  B  :  nom,  c'est  le  Nom  Suprême. 

(3)  kholq,  cfr.  ici,  p.  6U6,  n.  1. 

(4)  Comm.  B  :  nature  de  la  création,  ou  d'Adam,  ou  du  Commande- 
dément  incréé  ;  ombre  du  matin  (Qor.  XXV,  AI),  ou  de  l'arbre  Toûbà  ; 
clarté  (prééternelle)  de  Mohammad,  ou  du  Trône  (cfr.  Lawlâha). 

(5)  Traduction  peu  sûre  (ici  p.  72)  ;  la  fin  du  texte  porte  :  «  'îshdnrâ 
kholq  janân  gilî  {^ou  kollî  ?)  *.  —  Cfr.  l'âdhân  fâtimite  «Mohammad 
est  la  meilleure  des  créatures  »  (Ibn  Hammâd,  trad.  Gherbonneau)  :  «  la 
mieux  aimée  »  (Mohâsibî  ;  mot  attribué  à  Hasan,  ap.  Baqlî,  in  Qor.  XLI, 
32). 

(6)  Comm.  B  :  malheur  et  bonheur  =  nafs  et  roûh,  impiété  et  islam, 
enfer  et  paradis,  Job  et  Salomon  ;  pilier,  yamdni  (à  la  Mekke),  ou  à 
Jérusalem  ;  pilier...  serment,  il  s'agit  de  laKa'bah  où  Dieu  a  inscrit  le 
Covenant  primordial. 

(7)  Id.  selon  Makkî  {Kashf,  309).  Cfr.  ici,  p.  599. 


QOO  CHAPITRE    XIV 

Il  est  ce  Paradis  (1)  dont  II  a  dit  Lui-même  «  quil  embrasse 
les  pré  et  post-éternités  ».  La  foi  [des  croyants)  en  Son  précepte 
correspond  à  la  foi  qu'il  a  en  Lui-même  (2),  dans  Son  essence. 
La  louange  qui  Lui  est  rendue  en  toutes  les  clartés  postéternelles 
est  conforme  à  Son  décret.  C est  en  Sa  société  que  subsistent  les 
corps.,  Il  est  la  réalité  des  esprits  ». 

XX.  Par  l'alTranchi  sagace,  par  l'ange  au  regard  fixe,  par 
le  roi  qui  délibère  (3),  de  la  part  du  Vivant,  de  FAudient,  du 
Voyant  (4)  :  «  Dieu  dit:  Quiconque  me  cherche  querelle  pour 
quoi  que  ce  soit  que  je  ne  lui  ai  pas  donné.,  je  le  priverai  de  ce 
que  Je  lui  ai  donné..  Jusqu'à  ce  quil  se  repente.  S'il  se  repenti 
je  lui  fais  revêtir  une  chemise  neuve,  telle  quil  nen  avait 
Jamais  portée  auparavant  (5).  Quiconque  ne  se  repent  pas,  Je 
le  vide  de  la  miséticorde  qui  lui  avait  été  réservée,  et  Je  lui  pré- 
pare en  enfer  une  place  où  jamais  Je  ne  le  regarderai.  Qui- 
conque me  fait  don  de  ce  que  Je  lui  ai  donné,  et  le  fait  par  pur 
amour,  Je  le  ferai  roi  d'un  Royaume  où  la  corruption  ne 
saurait  pénétrer.  » 

XXI.  Par  Theure  des  heures,  par  la  beauté,  par  la  grâce, 
par  la  volonté  intime,  de  la  part  de  Dieu  (6)  :  «  L'amour  de 
Mes  amts  démontre  Mon  amour,  la  volonté  de  Mes  saints  dé- 
montre Ma  volonté,  le  précepte  de  Mes  sages  démontre  Mon 


(1)  Jandn,  en  poésie  persane  et  turque  postérieures. 

(2)  Cf.  Kal.  23. 

(3)  motadabbir.  ^ 

(4)  Comm.  B  :  affranchi,  c'est  l'intellect  ;  ange,  c'est  l'âme  sancti- 
fiée contemplant  ;  roi,  c'est  l'intellect  actif  ;  hadîtti  :  «  La  majesté  est 
Mon  turban  et  la  grandeur  Mon  manteau  ;  quiconque  Me  querelle,  Je 
le  jette  en  enfer  sans  M'en  soucier  ». 

(5)  Gfr.  un  logion  semblable  de  Jésus,  ap.  Justin,  adv.  Tryph.,  116  ; 
et  le  hadîth  qodsî  ii°  8  de  la  collection  Nabhànî  (d'après  Moslim). 

(H)  Comm.  B  :  heure  de  la  Résurrection  (Qor.  XXII,  7)  ;  beauté 
d'Adam  et  de  Joseph  ;  grâce,  science  ;  volonté,  amour  du  cœur, 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  QOI 

précepte.  Tout  ce  qui  existe,  existe  de  par  Ma  science^  Ma 
puissance  et  Ma  volonté.  » 

XXII  (1),  Par  le  vent  du  sud,  par  l'essence  du  Mîm  tréso- 
rier (2),  par  Mes  constellations,  par  les  nébuleuses,  par  les 
éclairs,  par  Mon  océan,  aux  vagues  scintillantes,  par  la 
gloire  et  le  cœur,  on  dit  «  Que  Dieu.,  chaque  nuit,  descend  du 
ciel  sur  la  terre.,  [avec  une  perle  blanche]  (3)  ;  pour  parler  soit 
aux  Awtâd,  soit  aux  Abdâl.,soït  aux  Wâlihoûn,soit  aux  Moj- 
tahidoûn  ;  et  II  écrit  [sur  cette  perle)  (4)  le  nom  de  chacun 
d'eux,  afin,  le  jour  venu,  de  leur  rendre  en  récompense  ins- 
pirations pour  inspirations,  et  clartés  pour  clartés.  Alors  II 
emplit,  de  bienfaits  et  de  bénédictions,  la  terre  ;  puis  II  dispa- 
raît, dans  la  souveraineté  glorieuse  de  la  merveille  du  mys- 
tère »  (5). 

XXIII.  Par  le  mois  de  Rajab,  par  le  gardien  du  voile,  par 

(1)  Comm.  B  :  vent  du.  septième  ciel  ;  trésorier,  ange  qui  garde  le 
flux  de  l'inspiration  ;  océan,  sous  le  Trône  ;  gloire,  l'Esprit. 

(2)  'ayn-mîm  ;  cfr.  abréviation  nosayrî,  ici  p.  508. 

(3)  dorrai  baydd  (le  mot  manque  chez  Baqlî^  mais  figure  chez  Ibn  al 
Dâ'î),  La  célèbre  «  Perle  B  anche  »  des  Yézidiset  d'Ibn  'Arabt  (n"  211 
de  la  liste  de  ses  ouvrages),  dont  Wâsitî  disait  :  «  Dieu  créa  une  Perle 
pure,  qu'il  regarda  avec  hauteur  ;  elle  fondit  de  timidité  et  s'écoulait. 
Il  lui  dit  alors  «  descends  du  ciel  »  ;  «  elle  en  descendit  en  rivières  » 
(Qor.  XIII,  18)  ;  et  la  pureté  des  cœurs  provient  de  la  venue,  en  eux, 
de  cette  eau  »  (Sohrawardî,  'awârif,  I,  61  ;  in  Qor.  XIII,  18  ;  cf.  Gha- 
zâlî,  mishkcit,  3o).  Un  hadîth  recueilli  par  le  Lisdn  al  'arab  (s.  "f.  Q  S 
M)  ajoute  :  «  Les  élus  du  septième  ciel  (ghoraf),  y  seront  assomptés 
dans  une  Perle  Blanche,  sans  cassure  {qasm)  ni  fêlure»  (cf.  Mqjâhid, 
ap.  Ibn  'Arabî,  mohnd.  II,  143). 

(4)  Ibn  'Arabî  rattache  le  qalam  à  la  Perle  Blanche  (cfr.  aussi  fat., 
IV,  614). 

(5)  C'est  le  fameux  hadîth  al  nozoûl,  admis  par  Ibn  'lyâd,  Bokhârî, 
nié  par  Jahm  et  l'imâm  'Alî  Rida  {thlijâj,  208  ;  Sabziwarî,  104  =  'aql), 
expliqué  allégoriquement  par  Ghazâlî  {iljdm,  6,  20  ;  mishkât,  24). 
Cfr.  Makkî,  qoût,  I,  31  ;  Kîlànî,  ghonyah,  I,  50-51.  II,  68;  FakhrRâzî, 
As'as,  125,  136  ;  Najdî.  421  ;  Nabhânî,  yàmi',  n"  5. 


902  CHAPITRE    XIV 

l'intendant  de  la  Résidence  visitée  (1),  par  le  gardien  du 
voile  ultime,  parle  messager  suprême  (2)  «  Dieu  va  réuni?' 
les  esprits  sanctifié'^ ^  lorsque  Jésus  reoiendra  sur  la  terre.  Il  y 
aura  sur  terre  un  iî^ône  placé  pour  lui,  et  dans  le  ciel  un  trône 
placé  pour  lui.  Dieu  composera  un  livre  contenant  la  prière 
définitive,  la  dîme  définitive,  le  jeûne  définitif  et  le  pèlerinage 
définitif  (2)  ;  et  11  lui  remettra  ce  livre  par  le  héraut  des  anges  ^ 
disant  «  Irradie  !  Au. Nom  du  Roi  Absolu  !  » 

XXIV.  Par  l'arc  de  Dieu  brillant  de  ses  vives  couleurs,  par 
les  orients  (des  astres),  par  la  mansion  (mère)  des  mansions 
zodiacales,  par  le  pôle,  par  celui  dont  l'index  inscrit  sur  les 
tablettes,  parles  clartés,  parles  êtres  qui  gouvernent  les 
événements,  par  la  sagesse  absolue,  par  la  parole  combinée 
suprême  (4)  :  «  Dieu  est^  avant  toute  chose  ;  quiconque  sait 
cela  est  proche  de  Lui.  Dieu  apparaît  dans  toute  chose.  Dieu 
disparaît  dans  toute  chose  ;  quiconque  sait  [cela]  est  embrassé 
dans  le  «  repos  »  de  Dieu.  Quiconque  est  devenu  semblable  au 
soleil  chante  la  gloire  de  Dieu  (5).  >> 

XXV.  Par  le  sens  de  la  balance  de  l'an  290  (=  902  de 
notre  ère)  (6),  par  le  siècle  annonciateur  en  l'an  VU  de  la 

(1)  Bayt  ma'  moûr. 

C^)  Comm.  B  :  gardien,  ange  ;  intendant  =  Jésus,  ou  Gabriel  ',  gar- 
dien... du  voile  entre  le  jujuhier  et  le  Trône  =  Azraël  ou  Michel;  mes- 
sager'=  Isrâfîl,  qui  transmit  aux  anges  les  ordres  de  Dieu.  Ce  hadîth 
explique  Qor.  IV,  157,  comment  tous  les  esprits  prêteront  serment  à 
Jésus  pour  l'Islam  (B). 

(3)  Remarquer  la  suppression  intentionnelle,  ici,  de  la  shahàdah 
(cfr.  ici  p.  787)  ;  elle  figure  au  contraire  dans  le  texte  parallèle  de  Hay- 
tamî  (p.  128-129).  Sur  Rajah,  voir  Kîlânî,  ghonyah,  I,  153. 

(4)  (jomm.  B  :  arc-en-ciel,  ou  les  quatre  éléments  ;  orients  (Qor. 
XXXVII,  5)  ;  mansion,  grande  et  petite  Ourses  ;  celui,  Mohammad  ou 
une  planète  ;  êtres,  anges  ou  planètes  (Qor.  LXXIX,  5)  ;  sagesse  — 
Qor'ân  ;  parole  =:  Nom  Suprême. 

(5)  Cfr.  Qor.  LVI,  88  et  Qor.  XXV,  79. 

(6)  Cfr.  ici,  p.  74  et  p.  732. 


LES    CEUVRE8    d'aL    HALLAJ  QOS 

vocation  (1),  par  le  saint  de  la  proximité  (2)  :  «  Dieu  dit  :  Mon 
opération  fait  .suite  à  mon  opération,  et  mon  regard  à  mon  re- 
gard; ainsi  clartés  et  inspirations  s'enchaînent  les  unes  aux 
autres  jusqu'au  jour  de  la  résurrection.  Quiconque  s'en  remet 
à  Dieu,  pour  renonciation  de  Fattestation  qui  L'atteste  un^ 
prononce  le  Nom  Suprême,  et  acquiert  un  rang  glorieux  en 
puissance,  après  quil  aura  quitté  ce  monde  (3).  » 

XXVI.  Par  le  croissant  (de  lune,  vers  l'horizon)  du  Yémen, 
par  l'oiseau  d'heureux  augure,  par  Tinslrument  (à  inscrire) 
du  Royaume  (4),  par  la  résurrection  des  résurrections  (cor- 
porelles), par  l'image  de  Dieu,  par  la  lumière  indéfectible, 
par  l'existence,  par  la  langue  du  mystère  de  grâce  (5)  :  «  Dieu 
dit  :  Mon  désir,  à  r égard  de  tous  mes  serviteurs,  cest  quils  me 
louent,  en  pensée,  parole  et  action,  par  mon  opération  et  action 
de  grâces,  ou  par  mon  amour,  selon  toutes  les  clartés  (6).  » 

XXVII.  Par  le  beau  visage,  par  le  vendredi  solennel,  par 
l'attestation  à  la  Ka'bah  (7)  :  a  Dieu  lance,  durant  chaque 

(1)  Cfr.  ici,  p.  732.  En  réalité,  mah  'ath  est  un  terme  technique  dû  à 
Ibn  Adham  (voir  Essai,  s.  v,). 

(2)  Comm.  B  :  (Qor.  l^V,  6)  balance  du  décret  divin,  ou  de  la  raison, 
ou  du  cœur,  ou  du  mystère  ;  annonciateur  de  l'avènement  du  Royaume, 
ou  de  l'éternité  du  Paradis  ;  vocation  de  Mohammad  (avant  l'hégire  ;  en 
609)  ;  saint  z=  un  des  quatre  premiers  Khalifes. 

(3)  Ineffabilité  du  tawhîd  ;  cfr.  ici  p,  643  et  p.  788. 

(4)  jandarah  Molk. 

{^)  Comm.  B  :  croissant  se  levant  dans  le  ciel,  au  sud  de  la  Ka'bah, 
ou  Oways  Qaranî,  ou  la  pupille  de  Gabriel  ;  oiseau  huppe  de  Salomon, 
ou  'anqâ  moghrib,  ou  coq  blanc  (au-dessous  du  Trône),  ou  inspiration 
divine  ;  instrument,  jardins  de  lOmnipotence  prééternelle  et  de  la 
Royauté  absolue,  ou  Isrâfîl  ;  résurrection  trompette  d'Isrâfîl  ;  image,  le 
Trône,  le  paradis,  ou  Adam  ;  lumière  foi,  islam  ;  existence  suprême, 
par  inspiration  de  l'Esprit  ;  langue  de  la  sagesse  coranique  ;  cfr.  Qor. 
LI,  56. 

(6)  Ici  p.  530,  n.  i. 

(7)  Comm.B  :  visage  Adam,  Joseph  ou  Mohammad,  ou  Trône,  ou 
beauté  deTéquivoque  divine  (hosn  iltibâs,  cfr.  ici,  p.  603  et  p.  867); 


904  CHAPITRE   XIV 

nycthémère^  trois  cent  soixante  coups  d'œil  (i)  î  ^  chaque  coup 
(Tœil  II  attire  plus  près  de  Lui  f  esprit  d'un  ami  d'entre  Ses 
amis  ;  et  II  élève^  à  la  jdace  de  celui-là,  un  de  ses  fannliers.  Et 
Il  fait  miséricorde^  par  ce  même  coup  d'œil  quil  eut  vers  cet 
ami,  à  soixante-dix  mille  de  ceux  qui  professent  de  ramitié 
pour  cet  ami  (2).  » 

V 

L'originalité  littéraire  d'al  Hallâj. 

a)  Le  style. 
1.  Le  choix  des  mots  et  la  prosodie  ;  deux  qasîdah. 

Au  premier  degré,  l'originalité  d'un  écrivain  se  marque 
parle  choix  des  mots.  Le  vocabulaire  d'al  Hallâj  est  particu- 
lièrement riche  ;  nous  avons  dressé  plus  haut  (3)  un  tableau 
de  ses  emprunts  aux  sources  islamiques  les  plus  variées  ;  et 
nous  donnerons  ailleurs  (4)  l'inventaire  de  son  lexique  tech- 
nique. Conformément  au  «  provignement  »  immémorial  de 
la  langue  arabe  (5),  un  certain  nombre  de  ses  termes  techni- 


vendredi  jour  de  la  Résurrection  ou  jour  d"Arafât  ;  attestation 
d'Abraham  (trace  de  son  pied),  ou  des  pèlerins  ou  du  qotb,  ou  de  Khidr. 

(1)  Gfr.  Ibn  al  Jawzî,  ro'oûs  al  qaivàrîr,  p.  44  :  figuration  atomistique 
de  l'ubiquité  de  la  grâce  divine.  'Amr  Makkî(cfr.  l'autre  Makkî,  qoût, 
II,  121)  place  ces  trois  cent  soixante  coups  d'oeil  dans  la  prééternité 
(Hojwîrî,  Kashf,  trad.,  p.  309).  Tirmidhî  les  étudie  aussi  en  son  Khâ- 
tam,  quest.  123.  «  600  »  selon  lehadîth  de  Baqlî  (shath).  f.  19. 

(i)  Gfr.  ici,  p.  754:  intercession  des  saints,  admise  pour  Oways  par 
les  ash'arites(cfr.  aussi  Makkî,  qoût,  II,  47).  «  La  meilleure  dévotion 
est  d'aimer  les  saints  de  Dieu,  car  les  aimer  marque  que  l'on  aime  Dieu  » 
(Shah  Shojâ'  Kirmânî,  ap.  Haytamî,  fat.  had.,'2.31).  Cfr.  Qâsim  Sayyârî 
sur  l'intercession  des  saints  pro  populo  (ap.  Baqlî,  tafsir,  f.  319*'). 

(3)  P.  469  seq. 

(4)  Essai. 

(5)  Essai;  cfr.  Qor'ân  {forqân...). 


LES    ŒUVRES    d'aL    HALLAJ  QoS 

ques  sont  des  emprunts  à  faraméen  :  iâkoûi,  nâsoût,  hâkoûl^ 
^ayhoûr. 

On  a  critiqué  ses  pluriels  irréguliers  :  tol.oû\  pluriel  de 
tal\ih  (1).  On  a  dénoncé  la  technicité  excessive  de  certains 
poèmes  (2),  et  les  défectuosités  de  style  {rakâkât  alfâè)  de  la 
qasîdah  «  Oqtoloûnî  »  (3),  entre  autres. 

Al  Hallâj  a  des  trouvailles  à'épithètes,  des  métaphores  sai- 
sissantes :  une  flûte  dolente  incite  à  la  mélancolie  ?  C'est 
Satan  qui  pleure  sur  un  monde  périssable  (4).  —  «  L'abné- 
gation ?  C'est  garder  la  braise  ardente  sous  la  cendre  des 
vicissitudes  du  destin.  »  —  Parlant  des  trois  degrés  de  la 
voie  mystique,  sâlik,  majdhoùb^  ma'khoùdh  :  ...  «  Le  second 
est  placé  en  position  d'annexion  (5)  avec  l'union  (mystique) 
et  de  rupture  avec  tout  le  reste  ;  quant  au  troisième,  il  n'y 
a  pas,  vers  lui,  de  chemin  frayé,  ni  par  les  échelles  du  ^an«^- 
qol,  ni  par  les  fenêtres  de  Vittilâ\  »  —  «  L'eau  trouble  avec 
l'eau  trouble  demeure  laissée  {mahoùt),  et  l'eau  claire  avec 
l'eau  claire  reste  agrégée  [manoût),  sans  qu'aucun  rapt  ait 
sur  elle  prise  (tawt)  ;  aussi  les  paroles  de  ceux  qui  expriment 
un  tel  état  ne  sont-elles  que  le  flux  [fayd)  [écumeux]  d'une 
mer  pleine  {imtîlâ)  ;  et,  «  quant  à  cette  écume,  elle  sèche  » 
(Qor.  Xin,  18)  (6).  —  «  La  plus  belle  vocation,  c'est  celle  de 
mendier  (=  qui  avoue  sa  pauvreté,  disant  :  Voici  un  pau- 
vre !)  (7).  »  —  «  Le  pervers  {khablth),  c'est  celui  qui  tourne 

(1)  'Alî  Qoiiâwî,  sharh  al  ta'arrof,  f.  57^. 

(2)  al  nazm  shadîd  al  rakdk  (id.  f.  59*). 

(3)  Jildakî. 

(4)  Ici  p.  1 31  - 1 32.  Il  est  vain  de  pleurer  la  perte  de  ce  qui  périt  :  cfr. 
les  hadîth  /f  dhamm  al  hazîn  'alal  donyà  (Ibn  al  Jawzî,  mau'doû'àt, 
s.   V.). 

(5)  ma'toûf. 
(6)Baqlî,  shalh.,  f.  131. 

(7)  Id.,  f.  127  ;  cfr.  Asin,  Logia  D.  Jesu,  n"  73  ;  d'après  Malcltî,  qoûl^ 
1,  263. 


906  CHAPITRE    XIV 

vers  les  choses  mauvaises  l'œil  (candide)  de  la  pureté  (1).  » 

Les  allitérations  sont  fréquentes  ;  elles  ne  proviennent 
pourtant  ni  d'une  jonglerie  de  poète,  ivre  de  rimes,  —  ni 
d'une  emphase  de  rhéteur,  épris  de  sons  vides.  Al  Hallâj 
use  du  saf  dans  un  double  dessein  :  entrechoquer  ainsi,  par 
un  violent  contraste,  des  mots  dont  les  racines  trilitères  sont 
apparentées  et  consonantes,  est  un  moyen  de  montrer  que 
l'idée  ne  «  colle  »  pas  forcément  au  mot  qui  la  traduit  (2)  ; 
et  c'est  aussi  indiquer,  par  une  assonance  commune,  la 
secrète  affinité  qui  peut  unirles  sens  respectifs  de  deux  mots 
différents  devant  la  pensée. 

Au  second  degré  de  l'originalité  littéraire  intervient  la 
considération  des  coupes,  l'examen  de  la  phrase  quant  à  sa 
structure. 

En  prosodie,  d'abord  :  ses  mètres  préférés  sont  :  haslt  {S9 
4  5),  tawil[14),  wâfir  [6)  eiramal[6  pièces).  Ses  rimes  pré- 
férées (3)  sont  :  râ  [18),  noûn  [16],  mim  [8),  bâ  (7). 

Harawî  juge  que  le  style  de  ses  poèmes  est  «  relevé  »  [fa- 
sih).  Ma'arrî,  qui  analyse  en  détail  (4)  son  quatrain  Yâ  sirra 
sini  (5),  n'y  trouve  à  critiquer  que  la  rime  finale  discutable 
ilayy  [a)  (6),  et  l'usage  abstrait,  comme  substantif  déter- 
miné, de  koll. 

Al  Hallâj  se  sert  volontiers  (7)  d'un  type  de  distique  inté- 
ressant ;  véritable  quatrain  (8)  en  miniature,  où  les  premier, 


(1)  In  Qor.  XXIV,  26.  Cfr.  aussi  ici,  p.  541,  et  p.  595. 

(2)  Ici  p.  575. 

(3)  Voici  la  proportion  chez  Motanabbi  ;   lâm  (47),  mîm  {41),  dâl 
(34),  bâ  (33),  râ  (30),  nuûn  (.20). 

(4)  ghofrân,  150. 

(5)  Ici  p.  526. 

(6)  Il  l'emploie  \u\- même  (Lozoûmf y ât,  II,  437). 

(7)  11  distiques  sur  26. 

(8)  Le  mot  est  de  Sarrâj. 


LES    OEUVRES    d'aL   HALLAJ  9^7 

second  et  quatrième  hémistiches  riment  ensemble,  a.a.b.a. 
On  sait  que  son  disciple  et  admirateur  [bn  abî'l  Kha^'r  (1)  a 
précisément  constitué  le  quatrain  persan  sur  ce  type  ;  qui 
est  également  celui  Aw  doû  bayt  (2),  populaire  àWusitau 
III*  siècle  de  l'hégire,  premier  ancêtre  des  mowashshahàt. 

En  prose  rimée  (mosajja),  al  Hallâj  suit  de  trop  près  le 
style  coranique  pour  ne  pas  briser  fréquemment  le  rythme 
de  l'assonance.  Les  Tawâsin  n'ont  donc  que  de  courts  pas- 
sages en  saf  sim|)le  (3),  en  saf  vocalique  alternant  (4),  et  en 
saf  à  redoublement  interne  (=:  tarsi)  (5). 

Ses  prières  (â^r/'iyfl'/i),  et  surtout  ses  «  oraisons  extatiques  » 
(monâjâl)  sont,  contrairement  à  une  convenance  tradition- 
nelle (6),  rédigées  en  saf  :  il  les  assimile  ainsi  à  de  vérita- 
bles khotah  (sg.  khotbah]  publics,  comme  ceux  des  qossà$ 
anciens,  et  ceux  du  vendredi  à  la  mosquée  (7). 

La  prose  rimée  lui  sert  d'ailleurs  de  tremplin  pour  la 
poésie,  ses  définitions  s'explicitent  en  vers  (8)  ;  la  pensée, 
chez  lui,  devient  chant  ;  comme  le  récitatif  passionnel  suc- 
cède (dans  les  épopées  populaires  d'Antar  et  des  Banoû-Hilâl) 
au  résumé  narratif.  Au  rebours  du  procédé  cher  aux  poètes 
de  l'amour  platonique  (9),  chez  qui  la  paraf)hase  explicative 
en  prose  succède  aux  vers.  En  voici,  pour  exemple,  une  let- 
tre(\^)  qu'ai Hallàj  écrivitàlbn 'Atâ surleurcommuneamitié: 

(1)  Ici  p.  408. 

(2)  Diyâb,  tarikh  âidb...  137  ;  Ibn  Khaldoùn,  moqaddamah. 

(3)  V,  2.  6.  21,  32  ;  VI,  31  ;  XI,  15,  23.  Cfr.  II,  2,  5,  7,  8. 

(4)  V,  35  (début). 

(o)  V,  37,  38  ;  XI,  21,  Cfr.  "Askarî,  sinâ  'atayn,  199-203,  296. 

(6)  GhazâU',  ihxjâ.  I,  216. 

(7)  Revendication  publique  d'une  mission  apostolique  ;  cfr.  la  règle 
sur  la  clandestinité  des  miracles  (ici  p.  133j. 

(8)  Cfr.  ici,  p.  125-129 

(9)  Vita  Nova  et  Convito  de  Dante  ;  Dhakha'ir  d'Ibn  'Arabî. 

(10)  Souvent  citée  :  Kharkoùshî,  f.  278''  ;  Ibn  Jahdam,  bahjah  (reco- 


90$  CHAPITRE     XIV 

«  Que  Dieu  prolonge  pour  moi  ta  vie,  et  qu'il  m'épargne 
de  te  voir  mourir  (1  )  !  Qu'il  te  donne  le  sort  le  meilleur  que 
le  destin  ait  fixé,  et  que  la  renommée  ait  cité  !  Et,  avec  ces 
vœux,  (je  t'envoie)  ce  que  contient  mon  cœur  d'ardeurs, 
pour  les  intimités  de  ton  amitié,  d'émerveillements,  pour  les 
trésors  de  ton  affection,  —  cela,  qu'aucune  lettre  ne  pourrait 
traduire,  aucun  calcul  dénombrer, aucun  reproche  effacer (2). 
Aussi  te  dis-je  : 

Tu  m'as  écrit,  mais  je  ne  t'écrirai  pas  (3),  voici 
Que  je  viens  d'écrire  à  mon  Esprit  sans  rédiger  de  lettre. 
Parce  que  l'Esprit  (divin),  rien  ne  peut  Le  séparer  d'avec  ceux 
Qui  L'aiment,  comme  la  venue  d'une  conclusion,  lorsque  se  clôt 

[la  missive. 
Aussi  toute  lettre  émanant  de  toi,  ramène  ainsi  vers  toi, 
Sans  renvoi  d'aucune  réponse,  sa  réponse  (4).  » 

Qasîdah  LilHimi  ahlo... 

Pour  la  Science,  il  y  a  des  vocations,  —  pour  la  foi,  il  y  a  une 

[progression. 
Et,  pour  les  sciences  comme  pour  les  savants,  il  y  a  des  expériences  (5). 
La  science,  c'est  deux  sciences  (6),  l'une  stérile,  qu'on  rejette,  l'autre 

[qui  sert. 
Et  l'océan,  c'est  deux  océans,  l'un  (qui  s'avère)  maniable,  l'autre 

[dangereux. 

pié  ap.  Khatîb,  Ibn  Khamîs  et  Sha'râwt,  tabaqât...,  I,  108)  ;  Sarrâj, 
masâri\  319. 

(1)  On  sait  qu'Ibn  "Atâ  périt  à  cause  d'alHallâj  (ici  p.  261).  Le  même 
début  figure  dans  la  dédicace,  infiniment  moins  pure,  du  Kitâb  al  zoh- 
rah  d'Ibn  Dâwoûd  à  Ibn  Jâmi'  (ici  p.  170). 

(2)  Voir,  pour  les  prototypes  de  ce  prologue,  Tawhîdî,  sadâqah^ 
79  80. 

(3)  Cfr.  pensée  contraire  d'Aboû  Nowâs  (diwân,  391). 

(4)  Origines  de  ce  thème  ap.  Tawhîdî,  l.  c,  149, 184,  117  ;  cfr.  Hiw. 
XXII. 

(5)  tajârîb. 

(6)  Cfr.  Misrl,  Bistâmî,  sur  ce  thème. 


LB8    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  9O9 

Et  le  temps,  c'est  deux  jours,   l'un  (qu'on  trouve)   mauvais,   l'autre 

[beau  (1), 
Et  le  genre  humain,   c'est  deux  genres,  l'un  (que  l'on  voit)  comblé, 

[l'autre  dépouillé. 
Recueille  donc  en  ton  cœur  ce  que  te  dit  un  témoin  sage. 
Et  considère,  en  ton  entendement,  car  le  discernement  est  un  don. 
Pour  moi  (2),  j'ai  escaladé  une  cime  sans  avoir  à  poser  le  pied, 
Cime  dont  la  montée  réserve,  à  d'autres  qu'à  moi,  des  périls. 
Et  j'ai  plongé,  au  fond  d'un  océan,  sans  que  mon  pied  y  entre  ; 
C'est  mon  esprit  qui  l'a  sondé,  c'est  mon  cœur  qui  en  garde  le  goût. 
Car  son  fond  de  gravier  est  une  Perle  (4)  dont  aucune  main  ne  peut 

[approcher, 
Mais  que  la  main  des  pensées  peut  ravir. 

Et  j'ai   bu  à  ses  eaux  le  rassasiement  (3)  sans  entr'ouvrir  la  bouche. 
Or  c'est  une  eau  (familière)  dont  les  bouches  (humaines)  ont  déjà  bu  : 
L'esprit,  dès  son  origine,  en  a  eu  soif  (0), 
Et  le  corps  y  a  été  trempé  (6),  avant  que  d'être  façonné. 
Pour  moi,  je  suis  un  orphelin,  mais  j'ai  un  Père  en  qui  j'ai  recours  (7) 
Et  mon  cœur,  tant  que  je  vivrai,  s'attriste  qu'il  l'ait  ainsi  choisi  (8). 
Aveugle,  je  suis  voyant  ;  simple  d'esprit,  je  suis  sagace. 
Et  ces  expressions  miennes,  si  tu  y  tiens,  peuvent  s'intervertir  (9). 
Les  maîtres  [en  la  science]  savent  ce  que  je  sais,  ils  sont 
Mes  compagnons,  car  celui  qui  veille  pour  de  bonnes  œuvres  est 

[associé  à  des  compagnons  (10). 

(1  )  Imité  par  Qâboùs,  en  sa  belle  q'ifidah.  «  Et  le  temps,  c'est  deux 
jours,  l'un  clair,  l'autre  sombre,  —  et  la  vie,  c'est  deux  parts,  jour  de 
trêve  et  jour  de  guet  »  (déjà  citée  par  G.  Jones,  Poes.  Asiat.  Comment., 
im,  p.  278). 

(2)  Annî. 

(3)  hasbâ'oho  Jawhar  :  au  sg.  «  perle  »  et  «  Essence  ». 

(4)  Mot  prêté  à  Aristote  (Maqdisî.  bad\  II,  81). 

(5)  Discussion  entre  Yahya  Râzî  et  Bistâmî  (Qosh.  173  ;Sh.  tab., 
I,  76  ;  Aflâkî,  trad.  Huart,  70). 

(6)  Pétri,  comme  dans  un  ferment  surnaturel  :  cfr.  ici,  p.  833. 
^7)  Anni  yatîmô,  wa  li  Abô  ahûdho  bihi. 

(8)  Pour  fils  ;  et  rendu  orphelin  par  cela  même  —  Hnah  =  élec- 
tion. 

(9)  «  Voyant,  je  suis  aveugle...  »  (interversion  de  l'élection  :  damna- 
tion). 

(10)  La  grâce  a  prédestiné  les  amitiés  sacrées, 


9 10  CHAPITRE    XIV 

Leurs  âmes  ont  été  présentées  lesunes  aux  autresà  l'originedes  temps, 

Puis  elles  ont  brillé,  comme  le  soleil  ;   (pour  vous  montrer  que)  le 

[temps  s'enfonce  comme  un  sentier  dans  la  montagne  (1). 

Qasîdah  «  Sokoûto,  thomma  samto...>>  (2)  : 

—  «  C'est  le  recueillement,  puis  le  silence;  puis  l'aphasie 

Et  la  connaissance  (intuitive)  ;  puis  la  découverte  ;  puis  l'éli- 

[mination  (3). 

—  Et  c'est  l'argile,  puis  le  feu  ;  puis  la  clarté 
Et  le  froid  ;  puis  l'ombre  :  puis  le  soleil. 

—  Et  c'est  la  rocaille,  puis  la  plaine;  puis  le  désert 
Et  le  fleuve  ;  puis  l'océan  ;  puis  la  grève. 

—  Et  c'est  l'ivresse,  puis  le  dégrisement  ;  puis  le  désir 
Et  l'approche  ;  puis  l'opulence  ;  puis  la  joie. 

—  Et  c'est  l'étreinte,  puis  le  desserrement  ;  puis  la  disparition 
Et  la  séparation  ;  puis  l'union  ;  puis  la  calcination  (4). 

—  Et  c'est  la  trance,  puis  le  rappel  ;  puis  l'extase 

Et  la  conformation;  puis  le  dévoilement;  puis  le  déguise- 

[ment  (5). 

—  Phrases,  accessibles  à  ceux-là  seuls  qui  ne  prisent  pas  plus 
La  vie  de  ce  monde  qu'une  pièce  d'un  sou. 

—  Voix  de  derrière  la  porte,  mais  l'on  sait 

Que  les  conversations  des  hommes,  dès  que  l'on  s'approche, 

[s'assourdissent  en  un  murmure. 

—  Et  la  dernière  idée  qui  s'offre  au  fidèle 

En  arrivant  au  terme,  c'est  «  mon  lot  »,  «  à  moi  ». 

—  Car  les  créatures  sont  serves  de  leurs  penchants, 

Et  la  vérité,  sur  le  Vrai  (6),   lorsqu'on  L'a  trouvé,  c'est  qu'il 

[est  Saint.  » 


(1)  al  dahro  gharbîho  (Qor.  XXXV,  25). 

(2)  Giimiishkhânî,  /.  c.  ,ii24.  On  remarquera  que  «  les  stations  y>(ma- 
qàmât]  du  voyage  mystique  sont  classées  ici  six  par  six  (Cfr.  Wâsitî, 
ap.  Sarrâj,  loma\  42.  Cfr.  'awârif,  IV,  230,  276). 

(3)  rams,  l'effacement  radical  de  tout  moyen  terme,  expliquant  Dieu 
à  l'homme  :  l'embrayage  direct  de  la  conscience  par  le  dedans. 

(4)  tams,  la  réduction  en  cendres,  qui  laisse  des  traces  précises. 

(5)  labs,  ladéiformité  de  l'homme  sanctifié  (ici  p.  497,  n.  3). 

(6)  Dieu. 


LES    OEUVRES    D  AL    HALL4J  9II 

2.  La  -période. 

A  examiner  les  œuvres  en  prose  d'al  Hallâj,  une  question 
se  pose,  celle  d'une  ordonnance  d'ensennble  pour  les  phrases, 
d'une  syntaxe  des  propositions  (1)  ;  traitgénéralement  absent 
de  la  littéralure  arabe,  comme  le  notent  'Abd  al  Qàdir  Jor- 
jànî  et  Ibn  Klialdoûn,  faute  de  conjonctions  de  subordination 
nettement  différenciées;  Elias  de  Nisibe  Ta  bien  dit  (2),  à 
propos  de  Qor.  Ill,  5  ;  on  ne  sait  souvent  jusqu'où  porte  le 
verbe  principal,  il  y  a  équivoque. 

11  y  a,  chez  al  Hallâj,  de  véritables  périodes,  faisant  pro- 
gresser l'ordre  des  pensées  vers  l'alfirmation  d'une  intention 
maîtresse.  Ses  périodes,  dérivées  de  celles  de  Jonayd  et  de 
Tirmidhî,  suivent  une  gradation  analytique  fort  accentuée, 
presque  pesante  ;  ce  qui  l'ait  violence,  tant  à  la  discontinuité 
réaliste  du  discours,  en  arabe,  —  qu'à  la  spontanéité  plus 
que  lyrique  de  rintrospeclion  en  mystique.  Elles  marchent 
presque  comme  par  syllogisme,  répétant  les  termes,  enchaî- 
nant les  jalons. 

11  y  a  là  d'abord,  à  n'en  pas  douter,  des  aramdismes  (3)  ; 
mais  à  cette  influence,  si  nette  chez  Jonayd  (4),  s'en  mêle 
chez  al  Hallâj  (5)  une  autre  :  celle  des  héllénismes  (6)  que 
les  traductions  littérales  de  textes  philosophiques  grecs  en 

(1)  Qaestion  da  wasl  et  du  fasl  ('Âskarî,  sinâ'atayn,  349  seq.). 

(2)  Dialogue,  trad.  P.  Aziz,  ap.  Anihrupos,  V,  2,  444-454. 

(3)  L'araméen  était  la  langue  financière  officielle  des  Sassanides 
(houzvarèch),  au  moins  pour  la  Mésopotamie  (d'où  elle  a  profondément 
agi  sur  la  syntaxe  pelilevi  ;  voir  Essai). 

(4)  Voir  la  fin  de  sa  Dmvd  al  arwàh  :  avec  ses  pléonasmes,  rédupli- 
cations de  relatifs  et  possessifs,  ses  entassements  de  mots  se  régissant 
en  cascade,  ses  particules  nuancées,  -  et  la  malléabilité  de  la  construc- 
tion verbale,  se  morcelant  par  inversions,  changements  de  sujet  et  de 
temps. 

(5)  Ici  p.  468,  n.  476-77,  496  ;  Sol.  2  ;  Yazd.  2. 

(6)  Ici  p.  471. 


912 


CHAPITRE    XIV 


syriaque,  et  du  syriaque  en  arabe,  —  au  IIP  siècle  de  l'hégire, 
avaient  canalisés  jusqu'en  arabe  (i).  Particulièrement  la 
mise  en  scène  dialoguée,  et  le  plan  sj^llogistique  des  discus- 
sions. Al  Hallâj,  le  premier,  emploie  (2)  les  alternances  :  in 
çoIto...y  qàla  (ou  fa)...\  man  qâla...,  fa...\  procédé  que 
Ghazâlî  et  Ibn  Roshd  reprendront  dans  leurs  tahâfot. 

Il  y  a  presque  équilibre,  chez  lui,  entre  le  type  de  période 
araméenne,  beaucoup  plus  conforme  à  la  tradition  arabe,  et 
le  type  hellénistique.  Dans  la  cinquantaine  d'années  qui 
suivra,  Fârâbî  et  Tawhîdî  donneront  la  préférence  à  la  clarté 
supérieure  de  la  syniaxe  de  subordination  hellénistique,  qui 
triomphera  avec  Ibn  Sînâ,Ghazàlî  et  Ibn  Roshd.  Rien  de  plus 
curieux,  à  ce  point  de  vue,  que  de  comparer,  dans  leurs 
coupes,  une  période  d'Ibn  Sînâ  et  une  période  d'al  Hallâj, 
destinées  toutes  deux  à  amener  à  la  même  conclusion.  Ex.  : 


[Hallâj,  ms.  Londres,  f.  326*]. 

«  Le  voile?  C'est  un  rideau  tendu 
entre  le  chercheur  et  le  terme  de 
sa  recherche,  entre  le  novice  et 
l'objet  de  son  vœu,  entre  l'homme 
déterminé  et  le  but  de  sa  résolution, 
il  sied  donc  d'espérer  que  ce  voile 
n'existe  que  pour  les  créatures,  non 
pas  pour  Dieu.  Dieu  n'est  pas 
voilé,  ce  sont  les  créatures,  elles, 
qui  sont  voilées.  »  Et  il  ajoutait  : 
«  ton  voile  ?  c'est  ton  infatua- 
tion  !  »  (3). 


[Ibn  Sînâ,  Hshq,  éd.  Caire  1335, 
f.  87-88]. 

«  Le  Bien  primordial,  en  Son 
essence,  est  visible  et  rayonne  pour 
tous  les  êtres  ;  car,  si  Son  essence 
était  voilée  pour  tous  les  êtres  per 
,  se,  et  ne  rayonnait  pas  pour  eux, 
elle  ne  leur  serait  pas  connue,  et 
ne  leur  communiquerait  rien... 
Non,  Son  essence  est  rayonnante 
per  se,  et  ce  n'est  qu'à  cause  de 
l'incapacité  de  certaines  essences 
à  accueillir  Son  rayonnement  qu'il 
leur  est  voilé.  En  réalité,  ce  voile 
n  existe  pas  en  dehors  de  ces  essen- 
ces, qui,  elles,  sont  voilées,  » 

(0  Critiques  de  Nâshi. 

(2)  'aqîdah  (cfr.  Ibn aljawzî,  7Woûs  al  qawârîr,  48  ;  et  âohrawardl, 
'aqîdah...  arbâb  al  toqà). 

(3)  Cfr.  suprà,  p.  700  et  Ghazâlî,  mishkdt,  47.  ~  Comp.  Ghazâlî  avec 
Hallâj  quand  il  le  commente  {Ihyd,  iV,  174-178).—  Comp.  aussi  Hallâj 
(Sol.  in  Qor.  XLVI,  25)  avec  Ibn  Roshd  {manâhij,  67-68)  sur  le  Trône, 


LES    ŒUVRES    D*AL    HALLAJ  9*^ 

Lsileciure  du  Bosiân  ai  mari/ah  montre  en  plein  rende- 
ment les  ressources  si  riches  de  la  synlaxe  des  propositions 
chez  al  Hallâj  :  marche  dialectique  et  syniaxe  de  subordina- 
tion (§t-2),  —  marche  syllogistique  dialoguée  et  syntaxe 
d'interdépendance  (§  3-13),  —  marche  par  paraboles  et 
syniaxe  d'encastrement  (§  15,  19-21,24). 

Al  Hallàj  use  enfin,  pour  conclure,  et  détendre  l'attention 
de  son  lecteur,  au  sortir  de  syllogismes  serrés  — ,  d'un  cli- 
quetis surprenant  d'allitérations.  Margoliouth  y  a  vu  une 
sorte  de  parti-pris  musical,  cherchant  à  atteindre  «  l'émo- 
tion, plutôt  que  la  raison  »,  chez  les  auditeurs  (1).  Je  ne  le 
pense  pas  ;  il  vient  de  faire  appel  à  la  raison  ;  ce  qu'il  veut, 
maintenant,  c'est  relâcher  l'attention,  pour  que  la  médita- 
tion intérieure  commence.  La  période  se  morcelle  en  courtes 
phrases,  opposées  deux  à  deux,  —  la  phrase  en  couples  de 
termes  à  épithètes  antithétiques,  enfin,  les  termes  composés 
s'exfolient  en  syllabes  indépendantes,  comme  des  fruits 
déhiscents  (2).  De  même  qu'un  joueur  de  luth,  après  l'exé- 
cution du  dernier  contour  mélodique,  abandonne  le  plectre, 
et  pince  les  cordes,  avec  le  doigt,  pour  leur  faire  rendre,  une 
à  une,  des  sons  mats,  avant  le  silence,  —  notre  auteur 
décoordonne  les  membres  de  la  phrase,  le  corpsqui  va  périr, 
d' avec  les  acceptions  de  l'idée,  l'âme  qui  va  prendre  son 
essor  (3)  ;  la  langue,  bercée,  s'assoupit,  —  et  le  cœur,  délivré, 
se  recueille  (4). 

(1)  L.  c,  p.  183.  jâhiz  a  épilogue  avec  scepticisme  sur  ce  procédé 
{hayawân,  IV,  64). 

(2)  Taw.  V,  35  ;  VI,  31  ;  XI,  20-26. 

(3)  L'image  est  de  Kolthoùm  'Attâbî  :  c  Les  mots  sont  des  corps,  et  les 
idées  des  âmes...  si  ta  intervertis  l'ordre  des  mots  dans  la  phrase,  leur 
nature  est  transmuée,  et  leur  physionomie  [hilyah)  transformée  » 
('Askarî,  sind'alayn,  120). 

(4)  Ici  p.  906. 

tJ8 


9l4  CHAPITRE    XIV 

3,  L'intention  maîtresse  de  la  pensée. 

Nous  avons  déjà  donné  (1)  sur  ce  point  fondamental  des 
explications  étendues.  Qu'il  traite  le  problème  de  la  voie 
ascétique,  de  la  connaissance  illuminative,  ou  de  Viinion  mys- 
tique, sa  pensée  invite  toujours  à  un  effort  de  libération  spi- 
rituelle ;  par  une  espèce  de  «  gauchissement  »  (2)  intention- 
nel des  modes  d'expression  usuels  ;  par  une  invagination  de 
la  réflexion  :  dissocier  d'abord  Vessence  de  la  chose,  l'idée 
que  nous  en  concevons,  la  retirer  de  sa  gaine,  de  sa  gangue  : 
de  l'écorce  verbale  et  grammaticale  qui  nous  a  permis  de  la 
repérer  et  de  la  saisir  ;  puis  discerner  en  cette  idée  ce  par 
quoi  elle  nous  devient  assimilable  et  concevable,  goûter  cette 
saveur  secrète,  cette  sève  centrale  qui  vivitie  sou  essence 
(comme  la  nôtre),  une  grâce,  qui  vient  de  Dieu. 

La  première  étape  de  la  méthode  hallagienne  est,  contrai- 
rement au  littéralisme  des  Hashwîyah^  d'extraire  une  essence 
immatérielle  et  intelligible  des  rites  formels  du  culte  (3).  La 
seconde  est,  contrairement  à  la  logistique  libertaire  des  Mo- 
takaUimoùn,  de  maintenir  à  la  «  science  des  cœurs  »  son 
caractère  expérimental,  de  fervente  observation  des  opéra- 
tions de  la  grâce  divine  en  nous-mêmes  (4). 

Arrivé  là,  al  Hallâj,  par  une  démarche  directe,  incite  l'âme 
à  passer  outre  (5\  droit  vers  Dieu.  On  assiste  alors,  grâce  à 
un  gauchissement  concerté  de  la  phrase,  —  à  une  simplifi- 
cation et  élucidation  croissantes  de  son  objet  apparent,  — 
corrélatives  d'un  amincissement,  d'une  transparence  pro- 

(1)  Ici  p.  471-74,  540-42,  S65,  570. 

(2)  l'ivijâj,  dit  Hojwîrî  :  l'éclatement  da  silex,  la  torsion  du  tisonnier, 
la  courbure  de  la  roue,  le  nœud  de  la  corde  (cfr.  ruban  paradromique 
de  Listing)  ;  marques  de  l'intrusion  de  l'esprit  dans  la  matière. 

(3)  Jtiwâyât,  passim  ;  Monàjât,  id. 

(4)  Akhb.  19,  21,  34,  etc. 

(5)  Taw.  Il,  4  ;  III,  8  ;  V,  21 . 


LES  ŒUVRES  d'al  hallaj  gi5 

gressive  delà  personnalité  de  son  sujet  provisoire  (1).  Et,  à 
la  limite  extrême,  atteinte  en  deux  ou  trois  incidentes  déci- 
sives (2),  —  intermittences  lil)ératrices,  —  l'Objet  transcen- 
dant et  unique,  le  seul  Réel,  Dieu  s'affirme  brusquement  au 
lecteur  comme  directement  concevable,  —  tandis  que,  simul- 
tanément, le  «  je  »  humain,  sujet  normal  de  la  phrase,  s'es- 
quive (3)  devant  un  «  Je  »  divin. 

En  ces  passages,  al  Hallâj  nous  donne  la  description  même 
et  le  mécanisme  surnaturel  du  shcith^  de  la  «  parole  ins- 
pirée ». 

Le  fait  capital  de  cette  exposition,  évidemment  extatique, 
de  la  «  consommation  »,  rêvée  par  tous  les  mystiques,  «  du 
sujet  en  son  Objet  »,  c'est  qu'elle  définit  sa  réalité  comme 
d'une  identification  intermittente  (4)  ;  elle  ne  se  produit  que 
par  une  transposition  soudaine  (et  amoureuse)  des  rôles 
entre  le  sujet  et  l'Objet,  par  une  vivification  instantanée  et 
transcendante  du  sujet,  une  «  touche  »  se  surimposant  en  lui 
comme  l'oscillation,  la  pulsation,  la  sensation  ou  la  cons- 
cience ;  —  sans  jamais  se  fixer  normalement  dans  le  cœur  (5), 
pour  un  sujet  humain  donné,  ici-bas. 

En  cela,  l'œuvre  hallagienne  est  une  apologétique  vrai- 
ment transcendantale  de  la  religion  ;  elle  entame,  au 
nœud  même  de  leurs  origines,  au  fond  de  la  personne  hu- 
maine en  acte,  les  deux  panthéismes  qui  ont  rongé  l'Islam 

(1)  Cfr.  Jalâl  Roûmî,  sur  le  vase  de  teinture  «  hoiva  »  (ap.  Anqirawî, 
sharh  de  son  Mathnawî,  II,  H3). 

(2)'Taw.  II,  6  ;  III,  7,  11-12  ;  V,  5-10,  21. 

(3)  D'abord,  le  «  mon  »  ne  se  rapporte  plus  à  ce  «je  »  là,  mais  à  Dieu 
(V,  0  ;  et  prière  de  la  dernière  veillée,  in  medio)  ;  puis  le  «  je  »  lui-même 
se  volatilise,  devant  le  «  Je  »  divin. 

(4)  Taw.  II,  5-6,  III,  8;  Akhb.  10,  12,  15,  36,48,  50  ;  Taw.  VIII, 
7  ;  IX,  2  ;  X,  5  ;  ici,  p.  522. 

(5)  Taw.  XI,  15  ;  au  rebours  des  «  qualités  »  humaines  ;  physiques, 
intellectuelles  ou  morales. 


gi6  CHAPITRE    XlV 

mystique  :  le  monisme  pragmatique  des  illuminés,  Noseïris 
et  Oarmates,  —  et  le  monisme  logique  des  philosophes  hellé- 
nisants. «  L'un  erre  dans  les  oueds  desséchés  delà  recherche, 
l'autre  se  noie  dans  les  océans  de  la  réflexion.  )>  L'un  confond 
l'unité  concertée  de  l'univers  avec  l'acte  pur  du  Dieu  unique, 
l'autre  identifie  le  Réel  transcendant  avec  la  réalité  de 
chaque  chose  (1). 

Ghazâlî  (2),  reprenant  après  lui  la  lutte  contre  ces  deux 
adversaires,  luttant  séparément  contre  l'initiatisme  arbi- 
traire des  Néo-Ismaëliens  (3),  et  contre  la  logique  exclusi- 
viste  des  philosophes  (4),  n'arrivera  pas,  avec  toute  la  sou- 
plesse et  la  variété  de  ses  méthodes,  à  égaler  la  simplicité 
puissante  de  cette  attaque  frontale. 

4.  Les  emprunts  et  les  imitations. 

On  a  signalé,  depuis  longtemps,  parmi  les  poèmes  d'al 
Hallâj,  des  pièces  à  restituer  à  d'autres  poètes  mystiques,  et 
qu'il  dut  réciter  à  ses  auditeurs  au  cours  d'exposés  doctri- 
naux: pour  illustrer  sa  pensée  par  des  vers  qu'ils  crurent 
être  aussi  de  lui  ;  cela  est  sûr  de  certains  vers  d'Aboû'l  'Atâ- 
hiyah  (5),  de  Jonayd  (6)  et  de  Somnoûn  (7);  pour  Noûrî, 
l'attribution  me  paraît  contestable  (8). 

(1)  Ouvaroff  :  «  Vulgus  omnia  vult  Deos  esse,  phllosophus  Deum  esse 
omnia  »  [Nonnos,...  1817,  p.  24). 

(2)  Qui  a  attaqué,  comme  lui,  au  début,  ]esBashwîyah  (ap.  ihyd  I-II, 
madhâhih  ahl  alsalaf,  faysal),  et  les  Motakallimoûn  (ap.  ihyâ,  III-IV, 
faysal,  maqsad,  jawâhir,  iqlisâd). 

(3)  Ap.  mostazhirî,  mawàhim,  mafsal,  hojjat  alhaqq^dorj,  gistds. 

(4)  A  p.  maqâsid,  lahâfot,  ladonîyah,  mishkât. 

(5)  Ici  p.  150,  304  {diwân,  135)  ;  ajouter  une  noûnîyah  sur  le  bayn 
(id.,  272). 

(6)  Wa  badâ  laho.,.\  qâloû' :  jafaytal...  -,  iahaqqaqtoka...  (var. 
lahoyijayloka...  ici  p.  95). 

(7)  ici  p.  98  et  p.  924. 

(8)  Probable  pour  a  Kàdal  sarâ'ir  iirrî...  »,  mais  non  pour  la  ni'd 
(contre  Qannâd  j  Harawî  la  restitue  formellement  à  Hallâj). 


Miniature  indo-persane 
du  XVIII°  siècle 


ms.  collection  Luzac    Londres 
cliché  Lemare 


Planche  XXVII.  —  Hallàj  au  gibet  (pp.  916-917) 


LES    OEUVRES    D  AL    HALLAJ  917 

Il  y  a  plus  :  il  aurait  utilisé,  en  les  appropriant  à  l'amour 
mystique,  certains  poèmes  profanes  :  d"Abd  al  Samad 
Mo'adlidhal  Basrî  (I)  et  de  I.Iosayn  Duhhâk  Klialî'.  Pour 
Mo'addhal,  en  réalité,  l'appropriation  a  été  le  fait  de  Shiblî. 
Pour  Khair,  les  deux  poèmes  qu'ai  Hallàj  lui  aurait  emprun" 
tés,  Tajàxarto...,  et  Nadhnî...^  ont  été  attribués  également  à 
Aboû  Nowàs  (2).  Quel  est  leur  véritable  auteur?  Sont-ils 
vraiment  d'origine  profane?  J'en  doute  pour  le  second. 
Etaient-ils  connus  avant  l'époque  d'alHallâj?  Ce  n'est  pas 
prouvé.  Pour  le  quatrain  Nadiml,  en  particulier  (3),  on  peut 
noter  que  Soûlî,  la  plus  ancienne  autorité  qui  le  cite  (en  l'at- 
tribuant à  un  autre  auteur  qu'ai  Hallàj),  —  fut  un  adversaire 
peu  scrupuleux  d'al  Hallàj  ;  elles  deux  versions  contradic- 
toires qu'il  donne  sur  les  circonstances  delà  composition  (4) 
ne  militent  guère  en  faveur  de  son  témoignage  pour  l'attri- 
bution à  un  autre. 

A  l'examen,  d'autre  part,  des  points  de  comparaison  vrai- 
ment étranges  apparaissent,  entre  le  diwân  d'Aboû  Nowâs  et 
le  diwân  d'al  Hallàj  ;  trahissant,  avec  des  réminiscences  irré- 
cusables, l'influence  exercée  par  le  grand  classique,  non  sur 
les  pensées,  mais  sur  la  mise  en  composition  des  termes, 
dans  les  poèmes  hallagiens.  L'image  matlabohâ  'asir  placée  à 
la  rime  dans  un  distique  (5);  l'hémistiche  famâ  yotarjim 
'anho  ghayr  'mai,  suivi  du  rejet ^/^  wayh\,  dans  la  talhi- 
yah  (6)  ;  le  début  de  la  qasîdah  Oqtoloûni  (7),  calqué  sur  un 

(1)  Vers  210  hég.  [Agh.  s.  v.)  :  ici  p.  43.  314.  Cf.  vers  d'IbnDâwoûd 
pris  par  Roùdhbârî  (Sarrâj,  masâri',  375). 

(2)  Ici  p.  310,  301  ;  AN,  42^,  6-7, 

(3)  Ici  p.  322-324. 

(4)  Akhbâr  Ibn  al  Mahdi  ;  cfr.  trad.  ap.  Barbier  de  Meynard,  Ibrahim 
fils  d'al  Mahdî,  p.  80;  et  Aboù'I  Faraj  Isfahàni,  Aghdni,  YI,  173-174, 

(5)  Comp.  ^A^,  369  (éd.  Nabhâoî). 

(6)  AN,  348. 

(7)  Comp.  Makkî,  goût,  II,  76  ;  Sarrâj,  masâri",  244. 


QlS  CHAPITRE  XIV 

début  d'Aboû  Nowâs  (i).  On  a  même  pu  interpoler  posté- 
rieurement un  vers  entier  d'Aboû  Nowâs  (2)  dans  une  yà'iyah 
d'al  Hallâj  «  Kânat  liqalbî..  »,  et  trois  hémistiches  du  même 
dans  sa  siniyah  u  Wa  llahi  ma  tala^at  shamsô..  »  (3). 

Trois  rimes  (sur  huit)  de  la  ni'â  hallagienne  (4)  se  retrou- 
vent dans  une  ^«^?^aA  ancienne  (5),  célèbre  chez  les  Gholât. 

Il  y  a  parenté  certaine,  pour  la  coupe  et  l'image,  entre 

Mon  esprit  s'est  emmêlé  à  Ton  esprit,  tout  ainsi 
Que  l'on  raêle  le  vin  avec  l'eau  pure, 

vers  d'al  Hallâj  (3),  et  ce  vers-ci  d'al  Bohtorî  (6)  : 

Ton  âme  s'est  trouvée  vis-à-vis  de  mon  âme,  dans  un  état 
Qui  l'en  différencie  comme  l'eau  d'avec  le  vin. 

L'antithèse  tragique  de  son  vers»  Alqâhofilyamm...  »  (7), 
emprunté  à  un  proverbe  populaire,  est  l'objet  d'une  allusion 
de  Motanabbî  (8)  : 

Je  suis  celui  qui  se  noie,  et  ma  crainte  n'est  plus  d'être  mouillé. 

Le  troisième  vers  de  sa  qasîdah  en  è«  :  «  lil  Mlmi  ahlô. . .  »  (9) 
a  élé  calqué  par  le  roi-poète  Qâboûs,  de  Jorjân  (10)  ; 
Le  temps  se  montre  sous  deux  jours,  l'un  clair,  l'autre  sombre. 

Et  les  vers  8-9  de  cette  qasîdah  se  trouvent  imités  dans  la 
khamnyah  d'ibn  al  Fârid  ;  une  mimiyah  de  ce  dernier  (v.  10) 


(1)  AN,  33. 

(2)  AN,  348. 

(3)  AIS,  375,  376.  De  même  le  takhmîs  d'un  quatrain  en  noûn  d'al 
Hallâj  y  interpole  un  hémistiche  de  Fadl  Raqâshî  {AN,  31). 

(4)  Ici  p.  299:  qîdam,  Iram,  Kizam. 

(5)  Dite  d"Abdal  Mottalib  (Mas'oùdî,  moroûj\  III,  263  267. 

(6)  Ici  p.  517. 

(7)  dîwân,  I,  36. 

(8)  Taw.  p.  147. 

(9)  '  Okbarî,  commentaire  de  son  dnuân,  II,  p.  65. 

(10)  Ici  p.  909. 


LES    CeUVRES    d'aL    HALLAJ  QIQ 

eihBordah  d'al  Boûsîrî  (v.  9)  reprennent  le  premier  vers 
de  son  lercel  <»  Yâ  laiml...  >  (1). 

Quant  aux  œuvres  en  prose  d'alHallâj,  nous  avons  indi- 
qué plus  haut  (2)  les  modèles  probables  de  quelques  traits 
insolites  de  leur  style  :  le /«/!s"b  mystique  attribué  à  JaTar, 
diverses  sentences  de  Thawrî,  Toslarî  et  Jonayd.  Mais  leur 
source  vraie  et  profonde,  c'est  le  Qor'ân,  médité  et  retourné 
dans  tous  ses  sens,  démonté  et  remonté  dans  tous  ses  élé- 
ments. 

Nous  trouvons  peu  de  soûfis  qui  aient  imité  la  forme  même 
des  sentences  hailagiennes,  en  dehors  de  quelques  contem- 
porains ;  Aboû  Bakr  Wâsitî  d'abord,  puis  :  Aboû  Bakr  Kat- 
tânî,  disant  :  «  c'est  la  perception  du  voile  qui  te  voile  (Mjâb) 
ton  infatuation  (ijâb)  »  (3)  ;  Aboû  'Amr  Dimishqî  et  son 
«  lancer  l'œillade  hors  de  l'existentié  »  (4)  ;  Mohammad-ibn- 
'îsâHâshimî,  «  restituer  le  fantôme...  »(5)  ;  et  Aboû  'Othmân 
Maghribî  de  Girgenti,  disant:  «Ta  paix,  c'est  de  tenir  tes 
braises  ardentes  sous  les  allées  et  venues  de  la  puissance 
divine,  tantôt  pour  et  tantôt  contre  toi  (6).  » 

5.  Jugements  portés  par  des  littérateurs. 

Les  principaux  adversaires  d'al  Hallâj,  les  ïmâmites, 
avaient  essayé  de  s'en  débarrasser  par  le  ridicule  et  par  le 
mépris,  —  avant  de  se  résoudre  à  le  dénoncera  la  police 
'abbâside.  Aussi  leur  porte-parole,  XtWiiérdiç^ur  Aboû  Bakr 
Soûlî^  dit  dédaigneusement  (7)  :  «  J'ai  souvent  vu  al  Hallâj  et 

(1)  Ici  p.  278. 

(2)  Ici  p.  471  seq.  Leur  ajouter  Mohâsibî  (ri'dî/aA,  36^  :  «  qatrah, .  .la 
dhâbat  »  :  comp.  ici  p.  129,  i.  9). 

(3)  Sarrâj,  loma'  352  ;  et  ici  p.  700. 

(4)  Taw.  II,  7  ;  Hojwîrî,  Kashf,  p.  38. 

(5)  Baqlî,  t.  II,  p.  14;  cfr.  Hallâj,  in  Qor.  LVI,  23. 

(6)  Id.,  t.  I,  p.  44;  et  ici  p.  621. 

(7)  Ed.  Kratchkovskij,  p.  139. 


920  CHAPITRE  XI V 

je  me  suis  entretenu  avec  lui  ;  c'était,  à  mon  avis,  un  ignorant 
qui  posait  au  raisonneur,  un  indiscutable  niais  qui  faisait  le 
rhéteur  »  ;  d'ailleurs,  à  sa  comparution  en  301/913,  il  avait 
«  commis  des  fautes  de  prononciation,  n'étant  versé  ni  dans 
le  Qor'ân,  ni  en  droit,  ni  en  tradition,  ni  en  histoire  profane, 
ni  en  poésie,  ni  en  linguistique  (1)  ».  Admis  ce  témoignage 
comme  sincère,  il  reste  à  apprécier  la  compétence  de  son 
auteur,  Soûlî,  joueur  d'échecs  estimé.  Des  deux  derniers 
auteurs  qui  aient  retenu  ce  nom  de  Soûlî,  avant  qu'il  sombre 
dans  l'oubli,  —  l'un,  l'historien  HiiâiSdhî,  ayant  à  consulter 
ses  «  mémoires  historiques  sur  les  vizirs  »,  les  trouve  u  bour- 
rés d'un  remplissage  inutile,  entrelardés  de  pitoyables 
poèmes,  de  son  crû  (2}  »,  —  l'autre,  le  tradition niste  Nawa- 
it?2  (3),  s'égaie  d'une  bévue  graphique  de  Soûlî,  ponctuant, 
dans  un  texte  de  hadîth,  «  sattà  »  pour  «  shaya  ». 

Un  autre  adversaire  d'al  Hallâj,  un  vrai  lettré,  le  qâdt 
Tanoûkhi,  le  juge  plus  calmement  :  <*  On  a  de  lui  des  livres 
composés  pour  exposer  ses  doctrines,  et  il  s'y  conforme, 
pour  le  choix  des  mots,  à  l'extravagance  [hawas)  propre  aux 
soûfîs...  Mais,  lorsqu'il  voulait  s'exprimer  clairement,  en  un 
langage  compréhensible,  il  écrivait  bien,  et  discourait  avec 
élégance  (4).  »  Nous  avons  vu  plus  haut  (5)  l'opinion  du 
poète  Ma'ani  sur  sa  prosodie. 

L'historien  Khatîb^  hostile  également,  note  :  «  al  Hallâj 
connaissait  l'art  de  renonciation  i^ïbàrah)^  et  son  style  a  de 
la  grâce  (6).  » 

Parmi  les  mystiques,  iiTo/z^H  aboutit,  inconsciemment,  à 

(1)  Id.  ;  cfr.  suprà^  p,  231. 

(2)  tohfai  al  omarâ,  éd.  Amedroz,  p.  2. 

(3)  taqrîb,  trad.  Marçais,  XXXVI. 

(4)  i62-a. 

(5)  Ici  p.  906. 

(6)  ^50-a. 


LES    ŒUVRES    D  AL   HALLAJ  93 1 

un  aveu  d'incompétence  (1)  :  «  il  a  laissé,  nous  dit-il,  d'abord 
des  ouvrages  en  style  littéral  (iaAir)  et  en  style  allégorique 
[î'onwâz)  (2)  ;  en  o.wùl  ei  en  foroû\  son  style  est  cliàtié  {mo- 
hadhdhab).  »  Puis,  passant  à  ses  «  paroles  inspirées  »,  Hoj- 
wîrî  les  critique  ainsi  :  leur  phraséologie  «  rappelle  les  pre- 
mières visions  des  novices,  avec  une  inégalité  de  force  dans 
l'expression,  donnant  un  sens  tantôt  acceptable,  tantôt  sus- 
pect ),.  Pour  Hojwîrî,  «  les  vrais  mystiques,  eux,  n'essaient 
pas  de  s'analyser  (3),  ne  se  soucieut  pas  de  décrire  leurs 
états  extatiques  »  ;  al  Hallàj  n'aurait  pas  dû  essayer  (4)  de 
rendre  compte  de  ses  états  extatiques  ;  en  s'acharnant  à  les 
considérer,  à  s'analyser,  <(  il  n'a  abouti  qu'à  être  obscur  ». 
Hojwîrî  maintient  l'objection  de  principe  (5)  qui  dénonce 
dans  le  shath  (6)  une  intempérance  de  style  inutile,  à  peine 
tolérable  chez  les  débutants. 

Et,  en  guise  de  confirmation  de  cette  théorie,  aussi  anti- 
expérimentale  qu'anti-philosophique,  Hojwîrî  fournit  invo- 
lontairement la  preuve  de  son  ignorance  de  toute  psycholo- 
gie, en  s'essayant  a  nous  dire  son  sentiment  sur  une  des 
sentences  hallagiennes  les  plus  caractéristiques  :  «  alsinat 
mostantiçât,  lahta  notqihâ  mostahlikdt  »,  qu'il  faut  traduire, 


(1)  Ka^hf,  trad.  p.  151  ;  ms.  Paris  Supp.  Pers.  1086,  f.  87*-'',  et  1214, 
f.  108*-''  (pour  les  corrections  effectuées). 

(2)  Le  mot  sera  repris  par  Tortoûshi. 

(3)  Hojwîrî  est  d'un  tel  agnosticisme  positiviste  qu'il  réduit  tout  essai 
d'autopsycliologie  mystique,  tout  exercice  de  la  réflexion  sur  nous- 
mêmes  à  une  complaisance  d'orgueil  {ta'a/job)  ;  le  yvwOt  TecuTÔv  de  Yahya 
Râzî  (ici  p.  513,  n.  4)  serait,  à  ce  compte,  aussi  du  ta'aj'Job  1 

(4)  Hojwîrî  qualifie  cette  tendance  de  «  gauchissement  »  du  sens  des 
mots  (Vwijdf,  définition  technique  de  ce  terme  de  rhétorique  ap.  'Askarî, 
sinâ'alayn,  210,  n.  1). 

(5)  Suprà,  p.  56-58.  495,  1.  21,  23-25. 

(6)  Suprà,  p.  713. 


922  CHAPITRE   XIV 

après  Margolioulh  (1),  ainsi  :  «  Nos  langues  servent  à  arti- 
culer des  mots,  et  c'est  de  ce  langage  articulé  qu'elles  meu- 
rent [  ;  et  nos  «  moi  »  égoïstes  [anfos]  servent  à  nous  occuper 
d'actions,  et  c'est  de  cette  occupation  même  qu'ils  meu- 
rent] »  (2).  Hojwîrî,  lui,  paraphrase  en  persan  :  «  Langues 
qui  s'expriment,  entraînent  les  cœurs  (3)  qui  se  taisent  à  la 
perdition  »,  et  s'exclame  «  Inférence  absolument  perni- 
cieuse !  Considérant  la  réalilé  (mystique),  il  est  vain  d'es- 
sayer d'en  «  inférer  »  ridée  par  déduction.  Car,  ou  bien  (4) 
nous  en  possédons  en  nous  l'idée,  et  ce  n'est  pas  le  fait  de 
ï exprimer  qui  nous  en  privera  ;  ou  bien  nous  n'en  possédons 
pas  en  nous  tïdée,  et  ce  n'est  pas  le  fait  de  l'exprimer  qui 
nous  en  dotera  »  {sic). 


(1)  Hojwîrî,  Kashf,  trad.  Nicholson,  p.  153  ;  recensée  par  Amedroz, 
Notes  on  some  siifi  lives,  562,  et  n.  2. 

(2)  []  Tel  est  le  texte  complet  (Solamî,  tahaqât  ;  cfr.  Quatre  Textes, 
56*)  dont  Hojwîrî  ne  rappelle  que  le  début,  et  où  il  confond  nafs 
('(  moi  ))  égoïste  ;  ici  p.  486)  avec  qalh  (cœur).  Le  sens  réel  est  :  langues 
et  K  moi  »  égoïstes  sont  naturellement  voués  à  la  mort,  de  par  leur 
fonctionnement  même  ;  mais  il  n'en  est  pas  de  même  de  nos  cœurs  (ici 
p.  315),  dont  Hojwîrî  confond  indûment  le  sort  avec  leur  destin;  car, 
à  travers  l'usure  inévitable  et  graduelle  (is^i'/i/a^)  de  l'humanité  charnelle 
du  mystique,  VEsprit  (Roûh)  peut  susciter,  à  Son  image,  du  dedans  de 
ce  cœur  transfiguré,  un  esprit  incorruptible  et  divinisé. 

(3)  Ici  est  l'erreur  de  Hojwîrî, 

(4)  Ce  dilemme  prouve  que  Hojwîrî  ne  comprend  même  pas  comment 
joue  le  mécanisme  de  l'intellection  pour  la  formation  du  concept  :  car 
Vexpression  de  l'idée  naît,  de  sa  conception  même  (par  notre  intelli- 
gence), du  moment  que  notre  volonté  l'admet  sous  une  acception  déter- 
minée (ici  p.  554).  Hojwîrî  ne  se  pose  même  pas  le  problème  de  l'accord 
qu'il  peut  (et  qu'il  devrait)  y  avoir,  entre  la  tangue  et  le  cœur,  comme 
entre  le  moyen  (qui  périt)  et  la  fin  (qui  demeure).  Cfr.  ici,  p.  498  seq. 
Dans  le  même  esprit,  Hojwîrî  reproche  à  Mohâsibî  de  supposer  qu'il 
puisse  y  avoir  enchaînement  entre  les  deux  séries,  celle  des  actes 
externes,  et  celle  des  intentions  du  cœur  {Kashf,  trad.  p.  108,  1,  5  ad 
calcem). 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  QSS 

Suivant  en  cela  l'opinion  de  tous  les  maîtres  en  mystique,' 
Baçlî,  le  principal  commentateur  des  œuvres  d'al  Hallàj, 
isolera  au  contraire  en  elle  le  s/iath  comme  l'élément  carac- 
téristique, l'originalité  propre  du  style  des  écrivains  mysti- 
ques, poussée  ici  à  sa  plus  haute  puissance. 

Dans  ces  phrases  d'ap()arence  ambiguë,  la  forme  impas- 
sible et  figée  des  définilions  verbales  est  encore  toute  vibrante 
et  chatoyante  du  choc  vital  imprimé  par  la  pulsation  même 
de  l'émotion  du  cœur  qui  les  a  dictées  à  la  langue  ;  Baqlî  y 
entrevoit  «  le  langage  du  Mystère  »,  renonciation  essentielle 
de  l'Essence  divine,  compréhensible  au  seul  cœur  purifié  qui 
s'est  assez  silencié  pour  l'entendre  retentir  au  fond  de  soi- 
même. 

Au  sujet  de  ses  vers,  Baqlî  en  note  brièvement  la  beauté 
et  l'élévation.  Jildakî  déclare  qu'u  al  Hallâj  a  laissé  des  poè- 
mes qui  émeuvent  les  cœurs. . .,  il  est  éloquent  dans  ses  vers  et 
dans  son  style  ». 

YâfTî  (1),  esprit  pondéré,  aussi  averti  des  problèmes  his- 
torico-littéraires  que  des  problèmes  philosophico-théologi- 
ques,  observe  :  u  II  a  laissé  des  œuvres  d'un  style  élevé,  et 
des  poèmes  d'une  beauté  saisissante,  ce  qui  a  embarrassé 
beaucoup  d'entre  ceux  qui  ont  voulu  trouver  moyen  de  le 
prendre  en  faute.  » 

En  général,  les  orientalistes,  en  dehors  de  Tholuck,  Ni- 
cholson  et  Amedroz,  n'ont  pas  assez  attentivement  pesé  les 
éléments  du  style  hallagien  pour  que  leurs  jugements  litté- 
raires soient  à  retenir  (2).  Il  suffira  de  rappeler  ici  comment 
Slane  (3),  par  exemple,  escamotait  la  traduction  du  second 


(l)Ici  p.  390. 

(2)  E.  G.  Browne  [LHP,  I,  429,  n.  1)  :  «  rhapsodies  »  ;  Margolioutti, 
Mohammedanism,  183:  «  infantile  jingles  ». 

(3)  Trad.  des  wafayât,  I,  426,  n.  4. 


924  CHAPITRE    XIV 

vers  d'un  distique  cité  parlbn  Khaldoùn,  «  Là  konto^inkonto 
adrî...  »  : 

I  had  not  been,  did  I  know  how  I  was  ;  and  there  -svas  no  » 

[l  had  not  been  », 
Did  I  know  how  I  was  not. 

ajoutant  :  le  sens  de  cet  «  étrange  »  vers  est  «  au-dessus  de 
ma  compréhension  ».  Je  ne  dis  pas  que  ce  vers,  qui  est  plu- 
tôt de  Somnoûn  que  d  alHallâj(l),  —  soit  du  meilleur  goût  ; 
mais,  enfin,  il  reprend,  de  façon  très  précieuse,  sans  doute, 
un  jeu  de  mots  (2)  familier  aux  soûfîs  du  temps,  comme 
Noùrî  (3)  et  Ibn  'Atâ(4),  pour  exprimer  que  l'absence  les 
fait  mourir,  du  désir  de  retrouver  l'Ami  : 

Tu  m'as  fait  demander  «  comment  ;"«  me  suis  trouvé, 
Après  T'avoir  quitté,  et  ce  que  j'ai  souft'ert,  de  peine  et  de  chagrin»? 
[Ah  !  Sache  le  I]  «  je  ne  me  trouverais  plus  (vivant)  »,  si  je  me  trouvais 

en  état  de  me  souvenir  du  temps  où  Je  me  suis  trouvé 

(si  heureux,  près  de  toi)  I 
[Quoi  de  plus?  Mes  lèvres  ne  pourraient]  même  pas  articuler  ce  a  je  ne 

me  trouverais  plus  (vivant)  », 
Si  je  me  trouvais  en  état  de  prévoir  un  avenir,  où  je  n*?  me  trouverais 

plus  jamais  être  (avec  Toi)  ! 


(1)  Voir  note  précédente. 

(2)  Sur  konto,  «  je  [me]  suis  [trouvé]  »  :  cfr.  Mohâsibî  (ap.  Hojwîrî, 
Kashf,  109). 

(3)  /  «  Sois,  avec  moi,  comme  Tu  Te  trouvais  être  pour  moi,  lorsque 
je  ne  me  trouvais  pas  encore  être,  —  0  Toi  qui  me  fais  passer  ma  vie 

parmi  le  tumulte  et  le  chagrin  I  » 

//.  «  Je  ne  me  trouverais  plus  (ici -bas)  si  je  me  trouvais  savoir  où 
est  le  chemin  qui  mène  à  Toi,  —  Tu  m'as  privé  de  mon  tout,  et  voici 
que  je  pleure  sur  toi  !  »  (Kharkoûshî,  tahdhîb,  203^,  265''). 

(4)  «  Je  ne  me  trouverais  plus  (vivant)  si  je  me  trouvais  connaître  la 
misère  où  me  réduira  ma  résignation  (à  Ta  volonté),  et  ce  que  Job  en  a 
souffert!  »  (Sarrâj,  masâri\  H3). 

Thème  repris  par  Ibn  'Arabî  (fotoûhât),  et  l'humoriste  contemporain 
Dindî  Misrî  {rihlah  akhîrah,  Bagdad,  1329,  p.  21). 


LIS    CEUYRES    D*AL    HALLAJ  926 

b)  L'in/luence  sur  la  littérature  islamique. 
1.  Traces  d'influence  doctrinale. 

On  a  vu  plus  haut  la  répartition  des  citations  textuelles 
d'al  Hallàj  retrouvées  étiez  les  plus  anciens  auteurs.  Ces  au- 
teurs, pour  la  plupart  les  ont  goûtées  isolénnient,  les  citent 
en  passant,  sans  songer  à  en  tirer  parti  pour  l'élaboration 
de  leur  propre  doctrine  théologique.  Et  même  chez  des  com- 
mentateurs directs,  comme  WàsitîetFâris,  il  y  a  admiration 
distante  plutôt  qu'assimilation  féconde  (1  ).  Ce  n'est  que  plus 
tard  que  nous  voyons  se  dessiner,  dans  la  systématisation 
de  telle  ou  telle  pensée  doctrinale,  des  réactions  provoquées 
par  une  lecture  attentive  des  œuvres  de  cet  excommunié. 

Chez  Kalâbâdhî  et  Qoshayrî,  on  relève  l'incorporation,  de 
certains  textes  hallagiens  importants,  à  des  essais  de  dog- 
matisation  :  mais  sans  tenir  compte  de  leur  portée  générale. 
Makkî  (2)  ne  souffle  mol  d'al  Hallâj  (3).  Harawî,  qui  a  certai- 
nement étudié  les  opuscules  d'al  Hallàj,  reprend  exactement 
sa  position  initiale,  à  mi-chemin  des  Hashwiyah  (4)  et  des 
Motakallimoûn  {^)\miih  avec  une  préparation  technique 
insuffisante. 

Puisque  les  œuvres  mystiques  de  Tawhîdî  n'ont  pas  encore 
été  retrouvées,  —  on  peut  dire  :  que  le  premier  grand  pen- 
seur dont  le  développement  doctrinal  ait  été  sérieusement 
influencé,  à  un  moment  donné,  par  les  opuscules  hallagiens, 

(1)  Xénophon,  pourSocrate;  plutôt  que  Platon,  et  Aristote. 

(2)  Admiré,  pour  sa  profonde  ferveur  (quoique  sâlimiyen),  par  le 
hanbalite  Ibn  al  Farrâ  {mo'tamad),  comme  Hallâj  le  sera,  par  un  autre 
hanbalite,  Ibn'Aqîl. 

(3)  Certains  passages  du  qoût  al  qohûh  paraissent  un  reflet  des  r«- 
wdsîn  (11,  77,  1.  7  sqq.  ;  II,  79,  1.  3  ;  II,  82,  1.  8,  med.). 

(4)  Cfr.  mandzil  al  sairin,  d'une  terminologie  si  hallagienne,  avec 
ses  trois  degrés,  pour  chaque  station  (cfr.  Taw.  X). 

(5)  Cfr.  son  dhamm  al  kalâm,  son  fâroù^. 


926  CHAPITRE   XIV 

c'est  Ghazàlî.  Il  s'est,  personnellement,  bien  gardé  d'y  réfé- 
rer explicitement,  et  nous  avons  vu  plus  haut  les  curieuses 
variations  des  jugements  ejc  cathedra  où  il  n'osait  pas  avouer 
son  admiration  pour  al  Hallâj  (1).  Il  n'en  admirait  pas  seu- 
lement la  vie  ;  un  moment  vint,  croyons-nous,  011  il  lut  ses 
œuvres  (2).  Mâzarî  et  Tortoûshî  peuvent  nous  aider  à  situer, 
dans  la  biographie  psychologique  de  Ghazâlî,  l'époque  cor- 
respondant à  cette  étude.  Elle  se  placerait  en  troisième  lieu  ; 
bien  après  l'influence  de  la  philosophie  d'Ibn  Sînâ  et  du 
qarmatisme  des  Ikhwân  al  $afâ  sur  sa  dialectique  de  juris- 
consulte shâfi'ite  ;  un  peu  après  l'influence  de  la  «  science 
des  cœurs  »  selon  Mohâsibî  et  Makkî  sur  sa  conversion  mo- 
rale ;  lorsqu'il  essaya,  tout  à  la  fin  de  sa  vie,  reprenant  la 
voie  d'Aboû  Hayyân  Tawhîdî,  de  concilier  la  religion  et  la 
philosophie  sur  le  terrain  commun  delà  mystique  :  «  mêlant 
aux  opinions  des  philosophes  les  allégories  {romoûz)  d'al 
Hallâj  ».  Cette  phrase  de  Tortoûshî  (3),  récusée  bien  à  tort 
par  Sobkî,  s'applique  exactement  à  une  œuvre  de  Ghazâlî, 
postérieure  à  Vlhyâ  :  le  mishkàt  al  anwâi\  «  Lampas  lumi- 
num  »,  comme  on  traduisit  en  latin  médiéval  (4). 

On  n'y  remarque  pas  seulement  un  ressouvenir,  à  deux 
reprises,  du  hadîth  al  farâsh  al  motahâfit  (5),  —  mais  une 
citation  littérale  au  Bostân  al  ma' ri f ah  (Q),  sur  la  formule 
monothéiste  réservée  aux  «  initiés  »,  khawàss  (7). 


(1)  Ici  p.  370. 

(2)  Son  frère  Ahraad,  son  confident,  prendra  un  passage  du  Tâsîn  al 
Azai  pour  texte  d'un  de  ses  sermons,  durant  sa  prédication  à  Bagdad 
(ici  p.  871). 

(3)  Sobkî,  IV,  123,  128. 

(4)  Raimond  Martin,  Pugio  fidei,  lib.  I,  ap.  Il,  §  4. 

(5)  Mishkât,  30-40,  56  1.  1  seq. 

(6)  §  23,  in  fine  :  mishkât,  p.  23,  1.  5  (cfr.  p.  22,  dern.  ligne). 

(7)  Allusion  au  §  25,  1.  2.  Cela  se  rattache  (cfr.  p.  55, 1. 1)  à  la  ques- 


LES    OEUVRES    D  AL    H  ALLA  J  927 

Le  second  penseur  musulman  dont  la  doctrine  se  ressente 
de  la  lecture  des  Tawâ.sîn^  c'est  Sohrawardîd'Alep.  Son  her- 
métisme néoplatonicien  est  vivifié  par  certains  accents  mys- 
tiques, à  propos  (le  la  transcendance  divine  ou  de  l'immaté- 
rialité de  Tàme,  explicitement  tirés  des  œuvres  d'al  Hallàj, 
qu'il  appelle  «  mon  frère  ». 

Nous  avons  montré  (1)  que,  fréquemment,  les  formules 
hallagiennes  se  trouvaient  déformées,  non  seulement  quant 
au  sens,  mais  quant  à  la  rédaction,  —  chez  Ihn  'Arabî  ;  qui 
les  cite  volontiers  à  l'appui  de  sa  synthèse  philosophico-mys- 
lique,  à  base  de  monist/ie  ontologique.  D'autre  part,  il  n'est 
que  juste  de  rappeler  les  deux  éloges  (2)  où  Ibn  'Arabî  a  pré- 
cisément célébré  en  al  Hallâj  un  défenseur  convaincu  de  la 
transcendance  divine.  J'avais  cru  voir  là,  de  sa  part,  de  la 
«  duplicité».  Non;  pareille  variation  trahit  plutôt  en  lui  cette 
impuissance  (naturelle  dans  l'intelligence  humaine)  à  com- 
prendre, —  sans  la  considération  de  quelque  médiation  di- 
vine, d'une  humilité  inouïe  (2),  — commentl'union  mystique 
peut  nous  ravir  >^ic  etnunc  en  la  pure  transcendance  de  Dieu. 

Beaucoup  plus  voisin  de  leur  inspiration  primitive,  'Izz 
Maqdisî  a  construit  l'édifice  de  son  taflls  Iblls  avec  des  pier- 
res détachées  au  Ta  Sln  ai  Azai  (4j. 

tioa  fameuse  de  l'ésolérisme  de  Gtiazàlî  ;  a-t-îl  eu  une  doctrine  secrète  ? 
Les  livres  où  l'on  a  voulu  la  trouver  ont  été  fabriqués  après  sa  mort 
par  Mosaifar  Sibtî  {360-a,  n.  1).  Ghazâlî,  comme  Tostarî  (ici  p.  937) 
et  les  Sâlimîyah,  a  simplement  renoncé  à  avouer  en  public  son  adhésion 
à  des  thèses  mystiques  critiquées  (cfr.  ici  p.  352,  n.  2). 

(1)  Ici  p.  793. 

(2)  Id.,  p.  379,  381-382. 

(3)  Ici  p.  520,  630;  singularité  unique,  <(  mystère  »  transcendant  de 
l'événement  de  rincarnation  dans  la  mystique  chrétienne  :  positis  pO' 
nendis,  la  Crucifixion  (et  la  Résurrection)  en  découlent, 

(4)Taw.  YI,  §§9(=/a/?ts,  p.21,  1.  11  12),  11  début  (=  p.  21,  1.12), 
11  fin  (=  p.  22,  1.  5,  8-10),  13  (=  p.  25,  l.  2-6),  14  (=  p.  25, 1.  7-11), 


d^S  Chapitre  xit 

Enfin  'Abd  al  Karîm  Jîlî  s'est  assidûment  servi  du  Madh 
al  Nabi  (1),  et  surtout  du  Ta  Sîn  al  AzaJ,  pour  rélaboration 
détaillée  d'un  parallèle  soutenu  (2)  entre  la  «  Réalité  Moham- 
nniédienne  »  et  la  «  Réalité  Salanique  »  (3),  ces  deux  conden- 
sations spirituelles  du  décret  divin,  égalennent  primitives,  et, 
selon  lui,  également  saintes  et  aimées  de  Dieu. 

En  dehors  de  ces  cinq  maîtres  (4),  relevons  le  rôle  spécial 
dévolu  aux  citations  d'al  Hallâj  dans  le  mathnawî  de  Jalâl 
Roûmî  ;  elles  y  sont  proposées,  comme  thèmes  de  méditation 
divins^  au  même  titre  que  les  versets  coraniques. 

La  figuration  classique  du  qâb  qawsayn,  de  la  «  distance 
de  deux  arcs  »,  sous  forme  circulaire,  dérive  des  yio-z^a^mf  5). 

Au  début  du  xix"  siècle,  Shaykh  Ahmad  Ahsâ'î,  le  fonda- 
teur des  imâmites  v  Cheïkhiles  »,  le  premier  maître  du  Bâb, 
a  repris  la  thèse  d'al  Hallâj,  et  soutenu  que  le  saint  devait 
dépasser  la  «  distance  des  deux  arcs  »,  point  extrême  où  le 
Prophète  s'était  arrêté  (6). 

2.  L'interprétation  alchimique. 

La  précision  technique,  volontairement  «  expérimentale  », 
des  poèmes  où  al  Hallâj  note  les  phases  de  l'union  mystique 
a  été  l'occasion  d'une  théorie  singulière  de  l'alchimiste  Jil- 

15  (=  p.  25.  I.  12-13;  p.  23,  1.  10-13),  16  {-  p.  23,  1.  9-10),  17 
(=  p.  22,  1.11;  puis  passage  sauté  dans  l'édition  imprimée,  reproduisant 
les  lignes  4-7  de  Taw.  VI,  §  17,  à  insérer  dans  taflîs,  éd.  impr.  p.  25 
entre  1.  13etl.  14;  puis  p.  21, 1.  10),  18-19  (=  p.  22,1.  12  à  p.  23,  1.  5), 
27,  1.  2  (comp.  laflîs,  p.  27,  1.  13),  27  fin  (=  p.  25,  1.  14),  28  début 
(=  p.  26  1.  1-5),  28  fin  (=  p.  21  1.  10),  34  (=  p.  25,  1.  13-16). 

(1)  Il  imite  le  §  11  ap.  qâb  qaivsnyn,  chap.  I. 

(2)  Ap.  sirr  motamakkin,  ch.  I-II. 

(3)  haqîqah  'azâzîliyah  iblîsiyah. 

(4)  Je  soupçonne  Ibn  Kamâlpâstiâ  d'avoir  lu  certains  textes  hallagiens. 

(5)  Ici  p.  853. 

(6)  Ap.  'Abd  al  samad  Mazandarânî,  tirydq  fdroûq,  quest.XXI,  traduit 
par  Nicolas,  RMM,  XII,  451. 


LES   OEUVRES   d'aL   HALLAJ  Ô^Q 

dâ/â  (+  743/1342)  (1).  Se  basant  sur  la  qasîdah  hallagienne 
Oqtoloûnt... 

«  Tuez-moi,  ô  mes  garants, 

Car  ma  mort  sera  ma  Vie  !..  »  (2) 

OÙ  il  croit  retrouver  une  description  du  Grand  OEuvre,  il  a 
soutenu  que  les  autres  poèmes  d'al  Hallâj  n'étaient  que  des 
allégories  voilées  conduisant  l'adepte  à  la  découverte  de  la 
Pierre  Pliilosophale. 

Prenant  le  tercet  Yâ  nasîm  alrih  (3)  : 

(/)  0  souffle  de  la  brise,  va,  et  dis  au  Faon  : 

L'abreuvement  ne  fait  que  m'altérer. 
{2)  (Qu'il  vienne)  ce  mien  Ami ,  dont  l'amour  est  dans  mon  cœur  : 

Et,  quand  II  voudra,  qu'il  foule  ma  joue  en  marchant  ! 
{3)  Son  Esprit  est  mon  esprit,  et  mon  esprit  Son  esprit  ; 

Qu'il  veuille,  et  je  veux,  —  que  je  veuille,  Il  veut  ! 

Jildakî  en  élabore  le  commentaire  ainsi  :  (/),  c'est  le  résidu 
terreux  (ardîyah)  qui  se  plaintauxeaw^  (dontlenom  techni- 
que est  «  souffle  de  la  brise  »)  ;  car  il  se  purifie  à  mesure 
qu'il  «  boit  »  leur  humidité  (seconde  opération  du  Grand 
OEuvre)  ;  il  exhale  son  âme  [nafs)  en  une  vapeur  colorée, 
rouge  avec  un  halo  de  buée  noire,  dénommée  «  faon  »  [de  la 
gazelle].  —  (4)  Ici,  c'est  encore  le  résidu  terreux  qui  parle  à 

(1)  ghâyat  al  soroûr.  Noter  la  réputation  d'alchimiste  qu'ai  Hallâj 
eut  pendant  sa  vie  (ici  p.  T2,  105). 

(2)  Le  horoûfî  Bistàmî  {faivâ'ih,  XII)  y  voit  plutôt  la  «  première 
mort  »  du  mystique  ;  le  renoncement  à  l'esprit  propre,  à  la  propriété 
de  ses  actions.  Cette  qasîdah  célèbre  a  été  étudiée  par  Sohrawardî 
d'Alep,  Ibn  'Arabî  (ici  p.  380),  'Izz  Maqdisî  et  Jalâl  Roùmî. 

(3)  Cité  par  Tawhîdî  {sadâqah,  24),  Râghib  [mohâdarât,  271);  Jalâl 
Roùmî  Ta  inséré,  après  la  qasîdah  Oqtoloûnî,  dans  son  Mathnawï 
(liv.  III,  §  177,  vers  10-12). 

(4)  Tel  est  aussi  son  nom  alchimique  en  Occident  (Jean  de  la  Fontaine, 

La  Fentaine  des  amoureux  de  science,  vers  100,  ap.  éd.  de  Paris,  1735, 

du  Roman  de  la  Rose,  III,  p.  262). 

59 


930  CHAPITRE    XIV 

son  Ami,  son  âme,  ce  «  Faon  »  qu'il  voudrait  voir  «  marcher 
sur  sa  joue  o ,  allusion  au  rôle  des  eaux,  qui,  dans  la  troisième 
opération  (iarMè),  coulent  littéralement  «  sur  la  joue  »  du 
résidu.  —  {3).  Au  troisième  vers,  le  résidu  parle  de  son  esprit 
{roûh),  de  son  essence,  qui  est  identique  à  celle  de  son  âme, 
de  ce  gaz  qui  s'est  dégagé  déjà  de  lui.  Ayant  un  même  esprit, 
le  résidu  et  le  gaz  ont  le  même  désir  de  s'unir  ;  désir  qui  ne 
peut  être  accompli  que  par  une  purification,  allusion  au 
lavage  du  résidu  dans  les  eaux-mères  (1). 

Sans  chercher  à  étudier  ici  comment  les  écrits  herméti- 
ques égyptiens  dus  au  Pseudo-Démocrite  et  à  Zosime  ont 
influencé  l'alchimie  arabe  (2),  retenons  du  moins  le  lien 
primitif  et  étroit  qui  rattache  le  symbolisme  de  l'épuration 
ascétique  de  l'âme  à  celui  de  la  recherche  alchimique,  chez 
les  plus  anciens  soûfîs  (3)  comme  Jâbir-ibn-Hayyân  (4),  Sâ'ib 
'Alawî  (5)  et  Dhoû'l  Noûn  Misrî  (6).  Quelle  qu'ait  pu  être 
l'expérience  chimique  mémorable  (7)  qui  est  à  l'origine  du 

(1)  De  cette  pièce,  et  d'autres,  il  tire  la  description  suivante  des  trois 
étapes  du  Grand  OEuvre  {san'ah)  :  I)  Le  solide  (mercure),  d'abord  blanc 
pur,  devient  blanc  sale  ;  son  cœur  (qalb)  s'en  échappe,  teinture  vermeille 
{sabgh),  avec  son  âme(na/5),  vapeur  delà  distillation  :  le  cœur  et  l'âme 
sont  les  «  deux  oiseaux  »,  le  sec  et  l'humide.  II)  Abreuvé  d'eau,  le  ca- 
davre (jasad)  du  soHde  se  réduit  au  «  résidu  terreux  »  (ardîyah)  ;  une 
dernière  vapeur  s'en  échappe  comme  un  éclair,  et  il  blanchit  et  se  pu- 
rifie dans  les  eaux.  III)  Mis  dans  l'athanor  en  présence  de  son  âme 
{nafs),  le  résidu  devient  vermeil  ;  c'est  le  «  soufre  rouge  »,  la  Pierre 
Philosophale. 

(2)  Berthelot,  Alchimistes  grecs,  t.  I,  xvi,  83,  201  :  Textes  du  troi- 
sième siècle. 

(3)  Au  sens  de  «  possesseurs  et  expérimentateurs  du  procédé  secret 
et  mystérieux  de  la  transmutation  »,  qui  est  très  ancien  (Gfr.  Essai). 
Noter  que  les  alchimistes  sont  avec  les  Roîihaniyah  contre  les  méde- 
cins dans  la  question  controversée  de  nafs  et  roûh  (ici  p.  482). 

(4)  Gfr.  son  tadmîr  al  mayddn  (ici  p.  750). 

(5)  fihrist,  359. 

(6)  Gfr.  Essai. 

(7)  C'est  une  sublimation,  comme  celle  de  roxychlorure  de  mercure. 


LES    ŒUVRES   d'aL   HA.LLAJ  qSi 

symbole  médiéval  du  «  Grand  OEuvre  »,  —  littérairement 
l'affinité  s'imposait  à  priori  entre  ces  deux  drames  légen- 
daires de  l'expérimentation  humaine,  celui  de  la  science,  et 
celui  de  la  mystique  ;  entre  l'alchimiste  en  quête  d'un  élixir, 
eau  de  Jouvence,  agent  de  transmutation  universelle,  —  et 
l'ascète  en  quête  d'un  Esprit,  ministre  de  sanctification  (1). 
Jildakî  y  pensait,  quand  il  a  comparé  la  purification  du 
«  soufre  rouge  »  par  le  Grand  OEuvre  à  «  la  transsubstantia- 
tion de  l'âme  par  l'ascèse  »  {tajawhor  alnafs  bilnyâdah), 
doctrine  hermétique  (2)  qu'il  attribue  inexactement  à  al 
Hallâj. 

L'ascèse,  l'abnégation  et  le  sacrifice  représentent  bien, 
pour  les  mystiques  (3),  celte  divine  alchimie,  ce  véritable 
Grand  OEuvre  qui  sublime  l'amour. 

3.  L'interprétation  magique. 

De  bonne  heure,  dès  son  vivant  même,  plusieurs  soufîs 
favorables  à  al  Hallâj  (4)  avaient  répandu  la  légende  que 
des  «  jinn  »  étaient  à  son  service  :  explication  rassurante  au 
point  de  vue  orthodoxe,  car  le  matérialisme  des  motakalli- 
moûn  admettait,  à  la  rigueur,  une  entente  externe  entre 
l'homme  et  les  Anges,  mais  se  refusait  à  envisager  la  possi- 

(1)  Cfr.  Shâdhilî  (in  Gumushkhânî,  p.  167). 

(2)  Reprise  par  Sohrawardî  d'Alep  ;  où  l'homme,  non  seulement 
possède  l'autonomie  intellectuelle  imaginée  par  les  mo'tazilites,  mais 
acquiert  un  pouvoir  «  autocréateur  »,  et  se  divinise  par  ses  seules  forces 
(cfr.  Patanjâli  (  yo^a)  et  Wronski).  Cfr.  au  contraire,  p.  616. 

(3)  fluysmans,  Sainte  Ly divine  de  Schiedam,  1901,  p.  296-297. 

(4)  Ici  p.  80, 134.  Lesj'wn  sont  des  anges  déchus,  laissés  en  suspens, 
non  encore  précipités  en  enfer  ;  Dieu  les  assujettit  parfois  à  certains 
hommes.  Ils  peuvent  avouer,  le  Qor'ân  en  fait  foi  (XLVI,  28),  que  le 
monothéisme  est  la  vérité  ;  ce  que  beaucoup  de  théologiens  musulmans 
considèrent  comme  la  preuve  d'une  conversion  sincère,  alors  que  ce 
n'était  peut-être  pour  Mohammad  qu'une  sorte  d'aveu  forcé,  dû  à  un 
exorcisme. 


gSs  CHAPITRE   XIV 

bilité  logique  d'une  compénétration  simultanée  de  deux 
esprits  dans  un  seul  corps  (1  )  ;  —  qu'il  s'agît  de  la  «  posses- 
sion »  démoniaque  (2), ou  surtout  de  la  sanctification,  <a5é  intra. 

Comment  s'y  prendre  pour  négocier  un  pacte  avec  les 
'(.  jinn  »  ?  Certaine  m«^?e  blanche,  d'origine  hébraïque,  et  qui 
a  inspiré  en  Occident  les  «  Clavicules  de  Salomon  »  (3),  est 
couramment  admise  et  pratiquée  en  Islam,  à  cause  de 
Qor.  XXXVITI,  36,  en  dépit  de  la  réprobation  des  docteurs 
vraiment  pieux.  L'évocation  de  ces  «  jinn  »  s'obtient  au 
moyen  de  pantacles,  talismans  portant  des  lettres  conven- 
tionnelles, —  après  exécution  de  certains  rites  préparatoires, 
sacrifices  et  incantations.  C'est  la  khanqatirîyah^  terme  que 
Marçais  a  rattaché  au  grec  hébraïsé  japav-x-hpiov. 

Cette  magie  blanche  paraît  avoir  été  d'abord  l'apanage 
des  Qarmates,  de  Maymoûn  aux  Ikhwân  al  safâ.  Puis,  au 
xiii'  siècle,  elle  s'insinua  dans  le  sunnisme  ;  c'est  alors  que 
l'alchimiste  Boûnî  publie  (4)  onze  formules  à.Q  khanqatîriyah 
comme  une  codification  due  à  al  Hallâj  des  procédés  effec- 
tivement expérimentés  par  «  Asaf-ibn-Barakhiyâ,  Salomon 
fils  de  David,  Khwârizmî,  Sayyid  Bohloûl  et  Hallâj  ».  Le 
vague  de  cette  énumératiou  fantaisiste  montre  assez  ce 
qu'une  telle  attribution  a  d'apocryphe. 

Comment  en  est-on  venu  à  cette  attribution  (5)?  Sa  situa- 

(1)  Ici  p.  518  et  555  [ahivâl). 

(2)  Shiblî,  âkâm  al  morjân,  p.  161,  1.  10. 

(3)  Voir  à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal  (Paris,  mss.  2348-50)  ;  ce  sont 
des  dérivés  de  la  même  source  juive  que  les  XI  formules  de  Boûnî, 
pensons-nous.  Auquel  cas  le  nom  de  l'animal  sacrifié,  laissé  en  blanc 
dans  le  texte  arabe  imprimé,  serait  soit  «  un  corbeau  »  (ms.  2348, 
liv.  II,  §  13,  mentionné  auprès  de  l'hirondelle,  cfr.  Boûnî,  361,  1.  24), 
soit  «  une  chauve-souris  »  (ms.  2349,  liv.  II,  §  14  =  ms.  2350,  1.  II, 

§18). 

(4)  Shams  al  ma'ârif,  1.  c.  ;  signalé  par  Marçais. 

(5)  Elle  est  peut-être  ancienne,  si  Ibn  Hazm  y  fait  allusion,  à  propos 


LES    OEUVRES    d'aL    HA.LLAJ  98^ 

tion  paradoxale  de  saiat  excommunié  y  prêtait  (1).  Puis,  ses 
œuvres  contiennent  des  formules  alpliabéliques  et  des  figures 
circulaires  qu'on  ne  savait  plus  interpréter  (2)  ;  on  se  mit 
sottement  à  les  vénérer  sans  les  comprendre,  comme  des 
talismans  et  des  abraxas^  à  peu  près  comme  le  candidat  à 
l'examen  qui  avalerait,  [)Our  y  réussir,  les  résumés  des  cours 
qu'il  ne  s'est  pas  donné  la  peine  d'étudier.  Pareille  fortune 
arriva  à  certaines  formules  d'Ibn  'Arabî  et  à  ces  curieuses 
ordonnances  de  pharmacopée  égyptienne,  notées  en  carac- 
tères «  davidiques  »,  dits  «  à  lunettes  >.,  comme  celles  où 
Casanova,  récemment,  a  pu  déchiffrer  des  noms  de  narco- 
tiques. Avouons,  d'ailleurs,  qu'avant  l'imprimerie,  tout  for- 
mulaire quelconque,  algébrique  ou  alchimique,  était  con- 
damné à  devenir,  par  accumulation  des  erreurs  de  copistes, 
très  rapidement  indéchiffrable  et  mystérieux  ;  à  fortiori  les 
schémas  où  Hallâj  synthétisait  ses  discussions  ontologiques. 
Enfin,  de  façon  plus  générale,  on  constate  en  cela  le  triste 
phénomène  de  dégradation  d'un  texte  par  l'usage,  l'usure 
mécanique,  —  qui  est  dans  l'ordre  normal  de  l'asservisse- 
ment des  intelligences  à  la  lettre.  Si,  jadis,  certains  gnos ti- 
ques ne  voyaient,  dans  tel  texte  métaphysique  ou  mystique, 
qu'un  grimoire  magique,  —  il  y  a  des  philosophes  aujour- 
d'hui, pour  n'y  voir,  dans  ces  mêmes  phrases,  que  des  cu- 
riosités grammaticales  ;  c'est  toujours  cette  même  abdication 
désolante  de  l'esprit,  se  suffire  de  la  trace  graphique  de  l'idée 
sans  l'idée  elle-même,  et  s'interdire,  ainsi,  de  gaieté  de  cœur, 
d'accéder  jamais  à  une  intention  maîtresse  ;  celle  qu'avait, 
assurément,  l'auteur,  lorsqu'il  en  matérialisa  l'idée  par  une 


du  sacrifice  d'un  «  ctievreau  tacheté  »  (ici  p.  87).  Monâwî,  esprit  cré- 
dule, l'admettra. 

(1)  Cfr.  Tawfî,  ici  p.  385. 

(2)  Taw.  X. 


93/*  CHAPITRE    XIV 

phrase  ;  uniquement,  je  pense,  pour  nous  faire  participer  à 
son  dessein. 

4.  L'interprétation  sataniqiie. 

Il  ne  s'agit  pas  ici  du  pacte  prétendu  d'al  Hallâj  avec 
Satan,  imaginé,  dans  leurs  reconstitutions  discutables  de  sa 
psychologie,  par  certains  adversaires  comme  Ibn  al  Dâ'î  et 
Dhahabî  (1)  ;  —  mais  d'une  interprétation  très  particulière 
de  ses  œuvres,  notamment  du  Ta  Sîn  al  Azal  ;  elle  consi- 
dère al  Hallâj  et  Satan  comme  deux  saints,  providentielle- 
ment méconnus,  qu'il  est  sage  de  vénérer.  Nous  avons  rat- 
taché à  cette  curieuse  thèse  quiétiste  le  prétendu  «  culte  de 
Satan  »  attribué  aux  Yézidis  (2). 

Celte  interprétation  fut  probablement  un  essai  de  solution 
du  cas  de  conscience,  posé  à  certains  de  ses  disciples,  par  sa 
condamnation  et  son  supplice  ;  ils  étaient  pris  entre  deux 
feux  :  d'un  côté,  ils  devaient  s'avouer  qu'ai  Hallâj,  légale- 
ment et  validement  condamné  par  Vijmâ'  à  une  mort  igno- 
minieuse en  ce  monde,  serait  l'objet  d'un  dam  irrémissible 
dans  l'autre.  De  l'autre,  ils  considéraient  cette  fin  comme  le 
couronnement  de  sa  vie  d'ascèse,  comme  la  vérification  su- 
prême de  la  mystique  qu'il  leur  avait  prêchée.  Et  ils  le  véné- 
raient, pour  avoir  préféré  «  le  noircissement  du  visage  et 
l'humiliation  du  déshonneur,  en  ce  monde  et  dans  l'au- 
tre »  (3)  ;  par  pur  amour,  afin  de  glorifier  Dieu  dans  un 
martyre  éternel  (4). 

(1)  Ici  p.  390,  792. 

(2)  Voir  Revue  de  l'Histoire  des  Religions^  t.  LXII,  avril  1911,  p.  201 
seq.  —  Comparer  la  théorie  de  la  canonisation  de  Judas  Iscariote,  pré- 
conisée par  l'empereur  byzantin  Michel  II  (+  829),  et  par  certains 
quiétistes  contemporains,  en  Russie  et  en  Pologne. 

(3)  Qosh.  IV,  H. 

(4)  Non  pas  suivant  la  conception  chrétienne  du  damné,  qui  doit 
continuer  à  croire,  mais  est  privé  d'aimer  ;  mais  suivant  la  conception 


t' 


'^'^^rùiXrr-^  '  ■  ^  r-^/tZ-'/Jv y*^^ v'iw'  /yj'/ 


yù'ysyjt.,/^iAfj>>^>y/i>^j^  -Ji^'.^vjuj!/ 


Miniature  persane  du  X\'I«  siècle  nis.  Oxford,  Oiiselcy  add.  24  f»  34b 

rLANGJiE  XXVIll   —  Hallâj  conduit  au  supplice  (pp.  93i-93:^). 


LES    OEUVRES    D*AL    HALLAJ  gSS 

Dans  un  texte  presque  contemporain,  en  quoi  je  verrais 
volontiers  un  rêve  où  son  disciple  Wàsitî  crut  entendre  al 
Hallâj  lui  parler,  puisqu'on  le  trouve  interpolé  dans  une  des 
recensions  du  Ta  Sîn  ai  A zai  (\), —  ce  martyre  d'al  Hallâj 
est  assimilé  aux  damnations  de  Satan  et  de  l*haraon,  men- 
tionnées dans  le  Qor'ân  :  tous  trois  sont  pris  ici  comme  mo- 
dèles de  la  «  générosité  parfaite  »  des  héros,  fotoûwah,  litté- 
ralement «  l'honneur  des  preux  »  (2). 

<(  Aboû'  Omârah  al  Hallâj  a  dit  :  «  J'ai  délibéré  avec  Satan 
et  Pharaon  sur  «  l'honneur  des  preux  )>.  Satan  me  dit  :  «  Si 
je  m'étais  prosterné  (devant  Adam),  j'aurais  perdu  le  nom 
même  de  Yhonneur  !  »  Pharaon  me  dit  :  a  Si  j'avais  cru  à  Son 
envoyé  (=  à  une  créature,  interposée  entre  Dieu  et  moi),  je 
me  serais  déchu  du  rang  suprême  de  Yhonneur  !  »  Et  moi 
j'ai  dit  :  «  Si  j'avais  désavoué  ma  prédication  et  mon  dire, 
je  me  serais  banni  de  la  salle  de  Yhonneur  !  >> 

«  Quand  Satan  dit  «  Je  vaux  mieux  que  lui  (=  Adam)  », 
c'est  qu'en  effet,  il  ne  voyait  pas  d'autre  amoureux  (jaloux 
de  l'Unité  divine)  que  lui-même.  Quand  Pharaon  dit  «  Je  ne 
vous  ai  pas  enseigné  d'autre  divinité  que  moi  »,  c'est  qu'il 
ne  connaissait  personne,  parmi  son  peuple,  qui  sût  discerner 

musulmane  du  damné,  qui  est  privé  de  croire,  mais  peut  continuer  à 
aimer.  L'idée  s'est  rencontrée  en  Chrétienté:  Marie  des  Vallées  (lî)90 + 
1656), la  «  sainte  de  Coutances  »,«  fit  vœu  de  souffrir  les  peines  d'enfer 
pendant  toute  l'éternité,  poi/r  le  pécheur...y)  (B.  Jean  Endes,  manuscrit, 
1.  III,  chap.  10  ;  cité  par  J.  L.  Adam,  p. 73)  :  ébauche  du  voeu  héroïque, 
portant  sur  un  objet  impossible. 

(1)  Il  semble,  en  tout  cas,  que  ce  soit  une  riposte  aux  rêves  cités 
p.  318-321  ;  au  lieu  de  plaider  des  circonstances  atténuantes,  comme 
eux,  ce  récit  affirme  la  loyauté  d'al  Hallâj  ;  sa  conscience  n'a  rien  à  lui 
reprocher. 

(2)  Vhonneur  du  chevalier,  chrétien,  et  français,  du  «  Covenant 
Viviens  »  et  d*  «  Aliscans  »,  jusqu'à  Vigny  et  Psichari,  —  correspond 
exactement  à  la  fotoûicah,  arabe  et  islamique,  depuis  le  libâs  al  fotoû- 
wah  du  Khalife  Nûsir  jusqu'aux  «  fotoûwat  nâmé  »  ottomans. 


936  CHAPITRE   XIV 

le  vrai  d'avec  le  faux.  Et  moi,  quand  j'ai  dit  «  Si  vous  ne  Le 
connaissez  pas,  reconnaissez-Le  à  Ses  signes  (1),  me  voici 
Son  signe  !  Je  suis  la  Vérité  !  »  c'est  que  je  n'ai  jamais  cessé 
et  ne  cesserai  jamais  de  réaliser  la  Vérité.  —  Or,  mon  ami 
et  mon  maître,  ce  sont  Satan  et  Pharaon  ;  Satan  a  été  préci- 
pité, ailes  déployées,  en  enfer,  sans  s'être  rétracté  ;  Pharaon 
a  été  englouti  dans  la  Mer  Rouge,  sans  s'être  rétracté,  ni 
avoir  jamais  admis  de  médiateur  (2)  ;  et  moi,  si  j'ai  été  tué, 
crucifié,  amputé  des  mains  et  des  pieds,  je  ne  me  suis  pas 
rétracté  !  » 

L'interpolation  de  ce  curieux  morceau  dans  le  Ta  Sin  al 
Azal  {'i)  offrait  un  avantage  pratique  immédiat:  c'était  un 
blanc-seing  en  cas  de  perquisitions  policières  ;  en  effet,  elle 
autorisait  implicitement  ces  mystiques  musulmans  à  conser- 
ver et  à  lire  les  déclarations  de  cet  excommunié,  puisqu'elle 
posait  que  ses  paroles  extatiques  lui  avaient  été  inspirées 
par  la  justice  divine  qui  le  frappait,  au  même  titre  que  telles 
déclarations  de  Satan  et  de  Pharaon,  consignées  dans  le 
Qor'ân  pour  l'édification  expresse  des  fidèles. 

C'était  aussi,  d'ailleurs,  le  fond,  quiétiste,  delà  pensée  de 
son  disciple,  Wâsitî.  Dans  le  Qor'ân,  c'est  Dieu  lui-même  qui 
fait  dire  '(  Je  »,  Ana^  à  Satan  et  à  Pharaon  (4).  En  leur  «  je  », 
comme  dans  le  «  je  »  d'al  Hallâj,  il  sied  de  vénérer  le  mys- 
tère divin  de  la  suprême  personnalité  ;  c'est,  dit  Wâsitî, 
parce  que  ces  (trois)  êtres  se  sont  revêtus  d'ascèse,  en  Sa 
présence,  que  Dieu  a  fait  «  fermenter  »  en  eux  son  «  Je  » 
redoutable  (5).  Déjà  Tostarî  avait  insinué  ce  secret  de  Tom- 

(1)  Cité  par  'Afîf  Tilimsânî. 

(2)  Gfr.  infrà. 
(3)Taw.,  VI,  20-25. 

(4)  Qor.  VII,  11  ;  LXXII,  24  ;  voir  Wâsitî,  ap.  Baqlî,  t.  I,  244-245. 

(5)  Ap.  Baqlî,  t.  I,  p.  245  (in  medio).  Gfr.  Ibn  Sâlim  (ap.  Sarrâj, 
loma\  390). 


LES    OEUVRES    d'aL   HALLAJ  987 

nipotence  :  «  Notre  moi  a  un  secret,  que  Dieu  n'a  divulgué 
que  par  la  langue  de  Pharaon,  lorsqu'il  déclare  <'  Je  suis  votre 
Seigneur  suprême  »  —  »  (O-  Celte  théorie,  qui  confond 
l'identité  logique  du  howa  howa^  du  sujet  qui  prend  con- 
science de  sa  personnalité,  avec  l'union  mystique  (2),  rejoint 
la  doctrine  des  Qarmates,  qui  justifiaient  alors,  presque  dans 
les  mêmes  termes,  l'apothéose  de  Pharaon,  se  déifiant  à  bon 
droit  par  raison  démonstrative  [«  Je  suis  votre  Seigneur 
suprême  w],  «  puisqu'il  était  le  Maître  de  l'époque,  à  ce  mo- 
ment-là »  (3).  Wâsitî  dit  plus  timidement  (4)  :  «  Pharaon  a 
revendiqué  la  puissance  divine  extérieurement,  afin  de  la  ré- 
véler (aux  hommes),  —  tandis  que  les  moUazilitesse  la  sont 
attribuée  dans  leur  for  intérieur,  afin  de  la  dissimuler  »  == 
Pharaon  avait  raison  :  l'homme  doit  se  déclarer  croyant 
haqqa,  objectivement  (5)  ;  une  foi  subjective  n'est  qu'une  foi 
vaine  (6). 


(1)  Sarrâj,  loma\  354.  Cela  justifierait  l'interprétation,  donnée  par 
Ibn'Arabî,  de  son  autre  sentence  (citée  ici  p.  31,  n.  6).  —  Gomp.  Khar- 
râz,  ap.  Ibn  'Arabî,  fosoûs,  90.  —  Tostarî  paraît  s'être  inspiré  d'un  mot 
de  Bistârnî  (Baqiî,  shath.,  f.  34).  —  Remarquons  que  cette  question 
du  «  je  ».  aux  débuts  du  soufisme,  recouvre  un  problème  de  psycholo- 
gie ;  partis  de  la  notion  de  la  pluralité  des  «  enveloppes  »  du  cœur,  les 
mystiques  n'arrivèrent  qu'avec  l'aide  du  mo'tazilisme  à  poser  la  notion 
de  l'unité  de  l'âme  personnelle.  Ils  considèrent,  d'ailleurs,  que  cette 
unicité  n'est  pleinement  réalisée  que  chez  le  saint,  v  qui  s'est  unifié 
quant  à  l'essence  »  [wahddni  al  dhât).  Ils  en  déduisent  une  possibilité 
de  déification,  comme  nous  le  voyons  ici. 

(2)  Ici  p.  566-567. 

(3)  Circulaire  citée  ap.  farg,  281. 

(4)  Qosh.  I,  54-55  ;  critiquée  par  Ibn  al  Dâ'î,  406  ;  cfr.  Ma'arri,  gko- 
frân,  152. 

(5)  Ici  p.  585,  n.  2. 

(6)  Et  même,  selon  Wâsitî,  elle  ne  doit  être  qu'objective,  ne  laissant 
au  dedans  du  cœur  que  la  sagesse  incréée,  ma'rifah  :  tendance  anti- 
nomienne  (cfr.  suprà,  p.  784). 


938 


CHAPITRE   XIV 


Cette  tendance  quiétiste  avait  incité  déjà  Kharrâz(l)  et 
Tostarî  (2)  à  entrevoir  pour  Satan  une  éventualité  de  réha- 
bilitation finale.  Elle  hante  Ibn  'Arabî  (3),  et  'Abd  al  karîm 
Jîlî  enseigne  péremptoirement  (4)  que  Satan,  damné  par  pur 
amour,  récupérera,  à  la  fin  du  monde,  sa  primauté  primitive 
de  Prince  des  Anges  (5). 

De  même  pour  Pharaon  ;  Ibn  'Arabî,  Daoûwânî  et  Sadr 
Shîrâzî,  entre  autres,  intimement  convaincus  de  sa  sain- 
teté (6),  se  sont  évertués  à  prouver  qu'il  s'était  dit  bon  mu- 
sulman avant  d'être  noyé  (7).  De  même,  enfin ,  pour  al  Hallâj, 
dont  ils  enseignaient,  non  seulement  les  déclarations  d'or- 
thodoxie in  extremis,  mais  la  future  réhabilitation  au  dernier 
jour  (8). 

Cette  interprétation  satanisante  a-t-elle  trouvé  un  passage 
des  opuscules  hallagiens  comme  prétexte?  Nous  avons  vu  ce 
qu'il  faut  penser  des  textes  sur  «les  paroles  véritables  de 
Pharaon  »  et  sur  «  Satan,  mon  instructeur  »  (9).  Quant  au 

(1)  Taw.  p.  171  ;  cfr.  Ibn  Ma'în  (Makkî,  goût  I,  168);  et  prière  de 
Hosrî  à  Satan  ;  cfr.  Vigny,  Eloa. 

(2)  Ap.  fotoîihât,  II,  737  et  Ibn  al  Dabbâgh,  ibrîz,  II,  43  ;  et  son  «  yâ 
doûst  »  (Makkî,  qoût,  II.  82  ;  ce  n'est  pas  tout  à  fait  une  «  escobarde- 
rie  »  comme  le  suppose  Dozy  traduisant  un  mot  analogue  d'Ibn  al  Has- 
sâr  (Recherches,  II,  269)  ;  étant  latitudinariste,  il  n'a  plus  conscience  de 
sa  restriction  mentale). 

(3)  Sayyid  Mortadâ,  i(hâf,  I,  256  ;  Ibn  Taymiyah,  forqân  (ap.  majm. 
ras.,  146)  ;  Ibn'Arabî  voit  le  saint  Ma'roùf  en  enfer  (fot.,  IV,  426). 

(4)  II,  40. 

(5)  Il  considère  la  joie  orgueilleuse  des  criminels  et  des  damnés 
comme  légitime  (11,34),  car  il  l'assimile  à  la  joie  de  l'homme  intelligent, 
qui  <  dans  l'adversité  même,  méprise,  en  son  intelligence,  la  stupide 
félicité  des  imbéciles  ».  Ce  qui  n'est  pas  la  question. 

(6)  fot.  I,  307  ;  IV,  615.  Khoûnsârî,  II,  234. 

(7)  Exégèse  de  Qor.  X,  90  par  Bâqillânî  et  Khâlidî  (Sha'râwî,  kibrit, 
12). 

(8)  Ici  p.  384,  412. 

(9)  Ici  p.  615,  863. 


LES    OEUVRES    d'aL    HALLAJ  qSq 

TâSînal  Azal,  Baqlî  et  'Izz  Maqdisî  ont  surabondamment 
montré  que  cet  opuscule  raille  en  sourdine  les  prétentions 
quiétistes  de  Satan,  ce  «  faux  malâmatl  »,  qui  se  targue  d'ai- 
mer Dieu  tout  pur;  et  qu'il  conclut  à  la  damnation,  sans 
atténuation  possible,  de  Satan  ;  parce  que,  s'obslinant,  par 
orgueil,  à  aimer  la  divinité  toute  pure,  malgré  Dieu,  il  s'est 
exclu  de  toute  union  mystique  avec  Lui. 

C'est  pourquoi,  interrogés  sur  le  parallélisme  esquissé  par 
Wâsitî  entre  les  trois  «  Je  »,  les  mystiques  les  plus  pondé- 
rés, quelles  que  fussent  par  ailleurs  leurs  défaillances  quié- 
tistes, —  Kîlànî,  'Attâr,  Jalal  Roûmî,  Simnânî  et  Qàrî  (1) 
ont  non  seulement  disjoint,  mais  opposé  le  «  Je  »,  aveu  ten- 
dre et  humble,  d'al  Hallâj,  —  et  les  «  Je  »,  dénégations 
têtues  et  orgueilleuses,  de  Satan  et  de  Pharaon. 

En  outre,  'Attâr,  Baqlî  et  Najm  Râzî  rapprochent  et  assi- 
milent le  «  Je  »  d'al  Hallâj  au  <(  Je  »  du  Buisson  Ardent,  ce 
qui  réfère  expressément  à  un  passage  des  Tawâstn  (^2). 

5.  L'iconographie. 

On  a  réuni  ici  huit  miniatures  (3)  pouvant  servir  à  esquis- 
ser l'histoire  de  V'mterprétatïon  figurée  (4)  de  la  mort  d'al 
Hallâj  dans  la  tradition  artistique  de  l'Islam. 

On  sait,  par  ailleurs  (5),  ce  qu'il  faut  penser  de  la  pré- 
tendue interdiction  coranique  de  la  représentation  des  for- 
mes. Il  s'agit  en  réalité  de  simples  hadlth^  et  ce  qu'ils  inter- 
disent avant  tout  à  l'artiste,  c'est  d'essayer  de  rivaliser  avec 
Dieu,  en  donnant  une  apparence  de  vie,  une  ombre  de  mou- 

(1)Ici  p.  357,  415,  416. 

(-2)  Taw.  III,  7.  Gfr.  Ibn  Taymiyah,  ap.  Aloûsî,  jalâ,  p.  60. 
(.3)  Nous  n'en  avons  trouvé  ni  à  Berlin,  ni  à  Rome,  ni  à  Constanti- 
nople  ;  il  n'y  en  aurait  pas  non  plus  à  Pétrograd. 

(4)  Ce  qui  met  cette  étude  à  la  suite  du  chapitre  X. 

(5)  Ap.  revue  Syria,  1921. 


gio  CHAPITRE   XIV 

vemenl  aux  vaines  œuvres  de  ses  mains,  silhouette?  ou 
figurines  ;  ce  qui  restreint  donc,  sans  le  |)roscrire,  Tari  delà 
miniature. 

L'instrument  du  supplice  d'al  Hallâj  tombe,  lui,  sous  le 
coup  d'un  autre  hadith,  enjoignant  expressément  de  détruire 
toute  représentation  de  la  croix,  salîb  (1).  Comment  les  mi- 
niaturistes ont-ils  tourné  la  difficulté? 

La  plus  ancienne  miniature,  du  xiii®  siècle,  tirée  des  âthâr 
de  Bîroûnî,  ne  représente  que  les  préparatifs  de  la  cruci- 
fixion islamique,  l'amputation  des  quatre  extrémités  (2). 

Une  autre,  du  xvn^  siècle,  préfère  traiter  le  thème  d'une 
vision  traduite  ici  même  (3),  et  montrer,  auprès  du  tronc 
décapité,  un  flambeau  qui  se  dresse,  allumé- 

Du  xv^  au  xvii"  siècles,  les  artistes,  pour  pouvoir  décrire 
l'exécution  elle-même,  dont  la  mise  en  scène  dramatique 
attisait  leur  ingéniosité,  jouèrent  sur  le  mot  taslîb,  et  rem- 
placèrent l'effigie,  interdite,  d'une  «mr,  par  l'effigie,  admise, 
d'une  potence.  Nous  avons  ainsi  cinq  miniatures  (4)  où  la 

(1)  Cfr.  revue  Manâr,  XX,  n"^  V-VI. 

(2)  Ms.  Paris,  arabe  1489,  f.  113^  [190-a  ;  signalée  par  Mohammad 
Khân  Qazwînî),  Cette  miniature,  fort  belle,  comporte  un  nuage,  en 
forme  de  tdii  chinois. 

(.3)  P.  321,  ms.  Paris,  Supp.  pers.  1559,  f.  Si»»  (étudiée  par  Blochet). 

(4)  /ms.  coll.  Kevorkian,  Paris  ('Attâr,  koliiyât,  f.  N°  3*:  iïOi  ; 
signalée  par  M.  K.  Qazwînî  ;  mutilation). 

/y  ms.  Oxford  coll.  Ouseley,  add.  24,  f.  34^  (Bâ'iqarâ,  majâlis; 
i  1  o7-a  ;  signalée  par  Gowley  ;  fort  belle). 

///  ms.  Paris,  supp.  pers.  1559,  f.  53  (Bâ'iqarâ,  /.  c,  étudiée  par 
Blochet). 

IV  ms.  India  Office,  pers.  1138,  f.  40^:  Cat.  187  (Bâ'iqarâ,  l.  c.  : 
signalée  par  Ellis  ;  lapidation). 

V  miniature  coll.  Luzac  and  C°,  Londres  :  «  Hanging  an  intidel  >  (sic): 
indo-persane,  XVIII*  s. 

V^""  ms.  Khuda  Bukhsh,  Patna,  pers.  32,  f...  (Bâ'iqarâ,  Le.  ;  signée 
par  Ahmad  Hâfiz  Shîrâzî). 


LES  ceuvRES  d'al  hallâj  9^^ 

«  crucifixion  »>  d'al  Fïalluj  est  transmuée  en  «  pendaison  ». 
Ce  sont  d'amples  tableaux,  savamment  agencés,  — où  des 
personnages  richement  vêtus,  en  nombre  variable  (sept, 
quatorze,  vingt-cinq,  douze,  ou  quatre),  de  sexe  et  d'âge 
divers,  de  professions  variées,  s'assemblent  autour  du  gibet 
et  du  supplicié. 

A  la  fin  du  xviii'  siècle,  un  miniaturiste  a/[^A«w  ose  repré- 
senter al  Hallâj  sur  une  véritable  croix  (1).  Enfin,  en  1883, 
à  la  fin  de  l'édition  du  diwân  persan  (2)  qui  lui  est  attribué  à 
tort,  la  «  Duttprasad  Press  »  de  Bombay  insère  une  litho- 
graphie grossière  de  la  crucifixion  d'al  Hallâj ,  où  il  est  repré- 
senté  sous  les  traits  de  Jésus  crucïfié\  avec  le  linge,  les  clous, 
la  couronne  (à  demi  effacée,  peut-être  volontairement),  — et 
sur  l'échelle  placée  auprès  pour  le  déclouer,  un  glaive  (3),  la 
lance,  le  fouet  (4),  le  marteau  et  l'éponge.  Une  vague  traînée 
de  sang,  de  la  gorge  au  nombril,  représente  plutôt  l'étire- 
ment  des  attaches  musculaires  du  sternum  que  la  plaie 
du  côté  (5). 

(1)  Ms.  Paris,  supp.  pers.  991,  f.  1^  {i29i-a)  ;  cette  miniature  ne 
tient  pas  compte  des  mutilations  (étudiée  par  Blochet). 

(2)  Ici,  i262,  p.  96  (étudiée  par  E.  G.  Browne,  /.  c,  I,  434  n.). 

(3)  Cet  instrument,  qui  concerne  al  Hallâj,  non  pas  Jésus,  —  est-il 
substitué  à  la  colonne  de  la  flagellation? 

(4)  Où  plutôt  la  corde,  qui  servit  pour  la  descente  de  croix. 

(5)  Ces  deux  représentations  ne  sont  pas  historiquement  fondées  (cfr. 
ici,  p.  222)  ;  al  Hallâj,  après  les  mutilations,  dut  être  exposé,  selon 
l'usage,  sur  un  échafaud  {dikkah  ;  voir  le  détail  du  supplice  du  sâhib 
al  khâlAe  23  rabî'l  291/903  selon  Tabarî,  ap.  'Arîb,  4-5  ;  cfr.  ici  p.735). 
Pour  être  maintenu  en  évidence  sur  cet  échafaud,  le  corps  devait  être 
accoté;  donc  soutenu  par  le  milieu,  au  moyen  d'une  bande  de  cuir 
clouée  à  un  poteau  ;  ou  cloué  par  les  extrémités  des  moignons  à  une 
croix  en  T. 


g43  NOTE 


NOTE 


JSous  avons  ici  le  devoir  de  remercier  respectueusement  deux  maîireSf 
Ign.  Goldziher  et  Chr,  Snouck-Hurgronje,  dont  les  observations  criti- 
ques ont  amené  l'amélioration,  en  divers  points,  de  la  présentation 
technique  des  chapitres  précédents,  I-X,  et  XI-XIV. 

J'ai  une  grande  reconnaissance  pour  H .  F.  Amedroz  (+  1919),  le 
R.  P.  Michel,  de  Montmirail  (+  en  mer,  janvier  1920),  et  le  R.  P. 
J.  Maréchal,  de  Louvain,  dont  les  remarques  autorisées  ont  provoqué 
la  revision  de  plusieurs  points  obscurs,  dans  la  rédaction  en  français. 

Pour  le  chapitre  qui  suit,  et  pour  les  planches,  je  dois  de  précieuses 
indications  complémentaires  :  en  Orient,  àHâjj  'Ali  Aloûsî,  Mahmoud 
Shokrî  Aloûsî;  R.  R.  P.  P.  Anastase  Marie  de  St-Elie,  Cheïkho,  Ker- 
santé,  Ghanem  ;  Mohammad  Taha  Bishrî,  Bà'oûf  Tchàdirdji,  Moham- 
mad  Sâdiq  Mâlih,  Tâhir  Bey  Broûsaw'i,  'Alî  Aaqî,  'Alî  Bey  Bahgat 
et  J.  Couyat  ;  —  en  Occident,  à  HH  'A  bd  al  Wahhâb,  M.  K.  Qazwinî, 
M.  K.  Mahailâtî,  Tâhir  Ragragi;  T.  W.  Arnold,  M.  Asin  Palacios, 
L.  Bouvat,  P.  Casanova,  A.  G.  Ellis,  W.  T.  Gairdner,  Ign.  Guidi, 
Hirschfeld,  Cl.  Huart,  H. Massé,  VI.  Minorsky,  C.  Nallino,R.  A.  Ni- 
cholson,  D.  Rinkes,  E .  Tisserant,  G.  Wiel.  Khallafakom  AUàh  ! 


CUAiniKE  XV 
BIBLIOGRAPHIE  HALLAGIENNE 


Sommaire  : 

Pages 
I,  —  Introduction  : 

a)  Plan  suivi ^* 

b)  Bilan  des  recherches  opérées  : 

1.  Les  fonds  examinés ii* 

2.  Catégories  d'ouvrages  consultés.     ...  3* 

3.  Desiderata 3* 

c)  Les  précédents  essais  bibliographiques  : 

1.  En  arabe 4' 

2.  En  persan 4* 

3.  En  langues  occidentales -4* 

IL  —  Auteurs  arabes  (n"  101-993) 5* 

IIL  —  Auteurs  persans  (n's  i02M235) 44* 

IV.  —  Apocryphes  persans  (n"  1261-1263) 32* 

V.  —  Auteurs  turcs  (n*M3Ûl-1377) 33' 

VL  —  Auteurs  malais  et  javanais  (n°*  1391  et  1396).     .     58* 

VIL  —  Auteurs  hindis  (n"  1408-1414) 38* 

VlII.  —  Auteurs  syriaques  (n»'  1421  et  1426)     ....  39* 

IX.  —  Auteurs  Israélites  (n°'  1431  et  1433) 39* 

X.  —  Auteurs  européens  (n"'M471-1736) og^-TV 


2  CHAPITRE    XV 

I.  —  Introduction. 
Bibliographie  hallagienne. 

a)  Plan  suivi. 

Il  est  ici  donné  un  premier  essai  de  bibliographie  chronologique  des 
sources  écrites  relatives  à  al  HaHâj,  h  sa  vie,  à  ses  œuvres,  et  à  sa  doc- 
trine. La  notation  adoptée  pour  toute  référence  est  basée  sur  la  classi- 
fication décimale  ;  elle  comporte  trois  ternies  :  un  chiffre,  une  lettre  et 
un  chiffre.  Ex.  :  /  / 2-a-3'>.  Le  premier  chiffre  réfère  à  l'auteur  (ceux  qui 
ont  écrit  en  plusieurs  langues  ont  plusieurs  numéros  :  ex.  al  Baqlî  380 
et  1091  ;  al  'Âmilî  794  et  1177  ;  al  Noùiî  808  et  134S)  ;  la  lettre  qui 
suit,  à  l'ouvrage  ;  et  le  numéro  final  au  rang  du  paragraphe  visé  dans 
l'ordre  des  folios  (non  numérotés). 

Les  références  qui  n'ont  pas  laissé  de  traces  positives  dans  les  sour- 
ces sont  mises  [entre  crochets]  et  justifiées  ensuite.  Un  certain  nombre 
de  références  reportent  à  des  citations  d'œuvres  poétiques  d'al  Hallâj,  où 
son  nom  est  passé  sous  silence. 

On  a  mentionné  ici  tous  les  documents  écrits,  fatwâs,  pièces  officiel- 
les. On  a  systématiquement  exclu  de  cette  liste  dauteurs,  les  simples 
râtvls,  les  transmetteurs  oraux  du  document  verbal,  —  sauf  au  cas  où 
la  rédaction  primitive  de  leur  témoignage  s'avérait  comme  source  com- 
mune d'attestations  écrites  divergentes.  Ex.  :  Ibn  al  Haddâd  {1 30°). 

b)  Bilan  des  recherches  opérées. 

t.  Les  fonds  examinés. 

En  grande  majorité,  les  sources  consultées  et  citées  sont  manuscrites. 
Les  recherches  faites  en  Europe,  —  tant  personnellement  dans  les  fonds 
orientaux  des  bibliothèques  de  Paris,  Londres,  Berlin,  Vienne,  —  que 
par  correspondance  dans  ceux  de  Uome,  Madrid  et  Pétersbourg  sem- 
blent devoir  suffire.  En  Orient,  l'examen  personnel  des  fonds  orientaux 
des  bibliothèques  du  Caire,  —  des  mosquées  de  Bagdad,  Jérusalem, 
Damas  et  Alep  et  surtout  de  Constantinople  (11,  quoique  poussé  très 
loin,  avec  beaucoup  de  peine,  —  ne  peul  passer  pour  définitif,  —  vu 

(1)  A  trois  reprises,  mai  1909,  mai  19U  et  mai  1912.  Les  noms  orien- 
taux cités  comme  fonds  n)ss.  dans  la  Bibliographie  sans  autre  indication 
réfèrent  à  Constantinople. 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  3* 

l'insuffisance  des  inventaires  dressés  et  le  nombre  des  «  miscellanées  » 
{majrnoû'ât)  h  dépouiller.  Les  catalogues  publiés  montrent  qu'il  y  a  peu 
à  attendre  des  bibliothèques  privées,  même  des  Ifkkiés  de  Konia  et 
Brousse  ;  il  faut  en  dire  autant  de  celles  du  Caucase,  du  Turkestan,  de 
rinde  et  de  la  Malaisie;  le  Maghreb  est  également  très  pauvre  à  notre 
point  de  vue  (Fez,  Alger,  Tunis)  (1). 

Pour  conclure,  les  seuls  fonds  manuscrits  d'où  Ton  puisse  raisonna- 
blement attendre  des  informations  importantes  sont  •  les  soixante  biblio- 
thèques de  mosquée  de  Constantinople,  —  et  celles  des  \illes  de  Perse, 
dont  les  livres  ont  été  malheureusement  pillés  depuis  1913-1914,  —  et 
mis  en  pièces  par  les  collectionneurs  de  miniatures. 

2.  Catégories  d'ouvrages  consultés. 

Au  point  de  \ue  de  la  langue  :  c'est  pour  Varabe,  —  langue  théologi- 
que de  rislâni,  que  les  recherches  ont  été  le  plus  poussées  ;  puis  pour 
le  persan  ;  les  ouvrages  turcs  ont  été  moins  étudiés  :  al  Hallâj,  d'ail- 
leurs, ^  est  surtout  cité  comme  un  thème  poétique  d'origine  persane. — 
Les  auteurs  europc'iis  ont  été  recensés  avec  soin. 

Au  point  de  vue  des  matières  :  la  série  des  historiens,  histoires  géné- 
rales du  khalifat,  histoires  locales,  curiosités  historiques,  recueils  de 
biographies,  a  été  revisée  de  près.  De  même  celle  des  mystiques,  — 
commentaires  du  Qor'àn,  traités  mystiques,  anecdotes  dévotes,  hagio- 
graphies. De  même  celle  des  juristes,  —  traités  dogmatiques  sur  les 
Osoûl,  recueils  de  décisions  (fatwas),  hérésiographies.  Au  point  de  vue 
littéraire,  rares  ont  été  les  anthologies  qui  ont  livré  quelques  vers  d'al 
Hallâj  (2).  Les  légendes  populaires  ont  été  plus  riches. 

3.  Desiderata  (3). 

Il  reste  possible  de  retrouver  plusieurs  des  ouvrages  authentiques 
d'al  Hallâj,  notamment  le  Kiiâb  al  sayhoûr,  signalé  au  XVII'  siècle  à 
Constantinople  par  Hâjjî  Khalîfah  ;  et  il  y  aurait  des  documents  précis 
sur  sa  doctrine  à  exhumer  des  recueils  inédits  de  jurisprudence  sun- 
nite, et  surtout  shî'ite  imâmite,  qui  sont  conservés  en  Perse. 

c)  Les  précédents  essais  bibliographiques. 
Il  n'avait  pas  été  tenté  jusqu'ici  de  bibliographie  hallagienne. 

(1)  Un  ms.  des  Akhbâr  at  Hallâj  m'a  été  signalé  comme  vu  à  Tlem- 
cen,   par  M.  Cour. 

(2)  Ms.  Kôpr.  1620,  ms.  Londres  DCXLIV. 

(3)  L'abrévatiôn  «  ms.  'Ajjân  [al  HadîdJ  »  réfère  à  une  précieuse  bi- 
bliothèque de  Kazimên,  disloquée  par  la  guerre,  et  dont  je  n'ai  eu  que 
le  catalogue  descriptif  détaillé,  à  Alep(1919). 


4*  CHAPITRE    XV 

Rn  langaes  orientales,  nous  trouvons  seulement  :  en  arabe  : 

173-a.  Ibn  al  Nadim  Fihrist  (/,  19.2)  :  liste  des  œuvres  d'al  Hallâj. 

440-a.  Sibt  Ibn  al  Jawzî.  Mir'ât  al  Zamdn,  f.  Tl''  :  réfère  à  260-a, 
167-a,   126-a,  15l-a,250-a,  370-a-c,  3.20-a. 

512-e.  Ibn  Taymiyah  /(il.db  {Kawâkih  XXVI-1)  :  réfère  à  1 3$-a, 
250-a,  260-a,  370-a,  i70a-. 

812-fl.  Mou'min  al  Jazâ'irî  Khizânat  al  khayâl  :  réfère  à  i GO-a, 
242-a,  315-a,  179-a,  2I3-a,  5/  i-a,  465-a,  586-a. 

923-a.  Bâqir  al  Khoùnsârî  R<nvdât  al  jannât,  pp.  227,  234-237  : 
réfèreà  47/-a.  4  1 1 2-a,  ii77-a,  1i75-a,  179-a,  1 60-a,  242  a-b, 
51i-a,  8'12-a,  590-a,  li61-a,  805-a,  794-a,  1 1 27-h. 

En  persan  : 

1175-a.  Noûr  allâh  al  Shoûshtarî  Majâlis  al  mou'minîn  :  réfère  à 
350-a,  i059-c,  1 1  il-a,  51 1-a,  i90-a(?),  1  i 39-a. 

1219-a.  Bahbahânî  Risâlah  Khnyràiiyah  :  réfèrek  I  iôO-a,  1081 -a, 
1129-a,  179-a,  1 1 S  1-a,  242-a,  474-c,  1070-a,  1101-c-d. 

En  langues  occidentales  : 

Après  Erpenius  (/50/),  éditant  *462-a,  on  trouve  les  bibliographies 
suivantes  (les  ^nouvelles  sowces)  : 

Pococke  (1520-a)  :  *281-a,  *520-a,  *471-a. 

d'Herbelot  (loiO-a):  *590-a,  *8 1 0-a,*1 1 52-b  {1 157-a),  *i155-a, 
*1 161a,  462-a,  *ô30  a. 

Tholuck(lo80-a),  p.  69  :  *252-a,6ti)-a,  *472-a{1 540-a),{1 561  a)  ; 
*1  101-c. 

de  Slane  (i590-a),  p.  426,  n.  7  ;  *o4i-a. 

von  Hammer  (1602-a)  :  *172-a,  *660-n,  *513-a. 

Fliigel  (1610-a)  :  660-a,  5-20-a,  471-a,  252-a,  472-a. 

Uozy  (161 1-a)  :  *420a,  520-a,  *121-a,  *167-a,  471-a,  4 101-c. 

von   Kremer   (I6l6-a)  :  4'20-a,  *3t0-a,  *o03-a,   *74l-c,  *24l-a, 
*280-a,  472-a,  172-a. 

Rieu  (1622-a)  :  471-a,  *741-a,  * /  lôO-a,  *1 1  75-a  ;  *86 l-b',*1 157-a  ; 
*1101-a. 

Uugat  (1626-a)  :  690-a,  471-a,  *280-d. 

de  Gocjc  (16S0-a):  * i64-a,  *  17 1-a,  * 29 1-a,  471-a,  *282-a,*370-a, 
660-a,  472-a,  172-a,  530-a. 

Brockclmann  (1652-a)  :  47l-a,  420-a,  172-a,  *330-a. 

Schreiner  (163.«-a)  :  Kremer  (1616-a)  -f  172-a,  *134-c,  *190-a, 
*201-a,  741ra,  *941-a. 

Gibb(1660-a)  :  *1311-a,  *1321-a,  *1 341-a,  *1 361-a,  *1 362-a, 
*1366-a. 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENIVB  5* 

Browne(1673-a)  :*/'// -a,  *JJ35-a  (1650-a)  =  de  Goeje,  HOl-c, 
330-a,  *J26.2-a,  */  /  /  /-a,  UoO-a. 

FriedlJinder  (1693-a)  (II,  115)  :  IH-a,  4Tl-a,  201-a,  172-a,  164-a, 
252-a,  *?U-a,  *l45l-a,*14o6-a  ;  *160-a. 

Massignon  {J69ô-h),  p.  248,  n.  2  :  'J70-b,  *'J9J-d,  *.260-a,  370-a, 
44/-b,499-a,  llOl-a,  *'J3ô3-a.  —  p.  249,  n.  1  :  20i-a,  *J40-a, 
*280-a-b-c-d-e,  310-a,  *34J-a,  *380-a.  1091-a,  MO/-a,  H01-a-c, 
*1i03-a,  *42l-c-d,  1107-a,  *441-a-b,  IHl-a,  lllS-a,  471-a,  *4ôO-a, 
*480-a  et  note,  *433a,  502-a,  *512-a-i,  522-a,  *^523-a,  *53l-a, 
1129-a,  *o41-a,  581-a,  583-a,  1321-a,  *664-a,  *1159-a,  1141-a, 
*690-b,  *7J0-a,  '790-a,  *793-a,   *H77-a,    812-a,   *SI  l-a,  843-a, 

II.  —  Auteurs  arabes. 

101  'Amr  ibn  'Olhmân  al  Makkî  +  291/903,  Bagdad  :  mystique  : 

a.  Jiasail  ilà  Khoûzi&tân  (vers  284/897)  (cit.  i9t-b). 

102  Aboù  Bakr  Mohammad  Ibn  Dâwoûd  al  Isfahânî  +  297/909, 

Bagdad  ;  juriste  :  zâhirile  : 

a.  fativà  {bilakfîr  al  Hallâj)  (vers  296/908) (texte  :  19  1-b- 
4",  20i-a-i2'>). 

103  Aboù  al  'Abbâs  Ahmad  Ibn  Sorayj  +  305/917,  Bagdad  :  juriste  : 

shâfi'ife  : 

a.  fatwà  {bitaîvaqqof...  hâl  al  Hallâj)  (296/908)  (citée 
471-a-14\  690-e,  201-a-li\  1091-b-14'^). 

104  Aboù  al  Hasan  'AU  ibn  Ahmad  al  Râsibî  +  301/914,  Doùr  al 

Râsibî  :  walî  de  Soùs: 

a,  Risdlah  [fî  al  qabd  'alà  al  Hallâj]  (301/913)  (citée 
126-a'5°,  i64-a-6°). 

105  Aboù  'Alî  Hâroùn-b.   'Abd  al  'Azîz  al  A"wârijî  al  Anbarî,  né 

278/891  +'344/955:  mystique: 

a.  kilâb  fi  makhârlq  al  Hallâj  tva  Jpyalihi  (écrit  eu  308- 
921)  (cité  in  i2o-a-4o);  extr.  in  i62-a(?) 

106  Aboù  Ja'far  Ahmad  b.  Ishâq  Ibn    Bohloûl    al   Tanoùkhî,  né 

231/845  +  318/930,  Bagdad  :  qâdî  desqâdîs  :  hanéfite  : 

a.  faliva  (vers  le  début  de  309/922)  (texte  in  i71-a-9''). 

b.  fatwà  (vers  le  milieu  de  309/922)  (texte  in  162a-7'>). 

107  Aboû  'Omar  Mohammad-b.  Yoùsof  al  Azdî,  né  243/857  -+-  320/ 

932,  Bagdad  :  qâdî  :  malékite. 

a.  fativd  (vers  le  début  de  309/922)  (cfr.  iTZ-a-S"). 

b.  falwâ  (vers  le  milieu  de  309/922)  (cfr.  162-a-7''). 

c.  fatwà  {bi  bâhat  dam  al  Hallâj,  18  dhlq.  309/20  mars 
922  ;  contresignée  par  le  qâ^î  Aboù  al  Hosayn  'Omar  b.  al 


6*  CHAPITRE    XV 

Hasan  al  Shaybânî  Ibn  al  Oshaânî,  né  260/873  4.  339/950, 
qâdî  shâti'ite  (zaydite)  ;  et  82  autres  autorités  {SSO-a^i  i"', 
503'a-i3\  499-a-3  i''),\extQ[n  125-a-3  8\  3  70-a. 

108  Aboù  Mohammad  Hâmid  ibn  al  'Abbâs,  Qé  223/837  +  311/ 

923,  Wâsit-  vizir  : 

a.  kxlâb  ilâ  al  Moqtadir  bi  Alldh  (18  dhlq.  309  =  20  mars 
922)  rédigée  par  Ibn  Zanjî  (cit.  12ô-a-40°). 

b.  Roq'ah  ilâ  Nasr  al  Qoshoùrî  (id.),  id.,  (id.), 

c.  kitâb  ila  al  Moqtadir  bi  Allah  (21  dhlq.  309  =  23  mars 
922),  id.  (cfr.  f2ô-a-40\  i62-a-10°). 

109  Aboù  al  Fadl  Ja'far-b-Ahmad  al  Moqtadir  bi  Allah,  né  282/ 

895  +  320/932,  khalife  : 

a.  kolob  ilâ  Nasr  al  Sâmânî  (vingt  lettres,  309/922), 
rédigées  par  Ibn  Zanjî  (cit.  1 25-a-24°.  Cfr.  protocole  in 
220-a,  pp.  147,  153). 

b.  tawqV  bi  qat.l  al  Hallâj  (22  dhlq.  309  =  24  mars  922), 
id.  (cit.  i2ô-a-42o,  162-a'IO'',  comp.  i26-a-J9'>). 

HO    Aboù  a.1  'Abbâs  Ahmad-b-Mohammad  Ibn  'Atâ  al  Adamî,  +  309/ 

922,  Bagdad,  traditionniste  : 

a.  tafsîr  in  Qor.  III,  188,  VII,  11,  97,  XX,  109,LIII,  43, 
XGVI,  19  (in  f70-d.  380-a,  ôSI-a-S^,  741 -a). 

b.  falwà  (en  309/922),  (cit.  170-b). 

111     Aboù  Ja'far  Mohammad-ibn  Jarîr  al  Tabarî,  né  224/838  +  310/ 

923,  Bagdad,  juriste  :  shâfi'ite. 

a.  taWîkh   [akhbâr  al  rosol  iva   al  moloûk),  jusqu'en 

302/914  :  lll*  série,  éd.  de  Goeje,  IV,  2288-2289  (sub  anno 

301  ;  sauf  addition  sur  la  mort,  qui  manque  in  ms.  Berlin 

9414)  (1). 

[112     Aboù  Sahinsma'îl-b-'Alî  Ibn  Nawbakht,  né  237/851  +311/ 

924,  juriste  :  imâmite  : 
a.  cfr.  / 1 3-a.] 

fll3    Aboù-Mohammad   al  Hasan-b-Moùsa    al    Nawbakhtî,   écrit, 
après  290/902  : 

a.  kitâb  mojâlasât  Abî  Sahl  {=  112)  ma  'Abî'Ali  al 
Jobba'i  bi  al  Ahwâz  (titre  cité  inTusy's  list,  p.  58,  fragments 
in  120-a-i3%  1 26-a-8\  1 62-a-2°). 

b.  Radd  'aldashâb  al  tanâsokh  wa  al  gholât  (perdu^  cité 
in  Tusy's  list  98-99,  Fihrist  77),  (fragm.  in  1 20^-a-1 2°-1 7\ 

c.  al  Arâ'  îva  al  dtyânât  (perdu),  (source  de  1 21-a).] 

(1)  Les  traductions  persane  et  turque  s'arrêtent  à  l'an  295, 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  7 

[lU    Aboû  al  Qâsim  'Ahd  allâh-b-Ahmad  al  Ka'bl  +  319/931  :  ju- 
riste :  hanéfite,  théologien;  mo'tazilî. 

a.  'Oyoùn  al  ma!>â'il  va  aljmrâhât  (perdu,  cité  in  Fîhrist 
342,  345),  (source  de  201 -a,  source  probable  du  passage 
commun  à  1 2i-a-4''  et  ^Ol-a-l 8",  et  du  passage  commua  à 
201-a-l8<'  et  /90-a-5°)]  (1). 

115  Aboû  Bakr  Mohammad-b-Zakari)â  al  Fâzî  +  320/932,  médecin 

et  philosophe,  a  connu  al  Haliàj  {/GôÔ-a,  1101-c)\  il  l'au- 
rait cité  comme  médecin  en  son  al  Hâic\  (cfr.  147 i-a^ 
1546'a)  (?). 

116  Aboù  al  Hasan  'Alî  ibn  al  Fath  al  Motawwaq  +  320/932  : 

a.  manâqib  al  ivozarâ  (de  20o  à  319) —  perdu  —  (citéap, 
Fihristl,  128,  129,  131  ;  cfr.  Wiener,  Islam,  IV,  387)  — 
source  probable  du  fragment  commun  à  17  2-a,  21  i -a.] 

117  Aboù  al  Qâsim  al  Ilosayn  Ibn  Roûh  al  Nawbakhtî  +  328/939: 

111*  wakil  des  Imâmites  : 

a.  iawqV  fî  la'nat  al  Hallâj  iva  al  barâ'ah  minho  (dr. 
515-a). 

119  Aboù  'Abdallah   Ibrahîm-b.   'Arafah  Niftawayh  +  323/934: 

grammairien  et  historien  : 

a.  taHkh  (cfr.  576-a-2'^). 

1 20  Aboù  al  Hosayn  'Obayd  AIlâh-b-Ahmad  Ibn  Abî  Tâhir,  écrit, 

avant  320/932  :  historien  : 

a.  kitâb  Baghdàd  (cit.  Fihrist,  147),  extr.  in  172-a-6*t 
21  l-a-J"). 

121  Aboû  Zayd   Ahmad  ibn  Sahl  al  Balkhî  +  322/934  :  vizir   et 

géographe  : 

a.  Sowar  al  aqâlim  (écrit  en  deux  recensions,  vers  308/ 
921  et  vers  319/931),  reprod.  in  1 35-a  et  '167-a. 

122  Aboù  al  'Abbâs  Ahmad-b-Ja'far  al  Radî  bi   Allah,  né  297/909, 

+  329/940:  khalife: 

a.  Risâlat  ilà  Nasr  al  Sâmdyû  (322/933)  (comp.  109-a), 
extr.  in  4 1 0-a-2°. 

123  Aboù  al  Hasan  'Alî-b-al  Hosayn  Ibn  Abî  Boûyeh  (père  de  1 60) 

+  328/939  Qomm,  juriste  :  imâmite  : 

a.  Riwàyât  (fragm.  in  19 1-a,  242-b). 
fl24     Aboû  Bakr  Ahmad-b-Moùsà  Ibn  Mojâhid  al  Tamîmî,  né  245/ 
859,  H-  324/935  :  qârî  :  source  unique  probable  de  : 

a.  Riwâyah  sur  le  mot  «  Ana'  alHaqq  »  prononcé  chez  al 

(1)  Question  discutée  ici,  chap.  XIII- 


O  CHAPITRE    XV 

Shiblî  ;  (qu'il  aurait  transmise  par  Ibn  Khâlawayh  à    1 50-a, 

et  par  Aboû  "Alî  al  Fasa"wî  à  5/  /-a).] 
125    Aboù  al  Qâsitn  Isma'il  Ibn  Abi  'Abdallah  Mohammad  Zanjî-b- 

Isma'îl  al  Anbârî,   écrit  vers  323/936  ses  «  Mémoires  »   de 

greflier  aux  Mazâlim  (cfr.  220'a,  pp.  177,  23,  228.  230,  233). 

Publiés  probablement  ap.  1 27-a^  utilisés  par  iôJ-a,  republiés 

ap.  )7 1-a,  et  via  162,  ap.  250-a-85'',  ils  contiennent  : 

a.  Dhikr  akhbâr  al  Hidlàj...  ilà  hhii  7naqtaliki,  compte 

rendu  du  procès  de  309/922   (par  le  greffier  adjoint).  Cfr. 

/5/-a,  17/ -a,  250-a,  282-a.  Publié  ap.  Quatre  Textes..., 

l  {J 695-1)  {ôô  §). 
-126     Aboû  Bakr  Mohammad-ibn  YoùsoFal  Soûlî  +  334/9io,  Basrah  : 

irnâmite  : 

a.  Akhbâr  al  Moqladir  (in  kitâb  al  aivrâq),  réédition  de 

:/2(^-a  (avec  addition)  ms.   Azhar  ff.   124^-126'*:   publ.   par 

Kratchkovsky  (cfr.  '1724-a),  fragm.  in  260-a  (d'oii  dérivent 

370-a,  440-a,  501-a,  530-a,  830-a],  abrégé  in  J 64-a 

{20  §). 
[127    Aboù  'Abdallah  Mohammad  Ibn  'Abdoùs  aIJahshîyârî  +  331/ 

942  ;  historien  : 

a.  Akhbâr  al  Moqladir   bi  Allah  («    fî    'oloùf  min   al 

awrâq  »,  selon  1 54-a,  VIII,  p.  249),   perdu,   fragm.  en  tête 

de  125-a  (prologue)  et  in  220-a  (1)  (p.  31.3)]. 

128  Aboû  Bakr  (2)    Mohammad-b-Moûsii  al  Wâsitî  ibn  al  Far- 

ghânî  -h  331/942  :  Merv.  mystique  : 

a.  tafsîr  al  Qor'ân  (perdu,    édité  par  Qâsim  Sayyârî, 
source  de  /  70-d). 

b.  hikam  (in    741-a,  I,  99,  et  10ô5-a,   p.   134)  (cfr. 
530-a-26°). 

c.  Hâ  Mim  al  Qidam  (perdu,  cité  1 09 1 -a- 2 2 3°). 

129  Aboû  'Omârah.  (Aboù  Bakr,  ou  Aboù  iMoghîth)  Mohammad-b- 

'AbdallAh  al  Hâshimî  al  Rabî'î,  chef  des  Hallâjîyah  del'Ah- 
wàz  et  de  Basrah,  après  309/922  (cfr.  '125-a-20%  J62-a- 
19\  282-a-4°). 

a.  édition  du  kitâb  al  Tawâsîn.  Cfr.  1695-j,  p.  xi). 

130  Aboû   Bakr  Mohammad-b-Âhmad    Ibn  al   Haddâd  al   Misrî 

+  343/936,  qâdî  des  qàdis  :  shâfi'ite  : 

a.  /iiivâyât  fî  al  JJallâj  (source  commune  à  /  70-a,  et 
191 -a). 

(1)  Question  discutée  ap.  Quatre  Textes...,  pp.  6-7. 

(2)  Très  probablement  identique  au  suivant. 


BIBLIOGUAPHIK    HVLLAGIENNE  9 

131  Aboù  al  Qàsim  Fâris-b-Abî  al  Fawâris  'îsa  al  Dîûawari,  -f  vers 

340/951  :  mystique  : 

a.  Ta'lîfât  îl  madhhab  ni  flallàj  (citées  .230-a,  1 1 50- 
a-S-P),  perdues  (source  de  / 43-a,  1 44-a,  170-a-d). 

b.  [édition  des  osh'àr  iva  monâjâl  al.  H.  b.  M.] 

132  Aboù  Mohaminad  Jaïar  Iba  Nosayr  al  Klioldî  (al  Khâlidi)    -f 

Bagdad  34S/9o9 :  mystique: 

a.  Hikdydt  al  masha  ikh{perdn),exlrsi\ls  (\n.  10 59 -a.  28", 
29°,  2il-a-l7\  250-a-2l%  cfr.  i40-a). 

133  Aboù  Mohammad  Isma'îl-b-'Alî  al  Khotabî+|3oO/981  .historien  : 

a.  larîkh  Baghdàd  (perdu),  extrait  in  250-a. 

134  Aboù  al  Hasan'Alî-b-al  Hosayn  al  Mas'oûdî  +  346/937,  Fostât, 

historien  mo'taziîî  : 

a.  moroûj  al  dhahah  (écrit  336/947),  éd.  Paris,   III,  267. 

b.  maqâldt  arbôb  al  nilial  wa  rouasâ  al  milal  (perdu, 
cité  c-7°). 

c.  al  ianblh  wa  ni  ishràf  (écrit  345/956),  éd.  Goeje, 
p.  387  ;  trad.  fr.  Vaux,  p.  492. 

135  Aboù  Ishàq  Ibrahîm-b-Mohammad  al  Istakhrî  :  géographe  : 

a.  masâlik  al  mamâlik  (rééd.  i21-a)  ras."  Berlin  6U32  II". 
eS^^-eS"  =  ms  Topqapou  2820,  f.  142  =  éd.  Goeje,  1870, 
pp.  148-149. 

136  Aboù  Mohamtnad  '.\bdallah  Ibn  Khodhyàn  al  Farghânî  -f-  avant 

370/980,  historien  : 

a.  al  modhayyal  (suite  de  /  /  /-a.  après  302/914)  (perdu, 
extraits  in  i  64-a,  et  4i0-a,  YI,  298). 

137  Aboù  al  Hosayn  'Abdal!àh-b-Moùsa  al  Sallâmî  +   374/983  ; 

{350-a,  fr.  320'');  mystique,  discipled'al  Shiblî  : 

a.  ta'rikh  (perdu  ;  utilisé  par  /  70-d,  in  Qor.  XXVI  et 
25/ -a, IV- 120)  —  extrait  in  660-a,  II,  218-219  (?  via  170b). 

140  Aboû  Zor'ah  Ahmad-b-Mohammad  al  FadI  al  Tabarî  -|-  après 

353/964,  Shîràz  :  mystique  : 

a.  /?i?t'fl!/af  (perdu,  sourcecommuneà  170-a,  1S1-a-2<^). 

141  Aboù  'Abdallah  Mohammad  Ibn  Khafîf  al  Dabbî  -|-  371/980  : 

théologien  :  ash'arite  ;  mystique  :  chef  d'ordre. 

a.  TaTifât  (œuvres  perdues,  extraits  in  1 059-a- 1 3", 
'191 -a,  362-a). 

142  Aboù  Nasr-'Abdallàh-b-'Alî  al  Sarrâj  -|-  377/987  ;  mystique  : 

a.  tiitàb  al  Loma',  éd.  Nicholson,  p.  XI,  XXX,  95*,  108, 
231,  303,  346,  348;  248,  361,  372,  384.  ms.  Ellis  ;  ms.  Lon- 
dres Or.  7710,  f.  164''. 

b.  Mihan  al  soûfîyak  (perdu,  cité  634-a,  ch.  XVI). 


10  CHAPITRE    XV 

143  Aboû  Bakr  Mohammad-b-Ishâq  al  Kalâbâdhî    +  380/990  :ju. 

riste  :  hanéfite  ;  mystique  :  fârisî. 

a.  al  ta'arrof  H  madhhab  ahl  al  tasatvwof  :  i"  récen- 
sion,  de  Sohrawardî  Mnqtoûl  {363 -b)  :  ms.  Qâdt'askar  1254 
—  Oxford  II,  233  ;  Caire;  ^'récension,  d'al  Qônâwî(5/3-a)  : 

■  ms.  Wien  1888,  Fâtih  2661,  Walî  al  Dîn.  Al  Hallâj  est  dési- 
gné dans  cet  ouvrage  parla  périphrase  «  ba'd  al  Kobarâ  [fî 
kalâra  laho)  —  sauf  deux  fois,  in  fine,  où  il  est  nommé  Aboù 
al  Moghîth  {50  §). 

b.  al  akhbâr  bi  faivaid  al  akhyâr,  ras.  Fâtih  697,  Paris, 
5855  :  ff.  264%  381»^,  393»^  (87%  112%  132%  155%'204«). 

144  Aboû  al  Faraj  'Abd  al  Wâhid-b-Bakr  al  Shîrâzî  al  Warthânî  + 

en  Hedjaz  372/981  :  traditionniste  : 

a.  Ta'rîkh  al  sciifîyah,  (perdu,  cité  ap.  Akhbâr  alsâlihin^ 
ms.  anon.  Caire,  tas.,  f.  58^)  (source  de  /70-a-/5%  iô"). 

145  Aboù  Tâlib  Mohammad  al  Makkî  +  380/990  :  théologien  :  sâlimî. 

a.  Qoût  al  qoloûb,  impr.  Caire,  1310,  II,  T6-77  (cfr. 
1695-j,  p.  XIV),  78-79,  85,  87,  90  (cfr.  ê80-a,  I,  74). 

150  al  Motahhar  ibn  Tâhir  al  Maqdisî  al  Bostî,  écrit  en  355/966  : 

polygraphe  : 

a.  Kitàbalbad'waal  ta'rîkhyms.'Dhmêid  Ibrahim  PâshA.., 
ms.  Rostom  Pâshâ  345,  éd.  Huart  II,  90-92  (1)  (texte),  80- 
82  (trad.). 

b)  partie  inédite,  copie;Huart,  ff.  178'\  179''. 

151  Thâbit  Ibn  Sinân  al  Sâbî  +  366/976  :  historien  : 

a.  ta'rîkh  (ans  29D/9a7  à  360/970)  :  frgm.   in    n3-a-7° 

(an  299),   440-a-'l''   (an   301),   et  440-a-3^   (an  309)  via 

260-a  (utilise  i 25-a)  [28  §). 
160    Aboû  Ja'far  Mohammad-b-'Alî  Ibn  Bâboûyeh  al   Sadoùq  -f- 

38J/99I.  théologien:  imâmite. 

a.  rtiqâdât  al  Imdmnjah,   ms.    Londres  Add.   19,    623, 

f.  24^>  (partiellement  publié  in  i693-a,  II,  13),  voir  /74-a. 
162     Aboû  'Ali  Mohassin  ibn  'Alî  al  Tanoûkhî  +  384/994,  juriste: 

hanéfite  :  écrit,  d'après  le  mo'tazilile  Ibn  al  Azraq,  neveu  du 

qâdî  Ibn  Bohloùl,  plusieurs  récits,  ap.  : 

a.  nishwâr  al  mohâdarah  ms.  Paris  3482,  ff.  52'"-68  {24  §). 

b.  (réédition  de   J25-a.    Cfr.   250-a-44o-47%    85')  : 


(1)  D'après  Aboû  "Abdallah  (=  Ibn  KhAlawayh  +  370/980  ;  cfr. 
2ii'a,  p.  559),  élève  d'Aboù  Bakr  IbnMojâhidet  deNiftawayh  (Sobkî, 
II,  213). 


BIBLIOGRAPHIfc;    HALL\GIENNE  II 

transmis   par  son  fils  Aboù  al  Qâsim  "Alî  (né  370/980,  + 
447/1055). 

164  'Arîb-ibn  Sa'd  al  Qortobî,  écrit  vers  366/976  :  historien  : 

a.  Silat  tarikh  Tabarî  (suite  ào,  i  I  /-a, copié  de  1 26-a) 
ms.  Gotha  1554,  éd.  de  Goeje,  1897,  pp.  86-108. 

165  AboQ  Baitr  Mohammad  Ibn  al  Tayyib  al  Bâqillâai  -I-  403/1012, 

théologien  :  ash'arite  ;  juriste  :  malékite. 

a.  Kitâb  fV  ajz  al  mo'tazilah  'an  tashih  datdHl  al  noboû- 
ivah  (perdu,  extr.  in  201-a-IO'').  Gfr.  Sobkî,  II,  63. 

167  Aboù  al  Qâsim  Ibn  I.Iawqal,  écrit  en  367/977  :  géographe  : 

a.  masâlik  al  mamàlik,  éd.  de  Goeje,  pp.  209-210  (comp. 
récension  de  260-a,  in  440-a,  et530-a). 

b.  id.,  trad.  persane,  ms.  Eton,  trad.  en  angl.  par  Ou- 
seley  (cfr.  1561-0). 

168  Aboù  al  Hosayn-b-Mohammad  Ibn  Sam'oûn  -f  386/996,  Bag- 

dad, mystique  hanbalite  : 

a.  hikam,  publiés  par  Aboù  al  Hosayn  'Alt-b-'Omar  al 
Qazwînî  (né  364/974  -f-  442/1050)  :  (fragment),  cité  in  ^4/ -a, 
IV,  226  (cfr.  1693-j,p.XW). 
170     Aboù  'Abd  al  Rahmâu  Mohammad-b.  al  Hosayn  al  Solamî,   né 
330/941,  +  412/1021,  Nîshâpoùr,  mystique. 

a.  tabaqdt  al  soûftyah  (IIP  class.)  ms.  Londres  Add. 
18520,  fî.  69^-70^,  ms.  Berlin  9972,  tf.  73^-75%  ms.  'Âshir 
Effendi  677,  ms.  'Omoùmî  157  ff.  57^-59»  {28  §). 

b.  ta'rikh  al  soûfiyah  (perdu,  frag.  in  250-a  et  i81-a), 
fragments  publiés  ap.  Quatre  Textes...,  II  {1 695-1)  (1). 

c.  Jaivâmi'  âddb  al  soûjîi/ah,  dern.  chap.  de  ses  Sonan 
al  soûfiyah,  perdues  ;  ras.  Laléli  Jàmi'  1516,  ff.  157^,  158^, 
31,  159*-''(4)  (8  §). 

d.  tafsîr..  bi  lisân  ahl  al  haqaiq  mss.  Azhar,  Kôpr.  91 
(daté  1077),  Kôpr.  92  (daté  739),  Fâtih  260,  Fâtih  261  (daté 
600),  Fâtih  262  (daté  661),  Qâdi'askar  82  (daté  699),  Qàdî'as- 
kar  81,  Hakim  Oghli  99  (t.  II,  daté  732),  Yéni  Jàmi'  43  (ré- 
cension de  Hisâm  al  Dîn  al  Kâmilî  al  Khwârizmî,  an  771), 
Walî  al  Dîn  148  (daté  681),  Dâmâd  Ibrahim  115,  Alexandrie, 
Bankipore.  Citations  ù'al  Hosayn  (-b.  Mansoûr  =  al  Hal- 
Iâj)(2):  inQor.  I,  1(2),  II,  14,  51  (2\  109,  256(2),  III,  16  (4), 

(1)  Ecrit  avant  371/982  ;  utilisé  dans  tarikh  du  Hâfiz  al  Hâkim  Mo- 
hammad Ibn  al  Bayyi'  al  Dabbî,  historien  critique  des  tradilionnistes 
(cfr.  Sam'ânî,  s.  v.  Solamî  ;  Sobkî,  III,  68). 

(2)  Ainsi  que  le  remarque  Ibn  al  Jawzî  {370-b,  ch.  X). 


12  CHAPITRE    XV 

25,  19,  34,  77,  89,  138,  188,  IV,  103,  124.  138,  V,  3,  23,  39, 
toi,  116,  119,  VI,  2,  18,  19,  53,  66,  69,  73,  76,  91  (2),  103, 
Vil,  1  (2),  22,  28,  97  (2),  139,  140,  158,  171  (3),  204,  IX, 43, 
112  (2),  129,  X,  1,  33  (2),  35  (2),  43,  82,  XI.  1,  3,  47,  XII, 
67,  76,  106,^X111,  9,  28,  42,  XIV,  15,  XV,  75,  99,  XVI,  21, 
XVII,  72,  76,  110,  XVIII,  8,  17,  48,  64,  78  81,  107.  109, 
XIX,  13,  55,  57  (2),  XX,  18  (2),  26,  106,  XXI,  38,  43,  83, 
110.  XXIII,  12  (3),  14,  15,  93,  XXIV,  26,  31,  35  (3),  37  (2), 
53,  XXV,  2,  4,  22  (2),  60,  XXVII,  29,  60,  XXVIII,  24,  46, 
73,  85.  XXX,  39(2),  45,  XXXII,  16,  XXXIII,  23,  35,  72  (2), 
XXXV,  16,  29,  XXXVI,  10,  21,  55,  82,  XXXVII,  106,  XXXIX, 
23  (4),  55,  63,  67,  XL.  15,  67,  XLII,  17,  XLIV,  51,  XLVI, 
25  (2),  XLVII,  21  (2),  XLVIII,  10.  29,  XLIX,  3,  17,  L,  1,  36 
(3),  37,  LI,  21,  LU,  47  (2),  LUI,  3,  24,  43,  LV.  1,  LVI,  23, 
LVII,  3  (4),  5,  LVIII,  8,  22  (2),  LIX,  8,  LXII,  4,  LXIV,  3, 
LXV,  2,  LXVIII,  4  (4),  LXIX,  38,  LXXII.  7.  LXXIV,  3-4,  52, 
LXXXII,  8,  LXXXV,  3,  LXXXVIII,  8,  13,  19,  LXXXIX,  17, 
XGVI,  19,  XGVIII,  4,  5,  GII,  5,  7  (2),  GIX,  1,  GXII,  1  (3), 
CXIII,  1. 

Plusieurs  des  citations  figurent  sous  deux  recensions  dif- 
férentes (17  =  49,  47  =  93,  52  =  108,  168  =  173,  ItO  =z 
150,  146  =  151,  4P  =  57,  4^  —  152),  ce  qui  semble  prou- 
ver qu'ai  Solamî  s'est  servi  pour  les  citer  de  deux  gloses  diffé- 
rentes, des  œuvres  d'al  Hallâj,  celles  de  Fâris  et  d'Aboù  Bakr 
al  Wâsitî. 

e.  Dhikr  asinâ...  (abrégé  de  a),  ms.  Kôpr.  1603  (daté   743). 

/.  Osoûl  al  malâmatîyah  iva  ghalatât  al  soûfîyah,  ms. 
Caire,  VII,  228,  ff.  67^  79^. 

171  Aboù  'Alî  Ahmad,  dit  Miskawayh  -|-    421/1030,  polygraphe  : 

a.  tajdrib  al  omam  (écrit  372/982)  :  ms.  Paris  5838, 
ff.  H2''  et  124  seq.  (publ.  in  éd.  de  /64-a  par  de  Goeje, 
pp.  86-96  n.),  ms.  Âyâ  Soùfîyâ  (éd.  phot.  Teano-Amedroz, 
t.  V  :  années  284-326). 

172  Aboù  al  Faraj  Mohammad-b-Ishâq  Ibn  al  Nadîm  al  Warrâq, 

bibliographe,  écrit  vers  377/988  : 

a.  kitâb  al  /ihrist,  1°  éd.  Fluegel,  1871,  pp.  188,  190- 
192,  d'après  ms.  Kôpr.  1134,  ff.  28''-30*  via  copie=ms.  Paris 
4458  (anc.  fonds  1400),  ff".  H'-^-lS^  ;  comp.  2'  ms.  Shahîd  'Alî 
Pâfehâ  1934,  copié  sur  l'autographe  :  maqâlah  V,  fascic.  5  {8  §): 
d'après  120,  iôl  et  peut-être  116  (cfr.  21i). 

b.iii.  (2e  liste  des  œuvres  d'aï  Hallâj)  ms. Berlin  15,  f.  26''. 


BIBLIOGRAI'HIb:    HALLAGIENNE  l3 

173  Shaykh  Hasan  Ibn  Ajroùd,  vers  400/1010,  nosayri  (JAOS, 

1868,  p.  280), 

a.  qasidah  (contre  al  Ilallàj)  (cfr.  S46-a). 

174  Mohaminad-b-al  Hosaya  al  sharîf  al  Radî  al  Moùsawî  +  406/ 

lOlo,  Bagdad,  philologue  et  poète  imamite  : 

a.  i'dqâddt  amlâhd  'ail  al  Mofid  (cfr.  179)  iva  dhayl  lil 
Mo/id,  ms.  'Ajjân. 

178  Aboû  Hayyân  'Alî  ibn  Mohammad  al  Tawhîdî,  né  320/032,  -f- 

414/1023,  Sliîrâz  (voir  59 1 -a,  p.  30)  philosophe  : 

a.  kiiàb  al  hafj  al  'aqlî  idhâ  dâqa  al  fadâ  'an  al  hajj  al 

«Aar'i  (perdu,  comp.    170-d,  in  IIl,  89).  Cfr.    923-a-'52\ 

410-a-l\ 

[b.   Riyâd  al  'âri]in.    Risâlah    fl    akhbâr   al  soàflyah 

(perdus).] 

179  Aboù  'Abdallah   Mohammad-b-Mohammad  al 'Okbari  al  Mofîd 

+  4J 3/1022,  théologien;  imâmite: 

a.  kilâb  fi  al  radd  'alà  (1)  al  ffalldjîyah  (perdu,  cité 
3j7-a,  698-a,  72o-a,  753-a,  923-a-JO,  1iS3-a, 
1229-0). 

180  Aboû  Sa'd  'Abd  al  Malik-b-'Othmân  alKharkoûshî -f-    406/ 

101.^,  mystique  :  malAmatî  ;  théologien  :  ash'arite  : 

a.  tahdhib  al  asrdr,  ms.  Berlin  Spr.  832  ff  7"  (3),  15*, 
22'',  162''.  199'',  278i\ 

b.  Riydd  al  ons,  ms.  'Ajjân  :  non  consulté. 

181  Aboû  Sa'îd  Mohammad-b-'Alîal  Naqqâsh  +  412/1021  Ispahan, 

juriste  :  hanbalite  : 

a.  ta'rîkh  al  soû/îyah  {pevda,  fragm.  m  5 30 -a- 68  sq., 
comp.  633-a-5'',  elle  utilisait  170-b). 

182  Aboû  al  Hosayn  'Alî  Ibn  Jahdam  al  Ilimsî  al  Hamadhânî  +  414/ 

1023  Jérusalem  :  traditionniste  : 

n.  Bahjat  al  asrâr  loa  lawâmV  al  anivdr  (source de  278- 
0-5"  et  320-0-10°-  I  7°)  (1  fragment  à  Damas:  Zah-majm, 
64). 

183  Aboù  al  'Abbâs  Ahmad-b-Mohammad  al  Nasawî  al  Misrî  +396/ 

1005,  juriste  :  shâfi'ite. 

a.  tabaqât  al  soûfiyah  (citées  in  8  10-a,  n"  7905  ;  source 
de  309-a,   (T.  ^71^  212^  227  '»-'\  etc.;  perdues),  fragm.  la 
2J0-6-5£°  (utilisant  170-b- l2o). 
185     Aboû  al  Hasan  al  Qâbisî  al  Qayrawânî,  +  vers  420/1029  (2)  : 
juriste  :  malékite: 

(1)  Var  :  ashdb  al  Halldj. 

(2)  Godera  ■  Bibi,  arab.  hisp.,  I,  89,  VIII,  94,  III,  278. 


l4*  CHAPITRE    XV 

a.  fatwà  (citée  in  3i0-a,  793-a,  81 1-a). 
187     Aboû  al  'Alâ  Mohammad-b-'Alî-b-Ahmad-b-Ya'qoùb  al  Wâ- 
sitî  4-  431/1039  :  qâdî  et  moqrî  :  élève  d'Ibn  al  Gryyi'  : 
a.  riwàyah  (citée  in  250-a-40°). 

189  Aboû  Hâtim  Mahmoùd-b-al  Hasan  al  Tabarî  al  Qazwînî  -f- 

440/1048  Âmol  :  juriste  :  shâfi'ite  ;  théologien  :  ash'arite  : 

a.  (fragment  d'un  ouvrage  non  spécifié)  in  2ô0-a-i7°- 
18-). 

190  Aboù  al  Rayhân  Mohammad-b-Ahmad  al  Bîroûnî  -f-  440/1048: 

mathématicien  : 

a.  al  âlhâr  al  bâqîyah'  'an  al  qoroûn  al  khâliyah  (écrit 
390/1000),  éd.  Sachau,  1878,  pp.  211-212  (cfr.  trad.  angl. 
Sachau,  1879,  pp.  194-196)  :  chap.  VllI. 

b.  taWîkh  al  Hind  :  éd.  Sachau,  1887,  pp. 34,  43  (=  170- 
d-11''). 

191  Aboû  'Abdallah  Mohammad-b-'Abdallâh  Ibn  Bâkoû(yeh)   -f 

442/1050,  Shîrâz  :  mystique  : 

a-b.  Bidâyal  hâl  al  Hallâj  loa  nihâyatoho  (écrit  à  Nîshâ- 
poûr  en  426/1034),  ms.  Damas,  cat.  p.  30,  n.  81  (majm.) 
(date  897/1491)  =  ALhbàr  al  Hallâj,  citées  in  440-a,  utilisées 
in  .250-a  (récension  majeure)  et  ô30-a  (récension  mineure). 
Récension  majeure  publiée  ap.  Quatre  Textes...  Jil  {1695-1). 
201     'Abd  al  Qâhir  al  Baghdâdî  4-  429/1037,  théologien  ash'arite  : 

a.  al  farq  bayn  al  firaq  (écrit  après  378/988,  cfr.  p.  213), 
ms.  Berlin  2800  (ff.  101-102)  =  résumé  ap.  ms.  Damas  cat. 
p.  62,  n.  31  =  éd.  Bedr,  Caire,  1328,  pp.  223,  241,  246-249, 
349-350. 

b.  Kilâb  al  milal  wa  al  nihal  (perdu,  cité  Sobkî,  III,  239). 

210  Aboù  Mansoùr  "Abd  al  Malik-b-Mohammad  al  Tha'âlibî    + 

429/1038  :  polygraphe  : 

a.  thimâr  al  qoloûb,  éd.  Caire,  1326,  p.  324. 

b.  nafhat  al  majloûb  (abrégé  de  a),  ms.  LeydeCod.  903 
Warn  f.  89^. 

211  Aboû  al  Ha?an  'Alî-b-DoùkhIah  IbnalQârih  alHalabî  +ap. 

421/1030,  Mossoul,  grammairien  : 

a.  Risâlat  ilà  al  Ma'arrî  (cfr.  2i 2-a),  ms.  Jazâ'irlî  =  éd. 
ap.  "  Al  Moqtabas  "  1910,  V-9,  p.  551. 

212  Aboù  al  'Alâ  al  Ma'arrî  -f  450/1058,  poète  : 

a.  Risâlat  al  ghofrân  (réponse  à  2i1-a),  éd.  Caire, 
1907,  pp.  150-154  =  éd.  Nicholson.  JRAS,  London.  1902, 
pp.  346-348,  351  (trad.)  et  833-834,  837  (texte). 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  l5* 

213     "Alî  ibn  Tâhir  al  sharîf  al  Mortadà  'Alam  al  Hoda  -}-  436/1044, 

théologien  :  irnâmite  : 

a.  [tatcqi  cfr.  6),  cit.  iii  8/  'J-a-i)". 
h.  source  probable  de  1081  ~a. 
218     Aboù  al  Hasan  al  Doûmî  écrit  en  427/1031  :  historien  : 

a.  tohfat  al  zorafa'  fi  akhhâr  al  anbiyâ  wâ  al  Kholafcû, 
ms.  Cambridge  ià25,  f.  79=*. 
220     Hilâl-ibu  al  Mohassin  al  Sâbî,  +  418/1056,  historien  : 

a.  Kilâh  al  wozani  (écrit  avant  483/1042),  éd.  Amedroz, 
1904,  p.  209. 
228     Aboù  Ja'far    Mohammad-b-al  Hosayn-b-Ahraad   Ibn   Yazdân 
yâr,  écrit  vers  430/1038  :  mystique  : 

a.  Raïudal  {adab)  al  morîdln,  ms.  Caire,  II,  87,  ff.  11'', 
12»,  IS'';  ms.  Paris,  1369,  lî.  84%  137'',  138%  139%  U0\ 

230  Aboù  Ja'far  Mohammad  Ibn  al  Sabbàh  al  Saydalânî,  écrit  vers 

440/1048,  en  'Iraq  :  hallâjiyen  : 

a.  fi  takftr  al  Fàrhlyah  (extr.  in  1 065-a-2i\  34°). 

231  Aboù  al  Qâsim  'Abd  al  Karîm  ibn  Hawâzîn  al  Qoshayri  + 

465/1074,  juriste  :  shâfi'ite  ;  mystique  : 

a.  Risâlat  ilà  jamcVat  al  soûflyah  biboldân  al  Islam, 
écrite  en  437/1045  :  éd.  Caire  1290(récension  d'Aboû  al  Mahâ- 
sin  al  Rowayânî-f.  502/1108),  I,  45-48,  62,  II,  198,111,6, 
51,  53,  152  (2),  177,  179,  181,  IV,  4,  8,  49,  68,  69.  94,  121 
(2)  =  éd.  Caire,  1318,  pp.  4,  8.  45,  50,  72,  79,  91  (2),  119 
(2)./^/,  126(2),  127,  150(2),  161,167(2),  172,//^,  178(2). 

b.  Lataif  al  ùhdrât  (lafsîr)  (1),  ms.  Yéui  101,  ms.  Fay- 
dîyah  224,  225  :  in  Qor.  III,  188,  XV,  42,  XXII,  41,  XXIII, 
99,  XXV,  61-62,  XXVIII,  30,  XLII,  27,  XLIV,  7. 

c.  fatioà(d{.  lOoo-a-iO',  llOI-b-Q",  632-a-3''). 

d.  Kitâb  tarlîb  al  soloûk  fi  tariq  Allah,  ms.  Berlin  3262 
(extr.  in  683-a). 

240  Mohammad-b-Salâmah  al  Qodâ'î  -f  454/1062,  shâfi'ite  : 

a.  ta'rikh...  ms.  Paris,  1490  f.  108^  =  ms.  Londres  Add. 
23285  f.  35^^  =  ms  BodI.  (Poe.  270)  f.  96  =  ms.  Bodl.  (Or. 
Marshall,  37)  f.  93"  (Gorap.  MlS-a). 

241  Aboù  Mohammad  'Alî-b-Ahmad  Ibn  I.Iazm  -f  456/1064,  ju- 

riste :  zâhirite  r 

a.  al  fisal  fî  al  milal...  iva  al  nihal,  éd.  Caire,  1317  :  I, 
76,  109,  IlO-II,  38,  74.  114-111,  190-IV,  187-V,  117. 

(1)  Ne  pas  confondre  avec  son  tafsîv  kabîr  achevé  avant  410/1019 
(Sobkî.  III,  245-246). 


l6*  CHAFMTRK    XV 

242     Aboù  Ja'far  Mohammad-ibn  al  Hasan  al  Toûsî,  +  459/1067, 
juriste  :  imâmite  : 

a.  kitâb  al  ghaybah  (cit.  moi  i-a,  extr.  in  923-a). 

b.  kitâb  al  iqtisâd  (extr.  in  567-a-1°). 

250  Aboù  Bakr  ibn  Thâbit  al  Khatîb  al  Baghdâdî  +  463/1071, 

traditionniste  : 

a.  tarikh  Boghdàd  {\)  ms.  Kôpr.  1023,  1025,  Hakîm 
Oghiî  694,  Noùri  'Othmâniyah  3093-3C94  (s.  v.  ffosayn-ibn- 
Mansoûr).  Donne  d'abord  §§  1-68  (sommaire  publié  dans 
Quatre  Textes...,  p.  I,  n.  2),  puis  les  §§  69-84,  de  i 25-a 
{85  §).cfr.  ms.  Azhar. 

b.  mokhtasar  taWikh  Baghdâd  (anonyme), ms.  Paris  2132, 
ff.  95-97). 

251  Aboù  al  Ma'âlî  'Abd  al  Malik  al  Jowaynî  Imâm  al  Haramayn 

H-  478/1085  Nîshâpoùr,  théologien:  ash'arite. 

a.  al  shdmil  fî  osoûl  al  din  (perdu  (2),  corr.  Br.  I,  389) 
(extr.  47i-a-36°). 

252  Aboù  al  Mozaffar  Shahfoùr-b-Tâhir  al  Isfarâ'inl,  +  471/1078, 

théologien  :  ash'arite  : 

a.  al  farq  baijn  al  firaq,  ms.  Berlin  2801  (rééd.  de 
201 -a):  f.  60\ 

256  Aboù  al  Fadl  Mohammad-b-Tâhir-b-'Alî  al  Maqdisî  Ibn  al  Qay- 

sarânî  -\-  507/1113  :  traditionniste,apologiste  du  soufisme  (3)  : 
a.  critique  de  i3^-a  (citée  1055-a,  p.  260,  262). 

257  ...Ibn  Hamzah...  -f-  vers  490/1097  (élève  de  242),  imâmite  : 

a.  Hddî  ilà  al  najdt  min  jamVal  mohlikât  (résumé  de 
i79-a  ;  extr.,  ap.  -i  i  83-a). 

260  Aboû  Yoûsof  'Abd  al  Salâm-b-Mohammad  al  Qazwînîné  393- 

1002  +  488/1095,zaydite  (4)  ;  mo'tazilite  ;  élève  d'Abd  al  Jab- 
bâr  et  d'Ibn  Kajj. 

rt.  Akhbdr  al  Hallàj  (ouvrage  perdu:  utilisé  in  370-a, 
458-a  ;  cité  in  440-a)  riposte  à  l'ouvrage  suivant  {261 -a). 

261  Aboù  al  Wafâ  'Alî  Ibn  'Aqîl  +  513/1119,  juriste  :  hanbalite  : 

a.  joz*fî  nasr  {karâmât)  al  Hallâj  (cité  in  b).  —  Je  crois 

cet  ouvrage   identique  à  la  Jiisâlah  hallâjiyah  anonyme  que 

j'ai  publiée  sous  le  titre  «  Akhbâr  al  Hallâj  y)  {Quatre  Textes, 

i  695-1,  IV,  p.  21,  C)  ;  aux  arguments  développés  là,  comme 

(i)  Abrégé  «  rawdat  al  abrâr  »,  ms.  Walî  al  Dîn,  2424. 

(2)  Ce  n'est  pas  le*  ms.  de  Leyde  1945,  ni  d'Alger,  2015. 

(3)  Auteur  de  la  safiOat  al  tasaunrof  ;  zâhirite. 

(4)  Sobkl,  III,  230. 


BIBLIOGHAPHIE    HALLAGIENNE  17 

celui  des  retouches  techniques ,  qui  sont  d'un  hanbalite 
(p.  24  et  n.  6),  qui  se  désolidarise  nettement  d'avec  les  «  dis- 
ciples d'al  Ilallâj  »  {taldmidhah,  §^  18,19,38,  52), il  faut  ajouter 
la  citation  des  ^§  10  et  23  par  le  hanbalite  Monâwî  {79o-a), 
l'emploi  du  larahhom  (§  10)  précisément  reproché  à  Ibn  'Aqîl 
(la  tardhjah  §  16  est  probablement,  et  la  taqd'is  §  6  sûrement 
interpolée)  ;  et  la  suppression  intentionnelledu  nom  de  l'auteur 
(copie  d'un  ouvrage  rétracté),  cfr.  275-a,  392-a,  463-a. 
b.   khatt  (rétractation,  en  465/1073)  ;  texte  in  570-a-i°. 

270  Aboù  al  Yomn  Mas'oùd-b-Mohammadal  Bokhârî  +  491/1098: 

historien  : 

a.  mokhtasar  ta'rîkh  Baghdàd  (exlr.  de  250-a),  ms. 
Berlin  9850,  ff.  6H^-li\ 

271  Aboû  'A  11  Ibn  Jaziah  +  493/1100  :  historien  : 

a.  mokhtasar  ta'rîkh  Baghddd  (rééd.  de  270-a),  ms. 
Londres  B.  M.  Or.  107,  ff.  50='-52\ 

275  'Alî-b-Ahmad-b-'Alî  al  Wà'iz  Ibn  al  Qassâs  al  Shirwânî  H-  vers 

500/1106  :  tradîtionniste  : 

a.  Akhbâr  al  Hallàj.  Je  crois  cet  ouvrage  une  1"  réédi- 
tion de  26  i  -a,  selon  le  mot  d'al  Silafî  :  «t  la  plupart  de  ses 
isnâd  proviennent  d'un  ouvrage  satis  autorité  »,  expression 
voilée  pour  désigner  un  ouvrage  rétracté  (cité  ô30-d-2, 
via  29.5-a). 

276  al  Hosayn-b-al  Mofaddal  al  Râghib  al  Isfahànî  +  502/1108, 

littérateur  : 

a.  mohâdardl  al  odabâ,  Caire,  1902  (p.  196,  226,  271). 
278     Aboû  BakrMohammad-b-Ja'far  al  Sarrâj  al  Qârî  +  500/1106, 

Bagdad  ;  tradîtionniste. 

a.  MasârV  al'oshshâq,  éd.  Stamboul,  1301,  pp.  160  (cfr. 

108),  319,  374. 

280    Aboù  Hâmid  Mohammad  al  Ghazâlî  -h  505/liU,  théologien: 

a.Ihyâ  'cloûm  al  Dm  (écrite  488/109.5),  éd.  Caire,1312  : 1, 

27,  74  ;  II,  124, 199  ;  III,  287  ;  IV,  54,  174,176,219,222,310. 

b.  mokâshafat  al  qoloûb  (abrégé),  éd.  Caire,  1300, 
pp.  19,  22. 

c.  al  maqsad  al  asnà,  éd.  Caire,  1324,  pp.  61,  73,  76. 

d.  Ma'ârij  al  sàlikîn,  ms.  Paris,  1331,  f.  160^. 

e.  Mishkâl  al  anicâr  ica  misfat  al  asràr,  ms.  Paris,  1331, 
f.  m^  =  éd.  Caire,  1322,  pp.  19,  20,  24.  Ne  pas  le  confondre 
avec  Mishkât  al  anwâr  wa  lalaif  al  akhbâr  d'ibn  al  Misri  + 
877/1472  (comp.  cat.  Caire  n"  8246,  avec  8lO-a,  s.  v.). 


l8*  CHAPITRE    XV 

f.alimlâ  'alâ  moshkil  al  ihyâ,  ms.  Berlin,  1714  (cit. 
461-a,  862-a). 

g.  Mostazhirî,  éd.  Goldziher,  p.  30  (cfr.  i  640-g). 

281  Ahmad  al  Ghazâlî  +  320/1126  mystique  : 

a.  Lohb  Ihyâ  'Oloûm  al  Dln  (résumé  de  .280-a),  ms. 
Oxford  (extr.  in  1 520-a). 

282  Mohammad  ibn  Abl  al  Fadhl  al  Hamadhânî  +   313/1119  his- 

torien : 

a.  takmilah  (écrit  487/1094),  ms.  Paris,  1469,  £f.  12, 
18*  seq.  (cfr,  notes  de  Goeje,  in  éd.  de  'Arib.  1897,  pp.  96- 
iOi -i6ô0-a)-(49%). 

290  Aboû  Bakr  ibn  al  Walîd  al  Tortoûshî  +  520/1126,  malékite  : 

a.  Risâlah  (extrait  in  54.2-a,  IV,  123,  et  960-a,  II,  353). 

291  (al  Qayrawânî)...  écrit  vers  500/1103  (utilise  i70-b-\\i7 1 , 

/0ô9-a-37°  \ïêi260-a)  historien  : 

a.  Kilâb  al  'Oyoûn,  ms.  Berlin,  partie  inédite  citée  par 
de  Goeje,  dans  éd.  de  'Arîb,  1897,  pp.  86-96,  1  650-a). 
295     Aboû  Tâhir  Ahmad  al  Silafî  -f-  376/1180,  tradilionniste  : 

a.  (critique  de  275-a,  citée  530-d  [ce  n'est  pas  le  ms. 
Esc.  *,  1783  (=  ancien  1778),  erreur  de  Gasiri  :  c'est  une  col- 
lection de  hadîth  transmis  par  des  shaykhs  Bagdadiens  [Asin]. 

309  Qawâm  al    Dtn  Isma'il-b-Mohammad  al  Hâfiz  al  Isfahânî  + 

535/1140,  historien: 

a.  Kitâb  tabaqât  siyar  alsalaf,  ms.  Paris,  2012,  f>^235*  (?) 

310  'lyâd  al  Sibtî  +  344/1149,  juriste  :  malékite. 

a.  Kitâb  al  Shifâ,  q.  IV,  h.  3,  f.  3:  éd.  Stamboul,  1312, 
II,  282  ;  ms.  Paris,  1936,  f.  330^ 
313     Aboû  'AU  al  Fadl-b-al  Hasan  al  Tabarsî  al  Kabîr  +  548/1153, 
juriste  :  imâmite: 

a,  réédition  du   lawqV  de    i î7-a  (cité  81 2-a,  f.  113^  ; 
simple  mention  en  son  JCitàb  al  ihtijd/,  ms.  India  Office, 
Ar.  166,  f.  212,  et  lith.  l'éhéran,  1302,  p.  243. 
320    Ibn  Khamîs  al  Ka'bî  +  552/1137  ;  mystique  : 

a.  Manâqib  al  abrâr.   1"^°  récension  :  ms.  Caire  ff.  123*- 
124*;  2^  récension  (avec  compléments)  :  ms.  Londres,  Or. 
408,  ff.  81*-83*. 
328     Aboû  Sa'd  al  Qaylawî  +  557/1161,  qadiri  : 

a.  citations  d'al  Hallâj(ap.  502-a,  p.  161-163). 
330    Aboù  'Abd  Allâh-b-'AbdalRahmànal  Kirmânî,  vers  550/1 155  ? 
a.  Hikâyat  [al  Hallâj]  'an  al  shaykh  Ibn  Khafif  (légende 
'    des  «  Visites  »  d'al  Shiblî  et  d'Ibn  Khafif)  ;  transmise  par 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  IQ 

le  shaykh  Aboû  al  Hosayn-b-Yoùsof  al  Qaradî,  au  shaykh  Aboù 
'Abd  allâh  al  Ilosayn  Ibn  Razîn  (=  peut-être  Aboû  'Abdallah 
Mohammad-b-al  Hasan  (sic)  Ibn  Razîn  al  Hamawî,  +  680/ 
1281  selon  Sobkî,  tabaq.  shâf.  V.  19.  cfr.  'Àbdal  Latîf-b-Mo- 
hammad-b-al  Hosayn  Ibn  Razîn  -j-  710/1310,  à  Damas,  selon 
Sobkî,  id.  VI,  130).  Compilée  avec  ^6 /-a  en  474-b,  peut- 
être  via  5i?5-a.  Fragm.  in   282-a,   402-a,    4ô8-a,  463-c. 

339  'Azzâz-ibn  Mostawdi'  al  Batâ'ihî  +  avant  550/1155,  rifâ'ite  : 

a.  Hikâyat  [al  Hallâj  ica  al  asad]  —  (extr.  in   36 i -a). 

340  ['Àdî-ibn-Mosâfiral  Omawî  +  558/1162,  Bâiis,  mystique:  véné- 

ré par  les  Yézidiyah]  : 

a.  risâlah  fî  al  Yazîdîyah,  ms.  unique  'Azîz  Qass  Yoù- 
sof,  Mossoul  :  œuvre  de  date  incertaine  :  hostile  aux  Yézidis 
(cfr.  1695-a). 

341  Mohyî  al  Dîn  'Abd  al  Qâdir  al  Kîlânî  +  561/1166,  Bagdad, 

juriste  :  hanbalite  ;  mystique  :  fonde  les  Qâdirîyah. 

a.  manâqib  :  riwâyah  d"Omar  al  Bazzâz  (+ 608/1211)  : 
texte  in  502-a,  p.  102. 

b.  id.  riwâyah  d'Aboû  Nasr  Moûsâ  al  Kîlânî  :  textes  in 
502-a,  pp.  121-122. 

c.  id.  riwâyah  d"Alî-b-al-Hîtl  (-H  564/1169)  :  texte  in 
502-a,  p.  73. 

d.  id.  riwâyah  d'Ibrahîm-b-Sahl  al  Taghlabî  al  Roûmî  : 
texte  in  551 -a. 

e.  id.  riwâyah  d"Abdallâh  al  Batâ'ihî  :  502-a,  p.  52. 
/.  id.  riwâyah  d'Aboù  Sâlih  Nasr  al  Kîlânî  :  texte  in 

502-a,  p.  71. 
350     Aboû  Sa'd  'Abd  al  Karîm-b-Mohammad  al  Sam'ânî  -f-  562/1167, 
traditionniste  : 

a.  kitdb  al  Ansâb  (sous  rubrique  :  hâ-lamalif),  ms.  Lon- 
dres Add  23-355,  fî.  181i'-182  =  éd.  Gibbs. 

b.  même  ouvrage,  avec  glose  citée  in  i  i  7ô-a-1 3°. 

354     [Aboù  'Abdallah Mohammad-b-Tâhir  al  Hîrî  al  Fârisî+  570/1175, 

traditionniste  : 

a.  Dalâlat  al  mostanhîj'  ilà  sàlim  al  ma'ârif  wa  risâlat 

al  mosiabhif  ilà  'awâlim  al  ma'ârif  (=  tabaqât  al  soûfiyah), 

ms  'Ajjân  (non  consulté).  ] 
359     Aboû  Ja'far  Mohammad  Ibn  Tofayl  al  Qaysî    +   581/1185: 

philosophe. 

a.  risâlat  ^ayy-ibri'Yaqiân,  éd.  Caire,  1299,  p.  3. 


20  CHAPITRE     XV 

360  Aboù  al  Hasaii  'AU  al  Mosafiar  al  Sibtî,  vivant  en  600/1203  : 

mystique  (1)  : 

a.  Qas/dah  aljiyah  (Qol  li  al  ikhwâa.)  vers  '2,  6-7  (cfr. 
499-a-14'>). 

361  Aboû  al  'Alamayn  Ahmid  al  Rifâ'î  al  Hosaynî,  -f-  570/H75, 

0mm  'Obaydah,  mystique  :  chef  d'ordre  : 

a.  manâqib,  riwâyah    d'Ibrahim   al  A'zab   (+609/1212),    in 

464-a-i°el  1 1 56-a-1°  {dr.  739-a-i°  el  95i-a-3°). 

b.  al  borhân  al  mo'ayyad  (faux?),  éd.  Caire,  1322,p.  55. 
332     Aboû  al  Hasan  'AIî-b-Mohammad  al  Daylamî  entre  371/982  et 

570/1175  :  selon  591 -a,  p.  26,  ce  mystique  naquit  en  352/963, 
au  plus  tard  : 

a.  Siral  al  shaykh   Ibn   Kha/îf.  1'^   trad.   persane  in 
1091-a,  20%  21°,  220,  iQgo,  199°,  204°.  2«  trad.  persane  in 
1144-a.  =-  Mashyakhah. 
363     Shihâb  al  Dîn  Yahyà-b-Habash  al  Sohrawardî  al  Maqtoûl  + 
587/1191,  Alep,  philosophe,  mystique: 

a.  kalimal  al  tasawwof,  ms.  India  Off.  Pers.  1922,  n"  V, 
f.  26\ 

b.  Sharh  al  ta'arrof  (comm.  i 43-a)  :  ms.  Oxford, 
Bodl.  II,  253  {=  Fâtih  2777,  Qâdî  'ask.  1254)  ff.  8%  39^  53''. 

c.  al  romoûz  iva  al  amlhâl  (à  restituer  à  433-a). 

d.  (texte  non  cité)  (extr.  in  423-a). 

e.  hikmat  al  ishrâq,  lith.  Téhéran,  1313,  f.  506  (trad. 
in  iyâi-a-i"). 

f.  (texte  non  cité)  (extr.  in  795-a'). 

g.  (texte  non  cité)  (extr.  in  /  1 56-g). 

370     Aboû  al    Faraj  Iba  al  Jawzî    H-   597/1200,   Bagdad,  juriste, 
hanbalite  : 

a.  al  Montaz'im,  m?.  Paris  5909,  ff.  105»^,  lOO'',  124", 
440»  ;  ms.  Berlin  9438,  ff...  9^,  19%  28". 

b.  kilâb  al  Nâmoûs  (2)  fî  talbis  Iblis,  ms.  Alep  (Ahma- 
dîyah  827  :  de  l'an  799/1396).  Topqapou  1454.  Ayâ  Soûfîyâ 
1739.  As'ad.  1641  ;  cb.  X  et  XI. 

c.  al  Qâti'  li  majâl  al  lojâf  al  qâtV  bi  mohâl  ihdjàj  al 
Hallâj  (ouvrage  perdu,  cité  370-a-9°  et  440-a-3°  =  Raf'al 
lojdj  fi  akhbdr  al  Halldj,  cité  512-2-5°). 

d.  jawâhir  (?  —  critique  de  34/,  citée  ap.  740-a,  p. 17). 

(1)  Auteur  du  «  Minhâj  al  'âbidin  »  et  du  «  Madmoûn  saghîr  »  attri- 
bués à  Ghazâlî. 

(2)  Critiqué  ap,  Mofdwadât  d'Ibn  Abî  al  Mansoûr  d'Alexandrie  en 
663/1265  (ms.  Caire,  YIl,  559). 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  21 

e.  Narjis  al  qoloûb  ica  dalll  'ulâ  farîq  al  mahboûb,  ms. 
Mirjâûîyah. 

f.  rninhâj  al  qâsidîn  (résumé  2H0-a),  ms.  Paris,  1295 
(toutes  les  citations  sur  al  Hallâj  sont  retranchées), 

371     al  Mobàrak-b-'Abd  al  karîm  Ibn  al  Athîr  al  Jazarî  +  606/1209, 
Mossoul,  shàfi'ite  : 

a.  kilâb  al  mokhiâr  min  manâqib  al  akhyâr,  ms.  Kopr. 
1136  (de  l'an  890/1485),  chap.  III,  s.  v. 

380    Sadr  al  Dîn  Aboù  Mohammad  Roûzbahân  al  Baqlî  H- 606/ 
1209,  Shirâz,  mystique  : 

a.  tafsîr'Arâ'is  al  Bayân  (réédition  de  1  70-d  Q[.23i-b)  ; 
ms.  Londres,  1589  =  ms.  Berlin  808  (Or.  Spr.  864)  =  ms. 
Noùrî  'Othm.  322  :=  ms.  Qàdî  'askar  124  =  ms.  Walî  al  Dln 
173,  =  ms.  Hakim  Oghloù  106  =  impr.  à  Cawnpore,  1883, 
en  2  vol.  620  +  488  pages  :  in  Qor.  1,  5  (2),  II,  32,  III,  4,  IV, 
62,  V,  59,  101,  VI,  70,  148,  165,  VII,  97,  140  (2),  141,  155, 
X,  36,  XII,  25,  31,  83,  XIII,  36,  XIV,  7,  37,  39,  41,  XV,  42, 
99,  XVI,  42,  XXII,  2,  XXIV,  14,  XXVII,  63,  XXVIII,  29, 
XXXVII,  7  (2),  164,  XXXVIII,  44.  XXXIX.,  11,  XLI,  53, 
XLVIII,  10(2),  L,  1-2,  LU.  1,  LIV,  50,  LV,  56,  LVIII,  22, 
LXXIV,  31,  LXXVL  6,  LXXXI,  1,  XCIX,  2.  Et  176  numéros 
sur  les  208  déjà  donnés  in  170-d. 

b.  Mantiq  al  asrâr  bi  bayân  al  amvâv  (perdu  ;  traduit  et 
augmenté  par  l'auteur,  en  persan,  sous  le  titre  «  Sharh  al 
shathîyât  »  :  i 09  ^ -a). Gomp.  cit.  ap.  1  l50-a,  p.  288. 

385     Fakhr  al  Dîn  Mohammad-b-'Omar  al  Râzî  +  606/1209,  théo- 
logien :  ash'arite  : 

a.  al  masâ'il  al  khamsoûn,  éd.  Caire,  1328,  quest.  XII, 
p.  358  (cfr.  853-a). 

387  Aboû  al  Qâsim  'Imâd  al  Dîn  al  Fâryâbî  +  607/1210  hanéfite  : 

o.  khâlisal  al  haqaiq,  ms.  Caire,  II,  81,  f.  212^. 

388  Aboû  al  Hasan  'AU  Ibn  al  Sabbâgh  +  612/1215,  Kenah  (Qinâ), 

mystique  :  qâdirî  : 

a.  kitâb  ahiuâlihi  wa  manâqibihi  (extr.  in  ô02-a,  p.  222). 

390  Ibn  Jobayr  +  614/1217,  géographe  : 

a.  Hihlah,  éd.  Wright,  p.  228  =  éd.  de  Goeje,  p.  226 
(cfr.  i684-a). 

391  Shihàb  al  Dîn  Ahmad-b-'Omar  al  Khîwaqî  Najm  al  Dîn  Kobra 

+  618/1221,  mystique  :  chef  d'ordre  : 

a.  tarîqal  Ndmek  (en  arabe),  ms.  Laléli,  1516,  f.  178*. 

392  Shihâb   al    Dîn  'Abd    al  Rahmân-b-'Omar-b-Abî   Nasr   Ibn   al 

Ghazzâl  al  Wâ'iz  +  615/1218,  juriste  :  hanbalite  : 


22  CHAPITRE    XV 

a.  joz'  fî  akhbdr  al  Haltâj  (2'  réédition  de  26  i -a)  (cité 
ap.  570-a). 
393    Ibn  al  Mar'ah  +  616/1219  :  ash'arite  : 

a.  sharh  «  al  irshâd  »  (d'al  Jowaynî),   t.  III,  s.  v.  «  al 
Dârr  »,  ms.  Caire,  II,  58. 

401  Aboû  Hafs  Shihâb  al  Dtn  'Omar-b-Mohammad  al  Sobrawardî 

+  632/1234,  Bagdad,  mystique  :  sohrawardî  : 

a.  'Awârifal  ma'ârîf,   éd.  Caire,   1312,  I,  74,  177-178, 
II,  235,  IV,  267,  273,  279,  316,  318  {8). 

402  'Abd  al  Rahmàn  'Omar  al  Jawbarî,  écrit  vers  618/1221,  à 

Damas  :  polygraphe  : 

a.  al  mokhtâr  fî  kashf  al  asrâr,  ms.  Paris  4640,  ff.  12* 
seq.  Cfr.  ms.Cheïkho,  ms.  As'ad  3888. 

403  Aboù  Hafs  Sharaf  al  Dîn  'Omar  Ibn  al  Fârid  +  632/1234,  au 

Caire,  poète  :  mystique  : 

a.  Nazm  al  soloûk  {Tâ'iyah  kobrà),   vers  277-279^  392 
(cfr.  508-a-2'>). 

b.  Dîwân,  éd.  Beyrout,  1902,  p.  64  (vers  10-11),   65 
(vers  17),  88  (vers  12-13). 

405     Aboù  al  'Abbâs  Ahmad-ibu  'Alî  al  Boûnî  +  622/1225  :  cabaliste  : 

a.  Shams  al  ma'âiif  al  Kobrà,  joz'  III,  fasl  37,  p.  361- 

364  de  l'éd.  du  Caire,   1318  (résumé  des  XI  maqâlah  fî  al 

sîmîyâ  attribuées  à  al  Hallâj  ;   probablement  par  déformation 

des  formules  de  son  kitâb  al  sayhoûr)  (comp.  485-a). 

410    Yâqoût  al  Roùmî  +  626/1229,  biographe  : 

a.  Irshâd  al  arlb  {Mo'jam  al  odabâ),  éd.  Margoliouth,  V, 
382,  VI,  298  (2). 

420  Aboù  al  Hasan  'Alî  Ibn  al  Athîr  +  632/1234,  Mossoul  (frère 

de  37/),  historien  : 

a.  kitâb  al  kâmil,  éd.  Tornberg,  t.  VIII,  47,  57,  92-94. 

421  Mohyî  al  Dîn  Aboù  Bakr  Mohammad-b-'Ali  Ibn  [al]  'Arabî   + 

638/1240,  Damas,  mystique  :  juriste  :  zâhirite  : 

a.  Mohâdarât  al  abrnr  wa  mosâmarât  al  akhyâr,  éd. 
Caire,  1282,  t.  II,  316,  338(2). 

b.Al  Fotoûhât  al  Afakkîyah,  éd.  Caire,  1269,  t.  1,188, 
498,  782  ;  t.  II,  13,  139,  372,  375,  388,  403,  413,  433,  452, 
607,  683,  732  ;  t.  III.  19,  44,  132  ;  t.  IV,  90,  157,  160,  171, 
204,  214,  265,  362,  367,  413,  444,  502,  606  (5/  §). 

c.  Al  Bâ,  ms.  Paris,  1339,  f.  19*  —  (cfr  Sirr  al  Bâ  wa 
al  Yâ,  cité  ô31-a-29o). 

d.  Fosoûs  al  hikam  fî  khosoûs  alkalam  (écrit  627/1229), 


BrBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  23* 

éd.  Stamboul,  1309,  p.  126,  254-235  et  ms.  Wlen,  1898, 
f°  60»^  (3  ^). 

e.  tafsîr  al  Qor'ân  (à  restituer  à  Al  Kûshî  =  5/ -'5),  éd. 
Caire...,  I,  379. 

/.  al  lajaHiyât  al  ilâhîyoh ,  ms.  As'ad,  3359,  cap.  LVIII. 

g.  al  jawâb  almoslacjîm  'aimncl  saala  'anho  al  Tirmidî 
al  ffakîm,  ms.  'Omoùmî,  majm.  {1  :  sur  la  quest.  147. 

h.  al  sud}  al  wahhâj  fî  sharh  kalâm  al  Hallâj  (ouvrage 
perdu  :  cité  au  n°  22  de  la  liste  dressée  par  lui-même  de  ses 
439  œuvres  «  Fihris  al  kotob  almosannafah  »,  ms.  Faydîyah, 
2119,  f.  14.  cfr.  Tâhir  Beg,  tarjamnh  hâl  iva  (adail  shaykh 
Akbar,  Stamboul,  1316,  2«  éd.,  1329,  pp.  24-39). 

i.  iâj  al  rasa  il  lua  minhâj  al  lousd'il.  impr.  in  «  mâjmoù'at 
rasâ'il  »,  Caire,  Kordî,  1328,  p.  378. 

j.  (afsîr  soûrut  al  Doha  (extr.  in  844-a). 

k.  kitâb  al  ajwibah  'an  al  masâ'tl  al  Mansoûrîyah  (ou- 
vrage perdu  :  cité  aux  n°^  10  eî  375  de  la  liste  de  Tâhir  Beg). 

/.  Risâlal  al  ilhakhà'ir  tva  ala'lâq'  fî  sharh  Tarjomân  al 
ashwâq,  ms.  Leiden,  God.  Warn,  641  ;  trad.  angl.  Nicholson, 
1911,  in  111,  vers  3  (p.  53),  in  LUI,  vers  2  (p.  139). 

m.  qasîdah  «  AnaH  Qor'ân  wal  saba'  mathânî  »  (cfr. 
665-a). 

422  Ibn  al  Dobaythî  4-  637/1239  ;  historien  : 

a.  Dhayl  Ta'rikh  Baghdâd,  ms.  Shahîd  'AU  Pâshâ  ;  ms. 
Paris,  3921,  f°  86". 

423  Aboù  Mohammad  'Alî  al  Harîrî  al  Marwazî  +  645/1247,  à  Bosr, 

Hawrân,  mystique  :  rifà'î, 

a.  Korràs  (d'un  disciple  de  son  fils  Hasan)  (copie  in 
512-f). 

429  Aboù  Ishâq  Ibrahim  Ibn  Abî  al  Dam  al  Hama\vî  +  642/1244, 

juriste  :  shàfi'ite  : 

a.  al  la'rîkh  al  Mozaff'arî,  extr.  in  538-h. 

430  Mohibb  al  Dîn  Mohammad  Ibn  al  Najjâr,  +  643/1245,  Bagdad  ; 

biographe  : 

a.  Dhayl  Tarikh  Baghdâd  (voir  o52-a). 

432  Shams  al  Dîn   Aboù  Tâhir  Isma'îl  Ibn   Sa'wdakîn   al  Noûrî 

4-  646-1248  ;  mystique,  disciple  préféré  d'Ibn  'Arabî. 

a.  Sharh  al  tajallîyâl  (comm.  42i-f.),  ms.  Faydîyah, 
2119,  n.  XIX,  f.  154«-b. 

433  Shams  al  Dîn  Mohammad   al   Shahrazoûrî  al  Ishràqf  +  vers 

648/1230...  philosophe:  ishrâqî  : 

a.  romoûz  iva  amlhâl  lâhoûliyah^  ms.  'Omoùmî...,  f.  \^^. 


24*  CHAPITRE    XV 

439  'Abdallah-b-Mohammad  al  Fihrî  al  Tilimsânî  +  658/1260,  com- 

mentateur de  Jowaynî  : 

a.  sharh  «  loma'  al  adillah  »,  ms,   Caire,   II,  30  ;  s.  v. 
«  al  Haqq  ». 

440  Shams   ai  Dîq  Yoùsof-b-Qizoghloù  Sibt  Ibn  al  Jawzî  +655/ 

1257,  hanéfifce: 

a.  Mirât  al  zamân,  ms.   Londres,    Or.    4319,   f.    57^, 
1V"-W\  et:  ms.  Kôpr.,  sub  anuo  412. 

441  'Izz  al  Dîn  'Abd  ar'Azîz-b-'Abd  al  Salâm  al  Maqdisî  +  660/ 

1262,  Caire,  juriste:  shâfi'ite  : 

a.  Hall  al  romoûz  iva  mafâlih  al  konoûz,  mss.  Berlin, 
Weizst.,   II,  1757,  ff.  29^-30^  ;  et  Wetzst.  II,  1109,  f.  92^^. 

b.  Sharh  hâl  al  awlîyâ,   ms.   Paris  (l),   1641,   ff.  225", 
247^-253%  2o7^-b  ;  et  2035,  ff.  25-27. 

c.  d.  e.  Voir  330-a. 

f.  taflîs  Iblîs,  éd.  Caire,  1324,  pp.  23,  1.  10,  H  :  25,  l.  2, 
13  ;  25, 1.  15,  16  ;  26,  1.  1-5  (cfr.  Taivâsîn,  VI,   15^   13M5% 
340,  280). 
447     Aboù  al  Hasan  'Alî  al  Shoshtarî  +  666/1268  à  Meknès,  poète 
mystique  : 

a.  diivân  mowashshahât  :  pièce  «  Tanabbah,  qad  badat 
shamso'l  'oqâr...  » 

h.  iakhmîs  de  «  Ana'l  Qor'ân  »  d'Ibn  'Arabî  (45/-m), 
commençant  ainsi  «shahidto  haqîqatî...  »  (cfr.  665-a). 

450  'AfîfaI  Dîn  Solaymân-b-'Alî  al  Tilimsânî  +  690/1291,  poète. 

a.  Sharh  «  al  maivdqif  »,  ms.  India  Off.  597  (§§  kil)ryâ, 
tadhkirah,|dalâlah). 

451  Kamûl  al  Dîn  Ibn  al  'Adîm  +  660/1262,  Alep  :  juriste  : 

a.  Raf  al  tajarrl  'al'z  al  Ma'arri  (extr.  in  préf.  «  Lozoû- 
mîyàt  »  d'al  Ma'arrî,  éd.  Caire,  1891,  t.  I,  p.  6). 
456     Sharaf  al  Dîn  Mohammad-b-Sa'îd  al  Boûsîrî  ■}-  694/1294,poète  : 
a.  Al  Bordah  {=  al  kaivâkib  al  dorrîyah),  vers  9  (imité 
de  330-0-^3°). 
458    Zakariyâ-b-Mohammad  al  Qazwînî  +  682/1283,  juriste  : 

a.  'AjcVib  al  makhloûqât,  éd.   Wiistenfeld,   1848,  t.  II, 
110-113  (utilise  260-a;  c&ril  cite  Ibn  Kajj,  maître  de  566>-a 
selon  Sobkî,  III,  230). 
460     'Abd  al  Ghaffâr  al  Qoûsî  +  670/1271  (2),  Qoùs  :  mystique  : 


(n  Ms.  Berlin,  8785,  ff".  W'-i\^  est  incomplet. 
(2)  Sha'iûwi,  tabaqât,  I,  160. 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  25* 

a.  kilnh  al  wahîd  fi  'ilm  al  lov)hîd  (extr.   in   741-a- 
25°)  (1). 

461  Aboù  'Abdallah  Mohammad-b-Ahmad  al  Qortobî+  671/1272, 

juriste  :  malékite  : 

a.  fragment  (extr.  in  960-a-3°,  d'après  542-a...  ?) 

462  Jirjîs  Ibn  Abî  al  Yàsir  al  Makîn  Ibn  al  'Amîd  -h  672/1273, 

historien  chrétien  : 

a.   Kitâb  al  majmou    al  mobârak,  éd.  Erpenius,  1625, 
pp.  188-189;  corr.  avec  ms.  Paris  29o. 

463  'Alî  h.  Anjab  Ibn  al  Sâ'î  -h  674/1275,  Bagdad  :  historien  : 

a.  Akhbàr  al  Hallâj  (perdu  :  cité  in  SiO-a,  n.  192) 
(comp.  503-a1). 

b.  Maqàbir  Baghdâd  (perdu  ;  cité  in  552-a,  sub  voce) 
(comp.  501-a-8°  ?). 

c.  Akhbâr  al  Kholafâ  (perdu  :  sauf  extraits)  :  mokhlasar, 
éd.  Caire,  1310.  pp.  75-76. 

464  Qâsim-b-Mohammad  Ibn  al  Hâjj  4-  680/1281,  Wâsit,  mysti- 

que :  rifâ'î  : 

0.  0mm  al  barâhin,  ms.  Shahîd  'Alî  Pâshâ,  1127. 

465  Ahmad-b-Moùsa  Ibn  Tâwoûs  al  Hillî  +  673/1274  :  juriste  : 

rmàmite  : 

a.  Iqhâl  {taivqV)  (citée  in  81 2-a-9°). 
468     Ibrahîm-b-Abî  al  Majd-b-Qoraysh  al  Dasoûqî  -f  676/1277,  mys- 
tique :  chef  d'ordre  : 

a.  Kitâb  al  jawâhir  (extr.  in  74J-a-26^). 

b.  cfr.  890^a. 

470  Ilasan-b-'Ali-b-Ibrahîm  al  Badawî,  mystique,  vers  675/1276  : 

a.  tarjamat  al  Sayyid  Ahmadal  Badawî  {exir.  in  74/- 
a-27'  et  dans  les  autres  biographies  postérieures  du  saint). 

471  Shams  al  Dîn  Ahmad  Ibn  Khallikân  +  681/1282  :  historien  : 

a.  Wafaydt  al  a'yân.  lith.  Téhéran,  1284,  p.  160-162, 
éd.  Caire,  1275.  I,  pp.  206-214  (vie  n"  186),  juriste  :  shâfi'ite  : 
éd.  Slane,  1,  217;  trad.  angl.  Slane,  I,  423-426  ;  Suppl.  II, 
Wûstenfeld,  Gôttingen,  1837.  pp.  35-37  (.3  7  i?). 

472  Aboû  al  Faraj  Yoùhannâ-b-Ahroùn  Bar  Hebraeus  -|-  689/ 

1289,  maphrien  jacobite  :  historien  : 

a.  Mokhtasar  al  dowal,  texte  Pococke,  pp.  287-289  (cfr. 
1426-a,  952-a);  ms.  Faydiyah.  1518'. 
474    Aboù  'Abdallah  Mohammad-b-'Alî-b-Mas'oûd  Ibn  al  Balabânî 
+  686/1287,  disciple  d'al  Shoshtarî  ;   fondateur  de  la  tarîqah 

(1)  Manque  in  mss.  Paris,  3525  et  Caire,  II,  143. 


2^*  CHAPITRE   XV 

hallâjîyah  ;  à  laquelle  ont  été  initiés  Mortadâ  {863-b)  et  Sa- 
noùsî  [919-a)\  cfr.  ici  p.  343,  Quatre  Textes,  p.  22. 

a.  dhikr  al  tariqat  al  Hallâjîyah  (cfr.  919-a). 

b.  hikâyat  al  Hallâj,  ms.  Londres  9692,  ff.  317''-343* 
(204),  et  Berlin  3492  (Pm.  553,  £F.  41^-43»'),  compilée  de 
^6 /-a  et  350-a  (peut-être  via  S92-a),  de44^ -a  et  àe447-b 
(voir  Quatre  Textes...,  p.  22);  cfr.  ms.  Kôpr.  i620,  ms.  Va- 
tican, Cod.  Borgian,  3,  f.  66^^;  cfr.  ici  809. 

c.  risâlah  «  man  \vrafa  nafsaho  »,  extr.  ini5/9-'/,f.221^, 
480     Khwâjah  Noûr  al  Dîa  'Abd  al  Rahraân  al  Kasirqî  +  après 

689/1289,  Bagdad,  mystique:  kobrawî  : 

a.  tafsîr  (des  sourates  I-LI),  t.  IV,  in  Qor.   XXVIII,  48  ; 
ms.  Caire  (1). 
485     Shams  al  Dîn  Aboû  'Abdallah  al  Sibtî  +  698/1298  :  cabaliste  : 
a.  risâlah  fî  al  Zairjah,  ms.  Caire,  VII,  571  (2^  qasîdah 
«  al  infi'âl  al  roûhânî  »,  vers  18,  extr.  in  581 -a,  p.  279. 
490     Mo'ayyad  al  Dîn  ibn  Mahmoud  al  Janadî  -H    701/1301,   mys- 
tique : 

a.  Sharh  al  Fosoûs  (comm.  de  421  -d) 

b.  diwân  (extr.  in  ms.  turcWien;  cfr.  1371 -a). 

498  Qotb   al    Dîn    Mahmoûd-b-Mas'oùd  al   Shîrâzî  +   710/1310, 

Tébriz,  philosophe:  imâmite: 

a.  Sharh  hikmat  al  ishrâq  (de  363):  trad.  Horten 
{1721-a-2°),  p.  71. 

499  [anonyme,  shâdhilî  élève  d'Ibn^'Atâ  Allâh?  cfr.  500  et  986]  : 

a.  Al  qawl  al  sad^d  fî  iarjamat  al  'ârif  al  shohîd  :  ms. 
unique  Jomaylî  (cfr.  986),  Bagdad  ;  copie  personnelle,  ff.  1- 
1.5  (ouvrage  utilisé  in  81 1 -a-i5^-19^)   i  i 27 -b-1%  {46  %). 
510    Tâj  al  Dîn  Aboû  al  Fadl  Ibn  'Atâ  Allâh  +  709/1309,  Alexan- 
drie, mystique  :  shâdhilî  : 

a.  Hikam  ms.  As'ad  majm.  1764  (mq.  éd.  impr.). 

b.  LatâHf  al  minan{ç,à.  1321  en  marge  de  741-d)  11,214. 

501  Ibn  Tiqtaqâ,  écrit  vers  701/1301,  historien: 

a,  al  Fakhrl  texte  éd.  Derenbourg  353-355,  trad.  Amar 
449-452. 

502  Noùr  al  Dîn  Aboù  afHasan  "Alî  al  Shattanawfî  +  713/1314, 

Caire,  mystique:  qâdirî  : 

a.  Bahjat  al  asrâr  wa  ma'don  al  atïivâr,  éd.  Caire,  1330, 
pp.  52,  56,  71,  73,  102,  121  (2),  122  {A), {10),  161,  163,  171, 
181,  204,  215,  221,  222,  226,  231. 

(1)  On  a  de  son  ami  Sa'd  al  Dîn  al  Mar^wazi  une  critique  de  VAna 
al  Haqq  hallagien  (ap.  1 195-a). 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  27 

503  Jamâl  al  Dîn  Mohamtnad  al  TVatwât  -h  718/1318. 

a.  Ghorar  al  khasais,  éd.  Caire,  1299,  pp.  129-130, 
286-287. 

504  Rashîd  al  Dîn  FadI  Allah  al  Hamadhàoî  +  718/1318,  vizir  : 

shâfi'ite. 

a.  Mafâiih  altafâsir,  ms.  Paris,  2324,  f.  261». 

b.  lataif  al  haqâ'iq,  ms.  Paris,  2324,  ff.  287^  312%  320% 
325%  360^ 

506     Najm  al  DlnSolaymàa  al  Tawfî+ 716/1316,  juriste:  hanbalite  : 

a.  faiwà  (extr.  in  797-a). 
508     Sa'îd   al   Dîn  Mohammad  al  Farghânî,   écrit   vers   700/1300, 
mystique  :  sohrawardî  : 

a.  montahà  al  madârik,  éd.  Caire,  1293:  I,  198,356, 
II,  30  (comm.  de  403-b). 

b.  mashâriq  al  darârî,  frad.  persane  de  a,  ms.  Paris, 
sup.  pers.  118. 

510  al  amîr  Rokn  al  Dîn  Baybars  al  Mansoûrî  +  725/1325. 

a.  zobdat  al  fikrah  (annales),  t.  V,  ms.  Paris  1572, 
ff.  189''-190'^  (avec  glose  marginale). 

511  Jamâl  al  Dîn  al  Hasan  Ibn  al  Motahhar  al  Ilillî  (al  'AUâmah) 

H-  726/1326,  juriste,...  imâmite  : 

a.  kholàsat  al  aqivâl,  ms.  Paris,  1108,  f.  417*. 

b.  nahj  al  haqq  {825-a-2). 

512  Ahmad  Ibn  Taymiyah  +  728/1328,  hanbalite: 

a.  kitâb  lia  al  Manhijl  (extr.  in  941-a-i  i')  {797-a-7°). 

b.  Fatwà  }î  tvildyat  al  Hallâj  (publ.  in  941 -a). 

c.  d.  Sharh  al  'aqîdal  al  Isfahânîyah  al  Wâsitah^  ms. 
coll.  Aloùsî. 

e.  kiidb...  fi  ni  Hallâj,  ms.  Damas  {kaivâkib,  XXVI,  1), 
XITI,  151  ;  fonds  dn  Dâr  al  hadîth,  versé  à  la  Zàhirtyah. 

/.  So'âl  ...fiai  Harîriyah,  ms.  Damas  (kawâkib,  XXVI, 
2),  XIII,  151. 

g.  Fatwà  [al  soûfîyah  iva  al  foqarâ),  publ.  «  al  Manàr  », 
Caire,  1327,  XII,  pp.  732-753. 

h.  Al  forqân  bayn  awlîyâ  alrahmân,  Caire,  1322,  p.  60. 

i.  Al  jawdb  al  sahih...,  éd.  Caire,  1322,  t.  I,  p.  18. 

513  Aboù  al  Hasan  'Ali-b-Isma'îl  al  Qoûnawî  +  729/132!%  juriste: 

a.  Hosn  al  tasarrof  (comm.de  143-a)  ;  mss.  Fàtih  2660- 
2661,  Faydiyah  1249,Wien  1888  (cfr.  Shahld  'Alî  1148,  1231- 
32,  Solaymaniyah  731). 

514  Athîr  al  Dîn  Aboû  Ilayyân  Mohammad  al  Jayyânî  +  743/1343, 

juriste,  zâhirîte,  puis  shâfi'ite: 


28*  CHAPITRE    XV 

a.  al  bahr  al  mohît  tafsîr  Qor.  V,  19  (extr.  941-a-2°). 

515  Jamâl  al  Dîn  'Abd  al  Razzâq  al  Kâshî  +  730/1330  soùfî  : 

a.latâ'if  ali'lâm  :  ms.Kôpr.  770.  b.  taf&tr  (cfr.45/-e-/°). 

516  Shaykh  1sâ  al  Ja'farî  al  Rohâwî,  maître  de  552. 

a.  fatwâ  (cit.  552-a). 

520  Abou  al  Fidâ  +  731/1331,  prince  de  Hamâh  :  historien  ; 

a.  taWîkh  almalik  al  mo'ayyad,  éd.  Reiske,  1790,  t.  Il, 
pp.  338-343,  éd.  Caire,  1286,  t.  I,  p.  75. 

b.  taqunm  al  boldân,  trad.  Reinaud,  II-2,  p.  97. 

521  Aboù  al  'Abbâs  Ahmad-b-'Abd  al  Wahhâb  al  Nowayrî  +  732/ 

1332...  :  shâfi'ite: 

a.  nihâyat  al  'arab  (encyclopédie),  ms.  Kôpr.  223  (V,  v, 
4),  ff.  411^-^ 

522  Rokn  al  Dîn  Aboù  al  Makârim  'Alâ  al  Da^wlah  al  Simnânî 

-|-  736/1336,  mystique: 

a.  al  Ta'ivîlât  (suite  de  480-à),  ms.  Caire  1,134,  t.  V, 
in  Qor.  CXII,  4  (cfr.  790-b-i^). 

b.  Mokâtahât  (ilâ  al  Kâshî),  ms.  Ind.  Off.  Pers.  1835, 
p.  316  (cir.  Ô15-a). 

c.  cfr.  (yOO-a-M")  ei{11 52-b-2'>). 

523  'Alâ  al  Dîn  MoJiaramad  al  Bokhârî  +  741/1340  :  juriste  : 

a.  Nâsihat  al  moiuahhidln  wa  fâdihat  al  molhidln,  ms. 
'Omoùmî  7889  ;  majm.  n"  H. 
524     Mohammad  Ibn  al  Hâjj  al  Fâsî  al  'Abdarî  +  737/1336,  juriste  : 
malékite  : 

a.  modkhal  al  shar  'al  sharif,  éd.  Alexandrie,  1293, 1, 17. 
527     Sa'd  al  Dîn  al  Kâzaroûnî,  vers  745/1344,  commentateur  d'ibn 
Sîna  : 

a.  comm.  Qor'an  XI,  90,  in  ms.  Londres  Add.  16.659,  f. 
560^. 
530     Mohammad-b-Qâymâz  al  Dhahabî  +  748/1348,  shâfi'ite  : 

a.  iaWikh  al  Islam,  t.  VI  (ann.  301-370):  ms.  Londres 
Or.  48*,  f.  1^-2%  5^^-10%  46»^,  47^^  ;  ms.  Paris,  1581,  f.  4^-8^, 
37s38b,  149a,  206b(79§). 

b.  kiiâb  al  Hbar  :  ms.  Paris,  1584,  ff.   llûi^-112'>  (/8  §). 

c.  Dowal  al  Islam,  ms.  Caire,  V,  56  (ann.  301,  309). 

d.  Mîzân  al  Vlidâl,  éd.  Caire,  1324,  t.  I,  256,  W  2023  ; 
t.  11,218,  nM706. 

e.  lisân  al  Mîzân,  ms.  Mirjânîyah. 

f.  kitàb  Sîrat  al  HaUâj  (cité  ô30-a-63<>,  660-b-1°). 
531     'Alî.Qolmatày-b-Aydemûr  al  Jildakî  +  743/1342,  alchimiste: 

a.  Ghayat  al  soroûr  (extr.    «    kalàm   al  Hallâj  fî   al 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNB  29 

san'ah  )),in  ms.w  majmoû'  »  moshtamal  «  'alâtasrîf  al  kîraiya  », 
coll.  Aloùsî,  ff.  8%  26^-29»^. 

532  "Omar-b-Mozaffar  Ibn  al  Wardî  +  749/1349  :  historien  : 

a.  mokhtasar  tarîkh  al  Mo'ayyad  (extr.  in  86i-a-4°). 

533  Ahmad  Ibn  Fadi  Allah  al  'Omarî  -^  748/1348,  shâfi'ite  : 

a.  masâlik  atabsâv,  t.  VII  (foqara,  ms.  Ayâ  Soùtiyâ3i2i. 

534  Dâwoùd-b- Mahmoud  al  Qaysari  +  751/1350  :  mystique  : 

a.  sharh  'Anqâ  al  moghrik,  ms.  Caire...,  f,  105^. 

b.  sharh  kilâb  âl  hojob,  ms.  Caire,  ff.  203%  205". 

c.  sharh  al  «  Fosoûs  »  (cfr.  42i-d),  ms.  Caire...,  ff.  263^, 
271b,  2721',  31 7^  377^^)- 

d.  risdlâh   marmoûzah,    ms.    India   Off.   1921,    n.    22: 
ff.  133%  134% 

e.  sharh  al  «   khamrîyak  »  (cfr.  403):  ms.  Paris,  3165, 
f.  4  (cité  1671-a,  p.  255). 

536  'Alî-b-Ya'qoùb  al  Bârizî,  écrit  en  751/1351  :  historien  : 

a.  mokhtasar  al  «    Wafdyât  »  (cfr.  471 -a),  ms.  Paris, 
2060,  ff.  39*-»'. 

537  Shams  al  Dîn  Wafâ  +  760/1358,  shâdhilî  : 

a.  haqxqat   al   haqâ'iq,    ms.    Caire,    majâmi'  2,  f.    292^ 
(chap.  YI). 

538  Aboû  'Abdallah  Moghlatâ'î-ibn-Qilij  al  Hikrî  +  762/1361,  tra- 

ditionniste  hanéfite  : 

a.  Sîrah,  cité  ap.  770-a. 

b.  mokhtasar  al  bâsim'  fi  slrat  Abt  al  Qâsim,  ras.  IFAO 
12  (extr.  de  429-a). 

539  Salâh  al  Dîn  Mohammad  Ibn  Shâkir  al  Kotobî  +  764/1363, 

historien  : 

a.  'Oyoûnal  taivârtkh,  t.  X  (ann.  297-337),  ms.  Gotha, 
1567,  f.  10%  52%  62%  76»'. 

540  Salâh  al  Dîn  Khalîl-b-Aybak  al  Safadî  +  764/1363  :  historien  : 

a.  Al   Wâfî  bi  al  luafaydt,  ms.  Paris,    5860,  f.  14%  et 
2065,  f.  137»'. 

541  'Afîf  al  Dîn  'Abd  Allâh-b-As'ad  al  Yâfi'î  +  768/1367,  Mekke  : 

shâfi'ite  : 

a.  mirât  al  janân,  ms.  Paris,  1589,  ff.  233»',  236^. 

b.  ta'rîkh,  ms.  Wien  AF  78,  ff.  201»'-203% 

c.  Nashralmahdsin,  ms.  Caire...,  ff.  7,  9M0%  100^106. 

d.  Rawd  al  riyâhîn  (non  consulté), 

542  Tâj  al  Dîn  Aboû  Nasr  Mohammad-b-'Alî  al  Sobkî  +  771/1370, 

Damas,  juriste  :  shâfi'ite  : 


30*  CHAPITRE   XV 

a.  tobaqât  al  shâfi'îyah,  éd.  Caire...,  II,  151,  III,  61,  IV, 
123,  128,  VI,  46-47. 

b.  qasîdah^  citée  in  a,  II,  264,  vers  3. 

545    Shihâb  al  Dîn  Aboû  al  'Abbâs  Ahmad  al  Qastallânî,  écrit  en 
771/1370: 

a.  maqâmât  al  'ârifîn,  ms.  Kôpr.  784,  ff.  125%  129^,  134% 
^37^ 

550  Ibn  Kathîr  +  774/1373  :  historien  ;  shâfi  'ite  : 

a.  al  bidâyah  wa  al  nihâyah,  t.  VI  (ann.  298-614)  :  extr. 
in  830-a. 

551  Taqî  al  Dîn  ibn  Qotb  al  Dîn  ibn  Monîr  al  Halabî  +   772/1371  : 

historien  : 

a.  réédition  du  Tarîkh  Qotb  al  Din  (cfr.  810-a  n.  2281). 

552  Taqî  al  Dîn  Mohammad  Ibn  Râfi'  +  774/1373,  shâfiMte  : 

a.  Dhayl  «   ta'nkh  Ihn  al  Najjâr  »,  ap.  a  raokhtasar  », 
ras.  Mirjânîyah  (et  in  740-a-1°). 

559  Ibrahim-ibn-Moûsâ  al  Shâtibî  +  790/1388  :  malékite  : 

a.  i'iisâm,  éd.  Caire,  I,  349. 

560  Sa'd  al  Dîn  Mas'oùd-b-'Omar  al  Taftazânî  +  791/1389,  juriste  : 

a.  fâdihal  al  molhidîn  (à  restituer  à  523-a). 

565  Borhân  al  Dîn  Ibrahim  Sibt  Ibn  al  'Ajamî  +  841/1437,  Alep, 

juriste  :  hanéfite  : 

a.  al  moqtafà  (comm.  de  3^0-a,  achevé  797/1394),  ms, 
Fâtih,  841  (avec  erreur  sur  l'auteur). 

566  Mohammad  Ibn  KhallI  +  après  810/1407,  juriste  :  hanéfite  : 

a.  Zobdat  al  moqtafà  (abrégé  de  ô65-a),  ms.  Ayâ  Soù- 
fîyâ,  586. 

567  Sharas  al  Dîn  Mohammad  Ibn  Makkî  al  'Âmîlî  +  782/1382, 

Damas,  juriste  :  imâmite  : 

a.  kitdb  al  dhikrâ  (extr.  de  242-b,  publ.  in  835-a). 
570     Ibn  Rajab,  +  795/1393...,  juriste:  hanbalite  : 

a.  tabaqât  al  hanâbilah,  ms.  Leipzig,  708,   f.  32*,  l^S** 
(cfr.  261-b,  392-a)  ;  ms.  Damas. 
576    Ibrahîm-b-'Alî  Ibn  Farhoûn  +  799/1397,  juriste  :  malékite  : 

a.  al  dibàj  al  modhahhab,  éd.  Fez,  s.  d.,  p.  189,  227. 
579    Sho'a^fb  al  Horayflsh  al  Makkî  +  801/1398  :  mystique  : 

a.  al  rawd  al  fâ'iq,  ms.  As'ad,  1417,  ff.  88",  119^-'^,  éd. 
Caire,  pp.  141,  152.  =  b.  id.  ms.  Damas  107. 

c.  manâqib    al   aivliyâ,    ms.    'Omoûmî,   219   (avec  des 
poèmes  de  447-a). 

•    d.  Dhvân  al  Hallâj  («  kân  wa  kân  »  apocryphes.  Voir  c). 


BfBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  3l* 

[580    Siràj  al  Diii  'Omar  Iba  'AIî  al  Molaqqia  -f  804/1401,  Caire. 
a.  tah'iqât  al  awliyâ  (perdu,   soarce  probable  de  741 -a).] 

581  Aboù  ZayJj'Abil  al  ilahinàa  Iba  Kiialdoûa  -h  808/1 W6,  juriste  : 

malékite  : 

a.  moqaddamah  (écrite  779/1377),  éd.  Caire,  1322, 
fasl  VI,  p.  258,  279  ;  éd.  Quatremèrc,  III,  79. 

582  Majd  ai  Dîn  Mohammad-b-Ya'qoùbal  Fîroûzâbâdî  -f  817/1414, 

juriste  :  shâfi'ite  : 

a.  al  niirqdt  ab  arfa'yak...  (in  vie  d'Ibn  Khafîf)  (extr.  in 
o9l-a-i°). 

583  Kamâl  ai  Dîn  Mohammad  al  Damîrî  4- 808/1405,  polygraphe  : 

a.  Haijâl  al  haijaivân  (grande  récension)  sub  voce  «  al 
himâr  al  afili  »,  éd.  Caire,  1292,  t.  I,  pp.  276-278...  (extr.  in 
J35o-a-2°). 

h.  id.  trad.  angl.  Jayakar,  t.  I,  1906,  pp.  555-558. 

585  Ahmad  Ibn  al  Hâjj,  écrit  vers  790/1388  :  mystique  : 

a.  0ns  al  jalîs,  ms.  Berlin,  3410,  1",  8*^. 

586  Ahmad-b-Mohammad  Ibn  Fahd  al  Hillî  4-  806/1403,  juriste  : 

imâraite  . 

a.  [laivqV]  (extr.  in  812-0.-9°). 

589  'Abd  al  Rashid-b-Sàlih-b-Noùrî  al  Bâkowî,  écrit  en  806/1403  : 

a.  talkhls  al  âthàr  (extr.  de  458-a-1°^  extr.   in  923- 
a-29°). 

590  Mohibb   al  Din  Aboù  al  Walîd  Mohammad  Iba  al  Shîhaah 

-H-  815/1412,  hanéfite: 

a.  Rawd  [al]  al  mandiir  (résumé  de  5 20 -a). 

591  Mo'ÎQ  al  Dîn  Aboù  al  Qàsim  Mahmoud  Ibn  Jonayd,  écrit  vers 

791/1389,  à  Shîrâz  :  biographe: 

a.  Shadd  al  izâr  (1),  ms.   Londres,   Sapp.  677,  ff.  26=*- 
291^,  HO'^-112»;  éd.  Denison  Ross,  1919. 
593     Sirâj  al  Dîn  'Omar-b-Roslân  al  Bolqîaî  +  805/1403,  juriste: 
shâfi'ite  : 

a.  fativâ  (citée  626-a-J'>). 

600  Ahmad-b-Mohc\mmad  al  Tojîbî  al  Saraqostî  Ibn  al  Bannâ  +  821/ 

1419,  Merrakech,  shâdhilîte  : 

a.  qasîdah  «  al  Mabâhilh  alasllyah  »,  II,  347  (ap.  888-b). 

601  'Abd  al  Karîm-b-lbrahîm  al  Jîlî  +  ap.  826/ 1423  (Bagdad),  soûfî  : 

a.  al  kalif  iva  al  raqîm,  ms.  Caire,  Vil,  277,  n°229, 
f.  21 9^ 

(1)  Il  a  été  traduit  en  persan  :  a)  sous  le  titre  «  Moltamas  al  ahibbâ  » 
(ras.  India  Office  ;  b)  sous  le  titre  «  Dostoûr  al  zd'irîn  »  par  'Abd  al 
'Azîz  ibn  Mohammad  Afdal  al  Shîràzî  (cfr.  8 1 0-a  s.  v.). 


32*  CHAPITRE    XV 

b.  sharh  moshkilât  «  al  Fotoûhâl  al  makkîyah  »,  ms. 
Caire,  VII,  47,  n»  31,  ff.  819-820. 

c.  al  insân  al  kâmil,  éd.  Caire,  1304,  II,  29,  39-41,  46. 

d.  haqîqat  al  haqâ'iq,  ms.  India  Office  666. 

e.  sirr  al  noûr  al  motamakkin,  ms.  Caire,  VII,  277, 
n°229,  ff.  176,  i8P. 

f.  dorrah  'ayniyah  (Foùwâdô  bihi  shamsol  mahabbati 
tâli'ô),  p.  197  el  211  (en  marge  de  502-a,  p.  182-214  :  fausse 
attribution)  fî  sahwâhid  ghaybiyah  (533  vers  ;  comm.par  5-^^). 

618    Taqî  al  Dîn  Ahmad  al  Maqrîzî  -h  845/1442,  historien  shâfi'îte  : 

a.  fragment  d'une  œuvre  non  identifiée  (peut-être  son 

«  al  baydn  al  mofîd  »  (contre  Ibn'  Arabî)  (Caire,  ms.  majm. 

77*),  cité  ap.  9£7-a. 

620     Zayn  al  Dîn  Aboû  Bakr-ibn-Mohammad  al  Khowâfî  +838/1435 

a.  soloûk  tarîq  awliyâ  Allah,  ms.  As'ad,  1437,  f.  97^. 

626  Shams  al  Dîn  Mohammad-b-Hasan  al  Bakrî  al  Hanafî  +  847/ 

1443  ;  mystique  ; 

a.  fatwà  (jawâb  ilâ  Shams  al  Dîn  al  Sakhâwî  Ibn  al  Qa- 
sabî)  (extr.  in  TAi-a,  via  677-a). 

b,  poème  (extr.  in  677-a-5°,3^). 

627  Aboù  Bakr  al  Tarînî  (ami  du  précédent)  : 

a.  poème  (extr.  in  677-a'4°). 

631  Badr  al  Dîn  al  'Aynî  +  855/1451  :  historien  : 

a.  Hgd  al  jomân  (1),  t.  XVIII,  ms.  Pétersbourg,  Musée 
Asiatique,  177,  ff.  780i'-785a  (non  consulté). 

b.  ta'Hkh  al  Badr  fî  aivsâf  ahlal  asr  (abrégé  de  550-a, 
perdu,  cité  810-a,  II,  25). 

632  Shihâb  al  Dîn  Ahmad-b-'Alî  Ibn  Hajar  al  'Asqalânî  +  852/1449. 

a.  falwâ  (extr.  ap.  94^-a,  p.  53). 

633  Shihâb  al  Dîn  Ahmad  ibn  Abî  'Adasah  al  Moqrî  +  856/1452. 

a.  nozm  al  jomân,  ms.  Bayt  Jamîl,  Bagdad  (extr.  in 
941-a,  p.  51). 

634  'Abd  al  Rahmân-ibn  Mohammad  al  Bistâmî  +858/1 454, horoùfî  : 

a.  al  fawaih  al  miskîyah'  fî  al  fawâtih  al  makkîyah,  ms. 
'Omoûmî,  tas  416,  XII,  XVI  (2),  XXIX,  final. 

658  Shihâb  al  Dîn  Ahmad  al  Shomonnî  +  872/1467  :  malékile  : 

a.  Mazîl  al  khifd  (comm.  310-a),  ms.  Ayâ  Soùfîyâ,  585  ; 
Fâtîh,  836. 

659  Aboû  'Abdallah  Hosayn  al  Ahdal  +  885/1480  :  historien  ; 

(1)  Copie  ô50-a  (cfr.  95  i -a,  p.  218).  Cfr.  ms.  Walî  al  Dîn,  2396. 


BIBLIOGRAPHIE   HALLAGIENNE  33* 

a.  GhirhcH  al  zamân  (résumé  de  :Hr6),  ms.  Faydîyah, 

660  AIjoù  al  Mahàsiu  Ibn  Taghrîbirdî  4-  873/14('9  :  historien  : 

a.  al  Nojoùm  al  zà/ùrah,  éd.  Juynholl,  II,  i90191,  213, 
218-219  ^extr.  de  i70-a,  ou  de  137). 

h.  al  Manhal  alsdfî,  t.  V,  ms.  Paris.  2072,  f°  ST''... 

661  Borhàn  al  Dîn  llnahîm  al  Biqâ'î  +  885/1-481,  Mekkc,  juriste  : 

shâfi'ite  : 

a.  Nokat  al  wafhjah  (sharh  al  Alf'îyah)  (extr.  in  8  i  0-a). 

662  Zakariyâ  al  A  nsârî  +  926/1520,  Caire  :  juriste  :  shâfi'ile  : 

n.  Ahkâm  al  dalâlah,  éd.  Caire,  1290,  I,  47,  III,  16.  181 
(comm.  23  i -a). 

664  Aboù  al  Ma'ùli  Siràj  al  Din  al  Makhzoûmî  +  885/1480,  Bag- 

dad,  myslique  :  rifà'î  : 

a.  al  horhdn  al  mo'ay>iad{e\lv.  in  953  a). 

665  Aboû  al  IWawâhib  Mohammad   Tbn  Zaghdoùa  +   882/1477, 

Caire,  mystique  :  shàdhili-wafà'î  : 

[a.  Moicashishahàl,  ms.  Berlin,  3420,  IV^  iï.  40'^-41^  (1)]. 

b.  A'itàb  al  Qanoûn  (extr.  ap.  741 -a.  II,  08)  =  Qawânîn 
liik  tm  al  islivâq'  ilà  kâffat  al  soûfiyah  fijamV  al  'afâq,  Damas, 
1309,  [).  46-47. 

670  Shams  al  Dîn  Mohainmad  al  Sakhâwî  +  902/1497  :  shâfi'ite  : 

a   al  i'iân  bi  al  tanbîh  (?)  (récension  de   o50-a,  reprod. 
in  8 30-a-i  1°  scq.). 
677     Noûr  al  Dîn  'Alî  al  Batanoûnî,  vers  900/1494,  juriste  :  hanéfîte  ; 
mystique  :  shâdhilî  : 

a.  alsirr  al  sa/î  fîvianàqib  ..al  Hanaf\.  iuipr.  Caire  (2), 
1306,  t.  II,  p.  16-17,  34,  46,  83,  92,  cfr.  626  (extr.  741-a- 
II,  99). 

680  Aboù  'Abdaliah-b-'Abdal  Rahmân  al  Bokhârî,  vers  900/1494, 

hanéfite  : 

a.  mahànn  al  islam  wa  al  sharai',  ms.  Kôpr.  644(chap  : 
wadà'i'). 

681  Noùr  al  Dîn    Ali  al  Borhânî,  écrit  en  907/1501,   myslique  : 

shâdili  : 

a  ni  zakrat  al  madiyah  (ms.  daté  1037),  ms.  personnel, 
pp.   180.  {82  (d'après  500-h). 

(1)  Egalement  attribuée  à  Al  Kîlànî  ap.  50 2- a,  p.  222  (marge)  ;  et  :\ 
al  Shinnâwî  f+  10i8/lG19)  par  le  catalogue  d'Ahlwardt  (III,  246)  ;  à 
restituer  à  4 47 -a. 

(2)  Avec  une  cou|)ure  volontaire,  [)p.  17  et  34. 


34*  CHAPITRE    XV 

682  'Alî  ibn  Abî  Qasîbah  al  Ghazâlî.  vers  910/1504  ;  polygraphe. 

a.  Âholâsat  'iqd  al  dorar  (résumé  de  o03-a),  ms.  Paris, 
4594,  f.  51^^. 

683  Shihâb  al  Dîn  Ahmad  Ibn  Zarroûq  al  Fâsî  +  899/1493  ;  mys- 

tique. 

a.  Sharh  al  hikam  al  'Atâ'iyah  (extr.  in  942-a). 
690    Jalâlal  Dîn'Abd  alRahmàu  al  Soyoûtî-f  9IJ/I.j0o  ;  polygraphe. 

a.  ta'rîkh  al  Kholafâ,  ms.  Inst.  Fr.  Caire,  amio  30i,  309 
(cfr.  cit.  in  161 3-d),  trad.  va.  d. 

b.  fatwa  (extr.  in  86â-a,  I,  251). 

c.  lanzîh  al  i'tiqâd  'an  al  holoûl'..,  tns.  Caire,  Vif,  33, 
ff.  338%  342'-'  (1). 

rf.  trad.  angl.  de  a  :  par  Jarrett,  Calcutta,  1881,  pp.  398 
et  n.,  400. 

e.  qam    al  mo'ârid  (pour  403)    :   ms.   Caire,  VII,  141, 
f.  102«. 
698    Mawlana  Ahmad  Ardabîlî...  juriste  :  imamite  : 

a.  Hadîqat  al  shV  ah  (rés.  de  179-a,  extr.  ap.  /  183-a). 
710     Mohammad-ibn  Abî  Sharîf  al  Tilimsânî  écrit  917/1511,  juriste: 
malékite  : 

a.  al  manhal  al  asfâ  (comm.   3iO-a),   ms.    Fâtih   838, 
Alger  1678  (extr.  201 -a). 
725     'AU  Ibn  'Abd  al  'Âlî  al  Karakl  al  'Amilî  +  937/1530  :  imamite  : 
a.  maiâ'in  al  mojrimtn  (rés.  de /7.9-a,  extr.  in  755-a, 
1183-a). 
728    Shams  al  Dîn  Mohammad  Ibn  Kamàlpâshâ  +  940/1533,  Stam- 
boul, juriste  :  hanéfite  : 

a.  risâlah  ft  (bayân)  al  fi.raq  al  dâllah,  ms.  personnel 
(cfr.  ms.  Hamîdîyah,  majm.  186,  n.  37,  ras.  Noùrî  'Othm. 
4972,  n"  2t),  in  fine  :  s.  v.  Holoûlîyah. 

730  'AU  al  Khawwâs  +  940/1533,  mystique  : 

a.  al  jaioâhir  wa  al  dorar,  m.s.  Noûrî  'Othm.  2358. 

731  Shams  al  Dîn  Ahmad-b-'Alî  al  Daljî  H- 950/1544,...   juriste  • 

shâfi'ite  : 

a.  al  ùtifâ(comm.  310-a),  t.  IV,  ms.  Noûrî  'Othm.  982. 
735     Mawlii  Shams  al  Dîn  Ibrahîm  Modarris  Zâdé  4-  959/1551  : 

a.   Wd/ay/U  al  a'ydn, ms.  Lcyde  (Warn.819),IV,  an  301. 
738    Bâlî  Khalîtat  al  Soùfiyuhwî  +  960/1553  : 

(.1)  d'après  lemi'ydr  al  morîdin  de  Qotb  al  Dîn  'Abdallah,  b.  Ayman 
al  Noùiî  al  Isfahbadhî. 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  35* 

n.  Sharh  Fosoûs  al  hikam  (comm.  421-d),  impr.  Stam- 
boul, 1309,  p.  12(î. 

739  Ahmad-ibn-Jalâl  al  Misrî  al  Lâdî  +  vers  950/1543,  mystique: 

rif;Vî  : 

a.  Jald  al  sadâ  fî  iîrat  imârn  al  hodà,  ms.  'Omoûmî, 
tas.  64(cfr.  J6'/-fl). 

740  Mohammad-ibn-Yahyiial  Tâdhifî  + 953/1556, mystique  :  qâdiri  : 

a.  Qalâ'id  al  jawàhir,  éd.   Caire,   1317,   pp.  17,  94,  99, 
101,  104,  125,  131. 

741  'Abd  al  wahhâb  al  Sha'râwî  4-  973/1565  :  théologien  : 

a.  al  lahaqât.  al  kobrà,  éd.  Caire,  1305,  pp.  I,  15,  16,  88, 
107-108,  125,  160,  173,  182;  II,  68,  99,  161  (=  laivâqih). 

b.  al  kibrll  al  ahmar,  éd.  Caire,  1306,  pp.  59,  131,  251, 
252,  272. 

c.  al  mîzân  al  khidrîyah,  éd.  Caire,  1276,  f.  14. 

d.  latâ'it  al  minun,  éd.  Caire,  1321  ;  1,  15,  II,  84  (1). 

742  Shihâb  al  Dîn  Ahmad- b-Mohammad-b-HaJar  ai  Haytamî  +  973/ 

1565  :  shâfi'ite  : 

a.  al  f'alâwu  al  hadîthîyah,  éd.  Caire,  1325,  pp.  41,  84, 
95,  213,  223-225,  240. 
755    Shaykh  Hasan-b-'Ali-b-'Abd  al  'Àli  al  Karakî  +  vers  975/1567, 
imàmîte  : 

a.  'omdat  al  maqâC  fî  kofr  ahl  al  datai  (extr.  in  827-a, 
iiSo-a). 

769  Sayyîd  Mohammad  ibn  Qâsim  Abî  al  Fadl  -|-  vers  980/1572: 

a.  kitâb  al  shânayn,  ms.  Fàtih  2643  :  chap.  sabr. 

770  Hosaya-b-Mohammad  al  Diyârbakrî  +  982/1574:  hanbalite  : 

a.  ta'rîkh  al  kkamîs,  ms.  de  1016  hég.,  s.v,  «  Moqtadir  » 
(cfr.  538-a,  5 30 -a,  583-a). 
780    Aboû  Mohammad  Mostafâ  al  Jannâbî  +  999/1590:  historien  : 
a.  al  i'iâm  al  zàkhir,  ms.  Oxford  (Laud.  232),  anno  309. 

789  Dâwoùd  al  Antâkî  +  1005/1596  :  littérateur  : 

a.  lazyln  al  aswâq,  éd.  Caire  (p.  128)  (cfr.  27 S-a). 

790  'Alî  al  Qârî  -t-  1014/1605,  hanéfite  mâtorîdife  : 

a.  Sharh  kitâb  al  shifâ,  éd.  Caire,  1285, 1,  7  ;  II,  702,  745. 

b.  risâlah  fï  al  radd  'alà  Ibn  'Arabî,  ms.  Caire,  II,  86, 
ff.  S^J'  :  éd.  Stamboul,  1294. 

c.  nozhal  al  khâtir  al  fâlir,  ms.  Alger  724,  f.  \0^^  (cfr. 
50ê-a). 

(1)  Extrait  d'al  Ràfi'î  «f    Ihyd  al  qolovb  »   (?  ce  n'est  pas  al  Râfi'î  + 
623/1226)  donné  ap.  960-a,  II,  258. 


36*  CHAPITRE    XV 

791     Ahmad-iba-Yoùsof  al  Qarâcaânî  +  1019/161 1  :  historien  : 
a.  Akhbâr  al  dnwal,  iin|)r.  Bagdad.  1282,  p.  166. 

793  'Omar-ibn-'Abd  al  Wahhâb   al  "Ordî  +    1024/1615,  juriste: 

shâfi'ite,  mystique:  qâdirî  : 

a.  SharhalShifâ,  ms.  Noùrî  'Olhm.  1028,  t.  XIl(comm. 

794  Bahâ  al  Dîn  Mohammad  al  Âmilî  +  1030/1621,  juriste  :  imâ- 

mîte  : 

a.  al  kashkoûl,  éd    Caire,  1316.  pp.  90,  94,  96-97. 

795  'Abd  al  Ra'oùf  Mohammad  al  Monâwî  +  10.J1/1H22,  juriste: 

shâfi'ite  : 

a.  al  kawâkib  al  dorrîyah  (sic,  extr.  in  840-a,  959  à), 
copie  ms.  Bayt  al  Naqîb,  Bagdad. 

797  Zavn  al  Dîa  Mar'î-ibn  Yoùsof  al  Maqdisî  -f  1033/1624,  juriste: 

hanbalite  : 

a.  risâlah  )hiiA  ivaqa'a  fi  kalâm  al  soûfîyah  min  al  alfâi 
al  moûhamah  H  al  takfîr,  ms.  Caire,  VII,  546,  n*^  53,  (T.  36*, 
38'^  42»,  43»',  44*,  51%  53",  54*. 

798  al  Hijâzî-b-'Omar  al  Sandiyoûuî.  écrit  vers  1031/1622  dans  le 

Delta,  juriste  ;  shàfi'îte,  mystique  :  khalwatî  : 

a.  hâshiyat  «  'Oyoûn  al  tawàrîkh  »  (sur  o39-a),  ff.  5^'', 
56-\ 
801     Ahmad-b-Khalîl  al  Sobkî+  1037/1627,  juriste:  shâfi'ite  : 
a.  minfiâj  al  honafd  (comm.  o'IO-a),  ms.  Fàtih  840, 

804  'Alî-b-Borhân  al  Dîn  al  Halabî  +  1044^1634  : 

a.  insdn  al  'oyoîm,  éd.  Caire,  1320,  t.  I,  278,  279. 

805  Mohammad  Bâqir  al  Amîr  al  Dâmâd  al  Astarâbâdi  +  1041/ 

1631,  juriste  :  imâmite  : 

a.  al  raivâshih  al  samàwh/ah  jî  sharh  aliddith  al  imâ- 
miyak{9<\xv  le  «  A'a/2  »)   extr.  iu  923-a-/ 6'^),  impr.  Bombay. 

806  Sadr  al  Dîu   Mohammad  al    ishîrâzî    +    1050/1640,   juriste  : 

imâmite  : 

a.  al  hikmai  al  mola'âliyaJi  fl  al  masdil  al  roboùhiyah 
(=  al  asfàr  al  arbaah),  lith.  Téhéran,  pp.  26,  39l),  454. 

807  Tâj  al  Dîn.  b.  Zakariyâ  al  'Abshamî+  105U/1640j,  hanéfite  : 

a.  trad,  arabe  de  llôO-a^  ms.  Paris  1370,  Caire,  II,  75  ; 
où  tons  les  passages  concernant  al  Hallàj  sont  sautés. 
SOS     'Abd  al  Al.iad  al  Noûrî  (cfr.    1344)  +  1061/1651,  Stamboul, 
mystique  :  khalwatî  : 

a.  hojjat  al  ividdd,  ms.  Caire,  VII,  583,  n'^  99,  ff.  131^, 
132*,  139". 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  Ô"} 

809  [Aboû  'Abdallah  Mohammad  Ibn  al  Balabânî,  vers  1064/1653  : 
substitué  par  erreur  à  sou  homonyme  (cfr.  474)  ap.  Ahlwardti 
Verzeichr.,  n°  32;";0.] 

HIO  Mostafii  Hâjji  Khalîfah  al  K.Uib  al  'l'chalabî  -f  1068/1657  :  lexi- 
cographe : 

a.  Kashf  al  ionoûn,  éd.  Fliiefiel,  n*  192,  n°   9787  (cfr. 
1610-a). 

b.  Solltnn  al  lOOUiùL  ms.  autographe  Shahîd  'Alî  1887, 
fo  04;i  et  in  fine. 

8H     Shihâb  al  Dîn  Ahniad  al  Khefâjî+ 1069/1659,  juriste  :  shâfi'ite  ; 
a.  naslin  al  riydd...  (conini.  3'10-o),  impr.  Caire,  1267; 
IV,  584-587. 
812     al  Hâjjî  Mohammad    Moûmin  al   Jazâirî  +  vers  1070/1659, 
juriste  :  imàmite  ; 

a.  Khizûnat  al  hhayûl...  (chap,  :  wara')  (extr.  in    923- 
a-14°). 

820  'Abd  al  Salàm  ibn  Ibrahim  al  Laqânî  +  4078/1668,  juriste  : 

malikite  : 

a.  hiddyat  al  morîd  (Sharh  Ja%vharat  al   tawhîd)  (extr. 
m  861 -h). 

821  Shaykh  Sâlih  Mahdî  al  Moqbilî  al  Yamanî  +  1108/ 1696,  théo- 

logien :  zaydite  : 

a.  ol  'alo7n  al  shdmikh,  impr.  in  «  Al  Manâr  »,   Caire, 
XIII,  666  ;  XVI,  65. 

825  Mohammad-ibn-Hasan  al  Horr  arAmilî  +  1(99/1688,  juriste  : 

imàmite  akhbârî  : 

a.    al  rhâlal  al  ilhria'ashariyah  (extr.  in   933-0-24"), 
ms.  Londres;  MCXCVII,  p.  111^-112=». 

826  Moh^in-ibn  al  Shah  A'orlada  al  Fayd  al  Kàshî  +   1091/1680, 

juriste  :  imàmite. 

a.  Kalimâl  maktwûnah...  (extr.  in  925-a-24°  \  dr.    p. 
543,  337). 

830  'Abd  al  Hayy-b-Ahmad  Ibn  al   Imâd  al  'Akarî  +  1089  "1679, 

juriste  :  hanbalite  : 

a.  shadharâl  al  dhahab,  ms.  Caire,  V,  72  ;  t.  I,  ff.  710- 
715. 

831  'Alî-b-'Abdallâh  al  Mlsrî  écrit  vers  1075/1664  :  littérateur  : 

a.  tohfat  al okyds...,  ms.  Leipzig,  'iGO  (s.  v.  Mo'tadid). 
833     Ahmad-b-'Abdallàh  a)  Baghdâdî  +  110^/1690  :  historien  : 

a.  'Oyi'ûn  ahhfidr  ala'yàn,  ms.  Londres,  23.310  f.  175'''. 
835     Mohammad  Bâqir-b-Taqî  al  MajliBÎ  -f-  vers  1110/1698,  juriste: 
imàmite  : 


38^ 


CHAPITRE    XV 


a.  Ta'liqât  Kitâb  «  Amal  al  âmil  »  (cite  567-a,  d'après 
l'abrégé  de  Shama  al  Dîn  al  'Âmili  +  88G/1481  ;  exlr.  in  923- 
a-27°). 
840    Mohammad-ibn-Ahmad  Ibn  'Aqîlah  +  U 50/1737,  la  Mekke, 
juriste:  shâfi'ite,  mystique  :  qâdirî: 

a,  ta'rîkh  {Noskhat  ni  v'ojoûd...),  ms.  Caire,  V,  67  (anno 
309,  d'après  7 95 -à). 
SU     Ahinad  al  Dolonjâ-wî  al  Azharî  +   H23/1741,  Caire,  juriste: 
malékite,  mystique  :  rifà'î  : 

a.  hâshiyat  «  tar'îkh  Baghdâd  »  (cfr.  250-a),  ms.  Noùri 
'Othm.  3094. 
8i2    'Abd  al  Ghanî  al  Nâbolosî+  1143/1731,  juriste  :  hanéfite,  mys- 
tique :  naqshbendi. 

a.  Haik  al  astâr,  ms.  Caire,  II,  143,  ff.  12, 13,  36,  38-39, 

b.  Jam'  al  asrâr.  ms.  Caire,  tas.  304,  f.  pénult. 
e.  Rashf  al  sirr  al  ghâmid  (comm.  403-b). 

d.  radd  matin,  ms.  Caire,  tas.  362,  f.  102^  (cfr.  742-a). 

843  Mohammad-ibn  'Abd  al  Rahîm  al   Lotfî,  écrit  en  1115/1703, 

Jérusalem,  juriste  :  hanéfite  : 

a.  al  jawhar  (=  al  fatâwà  al  rahamîyah  ?)  (extr.  'm920- 
a-l"). 

844  Isma'îl  Haqqî  al  Broûsawî+  1137-1723,  Brousse  :  théologien  : 

a.  tafsîr  roûh  al  bayân  :  in  Qor.  XV,  86  ;  XCIII,  5,  éd. 
Caire,  1253,  t.  II,  p.  317  (en  bas)  ;  t.  III,  p.  1348. 

846  ...  al  Mahrazî,  nosayrî  : 

(copie)  exécutée  en  1211/1796  de    i73-a   :    ms.  Paris,   1450, 
f.  ^76^ 

847  al  amîr  Haydar  Ahmadal  Shihâbî  +  M  62/1 748,  émirdruze  ; 

a.  ta'rîkh,  impr.  Caire,  1900,  t.  I,  pp.  237-238. 
849    Shaykh  Mostafa-b-'AIî  al  Bakrî  -f  1162/1749,  juriste  :  hané- 
fite, mystique  :  khalwatî  : 

a.  al  soyoûf  al  hidâd,  ms.  Caire.  VII,  82,  f.  46''. 

851  Ja'far-b-Hasan-b-'Abd   al   Karîm   al  Birzanjî  +   1177/1763, 

Médine  :  shâfi'ite. 

a.  al  janî  al  dânî,  lith.  Bombay, 'Omoûmî,  565,  ff.l6''-^7^ 

852  Mohammad  Beg  Râghib  Pâshâ  +  11 76/1763,  Stamboul,  grand- 

vizir  : 

a.  Sajînal  al  Bâffhih,  impr.  Caire,  1282,  pp.  99-100,  321, 
440. 
833     Mohammad-'Ali-b-'AlîalTahânawîécriten  1158/1745,  hanéfite': 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  Sq* 

a.  Rashshâf  islilâhât  al  fonoûn,  éd.  Sprenpcr,   Calcutta, 
18:U-62,  p.  273  (s.  Rad.  HABHA,  cfr.  3^5-0). 
Sm     Aboù  al  Khayr  'Abd  al  Rahniân  al  Sowaydî  +  TiOG/l  786  : 
a.  Kashf  al  hojob,  impr.  Caire  (s.  d.),  p.  9. 

860  Yahya  al  Jalîlî  al  Mawsilî  +  H98/Î783  :  historien  : 

a.  sirâ/  al  moloû/,-,  ms.  Londres,  23.30(i,  p.  AX\. 

861  Mohammad  Amîn  al  Khatîb  al  'Omarî  +  1203/1789,  Mossoul  : 

a.  manhal.  al  saf'i,  ms.  autogr.  coll.  Aloùsî  (fà'idah). 

b.  manhal  al  aivlîyâ,  ms.  Londres,  Supp.  679,  f.  159'^. 

862  Aboû  al  Fayçl  Mohammad  Mortadà  al  Hosaynî  al  Wâsitî  al  Zabîdî 

+  1205/1791,  juriste:  hanéfite,  lexicographe: 

a.  illiâfcd  sâdah  al  rnotloqîn,  impr.  Caire,  I,  28,  31,  250- 
252  ,  VI,  217,  539-40  ;  VIII,  484  ;  IX,  33,  394,  402,  569-70, 
578  ;  X,  176  (comm.  âc2S0-a). 

b.  'iqd  al  jomân  ni  thamXa  fi  al  dhikr  wa  forcq  al  albûs 
wa  al  talqm,  ms.  Kayyâlî  :  s.  v.  «  HallAjîyah  »  (cfr.  809-b). 

879    Ahmad-b-'AlîalDaljî,  littérateur,  écrit  en  1219/'179o  : 

a.  al  falâkah  ivaal  mafloûkoûn,  éd.  Caire  1322,  p.  127. 
888     Ahmad-b-Mohammad   Ibn    'Ajîbah   vers   1235/1819,   darqâwî 
(cfr,  a-I,  p.  6)  : 

Cf.  Hqâz  al  hamm,  éd.  Caire,  1913,  II,  359  et  I,  4,  82, 156, 
6.  foloîihài  ilahiyah,  id.,  Il,  347,  427  (comm.  de  600-n). 
890    Ahmad-ibn-Mohammad  al  Sâwî  +   1241/1825,  juriste  :  malé- 
kite,  mystique  :  khalwatî  : 

a.  hâshiyat  Tafslr  al  Jalâlayn,  impr.  Caire,  s,  d.  2"  éd. 
(IV,  70). 
910    Shihâb  al  Dîn  Mahmoud  al  Âloûsî  +  1270/1853,  Bagdad  : 
a.  NasJunat  al  modchn,  Bagdad  lith.  1293/1876,  p.  77. 
h.  Gharaib  alighiirâh.  éd.  Bagdad,   1327,  p,  259. 
915     Ibrahîm-b-Mohammad  al  Bâjoûrî  +  1277/1861  :  shâfi'ite  : 

a.  Sharh  «  Jaicharai  al  tawhid  »,  éd.  Caire,  1281  (cfr. 
8 20 -a),  in  vers  «  Alqàho  fVl  yamm  ». 

919  Shaykh  Mohammad-b-'Alî  al  Sancûsî  +  .laghboiib  1276/1859, 

fondateur  de  l'ordre  des  Senoussis  :  mâlikite: 

a.  al  salsabU  al  mo'în  fi  al  loraiq  ai  arba'hi,  ms.  coll. 
H.  H.  'Abd  al  WahhAb  207,  p.  25  (dhikr  et  sanad  des  Halla- 
jîyah)  (cfr.  809-b)  (1). 

920  Aboù  Yoûf^of  Mohammad  Amîn  al  Wâ'iz  H-  1273/1856  (cité 

910-b,  p.  254),  Bagdad,  mystique:  qftdirî  : 

(1)  Une  traduction  française  i\  peu  près  introuvable  aujourd'hui  en  a 
été  faite  par  A.  Colas  (autographiée  à  Alger,  1882). 


40*  CHAPITRE    XV 

a.  falwà  (citant  S43-a),  citée  in  94i'a-4''. 

921  Mohammad  al  'Oyoùaî  +  1275/1858  Bisà  Tcboblâgh  (Kurdistan), 

mystique  :  naqslibendî  : 

a.  majinoù"  rasa  il,  ms.  coll.  Aloùsî. 

922  Dîyà  al  Dîn  Ahmad  al  Gûmushkhânî  +  1276/1859,  mystique  : 

naqshbeudi  : 

a.  Jâmi'  al  osovl  fi  alo/olîyâ,  Caire,  1319,  pp.  209,  224, 
228,  244. 

923  Mohammad   Bàqir  al  Khoûnsârî  -f    vers  1287/1870,  juriste  : 

imàmite  (osoùlî)  : 

a.  Rawdâl  al  jannàt,  lith.  Perse,  1307,  1,  31  ;  II,  209, 
2H,  226-237,  286,  316  ;  tll,  378,  442.  455,  500  ;  IV,  96*,  205*. 

927  Nawfal  Effeadi  Na'wfal,  chrétien  protestant,  pubhe  en  1876  : 

a.  SaU'Sanat  Solaymdn'  fî  oxoûl  al  'aqaid  wa  al  adyân, 
p.  227,  228  (cfr.  6JS-a). 

928  Mawla  Ahmad  Allah  al  Bîtâwarî  (Pîshâwarî)  écrit  en  Afgha- 

nistan, juriste  :  liancfife  : 

a.  tohfat  al  ikhwân  fî  al  tafriqah  hayn  al  kofr  wa  al 
Hmân,  lilh.  Inde,  s.  d.  pp.  22,  27,  37,  38,  75. 

930  Mostafâ  b.  Mohammad  al  'Aroûsî  -f  1293/1876,  Caire,  juriste  : 

shâfi'ite  : 

a.  Natâ'ij  al  afkâr  (superglose  de  231  -a  ;  cfr.  662-a), 
Caire,  1790, 1,  65,  104  ;  IV,  92,  94,  121. 

931  Jibrâ'il   Hannoùsh    Asfar,    écrit   vers    1287/1870,   à  Bagdad  : 

chrétien  : 

a.  Montafi'  al  morlâd'   f%    larlkh   Baghdâd,    ms.    de 
l'auteur. 

b.  Mokhtasar  al  mostafâd' min  ta'rîkh  Baghdâd,  abrégé 
de  a.  ms.  coll.  Carmes  Bagdad. 

932  Mohammad  ibn  'Alawî,  ibn  Mawla  Ahmad,  écrit  en  1286/1869, 

à  Bagdad  : 

a.  Jâmi' al  amvàr  (trad.  de   '1355-a),  ms.  coll.  Aloùsî, 
pp.  226.  234. 
938     'Omar  al  Attâr  al  Dimishqî  :  théologien  : 

a.    al  fath  al  rnohîn'  fl  radd  i'iirâd  al  mo'tarid  'alà 
Mohyi  al  Dîn.  Caire,  1304.  p.  29. 

940  Botros  al  Bostânî  +  1301/1883,  encyclopédiste  chrétien  : 

a.  Dan  ai  al  ma'ârif,  impr.  Beyrout,  art.  Hallage,  t.  VII, 
150-154  :  et  Ibn  'Aqîl  {38  -f  2%). 

941  Khayr  al  Dîn  No'  mân  Ibn  al  Aloùsî  +  vers  1320/1902,  Bag- 

dad, juriste  :  hanbalite  : 


BIBLIOGRAPHIE    IIALLAGIENNE  4l* 

a.  Jalâ  al  'ayimyn,  Caire,  1298,  pp.  35,  43,  44,  48.  50-54. 

942  Mahmoûd-ibn-Khalîl  Ibn  al  A/m,  écrit  vers  1281/1864,  à  Damas, 

crudit  : 

II,  al  Rawd  al  zâkir,   ms.  auto^'r.   Caire,   II,   87;   t.   I, 
425»':  II,  137^  ^f)e^.  21) P. 

943  Hasan  al  'Idwî  al  Hiimzâwi  -f  1303/1886,  Ca're,  juriste  :  malé- 

kite  : 

a.  al  ruadad  al  favjâd,  2  vol.,  impr.  Caire,  127G,  11-32* 
(comm.  3  10 -a). 

950  Mohammad  Rashld  al  Sa'dî,  écrit  en  1305/1887,  k  Bagdad  : 

a.  Nob>hah  la'rîk/riyah,  impr.   Bombay,   ii°  70  (3nov. 
1887)  du  «  Nokhbatal-Akhbàr  ». 

951  Aboû  al  Hodii  Mohammad  al  Sayyâdî  -4-  1326/1908,  Prinkipo, 

mystique  :  rifà'î  : 

a.  Qilddat  al  jawâhir,  "i^  cd.  Stamboul,  1302,  pp.  137, 
140,  200,  336,  348.  459. 

952  al  Sâlihânî.  écrit  en  1308/1890,  à  Beyrout,  chrétien  (ordre  des 

jésuites)  : 

a.  Mokhiasar  <x  îrrrîkh  ni  dvn'ol  »   (résumé  de  47^  f/), 
pp.  271-272. 

953  Sirâj  al  Dîn  Mohammad  Ibn  al  Fîl,  écrit  en  1310/1892,  à  Mos- 

soul,  juriste  ;  hanétite,  mystique  :  rifâ'î  : 

a.  khiiâm  al  misk  al  adfor,  ras.  autogr.   cat.  Geuthner, 
1912  (comm.  du  rahhj  al  Kaicthar  de  664),  pp.  86,  253, 

956  Mohammad  al  Anbâbî,  écrit  en  1281/1865,  au  Caire  : 

a.  Hâshîyat  Sharfi  «  Jaœharaial  tawhîd  »  (cfr.  915  a). 

957  Mollà  Mohammad-b-Mahdî-b-Abî  Dharr  al  Narâqî,   imâmite  : 

n.  {dhayl)moshkilàtal'oloûm,  2^  éd.  lith.Téhéran,  1322, 
p   309. 

959  Yoùsof  ibn  Isma'îl    al   Nababânî,   écrit   à   Beyrout,   juriste  : 

hanéfîte  : 

a.  karâmât  al  aiclh/à.  ms.  Damas  (copie  Màlih)  (extr.  de 
741'dei  795  a). 

b.  JâmV  althanà  'alà  Allah,  impr.  Beyrout,  1324,  p.  51. 

960  Mahmoud  Shokrîal  Aloûsî,  écrit  à  Bagdad,  juriste:  hanbalite  : 

a.  Ghâyat  al  amânl  (contre  959,   pseud.  :  Aboû    al 
Ma'âlî  al  Sallâmî),  éd. Caire, 1327,1,  363  ;  II,  258,  355,359. 

b.  Akhbâr  Baghdâd,  4  vol.  mss. 

c.  Notes  marginales  de  932a. 

961  Ibrahîm-b-Yoûsof  Masâbikî,  écrit  à  Beyrout  :  chrétien  : 


42*  CHAPITRE    XV 

a.  Jawâh  {h   1695-o)  in   «  al  Machriq  »,  XI,  880-881, 
août  1908. 
967     'Abd  al  Qâdir  al  "Wardîghî,  de  Chefchaoaen  (Rif)  :  mystique. 

a.  salivai  al  ihhicân'  un.  vosrai  al  khillân,  chap.  XIV 

(pp.  56-S8  de  l'éd.  Caire,  1298),  réfutation  de  Shaykh 
'Ala^sh  al  Misrî. 
970     Shaykh  'Abd  al  Mannân  Dogozlî,  écrit  en  1301/1883,  mysti- 
que :  khal\vatî  : 

a.  Ma'âiva  al  raghâ'ib...  impr.  Stamboul,  1306,  pp.  144- 
145  (5). 
973     Shaykh  Rashîd  Hidâ,  théologien  salafî,  directeur  de  la  revue 
"  al  Manàr  "  (Caire),  fondateurdu  Séminaire  des  Missionnaires 
musulmans  de  Roda  : 

a.  glose  du  tafsîr  de  Shaykh  'Abdoh,   ap.  "  al  Manâr  ", 
1336,  t.  XX,  n°  7,  p.  309  et  n.  (d'après  280-a,c). 

975  al  Madârisî,  écrit  avant  1320/1902,  juriste  :  shâfi'ite  : 

a.  al  ta.nhîh  bi  altanz'ih,  ch.  VU  (cité  in  976-a). 

976  Ahmad-b-Ibrahîm  al  Najdî,  écrit  à  la  Mekke,  1320/1902,  juriste  : 

hanbalile  : 

a.   tanljîh  al  naMh  (contre   975-a),  impr.  Caire,  1329, 
p. 266. 


Appendice  :  Témoignages  oraux  ou  écrits  recueillis  d'auteurs  con- 
temporains :  en  arabe  : 

977  Jamîl  Sidqî  al  Zahâwî,  philosophe  et  poète: 

a.  témoignage  oral  (Bagdad,  25  déc.  1907)  (cfr.  ï 695-e), 

978  Ma'roùf  al  Rasâfî,  poète  : 

a.  témoignage  oral  (Bagdad,  31  déc.  1907). 

979  Shaykh  Mohammad  al  Yamanî,  né  vers  1256/1840  : 

a.  témoignage  oral  (A'zamîyah,  15  mai  1908). 
rSO     Mirzâ  Aboû  al  Fadl  al  Jorfâdhaqânî  (Gulpaygânî),  né  vers 
1251/1835:  beliâï: 

a.  témoignage  oral  (Caire,  10  mars  1910). 

981  'Omar-ibn-Hosayn  al  Khashshâb.  né  vers  1860/1844,  libraire: 

a.  témoignage  oral  (Caire,  27  nov.  1909)  (cfr.  i 565-a-2°). 

982  Shaykh  Bâdî  al  Sannârî,   +  mars  1910  (=  1328),  mystique. 

a.  témoignage  oral  (Caire,  16  déc. ,1909)  {(ih.9  70-a-28'). 

983  'Isâ-b-Iskandar  Ma'loûf,  écrivain  chrétien  : 

a.  mashâhîr  al  'arah,  ap.  "  Moqiabas'\  VI,  317. 

984  Shaykh    Tâhir  al   Jazâ'irlî,   né   h  Damas  vers  1275/1858. 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  43* 

a.  témoignage  oral  (Caire,  i:}  janv.  1910)  (cfr.  9to-a). 

985  ['Abbâs  EffeQdi|  ^Abd  al  Bahâ,  chef  du  béhaïsme  depuis  1892  : 

a.  témoignage  oral  (Paris,  25  nov.  1911). 
b)  (cfr.  980-a-oo). 

986  Shaykh  Ahmad   Rafîq-b-No'mûn    al  .lomaylî,   marchand,  de 

Bagdad  :  (cfr.  IGO'.i-a,  p.  384). 

a.  documents  et  références  communiqués  {.499-a,  1 223~a). 

987  al  Hâjj 'AlîalTâghistânî,  alchimiste,  deTimoùr  KhânShoûrii  : 

a.  témoignage  oral  (Stamboul,  18  avril  1912). 

988  'Abdallah  'Abd  alFâdî  (pseudon.)  :  chrétien  protestant  : 

a.  al  (asaivwof,  ap.  «  al  Sharq  ira  al  Gharb  »,  n»  lo  oct. 
1912,  p.  390,  col.  2. 

989  Anastâsyoûs  Mârî  min  Ilyâs  al  Karmalî  (Anastase  Marini), 

à  Bagdad,   religieux  carme  : 

a.  critique  de  169o-h  :  ap.  «  Loghat  al  'araby>,  t.  IV, 
déc.  1912,  255-258. 

b.  critique  de  1695-j:  ap.((  Loghat  al  'arab  »  août  1913, 
p.  iOt-105. 

c.  critique  de  1640-e,  ap.  Loghat  al  'arab,  sept.  1913, 
p.  154. 

d.  critique  de  17  24 -a,  ap.  Loghat  al  'arab,  janv.  1914, 
p.  383. 

e.  critique  de  i  695-1,  ap.  Loghat  al 'arab,  juil.  1914, 
p.  51-52. 

990  Mawlii 'Abdal  Hafîz-b-Hasan  al  ÏJasanî,  sultan  du  Maroc  de 

1326/1909  à  1330/1912: 

a.  déclaration  (notée  et  trad.  in  Hubert- Jacques,  L''s 
journées  sanglantes  de  Fez,  Paris,  1913,  p.  227,  cfr.  9I5~a-l°  : 
sur  vers  «.  Alqâho...  ») 

991  Ahroad-b-'Abd  al  Mohdî  al  Saltî,  cheikh  de  Transjordane  : 

a.  témoignage  oral  (Jérusalem,  46  avril  1918). 

992  'Izz  al  Dîn  'Alam  al  Dîn  al  Soroûjî  al  Tanoûkbî,  officier  hedja- 

zien  : 

a.  qasidak  «  Qawmî  al  'Arab  n  (ap.  «  Kawkabn,  Caire, 
n"  89,  9  avril  1918,  p.  11,  col.  2  :  vers  47  :  copié  de  «  Ana' 
man  ahwa  »). 

993  ^rftfona^  non  signé  de  la  «  Qiblah  »,  Mekke,  lOjom,  I",  1336 

(1918),  n°  157,  p.  1,  col.  4,  cite  le  vers  «  Alqâho  fiHyamm...  » 


44* 


CHAPITRE    XV 

III.  —  Auteurs  persans. 


1021  Aboù  Sa'îd  FadI  Allah  Ibn  Âbî  al  Khayr  al  Mahnawî  né  357/ 
068,  +  440/1048,  poète  mystique  : 

a.  (fragment)  publié  par  Ba'iqarâ  {^  1  ô7-a-.2°). 

b.  Roltâ'i  («  Ana'al  Haqq  »),  in  J.  R.  As.  Soc.  Bengal, 
1912  (1911),  p.  646,  n*230. 

1053  'AU  alHojwîrî  al  Jollâhî  Ganj  Bakhsh  +  466/1074  (?),Lahore  : 
mystique,  auteur  de  l'ouvrage  suivant,  dont  la  rédaction  a  été 
achevée  senlemmt  entre  l'an  473  (mort  d'ibn  Sâlibah,  auquel 
son  fils  «  a  succédé  »,  p.  173;  et  l'an  477  imort  d'al  Fârmadhî, 
cité  comme  vivani,  p.  169),  bien  que  certaines  parties  en  aient 
été  rédigées  auparavant  :  sinon  du  vivant  d'al  Qoshayrî  (-}- 
465  ;  p.  167),  du  moins  du  vivant  d'al  Gorgânî  (+  469.  comp. 
p.  169  1.  2  et  1.  13  ;  cfr.  introd.  p.  XVIII-XIX).  —  Noter  que 
la  lardtyah  ajoutée  au  nom  d'al  Ansàrî  (h-  481-p.  26  l.  2)  peut 
être  une  surcharge  de  copiste,  —  mais  que  le  «  Maqdisî  », 
cité  p.  2t"0,  est  sûrement  le  zâhirite  et  mystique  connu  {^56], 
né  en  448,  et  célèbre  pour  sa  précocité  : 

a.  Kashf  al  mahjoûh,  ms.  Paris,  Supp.pers.  1086. fî.  86'\ 
90^  97,  106-\  11 7",  1291',  149i'-150«,  150%  i62^,  165%  181% 
201"  =  ms.  Paris,  Supp.  pers.  1214,  ff.  107%133''-134%  145^ 
164'',  171»';  172%  2-25^  =r  trad.  Nicholson  (cfr.  1692-f),  pp. 
66,131,  150-153,  J58,  172,  189,  205,  226,249,259,260,281, 
285.  303,  311,  344. 

b.  liohr  al  minhâj  (perdu,  cité  a-trad.  p.  153  ;  identifié  à 
tort  avec  son  Minhâj  al  Dln,  ap.  trad.  p.  XIX). 

c.  Sharh  kalâm  al  Hallâj  (perdu  :  cité  fl,  trad.  p.  153). 
1057    Nîzâm  al  Molk  +  486/1093,...  vizir:  shâfi'ite: 

a.  Siyâsnl  Nàmeh,  ch,  XLVI,  ms.  Paris,  Supp.  Pers. 
4571,  f.  179''  =  trad.  fr.  Schefer,  m  B^blioth.  Ecole  Langues 
Orientales, l?ar\s,  1893.  p.  185  ;  trad.  p.  271  (l)(Ghiyâth,  di.sci- 
ple  en 290/902  d'Ahmad-b-Khalaf  al  Haîlâj,  semble  identique 
à  notre  al  Hallâj). 
1059  Shaykh  al  Islam  Aboù  Isma'îl  'Abdallâh-b-Moharamad  al  Ansârî 
al  Harawî  +  481/Ki88,  juriste  :  hanbalite,  mystique  :  ma- 
lâmati  : 

a.  tabaqât  al  sovfiyoh  (en  dialecte  archaïque  de  Hérat), 

(1)  Comp.  Fihrist,  I,  188    Et  Maqrîzî,  /iti'âz  al  honafâ,  ms.  Gotha, 
1652,  éd.  H.  Bunz,  Leipzig,  1909,  p.  130. 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  ^b* 

ms.  Noù.î  'Olhm.  2500  (daté  de  839/1435)  :  i)  ap.  vies  d'al 
Bistàmî,  al  Jotiayd,a!  Nihâjî,  al  Isfahànî,  ibn'Atâ  ;  2)  (3*  classe) 
al  HallâJ  (résumé  biographique,  témoignages  d'Ibn  Khafîf,  al 
Daqqàq,  ai  Shiblî,  'Abd  al  Malik  Isk;\f,  Haykal,  Ibrahim-iba- 
Fâtik,  al  Harawî  (30o-36°),  miracles,  7  hikam  (cfr.  IlO-a), 
citation  d'al  Morta'ish  ;3)  ap.  vie  d'al  'Otoùfî  ;  4)iiichap.  final. 

b.  Boùznâmeh,  exlr.  ap.  a-^O^-oG", 

c.  Makdlib,  extr.  ap.  117 o-a-l 5°. 

d.  extr.  in  H ôJ-a-b". 

1070     Aboû'l  Ma'âlî  Mohammad-b-'Obaydallahal  Hosaynî,  écrit  en 
485/1092  : 

a.  Bayân  al  adiydn,  extr.  (du  chap.  IV)  cité  par  l'2î9a,  f. 
241*'.  Noter  que  le  texte  du  Bayân  publié  par  Schefer  (chrest. 
pers.,  I,  132-17!),  est  tronqué  ;  non  seulement  le  chap.  V 
manque  (voir  introd.  p.  ioo),  mais  la  fin  du  chap.  IV  (mojab- 
birah,  soùfîyah  ;  annoncée  texte  p.  152-153)  y  fait  défaut  (id. 
ap.  ms.  Paris  supp.  Pers.   13  6). 

1081     Aboû  Torâb  Mortadà  Ibn  al  Da  î  al  Râzî,  vers  fi05/l  111(1): 

a.  tabsirat  ai  'aivâmm  fî  ma'rxfah  maqâlâl  alanâm,  lith. 
Téhéran  13 1 2/ 1895,  à  la  suite  de  i229-a,  chap.  XVI, 
pp.  400-4n2,  4(16.  418  (cfr.  125-a,  170-a,  ■109i-a-lW°, 
178°,  182\  250-11-52"). 

1090  Jâkoûs    (Jcàkîr)    al    Kordî     -f    590/1193   Qantarat  al    risâs 

(Sàmarrà)  :  mystique  : 

a.  (fragment)  ap.  1 091 -a-1 5%  222^). 

1091  Aboù  Mohammad-b-Abî  Nasr  Roûzbahàa  (al  Saghîr)  al  Baqlî 

-f-  606/1209,  Shîrâz  :  mystique  : 

a.  cfr.  o80. 

b.  Sharh  al  Shathiyât  (cité  11 50  a,  n»  43,  p.  64,  et 
810-a,  n°  7522,  t.  IV,  p.  38j,  ms.  Shahîd  'Alî  pâshâ,  1342, 
n'  19,  185  pages  :  daté  849/1445)  et  ms.  Qâdî'askar  Monlâ  Mo- 
râd  1271  (=  l'i90  du  catalogue;,  composé  à  Fasâet  Shîrâz  en 
570/1174,  d'après  un  original  arabe  (cfr.  380)  :  pagination  du 
ras.  Shahîd  'Ali,  pp  4-5,  9,  12,  14,  16-19  (biographie),  59, 
71,  82,  92,  109-120  (Asânîd  Gharib  =  Riwâyât,  VI-XXVII), 
121-122  (leur  examen),  122-146  (Motafarraqàt  Kalàm  al  Hal- 
lâj),  147-168  (trad.  persane  et  comment,  du  Kilâb  al  Taivâ- 
sln,  cfr.  i695-j),  176,  178-181  (Asânîd  Gharîb  =  Riwâyât, 

(1)  Selon  1229-n,  p.  320-321  ;  mais  il  y  a  des  retouches  du  VIP- 
Xlll^  s.  (p.  417,  422)  :  un  passage  écrit  avant  l'avènement  de  Saladia 
(p.  426). 


46*  CHAPITRE    XV 

I-V)  (Note  que  la  paginatioQ  du  texte-base  de  ce  ms.  a  rejeté 
la  suite  de  la  p.  91  (mashâ'ikh),  aux  pp.  173-178  et  que  les 
pages  suivantes  178-181  devaient  être  placées  avant  la  p. 109). 

c.  Kilâh  Qodslyah,  ms.  Paris,  supp.  Persan,  1356,  fl".  174''-''. 

d.  Kitâb  Sharh  al  Taivâsîn  (cité  5,9/)  =  b,  pp.  147-168. 
1101     Farîd  al  Dîn  Aboû  Hâmid  Mohammad  b-Ibrahîm  'Attâr  ■+-  vers 

626/1229,  Nisâpoùr  :  poète  mystique  : 

a.  Haylâj  Nâmeh  (;=  Eallâj  Nâmeh..  —  lUansoûr  Ndmeh), 
lith.  ap.  «  KoUiyât  »  de  'Attâr,  éd.  Lucknow...,  pp.  583-770, 

ms.  Caire,  persan,  p.  517,  ms.  Elliott  (Bodl.),  209,  ff.  616»* 
seq.,  ms.  India  Office,  1096,  fî.  438  seq.,  ms.  Londres.  Or. 
353,  pp.  200,  234^  (fragm.)  =  ms.  Londres.  Or.  6634,  ff.  1- 
208  (daté  861/1456).  Epopée  métaphysique  en  79  chants 
(10.000  vers),  conclusion  de  1  iOl-d,  utilisant  le  martyre 
d'al  Hallâj  comme  cadre  allégorique. 

b.  Boibol  Nâmeh,  ms.  Paris,  Supp.  pers.  811,  f.  450% 
col.  2-3. 

c.  Tadhkiral  al  Aivliyâ,  éd.  Nicholson,  Londres,  1907, 
II,  12,  37,  101,  125,  135-145,  161,  211.  Texte  à  compléter  au 
moyen  des  manâgib  al  Hallâj,  trad.  arabe  anonyme  de  II,  135- 
145  (ms.  coll.  Aloûsi)  ;  cfr.  1320  et  1580-b. 

d.  Jawhar  al  Uhâl  (extr.  ap.  i o80-a-S°).  «  Substance 
de  l'Essence  »,  épopée  en  94  +  67  chants  (34.000  vers),  pré- 
face au  Haylâj  Nâmeh. 

e.  Mantiq  al  Tayr,  éd.  Tassy,  ligne  2271  (et  2258)  (extr. 
ap.  1689-a). 

1103    Shaykh  Majd  al  Dîn  Aboû  Sa'îd  Sharaf-b-al  Mo'ayyad  al  Bagh- 
dâdî  -h  610/1219,  Bagdad,  mystique  :  kobrawî  : 

a.  Risâlah  fi  al  sa/ar,  ms.  Kopr.  1589  (chap.  khâss  al 
khâss). 

1106  'Azîz-b-Mohammad  Nasafî  +  661/1263,  Aberkouh,  mystique: 

a.  kashf  al  haqâ'iq,  ms.  Londres,  cat.  pers.,  III,  1095. 

b.  maqsad  aqsà  (non  consultés). 

1107  Kajm  al  Dîn  al  Râzî  (Dâyah)  -|-  654/1256:  mystique  : 

a.  Mirmd  al  'ibâd,  ras.   A  s' ad  1705  (3^  partie,   début), 
1337,  ff.  21^,  3*'.   Livre  III,  chap.  XIX-XX  (ms.  Paris,  sup. 
pers.,  1802,  f.  43'',  64%  67=»). 
1111     Jalâl  al  Dîn  Mohammad  ai  Roûmî,  né  602/1205  Balkh,  -}- 
672/1273  Konieh,  mystique:  mawlawî  : 

a.  iMathnawl~i-ma'nawi,  éd.  turco-persane,  Caire  1268, 
lib.   Il,  §  8,   vers  64  (p.  13)  ;  11,  ^  23,  v.  13  (p.  51)  ;  II,  §  4.5, 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  ^']* 

V.  70  (p.  92);  III,  §  16,  v.  99  (p.  27);  III,  ^  177,  v.  10-12 
(p.  146)  ;  lY,  §  56,  v.  8  (=  H,  §  523,  v,  13)  ;  V,  §  65,  v.  16-19 
(p.  81-82).  =  lith.  Bombay  1267/1851  =  éd.  Tabriz,  1890. 

b.  Diwân  Skams  al  flaqaiq   {Shams    Tabriz),  Tabrîz, 
1280,  qasidah  :  p.  199  (reprod.  et  trad.  in  i692-d). 

c.  Flhi  ma  fîhi  min  al  ma'ârif  ?va  al  haqâ'iq,  ms.  As  ad, 
1614  (en  prose)  ;  cfr.  ms.  Fàtih,  5296. 

d.  Hikâyat  Shaijkh  Mansoûr  Hallâj  (apocryphe),  poème 
de  205  vers,  ms.  Londres,  Or.  248,  ff.  81-87. 

1112     Khwâjah  Nasîr  al  Dîn  Mohammad  al  Toûsî,   né  607/1210, 
+  67:2/1273,  philosophe  :  imàmite  : 

a.  A/rsâf  al  ashrdf  fl  al  shjar  wa  al  soloûk,  ms.  Ind, 
Off.,  Pcrs.   1809,   bâb  V,   fasl  &  {923-a-5°,   980-a-2o). 
1121     Ahmad  al  Roûmî  +  717/1317  (?),  mawlawî  (1)  : 

a.  Sharh  al  arba'în,  ms.  Paris,  Supp.   pars.  115,  ff.  57''- 
58b. 
1123     Shams  al  Dîn  Ibrahim   al  Mohtasib  al  Àbarkoûhî,  écrit  en 
718/1318  : 

a.  majma  al  bahrayn,  ms.  Paris,  anc.  fonds  pers.  122 
(extr.  in  1670). 

1126  'Izz  al  Dîn  Mahmoud  al  Kâshî  +  735/1334  :  mystique  : 

a.larjamat  nal  'Awârifv  (cit.  lioO-a,  p.  555)  (cfr.  40 /- 
a)  (extr.  in  1 1 59-a),  ms.  Paris. 

1127  Hamd  Allah  al  Mostawfî,  écrit  en  740/1339  : 

a.  Nozhat  al  qoloûb  (géographie),  lith.  Bombay,  1311, 
extr.  in  166  J-a,  p.  149. 

b.  Ta'rikh  Gozidah,  ms.  Paris,  Supp.  pers.  173,  f.  266^ 
(Bâb  V,  fasl  4),  trad.  arabe  ;  et  turque  {1334-a). 

1129  Mahmoud  Shâbistârî  -l-  720/1320:  poète  mystique  : 

fl.  Golshâii-i-liâz,  mss.  très  nombreux,  (publ.  in  i602- 
d,i3S0-a-6°;dr.î561-c,  16i7-a  et  i 69 7 -a- J ")  =  qnest. 
VII  (Anal  J/aqq),  \ers  1-19;  les  vers  9-14  sont  insérés  par 
le  texte  ^6'02-rfdans  la  quest.  I  [tafakkor],  vers  12,  seq. 

1130  Mohammad-b-Mahmoùd  Àmolî  +  753/1352  :  encyclopédiste  : 

a.  Nafais  al  fonoûn,  ms.  Caire,  persan  518,  f.  111,  118, 
U9. 
113Î     Ahoù  al  Tlasau  'Alî  al  A."lâ  +  822/1419,  baktàshi  :  horoùf;  : 
a.  tawhld  Nàmeli,  extr.  ap.  /  730-a. 

(1)  Rieu,  Gat.  pers.,  ms.  Londres,  p.  39''.  L'identification  de  Blochet 

(Cat.  Paris)  est  douteuse. 


48* 


CHAPITRE   XV 


1135     Sharas  al  Dîn  Moharnmad  Ilâfiz  Shîrâzî  -+-  791/1388,  poète  : 

a.  Diwân,  éd.  Rosenzvveig-Schwaanau,    1,  318,  364  ;  II, 
206;  III,  530  (cfr.   /g/jg),  lith.  Bombay,  1277,  p.  12  (4"  bà'- 
iyah,  vers  4;  9*  dâliyah,  vers  ll-li)  (cfr.  1673  a). 
U36    Mohammad-b-Ibrahîm  al  Kâzaroûnî  al  Siddîqî+  790/1388(1): 
a.  Shifâ  al.  asqâin  fi  sîrat  ghoûth  al  anâm  (=  Rifâ'î),  ms. 
Ayâ  Soùfîyâ  3461  (exlr.  in  739-a). 
il3T     Rashîd  al  Dîn  Aboûal  FadI  Ahmad-b-Abî  Sa'd  al  Maybodhî  : 
a.  {tafsir)  kashf  al  usrâr^  ms.  Méchhed  (catalogue  publié 
ap.  «  Matla'  al  shams  »  de  1230,  t.  Il,  pp.  469-501),  p.  486, 
no  20  (extr.  in  /  15S-b)  (copié  de  1107-a). 

1138  Hàfiz  'Allât  écrit  en  821/1418  à  la  Mekkc  :  poète  : 

a.  Wall  Ndmeh,  ms.  Pétersbourg  iCat.  Rosen,  p.  215), 
ff.  30'2"-308"  (versification  de  1101-c). 

1139  Khwâjah   Moharnmad -b-Mohamraad  Pârsâ  al  Bokhârî  +  822/ 

1419,  Médine,  naqshbandî  : 

a.  Fasl  al  khitâb,  ms.  Berlin  259,  fî.  65%  66=»  (extr.  de 
1055-a,  du  «  tarjamat  al  'awârif  »  {1126)  et  ôe  420-a)^ 
fragm.  in  1 15o-a-8°  =  1 18â-a-4°. 

1140  Ahmad-b-Mohammad-b-Yahyii  al  Khwâfî    «  Fasîh  »,  écrit 

vers  840/1436. 

a.  Mojmal  Fasihl,  ms.  Pétersbourg  271,  ff.  314-323 
(extr.  de  1 7 1  a  et  1101-c). 

1141  Mohammad-b-Nâsir  al  Dîn  Ja'far  al  Hosaynî  al  Makkî,  écrit 

dans  l'Inde  (823/1420),  tchishtî  : 

a.  Bah r  al  ma'àni,  ms.  Paris,  Supp.  pers.  966,  F.  132*-*' 
(critique  de  280-e-3°,  attrib.  par  erreur  à  Ibn  'Arabî)  (trad. 
in  1670-a-.2\  cfr.  1670-0-1"). 

1142  Shihâb   al  Dîn  Lotf  Allah  Ilafiz-i-Abroû  +  834/1430  :  histo- 

rien : 
a.  ta'rîkh,  ms.  E.  G.  Browne,  f.  781-783  (cfr.  171-a). 
1144     Rokn  al  Dîn  Yahya-b-Borhân  al  Dîn  Ibn  Jonayd  +  840/1436, 

Shîrâz  :  historien,  petit-fils  de  591  : 

a,  Slrat  al  shaykh  al  Kablr  Abl  'Abd  AUàh  al  Khnfîf 

[=1  Tarjamat  Ibn  Kfiafif  ^=  biogr.  de   141),  irad.   pers,  de 

362-a,  ms.  Kopr.  1589  (in  medio)=ms.  Berlin,  Or.  oct.  303. 

chap.  IV,  §  6,  n.  1  ;  VI,  §  4,  n.  1-6,  §  7,  n.  1. 
1146     Ma wlii  Shokr  Allah  KlTendi-b-al  SbihAb  Alimad  al  Roûmî, 

écrit  en  855/1451: 

(1)  Cfr.  95/ -a,  p.  13  et  361-b,  p.  7. 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  ^9* 

a.  Dahjat  al  tawdrikh  (voir  trad.  turque  i 330). 

1147  JalAl  al  Dîn  'AUb-Hamzab  alToûsî  al  Âzarî,+  on  DakâQ,866/ 

1461,  ni   matollahî  : 

a.  Jawàhir  al  asrâr  (écrit  840/1435),  ms.  Paris,  Supp. 
Pers.  1"28,  f.  73^  (extr.  de  IJJI-b). 

1148  Sliams  al  Dîn  Yahya-b-'Alî  al  Lâhijî  écrit  en  877/1472,  qâdiri  : 

noûrbakhshî : 

a,  Mafdtih  al  i'jdz  (comm.  pers.  de    1 129-a),  ms.  Ây<\ 
SoùfiyA,  4109. 
1150    Mawlànâ  Noùr  al  Din  'Abd  al  Rahmân-b-Aluiiad  Jâmî  +  898/ 
1492,  juriste  :  hanéfite,  mystique: 

a.  Aafahât  al  0ns  min  had{a)ràt  al  Qods  (écrit  881/147(3), 
éd.  Nassau-Lees  {1613),  Calcutta,  1859,  pp.  102  (vie 86),  119 
(vie  106),  148  (vie  146),  158  (vie  160),  168-174  (vies  175-179), 
209  (vie  225),  292-293  (vie  322),  568  (vie  504  =  oSS-b-i"). 
C'est  un  abrégé  (en  persan  moderne)  de  1059-a. 

b.  i\aqd naqsh  al  Fosoûs,  ras.  Paris,   Supp.   Pers. 

1091,  f.  110^ 

1152  Hosayn  al  Wù'iz  al  Kâshifî  +  910/1504,  théologien  : 

a.  Jawàhir  al  tafsxr  (1),  ras.  Yéni  Jàmi'  19,  Noùrî  'Olhm. 
279...  :  abrégé  sous  la  forme  suivante  (:  infrà,  6). 

b.  tafsîr  al  mawdhib  aValîyah,  ms.  Paris,  Supp.  Pers. 
54,  pp.  .307  (in  Qor.  VII,  172),685-686  (in  Qor.XXVI,l),  1091 
(in  LXXIX,  25),  1125  (in  CIV,  9). 

1153  Yoùsof-b-Ahmad-b-Mohammad  Ibn  'Othmân,   historien  écrit 

en  895/1490: 

a.  trad.  pers.  de  471-a,  ms.  Londres,  pers.  I,  334. 

1154  Isma'îl  Ibn  'Abd  al  Moû'min  +  910/1504  :  mystique  : 

a.  trad.  pers.  de  401 -a,  ms.  Noûrî  'Othm.  2320. 

1155  Mohammad-b-Khawandshâh  (Mirkhond)-f  904/1498, historien. 

a.  Hawdat  al  sa/d,  ms.  Paris,  Supp.  pers.  150,  t.  III,  ff. 
170b-i7P  ;  éd.  Bombay  1271  ;  trad.  angl.  Rehatsek,  1894. 

1156  Jalàl  al  Dîn  al  Dawwânî,  +  907/1501  :  théologien  : 

a.  Bosldn  al  qoloiW,  ms.  Noùrî  'Othm.  2285,  in  fine  (exlr.  de 
363'g,  ilOl-a).. 

1157  Soltân  Hosayn  Bâ'iqarâ  né  842/1438.  -+-  911/1503  : 

a.  Majâlis  al   'oshshâq  (2)  (écrit  909/1503),  ch.  V,  ms. 

(1)  Le  tome  1  seul  (sourates  I-IV)  paraît  avoir  été  publié  (cfr.  Ethé, 
Cat.  pers  ,  mss.  ludia  Office,  s.  v.). 

(2)  Dues  en  réalité  à  Kamâl  al  Dhi  Hosayn  al  Kârizgàbî  'Rieu,  Cet. 
pfij's.  mss.,  p.  1085''). 


5o*  CHAPITRE    XV 

Paris,  Supp.  Pers.  776,  ff.  59»-65»',  ms.  Londres  Or.  208,    ff. 
39M4",  impr.  Gawnpore,  1897. 
U58     Radî  al  Dîa  'Abd  al  Ghafoùr  al  Lârî  -f  912/1506,  Hérat  : 

a.  hâshiyal  al  Nafahât  (glose  de   1 1 50-a),    ras.  Paris, 
Supp.  Pers.  227,  II.  45»-^ 

1159  Qâdî  Amîr  Hosayn-b-Mo'îa  al  Dîn  al  MaybodhI  +  910/1504  : 

a.  al  Fawâlih  al  sab'ah,   ms.   'Omoùmî,    tas.  342,    ins. 
As'ad  1611,  ff.  19»,  60%  72*-'',  74«. 

b.  Sharh  Dhvân  'AU  (extr.  ap.  SôS-a,  pp.  99-100). 

1160  Kabîr-b-Oways-b-Mohammad  al  Latîfî,  écrit  vers  926/1519: 

a.  trad.  de  47 1 -a,  Bodl.  pers.  361. 

1161  Khwand  Amîr  (Khondemir)  4-  939/1535  : 

a.  Habib  al  Siyar,   impr.   Bombay,   1837  ;   ms.  Paris, 
Supp.  Pers.  317,  vol'.  Il,  If.  135'^-138«  (cfr.  Ii55-a). 

b.  Kholâsat  al  akhbâr  (cfr.  1 569-a). 

1169  Amin  Ahmad  Râzî,  écrit  en  1002/1594  : 

a.  Hafl  Iqlîm,  ms.  India  Office  724,  u'>=  51,  61  (ff.  58% 
84"). 

1170  Aboû  al  Fadl  'AUâmî,  ministre  d'Akbar,  +  1011/1602  : 

a.  Âyin-i-Akbarî,  chap.  aivkyâ-i-Hind,  in  fine. 

b.  id.  trad.  Jarrett,  1894,  t.  III,  349,  351,  354  et  n.  2. 

1174  Mohammad-ibn  Mahmoud  Dihdâr  Fânî  +  1016/1607  (fils  de 

l'auteur  du  «  Dâbistân  »  ;  cfr.  J  596). 

a.  Sharh  «  Khotbat  al  Bayân   »  (d"Aii),   ms.  Ind.  Off. 
Pers.   1922,  f.  207-\ 

1175  Sayyîd  Noûr  Allâh-b-Sharîf  al  Mar'ashî  al  llosaynî  al  Shoûsh- 

tarî,  exécuté  dans  l'Inde,  imam i te  : 

a.  Majâlis  al  moiVminhi  (achevé  en  1013/1604,  Lahore)  : 
ms.  Paris,  Supp.  Pers.  190,  f.  197«-198(cfr.  350  a,  i0ô9-b, 
mi-a,  5i1-a,  J90-a{?),  i  J  39-b,  exlr.m  9^3-a-5°). 
1177     Bahâ  al  Dîn  Mohammad-b-al  Hosayn  al  'Âmilî  +  1030/1621, 
juriste  :  imâmite  : 

a.  Dhvân  (récension  Mohammad  Rida  al  Khoùnsârî,  cfr. 
923-a,  t.  IV,  p.  96*),  extr.  ap.  923-a-5\  3I\ 

b.  cfr.  794-a. 

1179  Mawlana  Mohammad  Taqî  al  Majlisî  né  1003/1591,  +  1070/ 

1659,  juriste  :  imàmitc  : 

a.   Tawdih  al  mashrabayn  ira  lanqih    al  madhhabayn 
(résumé  par  1 183-a). 

1180  Mohammad  Fà(lil-b-Sûyyid  Ahmùd  al  Akbarâbâdî,  écrit  v(?rs 

1045/1635: 


lUBUOGRAinnE    IIALLAGIENNE  5  1* 

a.  Mokhbiral  wâsHin  (cfr.  Rieu,Cat.  mss.  pers.  Londres, 
p.  1035"),  extr.  ap.  i235-a.  II,  182  (et  marge). 
1181     Ju'far-h-Moharnmad  Doùr  Bastî  :  imàmite 

a.  %'tiqâd  (coQlre  holoùl  et  ittihàd)  ;  extr,  ap.  /  /83-a,  f. 
Hi\  1219-a,  f.  165\ 

1 183  Motahhar-b-  Mohanimad  al  MiqdâUî,  écrit  en  1009/1659  : 

a.  Salivai  al  shVafi  wa  maqwah  al  sharVah  (résumé  de 
■I  i79-a)  :  ms.  Paris,  anc.  fonds  persan  92,  ff.  70»-97«  ;  cfr. 
■1561-d. 

1184  (anonyme  :  hindou)  : 

a.  Gharaib  al  makhloûqdl,  ms  Paris,  Supp.  Pers.  3,32  (?) 
fî".  125'^-128«  (d'après  /  lOI-c). 

1185  Mohammad  Dârâ  Shikoûh-b-Shâh  Jihân  +  1069/1658,  juriste  : 

hanéfite,   mystique  :  qâdirî  : 

a.  Safinat  al  awliyâ  fécrit  1049),  ms.  Paris,  Supp.  Pers. 
146,  iî.  85»-!'  (n°  2U)  et  89^  (n"  5^39),  ms.  India  Office  f  97«  ; 
impr.  Lucknow,  1872,  p.  142. 

b.  Tohfal  al  asfiyâ  (achevé  1051),  trad.  arabe  de  a.  ms. 
Carmes  Bagdad. 

c.  Hasanâl  al  'àrif'in  (cité  1604-b). 

1187     Nizàm  al  Dîn  Ahmad  Hosaynî,  écrit  en  1068/1657  : 

a.  Karâmât  ai  awliyâ,  ms.  Londres  Or.  1721,  f.  141- 
144»'. 

1190     Hakîm  Sa'id  Sar  Mad  al  Qâshànî  -f-  1071/1660,  Inde  : 
a.  Robà'i  (non  consulté)  cité  par  Houy. 

1192  'Abd  al  Rahmân  al  Tchlshtî  écrit  en  1065/1654. 

a.  Mirât  al  a$râr  (biographies),  ms.  Pers.  Br.  Mus.,  s.  v. 

1193  [Aboù  al   Khalî!  Ahmad-b-Mohammad  al  Ash'âr  al  Tabrîzî, 

juriste,  H-  vers  1150/1737  (1)]. 

a.  Risâlah  moshtamalah  fî...  qawl  Manscûr  Ballâj,  ms. 
2061  du  waqf  Walî  al  Dîn  Jâr  AUâh  ('Omoûmî),  ff.  162''- 
164''  (sans  nom  d'auteur)  (comp.  480-a). 
1200     Alî  Mohammad  khân,  écrit  en  1174/1760  : 

a.  Mirât-i-Ahmadi  (histoire  du  Guzerat).  Ni  l'éd.  lithogr. 
Bombay,  1302  (1  vol.  +  App.),  ni  le  ms.  EUis  ne  contiennent 
la  référence  sur  Hallâj  (II,  47,  sic)  annoncée  par  16ô8-a  (efr. 
16  ; 7,  1720).  Peut-être  cette  indication  vise-t-elle  une  autre 
édition  «  en  4  vol.  in-8  »  annoncée  par  JRAS  (I  ;  1834). 
1201-1202     (anonyme,  ms.  Graham  :  perdu)  : 

a.  Makhzan  al sâtikin  (extr.  trad.  augl.  /o70-a,  157 1 -a). 

(1)Cat.  Caire,  VII,  47,  II,  122. 


52^ 


CHAPITRE    XV 


b.  M uqsoûd  al' ârî fin  {extr.  trad.angl.  1 570-a,  i 57  1  -a). 
1219     Aqâ  Mohammad  'Alî-b-Bâqir   Bahbahânî,  né  1144/1731,  mort 
1216/1801,  Kerbéla  :  imâmîte  akhbârî  : 

a.  risâlah  khayrâtiyah  (écrite  en  1211/1796  contre  le 
mystique  Ma'soûm  'Alî  Shah,  dit  «  Ma'boùd  »),  ms.  Londres, 
Add.  24.411  :ff.  3^,  16%  46,  48%  51''-52i',  165%  167^,  189, 
215%  221»%  24 1'^,  242'%  248%  249%  250^*,  258>%  259». 
1223  Diyâ  al  Dîn  Dhoû  alJinàhayn  Khâlid  al  Kordî  +  1242/1826, 
Damas,  mystique  :  naqshbandî  : 

a.  Diwdn,  ms.  Caire,  persan,  p.  519,  mokhanimas,  cité 
9S6-a-3\ 

1229  Mohammad-b-Solaymân-b-Mohammad  Rafi'  al  Tonakâbonî, 

imàmite  :  osoùlî  : 

a.  Qiscif!  al  'olamâ  (écrit  1290/1873),  lilh.  Téhéran,  1313, 
p.  312(/7^-a). 

1230  Mohammad  Hasan  Khân  Sanî' alDawlahl'timâdal  Saltanah. 

a.  Montazam  Nâsirî  (écrit  en  1300/1883),  impr.  Téhéran, 
1300,  t.  I,  115-116. 

1231  Rida  Qolî  Khân  Hidâyat  +  avant  1305/1887: 

a.  liiyâd  al  'Àrifîn,  lith.  Téhéran,  1805,  pp.  67-68. 

1232  Mîrzâ  'Alî  Mohammad  al  Hamadhânî  +  1299/1881,  bàbi  : 

a.  tarlkh-i-jadld,  trad.  Browne,  p.  93,  242,  392. 
1235     Gholâm  Mohammad  Sarwar-b-Moftî  Rahîm  Allah  al  Lâhoûrî, 
mystique  :  qàdirî  : 

a.  Khazînal  al  as/iyâ,  lith.  Gawnpore,  1803,  II,  178-185. 

IV.  —  Apocryphes  persans. 

1261  Risâlah  Mamoûr  Ilallâj  fi  al  taiohid,  ms.  Kcipr.  1589,  I  folio 

(après  Riadlal  al  Toyoùr  de  Najm  a!  Dîn  al  Ràzî),  copie  an 
753/1352  (suivie  d'un  extrait:  J/44-a-J6°,  474-b.ô3").  Sur 
le  symbolisme  des  gestes  rituels  de  la  prière  (16  gestes).  Ce 
fragment  contient  des  expressions  techniques  hallagiennes. 

1262  Diwdn  'drif  rahbdnî  wa  majdhoûb  sobhànl  strâj  wahhâj  flosaijn 

Mansoûr  Ilulldj,  édité  par  Sayf  al  Dîn  Mahallàlî,  Duttprasad 
Press,  Bombay,  Tandel  Street,  1"  éd.,  1305  ;  2«  éd.  1312, 
96  pages  (à  la  (lu  :  une  crucifixion,  dessin  d'origine  chrétienne, 
portugaise  et  un  vers  de  Roùmî  /  /  I  l-a-3°). 

Série  de  petits  poèmes  shi'ites  modernes  sur  Kerbéla,  le 
pèlerinage,  etc. 

1263  Kitâh  Mostnidb  kotwiiz  al  moghriinhi  mairsoûm  boù  Halldj  al 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE  53* 

osrôr  (dar  'ilm  nîrnnjàt  \va  lahismAt),  (flitc  par  Aqft  Mîrzâ 
Mohammad,  Bombay,  13H,  C.  P.  Press,  librairie  Mirza  Mo- 
liammad  Shîrâzî,  36  pages,  12  chapitres  d'astrologie  et  de 
cabale  littérale. 

—  Appendice  :  Auteurs  afghans  : 
1291      Mollâ  'Abd  al  Rabmân  +  ap.  1123/1711,  poète  : 

a.  diivàn  («  Hahmân  »,  ms.  Paris,  Supp.Pers.  991,  f.  28^. 
Cfr.  Blochet  (cat.  Paris,  II,  295,  et  f»evve  des  Bibliothèques, 
1900). 

V.  —  Auteurs  turcs. 

1301     Ahmad-b-Ibrahim    Yesewî    +   562/1166,   Yasî   (Turkestan), 
poète  mystique  : 

a.  I/ikam,  éd...,  p.  46  (cit.  i64f,  p.  227,  n.  1). 

b.  Dhvân  hikmal  wa  vicnâjât,  KazaD,  1905  (extr.  trad. 
in  1654-a):  VIII  (p.  36-39)  ;  XXII  (p.  56-57,  cfr.  a);  LXXII 
(p.  123)  ;  LXXIX  (p.  132)  ;  LXXXIX  (p.  1.50-151). 

1311     Yoûnos  Imre,  de  Boloû  (Kasfamoùnî),  écrit  vers  707/1307  : 
a.  Dhvân,  ms...  (extr.  trad.  in  1 660-a,  I,  168). 

1318  'Olwân  Shîrâzî,  écrit  avant  761/1359  : 

a.  trad.  de  i12y-a. 

1319  Ahmad-b-Darwîsh  «  Khalîfat  al  Âqshèhrî  »  (c'est-à-dire  dis- 

ciple et  successeur  du  méviévi  Sinàn-al-Dîu  al   Âqshèhrî)  (1) 
écrit  vers  770/1368  : 

a.  manâqib  al  abrâr  fi  maqâlât  alakhyâr,  ms.  Kôpr.  II, 
253,  f.  59-61  (trad.  turque  de  l'œuvre  arabe  :  manâqib  al 
ahbâb  de  Mohammad-b-al  Hasan  al  Hosaynî,  shâfi'ite,  mort  en 
776/1374). 

1320  Malik  Bakhshî  Harawî  : 

a.  tadhkiruh,  trad.  oïgour  de  1 1 0 1-c  {p\ih\.  1641-0). 

1321  'Imâd  al  Dîn  al  Nesîmî,  exécuté  829/1417,  Alep,  mystique: 

a.  IHwân  (extr.  trad.  in  1660-a,  I,  347,  359,  367). 

1322  Aboù  al  Hasan  Isma'îl-b-Ibrahim   Ibn  Isfacdyâr-b-Bâyazîd- 

b-'Adil-b-Amîr  Yàqoùb  :  dynaste  Qyzyl-ahmadlî,-f-  860/1456  ? 

a.   Halawiydt    Soltânî   [Shâld),   ms.  Paris,  anc.    fonds 
turc,  13,  ff.  242''-243''  (hâshiyah  :  Ana'al  Haqq),  cfr.  1610-a, 
III,  108. 
1324     Mohammad-b-Solaymân  Effendi  -r  831/1427: 

a.  trad.  turque  de  583-a,  ms.  Noûrî   'Othm,  2998-2999. 

(1)  Selon  810-0,  s.v.,  comp.  ibid.,  s.  v.  «  rotidat  al  firdaivs  »  avec 
1665-h,  p.  65. 


5^4*  CHAPITRE    XV 

1325  Qàsim-b- Mahmoud  al  Qarah  Hisârî,  vers  844/1440  : 

ri.  Irshâd  al  morâd  (trad.  turque  de  H 07 -a):  ma.  Lâlâ 
Isma'îl  123,  Noûrl  'Othm.  2328,  Doùgomlî  Bâbâ,  221. 

1326  Hajj  Ahmad-b.  Sidî  al  Baghawî,  écrit  vers  863/1458  : 

a.  trad.  turque  de  4(>/-fl. 

1327  Sanâ  al  Dîti  Yoùsof-ibn  Kliidr  Khwâjah  Pâ8hâ+  891/1486  : 

a.  trad.  turque  de  /  lOl-c:  ms.  Noùrî  'Othm.  2299. 

b.  id.  (?),  revisée  par  Mohammad-b-Aydan  (998/1589), 
ms.  Mihrshâh,  166. 

1328  [Hajj  Hasanzâdeh]  Wâhidî  Roûmî  [+  9U/I505]  : 

a.  tajàrih  al  insân,  ms.  Wion,  p.  494  u°  20  (corr.  le  ca- 
talogue qui  porte  «  tijârat  »  (sic  1610-h}  :  NF  380  f.  211. 

1329  Amîr  'AH  Shîr  Navâyî  : 

a.  Na$aimal  mahabbah  min  shamaim  al  fotoûwah  (écrit 
en  901/1493),  ms.  Paris,  Sapp.  turc,  316  f»  22»'  (trad.  djaga- 
taï  de  /  ï50-a)  (cfr.   i64J-a,  p.  YII). 

1330  Mostafa  Effendi  Fâris,  écrit  en  938/1531  : 

fl.  Mahboùh  qoloûb  al  'ârifln  (trad.  turque  de  1  i46-a), 
ms.  Caire,  fonds  turc,  p.  233,  n°  127,  f.  157*. 

1331  Mahmoùd-b-Mohammad  Ibn  Dilshâd  : 

a.  trad.  turque  de  530-a  :  (cf.  ms.  Paris,  anc.  fonds  turc, 
97);  ms.  Ayâ  Soûfîycà  2997  (ans  213-440  h). 

b.  id.  (?)  revisée  par  'Aiî  Riyâdî  (ms.  Fâtih  4664)  et  par 
Ibn  Ishâq  (ms.  Fâtih,  4665). 

1332  Mohammad  Tàhir-b-Shaykh  Noùrallûii  al  Mojtibî  : 

a.  Irad.  turque  de  H61-a,  ms.  Noûrî  'Othm.  3158. 

1334  Ya'qoûb  Pâshâ,  écrit  en  955/ 1348  : 

a.  ta'rîkh  montakhab,  trad.  turque  de  H  27-b,  ms.  Noû- 
rî'Olhm.  3213 

1335  Mohammad-b-'OthmânLâmi'îTchélébî  4- 958/1551,  Brousse  . 

a.  Fotoûh  almoshdhidîn  (trad.  turque  de  1 150-a)  :  mss. 
Noûrî  'Othm.  2336,  ITamîdîyah,  639. 

1335  bis     Mohammad-b-'Alî  Sipâhî  Zâdeh  +  997/1588  : 

a.  Airdah  al  masâlik..  rééd.  arabo-turque  de  520-b. 

1336  Ayyoùb-ibn-Khalîl,  écrit  vers  977/1569  : 

a.  trad.  turque  de  45S-a  :  ms.  Wien,  1440. 

h.  id.,  revisée  par  Ahmad  Bayân  Yâzijî,  ms.  Wien,  1453 
1336  bis.     Mohammad  bey  Zalm  écrit  en  985/lo77  : 

a.  .fûmi  allmvdrikh  (s.  v,  Moqtadir), 
1337.   Darwîsh  Mohammad  Effendi  Kamâl  'Abâlî  Balâtî  Zâdeh,  achève 
en  992/1584  : 


BIBLIOGRAPHIE    HALL\GIENNB  55* 

a.  lorjomân  aldostoûr'  fi  hawddith  al  azmàn  iva  al  dolioûr 
(trad.  turque  de  Ït55-a),  ms.  Noùrî  'Othm.  3228,  3238-32o0, 
ms.  Validé,  739,  ms.  Caire  (fonds  turc,  p.  183). 
1337 /;kv.     Mollâ  Soûdf  Bosnàwî   +   1000/1588  : 

a.  Sharh  Dhcnn  fiâfiz,  2  vol.   BoûlAq  ;   I,  363-364.  (cfr. 
ii:i5-a). 
4.3.38     Khwàjah  Sa'd  al  Dîn  Effendi  +  1008/1599  : 

a.  trad.  turque  de  25  1-a  :  ms.  Hamîdîyah,  632. 

1339  Aboù  al  Fadl  Mahmoûd-hidrîs  al  Bidlîsî,  écrit  en  1004/1595  : 

a.  trad.  turque  de  /  } 52-a,  ms.  Caire,  fonds  turc,  p.  7, 
n.  1. 

1340  Evliya,  écrit  en  1044/1634  : 

a.  ia'rîkh  sayydh,  ms.  Wien,  1281,  trad.  ap.  1602-c. 

1341  RiyâdÎH- 1054/1644: 

a.  Dlirân  (extr.  trad.  in  1660-a,  III,  286). 

1343  Isma'îl-b-Ahmad  Anqirawî  +  1042/1632  :  mewlévi  : 

a.  Fâtih-al-abiyât  (comm.  de  iiH-a)  :  impr,  Caire  12.^4/ 
1838,  6  vol.  in  fol.  :  I.  6  ;  II,  32,  113  (in  Lib.  Il  §  22,  v.  79, 
p.  49),  118,  204  ;  III,  65,  332  ;  V,  238-239  ;  VI    186. 

1344  Aboù  al  Makârîm  'Abd  al  Ahad-b-Mostafaal  Noûrîal  SiwAsî 

-(-  1061/1651,  Stamboul,  mystique  :  khahvatî  : 

a.  Jîiin  k'ilimâlihi  (ap.  Hadhjat  al  ikhwân  deson disciple 
Mohammad  Nazmî  (vivant  en  1095/1683),  ms.  Caire,  fonds 
turc,  p.  50,  n.  211*,  f.  iU^. 

b.  cfr.  80S-a. 

1345  'AIî  al  Sîwâsî  +  1065/1654  : 

a.  trad.  turque  de  74 1-a  :  ms.  Noùrî  'Othm.  2316. 

1346  Qarah  Tchélébizadé  'Abd  al  'Azîz  Effendi,  cheikh  ui  islam  en 

1061/1651  +  1058/1658: 

a.  RawihU  al  (ihrâv,  XXVIII  ^f"  147,  ms.  Hammer}. 

1347  Sârî    Abdallah   Effendi-b-Mohammad    Ra'ys    al    Kottâb    -f 

4071/1660: 

a.  thamarât  al  fomoâd  (écrit  en  1033/1623),  impr.  Stam- 
boul, 1288,  pp.  175-182,  183,  195,  198,  199. 

b.  Mirât  al  osfîyd  fi  sifàt  malâmiyat  al  akh/iyd  (écrit 
en  1041/1631),  ms.Walî  al  Dîn  1778,  Lâlâ  Isma'îl,  2Ô9.(n.c.). 

1349  Mohammad  Rodoûsî  Zâdeh  -f-  1087/1676  : 

a.  trad,  turque  de  47  1-a  :  ms.  Noùrî  'Othm.  3223,  Hamî- 
dîyah, 928. 

1350  Hâjjî  khalifah  Kâtib  Tchélébi  (—  S  10). 

a.  Jihân  Nomâ  (géographie),  impr.  Constantinople  en 
1145/1732  :  p.  360  (ou  460j  (citât!  Hammer). 


56*  CHAPITRE    XV 

1353    Mohammad  Niyâzî  al  Misrî  +  1105/1693,  h  Kastro  (Lemnos). 
poète  mystique  :  khalwatî  : 

a.  [Manâqib  manioûm]  Mansovr  Bnghdâd'i,  lith.  Tabâ'ah- 
khânah  Amirah,  12GI/1845,  49  pages  (ae  pas  confondre  avec 
J364-a). 

b.  dîwâïi,  s.  d.  lith.  Stamboul,  p.  9,  23,  32,  56,  62, 
65,  69. 

1355  Safâ  al  Dîn  Isa  al  Bandanîjî,  écrit  en  1092/1681,   mystique  : 

naqshbandt : 

a.  Jàmi'  al  anwâr  fî  manâqib  al akhyâr,  ms.  Caire,  fonds 
turc,  p.  195,  ms.  Londres  turc  Add.  7877,  ms.  Hâlat  Effendi 
241  (pp.  194,  220,  299-310,...  de  la  trad.  arabe,  932-a,  ms. 
personnel). 

1356  Mortadâ  Nazmî  Ztdeh  +  1133/1720,  khalwatî  : 

a.  Golshdn-i-kholafâ,  impr.  Stamboul  1141/1728  ;  trad. 
fr.  Huart  (/66.5-a),  p.  109. 

1356  bis     Hosayn  Effendi  Ibn  al  llâjj   Hasan  al  Edirnewî,  à  Bagdad, 

avant  1135/1722,  hanéfite  : 

a.  trad.  turque  de50Q-a,  ms.  Validé  277,  Caire,  fonds 
turc,  p.  32. 

b.  id.  (?)  revisée  par  'Abd  al  Rahmân  al  Mofawwid,  ms. 
Validé,  278. 

1357  Mohammad  Sâlim  Mîrzâ  Zâdeh  +  1145/1732  : 

a.  trad.  turque  de  631-a,  ms.  Lâlâ  Isma'îl,  318-324. 

b.  id.y  révision  Wahbî  Effendi,  ms.  As'ad  2347. 

c.  id.,  révision  Ahmad  ^^Effendi  ibn  Rajab  (Scutari  1139/ 
1726),  ms.  Caire,  fonds  turc,  p.  186. 

1358  Ibrahim  Hanîf  Effendi.  écrit  en  1150/1737  : 

a.  kholâsat  al  7oafd  (comm.  de  3/0-a),  ms.  Fàtih,  837 
(cfr.  SiO-a,  t.  IV,  p.  61),  p.  635. 

1359  Moliammad  Effendi  Sâhib  Pîrî  Zâdeh  +  1162/1748  : 

a.  trad.  turque  de  581-a(JatS.\  1-V)  :  impr.  Caire,  1274, 
ms.  Kôpr.  II,  378. 

b.  id.  achevée  pour  le  fasl  VI  par  Djevdet  Pâshà,  ms. 
'Âtif,  1870  ;  impr.  Constantinople,  1277/1860. 

1360  'Alî  Zâdeh,  écrit  en  1157/1744  : 

a.  trad.  turque  de  601-c,  ms.  Yahyii  Ef.  174,  MihrshAh 
167. 

1361  Aboù  Bakr  Kânî  -f  1206/1792,  mystique  :  mawlawî  : 

a.  Dhvdn,  éd.  (extr.  trad.  in  1660-0,  IV,  168). 

1362  Mohammad  EsrârDehdeh,  +  1211/1796,  mystique:  mawlawî: 


niBLIOGRAPlIIE    HALLAOIRNNE  67* 

a.  Dlwàu,  éd.  (extr.  trad.  in  /660-a,  IV,  ïJlO). 
13G3     Solaymûn  Nahîfî  +  1210/1795. 

a.  trad.  de  i  U  f -a,  ms.  iNoûrî 'Othm.  2326-2327,  Hamt- 
dîyah  637-638,  impr.  Caire?  Ms.  Mihrshâh,  280. 

1364  Niyâzî  Efiendi,  professeur  à  Galata  Serai,  +  avant  1288/1871  : 

a.  Risàlah  ma nioûmah-i-Mansoûi', poèma  publié  après  sa 
mort,  Matba'ah  Aniirah,  1288/1871,  23  pages  (ne  pas  con- 
fondre avec  1353-a,  comme  cela  s'est  fait  dans  le  catalogue 
de  cette  imprimerie,  132o/l907,  f.  2). 

1365  Mawlii  Ahmad  Effendi  Nazîf,  écrit  en  1256/1840,  à  Magnésie  : 

a.  trad.  turque  de  3lO-a  ;  ms.  autogr.  Caire,  fonds  turc, 
p.  12,  n"  5. 

1365  bis     lïâjj  Ilasan  Amjad,  écrit  en  1286/1869  : 

a.  shajarah  (rouleau  généalogique  des  ordres  religieux, 
5  m.  X  0  m.  60),  coll.  Le  Châtelier  (phot.  liMM,  II,  513  :  4* 
rang  en  bas,  5^  rang  à  gauche). 

1366  'Abd  al  Hamîd  Diyâ  Pâshâ  (Zia)  +  1297/1880  : 

a,  Bîwnn,  (exfr.  in  H)60-a,  V,  93,  n.  6). 

1367  Ishâq  Effendi  écrit  en  1291/1874  : 

a.  Kàshif  al  asrdr  wa  dâfi'  al  ashrâr,  p.  100  (réponse  au 
ch.  XXI  du  «  Jâiùîdân  »  de  FadI  Allah  al  îloroûfî). 

1368  Ibrahim  Haqqi  publie  en  1257/1841  : 

a.  Marifat  Nâmeh,  Constantinople,  p.  424. 

1369  Ahmad  Rifaat  publie  en  1299/1882  : 

a.  {dictionn.  biographique),  Constantinople.  n.  c. 
4370    Ch.  Samy  Bey  Fraschery  : 

a.  Dictionnaire  universel  d'Hisloire  et  de  Géographie, 
impr.  Mihrân,  Constantinople,  t.  III  (1891),  pp.  1958,  col.  2, 
1970,  col.  2  ;  t.  Yl  (1898),  p.  4451,  col.  1, 

1372  Riza  Tewfik,  philosophe  contemporain  : 

a.  voir  1730. 

1373  Ahmad  Mâhir  Effendi,  député  de  Kastamouni  :  hanélite  : 

a.  Jawâb  (à  question  posée  en  avril  1912,  par  l'intermé- 
diaire de  M*  Emm.  R.  Salem  sur  Vijmâ'  fi  takfir  al  Hallâj) , 

1375  Abdallah  Djevdet  : 

a.    trad.  de  16H-b  (cfr.  fiMM,  XXII,  1913,  p.  177). 

1376  Farid  bey,  philosophe  : 

a.   ivahdat  wojoûd,  ap.  n"   158    du  «    Strat   mostaqim  », 
Constantinople,  21  ramadan  1329,  p.  16. 

1377  'Alî  Emîrî,  littérateur  : 

a.  ap.  «  ta'rlkh  wa  adabiyât  »,  II,  n°  23,  1336  ;  p.  566 
(c.r.  de  1695-1). 


58* 


CHAPITRE    XV 


Appendice  A.  —  Sources  albanaises. 

N.  B.  Il  y  aurait  à  examiner  les  œuvres  littéraires  en  dialecte 
tosque,  des  écrivains  ùeklâshis. 

VI.  —  Auteurs  malais. 

1391  Hamzah  Panaoûrî  (Fànsoûrî)  -|-  vers  X*/XVI''  s.,  Sumatra  : 

a.  (Mystiek)  ms.  coll.  Snouck,  fl.  109,  115  (cfr.  1722a). 

1392  (anonyme). 

a.  trad.  malaise  de  280  a  (cfr.  BMM,  I,  248). 
Appendice  A.  —  Sources  javanaises. 
1396     (anonyme  :  dialecte  de  Ghéribon)  : 

a.  Babad  Tj'erbon,  chant  XXVIII  (martyre  de  Siti  Djenar), 
vers  2-3  (cfr.  17.22-a). 
Appendice  B.  —  Sources  chinoises. 
1399     Glose  anon),'me  du  Mirsâd  de  Dâyah  {1107-a)  :  cfr.  BMM,  déc, 
1909,  p.  587. 

VII.  —  Auteurs  Hindis. 

1408     Ahmad  'Alî  al  Shîvrajpoûrî,  vit  à  Shéôrâjpùr  (au  XVIIl'  siè- 
cle?) (1): 

a.  Qissah-i-Mansoûr  (légende  en  vers  sur  le  martyre  d'al 
Hallâj)  lith.  Gawnpùr  1851,  Mostafaï  (2)  Press,  20  pp.  de 
19  bayt  chacune  (cfr.  Sprenger,  Cat.  Oude,  London,  1854,  I, 
598;  Tassy,  Hist.  lilt.  hind.,  2*  éd.,  1870  (3),  I,  159-160, 
II,  403  ;  cfr.  Brit.  Mus.,  Cat.,  printed  hindi  books,  col.  21. 

1411  Moharamad  Karim  al  Dîn-b-Sirâj  al  Dîn,  né  vers  1799  vit  en 

1864  (cfr.  520-a): 

a.  7'arjamah-i-Aboû  al  Fidâ,  3  vol.  Delhi  lith.  1846- 
1847,  gr.  in-8  (avec  la  collaboration  de  Mollâ  Mohammad  Isrî 
pour  le  dernier  sixième)  (Tassy,  /.  c,  II,  170). 

1412  Sobhân-Bakhsh,  né  en  1807+  : 

a.  Tarjamah-i  Wafayût  (cfr.  47  i -a),  lith.  Delhi  vers 
1845  (Tassy,  /.  c,  III,  165). 

(1)  En  tout  cas  avant  1223/1808.  date  d'une  copie  de  son  autre  ou- 
vrage «  Qissah-i-Jamjamah  »  (miracles  de  Jésus  auprès  du  roi  hindou 
Jamjamah  —  sic  —  ou  plutôt  «  Thisloirc  du  crâne  »)  (Asin,  Logia  P. 
c/e5w,  96-101) 

(2)  Lith.-:  Mostafâ  Khân  directeur  (Tassy,  II,  403). 

(3)  Rien  dans" l'a  1«  éd.  de  1839. 


BIBLIOGRAPHIE    HALL.VGIENNE  69* 

1413  Sayyid  Imàin  al  Dîn  Ahmad  aî  Golshâaâbâdî,  vit  h  Bombay 

en  1875  : 

a.  Ta'rîkh  al  awliyd,  3  vol  (t. I,  jusqu'en  300  bég.)  (Tassy , 
Langue  en  1 875,  p.  26-28).  n.  c. 

1414  Qholâm  Sarwar  (cfr.  1 23o-a)  : 

a.  Ganjînâ  Sarioari  {Ganj  i  Tânkh),  dictionnaire  histo- 
rico-biographiqae  de  l'Islam,  en  1293/1876,  Laliore,  1876, 
(Tassy,  Langue  et  lill.  en  i 877.  p.  26),  n.  c. 

b.  Hadlqat  al  atvlvjà,  Lahore,  1876  (Tassy,  Langue  en 
i 876y  p.  46),  n.  c. 

VIII.  —  Auteurs  syriaques  (1). 

1421     Elias  bar  SchinayadeNisiben- 1046  J.-C.  :  évêque  nestorien  : 

a.  Chronique  syro-arabe,  publ.  ap.  Baethgen  «  Frag- 
mente syrischer  und  arabiscber  Historiker  »,  Leipzig,  1884, 
s.  a.  301,  p.  140  (cfr.  I  1 1 -a). 

b.  id.,  2«éd.,  Brooks,  Paris,  1909-1910  ;  texte  p.  202- 
203,  trad.  lat.  p.  96. 

1426    Gregorii,  sive  Bar  Hebraei  (=  472)  :  maphrien  jacobite  : 

a.  Chronicon  syriacuni,  texte  syr.  et  trad.  lat.  Bruns  et 
Kirsch,  Leipzig,  1789,  t.  I,  p.  183  (texte),  186  (trad.). 

b.  id.  2»  éd.,  Bedjan,  Paris,  1890. 

IX.  —  Auteurs  Israélites. 

1431  «  Qenizah  «  du  Caire  (=  débris  provenant  de  la  synagogue) 
vers  XII''  s.  J.-G.  :  fragments  de  la  partie  arabe,  coll.  Taylor 
Schechter,  ms.  Cambridge  T.  S.  8  Ka  a''"»,  T. S.  10  Ka  1. 

a.  'An  al  Hallâj  (sentences,  poèmes),  suivi  de  deux 
phrases  du  «  Monqidh  »  d'al  Ghazîili  (éd.  Caire,  1303,  p.  28, 
publ.  par  Hirschfeld  {/ 674-a  :  lectures  à  améliorer),  Londres, 
1903. 

1453     «  Genizah  »  du  Caire,  ms.  Oxford,  Hebr.  d.  57  : 

a.  QasUah  H  al  Hallâj  (=  360-d){dv.  i693-a,  II,  115, 
n.  2). 

X.  —  Auteurs  européens. 

[1471  (Aboû  al  Faraj  ibn  Sàlim)  Ferragius  Salernitanus  XIII»  s. 
(sous  Charles  !"■  de  Naples)  : 

(1)  Il  y  aurait  à  réviser,  parmi  les  auteurs  byzantins,   les  chroni- 
ques manuscrites  en  grec  médiéval  :  sur  «  Irenopolis  »  (Bagdad). 


6o* 


CHAPITRE    XV 


a.  Continentis  (Rasi),  lib.  XXXVII,  impr.  Brescia,  1486, 
Venise,  1500,  1506...  (trad.   lat.  de  1 1 5-a),  lib.  IV,  cap.  1, 
V,  cap.  !](?). 
1491     [Hieronymus  Surita,  XVI*  s.  : 

a.  Révision  de  147  1  -a,  éd.  Venise,  1542,  fol.  (les  pas- 
sages précités  y  manquent")]  (!)(?). 

1501  Thomas  Erpenius  1584  +  1624  : 

a.  Historia  Saracenica  (trad.  lat.  de  462-a),  pulil.  pos- 
thume, Leyde,  1625.  in-8  ;  II,  19  (selon  i530-a),  p.  188 
(texte),  pp.  237-238. 

1502  Samuel  Purchas  1577  -+  1628  : 

a.  Purchas,  his  pilgrimages,  or  Relations  ofthe  world... 
(trad.  angl.  de  Ï501-a),  Londres,  1626  (n.  c). 
1520    Edward  Pococke  1604  +  1691  : 

a.  Spécimen  historiae  Arabum  sive  Greg.  Abulfaraji  Ma- 
laliensis,  i'^'  éd.  Oxford,  1650,  pp.  267-269  (note  de  la  p.  25), 
338  (table)  ^  2*  éd.,  Cambridge,  1806,  pp.  263  (note  delà 
p.  25,  1.  2),  372  (table)  (cfr.  281). 

b.  Historia  compendiosa  Uynastiarum,  auctore  Gregorio 
AhuI  Pharagio,  Oxford,  1663,  2  vol.  en  1,  in-4  ;  t.  I  (trad. 
lat.),  pp.  187-189  ;  t.  II  (texte  arabe),  pp.  287-289  (cfr.  472). 

c.  Pkilosophus  autodidactus  (cfr.  359-a),  Oxford,  1700  : 
post  Praefationem  :  ap.  Elenchus  scriptorum...,  in  fine  (note 
VI). 

1527     Pierre  Vattier  1623  -4-  1667  : 

a.  L'histoire  mahométane  ou  les  XLl X  Chalifes  du  Ma- 
cine.  ch.  XXXIX.  p.  198.  Paris,  1657  (trad.  fr.  de  iôOi-a). 
1530    M.  Andréas  Mûllerus  (GreifFenhagius)  1630  +  1694  : 

a.  Excerpta  ms.  cujusdam  turcici  quod  a  de  Cognilione 
Dei  et  hominis  ipsius  n  a  quodam  Azizo  Nesephaeo  (2)...,Rran- 
debourg,  1665  (cfr.  / 1 29-a),  in  note  15,  p.  D3,  recto. 
1540     Barthélémy  d'Herbelot  1625  +  1695  : 

a.  Bibliothèque  Orientale,  1"  éd.,  Paris,  1697;  3'  éd. 
Paris,  1783,  avec  note  de  Schultens  (3  vol.)  ;  2*  éd.  Maestricht, 
1726,  gr.  in- fol.  :  pp.  40*  (Akhbar,  cfr.  SlO-a-l^),  51* 
(Adam,  cfr.  170-d,\\k  1 1  ù2-b),  155»' (Bagdad i),  182*'  (Beï- 
dhah),  322"  (Feraoun,  cfr.   1 1 52-b-2'),  392»'-394'»  (Hallage, 

(1)  Cette  référence  et  la  précédente  ont  trait  à  un  médecin  qui  n'est 
peut-être  qu'un  homonyme  de  notre  auteur  (voir  ici  suprà  p.  71  ;  et 
infri  ,  1546-0.  et  lôiO-a,  in  fine). 

(2)  erreur  :  confusion  de  /  106-b  avec  i  '12.9-a  (Sacy). 


blBLIOGKAPHlE    liALLAGIEiNME  6l* 

cfr.  ô90-a,  /  Io5-a,  IJ 6 J -a,  4G2-a,  J  f .52-b-2'>-3\  462-a, 
ôSO-a-é?",  47/-rt-5"),  430^-»'  (renvoi  à  S\H^),  821*^  (renvoi  ù 
40')  835=^  (Tarikh  Ebn  el  Sagi)  :  et  table  générale  p.  27 1=^. 

1542  Antoine  Gallaad  1640  +  1713  : 

a.  trad.  fr.  de  ofJO-a,  ms.  Paris  (arabe)  1541,  ff.  61-Go. 

1543  Simon  Ockley  1678  -f  1720  : 

a.   liai-ebn-ïofjdhan,  trad.    an^l.   de   359-a,   Londres, 
1708,  1711. 
1546    flohann-Albert.  Fabricius  1668  4-  1736  : 

a.  Bibliotheca  Graeca,  éd.  de  1726,  Hambourg,  l.  XIII, 
p.  403  (Bin  el  hallag)  et  p.  173  (Hallag  *  nisi  sit  ille  Halagi  » 
précité,  môme  page)'. 

1550  Abbé  Augier  de  Marlgny         -h  1762  : 

a.  Histoire  des  Arabes  soiis  le  gouvernement  des  califes, 
Paris,  1750,  4  pet.  vol.  ;  t.  III,  pp.  477-482  (cfr.  ioéO-a). 

b.  id.  trad.  ail.  de  Lessing,  Berlin  1753,  3  vol. 

1551  Joh.  Jakob  Reiske  1716  h-  1774  : 

a.  Abulfedae  Annales  Muslemici,  Leipzig,  1754  (trad.  lat. 
de  ô20-a,  sans  notes),  pp.  239-240. 

b.  Abulfedae  Annales  Muslemici,  Copenhague,  17'J0,  éd. 
posthume  du  texte  arabe  et  de  la  trad.  lat.  (avec  notes,  revues 
par  J.  G.  Chr.  Adierj,  t.  II,  pp.  338-343  (trad.),  340  (note  p), 
341  (trad.),  745-746  (note  284  de  la  p.  339),  746  (note  285), 
746-747. 

c.  trad.  ail.  i^avec  notes  de  Reiske  et  Schultens) de  1540-a, 
Halle.  1783-1790,  4  vol. 

1558  Joseph  de  Guignes  1721  +  1800  : 

a.  Notices  et  Exlr.  des  Mss...,  1789,  t.  II,  430  (trad. 
fautive  de  d89-a). 

1559  Bruns  1743  +  1814,  cfr.  1426. 

1560  Sir  William  Ouseley  1767  +  1842  : 

a.  The  Oriental  Geography  of  Ibn  ffuwkal,  Londres, 
Gadell,  1800  (trad.  angl.  du  ms.  Elon  Collège  de  la  trad.  per- 
sane de  10 7 -a),  p.  127. 

1561  Silvestre  de  Sacy  1758  -^  1838  : 

a.  Examen  critique  de  la  «  Géographie  d'ibn  Uauk  d  » 
{Io60-a),  ap.  «(  Magasin  Encyclopédique  »  de  Miliu,  t.  VI, 
p.  33  seq  ,  Paris,  1800  (pp.  74-76  du  tirage  à  part). 

b.  Notices  et  Extraits  des  mss.  de  la  Bibliothèque  de 
Paris,  t.  XII,  p.  408  (cf.  1 1 50-a). 

c.  .Journal  des  saoan(s,  déc.  1821-janv.  1822  (notice  sur 
J ô80-a),  pp.  19-20  du  tirage  à  part. 


02*  CHAPITRE    XV 

d.  Notices  et  Extraits...,  1799,  t.  IV,  pp.  700-705  (cfr. 
/  '/  83-a). 
1565    J.B.L.J.  Rousseau  1780  -f  1831  : 

a.  Voyage  de  Bagdad  à  Alep^  ms.  écrit  en  1808,  éd. 
Poinssot,  Paris,  1899,  pp.  9,  11  (cfr.  98  1-a-1^). 

1569  Major  David  Price  1762  +  1835  : 

a.  Chronological  retrospecl...   of  Mahommedan  History, 
London,  1812,  t.  II,  p.  174  (trad.  de  I  t61-b). 

1570  L^  James  William  Graham  1785  +  ap.  1828  : 

a.  Trealy  on  Sufism  (30déc.  1811),  in  «  Transactions  of 
the  Bomba>/  Litterary  Society  »,  1812,  t.  I,  pp.  111-113: 
réimpr.  1877,  1. 1,  pp.  103,  110,  119-121  (d'après  deux  sources 
persanes  perdues  :  Makhzan  al  sâlikln,  Maqsoûd  al  àriftn). 

1571  G»' Sir  John  Malcolm  1769+ 1833: 

a.  Histonj  of  Persia,  1815,  in-4  ;  t.  Il,  pp.  389,  400-401 
(d'après  Agâ  Mohammad 'Alî,   /570-a,  1101-c). 

b.  id.,  trad.  fr.,  Paris,  1821. 

c.  id.,  trad.  persane  du  l.  Il  par  Mirza  Hairat. 

d.  id.,  réimpr.  du  t.  II,  collationné  sur  la  trad.  persane, 
par  Court,  Calcutta,  1888,  pp.  143,  149. 

1580  Fried.  Aug.  Gotttreu  Tholuck  1799  +  1877  : 

a.  Ssufismus,  sive  Thpologia  Persarum  panlheistica, 
Berlin,  1821,  in-i2,  pp.  61-62,  68,  69  n.  1,  69,  152-153,  152 
n.  1,  Suppl.  n'  2. 

ô.  Blûlhensammlung  aus  der  Morgenlândischen  Mystik, 
Berlin,  1825,  in-I2,  pp.  310-326  (trad.  / /0/-c)  avec  notes, 
pp.  312,  319,  320,  323. 

c.  Die.  spéculative  Triniiàlslehre  des  spâteren  Orients, 
Berlin,  1826,  in-12,  pp.  62-63. 

1581  Major  Charles  Stewart  1764  +  1837  : 

à.  A  descriptive  Catalogue  of  the  Oriental  library  of  the 
late  Tippoo  Suliaun,   Cambridge,   1809,  in-4,  p.  60  (cité  in 
/6'5^-/>2°). 
1587     Rampoldi  : 

a.  Anna/i  miisulmani,  Milan,  1823,   t.  V,  pp.  151-152. 

1589  Etienne  Quatremère  1782  +  1857  : 

a.  Nol.  et  Exlr.  des  Mss...  t.  XVIII,  1858,  III,  p.  79  (éd. 
de  58 J -a). 

1590  J. . .  Mac  Guckin,  de  Slane  -f  1874  : 

a.   Biographical  diciionary  of  Jbn  Khallikân  (trad.  angl. 
"de  47  J-a),   Londres,   1842,   t.  I,  pp.  423-426  (et  10  notes  in 
fine). 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIBNNB  63 

b.  Prolégomènes  d'fhn  Ahaldoûn  (trad.   fr.   de  58  ^ -a) , 
t.  XXI  des  «  Notices  et  Extraits  des  mss.  de  la  Bibliothèque  », 
Paris,  1863,  t.  III,   p.  113  et  n.  1. 
1596    A.  Troyer  : 

a.  trad,  aagl.  du  Ddbistdn  de  Fàuî  (cfr.  /  /  74),  Londres, 
1843,  t.  III,  p.  291,  n.  l. 

1601  Th.  Haarbrûcker  : 

a.  Schalirastâni's  Religions  parlheien  und  Pliilosophens- 
chulen  (trad.  ail.  de  Shahrastànî  +  528/1153:  AHlal),  Halle, 
1830-51  ;  t.  Il,  p.  417  (=  note  10  du  l.  I,  p.  227)  (d'après 
2ô2-a,  via  1580-a,  p.  69). 

1602  Josef  von  Hammer  Purgstall  1774  +  1856  : 

a.  L'icralurgeschichte  der  Araber,  Wien,  1853,  t.  IV, 
n°  2328,  pp.  253-258  ;  n°  2329,  p.  258. 

b.  Geschichte  des  Osmanischen  Reiches,  Pest,  1827,  t.  I, 
pp.  588  (note  à  p.  152)  et  619  (n.  à  p.  305;  cfr.  i350-a)  ; 
III,  p.  152  (cfr.  IdSO-b);  V,  p.  675  (cfr.  i346~a). 

c.  Constaniinopi)liSf  t.  Il,  p.  474  (370^  métier),  1822. 

d.  trad.  (avec  texte)  de  ii29-a  :  Pest,  1838,  pp.  1,  4,10- 
11,  24,  n.  15,  et  27. 

1603  Commander  James  Félix  Jones  +  1878  : 

a.  Mernoir  on  ihe  Province  of  Bagdad  (rapport  du  19  avril 
1855),  publ.  in  «  Sélections  from  the  Records  of  the  Bombay 
Government  »,  t.  XLIII  (New  Séries),  Bombay,  1837;  plan 
hors  texte  n"  22,  et  p.  337. 

1604  Aloïs  SprengerlSlS  +  1893  : 

a.  Cal.  vf  Lhii...  Oude  mss...,  London,  1854,  t.  I,  p.  598 
(cfr.  140 S -a). 

b.  JIÎASB,  1856,  p.  J35  (d'après  1 1  So-c). 
1610    GustavFlûgal  1802  +  1870: 

a.  Lexicon  bihliographiciim  et  encyclopaedicum.. .  a  Kalib 
Jele'oi...  fJaji  khalfn...  composHum,  Leipzig,  Londres  1835-58 
(texte  arabe  et  trad.  lat.  de  S  lO-a),  t.  I,  185  (n»  192)  ;  V,  35 
(n"  9787)  ;  YII,  846  (comm.  du  précédent,  cfr.  66 l-a-1^]. 

h.  Die  arab.  pers.  und  iûrk.  Hdss.  der  k.k.  Hof  Biblio- 
thek,  Wien,  1863-1867,  t.  III,  p.  494,  n"  20,  p.  508,  n.  4. 

c.  édition  posthume  du  Kitâb  al  fihrisl  (  J  72-a),  Leipzig, 
1871-1872;  t.  II,  pp.  79  (in  p.  188,  n.  3),  80  (in  p.  190,  n.  9, 
10,  11-13,.  Î4-15,  16;  in  p.  191,  n.  1,  2,  3-4,5,6,7;  in 
p.  192,  n.  1,  2,  3,  4,  3,  6-8,  9,  10);  144  (in  p.  298,  n.  2) 
(cfr.  154  6- a). 


64*  CHAPITRE    XV 

1 61 1  Reinhard  t  Dozy  i  8'20  +  \  883  : 

a.  Het  Islamisme,  Haarlem,  1863,  chap.  X,  pp.  214-221. 

h.  id.  (trad.  fr.    Victor  Chauvin  «  Essai  sur  l'histoire  de 
l'Islamisme  »),  1879-80,  p.  330  seq. 
c.  id.  trad.  angl. 

1612  Vinceuz,  von  Rosenzweig  Schwannau  1791  +  1865  : 

a.  ...Hafis...,W\en,  1858-64  (texte  et  trad.  ail.  de  /  i 35- 
a),  I,  318-319,  n.  1  (=  p.  787),  364-365;  II,  206-207,  n.  1 
(=  p.  501),  11.  2  (=  p.  56^2). 

1613  W.  Nassau-Lees,  1825  -f  1889,  édite  en  1859  : 

a.   The  lives  of  ihe  myslics  of  the  £ast  {Soofis),  Calcutta 
(=  I lôO-a),  p.  17  et  n.  1. 
[1614    A  de  Gobineau  1816+ 1882  : 

a.  Les  religions  de  l'Asie  Centrale,  1866  (cit.  l6S4-a)]. 
[1615     Edward  Palmer  1840  +  1882  : 

a.  Oriental  Mysticism,  Cambridge,  1867,  introd.  p.xj. 

1616  Alfred  von  Kremer  1828  +  1889  : 

a.  Die  herrschenden  Ideen  des  Islams,  Leipzig,  1868, 
chap.  VI.  p.  69  ;  chap.  VII,  pp.  70-78,  p.  130  {—  n.  26  de  la 
p.  71),  133  (=:n.  35). 

1617  Kholmogorow  : 

a.  Cheik  Moslihuddin  Saadi  Chirazi  (en  russe).  Kazan, 
typogr.  Université,  1807,  p.  8,  fin  (trad.   1602-d-2''). 

1619  Joseph  Garcin  de  Tassy  1794  +  1878  : 

a.  Histoire  de  la  littérature  hindouie  et  hindouslanie, 
2'  éd.,  Paris,  1870,  t.  I.  pp.  159-160  (cfr.  l408-a  et  i 540-a) 
et  t.  II,  403. 

1620  Pierre  Larousse  1817  +  1875  : 

a.  Grand  dictionnaire  universel  du  XIA'  siècle^  Paris, 
1874-76,  t.  XIV,  p.  917,  col.  2  (Soufisme)  (extr.  de  1 57  1 -b). 
16Î1     Stanislas  Guyard  1846  -+-  1884  : 

a.  «    Journal   Asiatique   »,  fév.-mars  1873,   p.   141-142 
(note  extr.  de  JoSO-a,  p.  144,  n.  1). 
1 622     Charles  Rieu  1 820  + 1 902 . 

a.  Catalagvs  codd.  Mss.  qui  in  Musaeo  Brilannico  usset' 
van tur,  y)ors  II,  cod.  araO.  anipleclens,  loi.,  Londres,  1871, 
p.  312«(ms.  DCXLIV-20,  f.  133  =  579-d),  312",  u.  e  (ré- 
fère à  47J-a,  74/a,  1 1 50-a,  // 75- o),  4051^-406"  (ms. 
DCCCLXXXVIII-14  =  Add.  9692,  f.  31 7«  seq.  =  474-b), 
405"^,   n. /'(réfère  à  477 -a,    U50-a]. 

h.  Suppl.  Codd.  Mss.  arab...,  Londres,  1894,  p.  463'^ 
(nis.  DCLXXIX,  f.  159'^  ^  861-b. 


BIULIOGRAPUIK    IIALLAGIENNE  65* 

c.  Catalogue  of  the  Persian  Mss.  of  ihe  British  Muséum^ 
Londres.  1879-83,  pp.  852^  (réiéreace  à  1 1  o7-a),  577«-»'  (ré- 
férences ;i  liOl-a,  l5R}-a),  87-i-",  n»  IV  (cfr.  /  /  /  t-d). 
1623    F.  TVûstenfeld  +  1899  . 

a.  Die  gescliichtschreîber  der  Araber,{8S'2,  p.  138  (n*  354- 
20). 

1625  C.  Barbier  de  Meynard  1827  +  1908: 

a.  La  Poésie  en  Perse  (leçon  au  Collège  de  France,  1876), 
Paris,  1877  (=  f,  XII,  Bibliothèque  orientale  Elzévirienne), 
pp.  40-41  (cfr.  i2l-a-4o). 

1626  Gustave  Dugat  1824  4-  1880  : 

a.  Histoire  des  philosophes  cl  des  théologiens  musulmans, 
Paris,  1878,  pp.  134-140. 

1627  Major  Robert  Durie  Osborn  183o  +  1889  : 

a.  Islam  under  the  khalifs  of  Baghdady  Loudres,  1878, 

pp.  107-109,  no. 

1628  Thomas  William  Beale+  1875  : 

a.  The  Oriental  Biographical  Dictionary,  V*  éd.  publ.  par 
Keene,  Calcutta,  1881,  pp.  87,  col.  2,  110,  171. 

b.  id.,  2«  éd.,  revue  par  Keene,  Londres,  1894,  pp.  164, 
243. 

1629  H.  G.  Keene,  1827  +  1915,  cfr.  J62S. 

1630  Victor   Chauvin  (Liège) +,  cfr.   161 1-b. 

1631  Baethgen^  1905,  cfr.  /4()/-a. 

1634  Alfred  Le  Châtelier  : 

a.  Les  confréries  musulmanes  du  Hel/'dz,  Paris,  1887 
(=  t.  LU  de  la  Bibliothèque  Orientale  Elzévirienne),  p.  33, 
n.  i  (trad.  de  9J9-a),  p.  98. 

1635  Theodor  Wilhelm  Ahlwardt  1828  -|-  1911. 

a.  Verzeichnis  der  arabisch.  Hdss.  der  K.  Bibliolhek  zu 
Berlin.  Berlin,  1887-1899,  t.  I,  p.  10  (n»  15  =:  /75-è),  III, 
269  (n»  3492  =  474-6),  Vil,  671  (=  n"  8785  =  44J-b), 
X,  180. 

1636  ItaloPizzi: 

a.  Giorn.  Soc.  Asiat.  Ital.,  V,  127. 

b.  i:islamismo.  Milan,  1903,  p.  298. 

1639  AdalberlMerx  -}-  1909: 

a.  Grundlin.  der  Sufik,  1892,  p.  13. 

1640  Ignaz  Goldziher  1850  (Budapest)  : 

a.  Muhaviviedanische  Studien,  Halle,  1889  :  II,  316. 

5 


66*  CHAt»ITHE    XV 

b.  Die  dogmatische  partei  der  Sâlimijja,  in  Z.  1).  M.  G., 
LXl-1,  Leipzig,  J907.  p.  76  (cfr.  1601 -a). 

c.  Zur  geichichte  der  hanbalitischen  Bnvegunyen,  ia  Z. 
D.  M.  G.,  F.XII-1,  Leipzig,  1908,  pp.  18-21  (cfr.  ô70-a). 

d.  Voriesungen  ùberden/slam,  Heidelberg,  1910,  pp.  157, 
115  {1d01-c,  1380-b]. 

e.  al  Hallâg,  in  «  Der  Islam  »,  Strassburg,  1913  ;  IV, 
pp.  165-169  (d'après  1695-j). 

/.  ap.  Jewish  Quarterty  jRevieiv,  1903,  XV,  p.  528  (crit. 
de  1674-a). 

g.  éd.  du  Mostazfiirt{dr.  3S0-g)  :  pp.  57,  6:2,  107. 
1641     A.  J.  B.  Pavtt  de  Courteille,  1821  +  1889  (Paris)  : 

a.  Mémorial  des  Saints,  publ.  posthume,  loi  Paris, 
1889-1890  (texte  de  1320-a,  version  oïgoure  de  1101-c  et 
trad.  fr.)  :  in  Collection  Orientale,  t.  XVI,  't'  série,  t.  11  (en 
2  parties)  ;  I"  partie,  pp.  XVII,  XXII-XXIV..  227-235  (p.  227, 
n.  2,  référ.  à  1301 -a). 

1645  Rev.  E.  M.  AVherry  : 

a.  A  comprehensive  commentary  on  llv,  Quran.  London, 
1896:  I,  268. 

1646  Hartwig  Derenbourg  1844  +  1908  (Paris)  : 

a.  Al  Fakhri  (éd.  de  501-a),  Paris,  1895  :  p.  465,  col.  f 
(pp.  353-355). 

b.  Happnrl...  in  a^zinniuvre  de  l' Ecole  pratique  des  Hau- 
tes Etudes  «  (Sciences  religieuses),  année. 1908  (Paris),  p.  73 
(cfr.  t695). 

1647  Victor  de  Rosen  +  1908  : 

a.  Mistike  al  IJallâdsche...,  ap.  Mém.  Insl.  Archeol. 
Russe,  t.  XI,  nov.  1896.  str.  V  (cite  in  17^4). 

b.  Cat.  viss  persans  Pélersbourg,  1886,  p.  Ii3,  215. 
1 6  i8     Paul  Horn  (Strassburg)  +  1908  : 

a.  Neupersische  I^iteralur,  ap.   ((  Gruudriss  der  Iranis- 
chen  Philologie  »  de  W.  Gciger  etE.  Kuhn,  t.  il,  Strassburg, 
1896-1904,  pp.  272-273  (cfr.  1 636-a)-,'^Am[cSv.  iiO  la..). 
1650     Michael  Jan  de  Goeje  1836  +  1907  : 

a.  Fragments  d'une  étude  critique  sur  les  textes  relatifs 
au  procès  d'al  Hallâj,  publiés  in  «  'Artb,  Tabari  Continualtis», 
Leyde,  1897,  pp.  86-108  (éd.  de  lOi-a,  conip.  avec  17I-a, 
471 -a,  282-a,  370-a,  ù30-b,  ^9i -a). 

b.  Cat.  codd.  arab.  Lugd.  Balav,  (en  collaboration  avec 
Th.  Juynboll),  t.  II,  pars.  1, 1907,  Leyde  :  p.  155  (cfr.  441-b). 


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1880,  pp.  134-135. 

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Orientalistes,  Paris,  1897  (tirage  à  paît  1901),  in  fine,  extr. 
de  1601 -a. 

1652  Garl  Brockelmann  (Leipzig)  : 

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ll-l,  chap.  X,  §  4,  p.  199  (d'après  i61  6-a,  réfère  à  471 -a, 
420'a,  172-h,  474-b). 

1653  M(artin)  Schreiner  -i- (Berlin)  : 

a.  Theolngische  Bi'icegungen  in  Islam...  in  Z.  D.  M.  G., 
t.  LU,  Leipzig,  181(8,  pp.  468-471  (réfère  à  l72-o,  134-0, 
/90-a,  20i-a,  74'1'a,   94 1 -a). 

1 654  N .  Mallitskij  (Tacli  kend  )  : 

a.  Ishâni  i  Siifism,   in  «  Turkestanskij   Viedomosti   », 

1898,  n.  71  (extr.  de  1501 -b,  cité  in  i68ô-a). 
1658    James  M.  Campbell  1847  +  1903  : 

a.  Gazetieer  of  t/ie  Bombay  Presidpncy,  1896-1904  ; 
voL  IX  (Gujarat),  part.  2  (Musàimans  and  Parsis),  Bombay, 

1899,  p.  35,  n.  1  (rédigée  par  Khan  Balladur  Fazâl  ullah  Lut- 
fullali  Faridi,  assistant-collector  of  customs,  Bombay,  +). 

1060    E    J     W     Qibb  1857  + 1901  : 

a.  A  History  of  the  Ottoman  Poelry,  publ.  posthume 
revue  par  E.  G.  Browne,  Londres,  1900  seq.,  I,  21  (et  n.  2), 
168  (cfr.  15U'a),  344-343  (cfr.  1321),  347,  351,  359,  365- 
367,111,  286,  n.l  (cfr.  /54 /-a),  IV,  168,  n.  5  (cfr.  1361a), 
210,  n.   1  (cfr.  1362-a),  V,  93,  n.  C  (cfr.  1 366-a). 

1661     Guy  Le  Strange  (Londres)  : 

a.  Baghdad  during  llie  Abbusid  Calipbate,  Oxford,  1900, 
p.  160  (n.  de  la  p.  i69)  {d'après  390 -a,  501 -a,  il 27 -a). 

b.  trad.  angl.  de  la  part,  géogr.  du  Nuzhat  al  A'vlûb  de 
Mustaufi,  1919,  p.  42  (cfr.  11 27 -a). 

1665     Clément  Huart  (Paris)  : 

a.  Histoire  de  Bagdad  dans  les  temps  modernes.,  Paris, 
1901,  p.  109  (cfr.  13.56-a)  et  n.        (cfr.  164 1-a). 

b.  Littérature  arabe,  Paris,  1902,  p.  269  (cfr.  165^-a). 

c.  ajournai  Asiatique  »,  X-3,  Paris,  1904,  pp.  180-181 
(c.  r.  de  167 1-a). 

d.  Histoire  des  Arabes,  Paris,  1913  :  II,  353  (cfr.  b). 


68*  CHAPITRE    XV 

e.  c.  r.  de  1695-j  {Revue  critique,  mai  1914,  JAP,  juin 
1914). 

f.  c.  r.  de  1695-1,  JAP,  juil.  1915. 

g.  JAP,  1879,  p.  260  (Nosayrîs). 

h.  les  saints  des  derviches  tourneurs,  32^  vol.  Hautes 
Etudes  (religieuses)  Paris,  1918,  I,  p.  111  et  n.  1,  H7(trad. 
du  Kâshif  ai  asrâr  de  Shams  al  Dîa  Ahmad  Aflàki,  écrit  en 
754/1353). 

1666  H.  A.  Probst-Biraben  (Alger)  : 

a.  L'Islamisme  ésotérique,  ap.  a  Vlnitiation  »,  Paris, 
avril  1901,  p.  39  (al  H[all]âdj  :  d'après  Jâmî,  J 150,  ouvrage 
non  identifié). 

1667  Mgr  Louis  Petit  (Gadikeuy)  : 

a.  Les  confréries  musulmanes  Paris,  1902,  p.  52  (cfr. 
i634-a). 

1668  Octave  Depont  +  : 

a.  Les  confréries  musulmanes,  in  «  La  Revue  »  (de  Jean 
Finot),  Paris,  15  mai  1903,  p.  395. 

1669  Charles  GroUeau  (Paris)  : 

a.  Les  quatrains  d'Omar  Khayyam,  Paris,  1902,  p.  138 
(cfr.  1625-a). 
4670    E.  Blochet  (Paris)  : 

a.  Etudes  sur  l'ésotérisme  musulman  {V  série),  ap.  Jour- 
nal Asiatique,  Paris,  1902:  IX-20,  p.  72,  106,  107,  108-110 
(cfr.  114i-a). 

b.  Le  Messianisme  dans  l'hétérodoxie  musulmane,  Paris, 
1903,  p.  188. 

c.  Etudes  sur  l'ésotérisme  musulman  (2"  série),  ap.  nMu- 
séon  »,  Louvain,  1910  :  p.  137  (du  tirage  à  part). 

d.  Les  miniatures  des  mss.  orientaux,  in  Revue  des  biblio- 
thèques, Paris,  1900,  p.  196  (cfr.  1 157-d), 

1671     Carra  de  Vaux  (Paris)  : 

a.  Gazali,  Paris,  1902,  pp.  197-200,  203,  255,  270. 

b.  cfr.  i34-c, 

1072     F.  A.  Brockhaus  (Leipzig)  : 

a.  Konversations'  Lexikon,  2*  éd.   Berlin,   1903,  t.  XV 
(Sufisraus),  p.  492,  col.  1 . 
1673     Edward  Grenville  Browne  (Cambridge)  : 

a.  A   literary  history  of  Persia,   Londres,    1902,  t.  I, 
.      pp.  361-363,   367,  423,  428-437  (référ.  à   1135-a,    172-a, 
I2b2-a,   1 1 11-a,    JJOJ-c,    UôO-a,  474-6,  et  paraphrase 
sommaire  des  documents  réunis  par  1 650-a). 


BIBLIOGRAPHIE    HALLAGIENNE 


69* 


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fascic.  148  de  la  Biblioth.  de  l'Ecole  des  Hautes  Etudes,  Paris, 
1904,  pp.  114,  n.  4  (erreur  sur  i34-c-4«  et  167  l-b),  166, 
n.  i  (id.  cfr.  1661-a). 

h.  article  Soufisme  in  t.  XXX  de  la  Grande  Encyclopédie, 
Paris,...  :  p.  314,  col.  2  (même  erreur  qu'en  a- 2"). 

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1909,  p.  248  (cfr.  oSO-e-S"). 

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d.  The  vital  forces  of  Christianily  and  Islam,  Vil  (ap. 
«International  Review  of  Missions  »),  1913,  p.  670. 

e.  Trad.  de  280-a,  ap.  J.R.A.S.,  1901,  p.  718. 
1681     H.  Ethél844-+-1917. 

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389  (cfr.  l/S5-a). 

1683  W.  Barthold: 

a.  Zur  ge&chichle  der  Safforiden,  p.  173  (ap.  ISôldehe 
gew.  Orient.  Stud.,  1906). 

1684  Celestino  Schiaparelli  : 

a.  Ibn  Giobeir,  Roma,  1906,  p.  215  (trad.  de  590-a). 

1685  K.  Kazanskij: 

a.  Misticisme  be  Islam  (en  russe),  Samarkand,  iii-8, 
240  pp.,  1916:  pp.  59,  126-135  (d'après  1602-a,  16  H -a, 
16i6-a;  réfère  à  1654-a). 


70*  CHAPITRE    XV 

1686  F.  A.  Klein  H- 1903  : 

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1687  Sell  : 

a.  the  Failh  ofhla».,  3«  éd.,  Londres,  1907,  p.  127  (cfr. 
1673-a). 

b.  Sufiism,  Christ.  Lit.  Soc,  1910,  p.  6-8. 

1688  Pierre  Arminjon  (Caire)  : 

a.  L'enseignement,  la  doctrine  et  la  vie  dans  les  universi- 
tés arabes  de  TEgypte,  Paris,  1907,  p.  161  (trad.  de  .^SO-a-i"). 

1689  E.  H.  Whinfield  (Londres)  : 

a.  The  seven  Headed  Dragon^  ap.  J.  R.  A.  S.,  Londres, 
1908,  p.  552  ;  1910,   pp.  484-486. 

b.  trad.  de  1129-a. 

c.  «  Masnavi  »,  trad.  du  liv.  1  de  /  / 1 1-a,  Londres,  1898, 
pp.  XXI-XXIL 

16i)0    F.  Hadland  Davis: 

a.  Jalal  ud  Din  ftumi,  t.  II  des  «  Luzac  Séries  »,  London, 
1907  :  pp.  17-19  (ofr.  167 3-a),  et  18*,  n.  1. 

1691  Josef  Horovitz  : 

a.Aus  den  Bibliolheken  von  A'airo  Damaskus  und  A'ons- 
tuntinopel,  ap.  M.  S.  0.  S.,  Berlin,  1907,  2«  partie  :  pp.  48 
{830-a)etQ%&3{250-a), 

1692  Reynold  A.  Nicholson  (^Cambridge): 

a.  A  literary  history  oflhe  Arab%,  Londres,  1907  :  pp.  363, 
375,  399. 

b.  Rlsdlat  al  ghufrâ>i  (éd.  trad.  de  21 2-a),  in  J.R.A.S., 
Londres,  1902,  pp.  346-348,  351,  833-834. 

c.  éd.  de  1 101-c.  notes  t.  II,  pp.  45,  51   (3). 

d.  Selected  Poems  from  the  dican  «  Shams-i-Tahrîz  » 
(éd.  de  1111-b)  :  notes  pp.  216,  248,  XXV-17,  XXXlI-7, 
p.  296. 

/.  trad.  de  lOôô-a,  Londres,  1911,  pp.  XIX,  XX,  XXI. 
g.  trad.  de  421-1. 

h.  The  Goal  of  Muhammadan  Mysticism,  ap.  J.  R.  A.  S., 
janvier  1913,   pp.    64-65  (réfère   à    1695-g),   66,    67   (cfr. 

i.  article  Hailâj,  ap.  Haslings'  Encyclopœdiaof  Religions 
and  Elhics,  VI,  480-482,  1915. 

/.  Sufi^m  J.R.A.S.,  1906,  p   325,  340. 

k.  the  myslics  of  Islam,  1914,  p.  40,  149-154,  100. 

/.  éd.  de  /42-a,  p.  XI,  XXX,  95*. 


BrBLIOGRAPIlIE    HALLA.CIEPINE  7I 

1693     Israël  Friedlander  (New-York)  : 

a.  the  Hétérodoxies  of  the  Shiitps  (selon  241  -a),  ap. 
J.A.O.S.,NewHaven,XXVlII,l907,pi..34,  69;etXXIX,  1908, 
pp.  i3(cfr.  160-a),  H,  17,  2i,  n.  !2,  30,  114-11")  (l)il.liogra- 
phie,  ctY.  1674-a  et  .'i60-a). 

169S     Louis  Massignon  (Paris)  : 

a.  texte  de  ^Ôl-a—iO"  (quatrain),  publ.  in  al  Machriq , 
Beyrout,  1908,  XI,  636  (cfr.  96! -a). 

b.  cfr.  1646-b. 

c.  Les  saints  musulmans  enterrés  à  Bagdad,  comm.  «lU 
Congrès  Internat,  des  Orientalistes,  Copenhague,  15aoùt  1908: 
publ.  in  Revue  de  r Histoire  des  Religions,  Paris,  LVIlI-3, 
1908,  pp.  329-338  :  corriger  :  p.  333  (cfr.  f65-a). 

d.  La  passion  d'al  Hallàdj  et  Vordre  des  HalhUjiyyali, 
ap.  a  Mélanges  Dereti bourg  ï),  Paris,  19U9,  pp.  311  322  :  cor- 
riger :  p.  320,  1.  2  (cfr.   /ôo-a)  et  p.  322,  1.  2  (lire  moutiaq). 

e.  Mission  en  Mésopotamie  (1907-1908),  t.  I  (=  XXVIII 
desMém.  Inst.  Fr.  Arch.  Or.  Caire),  Le  Caire,  1910,  p.  56 
Q.  —,  t.  II  (=.-  XXXï  des  M.  I.  F.  A.  0.  C).  Le  Caire,  1912, 
pp.  YIII,  \3,  58,  68,  69,70,8(1,96,  101,  tll-îl8. 

f.  Les  pèlerinages  populaires  à  Bagdad,  ap.  «  Revue  du 
Monde  Musulman  »,  Paris,  déc.  1908,  t.  YI,  pp.  64'2-643 
(phot.  et  474-b-i2'),  cfr.  ap.  id.,  déc.  1910,  t.  XII,  629.  n.  3. 

g.  al  Halldj,  le  phantasme  crucifié  des  Docètex  et  Satan 
selon  les  Yézidis,ap.  Revue  de  V Histoire  des  Religions,  Paris, 
LXIII-2,  mars-avril  1911,  pp.  195-207  :  corriger  :  p.  196, 
n.  1  (il  s'agit  de  45.^).  p.  207.  1.  7-8  :  d  voici  que  je  l'ai ''u  ». 

h.  Ana  al  Haqq,  comm.  au  XVl'^  Congrès  Internat  des 
Orientalistes,  A.lhènes,  11  avril  1912(cfr.  Ac^fs,  pp.  118-119; 
et  cfr.  al  Mo' ay  y  ad, Cr[\re,  16  avril  1912)  :  publ.  ap.  Der  Islam, 
Strassburg,  1912,  III,  248-257. 

t.  Actes  du  IV'  Congrès  International  de  l'Histoire  des 
Religions,  Le^fde,  1912,  pp.  121-122. 

j.  édition  du  Kitnb  al  Taicâsin  d'al  Hallâj,  Paris,  1913, 
220  pp.  (avec  extr.,  pp.  79-108,  de  1091-d). 

k.  Ta'rîkh  al  istilâhât  al  falsafîyah  al  'arabiyah,  cours 
professé  à  l'Université  Egyptienne  (1912-1913)  :  autographié 
Caire,  1913  :  pp.  50,  54,  57,  58,  78,  80,  92,  96,  105. 

/.  Quatre  Textes  inédits,  relatifs  à  la  biographie  d\.al 
Hallâj,  Paris,  1914,  37  -f-  86  pp.  —  publication  de  l2o-a, 
170-b,  191 -a,  et  26 1 -a. 


'j'i*  CHAPITRE    XV 

m.  The  Moslem  World,  apri)  1915,  p,  336. 
n.  ap.  Enzyklopâdie  des  Islam,  II,  254  (art.  Haîlâdj), 
26S,  324,  354,  370. 

1697  Edward  A.  Johnson  Pasha  : 

a.  the  dialogue  of  the  Gulshan-i-Râz  (trad.  angl.  de 
l  '129-a),  Dublin,  1908,  pp.  30-33  et  31,  n.  1. 

1698  Shaikh  Mohammad  Iqbâl  : 

a.  the  developnient  of  metaphysics  in  Persia,  Londres, 
1908,  pp.  114-115. 

1699  Yogi  Ramacharaka  : 

a.  Philosophj  and  religions  in  India,  t.  V,  Yogi  Fund, 
U.S.A.,  1908,  pp!  213,  217-218  (copié  de  i690-a). 

1700  M.  Th.  Houtsma  (cfr.  lô'Oo-n,  I  7 1 0-a  et  17 1  l-a)  (Utrechl). 

1701  Paul  Paquignon  (Tanger)  : 

a.  Deux  anecdotes  sur  al  Halladj,  ap.  Revue  du  Monde 
Musulman,  Paris,  avril  1909,  VII,  428-432  (d'après  un  texte 
non  identifié  qui  est  441 -a).  Gorr.  ap.  1695-1,  p.  22. 

1708  G.  E.  Wilson  : 

a.  Book  II of  the  Masnawi  (trad.  de  /// /-a),  Londres, 
1910  :  I,  28,  219;  11,  58,  309. 

1709  Gl.  Field: 

a.  Persian  lAlerature,  London,  s.  d.  (vers  191 1),  pp.  147, 
155. 

b.  Mystics  and  Saints  of  Islam  (n.  c.). 

1710  D.  S.  Margoliouth  : 

a.  article  Abu  Haiyân,  ap.  Enzyklopâdie  des  Islam 
(Houtsma),  1908,  1,  p.  94,  col.  1  (cfr.  9.'23-a-33°). 

b.  the  early  devélopment  of  Mohammedomsm,  London, 
1914,  p.  6,  181-183. 

1711  K.  Vollers  -H 

a.  article  Ahmed  (al  Badawî),  ap.  Fnzyk/opâdie  des  Is- 
lam (Houtsma),  1909,  1,  p.  204,  col.  2  (cfr.  /^/-a). 
1713    Michelangelo  Guidi  (Rome)  : 

a.  ap.  Rivista  degli  slvdi  orientali,  Roma,  1910,  III,  3,  2, 
p.  466  (cfr.  169ô-d)\  1913,  VI,  6,  1018-1020. 
1 715     Emile  Amar  (Paris)  : 

a.  (trad.  de  501  a)  =  t.  XVI  des  Archives  Marocaines, 
Paris,  1910,  pp.  449-452  (bibliographie  cfr.  i69ô-d). 

h.  ap.  J.A.P.,  Paris,  juil.  1911,  pp.  41-43  (cfr.  540-a). 

c.  ap.  Mélanges  Derenbourg,Ptir\s  1909,  pp.  245  seq.(cfr. 
660-b). 


BIBLIOGRAPHIE    HALLACIE^NE  7^* 

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a.  Les  Kliodjas  du  Guzarale,  ap.  Revue  du  Monde  Mu- 
sulman, XIl-10,  oct.  1910,  pp.  214-215  (cfr.  1658-a). 

1717  Gertrude  Lowfhian  Bell  : 

a.  from  Amuralh  to  Amurath,  Londres,  1911,  p.  279  etn.  1. 

1718  Auguste  Bricteux  (Liège)  : 

a.  Salàmàn  et  Absâl  (traduit  de  1 150),  Bruxelles,  1911, 
p.  11. 

1719  Olga  de  Lebedew  (St-Pétersbourg)  : 

a.  Truiié  sur  le  soufisme  (trad.  fr.  partielle  de  2Si-a), 
Rome,  1911  (pp.  29.  5H). 

1720  Cowser(anc.  prof.de  persan  au  Gujarat  Collège,  Ahmedabad). 

a.  Notes  on  Hallaj  {t^  mai  1911,  rapport  de  4  pages 
adressé  à  M.  R.  Enthoven,  critique  de  i 658~a). 

1721  Max  Horten  (Bonn)  : 

a.  Die  philosophie  der  Erleuchlung  nach  Suhraivardi, 
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b.  Die  philosophischen  Système  der  spekulativen  Theo/o- 
gen  im  Islam,  Bonn,  1912,  p.  52. 

c.  art.  Islamische  philosophie,  ap.  Die  Religion  in  Ges- 
chichte  und  Geyenivart,  dictionnaire  dirigé  par  H.  Gunkel, 
0.  Scheel,  F.  M.  Schiele,  L.  Zscharnack,  TubiDgen,  H08, 
p.  749. 

d.  Das  philosophische  System  von  Schirâsi  (trad.  ail.  abr. 
de  S06-a),  Strassburg,  1913,  pp.  6,  n.  1.  7, 17,  n.  1,  279,  287. 

1722  D.  A.  Rinkes  (Batavia)  : 

a.  De  Neiligen  van  Java,  Batavia,  1913  (fasc.  VI  =  dee 
LV,  aflev.  1-2  du  Tidjschr.  Batav.  Génois,  van  Kunst.  en 
Wetensch.),  p.  37  et  n.  2  (cfr.  1591,  1695-h),  37,  n.  3 
{1695-g),  38  (if/.). 

1723  Martin  Hartmann  (Berlin)  +  1919  : 

a  ap.  Die  Welt  des  Islams,  I-IO,  mars  1913,  Berlin,  5G- 
57  (cfr.  1695-h). 

1724  I.  Kratchkovskij  (Tsarskoje  Selo)  : 

a.  Razskaze  sovrémennika  obe  Al  Hallûdsché  (bibliogra- 
phie avec  éd.  de  126-a),  ap.  t.  XXI  de  l'Institut  Archéol. 
Russe,  St-Pétersbourg,  1913,  pp.  137-141  (cite  1647-a). 

1725  Miguel  Asin  Palacios  (Madrid)  : 

a.  Abenmasarra  y  su  esciiela  (Discurso  de  recepcion  en 
la  R.  Academia  de  Giencias  Morales  y  Poh'ticas),  Madrid,  1913, 
p.  69  n.  2,  73  n.  1,  97  n.  3,  154  n.  3. 


7  4*  GHAPITRK    XV 

1726  Lucien  Bouvat  (Paris)  : 

a.  RJI.M.,  Paris,   1913,  t.  XXIV,  pp.  341-343  (c.  r.  de 
■1695-j)  ;  t.  XXVII,  1914,  p.  433  (cfr.  1695-1). 

1727  Louis  Cheïkho  (Beyrout)(l)  : 

a.  Mél.  FacuU.   Or.,   Beyrout,   1913,  t.  VI,  pp.  Xl-XII 
(c.  r.  de  '/695-j). 

1728  Henri  Lammens  (Rome)  : 

a.  al  Hallâg,  ap.  Recherches  de  science  religieuse,  Paris^ 
1914,  pp.  123-135. 

1729  Richard  Hartmann  (Kiel)  :  analyse  231 -a  : 

a.  Darslellung  des  Sûfilums,  Berlin,  1914,  pp.  2,  30,  45, 
53-55,  5^,   n.  90,  94,  96,  106,  131,  152,  133,  169,  175, .180. 

1730  Riza  Tewflk  (Stamboul)  : 

a.  fforoûfisme,  ap.  Huart,  Textes  horoùfis,  1913,  p.  256^ 
n.  2,  272,  290,  n.  1. 
1  731     W.  Marçais  (Paris)  : 

a.  J.A.P.,  janv.  1913,  p.  201  (cite  405-a). 
1732    Cari  Becker  (Bonn)  : 

a.  ap.  Der  Islam,  1913,  IV,  201  (cfr.  1695-e). 

1734  Enrico  Insabato  (Rome)  : 

a.  L'fslam  et  la  politique  des  Alliés,  Nancy,  1917,  p.  88. 

1735  Tor  Andrae  (Upsal)  : 

a.  Die  person  Muhammeds  in  Lehre  und  glauben  seiner 
gemeinde,  t.  XVI  Archiv.  Etud.  Or.,  Stockholm,  1918  :  pp. 
296,  297,  299  (cfr.  1 650-a). 

1736  H.  S.  Nyberg  (Upsal)  : 

a.  Kleinere  schriften  dps  Ihn  al  Arabi  Leiden,  1919  :  pp. 
44,  50,  67,  70,  78,  85,  88,  91,  92,  105,  119,  123,  124,  143, 
149,  150,  161,  171,  196  (cfr.  169ô-j). 

(1)  cfr.  ap.  al  Machriq  1909,  XII,  191  [h  propos  de  402-a). 


ERRATA 


Les  transpositions,  interversions,  omissions  et  surcharges  indues 
d'accents,  esprits  et  points  diacritiques,  altérant  la  physionomie  connue 
des  noms  el  mois  arabes,  seront  aisément  corrigées  par  le  lecteur 
averti  (1).  Nous  ne  relevons  ici  que  les  fautes  les  [)lus  graves  : 


p.  6-8  =  p.  296-299.  Les  tra- 
ductions successives  (cf.  Taw. 
206-207)  que  nous  avons  propo- 
sées de  ce  texte  difficile  (Taw  202- 
205)  sont  à  compléter  au  moyen 
des  notes,  ici  p.  497,  n.  4,  5G4, 
n.  6,  811,  n.  1.  Pour  les  points 
suivants,  corr.  ainsi  : 

7,  /.  9-iO  -  298,  l.  5-4  : 
«  ...  prééternités,  en  m'inspirant 
ion /iat  pour  mes  intercessions...  » 

7,  l.  14  i7  =  id.  L  8- H  : 
texte  A  :  «  Ah  !  si  la  moindre  par- 
celle d'aloès  trouve  place  (devant 
Toi),  certes  j'aurai,  pour  [temple 
de)  mes  transfigurations,  un  corps 
glorieux  plus  vaste  que  les  plus 
grandes  montagnes  ».  Texte  G  : 
«  Ah  !  ce  qui  restera  ainsi  (=  mon 
âme),  mis  k  l'écart  de  mes  souillu- 
res, est  une  preuve  (de  Toi)  plus 


forte  que  la  destruction  des  mon- 
tagnes ». 

8  1.  1-2  =  id.l.  /3-/5:«...au 
delà  des  générations,  où  il  rejoint 
le  Témoin  de  l'Eternité  »  (cfr.  ici, 
p.  6U1). 

il,  l.  21  :  709,  lire:  909. 

15,  dern.  l.  :  l'anecdote  +  de. 

33,  L  7  :  comp.  667,  n.  1. 

36  :  cfr.  Essai. 

37,  n.  3  :  suppr.  les  1.  4-6. 

50,  L  i9  :  islamique  +  au 
IV^  siècle. 

60,1.  1  :  {Kashf,  189). 

60,  l.  1  7  :  mettre,  dans  la  pa- 
renthèse, ceci  :  (mais  des  noms 
qui  te  cachent  l'indéfinissable 
grâce  divine). 

61,1.  22  :  créature  humaine, 
et  transcendante. 

67 ,  L  1  :  ne,  doit  +  pas. 


(l)  De  même  les  lapsus  :  d  pour  dh  (78  bas,  80,  I.  1,  285,  I.  17,  676, 
n.  3),  nafi  pour  nafy  (257,  I.  5,  470,  I.  16),  simâ'  pour  samâ'  (191, 
n.  4,  314,  I.  2,  409,  I.  2,  443,  l.  18),  Moghayrah  pour  Moghirak  (59  2, 
I.  6).  danî  pour  dinni  (311,  n.  3,  435,  n.  2). 

6 


76* 


ERRATA 


71,  n.  2  :  Kashf,  IfîO  ;  Attâr, 
II,  135. 

73  sq.  :  cfr.  730  sq. 

75,  l.  1 1  :  yosammi.  —  n.  4  : 
cfr.  Hammer,  LGA,  I,  4,  p.  252. 

76,  l  2.  Telle  est  la  trad.  de 
Slane.  Amar  {JA1\  juil.  1911, 
41-43)  la  corrige  ainsi  :  «  ...  Bag- 
dad ;  mais  ses  deux  complices  lui 
prédirent  sa  perte,  et  qu'il  échoue- 
rait ;  à  cause  du  peu  de  goût...  » 

S/J. /05«7.:  cfr.  Qor.  XXXVIII, 
9  ;  Qot.  taioil,  231. 

90,  n.  4  :  Grenard  y  voit  Toq- 
maq  (JAP,  1900,  35). 

95,  l.  16  :  'Abd[allah].  Corr. 
'Obayd. 

97,  n.  6  :  corr.  suivant  SOT, 
n.  2. 

99,  n.  5  :  comp.  769,  n.  7. 

107,  n.  3  :  'odoûL 

116,  L  1 1  :  extasiés,  1.  :  égarés. 

117,  l.  1  :  unité,  1.  :  union. 
120,  l.  27  :  l'ai,  1.  :  l'ait. 
122,  n.  3  :  comp.  708. 
124,  n.  3  :  lire  lahtv  (540). 
131,  I.    10-11  :  trad.   «  Et  si 

vous  doutez,  pensez  au  hadUh  : 
de  même  que  votre  négation,  votre 
doute  même  le  signifie,  Lui  !  » 

1 36,  l.  4  :  surnaturel  +  qui 
me  soit  propre. 

140,  l.  5  :  simplement  -f-  pour. 

153,  I  2  :  entrevues,  1.  :  entre- 
tiens. 

161,1.  17  :  donc,  1.  :  don. 

165,  L  6  :  Kirmânî.  Le  ms. 
porte  plutôt  :  Kirnabânî  (cfr. 
Agh.  XII,  61).  —  :  dern.  f.  : 
Tabarî,  1.  :  Ibn  Khayrân. 

175,  l.  8  :  Wâdî. 


181,  L  1,  185,  n.  1  :  quatre, 
1.  :  cinq. 

182,  L  22:  l'étreinte:  1.  :  la 
gloire. 

^22,  n.  4  :  cfr.  BMM,  1909, 
IX,  99-103. 

234,  w.  5  :  §  20. 

235  :  insérer  rappel  de  la  n.  4 
à  la  1.5. 

240,  n.  5  :  cfr.  'Omârah,  Auto- 
biogr.,  171-172. 

244,  L  8-9  :  Suppr.  cette  indi- 
cation erronée,  et  la  remplacer  par 
«(Baqlî,  31)  :  Qor.  LXXXI,  1  ». 
'251,  n.    1,  l.   3   :  Jésus,  1.   : 
Jonas. 

264,  n.  1  :  Druzes,  préf.  I, 
187-188. 

271,  L  7  :  tâwî,  1.  :  tâq. 

272,  n.  6  :  Le  texte  d'Ibn  Bâ- 
koûyeh  porte  :  «  Oui,  si  je  te 
quitte  ». 

277,  283  :  cfr.  347,  587,  736, 
756,  782,  838. 

279,  n.  3  :  tont,  1.  :  tout. 

283,  n.  2  :  corr.  «  d'après  Mo  - 
tawwaq  (ch.  XV  :  116-a). 

288,  n.  3  :  Moflih(+ 331)  pré- 
sida en  313  le  dixième  rachat  des 
musulmans  captifs  en  Roùm  ;  il 
était  hanbalite  (Kotobî,  f.  170'-^)  ; 
surDâniyâlî,  charlatan  qui  le  dupa, 
voir  Hamadhânî  (ap.  de  Goeje, 
Carmathes,  225  ;  Ibn  Khaldoùn, 
moqad.,  trad.  Slane,  I,  23 't  ;  et 
fakhri,  373). 

301,  n.  1,  l.  2  :Qaws.,  1.:  Fa- 
ivâris  (Tagr. ,  s.  a.). 

305,  i  H  :  Cfr.  472.  Vadhâ, 
c'est   le   blasphème  {'lyàid,  s hifâ, 
\  11,213). 


ERHATA 


77' 


307.  /.  6  :  «  ...  dernière,  dési- 
rent l'accélérer  ».  Cfr.  Qor.  XVI,  1. 

3J3,  l.  24:  1.  :  décapité  {-am 
masculin). 

Si  7,  n.  4:1.:  heccéité. 

318,1.  /  :  1.  .-citation. 

32 i,  n.  7  :  a.  M.  'Abbàs,  dit 
«  'Abbâsah  »  Toùsî,  mort  en  349/ 
1154  (ms.  Londres,  541,  f.  401^, 
ap.  Gaetani,  Onomasticon  arabi- 
cum,  n»2065). 

333,  r,.  9:  farq,p.  223... 

337,  I.  i  :  Hâshimî. 

337,  71.  6,  l.  3  :  «  ...  Dâwoùd 
I».  Mo'âdh  'Atakî,  +  via  a.  'Omayr 
Mojàlîd  (h-  144)  ». 

339,  n.  2  :-{-  Yâqoût,  moshta- 
rik,  287  (Kremer). 

343,  l.  4,9  :  Zakî,  1.  :  Rokn. 

347,  n.  2,  l.  5  :  corr.  [lîHR, 
1908,  p.  2). 

348,  n.  1,1.  2  :  qoût,  I,  92. 

349,  n.  2  :  -{•  De  même  les 
Horoûfis  et  les  Ali-Ilahis. 

365,  I.  21  '.  corr.  :  sahîhah. 

366,  l.  16-17  :  «conservatrice 
+  hanbalile,  faooruée  par  la  neu- 
tralité des  hanafites  ». 

368,  l.  il  :  Ton,  1.  :  ton. 

369,  l.  5  :  €  Cette  pensée  vise 
un  état  bien  délié  à  saisir  ».  — 
4  dern.  lignes  :  «  Ah  !  quelle  mer- 
veille !  C'est  Dieu  lui-même.  Lui 
qui  met  rennemi(Satan,cfr.  Baqlî, 
shuth.,  182)  sous  son  pied  dans  le 
soleil,  qui  arrache  son  enfant 
(=  Hallâj)  à  l'ennemi.  Alors,  Il  le 
considère  en  Lui-même  :  c'était  le 
voir  un  comme  Lui.  Puis  II  le 
place  en  Lui-même  :  c'était  fessus- 
citer  Son  serviteur  ». 


370^  L  4  :  inconséquences. 
Corr.  :  rélicences. 

375,  L  18  :  occidental,  1.  :  fu- 
gace. 

383,  L  3-4  :  comp.  927. 

397 ,  n.  10  :  1.  Mésopotamie. 

403,  n.  1  :  comp.  622,  n.  4 
(Khatîb,  §  21,  d'après  Kholdî). 

407,  n.  3  :  Qorh.,  1,  :  Qosh. 

409,  n.  1 ,  l.  3  :  rayer  «  Hasan- 
ibn  ». 

419,  L  25,  sq.  :  cfr.  594,  n.  1. 

425,  1.7  :\.  1234. 

427,  l.  1  :  \.  Kolâl,  —  l.  22  : 
+  Ce  que  Kâshifî  résume  par  ce 
distique  :  <<  ... 

431,  L  8  :l.  ils. 

435,  L  13  sq.  :  Les  vers  1-2, 
6-9  sont  à  restituer  à  Ibn  'Arabî, 
et  les  vers  3-3,  formant  takhmîs, 
à  Shoshtarî. 

437,  n.  1  :  n  une  toison  >  : 
corr.  «  un  manteau  de  soie  ».  ^^ 
«  s'illumine  »  :  corr.  «  est  éclairée 
d'en  haut  ». 

438,  n.  4  :  corr.  :  êàox,o§  par 
ùliy.6;,  selon  Beveridge  (trad,  de 
VAkbarnamâ  d'Abulfa?,!,  1897, 
p.  79  ;  cfr.  Browne,  trad.  des  Cha- 
hâr  Maqâla  d'Aroûdî,  p.  132-134, 
164). 

446,  n.  8  :  bahjah,  48. 

448,  n.  7 ,  l.  4-5  :  corr.  man 
dhâ.  . 

450,  L  4  :  'ozmah,  1.  :  'azamak. 

459,  I.  9  :  deuil  +  d'une  mère 
qui  a  perdu  son  ûls  (thaklâ). 

466,  n.  1  :  \.  arabicae. 

476,  L  16-18  :  Cfr.  642, 
n.  1  bis. 

479,  n.  5  :  Cfr.  487.  La  mort 


r8' 


BRRATA 


des  saints  {taïuaffî)  n'est  pas  une 
destruction  ;  il  y  a  survie  spiri- 
tuelle, et  parfois  incorruptibilité 
corporelle,  après  Tarrôt  de  la  res- 
piration. 

482,  n.  2,  etc.  :  «Roùhâniyown  » 
(forme  donnée  par  Mohâsibî,  ma- 
habbah)  est  à  remplacer  par  «  Roù- 
hâniyo/i  »  (Malatî). 

4H3,  n.  i,  fin.  :  +  et  émet  la 
doctrine  citée,  p.  482,  n.  4. 

487,  n.  6  :  cfr.  Râzî,  vers  ap. 
Ibn  abî  Osaybî'ah,  I,  315. 

488,  l.  8:  pourriture  =  ramîm 
(Qor.  XXXVI,  78). 

490,  n.  3  :  ikhlâs. 

491,  n.  2  :  existimandi  (opp.  de- 
clarandi). 

510,  n.  5  :  CL  farq.,  302. 

ô  14,  n.  ^  :  1.  :  amour. 

515,  L  20:  comp.  791,  n.  4. 

519,  l  4  :  trad.  :  Comment 
T'aurais-je  interpellé.  «  C'est  Toi  » 
(Qor.  I,  4),  si  Tu  ne  m'avais  in- 
terpellé «  c'est  Moi  »  ? 

5.20,  dern.  L  :  lequel  «  pro- 
vient... » 

524,  L  5  :  ne  l'égaré...  (I  mi- 
nuscule). 

528,  n.  4  :  -\-  (Jowaynî,  sharh 
al  loma\  ap.  rawd  zâkhir,  I, 
253^;  Jîlî,  ap.  Sha'râwî,  mman, 
II,  29). 

543,  n.  3  :  Ibn  Mohabbir, 
comme  Maysarah,  est  un  élève  de 
Moqâtil. 

544,  L  6  :  'alaivî,  corr.  :  'olivî. 
565,72.  3  :  ~h  Sowaydï,  Kashf, 

81. 

568,  ti.  4  :  transposer  le  mot 
khilâf  :  à  la  suite  de  ghayr. 


5  72,  n.  3  :  4-  Les  mothallathât 
de  Qotrob,  sur  la  variétation  in- 
traspécifique  du  sens  des  racines 
trilitères,  ont  été  éd.  Machriq,  XI, 
1908,  p.  516-3^22. 

586,  n.  1  :  cfr.  le  daivr  hokmî, 
par  lequel  l'oncle  du  mort  n'est 
pas  évincé  de  l'héritage  par  le  fils 
qu'il  reconnaît  être  son  neveu 
(Shirwânî,  glosedelafo/i/a/id'Ibn 
Hajar,  t  VI,  un  peu  avant  le  titre 
«  "âriyah  »). 

58  7,  n.  1 ,  l.  5  :  les /renie  pau- 
vres (au  lieu  de  dix). 

588,  n.  i  :  il  s'agit  de  la  néo- 
ménie. 

59i,  l.  24  :  1.  ishtiqâq. 
614  :  Suppr.  le  rappel  de  note 
(2).  3  =  2,  4  =  3). 
n.  1  :  son',  I.  :  san'. 
635,  n.  1  ;  cfr.  549,  n.  2,  645, 
n.  3.  Le  mot  samad  {okoufypo-^i)  fut 
anathématisé  par  le  catéchisme 
byzantin  jusqu'à  sa  justification 
en  mars-juin  1180  par  Manuel 
Comnène  ;  qui  fit  rayer  i'anathème 
par  le  patriarche  Théodose,  en  le 
menaçant  d'en  appeler  au  Pape 
(Nicétas  VII,  139,  ap.  Fleuryj. 
Cfr.  démonstration  de  Pierre  Lom- 
bard, attaquée  à  tort  par  Joachim 
de  Flore. 

637   :   intervertir    les    notes  4 
et  5. 

611,71.  3  :   cfr.  Paul  de  Sidon 
(ms.  Paris,  165,  ch.  XXI). 

654,  L   14   :   suppr.   ai"»; 
1.20  :  «2°  »  =  \°. 

659,  u.  1  :  lire  LXXVL 
667  :  renuméroter  les  rappels 
de  notes. 


ERRATA 


79' 


677,  /.  9  :  wojoûb,  n.  3  :  Zei- 
dit.,  p.  29. 

684,  n.  6  :  ghonyah,  I,  83. 

685,  l.  4  :  lajalla  ! 

690  seq.  :  hoûr  est  la  forme 
arabe  exacte. 

692, 71.  3  :  «  Auraient  soif  », 
corr    :  «  crieraient  au  secours  ». 

709,  71.  1  :  subjective,  corr.  : 
mixte. 

7i9,  n.  4:  liosannî, corr.  :  lia- 
sonna  (Sarrâj,  /orna',  222  ;  Qâsimi). 

72  i,  n.  2  :  sabienue,  corr.  : 
sabéenne. 

757,  n.  6  :  +  Thawrî  (ap.  Ibn 
'Arabî,  nwhdd,  I,  i72)et  Ibn 'lyâd 
(ap.  Mohâsibî.  makâsih,  101). 

764,  u.  /  :  1.  f.  3:^0^. 

1S5,  n.  2  :  I.  zohâdah. 

813,1.21  :  \.  ash'âr  îvamonâ- 
jàt. 

840,  dern.  l.  J'avais  écrit:  vo- 
leté. 

889,  dern.  l.  :  rappel  de  note 
omis,  référant  à  p.  702. 

918:  renuméroter  les  rappels 
de  notes  en  augmentant  d'une 
unité  à  partir  du  second  (6)  de  la 
L  10;  etsuppr.  (10),  /.  18. 

921,  n.  /  :  l:  précédente. 

929,  L  22  :  (4)  est  à  transposer 
à  /.  10  ;  en  remplaçant  par  {2), 
l.  22. 

Chapitre  XV  (par  numéros 

d'ordre)  : 
110-d  :  +  ms.  Solaym.  97,  Sh. 
Ali  269-270. 

178-c  :  sadâqah  tva  siddîq, 
Caire.  1323,  p.  24.   7.5. 

281 -b  ;  sermon,  ap.  370-i, 
f,  117. 


.255:IbnRoshdQortobî(+520). 
Y  transférer  461 -a. 

364  :  Ibn  Ma'moùn  Bata'ihî 
(+  580)  :  a.  td'rikh  al  Amir,  extr. 
ap,  618  a. 

370  :  g  :  cfr.  535-b  —  h  :  ro'oûs 
al  qiiwârîr,  Caire,  1332,  p.  o8  — 
i:  qossâs,  ms  Leid.  Warn.  998, 
f.  13.5. 

421 -a  :  +t.  I,  75. 

433-a:  'Omoùmî,  3837  ;  Laléii, 
1376  l'attribue  à  Zarqânî  +  1122). 

461 .  k  transférer  en  289. 

o12-j  :  majmoû'at  al  rasa' il  al 
kobrà,  Caire,  1323,  I,  73  ;  II,  98. 

535  :  Ibn  Qayîm  al  Jawziyah 
(H-  752)  :  a.  madârij  al  sâlikin, 
Caire,  1332  ;  I,  103  ;  II,  20,  114  ; 
III,  140.  —  6  :  i'tiiâdât  Ibn  al 
Jauni  'a'à'l  Ghazâlî,  ms.  Walî  a 
Dîn,  majm.  1684,  f.  209^  2I3«. 

591 ,  n.  1  :  a)  par  son  fils  'Isa. 

6 1 8-a  =  Khitat,  I,  459-460. 

703.  Shahzàdé  Kurkut  (+  918  : 
a.  Hariviî,  ms.  Faydiyah  1763  in 
fine  (cfr.  541  -b). 

79^.'AlâalDîn"Olwân(+936): 
a.  jawharmahboûk,  Damas,  13i9, 
p.  68,  V.8. 

7 30 -a  :  ms.  Walî  al  Dîn,  majm, 
1684,  f.  'Sol^. 

862  et  919  :  suppr.  b  après 
«  809  ». 

930-a  :  1790,  1.  :  1290. 

959,  1.  :  Nabhànî.  a  :jdmV  ka- 
râmâl...,  Caire,  I,  403. 

960,  I.  :  Salâmî. 

1089  :  M.  b.  Monawwar  Mih- 
nawî  :  o.  Asrdr  al  laivhîd,  éd. 
Zhukovski,  Pétersbourg,  1899, 
p.  84. 


8o* 


ERMATA 


1170-c  :  traid  angl.  Gladwin, 
1800. 

4227  :  Zayn  al  'Abidîa  Shir- 
wânî  (+  1258)  :  a  :  bostân-i-siyâ- 
hal,  Téhéran,  1310,  p.  27-28  (cfr. 
108  la). 

1228  :  Ma'soùtn  'AH  Shah 
Ni'matî  :  a  :  taraiq  al  haqa'iq, 
lith.  Téhéran. 

1530  bis.  Khata'î  (ps,  de  Shah 
Isma'îl)  ;  a  :  dnvân,  ms.  Paris, 
supp.  turc,  1307,  f.  15^. 

1 378.  Kôprlilûzàdé  Mohammad 
Fou'âd  :  a  :  Turk  Adabiyatendé 
Hkmutasaivivifter, Siamhon],  1919, 
p.  19,  172,  174-176,  331. 

1 392  =  'Abd  al  samad,  sam- 
mânî,  vers  1760. 

1393  :  Noùr  al  Dîn  Ranîrî, 
d'Atjéh  :  a  :  tibyân  fi  ma'rifat  al 
adydn,   ms.    Leid.    3291,    f.    93 


(cité  /»).  —  b  :  lata'ifal  asrdr(cïv. 
a)JM,  XXXIX,  47). 

1415  :  Solaymân  Nadwî  :  a  : 
critique  de  1695  (ap.  revue 
Ma'drif,  A'zamgarh,  1915). 

1431  :  trad.  éthiopietiiie  de 
462-a  (selon  Conti  Rossini). 

1540-a,  1.3:1.  note^. 

1636-c  :  Storia  délia  poesia 
p  er  si(  m  a,  Torïno,  1894,  t.  I,  186, 
189,  202,  205,  208. 

1637  lE.W.  Clarke:  trad.de 
//^5-aet//^<5-aen3  vol.,  1891. 

1644  :  Osw.  H.  Parry  :  a  :  S>x 
months  in  asyria>i  mon asterrj ^Lon- 
don,  1895,  p'.  363,  367,  371,  372. 

1712:  Victoria  de  Bunsen  :  a  : 
the  soûl  of  a  Tiirk,  London, 
J.  Lane,  1910,  p.  79(comm.  D.  B. 
Macdonald). 


INDEX 


I. 


Table  des  noms  propres. 


N.-B.  —  On  a  suivi,  pour  les  abréviations,  le  système  Brockelmann  : 
«  a  =  aboû  —  h  =  ibn  —  A  =  Ahmad  —  H  =  Hasan  —  Hy  = 
Hosayn  —  'AA  =  "Abdallah  —  'AR  =  'Abd  al  Rahraân  —  'A  =  'Abd 
—  M  =  Mohammad  —  Yq  :^  Ya'qoùb  ».  L'article  al  est  normale- 
ment supprimé.  —  Compléter  les  noms  *  grâce  au  chap.  XV. 


'Abbâd,  562,653,  695,  701. 
'Abdak,  727. 
'AA-b.  Hilâl,  792. 

Ja'far,  126. 

Maymoûn,  67, 1^,  79, 140, 

734. 

'Omar,  676,  726. 

'A.  Karîm-b.'AWâhid.  129. 

'A  Malik  Iskâf,  761. 

'A  Wadoûd-b.Sa'îd,  129. 

'A  Wâhid-b.Zayd,  608,  692,  696, 

731,  756,  7.S7. 
fAnOU]  a.  'Abbâs-b.    'A.    "Azîz, 

304. 

—  'Alî  Fasawî  Fârisî*,  62,   576, 
591. 

Kâtib,  777. 

—  'Atàhiyah,  149  150,  780. 

—  Ayyoùb,  447,  726. 

—  Azhar,  14. 

—  IJakr,  ;^36,  507,  655,  721,  730, 
739,  742,  887. 

—  Bayhas,  707,  785. 


—  Dharr,   585,    721,    726,    729, 
777. 

Hamdànî,  696, 

—  Fîroùz,  32. 

—  Hamzah  Baghdâdî,  28,  39,  180, 
472,  682,  691,  717,  796, 

—  Hanîfah,  538,  577,  581,  614, 
646,  655,  665,  716,  737,  774, 

—  Hârith,  303. 

—  Hâshim,  544,  554  sq,,  568, 
571,  577,  614,  62t,  6)6,  677, 
711,  715. 

Koùfi,  6l8,  730. 

—  Hâtim-b.Hibbân,  738. 

—  Hàzim,  624. 

—  Hodhayl.  'Allâf. 

—  Holmân,  362. 

—  Isra'îl,  779, 

—  Mâkhilâ,  124. 

—  No'aym,  404. 

—  Nowâs,  322,  797,  917  sq. 

—  'Omar  M.  b.  Yoùsof*,  11,  163, 
217,  279  sq. 

—  Sa'îd*.  IbnabVl  Khayr. 

—  Sho'ayb  Qallâl,  696. 


"82 


INDEX 


—  Sawdâ,  557. 

—  Tâhir  (moqrl),  241. 
(qarinatî),  736. 

—  Thawf  Kalbî,  25,  467. 

—  Yoùsof,  715. 

Abraham,    465,    503,    741,    747, 

849,  85^2,  854,  875. 
Adam,  485,  503,  596,  599  sq.  687, 

699,  712,  743,  864  sq.,  869  sq., 

874,  893.  899. 
A.  b.  Fâris,  123,  125. 
Fâtik  Razzàz,  6,    96,    134, 

270,  300,  308,  318. 
M.  b.  'Imrân  Jondî.  94,  106, 

807. 
Ahsa'î,  928. 
Akh  Mohassin,  66. 
Akhtal,  506. 

'Alâ  al  Dawlah*.  Simvânî. 
Albizzi  (B.),  771. 
'Ail    (le   Khalife),    2-42,    506  sq., 

655,   676,    677    sq.,  701,    722, 

727,  730,  748. 

—  b.  A.  Hâsib,  81. 

—  b.  Hosa^n,  229. 

—  b.  'Isa.  Ibn  '/sa, 

Mowaffaq,  693,  756. 

Rabban,  482. 

Sahl,  96. 

—  Rida,  141,  677,894,  901. 
'Allâf,    37,    480,   483,   487,   535, 

553,   560   sq.,    614,    653,  673, 

695,  717,  730. 
'Alqamah,  585. 
Amedroz,  195,  208,  216,  261. 
^Amilî(I3.)*,  590,  886. 
'Ammâr,  729. 
'Amr-b.'Obayd,    491,    625,    673, 

730. 

Fa'id  Oswârî,  482,  625. 

'OthmâQ*.  Makkî. 


Anastase(R.P.)*,  456. 

'Anbarî,  569,  711. 

Antâkî  (A.   b.   'Âsim),  472.  565, 

588,  607,  618,670,  776,  780. 
Aqta'  (a.  Yq.),  2,  62. 
As'ad.b.Moùsâ,  682. 
Asfar,  676. 
Ash'arî,  467,  480,  554  sq.,  560  sq., 

568.   570,   615,    6^7    sq.,  636, 

649  sq.,  654,  657  sq.,  665,  670, 

672,  677  sq.,  695,737. 
Asin  Paiacios,  471,  589,  690,  691, 

7H2,  785,  840,  905. 
'Askarî  (H  ),  612. 
'AUâbt,  913. 
Augustin  (S.),  326. 
'Attâr*,  436,  451,  845,  939. 
Awârijî*,  240,  245. 
Awzâ'î,  864. 

'Ayishah,  336,  725,  74H,  848,  850. 
'Aym'  (Badr)*,  791,  802. 
Ayyoùb  Sikhtiyânî,  755  sq. 
'Âzâzîl.  Saian  (875). 
'Azzâz,  418. 

B 

Bâbak   453. 

Badawî*,  428. 

Baghdâdî    ('A    Qâhir)*,   328,  333, 

777. 
Bailloud,  347. 
Bakr,  617,  672,  677. 
Balabânî*,  343,  421,  789. 
Balâdhorî,  75. 
Balkhî  (a.  H.),  309. 
Balkhî  (a.  Zayd)*,  19, 
Bâqillânî*,     137,   364,  481,   487, 

550,  552,  572,  585,  613,  628, 

677,  681,  703,  737. 
Bâqir  (M.),  501,  722. 
Baqli    (Roùzbahân)»,    316,    374, 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


83' 


687,  816,  828,  844-903,    923, 

939. 
Barhahârî.  543,  397. 
Barbier  de  Meynard,  168,  917. 
Bashshâr-b.  Bord,  170,  187,  193, 

754,  757,  797. 
Basrî.  Hasan. 
-■(a.  Hy),  1:23. 
—  (a.  Hy),  561,  364,   363,   647, 

653. 
Bayân,  863. 
Bayézid.  Bistdmî. 
Bazîgh,  696. 
Bergstrâsser,  786. 
Bevan,  848. 
Bernard  (S  ),  833. 
BîroÙQÎ.  76,  79,  815,  940. 
Bishr  Hâfî,  277,  611,  613,    6»7, 

736,  777. 
Bistâinî  (a.  Yazîd),  36,    133,  277, 

391,  413,  414,  438,  472,   483, 

3U,  328,   61-2,  688.  690,  692, 

712,   747,  733,   757,    777,    787, 

831,  836,  886,  909,  929. 
Blavatsky,  107. 
Blochet,  411. 
Bohloùl,  437,  932. 
Bohlorî,  918. 

Bokhàrî,  33,  392,  732,  774,  778. 
Bokhtyéshoù'  (G.),  482. 
Bonànî,  692,  736. 
Boadar-b.  Hy,  447. 
Boûai*,  932. 
Bozorg,  83. 
Browne   (E.-G.,*,  73,   233,  251, 

323,  941. 
Burton  (R.),  797. 


Carlyle,  704. 

Casanova  (P.),  884.  933. 


Chasies,  702. 
Chesterton  (G.-K.),  858. 
Christine  l'admirable  (Ste),  313. 
Clermont  Ganneau,  831. 

D 

Dabbâs,  227,  240. 

Dannrî*,  164. 

Damrah-b.Hanzalah,  18. 

Dàniyâlî,  7H*. 

Daoùwânî,  938. 

Daqqâq,  404,  693,  777,  779,   809. 

Dârânî,  472,  340,  690,   717,  737, 

751  sq.,  787,  876. 
Dârimî,  640. 
Dasoùqî*,  428. 
David,  661,  662,  737. 
Dàwoùd  (Zàhirî),   168,  487,  569, 

379,  392,  633,  713. 

—  b.  Mo'âdh,  337,  77*. 

—  b.  Mohabbir,  543. 
De  Goeje,  734. 

Descartes,  482,  531,  544,  887. 
Dhahabî*,  28,  269,  389,  394. 
Dhoù'l  Noùn.  Misrî. 
Dimishqî   (a.    'Amr),    497,     818, 
919. 

—  (Qâsim),  392. 

Dirâr,  343,    532,  646,  693     713, 

717,  740. 
Dolonjâwî*.  248  sq.,  334,  420. 
Doqqî,  41,  812. 
Doûrî  (Haytham),  797. 

—  (Ibn  Farrokhàn),  807. 
Dozy*,  325,  328,  938 

Dmzps,  483.  508,  568,  389,  630, 

609,  702,  774,  801 . 
Dasarès,  686, 


E 


Eckhart,  789. 


*8A 


lainKX 


Elias  de  Nisibe*,  911. 
Eschyle,  173, 
Eyoub.  a.  Ayt/oûb. 

F 

Fadl  Horoùfî*,  429. 

Fânsoùrî*,  442. 

Fârâbî,  529,  562,  566,  595,  627, 

631,  636,  692,  695. 
Farghânî  (Ibn  Khodhyânf,  373, 

—  *426,  631,  821. 
Faridi*.  86. 

Fâris  Dînawarî*,  95,125,  235,  299, 
305,  334.  337,  806,  813  sq. 

—  Shidyâq,  591. 
Farqad  Siûjî,  755. 
Farrâ,  575. 

—  Ibn  al  Farrâ. 
Fasawî.  a.  \ilî. 
Fâtimah,  721. 

—  Omawiyah,  310,  447. 
Fayyâd, 832. 
Fir'awn.  Pharaon. 
Fluegel,  466,  815, 

Foûtî  [Fowatî]  (Hishâm),  653, 
691. 

—  (a.  Bakr),  40. 
Frazer,  324. 

G 

Galien,  177. 

Ghalafî,  46. 

Ghassan.  865. 

Ghaylân,  538,  610. 

Ghazâlî  (a.  Hâmid)*,  59, 189,  352, 
370^,sq.,  483,  494,  550,  562, 
575,  578,  582,  586,  660,  677, 
688,  711,  715,  785,  793  sq., 
840,  843,  852,  888,  892,  916, 
926. 

—  (A.)*,  871-872. 
Ghiyâth,'78,  79. 


Gholâm  Khiajîl,  39,  11'?,  458,  493, 
541 ,  543,  609,  620,  666,  669  sq., 
672,  682,  796. 

Gobineau,  463. 

Goguyer,  819,  879  sq. 

Goldziher,  75,  184,  159,  171,297, 
384,  399,  470,  777,  854. 

Gorgânî,  421,  514. 

Griffini,  590. 

H 

Habîb,  609,  749. 

Habtî,  790. 

Hadramî,  21,  52. 

Hâfîz*,  439. 

Hafs,  345,  646,  717. 

Hajîmî,  696. 

Hâjj  Khalîfah*,  816. 

Hajjâj,  351. 

— b.  Forâfisah,  337. 

Hallâj,  17-18,  20-21. 

Hamd,  1  sq.,  309,  318,  334. 

Hâmid»,  211  sq.,  229,  246  sq.,279- 
295,  311,  313,  770. 

Hamzah-b.  a.  Daygham,  175. 

Hanafî*,  391. 

Hannoùnah,  454.  459. 

Harawî  (Ansârî)*,  367,  535,  788, 
815,  906,  925. 

HarM  ('Alî)*,  419,  743. 

Haroùn-b.'Imrân,  266. 

Hasan  b.  a.  Hasan  Basrî,  189, 
'  282,;284  sq.,  468,  471,  480 sq., 
485,  490,  501,  511,  589,  610, 
612,  620,  625,  668,  672  sq., 
678,  683,  688,  692,  706  sq., 
730,  743,  748  sq.,  754  sq.,  774, 
777,  781,  831,  888. 

—  b.  Ajroùd*,  351. 

Hâshimî  (a.  Bakr)*,  251,  335. 
Wàsitî. 


TABLK    DRf^    NOMS    PUOPRES 


85* 


—  (M.  b.  'Isa),  9IU. 
Ilâtim,  753. 
Haydarah,  251,  333. 

Haykal  [Haykali  =  Shàkir],  333, 

744,  SoO. 
Haytamî*,  360,  393,  865,  78*. 
Herbelot*,   105,  323. 
Hess,  132. 

Hibatallah,  lo3,  155. 
Hishâm-b.Hakam,  483,  507,  511, 

543,  548,  551,  554,  560,  580, 

610,  649,  655. 
Hodbayfah,   491,  499,  668,  675, 

721,  7-26,  755. 
Hojwîrî*,  327,  408.  815,  825,  921. 
Holwânî.  21,  103,  301,  760. 
Horayfish*,  434. 
Horten*,  535. 
Hy-b.Mansoùr,  20. 
Hoùd,  383. 
Howell,  571. 
Huart,  151,  186,  412. 
Hugel,  794. 
Huysmans,  798,  931. 

I 

Iblîs.  Satan. 

[IBN]  b.'Abbàs,    584,  678,   711, 
741,  743,  848,  850,  864. 

—  'A.  Samad,  220,  288  sq.,  311. 

—  abî'l'Awjâ,  162,  617. 

Dhayb,  756,  773. 

Hawwârî,  45,  690,  752. 

'l  Khayr*,   399,    407,    437, 

452,  604,  777,  787,  907. 

Sa'dân,  105,  402, 

• Tàhir,  74,  156. 

T.Mwbah,  100. 

Zayd,  779. 

—  Adham,  390,  472,  511,  540, 
585,  749,  778. 


Ibn  'Aqîl*,  366,  740,  865,  869. 

—  'Arabî",  37,  354,  3.56,  377, 
405,  455,  593,  598,  611,  615, 
641,  686,  702,  741,  753,  787, 
789,  793  sq.,  801,  840,  866, 
901,  927,  938,  77*. 

—  'Atà*,  5,  43  sq.,  134  135,  260- 
261,  267,  271,  272,  277,  346, 
473,  484,  492,  496,  530,  557, 
.593,  618  sq.,  623,  682,  693, 
718,  729,  732,  743,  745,  758, 
776  sq.,  787,  812,  832,  907, 
924. 

—  'Ayyâsh,  216,  25;,  273,  289, 
316. 

—  Azraq,  106,  110,  130,  273,  807. 

—  Bàboùyeh*,  132,  133,  467,  697, 
78:^,  792. 

—  Bâkoùyèh*,  334. 

—  Barrajân,  341,  601,  821,  847. 

—  Bashshâr,  757. 

—  Battah .  'Okhari, 

—  Battoùtah*,  82. 

—  Bilâl,  144. 

—  Bishr,  11,  227,  252,  337,  806. 

—  Bohloùl*,  216,  279. 

—  Bord.  Bashshâr. 

—  Dâ'î*,  792,  815. 

—  Daqîq  al  'Id,  627,  777. 

—  Dàwoùd*,  11,  114,  le 8,  163- 
182,  798. 

—  Fài-id,  360,  392,  425,  531 . 

—  Fâris,  376,  711. 

—  Farrâ,    589,  640. 

_  Forât,  165,  207,  226. 

—  Foûrak,583,  711,  737,  739. 

—  Ghazzâl*,  377. 

—  Haddâd",  12â,'j96,  587. 

—  Hajar  'Asqalànî*.  392,  737. 
Haytaml. 

—  Hakam.  Hishdni. 


'86 


INDEX 


Ibn  Hammâd,  251. 

—  —  217,  745,  778. 

—  Hamdân,  72,  118,  205,  821. 

—  Hanbal,  29,  121,  493,  510, 
512,  579,  592,  611,  614  sq., 
620,  627,  658  sq.,  669,  692, 
715  sq.,  728,  743,756  sq.,  776, 
861. 

—  Hâyit,  600.  617,  684,  737. 

—  Haysam,  614,  639,  885. 

—  Hayyawayh,  300,  805. 

—  Hazm*,  87,  137,  364,  783, 
836,  853. 

—  Hobayrah,  640. 

—  Hobaysh,  47. 

—  Ibâd.  738  sq. 

—  'Isa,  5,  11,  114,  209,  2  3.231, 
240,  246. 

—  'lyâd,  472,  585,  687,  75^8,  757. 

—  Jâmi',  174,  181 

—  Jawzî*,  373,  528,  689,  757, 
783,805,823,871. 

—  Jiimî,  575,  576,  7H. 

—  Jondî,  402,  807. 

—  Kajj,  92. 

—  Kamâlpashâ*,  550,  790,  794. 

—  Karrâm,  77,  538,  549,  554, 
568,581,585,600,607,611  sq., 
634,  650  sq.,  669  sq  ,  680,  737 
sq.,  745,  777,  838,  862,  885. 

—  Kawkab,  70. 

—  Kaysân,  481,  551,  730. 

—  Khafîf*,  5,  81,  100,  26S,  309 
sq.,  318,  334,  363,  411,  419, 
444  sq.,  492,  777  sq.,  K55. 

—  Khâlawayh.  244,  576. 

—  KhallikAti*,  75   352,  393. 

—  Khaldoùn*,  373,  788,  911. 

—  Koliâb.  29,  37,  554,  580.  649 
sq.,  656,  743,  S6I. 

—  Mamshâdh,  259. 


Ibn  MàQik,  806. 

—  Mansoùr,  333. 

—  Mardoùyeh.  123. 

—  Masarrah,  529,  604,  737. 

—  iMas'oùd,  242,  585,  665,  722, 
749,  864. 

—  Matar,  234. 

—  Maymoùn.  'AA.-b-M. 

—  Mobât-ak,  467,  585,  756. 

—  Mojâhid,  210,  240-245. 

—  Monajjâ,  506. 

—  iMoqall'a',  75. 

—  Moqsim,  243. 

—  Mo'tazz,  168,  570. 

—  Nadîm*,  8!  5. 

—  'Okkâshah,  493,  510,  696,  745, 
774. 

—  Oshnânî*,  12,  219,  280. 

—  'Oyaynah,  493,  678.  756,  802. 

—  Qâfih*,  663. 

—  Qasyî,  664,  832,  838. 

—  Qa^îm,  181,  850. 

—  Qodâmah,  593. 

—  Qotaybah,  777. 

—  Qozmân,  176. 

—  Râhawayh,  599,  715. 

—  Râwandî,  148,  227,  547,  560, 
568,  575,  578.  613,  617,  631, 
653. 

—  Razîn,  444. 

—  Razzâm  (Rizâm),  78 

—  Roshd,  578,  582,  709,  754, 
777. 

—  Roûh*,  144,  146,  159,  219, 
350. 

—  Roùhân,  273,  808. 

—  Roûmî,  1711,  180,  307,  437, 
7y7. 

_  Sâlim,  29,  245,  361,  514,  612, 
625  sq.,  651,  660,  684,  777. 

—  Sam'oûn,  777. 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


87' 


Ibn  Sawdakin*,  35,  aSi. 

—  Shabîb,  865. 

—  Shannaboùdh,  243. 

—  Shaybân,  54.  190,  402. 

—  Sima'oûnâ*,  687. 

—  Sînâ,  168,  529,  552,  56:>,   570, 
754,  794,  795,  912. 

—  Sîrîn,  707,  756. 

—  Sorayf,  34,  163  sq.,  586,   732. 

—  Taymiyah*,  386,  392,  455,  525, 
623,  675,  853. 

—  Tiqtaqâ*,  397. 

—  Torjomân,  833,  85:^,  895. 

—  Wahshiyah,  590. 

—  Zaghdoûn*,  435,  753, 

—  Zanjî*,  195,  236,  248  sq. 
Ibrahim.  Abraham. 

—  Ibn  Adham,  Ibn  Shayhân. 

—  -b.  Fâlik,  6,  8,  10,  47-48,  102, 
265,  301,  623,  761,  806. 

—  Holwânî,  70, 

—  -b.Jonayd,  764. 

—  Khawwâs,  11,  59,  777,  885. 
b.'Olayyab,  655. 

b.Sam'oùn,  130, 

îjî,  786. 

'Ijlî,  223,  684,  896. 

Ikhwân  al  safâ,    179,    399,   471, 

590. 
Ikrimah,  773. 
Imbert-Gourbeyre,  102. 
'Imrân-b.Moùsâ,  762. 
Isfahânî  (Hamzah),  322, 

—  {Aghdnî),  917. 

Isfara'iui,  185,  553,  585,  614,  711, 

717,  754. 
Isfinjânî,  806. 
Isma'îl  Haqqî*,  383, 
'lyâd*,  372,  394,  732. 


jAbir-b.Hayyân,   750. 
—  Jo'fî,  351,  678,  721. 
Ja'far  Sàdiq,  339,   472,   496,  570, 
592,  609,  612,  629,  645,  655, 

667,  732  sq,  7.36,  743. 
Ja'far-b.HayyâQ  (a.  Shaykh),  571, 

819. 
Jâhiz,    180,  538,   561,  568,    569, 

575,   611,    655,   673,  702,    725, 

738,  913. 
Jahm,   544,   548,   551,   559,   580, 

611  sq.,  634  sq.,   646,   633  sq., 

668,  689,  701,  743. 
Jâkoûs*,  377. 

Jâmî*,  341,  783  sq.,  789. 

Jamîl,  177. 

Jannâbî,  71,  73,  732,  734. 

Jawnpoùrî,  86,  346. 

Jazarî  (Shams),  849. 

Jazoùlî,  745. 

.Jésus,  379,  440,  594,  600  sq., 
683-687,  739,  743,  751,  768, 
711,  781,  785,  833,  852,  941. 

Jildakî*,  923,  929. 

Jîlî  ('AK)*,  412,  416,  521,  687, 
741,  866,  876,  928,  938. 

Job,  379,  503,  621,  899,  924. 

Jobba'î*,  106,  137,  361,  611,  615, 
647,  666,  677,  679,  703,  715, 
736,871. 

Jomaylî,  444. 

JoQayd,  2,  10,  M,  33-38,  45,  62, 
192,  313,  326,  440,  448,  454, 
438,  473,  476,  492  sq.,  522, 
525,  527,  535,  546,  556,  608, 
619  sq.,  623,  740  sq  ,  731, 
776,  780,  852,  858,  871,  885, 
887,  891,  911, 

Joues',  87,  909. 


'SS 


INDEX 


Jorayrî,  260,  857. 
Joriânî,  336,  556,  576,  9H. 
Jowaynî*.  75,  34o,  534,  562,  653, 

668,  7il,  7t7. 
Judas  Iscariote,  934. 

K 

Ka'b-b.Zohayr,  838. 

Ka'bî*,  88,  515,  560,  677. 

Kâbilî,  792. 

Kahmas,  6<.)6. 

Kalâbâdhî*,  327,  338,  718,   775, 

778,  925. 
Kankar,  792. 
Karâbîsî,  467,  592. 
Kattâuî,  55,  754,  919. 
Kawrâaî,  790. 
Kayyâl,  631,  837. 
Kâzarînî,  659. 
Kâ/aroûnî,  410. 
—  (Sa'îd)*,  795. 
Kbafâjî*,  360,  424,  489. 
Khalaf,  78. 
Khalî',  310,  322,  917. 
Khâqânî,  208. 
Kharrât,  788. 
Kharrâz  (a.  Sa'îd),   27,  473,   483, 

313,  593,  626,  737,    742,  889, 

938. 
Kharroûbî,  790. 
Khashîsh,  662,  750. 
Khasîbî,  351,  649. 
Khatîb*,  920. 
Khàzim,  608,  609. 
Khidr   (Khadir),    435,    503,    537, 

585,  718. 
Kholdl*,  402. 
Khorqânî,  426. 
Khoza'î,  243. 
Kierkegaard,  800. 
Kîlânî*,   327,   394,   411    sq.,  512, 


514,620,  741,  764  sq.,  794,  939. 
Kindî  ('A.  Masîh),  648. 
Kirmânî(mieux  :  Karanbânî),  16o. 
Kolayb,  750. 
Kolthoùm,  717. 
Kotobî*,  317. 
Kreraer*,  426. 


La  m  mens*,  75. 

Landberg,  591. 

Lang,  463. 

Léon  l'Africain,  286,432,458,  798. 

Listing,  577. 

M 

Ma'arrî*,  58,  316,  627,  906. 
Macdonald,  134,  457. 
Mada'inî,  127. 
Mâdara'î,  316. 
Maghribî  (a  'AA),  54. 

—  a.  'Othm.),  751,  919. 
Mahdî,  144. 

Mâhir  (A.),  355. 

Maimonide,  529,  887. 

Makhoùi,  27. 

Makhzoùmi  (Tâbir),  51. 

Makkî  ('Amr-b.'Othm.),  2,  32-33, 
35,  54,  56,  57,  64,  101,  369, 
401,  448.  484,  571,  667,  796, 
904. 

—  (a.Tâiib)*,  65,  362,  494,  514, 
628,  893,  935. 

—  (Ja'far)*,37(. 
Malatî,  510,  708. 

Mâlik,  467,  487,  569,  581,  624, 
668,  672,  706,  713  sq.,  730, 
737,  756,  774  sq.,  797. 

Mallarmé,  705. 

Ma'moùn,  203. 

Manès,  317. 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


89' 


Manuel  Comnène,  78*. 
Mansoùr  ^  Halidj. 

—  b.'Ammâr,  472. 

—  billâh,  355. 

—  Harawî,  305. 
Maqdisf,  815. 

Maqdisî  (Ibn    Tâhir)*,     776-781, 
798. 

—  ('Izz)*,  326,  433,  664,  776  sq., 
87!  sq.,  927. 

Marçais*,  93-2. 
Marco  Polo,  109. 
Margoliouth,  242,  480,  9i3. 
Marie  des  Vallées,  763,  935. 
Marîsl  (Bi.shr),  501,  554-555,  568, 

651,  655. 
Ma'roûf  Karkhî,    360,    397,    501, 

540,  757,  777.  938. 
Martin  (R.),  926. 
Marw-al-Roûdhî,  71,  78,  80. 
Mas'oûdî*,  88,179. 
Mâlorîdî,  560. 
Mâwardî,  195. 
Mawsilî  (F.),  796. 
Maybodhî*,  21,427. 

—  (a.  H)*.  791. 
Maynaoùn  Qaddâh,  618,  656. 
Miiysarah,  543,  847. 
Mazâbilî,  134,  530. 
Màzarî,  865. 

Mille  et  une  Nuits,  209. 

Minorsky,  690. 

Mirdâs,  748. 

Miskawayh*,  739,  837. 

Misrî  (Dhoù'l  Noùn).  37, 191,  457, 

540,  612,  661,   756,  776,   787, 

841,  887. 

—  IMyâzi. 
Mo'adhdhal,  917. 
Mo'ammar,  553,  611,  653,  656. 
Moharrad,  487,  797. 


Modar,  696. 

Mofaddal,  581. 

Mofîd,  157,  350,  792. 

Moflih.  201,  288,  76*. 

Moghâzilî,  754 

Moghîrah,  592,  616,  662,  895. 

Mohammad,  383,  396,  424,  465, 
502  sq.,  506  sq.,  536,  548,  .596, 
629,  678,  719  sq.,  725,727,736, 
737,  741-747,  753.  820,  830-86-?, 
867-868,  884,  898  sq. 

—  b.  A-,  17. 

—  b.   Ghâlib,  258. 

—  b.  Ishàq,  107. 

—  b.  'Omar,  93. 

—  b.  Sa'dâo,  69,  278. 
Mohâsibî,  26,  45,  411,  480,493, 

510,  512,  535,  540,  .543,  554  sq., 

581,  592,    608,   618,    660,  675, 

692,  696,    709,  717,    722,   723, 

742,  746,  750  sq.,  757  sq.,  777, 

819,  919,  922. 
Mohassin,  262 
Moïse,   365,   3 79,*  503.  537,    583, 

657,  741  sq.,  844-846,  858,  862, 

870. 
Mo'izz  (Ma'add),    487,    536,    361, 

588,  596,  648,  700,  886. 
Molina,  564. 
Mollâ  'AR*,  436. 
Monâwî*,  816. 
Moqàtil,  520,  577,  584,  607,  671, 

703,  736,  78*. 
Moqtadir*,  199-206,  238,  287.  457, 

728,  729. 
Mordàr,  38,  617,  629,  710,  785. 
Morrah  Hamdâni,  737. 
Morsî*.  770,  777. 
Morta'ish,  300. 
Mosaffar  Siblî*,  432. 
Mosaylimah,  792. 


'90 


INDEX 


Mo'tadid,  202. 

Motanabbî,  U,  58,  209,  619,906, 

918. 
Motarrif,  777. 

Mou'mil  (mieux  :  Mo'ammal),  175. 
Mou'nis,  205-206,  214. 
Moùsâ-b.a.Dorr,  15. 
—  b.Khalaf,  165. 
Mowaffaq,  202. 
Mozaffar  Gholâm  Jamîl,  278. 
Mozanî,  166,  587,  779. 
Mozayîii  (ou  Moznî),  80. 
Moznî*,  643. 
Munk,  550. 

N 

Nabbânî*,  797. 

Nâbolosî*,  aOO,  594,  623,  721 ,  790, 

798  sq. 
Nahrajoûrî  (a.  Yq.),  4,  11,  54,  55, 

100. 
Na'îm-b.Hammâd,  799. 
Najjâr,  646. 
Najm-b.Isra'îI,  866. 
Narâqî*,  347,  590. 
Nasafî,  80. 
—  340,  535. 
Nâshî,  158,  575,  579. 
Nasr  Qoshoûrî,   5,    213,   236-237, 

239,   250,   261,  270,  287,  294, 

315,  361,  821. 
Nasrâbâdhî,  407,  693,  764. 
Nawawî,  703,  745. 
Nawbakht  (Bânoù),  143-146,  159. 
Nawbakhtî  (a.  Sahl),  88,  146-151, 

153-157,  207,  227,  361. 
Nazzâtn,  58,  485,   487,   492,   511, 

538,  552,  553,  569,  630,  653, 

665,  674,  7H,  717,  722. 
Nesîmî*,  341,  440. 
Nibâjl/662. 


Nicholson*,  327,  329,  422,  805. 

Niftawayh,  158,  181. 

Niyâzt*,  428,  440,  600. 

Noé,  738,  747,  862. 

Noséiris,  351,  508,  600,  629,  699, 

860,  887. 
Noûrî,  38  sq.,  447,  447,  540,  619, 

780,  787,  9-24. 

—  ('A  Ahad)*,  371. 

0 

'Obaydailâh,  503,  735,  745. 

—  b."^M.,  335sq. 
Obayy,  242,  620. 

•Okbaii  (Ibn  Battah),  584,  774. 
'Olaymî,  847. 
'Olwân,  780,  782. 
'Omar,  728,   730. 
'Omar  II,  164. 
"Omar-b.Shalloùyeh,  334. 
'Omarî  (Amîn)*,"396,  398,  446. 

—  (M.  b.  H  ),  144,  145,  152,  154. 
Omayyah,  170. 

0mm  'Amr,  234. 
—  Hosayn,  10. 
'Ordî,  394. 

Orsoia  Benincasa,  526. 
Osàmah,  726. 
'Othmân,  242. 
'Otoûfî,  304. 
Ouvaroff,  916. 


Paquignon*,  434. 

Pascal,  13.^,  477,  587.  886. 

Patanjali,  931. 

Paul  de  Sidon,  78*. 

Pavet,  329. 

Pharaon.  416,  615,  935-939. 

Pierre  d'Abano,  469. 

Pierre  II  de  Damas,  224. 


TABLE    DES    ^OM8    PKOPHES 


fil 


Platon,  177,  591,  G4I. 

Pîotin,  570,  389,  030 («  riiéologie 

d'Aristote  »). 
Postel,  771. 

Q 

Qâbisî,  373. 

Qâboûs,  909,  918. 

Qahtabî,  663. 

Qa'im,  640. 

Qalânisî,  305. 

Qalhâtî,  797. 

Qandîlî,  808. 

Qaunâd,  49,  97,  807. 

Qârî,  328,  357. 

Qâroûn,  876. 

Qarmates,  66,  72-80,  109,  208, 
230,  233,  341,  474,  487,  344, 
566,  571,  596,  600  sq.,  630, 
656,  680,  690,  698,  730-786. 

Qàsimî.  713  sq. 

Qasrî,  273. 

Qassâr,  306. 

Qatâdah,  754. 

Oaysî.(Hayyân),  618,  620.  -  Voir 
Rabâh. 

Qazwînî  (a.  H.),  640. 

—  (a.  Y.)*,  317,  322. 

—  (Zak.)*,  131,  283,  316. 
Qonawî*,  905. 

Qonna'i  (Hamd),  238. 

—  (M.),  245,  251,  264. 
Qorashî  CAA),  744. 

—  (Shihâb),  410. 
Qortobî*,  371. 

Qoshayrî*,  57,  323,  404,  638,  686, 

688,  805,  815,  825,  925. 
Qpstâ,  483,  518. 
Qotrob,  572,  78*. 
Qoûndoûzî,  823. 


R 

Rabâh  Qaysî,  45,  695,  750. 
Râbi'ah,  276,  374. 
Radr,  24,  238,  252. 
Râghib*,  322,  561. 

—  pâshâ*,  785. 
Ramiî,  756. 

Raqâshî  (Yazîd),    612,   672,   678, 

749,  756. 
Râsibî*,  22,  229,  73 1. 
Râzî(a.  Hâtim),  78,  735. 

—  CAR),  79,  627. 

—  (Fakhr)*,  539,  556,  711,  785  sq., 
789. 

—  (Ja'far),  403. 

—  (M.  b.     Zak.),    71,    487,    630, 
736,  78*. 

—  (Najm/,  525,  766,939. 

—  Yahya-b.Mu'ddh. 

—  (Yoùsof.b.Hy),   35,    684,   75J, 
808. 

Reiske,  156,  323. 

Renan,  133. 

Ribera,  176. 

Ridâ(HW.),  201,  435. 

Rifà'î,  417. 

RitschI,  800. 

Ro'înî,  737. 

Roqbah,  696. 

Roùdhbârî,  686. 

Jioûhâniyoûn    (oa    mieux  Roûlid- 

niyah),  482,  662,  727,  930,  78*. 
Roùmî  (Jalâl)*,    387,    416,    422, 

439,  532,  701 ,  741 ,  766, 862, 916. 

—  (A.)*,  423. 

—  (Sadri,  789. 
Roùzbahân.  Baqli. 
Rowaym,  38,  168,  777. 
Russeil,  702. 


'92 


INDEX 


Sabhâh  (Hasan),  608,  631. 

Sàbî,  815. 

sâhib  al  badhr,  733. 

khàl,  74,  735,  941. 

iiàqah,  734. 

zohoûr,  734. 

Sahl.  Tostarî. 

Sa'îd-b.Mosayyib,  777. 

Sajâh,  792. 

Sakhawî,  392. 

Saladia  (Salâh  al  Dîn),  745. 

Salmân,  f)07. 

Salomon,  899,  903,  932. 

Samarqandî  (R.  Kh.),  104. 

Sâmarrî,  247,  262,  731,  777,  821. 

—  CAlî),  159. 

—  (Yoûnos),  865. 
Sandiyoûnî*,  428. 
Sanoùsî,  556,  739. 

—  (Senoussi)*,  343,  429. 
Sanlillana,  713. 
Saqallî,  29. 

Saqll,  144. 

Sarràj*,  306,  324,  777. 

Sarsarî,  392,  629,  833. 

Satan,  415-416,    625,  628,    712, 

767,   792,    797,  798,  816,  864- 

877,  884,  934  sq. 
Satok  Qara  Khân,  91. 
Sa'wî,  126. 
Saydalânî*,  338. 
Sayyârî(Qâsim),  695, 718, 754,904. 

—  ('A.  W.),  744. 
Sayyid  Mortadâ*,  396. 

—  Sharîf.  Jorjânî. 
Schrieke,  848. 
Shabbâs,  339. 
Shabistarî*,  424,  798. 
Shâdhiir,  360,  424,  594,  777. 


Shâfi'î,  577,  579,  672,   703,  709^ 
710,   715  sq.,    720,    733,    774^ 
785,  795. 
Shag;hab,  42,  199,  237,287. 
Shèik\r(=  H aykali),  252, 333,  337. 
Shalmaghànî,  373,  695. 
Shaqîq,  777,  780. 
ShaVânî,  80,  333,  735. 
Sha'râwî*,  328,  352,  393,  793. 
Sharîk,  848,  850. 
Shaybànî,  796. 
Shaylamah,  142,  144. 
Shiblî,  9,  41,   191,  260,  302  sq., 
306,    309,  314,  320-;^2l,    397, 
406,   438,   440,   446   sq.,    455, 
526,  546,  682,   745,  762,  779, 
866,  895,  936  sq. 
_  (4-  769/1367),  868  sq.,  932. 
Shihâbî,  731. 
Shîrâzî  (Sadr)*,   436,   562,    564, 

827,  938. 
Shirwànî*,389. 
Shîvrâjpoûrî*,  441. 
Shoshtarî*,  532,  799,  77*. 
Shoûshtarî*  (Noûr  Allah),  350. 
Sîbawayh,  573. 
Sibt  [bn  al  Jawzî*,  769. 
Silafî*,  389. 
Simnâaî*,  397,  486. 
Slane*,  923. 
Snouck,  327,  759,  846. 
Sobkî*,  677. 

Sohrawardî  d'Alep*,  525,  561,564, 
636,815,  927,931. 

—  (a.  N.).  777. 

-  ('Omar)*  de  Bagdad,   59,   394, 
425,  684. 

Soloûkî,  95. 
So'Ioûkt,  585,  673. 
Solamî*,  258,  277,  700,  744,    777, 
780,  791,  805. 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


93* 


Sotnnoûn,  39,  47,  97,  192,  924. 

Soùir,  74,  322,  920. 

Soûsî,  55. 

So^oûtî*,  396. 

Stendhal,  173. 

Suarez,  615. 


Tabarr,  17,  345,  507,  659. 

—  (Ibn  a.  Zar'ah),  403. 
Taftazàni,  576. 

Tait,  577. 

Tàliqànî  (mieux  :  Tàlaqàiiî),  105, 

419-1-20. 
Tamîini  (No'tnàn),  735. 
Tanoùkhi*,    93,    106,     131,    154, 

335,  920. 
Tàtàrf,  147. 
f  awfî*,  384. 
Tawhîdî*,  348,  908. 
Térèse  de  Jésus  (Ste),  840. 
Tertullien,  671,  771. 
Tha'àlibî*,  li2. 
Tha'lab,  187. 
Thawn  (Sofyàn),  25,  72,  467,  472, 

585,  729,  737,  756,  757,  796  sq., 

801,  831,  885,  899. 
«    Théologie    d'Arislote    »,    566, 

695. 
Tholuck,  323,  328,  426. 
Tina'oùtî    Warjalânî,    568,    584, 

656,  849,  886. 
Tirmidhi  (Hakim),  467,  473,  593. 

—  (M.  b.  Hàmid),  698. 
Toroùghabdhi,  89. 
Tortoùshî*,  926. 

Tostarî  (Sahl-b.'AA),  10,  23,  28- 
32,  138,  473,  476,  484,  487, 
494,  502,  513,  518,  530,  579, 
593,  601,  645,  666,  669,  672, 
677,  688,  704,  737,  741,  832. 


—  (Tàhir),  134. 

Toùsi  (Nasîr)*,  525,  555,  564. 

—  ('Abbâsah),  321,  77*. 


Vinci,  Ô32. 


W 


Wakr,  620,  750. 

Wàqidf,  493,  8i7. 

Warràq  (Ibn  Hàroùn),  i48,  227. 

Wàsil,  610,  673,  708,  73U. 

Wàsitr,  485,  504,  540,  546,  585, 
596,  657,  687,  695,  742,  744, 
746,  783-784,  788,  795-796, 
811  sq.,  821,  829,  859,  869, 
901,  934  sq.  Hâshiml. 

—  (a.  'Alà)*,  304. 

—  (a.  Hy),  303. 

—  (a.  Yamàn),  318. 
Watwàf,  17. 
Whinfield*,  323. 
Wohayb  b.Khàlid,  662. 

—  b.  Ward,  697. 
Wronski,  931. 


Yâfi'î*,  390,  923. 

Yahya  (—  Jean-Baptiste), 749, 752. 

—  b.  'Adî,  562. 

—  b.  Mo'àdh  Kàzî,  19,  133,  513, 
516,  609,  618,  666,  750  sq., 
776  sq.,  794,  909. 

—  Qattàn,  656,  732. 
Yamàn-b..'Adî,  618. 
Yàqoûtî,  315,807. 
Yastitnî,  790. 
Yesewî*,  91,  440. 

YézidiH,  284,  398,  456,  901,  934. 
Yoûnos-b.'Obayd,  7o6. 


*9^ 


Za'farânî,  79. 
Zajjâjî,  673. 
Zamakhsharî,  786. 
Zanjî.  Ibn  Zanjî,  732. 
Zarroûq,  698. 


INDEX 


Zayd,  Tn. 
Zaynab,  722. 
Zigabeiius_,  645_,  746. 
Zikrawayh    (Dhikrawayh), 

735. 
Zohayr  Atharî^  559. 
Zorqâ,  792. 


734- 


II.  —  Table  des  termes  techniques. 


abad  (opp.  azal),  644,  817. 

abdâl,  734. 

adab,  773  sq. 

'adad,  47i- 

adhâ,  305,  472. 

•adhàb,  679. 

'adl,  616,  6-28. 

afdal,  725. 

àhàd,  345. 

ahadiyah,  631. 

'ahd,  410. 

ahliyah,  542,  862 

ahwat,  775. 

ajal,  488,  563,  612,  678,  681,  788. 

'ajz,  365,  485,  887. 

al,  576. 

'àlam,  818. 

alif,  819. 

'âlimiyah,  564. 

'amal,   66H   sq.,  776,   795. 

'âmil,  575. 

amânah,  479. 

'amoûd  al  noûr,  832. 

amr,  624  sq.,  657  sq.,  727. 

an,  552. 

ana'  (1  Haqq),  61,  341,  378,  395, 
406,  412  sq.,  423  sq.,  440,  448, 
453,  525,  765  sq.,  793,  814, 
936. 

anâoiyah,  375. 


annî(yah),    317,   487,    525,   565, 

646,  834,  909. 
'anqâ,  375,  903. 
'aqd  al  qalb,  505,  739. 
'aqfdah,  636  sq. 
'aql,  482  sq.,  529,  542,  571,  664, 

777,  832. 
'arad,  550. 
A'ràf,  688. 

'Arafat,  838,  H99,  904. 
'ard.  toûL 

'ârif,  692.  ma'rif.ih. 
'àriyah,  723. 
'arsh,  663. 
ashrâf,  230. 
asi,  491,  575,578,  581. 
aslah,  505,  545,  617. 
atha'r,  536,  845,  888. 
âyàt,  536. 
ayn,  1.30 
•ayn  (al  jara').  42,  260,  353,  369, 

406,  626,  815. 
azal(iyah),   470,   563,    564,    644, 

649,  814. 
'azamah,  450,  58!,  819,  844. 
'azîmah,  709. 
"azm,  666. 


B 


bâ,  43. 

bâb,  508,  853. 

ba'dî,  129. 


*96 


INDEX 


bâdî,  495. 

bakhoûrdàn^  767. 

balâ,  619  sq.,  626. 

balkafiyah^  640. 

baqâ(opp.  fana),  609,  629,   818. 

bara'ah,  716,  748. 

bariyâf,  298,  564. 

barzakh,  482,  679. 

bashar,  477,  521. 

bashârah,  679. 

bashariyah,  516,  527,  641. 

basmalah,  472,  521. 

ba'th,  681. 

bâtin  (opp.  zâhir),   704. 

bay'ah,  719,  723,  730. 

bayri,  492,  707  sq.,  889. 

baynoûnah,  639. 

bid'ah,  348. 

bidâyah,  563. 

bikr,  486. 

bizrah,  470. 

bo'd.  qorb. 

borhân,  258. 


dat',  727. 

dâ'î,  66,  496. 

da'irah,  589,  890. 

dalîl,  715,  718,  789. 

damjtr,  487, 

dastband,  307. 

da'wâ,  39,  115,  132,  138,  191, 
227,  229,  3B5,  468,  469,  622, 
712  sq.,  748,  781,  792,  834. 

dayjoûr,  817. 

dayr,  798  sq. 

dharrah,  550. 

dhât,  436,  640  sq. 

dhikr,  340,  342,  475,  540,  545, 
624,  812,  858. 

dimn,  577. 


dîn,  669. 

diyà,  656. 

do'â,  779. 

donoûw,  598,  861 . 

dorrah,  901. 

doÛQ,  568,  641,  686. 

F 

fadi,  616,  628. 

fahm,  7  04. 

fa'idah,  493,  555,  614. 

fàloûdhâj,  53. 

fana   (opp.    baqâ),    37,   191,525, 

628,  635,  678,  682,  791. 
faqîr,  faqr,  45,  446,  777. 
far',  578,  581. 
farâsh,  782,  840. 
fard,    farîdah,    30,    773   sq.,  778, 

783. 
fardàniyah,  371. 
fasàd,  529. 
fâsiq,  580,  706  sq. 
fawâtih,  590. 
fayd,  436,  557,  905. 
fikr,  540,  544,  545,  858. 
firâsah,  56. 
fitrah,  607. 
fotoûwah,  446,  935. 
fou'àd,  506,  518,  842. 
foûtah,  49,  50,  98,  271. 

G 

ghadîr,  307. 

ghaflah.  490. 

ghalabab,  337,  392. 

ghâmid,  633. 

gharânîq,  847. 

gharîb,   ghorbah,    175,    445,  740, 

751,  819. 
ghawfh,  754. 
ghayb,  31,  465,500,  649. 


ghaybah,  145,  152, 

ghibtah,  748  sq. 

ghilàf,  481. 

ghilmàn,  690,  781. 

gholoûw,  gholàt,   139,  333,  338, 
350,519. 

H 

hadalh,  550. 

hadd,  676,  706  sq.,  759. 

hadîth  (qodsî).  492.510,  661. 

hadmah,  566, 

hadrah,  451,  631,  693. 
hcljis,  492,  494. 

l.iàjiz,  859,  867. 

h ajj,  275-279,  281,  283-284,  347- 
348,587,  736,  756,  782,  n.  1, 
838. 
hàkim,  680. 

iiàl,   30,   56,    134   sq.,  337,  433, 

493,  554  sq.,  571,  576,  586. 
hallàj,  19,69. 
hainra,  494. 

hanîf  (iyah),  99,  607,  670. 
haqîqah,  565,  568,  569,  702,  703, 

777,  802,  822. 
Haqq,  307,  446,  365  sq.,  368  sq., 

641,  681,  757,  787,  801. 
—  (bi),  302-303,  779.  884. 
harakah,  533,  713. 
hashâbil,  298. 
hàtif,  717. 
hawd,  682. 
havvl,  682. 
hayât,  632  sq. 

haykal,  124,  298,  481,  522,  819. 
haylâj,  437-438. 
hayoû'à,  630  sq. 
haèz,  678,  681,  737. 
hijàb,  699,  919. 
hikâyah,  512,  576. 
hilyah,  913. 


TABLE    DES    TEHMES    TECHNIQUES 
1.59. 


97 


himmah,  327,  383,  494,  737,834. 

hiifab,  83,  399,  410,  903. 

hît(hîb),  131-132. 

hodoûth,  559. 

hojiah,  632. 

hokm,   321,   623,    706   sq  ,    719,' 

786. 
holoûl,  139,  229,  338,  363,  395, 

313,  318,  322.  327,  329,  351, 

3.33.  696,  791,  794,  802,  833. 
horoûf,  375,  591  sq.,  .395. 
hoûr,  690. 
howa  (howa),  254,  255,  517,  397, 

606,  644,  713,  821,  881,  915, 

937. 
howt(yah),  7,  115.297,637. 
hozn,  588,  751. 

I 

'ibâdah,  776  sq. 

ihàhah,  189,  381,  716,  750,  776. 

'ibàrah,  486,  501,  637,  713. 

ihdà',  520. 

ibià-h,  738. 

ibn,  498. 

'ibrah,  489,  583,  796. 

ibtàl,  648. 

ibtilà,  46,  89,  495,  621,  739. 

idmâr,  577. 

idmihiàl.  134.  529. 

idràk.  539. 

i(^tii-âr,  493,  623,  646. 

ifk,  508. 

iflàs,  686. 

ifrâd,  323,  327,  715. 

ifshà,  132,  138,  362,  380,  448. 

iftiqâr,  812. 

ihdàth,  650 

ihrâin,  872. 

ihsàn,  529.  694. 

ilisàs,  537,  780. 


*98 


INDEX 


ijmâ'.    18o,   2'j3.   345,   355,  359, 

367,  372,    387,   674,   716    sq., 

934. 
ijtihàd,  30,  62,  148,  715 
ijtimà'.  S27. 
ikhtiiâm,  628,  838. 
ikhtisâs,  554. 
ikhtiyâr,  613. 
iktisâb,  30,  614. 
ilhàm,376,  489,  492,  717,753. 
'illah,  379,  381,  467.  553,  574  sq., 

581,  595,  631,  641,  657. 
'ilm,  102,  467,  537,  553,  652  sq., 

777. 
iltibâs,  603,  817,  903. 
imâm(ah),  509,  720,  725,  738. 
'îmân,  31,  513,    .565,    647,   660, 

666,  668  sq.,  778,  813. 
imkâri.  562,  786. 
imtizâj,  527,  551. 
inâbah,  667. 
'inâyah,  610. 
infirâd,  326,  548.  604  sq. 
inqilâb,  665. 
iûsân,  477. 
insilâkh,  851. 
iqtidâ,  410. 
iqtidâ,  715. 

iqtiràn,  528,  58U,  586,  715. 
irâdah,  520,  624  sq. 
'irfân,  794,  893. 
irjâ,  665,  672,  789. 
ishàrah,  41,   486,  715,  73 J,  776, 

796,  879. 
'ishq,  436. 
ishrâq,  561. 
ishtiqâq,  591. 
islam,  565,  668  sq. 
isqàt  (al  wasa'it),  6l,  67. 
ism,  16.  470.  308,  349,  368,  573, 

6'J9  sq.,  708. 


■  —  a'zam,  420,  448. 

'ismah.  507,  726. 

isnâd,  65,  376,  805. 

istidiâl,  511,  544.  579. 

istîfà,  680. 

istifa'iyah,  693. 

istighâthah.  754. 

istihàlah,  529,  754. 

istihsân,  579,  775. 

istilàh,  711. 

istilàm,  388,  495. 

istitnâ',  511  sq. 

istinbât,  44,  716,  718. 

istishâb,  555,  715,  775. 

istislàh,  775. 

istitâ'ah,  610  sq. 

istitàbah,  188  sq.,  347,  354,  373. 

istithnà,  583-587,  660,  713,  784. 

istiwâ,  597,  634,  849. 

i'iibâr,  467,  600. 

i'tidâl,  122,  782. 

i'tidhàr,  353. 

i'tiqâd,  260. 

i'tizâl,  36,  122,  608,  708. 

ittihâd,  789,  794. 

ittilâ',  56,  905. 

ittisâf,  476,  642,  791. 

ittisâl,  527. 

'iwad,  680.  812. 

i'wijâj,  914,  921. 


jabr,  610  sq. 

jafr,  592. 

jahbadhî,  i!66. 

jara',  395.  406.  552. 

jandarah.  903,  • 

jannah,  486,  689,  697 . 

jawhar,  437,  346,  349,  330,  640, 

630. 
jihah,  354,  563,  871,  634,  886. 


TABLE    DES  TERMES   TECHNIQUES 


99' 


jion,  80,  120,  134-135.  238,  390, 

931. 
jism,  549. 
jothmânî,  522. 
joûd,  6i5,  618,  677. 

joz',  159. 

* 

K 

kabîrah,  672,  676. 

kaffàrah,  585,  587. 

kàfir,  570  sq.,  671,864  sq. 

ka'anna,  892. 

ka'iniyah,  562. 

kalâm,  467,  506,  654  sq. 

kamâl,  889. 

kân,  559,  643. 

kân  wa  kân,  434. 

karam,  446. 

karâmât,  133,  136,  754. 

karh,  616. 

karrât,  297,  493. 

ka's,  689. 

kasb.  614,  780. 

katkhodhâ,  437. 

katmân,  727. 

kawn,  529,  550,  552,  559  sq.,  622. 

kayd,  8l8. 

kayf,  822. 

khabar,  536,  573,  583,  657,  715, 

786,  789,  888. 
khabtth,  676. 
khad'ah,  528,692. 
khalâ,  551,  630,  639. 
khâliq(iyah),  611. 
khalîqah,  53,  560,  567,  610. 
khalq,  599,  630,  820. 
—  (afâl),  61{i  sq. 
khalwah,  25,  34,  342,  682,  779. 
khanqatiriyah,  932. 
khaslah,  587. 
khâss(ah),  694,  713. 


khatà,  620. 

khâtam,  753. 

khâtirân,  425,335,492,494. 

khatmah,  44. 

khatt,  470. 

khawf,  777. 

khidmah,  776. 

khirqah,  49,  374,  399,  409,  450  sq. 

khollah,  6U8,  750,  777. 

khotbah,  907. 

kiswah,  812. 

kofr,  185,  193,  570  sq.,  674,  676, 

710,  812. 
koUÎ,  kolliyât,  129,  562. 
komoûn,  630. 
kon,  499,  508,  519  sq.,  559,  614, 

657,  687,  770. 
konto,  924. 

L 

la,  636. 

la'all,  672. 

labhayka,  518. 

labs,  91(^. 

ladonnâ,  î,  537,  718. 

lafz,  591,  592,  659  sq. 

lâhoùt(iyah),  38,  303,  335,    363, 

379,  508,  519,601  sq.,  791. 
lahw,  540. 
lata'if,  482,  484. 
lisân,  29,  922. 
liwât,  175,  676,  797. 
lobb,  486. 
lotf,  617. 

M 

mab'ath,  74,  732,  749,  903,  n.  1. 
madhkoùr,  513,  656 
mafhoûm(ât),  56!,  713. 
maf'oûKâtl,  860,  881. 
mahabbah,  38-39,  181,  476,  602 
sq.,  608  sq.,  778. 


lOO 


INDEX 


mahall,  562. 

mahdî,  683. 

mâhiyah,  566,  537,  646,  785  sq. 

mahmoûl,  573. 

mahzoûr,  710. 

majâz,  703,  704,  822. 

majdhoùb,  905. 

majroûr,  574. 

makân,  559,  630. 

makhârîq,  364. 

makhdoûm,  101 . 

makhloûq,  559,  661. 

ma'khoùdh,  905. 

makr,  4i,  506,  528,  604,  620,  676, 

812. 
makroûh,  710. 
malâ,  630. 
malakoût,  664. 
ma'loûm,  559  sq. 
ma'nà,  MA,  436,  480 sq.,  508,  553, 

648,  656,  701. 
raanât,  543. 
manqoûs,  879. 
mansoùb,  574. 
mantoûq,  561. 
manzoûr,  587  sq. 
maqâl,880. 
maqâm,  493. 
raaqdoûr,  559. 
maqoùlât,  552. 
marfoû',  574. 
ma'rifah,  39,  468,  538,  543,  545, 

621,    668    sq.,   688,    777,  854, 

885,  893. 
ma' rouf,  40,  867,  727. 
marsoùmât,  560. 
mashî'ah,  561,  624  sq.,  632. 
masiahah,  545,  716. 
masioûb,  307,  770. 
masnoûn,  709. 
masrà,  821. 


masroû',  101. 

ma'toùf,  905. 

mawâjfd,  529,  819. 

mawdoû',  573. 

mawjoûd,  551,  560  sq. 

mawsoûfiyah,  786. 

inawt,  479. 

mazâlim,  194  sq. 

mazhar,  790. 

mazîd,  882. 

mî'âd,  854. 

mihaah,  79,  195,  618. 

millah,  607,  669  sq.,  719. 

mîm,  508,  833,  860. 

miqdâr,  551. 

miqwal,  573. 

mi'râj,  308,  742  sq.,  846-861. 

mîthâq,  31,  35,  479,  607  sq.,  643, 

683. 
mobâh,  710. 
mobâsharah,  637; 
mobram,  574. 
mobtadâ,  573. 
modmar,  878. 
mofradât,  552. 
mohâdathah,  604,  791,  794. 
mohâdhâh,  553. 
mohayman,  51. 
mohdath,  559  sq.,  610,  645. 
mojâwarah,  551. 
mo'jizât,  136,  153,  754. 
mojtahid,  505. 
mokawwan,  860 
mokhlis,  671. 
molâbasah,  718. 
molhaq,  880. 
molhid,  188. 
molk,  664. 
momkin,  560  sq. 
monâfiq,  671,  707,714. 
monhamir,  897. 


TABLE    DES    TEHMB8    TECHNIQUES 


lOl 


monjiz,  787. 

monkar,  727, 

moqarrab,  500,  688,  691. 

rnoqtasid,  845. 

morcW(ât),  517,  882. 

moraqqa'ah,  49,50,55,  7i, 97,  319. 

morîd,  516. 

morsal,  739. 

mosa'alah,  682. 

mosamma.  701.  706. 

moshrik,  671,  78S. 

moshtarik,  577,  714  sq. 

moslim,  670  sq. 

mosoûh,  49,  50. 

mostalim,  117. 

motâ',  472,  317,  727,  791. 

motaràkim,  896, 

mottala',  625,  704. 

mou'min,   383    (ana'),    670    sq., 

706  sq.,  864  sq. 
mowâfâh,  608,  663. 
mozâh  (mieux  :  mizâh),   781. 

N 

nabî.  nobomoah,  tafdil. 

nadîm,  322. 

nafal,  709,  773. 

nafas,  592,  612,  812. 

nâfilah.  670,  783. 

nafs,  90,  47.S,  481,  596,  664,  702, 

852,  922,  929. 
—  nâtiqah,  482. 
nafy,  636,  716. 
nâmoûs,  127,  234,  680. 
naql,  706. 

nasab,  382,   641 ,  lAt. 
naskh,  715. 
nâsoût  (opp.  lâhoût),  38,  303,  316, 

521,  524,  364. 
nass,  714,  730. 
na't,  521. 


nâtiqah,  297,  396.  639. 

nazar,  321,  332,  3S7  sq.,  796  sq  . 

841,  833. 
nazrn,  638. 
ni'à,  298,  918. 
nifàq,  675. 
nihâyah,  522. 
ni'mah,  628. 
nîroùz,  96. 
niyah,  776. 

noboùwah,  738  sq.,  742,  831. 
nomoûw,  529. 
noqlah,  487,  529. 
noqtah^  540,  350,  336. 
nosk,  869. 

notq,  391,  396,760,893. 
noûr,    150,    161,   482,  530,   633, 

648,  833. 
nozoûl,  901, 

0 

'oboûdiyah.  roboûbiyah. 

'odhrt,  173. 

ofq,  631,  837. 

'okâz,  97. 

oloûhiyah,  36,  38,  635,  885. 

'olwî,  648,  837. 

'omdah,  582. 

Ommah,  67,  719. 

'omrah,  779. 

'oqdah,  637. 

'orf,  559,  716. 

'ors,  780. 

'osfoùrah,  105. 


qâb  qawsayn,  849-862. 
qadâ,  623,  629,  728. 
qadar,  619. 
qadîm,  530,  661. 
qadr,  633,  812 


102 


INDEX 


6H. 


480, 
572, 
612, 
678, 
741. 


qa'im,  714. 

qalb,  468,  477  sq.,  488  sq.,  619 
sq.,  659,  922. 

qarînah,  574,  579 . 

qasd,  493,  494. 

qidam    hadath. 

qira'ah,  241-245. 

qiwâm,  528. 

qitti'iyah,  151. 

qiyâm(ah),  124,  302,  476. 

qiyâs,  578,  864,  874. 

qodrah,  156,  267,  365,  468, 
614,  652  sq. 

qonoût,  676. 

qo'oùd,  727. 

Qor  an,  57,  241-245,  465,  477. 
498-504,  536,  549-550, 
584,  590  sq,,  607,  610, 
616,  635,  645,  654-661, 
682-689,  699,  705,  719, 
831,  864,  919. 

qorb,  39. 

qorbah,  763,  774. 

qormos,  377. 

qotb,  379. 

R 

raf,  314. 

râhilah,  307,  779. 

rahmah,  672,  747. 

raj'ah,  145,  351,  678  .sq. 

rakwah,  97. 

rams,  645,  910. 

raqs,  313. 

râshidoùn,  729  sq. 

rasin,  53,  567,  578,  656,  698,  723. 

ra'y,  72^2. 

ri'âyah,  545. 

rida,  75,  502,  510,  627,  728. 

riddah,  674. 

risâlah,  rasoûl,  736  sq. 

riyâ,  490,  506,  675  sq. 


!  rizq,  488,  612,  667,  678  sq. 

roboûbiyah,  115,  339,  546,  631. 

rokhsah,  709,  752,  779. 

roûh,  376,  407,  436,  440,  468, 
474,  482  sq.,  497,  517  sq.,  596, 
601,  652,  661  sq.,  689,  791, 
852,  930. 

ro'yah,  159,  694  sq.,  843,  849. 


sabab,  637. 

sâbiq,  383,  630,  691. 

sabr,  46,  58,  446,  510,  777. 

sahâbî,  756. 

sahw,  60. 

saj',  907. 

sakînah,  567,  742  sq. 

salâh,  311,  728,  757,  775. 

salâm,  45,  689,  693,  722,  752. 

salât  ('alâ'l  Nabî),  744  sq.,  782. 

salîb,  770,  940. 

salîqah,  53. 

sam',  544. 

samâ',    56,    314,    417,    443,   547, 

780,  796,  805. 
samad,  527,  641,  645. 
samsamah,  859. 
sanâ,  297,  602. 
sanam,  276,  482,  740. 
sarîrah,  487. 
sarmad,  557,  610,  812. 
sawâd,  842. 
sawm,  784. 

sayhoûr,  632,  815,  817. 
sayr,  124. 

shafâ'ah,  384,  687,  746. 
shahâdah,  250,  256,  275,  449,  584, 

592,    597-598,   602,  607,  643, 

694,  744  sq.,  748,  784-790,897. 
shàhid,   394,   494  sq.,  601,  717, 

813. 


TABLE    DES    TERMES    TEGHMQDES 


io3* 


shahîd,  130,174-175. 

shajarah,  M45 

shakhs,  1 36,  522,  606. 

shakk,  491,  5H5.  610. 

shammâs,  799. 

sharh  al  sadr,  478. 

sharî'ah,  668  sq.,  720  sq. 

sharlf,  230. 

sha'sha'ânî,  231,  519,  614. 

shath,  42,  375,  385,  394,  713,  923. 

shay',  549,  560,  630,  635,  699. 

shikl,  523. 

shirâ',  609,  727,  748. 

shirk,  41,  490,  574,  675. 

shobohât,  755. 

shokr,  46,  116,  694,777. 

sidq,  569,  685  sq.,  742. 

siddfq,  190,  386,  567,  685,  709, 
738  sq.,  753. 

sifah,  376,  514,  568,  571,  645  sq., 

716. 
sîghah,  861. 
sihr,  80-82. 
simah,  557. 
sîmorgh,  743. 
sirâj,  833. 

sirr,  125,  405,  478  sq.,  526,  852. 
siwâ,  525. 

soal,  679,  685  sq.,  753. 
sobhâQÎ,  413  sq.,  765,  851. 
sohbah,  39,  755. 
sokoûn,  553. 
sokr,  60,  117. 
soltâa,  680. 
sonh,  511,  655. 
soanah_,  756,  773  sq. 
sorayjiyah,  166,  586,  787. 
soryâaiyah^  594. 
soûf(î),  25-27,  49-51,  61,  70,  271, 

779. 
soûq,  693. 


soûrah,  53,  62,  317,  436,  482  sq., 
485,  514,  527,  599  sq.,  631  sq.. 
649,  663,  693,  699. 


tâ'ah,  668,  702,  784. 

ta'assî,  717. 

tab',  53,  552,  559,  610. 

tabarrî,  349,  665,  675. 

tabf'ah,  364,  560,  680. 

tabîb,  620. 

tadallâ,  850. 

ta'dhîb,  628. 

ta'diyah,  507. 

tadmfr,  750. 

tafdîl,  729,  752  sq. 

taf'îl,  514,  651. 

tafrah,  488. 

tafrîd,  327,  869. 

tafriqah.  179. 

tafwM,  480,  612  sq.,  664. 
taha,  884. 

tahabbob,  675,  749. 
tahaddî,  365,  416. 

tahaqqoq,  563  sq. 

tahlîl,  116,  328,472. 

tahqfq,  58,  420,  525,  563,  578. 

tahsfl,  566,  648. 

tahsin,  545. 

tajallî,  68,  255,  495,  685,  695,  697, 

792,  861  . 
tajânos,  522. 
tajarrod,  38,  794. 
tajawhor,  931. 
tajâwoz,  522. 
tajrid,  468,  869. 
tajsi'm,  640. 
tajwîz,  551,  617. 
takfir,  182,  729. 
takhalloq,  642,  742. 
takhassos,  640. 


io4 


INDEX 


takhlîq,  651. 

takliiiiîr,  833. 

takhsîs,  716. 

takliT,  380,  543,  627,  668. 

takwîu,  520,  560,614. 

talâq,  585  sq. 

talbîs,  362. 

talfîq,  473. 

tâli',  495. 

ta'lîf,  551,  573,  755. 

ta'lfl,  579. 

talqîn,  410. 

tamalloq,  486. 

tanikîn,  416,  614. 

tams,  645,  910. 

tamzîq,  781. 

tanâsokh,  487,  662. 

ta'nîb  (opp.  ta'nîs),  737. 

tankît,  717. 

tanqîh,  579,  714. 

tansîs,  716. 

tanzîh,   382,   522,   635  sq.,  740, 

790,  881  sq. 
tanzîl,  646. 

taqaddom,  497,  552,  578,  637. 
taqarrob,  511. 
taqdfr,  629  sq.,  653. 
taqdîs,  362,  523,  869. 
taqiyah,  501,  727. 
taqlîb,  489. 

taqiîd,  350,  360,  677,  716. 
taqsîr,  6S5. 
tarîqah,  540,  578  sq. 
tarsoùs,  111,  780. 
tartîb,  573. 
tasalsol,  552. 
tasawwor,  537. 
tasdîq,  538,  571. 
tashbih,  180,  184,  639,  648,  704, 

882. 
tâsÎQ,  828,  884. 


tasliin,  510. 

tasmiyah,  56.5,  701,  706. 

taswiyah,  687. 

tatawwor,  449. 

la'tîl,  646. 

tawâf,  54,  70,  278,  855. 

tawaffî,  487,  629. 

tawaqqof,  164,  346,  353,  395,  441 , 

716. 
tawakkol,  59,  665. 
tawallod,  575. 
tawâtor,  511,  715. 
tawbah,  30,  251,  280,  381,  571, 

665,  676. 
tawhîd,    127,   191,250,269,327, 

337,    486,   524,  547,   548,  598, 

635  sq.,  644  sq.,  660,  877-885, 

891. 
tawlîd,  611. 
tawqr,  197,  221,  349. 
tawqif,  711. 
tawr,  633. 
tawt,  905. 
ta'yîd,  503,  507. 
tayrân,  706. 
tayyib,  709. 
tersâpché,  798. 
thaqalayn,  300. 
thawâb,  628. 
thiql,  634. 
thoboùt,  560. 

tilâwah,  472,  512,  660,  704. 
tinnîn,  301,  324. 
toma'nîaah,  500,  501,  685,    747, 

752. 
toùbâ,  50O,  690. 
toùl    (opp.    'ard),   131,  378,    473, 

702. 


W 


wa'd,  668  sq. 


TABLE    DES    TERMES    TECHNIQUES 


io5" 


wad',  57â,  574. 

wahdâni(yah),  517,  937. 

wahdat  (al  wojoùd),  356,  427,  631 , 

789. 
wâhidiyah,  631. 
wahm,  490. 
wahy,  753. 
wa'îd,  671  sq. 
wajd,  324,  495,  556. 
wajh,  554,   571,  580,    624,  632, 

776. 
wâjib,  709. 
walah,  496,  624. 
walf,  752  sq. 
wâqifiyah,  151. 
waqt,  426,  552,  556. 
wara',  773. 
wasa'it,  60,  277,   337,  347,  474, 

670,  723,  728,  775  sq.,  784,  n.  2. 
wasf,  521,  565,  568,  571. 
wasîlah,  698,  753. 
wasîyah,  299. 
wasi,  886,  911. 
wasiah,  745,  839.  872. 
waswasah,  492,  494,  505. 


wa'z,  300. 

wilàyal),  387,  747  sq. 
wirât  (opp.  shinâql,  219. 
wizr.  678. 

wojoùd,  436,  548,  561,   785  sq., 
789,  801,  821. 


yanjoûj,  298. 

yaqin,  324,  491,  513,    546,    565, 
567,  669,  681. 


zâd,  778. 

zâhir,  704. 

zakât,  784. 

zamharîr,  683,  875. 

zandaqah,  79,  i32,   162,  186-187, 

232,    258,    279,    385   sq.,    524, 

674,  677. 
zano,  710. 
zindîq,  71, 186  sq.,  226,  338,  373, 

736,  855,  871. 
zohoùr,  256,  469,  522,   630,   727. 
zolomât,  818. 


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